Bonjour à tous !

Je tiens le rythme de tous les quinze jours, mais heureusement que ce tome est terminé car le reste de l'écriture ne suit pas... Enfin, ce n'est que temporaire, je travaille beaucoup en ce moment mais ce n'est plus que pour une semaine.

Merci à tous ceux m'ayant laissé des reviews !

Adenoide : Que de questions ! Dans les livres, Dumbledore non plus n'avait pas réalisé que Maugrey était un imposteur -et comment aurait-il pu ? Le personnage était paranoïaque et Barty Jr, un excellent acteur ! Pour le reste eh bien... Je te laisse découvrir les réponses dans ce chapitre !

Aussidagility : Oh, j'aime lire vos craintes par rapport à James, ça veut dire que j'ai bien réussi à installer la relation entre Lucifer et lui ! Susan est... un excellent personnage. Je suis ravie de pouvoir l'exploiter un peu plus ici ! Merci pour ton commentaire, j'espère que ce chapitre te plaira, même si je doute que ta colère diminue^^

Reader : Merci beaucoup pour tes commentaires ! Ne t'inquiètes pas, même « en retard », ils me font toujours plaisir, et je suis heureuse que l'histoire te plaise ! Les français... oui, ils sont assez décriés, j'ai suivi la trame que proposait Rowling et ce n'est pas vraiment glorieux... Ils ont évolué, tous ces personnages, n'est-ce pas ? Merci à toi, de suivre mon histoire et d'aimer ses personnages.

Bien, nous allons pouvoir passer au quatrième chapitre... Beaucoup de discussions, mais toutes primordiales ! J'espère qu'il vous plaira !


Les événements de la veille avaient épuisé Lucifer qui se réveilla tardivement. Il mit un moment avant de sortir des brumes du sommeil, réconforté par une présence chaude à ses côtés, et un autre avant de se rappeler pourquoi il se sentait dans un tel état de détresse. Il attrapa mécaniquement la main de son meilleur ami, posée sur son ventre et la pressa en se forçant à inspirer profondément. Harry aurait besoin de lui. Il ne pouvait pas se retrouver dans un état d'affolement et de déprime, il devait aider et soutenir son frère, lui insuffler la force de participer au Tournoi et de s'en sortir. Korrigan choisit cet instant dans le cours de ses pensées pour venir s'installer sur son torse et lécher son visage. Le poids du félin sur la main de Noah le fit s'éveiller et il battit des paupières.

-J'ai l'impression d'avoir dormi des décennies, confia-t-il. Quelle heure est-il ?

-Je l'ignore, admit Lucifer, peu enclin à attraper une montre ou un réveil.

Il se sentait protégé entre les draps du lit à baldaquin. La carte du Maraudeur se trouvait sous son oreiller, il avait la main de Noah dans la sienne et éprouvait la sensation que rien ne pourrait leur arriver. Ses prunelles croisèrent celles de son meilleur ami, et ils demeurèrent un instant silencieux, dans un moment de suspension au moment où ils prirent conscience qu'ils étaient deux garçons de quatorze ans venant de passer la nuit l'un contre l'autre dans un lit. Noah pressa ses doigts et il attrapa la Carte de sa main libre, détournant le regard au passage. Ils avaient toujours procédé ainsi sans se poser de question et ils ne s'en posèrent pas plus ce matin là.

-Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Le plan de Poudlard se dévoila sous ses yeux, et il chercha anxieusement son frère. Harry Potter se trouvait près du lac en compagnie d'Hermione Granger.

-Pourquoi Ron n'est il pas avec eux ? murmura-t-il.

Noah examina la carte, restant un instant silencieux, puis grimaça.

-Je crains que les choses n'aillent pas en s'arrangeant. Je vais aller chercher de quoi manger dans la Grande Salle et tu déjeuneras ici, d'accord ? Si les autres ne peuvent assaillir ton frère, ils risquent de reporter leur attention sur toi.

-Tu es mon meilleur ami, rappela-t-il douloureusement.

-Susan et Sally-Ann m'aideront à m'éclipser en cas de besoin. Essaie de lire, ou de t'occuper, Lucifer. Laisser ton esprit dériver te fera simplement t'angoisser plus. Je reviens.

Noah s'habilla puis quitta le dortoir, désormais désert. Lucifer ne détacha pas son regard de la carte, où son frère et Hermione décrivaient des cercles près du lac.


Les jours qui suivirent furent sans doute les pires dans la scolarité de Lucifer et Harry jusqu'ici. Personne, à l'exception d'Hagrid, Hermione et Noah, ne semblait croire le Survivant quand il répétait inlassablement qu'il n'avait pas mis son nom dans la Coupe et les élèves des autres maisons que la sienne paraissaient déterminés à lui faire payer. Harry se prit de nombreuses remarques sur sa célébrité et sur le fait de ne pas supporter que d'autres puissent jouir de la même attention. Les Poufsouffles harcelaient Lucifer parce qu'il avait aussitôt déclaré allégeance à son jumeau. La maison était soudée et elle louait la loyauté plus que tout le reste, mais les étudiants avaient visiblement décidé qu'il aurait dû se montrer loyal à Cedric et non à son frère. Et Lucifer, qui regrettait que sa maison ne soit pas la seule à attirer l'attention pour une fois, culpabilisait, déchiré entre sa loyauté pour ceux qui l'avaient toujours accueillis et son amour indéfectible pour son frère.

-Traître, cracha un deuxième année à son oreille tandis qu'ils se dirigeaient chacun vers leurs cours de la matinée.

