« L'énergon et le système nerveux des humains ne font pas bon ménage... »

Une petite citation de Starscream dans un épisode de Transformers: Prime, alors qu'il torture l'agent Fowler avec de l'énergon. Car comme certains ont pu le deviner, c'est bien de l'énergon qui est injecté à Cynder à titre expérimental. Il ne reste plus qu'à savoir pourquoi !

D'après ce que j'ai compris en fouillant sur Internet, l'énergon est toxique pour la plupart des formes de vie organique, c'est pourquoi les humains sont intoxiqués quand le contact est trop important. Et c'est donc pourquoi ici, ils meurent progressivement par une phase de dégénérescence.

Cynder a donc désormais dix ans… Eh oui, ces quatre années sont vites passées. Pas beaucoup d'action pour l'instant, mais normalement les choses commenceront bientôt à bouger !

En ce qui concerne les films, Cynder ne connait pas l'existence des Transformers étant donné qu'ils sont apparus sur Terre au terme de sa première année de détention ( premier film, elle avait 7 ans ) et que leur existence a été révélée au monde au bout de sa troisième année enfermée ( deuxième film, elle avait 9 ans ). Elle ne sait donc rien à propos de l'énergon, du Cube ou de quoi que ce soit en relation avec eux.

Merci infiniment Jasmine SiMing pour ta review ! :3 ça donne vraiment du peps au moral ( et à la motivation ! )

Bonne lecture :)

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L'Univers de Transformers ne m'appartient pas, et cette fanfiction a été réalisée par plaisir dans le but de divertir.

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Chapitre III : Une raison de vivre

BANG BANG BANG !

Clouée dans son lit, égarée quelque part entre sommeil, éveil et folie, Cynder fut interpellée par le soudain écho qui la traversa. Ce n'était pas son cœur qui faisait ce bruit. Pourtant il lui était très familier et résonnait en elle, comme si son corps l'avait gardé en mémoire jusque dans sa chair. Etait-ce un souvenir ? Où l'avait-elle entendue déjà ?

BANG BANG BANG !

Il y avait bien longtemps maintenant qu'elle avait laissé la majeure partie de sa mémoire se décimer. Elle n'était même plus sûre de qui elle était, d'où elle venait. Vu l'état de ses pensées, réfléchir lui demandait un effort considérable, alors tous les souvenirs qui ne lui permettaient pas de survivre à sa condition avaient sombré au fond d'elle-même. Elle n'avait plus qu'en tête le visage de Séléna et son retour prochain. Faire resurgir le reste étaient trop éprouvant… Mais pourtant, un élan de curiosité la motiva à s'intéresser à ce curieux reflux de son passé, comme s'il luttait en elle pour resurgir.

BANG BANG BANG !

Chercher un souvenir éteint, c'était comme marcher à l'aveuglette dans le noir. A tâtons, elle avança dans sa mémoire, effleurant des pensées fatiguées par ces quatre années de dégénérescence. Une brève image lui vint finalement en tête et elle s'y accrocha de toutes ses forces pour ne pas la laisser partir, malgré la migraine qui pointa face à tant d'effort. C'était le souvenir d'une petite maison en mauvais état, et elle le laissa la porter vers un autre souvenir, puis un autre... Et lentement, une pièce se construisit dans sa tête

« Oui ça me revient… C'est ma chambre. Maman était venue comme tous les soirs pour me lire l'Odyssée… »

Si elle en avait eu la force, elle aurait tourné la tête vers le livre sur sa table de chevet. Elle se souvenait enfin pourquoi il était là, et pourquoi elle ne l'avait jamais rouvert.

BANG BANG BANG !

Encore ces mêmes résonances, mais cette fois elle les entendit traverser les murs de sa chambre mentale. Elle se revit se figer sous la surprise, ses doigts effleurer l'ouvrage à côté d'elle, son attention se tourner vers la porte.