Traître. Un cinquième année lui avait donné ce qualificatif et les plus jeunes le répétaient avec vigueur. Traître. Les conversations se taisaient lorsque Noah et lui entraient dans la Salle Commune. Traître. Le terme résonnait douloureusement dans son esprit, encore et encore, et le mettait à vif. Traître. Ils plissaient les yeux devant lui. Traître, traître, traître...

-Je n'en peux plus, admit-il.

Noah, Hermione et lui se trouvaient en cours d'Etunes des Runes et il ne s'agissait pas du meilleur cours pour commencer une crise existentielle mais il craquait. Il demeurait aux côtés de son jumeau jour après jour, ainsi qu'il l'avait promis et trop souvent, ils ne se retrouvaient que tous les quatre dans le parc ou à la bibliothèque.

-Lucifer... Hermione se mordit la lèvre. Je ne suis pas sûre que tu fasses quoi que ce soit pour arranger les choses.

Noah la fusilla du regard et son meilleur ami se contenta de se tendre à l'extrême, près à lui hurler dessus. Harry possédait le soutien de sa maison et elle n'avait jamais été décriée de la sorte.

-Oh, les garçons ! souffla-t-elle, agacée. Il faut toujours tout vous expliquer. Ta Maison se sent trahie, tout simplement. La façon dont Harry et toi ne vous entendiez pas durant vos premières années ici est connue de tous, et que tu t'échines à le soutenir alors qu'eux t'ont toujours entouré et réconforté les blesse et les rend furieux ! Tu es tellement avec nous que tu pourrais être un Gryffondor : c'est très similaire à ce qui se passerait si tu décidais de soutenir Gryffondor dans un match contre Poufsouffle, pour la Coupe de Quidditch, si tu t'asseyais dans nos gradins en portant nos couleurs !

Lucifer voulut rétorquer vertement mais se retrouva à encaisser les mots de la jeune fille et sa frustration retomba -légèrement.

-Je supporte Poudlard, répliqua-t-il. Je ne peux pas choisir entre Harry et ma Maison ! Les Poufsouffles, sensés être si justes, se montrent profondément injustes ici ! Je suis déchiré, et je ne peux rien y faire ! Harry est mon jumeau, mon frère, et ils sont eux mêmes comme une seconde famille. Personne ne devrait avoir à choisir entre deux familles.

Sa voix se brisa et ce ne fut qu'à cet instant qu'il s'aperçut s'être exprimé à voix haute. Le professeur Lhowaz, depuis sa tapisserie enchantée, l'observait les lèvres pincées.

-Mr Potter, si vous pouviez laisser le XXème siècle en dehors de mes cours, vous me rendriez un grand service.

Lhowaz ne faisait pas grand cas des points à retirer ou des punitions à distribuer. Seule importait sa matière, et les retenues en sa compagnie consistaient le plus souvent à traduire des runes ou rénover les tapisseries. S'excuser ne servait à rien : il fallait baisser la tête et se remettre au travail, ce que Lucifer s'appliqua à faire, les joues en feu.


Son coup d'éclat devint rapidement une rumeur et les Poufsouffles s'indignèrent d'être qualifiés d'injustes.

-Si ton frère était une victime, nous compatirions, mais il a simplement frimé, comme d'habitude, siffla un élève plus âgé -Tennant s'il se souvenait bien.

Il monta les marches d'escaliers avant que Lucifer ait pu s'insurger. Devant un énorme poulet rôti lors du repas du soir, Sally-Ann le toisa durement.

-Ton frère est, et a toujours été arrogant. Il agit ainsi depuis que je le connais, depuis sa première année. Il est célèbre et il a toujours profité de cette célébrité : je l'ai même vu signer des autographes à des premières années quelques fois.

-Ces premières années le lui ont demandé, intervint Susan. Pardon, se rétracta-t-elle sous le regard furibond de son amie.

-Ces premières années le lui ont demandé parce qu'il est une célébrité dans le monde sorcier, et il y est habitué. Être au centre de l'attention ne le dérange pas. Il t'a toujours rejeté en t'accusant de vouloir t'attribuer sa chère petite gloire et d'être jaloux, médites ceci. Et alors ? Qu'est-ce que ça aurait fait, si tu t'étais attribué sa gloire ? Non, laisse moi finir. Harry est fier de ce qu'il accomplit, d'être destiné à vaincre Tu-Sais-Qui. Il en est fier. Il n'a aucun doute qu'il y parviendra. Le Tournoi des Trois Sorciers est loin d'être mortel, cette année. Qu'est-ce qui te permet de croire qu'il n'a pas décidé de tenter sa chance, pour voir les regards fiers de ton père et même de toi, lorsqu'il réussirait ? Pour voir les gens l'admirer quand lui, un quatrième année, gagnerait le Tournoi ?

Lucifer s'échinait à découper une cuisse entourée de peau tandis qu'elle lui parlait, mais les mots de son amie s'infiltrèrent dans son esprit et y semèrent, malgré tout, une étincelle de doute.

-Tu as décrété qu'il n'était pas responsable avant même de le lui avoir demandé, Lucifer, acheva-t-elle. Tu l'idolâtre tellement que tu lui passes tout. Tu mourrais pour lui s'il te le demandait. Mais tu n'as même pas de réciprocité, et tu ne lui as pas demandé. Tu as juste décidé que quelqu'un lui en voulait. Tu n'as pas vérifié tous les éléments. Pour le reste... elle fit un signe vers leur tablée, ils sont furieux et c'est compréhensible. J'apprécie moins qu'ils le reportent sur toi, parce qu'en dehors d'être un crétin aveugle, tu n'as rien fait de répréhensible.