« Il se passe quelque chose en bas… »

Elle avait quitté la chambre pour comprendre. Elle se revit descendre les escaliers et s'arrêter quand le salon apparaissait dans son champ de vision... Puis elle se rappela qui était l'homme debout devant le canapé, ses cheveux blonds si clairs, ses yeux si bleus : Sean, son père, un air égaré sur le visage et un pistolet dans la main droite.

Et à ses pieds, sa mère, inerte, étendue de tout son long.

Cynder s'attarda sur cette image. Séléna avait les yeux ouverts, l'expression figée et une blessure à la tête. Le sang ne l'alerta pas plus qu'à l'époque, mais quelque chose l'interpella. Quelque chose qu'elle n'avait pas relevé autrefois.

Les yeux dorés de sa mère étaient étrangement ternes. Ils semblaient vidés de leur chaleur, de leur douceur, de leur amour…

Comme si Séléna avait cessé de porter toutes ces qualités, cessé d'être sa mère…

…Ou tout simplement, cesser d'être.

BOOM BOOM BOOM !

Cette fois, c'était bien son cœur qui venait de rebondir dans sa poitrine. Quelque chose venait de s'illuminer douloureusement dans ses pensées, un éclair de lucidité qui l'assomma.

Des détonations, un corps inerte, un sol maculé par le sang et le canon d'une arme encore fumant…

La fillette avait déjà été confrontée à la violence, mais jamais à la mort. Et aujourd'hui, alors que son corps était en miette, alors que la douleur tyrannisait son existence, alors que la même absence de vie était imprimée au fond de ses propres yeux, Cynder put saisir des choses qu'elle n'aurait jamais pu saisir avant.

Après tout ce temps, tout cet espoir, toute cette souffrance… Elle comprit enfin.

« Maman ne viendra pas… »

Séléna ne viendrait jamais la chercher, pour la simple raison qu'elle n'était plus de ce monde. Parce que sa blessure ne venait pas d'un simple coup que son père lui aurait infligé, mais bien d'une balle de pistolet qu'il lui avait tirée en pleine tête.

A défaut d'avoir la force de hurler à plein poumons, sa bouche s'ouvrit pour un cri silencieux et des larmes se mirent à perler silencieusement sur ses joues creuses. Elle pensait avoir souffert ici, mais ces quatre années lui parurent bien douces quand la perte de sa mère lui déchira le cœur. Jamais plus elle ne verrait son visage doux, jamais plus elle n'entendrait sa voix rassurante, jamais plus elle ne serrait serrée dans ses bras aimants.

Et jamais elle ne s'était sentie aussi seule.

Un gouffre venait de s'ouvrir sous ses pieds, comme si son monde entier s'écroulait. Elle n'avait survécu jusque-là qu'uniquement grâce à l'espoir que sa mère vienne la chercher, et ce pilier à son existence venait de céder, entraînait dans sa chute une véritable file de domino : tout explosa dans sa tête. Tous les souvenirs de ce qu'elle avait vécu ces quatre dernières années, tous ces efforts pour se battre contre le mal qui la rongeait, pour lutter afin de pouvoir revoir sa mère un jour.

Tout resurgit, mais plus rien n'eut de sens. Tout fut remis en question.

Elle se souvint de l'air paniqué de son père, de son bras la traînant jusqu'à sa chambre, ses allers-retours dans la salle de bain, le coup de téléphone frappé à la hâte sur un clavier. Puis elle le revit le lendemain, beaucoup plus calme, faire sa valise, la pousser vers le 4x4 noir dans lequel elle était montée. Elle se rappela de sa conversation avec les deux agents, de son impatience pour qu'ils en finissent… Et les derniers mots qu'elle l'avait entendu prononcer.