Sally-Ann visait juste, et ses arguments étaient sensés. Tous. D'un point de vue extérieur, elle avait entièrement raison. Pourtant, Lucifer passait ses journées en compagnie d'Harry. Son frère était malheureux que Ron lui ait tourné le dos -et lui était furieux-. Il se rongeait les sangs et avait dû se débattre avec l'école entière et même un peu avec James.

-Harry est destiné à vaincre Voldemort, répondit-il calmement. James me l'a toujours répété et le lui a toujours répété. Il ne s'est pas lancé à la poursuite de Quirell pour l'aventure, mais parce qu'il craignait que Voldemort revienne et qu'il voulait le stopper. Il est parti sauver Ginny parce qu'elle était la sœur de Ron, et qu'il tient énormément à eux. Il a été formé pour battre Voldemort, entraîné. Il se dressera devant lui non par plaisir mais par devoir. Parce que c'est ainsi que ça doit être. C'est ainsi depuis le 31 Octobre 1981. James pense que je l'ignore, mais j'en suis conscient. Je ne me serais pas dressé devant Voldemort si Harry ne l'avait pas fait, je suis simplement à ses côtés.

-Ca n'a rien à voir avec toi ! Tu le défends encore...

-Tu te trompes, Sally-Ann, l'interrompit doucement Noah. Harry est arrogant, c'est un fait. Il est sûr de ses capacités, de pouvoir vaincre Voldemort. Mais Harry n'est arrogant que sur ce sujet. Ses notes en classe sont moyenne et il ne s'en vante jamais. Pas plus que de ce dont il est capable au Quidditch, ni de sa fortune familiale, ni même de son sang. Il affronte des dangers parce qu'il le doit moralement, mais il ne possède aucun lien moral avec le Tournoi. Celui qui est fier de ce qu'Harry accomplit, c'est James Potter.

La jeune fille se tourna vers sa meilleure amie, les joues rougies par la colère.

-Tu penses comme moi, tu me l'as dit !

-Je pense, rétorqua lentement Susan, qu'Harry Potter n'a pas mis son nom dans la Coupe. Avec ce qui se passe au dehors -Les Mangemorts à la Coupe de Quidditch, des gens qui disparaissent-, ne pas envisager que quelqu'un ait voulu se débarrasser d'un élément gênant pour les Ténèbres est stupide. En revanche, j'ai approuvé tes dires sur les raisons pour lesquelles les Poufsouffles réagissent ainsi face à Lucifer. Ils sont, comme toi, persuadés que le Survivant a mis son nom dans la Coupe et ulcérés qu'un des leurs prenne parti contre eux.

-Je n'ai pas eu le choix ! cria le jeune Potter, exténué. Tout le monde a pris parti contre lui ! Si vous le laissiez tranquille, je n'aurais pas à le défendre ainsi, à lui affirmer mon soutien et je ne serais pas un traître à ma propre maison !

Ses propres mots lui éraflèrent la gorge et il sentit les larmes lui monter aux yeux. Avec rage, il planta sa fourchette dans sa nourriture et se mit à mâcher furieusement.

-Je ne veux pas être en froid avec toi, déclara Sally-Ann en l'aidant à se dépatouiller avec sa viande. Tu vas te brûler les ailes. C'est beau, ta dévotion à ton frère, mais il t'a toujours fait souffrir.

Auparavant, peut-être Lucifer aurait-il pris ses mots en compte. Si Harry avait, durant ces quatre années, gardé le mépris et l'exaspération qu'il éprouvait à son encontre. Mais deux années s'étaient écoulées depuis que son jumeau lui avait affirmé pour la dernière fois qu'ils n'étaient pas frères. Harry acceptait sa présence, le connaissait et le remerciait. Il ne venait jamais à lui spontanément et cette constatation constituait toujours une remise en question tranchante mais ils étaient jumeaux. Harry et Lucifer étaient frères et ils en étaient tous deux parfaitement conscients, à présent.


LE CHAMPION TORTURE

Harry James Potter, bien connu de notre monde pour avoir vaincu le terrible Vous-Savez-Qui il y a treize ans, fait de nouveau parler de lui. En effet, malgré les obstacles, ce jeune et Séduisant Garçon-Qui-A-Survécu a eu sa candidature acceptée dans le Tournoi des Trois Sorciers, a à peine douze ans.

« Mon père sera très fier de moi, j'en suis sûr ! Je sais que ma Mère veille sur moi et que je ne risquerai rien, déclara l'ambitieux Survivant. Elle me manque jour après jour et je n'ai aucun mal à avouer que je pleure toujours en pensant à elle. »

Les Potter ont toujours rendu hommage à Lily, née Evans, décédée le 31 Octobre 1981, juste avant que son fils débarrasse le monde de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Elle n'aura pas pu assister au triomphe de son fils, mais, ainsi que notre jeune héros national semble le penser, veille sur sa famille malgré tout.