- Dégagez ça de ma vue…

Elle comprit que ce jour-là, il avait parlé d'elle. Et cela l'a détruisit. Elle, qui avait tant chercher à le comprendre, à se faire aimer de lui, à le rejoindre le soir sur le canapé devant la télé…

- Si seulement tu n'existais pas…

Elle percevait désormais le sens de ces fragments de son existence, autrefois indéchiffrables pour sa candeur. Elle entrevoyait les difficultés financières de leur pauvre famille, le dégoût que Sean avait eu pour elle, le fardeau qu'elle représentait à ses yeux. Elle avait toujours pensé que comprendre enfin son père serait une victoire… Et pourtant, en cet instant, elle ne se sentait que trahie par ses propres révélations. Elle avait quitté son cauchemar pour se plonger dans un cauchemar encore plus tortueux.

Car en réalité, Sean s'était débarrassé d'elle.

Il s'était débarrassé de sa mère, puis il l'avait envoyé ici car il savait qu'elle n'en reviendrait pas. Un endroit où elle mourrait à son tour pour qu'il puisse enfin vivre comme bon lui semblait.

- Tu ne devrais pas tarder à aller la rejoindre…

Maintenant qu'elle saisissait l'ampleur de ses mots, elle se sentit terriblement idiote. Pourtant, dans une cruelle ironie, il ne lui avait pas menti : vu son état, elle allait bientôt rejoindre sa mère. Elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, l'esprit détruit, le corps abîmé de façon irréversible.

« Alors cet endroit, White-Block… Pourquoi je suis là ? »

Maintenant qu'elle connaissait l'envers du décor, la réponse lui sauta facilement aux yeux : les injections. Elles avaient été au centre de sa vie durant ces quatre dernières années. Et vu ce qu'il lui restait de santé, il ne s'agissait certainement pas de vaccins. On s'était joué d'elle, on avait abusé de son corps pour tester cette saleté de produit bleuté. Alors c'était ça, le sens du mot cobaye ? Elle aurait aimé savoir pourquoi on l'avait traité ainsi, mais au point où elle en était, ça n'avait même plus d'importance. C'était trop tard pour elle. Sa fin était proche. Sans l'espoir que quelqu'un la sorte enfin d'ici, elle n'aurait plus la force de lutter. Elle n'avait plus aucune raison de vivre et de ne pas se laisser dépérir. La prochaine injection aurait raison d'elle… Et toute cette histoire serait terminée.

Alors elle attendait, allongée sur son lit, résignée à son sort. Les heures défilèrent, ses larmes finirent par sécher et il ne resta bientôt plus que le vide laissé par cette révélation.

Après une attente interminable, un bruit mit fin à cet insupportable instant. Sa vue avait considérablement baissé avec sa dégénérescence, mais Cynder tourna pourtant le regard pour voir difficilement la silhouette d'Eddy qui venait d'entrer dans sa chambre. Il avait pris un coup de vieux lui aussi, et ses courts cheveux roux faisaient désormais de larges boucles sur sa tête. Une légère barbe remplaçait son menton d'ordinaire soigneusement rasé.

Il s'avança jusqu'à son lit, puis contempla un court instant ce qu'il restait de la fillette après ces quatre années de détention.

Ses cheveux lisses coupés au carré avaient poussé, lui arrivant jusqu'aux épaules, et ils avaient cédé leur couleur cendré à un blanc inquiétant venant d'une si jeune enfant. Ses yeux dorés étaient vides, peut-être le signe d'une triste prémonition. Sa peau elle, était blême après tout ce temps privée de soleil, lui donnant l'aspect d'un cadavre. Seul le faible soulèvement de sa poitrine démontrait qu'elle n'en était pas un. L'unique aspect un tant soit peu positif était ininterruption de sa croissance. Chose pour le moins ironique étant donné qu'elle ne pouvait plus utiliser son corps à cause des douleurs qui le foudroyaient.

Le rouquin se pencha un peu plus sur elle, et elle plongea son regard dans le sien sans hésitation.

- Ma maman… est arrivée ?

Ce n'était qu'un murmure, un souffle… Mais les muscles de sa bouche n'apprécièrent pas d'être requis et manifestèrent leur mécontentement en lui tirant méchamment.

Cette phrase n'avait plus aucun sens maintenant qu'elle avait pris conscience de l'assassinat de sa mère, mais c'était tout ce qu'elle savait encore prononcer après toutes ces années. Elle avait tenté d'y mettre un ton sarcastique, pour lui faire comprendre qu'il n'avait plus besoin de se jouer d'elle… Mais le résultat ne dut pas être concluant car Eddy n'y réagit pas et lui répondit mollement.

- Elle ne devrait plus tarder…

Elle aurait souri pauvrement si elle s'était souvenue comment faire. Peut-être l'homme la croyait-il devenue folle, à bloquer sur cette question après ces quatre années de réponses identiques... Et il n'avait peut-être pas tort. Mais dans ce cas, lui aussi devait avoir pris sa dose de démence. A en juger l'indifférence dans sa voix, il avait perdu l'origine de ces mots mais devait se souvenir qu'ils avaient un certain contrôle sur elle. Cette phrase était, après tout, l'éternelle réponse à ses questions incommodantes.

Elle sentit plus qu'elle ne vit l'homme la prendre dans ses bras pour l'emmener faire ce pourquoi elle était dans ces locaux. Un profond dégoût lui prit aussitôt les tripes, mais elle était de toute façon incapable de se libérer de son étreinte. Et puis à quoi bon se débattre ? Il allait l'emmener directement à sa mort, et dans son état, elle ne demandait que ça. Elle était déjà anéantie par la vérité sur son père et sa mère, il ne lui restait plus qu'à attendre le coup de grâce qui la libérerait de tout ça. La prochaine injection serait la dernière, et ce n'était peut-être pas une si mauvaise chose.

« Finissons-en… » songea-t-elle en rendant les armes.

La fillette se laissa porter à travers les couloirs, sa tête se balançant dans le vide, résignée à son sort et impatiente d'être délivrée de l'enfer qu'était sa vie.

Son regard se perdit en voyant défiler les portes qui ouvraient sur le couloir, et elle fut surprise de découvrir l'une d'elles entrebâillée. C'était la n°29. Les couloirs avaient toujours eu chacune de leurs portes soigneusement fermées, alors ce grand changement dans sa vie monotone l'incita à jeter un œil quand Eddy passa devant... Et elle regretta sa curiosité.

Dans cette pièce, deux personnes étaient en train d'emballer dans un grand sac noir un jeune garçon allongé sur le lit d'une chambre, un peu plus vieux qu'elle mais physiquement dans le même état.

Et apparemment mort.

Elle crut se prendre un coup de poing dans le ventre en saisissant cette image morbide, et un gémissement franchit ses lèvres. Brassée, des souvenirs qu'elle pensait avoir perdu depuis longtemps resurgirent à leur tour, dissimulant eux aussi des vérités tortueuses.

- Quand vous en aurez finis, amenez ici le sujet n°29. Comme ils ont eu les mêmes résultats, nous étudierons parallèlement leur progression…

Les paroles de la scientifique blonde tranchèrent son esprit comme un couteau l'aurait fait avec du beurre, ébranlant à nouveau sa mémoire. Elle se rappela alors d'Eddy lui assurant qu'elle n'était pas la seule à attendre sa famille, que plein d'autres personnes habitaient ici… Et l'horreur lui sauta aux yeux alors même que ces derniers scrutaient toutes ces portes devant lesquelles elle passait.

Elle n'était pas le seul cobaye. Toutes ces portes qui ouvraient sur le couloir renfermaient en fait des personnes comme elle, emprisonnés comme des bêtes de foire dans leur cage. Combien étaient-ils ici, à se faire injecter ce soi-disant vaccin ? Combien en était déjà mort, et combien comme elle n'était plus loin de l'être ?

« Il y a des dizaines et des dizaines de portes avant d'atteindre le bloc… »

Cette simple pensée la répugna. Ce lieu la dégoûta. Tous ces scientifiques l'écœurèrent.