L'article de Rita Skeeter avait paru quelques jours plus tôt et causé un véritable tollé dans Poudlard. Tandis que le choc de la nomination d'Harry en Champion commençait à s'apaiser, la journaliste avait rajouté de l'huile sur le feu. Lucifer avait été muet de fureur devant le tissu d'âneries qui s'étalait sur plusieurs pages de la Gazette du Sorcier. Il avait fixé une dizaine de minutes le journal sans pouvoir trouver aucun mot, aucune expression qui ne reflète sa pensée. Il se trouvait dans une rage noire telle qu'il n'en avait jamais ressentie. Non contente d'avoir parsemé quelques petites erreurs -l'âge de son frère, la raison pour laquelle Lily était morte, l'oubli du second fils- somme toute sans importance, elle avait commis l'injure ultime pour Harry : parler de sa mère. Rappeler sa mort, imaginer à sa place les mots. Et Lucifer attendait que paraisse un communiqué d'excuses, certain que James ne laisserait pas passer pareille infamie. Leur père ne supportait pas que l'on mentionne sa femme.

Seulement, rien ne vint et les rumeurs continuèrent à enfler. Régulièrement, les élèves apostrophaient Harry en citant des extraits de cet article où, quelques pages plus loin, Hermione était mentionnée comme la petite amie du Survivant. Comble du déshonneur, les noms des champions de Beauxbâtons et Durmstrang avaient été mal ortographiés et Cedric Diggory n'apparaissait pas, ce dont il ne faisait pas grand cas.

-Je préfère autant ne pas être mêlé à toute cette presse, avait-il affirmé quand ses amis invectivaient furieusement Skeeter et Harry.

Voyant que Lucifer continuait bec et ongles de défendre son jumeau, les Poufsouffles avaient recommencer à murmurer sur son chemin et à lui jeter des regards méprisants, et le rouquin fuyait le plus possible la Salle Commune.


Hermione et Noah avaient tous deux cours d'Arithmancie quand Harry et Lucifer étaient libres, ce qui signifiait qu'une heure par semaine, les deux frères se retrouvaient seuls. Malgré la bruine et l'humidité, ils préféraient se retrouver dans le parc, leurs cous protégés par les écharpes aux couleurs de leurs maisons et un pull over chaud sous leurs robes d'uniforme.

-Je ne parviens pas à croire que Ron continue sa tête de mule, ragea le Gryffondor une semaine après la parution de l'article. Comment peut-il même imaginer que j'aurais dit des trucs comme ça ?

James avait tenu son fils loin de la presse en dehors d'une interview annuelle et lui avait appris à ne pas trop en dévoiler, à se protéger et protéger l'intimité de ses proches. Aussi, lorsque Rita Skeeter avait traîné Harry dans un placard, l'adolescent ne s'était pas montré trop inquiet. Il était devenu méfiant devant la plume à papote, et connaissait la journaliste de réputation mais il avait offert des réponses sobres et fermes... dont elle n'avait absolument pas tenu compte.

-Hermione voudrait que je lui parle, mais je ne le ferais pas avant qu'il s'excuse !

-Pourquoi James n'a-t-il pas stoppé Skeeter ? s'enquit soudain Lucifer.

La question brûlait ses lèvres depuis que l'article était paru. Il n'avait eu quasiment aucune nouvelle de son père depuis la rentrée. La beuglante attendue le lendemain de l'annonce des Champions n'était jamais arrivée. Harry recevait des lettres tous les jours, du soutien, des conseils de la part de leur père, mais James semblait avoir compris que son autre enfant n'aurait rien pu y faire. Il lui avait simplement envoyé une missive lui enjoignant d'aider son frère par tous les moyens et lui signalant que cette fois, il ne pouvait pas être impliqué et n'avait donc certainement pas intérêt à l'être s'il ne voulait pas que James se charge lui même de son éducation. La menace à peine voilée l'avait fait tressaillir mais il n'y avait pas prêté plus d'attention que cela.

-Il ne peut pas, soupira Harry avec exaspération. La liberté de la presse, tu dois connaître non ? La dernière fois qu'il a essayé de faire taire Skeeter, il a eu droit à un sale article... Depuis il se contente de la charmer.

Un souvenir connu de lui seul dut lui traverser l'esprit car un sourire naquit sur ses lèvres et il lâcha un bref rire amusé. Lucifer déglutit avec amertume. Parfois, ces instants passés en compagnie de son jumeau paraissaient artificiels. Comme si le Poufsouffle n'était là que pour le protéger, lui tenir compagnie, ainsi que leur père l'avait toujours voulu. Autrefois, le garçon aurait tout donner pour partager même une heure dans le froid en compagnie de son frère, mais à présent, il éprouvait l'atroce sensation que ce semblant de relation très faux était plus douloureux encore. Ils avaient été si soudés, à la Coupe de Quidditch, et même durant l'été, quand ils avaient correspondu.

-Pourquoi ? demanda tout à coup son frère.

Lucifer leva les yeux vers lui et constata avec mortification qu'ils le brûlaient autant que la boule dans sa gorge devenait gênante.

-Tu aurais eu toutes les raisons du monde de me détester, et de te retourner contre moi. Tu m'as entendu rêvasser à mettre mon nom dans cette Coupe. Ta maison entière m'en veux de lui avoir volé la vedette et tu aurais aimé que Poufsouffle puisse enfin briller. Tu tiens à ta Maison, et tu es amer de la façon dont ils te traitent en paria. Tu aurais pu avoir enfin une année tranquille, à apprécier le Tournoi depuis les tribunes et à être époustouflé du spectaculaire... tu adores ça. A la place, tu es toujours sur tes gardes, tu consacres toute ton énergie à moi, à m'aider. Encore. Tu ne t'es même pas posé de question, tu t'es juste assuré que j'allais bien. J'ai toujours eu toute l'attention. Il m'est toujours arrivé tout un tas de choses dont j'étais plus ou moins responsable ce n'est pas comme si j'avais vraiment eu le choix de stopper Quirell ou le Basilic. Selon Hermione, c'est la raison pour laquelle Ron ne me parle plus, parce qu'il a toujours été dans l'ombre, d'abord de ses frères, ensuite de moi. Mais tu es là, et toute ta maison te le fait payer. Ton enfance a été sacrifiée pour la mienne, ton adolescence aussi, et tu es toujours là. Tu n'as jamais douté de moi. Pourquoi ?