Un sentiment de répulsion se forma si fort dans son ventre qu'il lui souleva l'estomac et faillit la faire vomir. Il s'insinua dans son corps pour y allumer un brasier d'une force qu'elle n'avait encore jamais connu. Elle, autrefois si candide, se découvrit alors une émotion qu'elle n'aurait pas cru ressentir aussi intensément un jour. Une émotion impulsive et vorace, mais tellement bienvenue.

La haine.

Pour la première fois depuis bien trop longtemps, elle voulut se révolter. Elle voulut se débattre, se redresser et frapper de toutes ses forces le monstre roux qui la portait… Mais faible comme elle était, elle ne parvint qu'à refermer brièvement sa main sur un pan de sa blouse. Il ne lui prêta pas la moindre attention, n'ayant même pas sentit cette pression au niveau de son bras, et la colère de la fillette ne fit que se renforcer face à son impuissance.

Combien de personnes ce type amenait-il chaque jour dans la grande salle blanche pour les faire mourir à petit feu ? Comment pouvait-il être le complice de cette machination ?! Comment cet endroit pouvait-il avoir une bonne raison d'exister ?

Lui, les autres scientifiques, les agents Walker et Ryan qui l'avaient conduit ici… Et son propre père.

« JE VOUS DETESTE ! » voulut-elle hurler à s'en déchirer la gorge.

Mais ça non plus, elle n'en avait plus la force.

Elle se retrouvait livrée à cette rage naissante qui faisait d'elle sa proie. Elle la brûlait de l'intérieur, comme une démangeaison dont elle ne pouvait se soulager ou une blessure qu'elle ne pouvait guérir… Mais cette douleur réhaussa son point de vue et lui fit voir ce qui se cachait par-delà sa colère. Elle mit en lumière le foyer de ce brasier.

L'injustice.

Elle allait mourir ici, comme tous ces gens avant puis après elle. Sans savoir pourquoi, sans savoir comment, disparaissant seulement comme un rêve éphémère ou un souvenir qu'on choisissait d'oublier.

Comme cette chose que Sean avait tant reniée.

« Ça ne peut pas se passer comme ça… » s'indigna-t-elle.

Ce n'était pas juste. Ils devaient payer pour ça. Quelqu'un devait leur faire payer... Mais y avait-il encore quelqu'un ici pour le faire ?

Eddy arriva finalement dans l'immense salle blanche et la déposa sur le fauteuil où elle se laissa choir, relâchant la main qui agrippait sa blouse. Ce changement de position éveilla quelques douleurs dans ses muscles meurtris, mais elle ne s'en formalisa pas, habituée maintenant. Et quand bien même, elle venait de découvrir qu'il existait des blessures bien plus douloureuses. Comme à leur habitude, le roux parti s'adosser contre un coin de mur puis la blonde et le basané arrivèrent quelques secondes plus tard. Eux aussi semblaient épuisés, usés. Ils se mirent à tourner autour du siège pour observer la fillette sous toutes les coutures. Ils ignorèrent pourtant royalement son regard haineux les suivre, comme si l'être devant eux n'avait à leurs yeux plus rien de vivant.

La femme finit par prendre la parole.

- N°62, même constat que le n°29 : l'intoxication empire un peu plus chaque jour. A ce rythme, nous allons le perdre aussi...

Cynder leur consacra pour la première fois toute son attention, luttant désespérément contre les terribles maux de tête qui venaient quand elle réfléchissait trop. Autrefois elle n'aurait pas cherché à les écouter, désirant seulement que la séance se termine rapidement. Maintenant qu'elle avait découvert l'envers du décor, rien ne lui paraissait plus important que la vérité, aussi douloureuse qu'elle pourrait être. Elle voulait savoir, comprendre ce qu'on lui avait fait subir et quelles en étaient les raisons… Il n'y avait pour elle rien de plus légitime.