Il avait écouté son frère les yeux écarquillés, analysant chaque information quand elle lui était donné tout en ne pouvant empêcher la sensation de stupéfaction profonde qu'il ressentait. Harry... Il se tourna vers son frère et ancra leurs regards. Immobiles, et face à face. Le reste du monde disparut.

-Je t'ai vu, déclara-t-il avec un sérieux nouveau. Lorsque ton nom est sorti de la Coupe, j'ai tourné mon regard vers toi et tu savais que je le ferais. Je t'ai vu. Cette expression sur ton visage... Comment voudrais-tu que je crois que tu t'es porté volontaire ? Je t'ai vu, et tu m'avais dit que tu ne le ferais pas. Tu obéis à James, et tu n'avais pas plus envie que moi de concourir. Je suis terrifié, plus que jamais pour toi, plus que lorsque nous avons combattu Quirell ou le Basilic parce que nous étions ensemble. Je sais pourquoi quelqu'un a mis ton nom dans cette Coupe et l'a corrompue pour qu'elle te choisisse. Elle n'aurait du choisir qu'un champion par école. Tu étais le seul d'une quatrième école, sans doute, ç'aurait été le moyen le plus sûr d'après Noah. Voldemort va resurgir, ou ses partisans vont se reformer et ils désirent se débarrasser de toi, et si un Basilic ou Voldemort n'y sont pas parvenu, que tu es intouchable à l'intérieur de Poudlard, que nous sommes toujours ensemble, quel autre moyen de te tuer que dans une tâche où tant d'autres ont péri ?

Harry paraissait livide et il serrait les lèvres, luttant visiblement contre la nausée.

-Je ne t'en ai jamais voulu, Harry, assena-t-il et dans l'intensité du moment, il était certain que son jumeau l'entendrait plus que jamais. J'ai toujours compris que tu étais celui destiné à vaincre Voldemort et pas moi. Pas moi, pas Noah, pas Ron ni Hermione tu as été désigné à cause de ta cicatrice et d'une prophétie. J'en ai voulu à James et puis j'ai compris que je ne préférais avoir vécu avec Pétunia que dans ton ombre, et je suis toujours dans ton ombre au Manoir Potter. Comment pourrais-je te rendre responsable de ce qui s'est produit alors que tu n'as pas choisi ? Comment pourrais-je te rendre responsable d'accaparer l'attention des autres alors que je n'en veux pas ? Je me fiche d'être dans l'ombre, tous les enjeux ne m'intéressent pas. Je veux simplement passer ma vie avec Noah et toi. Je veux te savoir en vie et être proche de toi, je veux le savoir en vie et être proche de lui. Je veux parcourir Poudlard avec Susan et Sally-Ann et rire, et pouvoir... c'est ceci qui me satisfait et me rend heureux. Les aventures m'intéressent si elles ont un mystère derrière, pas un danger mortel. Ce que James me reproche... ce sont ses propres peurs, ses propres interprétations, s'il avait été à ma place, mais je ne suis pas lui, je n'ai pas été élevé par lui. Pétunia... Je suis heureux quand quelqu'un a qui je tiens désire ma compagnie. Je suis heureux entouré de ceux que j'aime et de quelques énigmes.

Harry le fixa, secouant légèrement la tête, comme incrédule. La bruine s'était transformée en pluie fine et les trempait tous deux mais s'ils frissonnèrent, ils ne lâchèrent pas le regard de l'autre.

-Tu as tellement mûri, murmura le Survivant. Ces derniers mois.

Lucifer le sentait, confusément. La voix de son frère commençait à prendre une teinte rocailleuse de temps à autre et la sienne... devenait plus basse, parfois. Il commençait à muer. Il avait pris deux centimètres en quatre mois, peu, autant que son jumeau, mais ses épaules se carraient un peu plus. Sa mâchoire aussi. Il ressemblait plus que jamais à son frère. Etait-ce d'avoir assisté à ce qui s'était passé dans l'Ancienne Salle Commune ? D'avoir vu ce que l'humanité pouvait accomplir, les complots et les coulisses du pouvoir ? Etait-ce la déchirure qu'il avait ressenti l'année précédente lorsqu'il avait vainement tenté de comprendre comment on pouvait être aussi proche de quelqu'un puis le trahir sans états d'âmes ? Ou la menace de Voldemort qui planait plus que jamais au dessus d'eux et la nécessité de devoir tenir bon et ne pas paniquer pour Harry ?

-Toi aussi, répondit-il. Toute l'année dernière, tu as beaucoup évolué.

L'année où son jumeau avait réalisé que leur père n'était pas idéal. Ils le savaient tous deux et il n'était nul besoin de l'évoquer à voix haute.

-Ecoutes... commença Harry. Heu... Je ne sais pas comment le dire autrement : toutes ces années... la façon dont tu te comportes, et dont je me comportes... nous ne pouvions pas être autre chose que jumeaux.

Harry ne rougissait pas. Ses yeux verts partaient dans tous les sens -ce qu'ils firent aussitôt que les premiers mots jaillirent-, il agitait les pieds et balbutiait. Il n'admettait pas ses émotions à voix haute non plus et Lucifer devina qu'il venait de lui accorder une immense faveur, dues aux trop nombres fois où il avait renié leur lien de parenté, leur degré d'affection. Une immense chaleur se propagea dans sa poitrine pour lui prodiguer une sensation de soulagement. Il attrapa la main de son frère et la serra.


Les heures qui suivirent ne furent pas teintée de cette même intensité, très rares entre deux individus. Elles furent néanmoins plus authentiques, partageant des goûts, des mystères, des impressions.

-Je suis furieux, murmura Lucifer alors qu'ils sortaient d'un cours de Botanique. Je suis lié à Poufsouffle... Je donne énormément à cette Maison...

-Vous saurez plus tard, ajouta Noah devant le regard interrogatif d'Hermione.

-Harry ? s'enquit cette dernière.

Le Survivant avait les yeux qui fixaient l'horizon et paraissait ne rien suivre de leur conversation. Il se contentait de consulter sa montre de temps à autres.

-Il ne reste qu'une semaine avant la première tâche. Je vais sans doute me ridiculiser devant toute l'école, puisque je ne sais pas faire grand chose comparé aux autres Champions, et ça m'étonnerait qu'on ait besoin de Défense Contre les Forces du Mal.

Hermione se mordit la lèvre. Lucifer retint un gémissement angoissé.

-Contente toi de survivre, déclara Noah. C'est tout ce qui importe.

Il attrapa les doigts de son meilleur ami et les pressa, soutien muet qui tombait toujours juste. Une semaine... Une semaine. L'anxiété l'étouffait déjà.


La bibliothèque avait beau être l'endroit préféré des deux garçons pour travailler sur l'Ancienne Salle Commune, Lucifer regrettait de ne pas se trouver dans l'actuelle, à travailler sur des sortilèges inutiles en compagnie de Susan et Sally-Ann. Depuis six semaines, Noah et lui avaient passé temps de temps à lire des manuels insupportablement ennuyeux d'Historiographie et à étudier non pas l'Histoire mais la rédaction des livres d'Histoires, principalement ceux de Bathilda Tourdesac que même les lectures complémentaires pour les cours leur semblaient être du loisir. Le soir, lorsqu'ils étaient forcés de quitter la bibliothèque pour aller dîner puis de rejoindre leurs dortoirs, ils se blottissaient dans le lit de l'un ou l'autre et cherchaient éventuellement des choses qui pourraient servir en Défense ou dans le Tournoi des Trois Sorciers. Tout valait mieux que les regards méprisants des autres, dont même Noah avait commencé à souffrir.

-Salut ! lança une voix guillerette.

Ils l'identifièrent aussitôt comme celle de Sally-Ann et accueillirent le divertissement avec délectation. La jeune fille jeta un coup d'oeil sur les trop nombreux et trop épais ouvrages en vrac sur la table.

-Vous travaillez encore sur cette histoire racontée par le Moine Gras hein ? Ca à l'air beaucoup moins passionnant sous cet angle que sous le sien.

Lucifer sourit malgré lui. Les soucis de la jeune fille avec son jeune frère demeuraient mais contrairement à l'année précédente, elle parvenait à se concentrer sur d'autre choses et sa bonne humeur et sa franchise étaient bien souvent rafraîchissantes. Noah la fusilla néanmoins du regard.

-Nous parviendrons à rendre l'Histoire aussi épique qu'elle le mérite, prévint-il.

Sally-Ann, si elle parut intriguée de la tournure de sa phrase, ne commenta pas.

-Je t'emprunte Lucifer un moment ? proposa-t-elle.

Noah fronça les sourcils, un peu perdu.

-D'accord. Je vais terminer mon livre et ranger tout ça... Je vous rejoint au dîner.

Lucifer rangea précautionneusement ses livres et ses parchemins, puis fit glisser une fiole de philtre de houx à moitié vide à son meilleur ami, qui l'attrapa machinalement. Ils se sourirent puis le Poufsouffle emprunta le pas à l'adolescente, décontenancée. Ils descendirent les escaliers puis elle lui attrapa le poignet et l'entraîna sans explications vers le bureau de leur directrice de maison. Instinctivement, le garçon vérifia ses poignets -un peu égratignés par l'anxiété qui le rongeait et sa frustration mais sans gravité-.

-Que faisons nous là ? s'enquit-il, les sourcils froncés.

La jeune fille frappa à la porte du bureau de Mrs Chourave puis pivota sur un pied pour faire face à son ami.

-J'en ai plus qu'assez de la façon dont tu es traité, voilà ce qu'on fait là. Je t'aurais haï si tu avais fait une telle chose pour moi -mais il s'avère que Noah et toi vous êtes débrouillés pour attirer l'attention sur ma situation alors je n'ai pas de scrupules. Et puis tu acceptes ce genre de chose beaucoup mieux.

La porte s'ouvrit sur leur professeur de Botanique, mais avant que Lucifer ait pu mettre en place les pièces du puzzle, son amie l'attirait de nouveau dans le petit bureau circulaire et l'asseyait de force sur un des troncs de bois lisses.

-Bonjour Sally-Ann. Je crois que nous devions en effet nous voir.

Chourave était aussi brusque qu'à l'accoutumée, mais elle paraissait amusée par le comportement de son élève. Celle-ci resta debout, les bras croisés.

-Je suis désolée, j'aurais du venir avant. Moi, ou Susan Bones. Le truc est que Lucifer n'est plus à sa place parmi les Poufsouffle.