L'homme basané s'avança et saisit une seringue à moitié remplie du produit luminescent. Il approcha l'aiguille, et Cynder commença à s'inquiéter. Comment pourrait-elle survivre à ça sans plus rien pour la pousser à vivre ? Elle avait déjà accepté cette injection comme étant un coup de grâce qui mettrait fin à son existence tortueuse. Tout espoir l'avait quitté, et une autre entité avait pris sa place : une haine qui appelait à faire corps avec elle, mais elle ne voyait pas comment cela pourrait la sauver de son destin.

Le métis suspendit son geste juste avant que le métal ne pénètre la peau livide de l'enfant, qui se raidit aussitôt. Il demanda d'une voix incertaine.

- Tout cela ne fait qu'empirer… Est-ce vraiment utile de continuer ?

La question jeta un froid dans la pièce, comme si tous l'avaient redouté mais qu'on osait enfin la poser. Son interlocutrice se mit à décrire nerveusement quelques ronds dans la salle, réfléchissant tout en faisant claquer ses talons sur le sol, puis elle s'immobilisa brusquement. Son regard se perdu dans le vague de ses pensées.

- Pour tout vous dire, je ne sais même pas pourquoi nous nous sommes entêtés à poursuivre nos recherches… avoua-t-elle d'une voix terriblement lasse. Nos ambitions ont été vouées à l'échec dès lors que le Cube a été détruit. Il n'existe à présent plus rien sur Terre qui puisse nous fournir de l'énergon…

- Il y a toujours les Cybertroniens… remarqua son interlocuteur en haussant un sourcil.

- Non, fit-elle d'un hochement de tête catégorique. Il serait bien trop dangereux de tenter un arrangement avec des Decepticons. D'autant plus qu'ils n'auraient rien à y gagner. Quant aux Autobots, ils se sont ralliés à l'Armée et attirer l'attention de cette dernière sur nous serait une très mauvaise chose. Si le Gouvernement sait que nos travaux résultent des découvertes du Secteur 7, ceux concernant l'énergon n'ont jamais existé à ses yeux ou à ceux du NEST. On peut remercier la CIA pour ça. Si jamais ils apprenaient ce que nous faisons ici…

- …Alors on n'aura plus à s'inquiéter pour nos cotisations retraite… maugréa placidement Eddy depuis son mur.

Ils durent se représenter mentalement cette perceptive d'avenir car personne ne parla pendant de longues secondes. Cynder, elle, essayait désespérément de faire tourner ses méninges douloureuses pour comprendre ce qu'ils disaient malgré les terribles migraines qui ralentissaient ses capacités mentales. Elle avait une quantité astronomique d'informations qui lui tombait dessus en même temps, et elle était incapable d'en saisir le sens. Le Cube, l'énergon, les Cybertroniens, le Secteur 7, le NEST, la CIA… De quoi s'agissait-il ? Le plus frustrant était de sentir que ces simples mots détenaient toutes les explications qu'elle convoitait, mais qu'elle n'était même pas en mesure de les comprendre.

La femme soupira en plongeant son regard dans celui de son collègue.

- Sans énergon sous la main, nous courrons à l'échec. Et comme si ça ne suffisait pas, nous perdons tous nos sujets un par un…

- Vous pensez qu'il faudrait appelez Attinger ?

Il y eut un malaise perceptible à la mention de ce nom.

- Harold ? Je ne sais pas… hésita la blonde. Il a bien insisté sur le fait qu'il ne fallait le contacter qu'en cas d'urgence, afin que personne ne le relie à nous… Or, cela fait trois ans que notre situation est une urgence et qu'il ne nous donne pas de nouvelles directives…

La jeune fille ne savait pas de qui ils parlaient, mais apparemment ce Harold Attinger avait de l'importance. Elle se concentra difficilement pour conserver son nom en mémoire, puis reporta son attention sur la seringue au-dessus de sa peau qui pesait sur elle comme une épée de Damoclès.

- Peut-être qu'il serait temps d'en finir avec ce contrat ! lâcha soudain Eddy avec un enthousiasme peu ordinaire. De toute façon, nous avons bien démontrer que les injections sont nocives pour les humains. Après ces années de désillusion, nous ne pouvons plus vraiment nous attendre à avoir des résultats !

« Nocives pour les humains… Alors c'est bien ces injections qui m'ont détruite… » songea-t-elle en étudiant le liquide bleu qui remuait nonchalamment dans le tube de la seringue.

Ça n'éclaircirait pas plus que cela ses questionnements, mais c'était déjà une énigme en moins. Ou plutôt, une confirmation.

- Nous aurions déjà dû mettre la clé sous la porte, en même temps que le Secteur 7. Si nous résilions notre contrat avec Attinger, nous perdrons un soutien auprès des membres de la Direction, et plus rien ne pourra empêcher la fermeture de notre Unité !

- Oui mais dans le fond, si la CIA nous remercie… Nous serons oubliés. Le bâtiment sera placé sous scellés, et personne ne saura jamais ce qu'il s'est passé ici… Ce qui, admettons-le, est une très bonne alternative.

Visiblement convaincue par la remarque d'Eddy, la blonde se ressaisit tout à coup.

- Dans ce cas, la solution la plus sage serait de tout nettoyer, aussi bien les sujets d'expérimentation que nos derniers échantillons d'énergon. Il faut faire disparaître tout élément susceptible de se retourner contre nous.

Tous acquiescèrent d'un commun accord. La femme réajusta alors les lunettes sur son nez avant d'ordonner d'un ton sec, comme pour rendre sa sentence et briser ce long moment d'hésitation.

- Allez vas-y ! Vu son état, ça devrait être la dernière fois !

Cynder ne put pas esquisser de mouvements tant elle était faible et choquée, mais elle sentit cependant son souffle se couper à l'annonce du verdict. Elle n'avait pas vraiment saisi leur histoire, mais elle avait en revanche clairement compris qu'ils voulaient lui faire l'injection. Et cela en ayant parfaitement conscience qu'elle n'y survivraitpas.

La peur vint s'ajouter à sa colère sans pour autant qu'elle puisse la manifester avec son corps ravagé. Elle se retrouva subitement terrifiée, mais pas pour sa vie. Vu ce qu'il restait d'elle, la mort lui apparaissait bien amicale. Ce qui venait effarer la moindre parcelle de son être, c'était l'idée de partir sans avoir pu voir quelqu'un leur faire payer leurs actes.

Car ces gens n'avaient pas le droit de s'en tirer à si bon compte. C'était inconcevable. Et pourtant, elle seule semblait avoir conscience de leur monstruosité.

« Pitié, quelqu'un… » pria-t-elle. « Aidez-moi… Ou vengez-moi ! »

Mais personne ne vint. Et comme elle était incapable de montrer le moindre signe de résistance, l'homme enfonça dans son bras l'aiguille sans éprouver le moindre remords.

Le désespoir aurait eu raison d'elle si sa haine n'était pas revenue à la charge. Elle la sentait bouillir sous sa peau, se débattre en elle, comme une bête furieuse retenue par sa seule enveloppe de chair. Ce sentiment était d'une force effrayante… Mais Cynder s'en retrouva fascinée. Elle ignorait qu'il était possible d'avoir une telle vigueur dans un corps aussi meurtri, et elle se raccrocha à cette combativité autant qu'elle le put. Si la rancœur, aussi brulante et douloureuse qu'elle était, pouvait lui donner un tant soit peu d'énergie, pourquoi la réprimait-elle encore ? Elle savait d'un étrange instinct que basculer dans ce fiel la changerait sans retour possible, mais cela lui faisait bien moins peur que de ne jamais voir payer ses tortionnaires. Après tout, elle n'avait plus rien à perdre.

Alors, sans la moindre hésitation, elle relâcha les dernières brides qui maintenaient son innocence. Elle ouvrit les portes de son cœur, et l'amertume s'y engouffrapour faire son nid. La haine était un feu, et la fillette devint la braise qui le portait.