La phrase lui coupa le souffle et la souffrance ressentie fut si intense qu'il ne fit qu'entrevoir l'expression choquée de leur professeur.

-Depuis que le nom « Harry Potter » est sorti de la Coupe de Feu, la plupart des élèves lui reprochent les actions de son frère. Et parce qu'il le soutient, parce que c'est Lucifer et que Lucifer soutient toujours les gens mêmes quand ils ne le veulent pas, les autres sont à la limite du harcèlement avec lui. Je ne sais plus quel sixième année à lancé le mot « Traître » mais les plus jeunes l'ont repris et ils le sifflent sur son passage. Je ne sais pas si son jumeau est responsable de sa situation, mais Lucifer souffre de brimades.

Elle acheva sa tirade bras croisés, inconsciente de son effet Lucifer comprenait qu'elle ne désirait pas l'exclure de leur Maison en dépit de sa formulation très maladroite.

-Lucifer est toujours à sa place chez les Poufsouffles, mais les Poufsouffles lui refusent sa place, corrigea le professeur Chourave.

Les joues rebondies de Sally-Ann rosirent. Elle était charmante, ainsi illuminée de la lueur orangée du soleil couchant, et dans sa position de justicière.

-Cela dure depuis le 31 Octobre ? lui fit préciser leur directrice.

Elle regardait le garçon, qui hocha la tête, soulagé et profondément touché de l'initiative de son amie. Pas un instant il n'avait pensé à se réfugier auprès de Mrs Chourave pour se plaindre, toute son attention focalisée sur Harry et sur son impossibilité à choisir entre son jumeau et sa maison, comme lors de sa deuxième année, ce qu'il expliqua farouchement à la femme.

-Noah commence à en être victime également, ajouta-t-il. Ernie et Justin ne parlent ni à Harry, ni à moi mais ils ne disent rien. Il s'agit plutôt des autres années.

-J'ai toujours rejeté l'intolérance, à la manière d'Helga Poufsouffle. Personne ne vous demandera de choisir votre allégeance de la sorte, et je m'en assurerai dès ce soir. Sally-Ann, je donne dix points à Poufsouffle pour votre générosité. Pourriez vous nous laisser un instant ?

Elle hocha la tête, peu contrariée, et sortit avec fierté.

-Je suis consciente de tout ce que vous traversez, Lucifer. Je regrette que vous oubliez que ma porte vous est ouverte : vous avez Noah, mais seuls des adultes peuvent régler certaines choses. Comment allez-vous ?

-J'ai des bouffées d'angoisse, admit-il. Le soir, principalement, quand je toute mon énergie me quitte. Je vais bien. Je n'ai pas le choix.

Il irait bien, parce qu'il devait soutenir Harry jusqu'à la fin. Sa directrice inspecta les poignets, l'admonesta d''une tape et lui tendit deux nouvelles baies à malaxer et à avaler, de sorte qu'il pourrait se détendre. Lucifer la remercia, puis rejoignit son amie.

La mise au point dans la Salle Commune des Poufsouffles fut embarrassante mais le tenait par l'épaule, Noah enserrait son poignet, et Sally-Ann se trouvait de l'autre côté de leur professeur. La plupart des élèves parurent contrits et certains reconnurent s'être laissés emporter. Les regards noirs ne cessèrent pas mais les deux garçons purent réintégrer leur Salle Commune dans la journée et recommencer leurs duels.


Lucifer serait volontiers resté entre ses couvertures moelleuses ce matin là. Le château était glacial le matin, particulièrement le Hall, sujet aux courants d'airs et la Grande Salle. Il se versa un bol de lait brûlant, récitant mentalement la liste de ses cours du jours. Ils avaient un devoir sur les antidotes en potions, avant de devoir en fabriquer une eux même en l'espace d'une heure...

-Lucifer.

Il n'avait pas vu Harry s'approcher de lui et sursauta, manquant de renverser une bonne partie de son lait. La situation paraissait tellement inhabituelle, et son jumeau tellement livide qu'une multitude de questions et d'hypothèses envahirent son esprit. Etait-il arrivé quelque chose à James ? A Pétunia ? Avaient-ils trouvé qui avait mis le nom de son frère dans la Coupe de Feu ?

-J'ai besoin de prendre l'air, annonça le Survivant. Pourrais-tu... m'accompagner ? J'aimerais...

Lucifer se leva aussitôt, regrettant de n'avoir pas pris son écharpe, et jeta un coup d'oeil à son meilleur ami pour vérifier qu'il n'en prenait pas ombrage. Noah avait paru heureux de ce que Sally-Ann avait fait pour lui, et il se contenta de saluer Harry avant d'adresser un signe rassurant à Lucifer. Les deux Potter quittèrent la pièce sous les regards encore noirs des Poufsouffle.

-Des dragons, lâcha Harry sur le parvis. C'est ma première tâche.

Lucifer entrouvrit la bouche et refréna une exclamation d'horreur. Son frère passa une main sur son visage pâle et cerné il n'avait sans doute pas dormi de la nuit.

-Hagrid m'a demandé de venir, avec ma Cape d'Invisibilité et... Ce me semble être de la triche, mais je les ais vus. Charlie Weasley était là en renfort pour les maîtriser, des femelles en train de couver.

-Elles seront plus féroces ainsi, murmura-t-il, livide.