Ce fut comme une révélation.

Tout comme personne n'était venu la sauver, Cynder comprit que personne ne viendrait la venger. Elle avait espéré voir quelqu'un le faire à sa place, elle, qui n'avait jamais songer faire de mal à d'autres… Mais elle ne pouvait plus se permettre une telle naïveté.

« Je suis seule maintenant… Je ne peux plus compter que sur moi-même ! »

Puisque personne ne la vengerait, elle allait s'en charger elle-même. Elle n'eut pas besoin de se demander comment elle pouvait mener à bien un tel projet. La simple idée de pouvoir assouvir le feu vorace en elle redonna sens à sa courte vie. Elle lui redonna une bonne raison de continuer à se battre pour exister.

Elle allait détruire tous ceux qui avait cherché à la détruire. Elle prendrait sa revanche sur son père, sur tous ceux qui avaient un lien avec White-Block. Elle se vengerait, elle vengerait sa mère, et elle vengerait tous les morts que l'Unité avait laissé dans son sillage !

« VOUS ME LE PAIEREZ ! » hurla-t-elle, convaincue, en son for intérieur.

Une décharge électrique la fit tout à coup frissonner et Cynder convulsa, ses muscles violemment contractés de manière totalement injustifiée.

N'ayant pas encore appuyé sur le piston pour lui injecter l'énergon, son bourreau tressaillit face à son mouvement inattendu et en lâcha la seringue. Cette dernière lui échappa des mains, et happée par la gravité, alla s'écraser sur le sol. L'homme recula, l'air perdu.

- Que se passe-t-il ?! s'écrièrent de concert ses collègues, alertés par son geste soudain.

- Je… Je ne sais pas ! Je n'ai même pas eu le temps de lui injecter quoi que ce soit ! se défendit-il en voyant la petite fille se tordre sur son siège, comme si ses muscles étaient foudroyés un à un.

Surprise elle aussi par cette soudaine perte de contrôle, Cynder resta malgré tout étonnement calme. Et pour cause : pour la première fois depuis une éternité, elle se sentait bien. Cette sensation était à la fois familière et étrangère, car elle n'était pas exactement comme celle qu'elle ressentait lorsqu'on lui injectait le produit nocif. Les convulsions qui résultaient de ces décharges n'étaient pas douloureuses, alors qu'en temps normal, contracter le moindre muscle lui arrachait des grimaces de souffrance.

« Qu'est-ce qu'il m'arrive ? » prit-elle malgré tout le temps de s'interroger.

Entre deux soubresauts, elle jeta un regard aux scientifiques qui avaient reculés, effrayés que la situation échappe à leur contrôle. De son côté, Eddy s'était jeté sur un téléphone en arguant un cas d'urgence. Comprendre qu'ils n'en savaient pas plus qu'elle sur ce phénomène la rassura : ce n'était pas la mort qui la secouait ainsi. C'était autre chose.

Sa vision se fit encore plus floue que d'ordinaire et elle reconnut la sensation de lourdeur annonciatrice d'un prochain évanouissement. Elle n'en fut pas inquiète. Elle se sentait bien, inexplicablement satisfaite… Comme si elle venait d'obtenir quelque chose que son corps lui-même reconnaissait comme bénéfique.

Alors elle ne lutta pas contre l'inconscience. Elle s'enfonça dans les limbes de son esprit, attendant désormais avec impatience de pouvoir en sortir.

Car elle se réveillerait, elle en avait la certitude.

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Et voilà, le monde de Cynder vient de basculer. Je comprends que certaines choses ne soient pour le moment pas claires pour vous, mais elles seront mieux expliquées à l'avenir. C'est juste que Cynder ne comprend pas tout dans son état, donc vous non plus :P Mais rassurez-vous, vous aurez des débuts d'explications dès le prochain chapitre :)

A la prochaine !