-Des dragons, répéta son frère. Comment pourrais-je les affronter ? Hermione est partie chercher tout ce qu'elle pouvait à la bibliothèque, mais je vais être démuni. Les sortilèges rebondissent sur leurs écailles, les dragonniers ont du se mettre à cinq pour en stupéfixer un et ils sont des sorciers accomplis. Enfin... Je pensais que tu voudrais savoir.

Si Lucifer avait appris au même moment que les autres la Première Tâche, il se serait sans doute rué vers l'endroit où se trouvait son frère.

-Merci, répondit-il avec émotion. Je vais chercher, et Noah également. A quatre, nous irons plus rapidement.

Harry hocha la tête avec reconnaissance, puis ébouriffa ses cheveux, une expression déterminée sur le visage.

-Lucifer, il faut que Cedric le sache. Madame Maxime a vu les dragons et Karkaroff les espionnait. Seul Cedric n'est pas au courant... Pourrais tu le lui dire ?

-Dès que je le pourrais, promit férocement le rouquin. Ton sens de la justice t'honore, tu sais ? Il le fait toujours.

Son jumeau leva les yeux au ciel avec une moue agacée mais tint sa langue. Lucifer pressa l'épaule de son frère. La plupart des élèves commençaient à sortir de la Grande Salle, et il rejoignit Noah. En sens inverse, il aperçut Maugrey.


Un balai, sur lequel il excellait, attiré à lui par le sortilège d'attraction. Maugrey le lui avait suggéré, et James, plus qu'approuvé. Savoir que son frère s'appuierait sur ses meilleurs atouts apaisa quelque peu Lucifer.

Quelque peu uniquement, et pour quelques heures uniquement. Il se réveilla en sursaut le mardi 24 novembre et avec un halètement qui réveilla et alerta ses camarades de dortoir. Ses grands yeux écarquillés scrutaient le moindre recoin.

-Tu as l'air d'une bête traquée, lui fit remarquer Justin. Tu devrais te détendre un peu.

Extrêmement agité, l'adolescent ne lui répondit pas. Il ne put avaler grand chose, même si ses amis le forcèrent à avaler un bol de soupe entier au déjeuner, et massacra la main de Noah en y enfonçant ses ongles à intervalles réguliers. Enfin, les élèves furent priés de se rendre dans le parc.

Le terrain paraissait immense. Les bannières des Trois Ecoles y étaient représentées, et les tribunes reprenaient leurs couleurs. Lucifer s'assit le plus près possible de la sortie, mais Susan se plaça sur le siège à l'extrémité du rang.

-Il t'est interdit d'intervenir, lui rappela-t-elle d'un ton sérieux.

-Je ne comptais pas le faire ! cracha-t-il. Je n'ai aucune envie d'affronter cette première tâche et je sais parfaitement que je ne suis pas Champion.

Il inspira profondément, conscient que sa virulence venait de son expérience avec James.

-Je me sens mieux ici.

-Je sais, souffla Noah d'un ton apaisant. Tout va bien se passer. Les tâches sont encadrées et plus sûres que jamais.

Verpey donna le signal et expliqua les règles du jeu. Les élèves devinrent extatiques et commencèrent à manifester bruyament leur joie en apprenant qu'ils verraient de véritables dragons.

-Notre Premier Candidat est Cedrid Diggory et il affrontera... Un Suédois à Museau Court !

Et la première tâche commença. Le dragon était bleu, avec un nez aplati, et veillait farouchement sur ses œufs. Cedric entra prudemment dans l'arène et effectua un repérage rapide de son environnement. Il plissa des yeux et focalisa son attention sur l'oeuf d'or, avant de se rapprocher le plus possible du nid. Il opérait lentement et effectuait des arrêts derrière les rochers, mais soudain, la dragonne tourna son museau vers lui et la foule retint son souffle. Cedric s'en aperçut et Verpey commenta joyeusement, mais quelques secondes plus tard, un aboiement aigu résonnait dans la carrière. Un petit chiot aux longs poils bruns se faufila près du nid et renifla les œufs, détournant aussitôt l'attention de la dragonne, dont les narines commencèrent à fumer. Le chiot jappa et s'échappa en courant dans la direction opposée, mais elle n'avait pas l'intention de le laisser s'en sortir comme ça. Du fait de son jeune âge, l'animal issu du rocher était agile, rapide et très joueur, et il n'eut aucun mal à distraire la dragonne pendant que Cedric s'approchait des œufs avec une vitesse impressionnante et posa la main sur l'oeuf d'or... Au moment même où la dragonne décidait que la piètre boule de poils ne valait pas son attention. Elle se focalisa aussitôt sur le Champion, qui s'en aperçut et sauta au dessus du nid avec agilité. Il se réceptionna tant bien que mal par une roulade mais ne put éviter une gerbe de flamme, et la foule hurla. Il fallut quelques tentatives au préfet avant de réussir à déjouer la garde de l'animal mythique mais il ressortit finalement du stade victorieux. La foule explosa en applaudissements.

-Il fallait du culot ! Commenta Verpey... Félicitations... A présent, vous allez pouvoir assister aux prouesses de la Championne de Beauxbâtons, Fleur Delacour, face à un vert gallois !

Tandis que les dragonniers amenaient leur protégé dans la carrière, les jurys rendirent leurs notes. Puis, de nouveau, toute l'attention fut focalisée sur la carrière. Fleur entra tête haute, avec une grâce qui détonnait dans cet environnement de pierres. Elle s'approcha beaucoup plus rapidement que Cedric, et leva sans hésiter sa baguette. Le sort qui enveloppa le dragon était puissant mais il ne sembla faire aucun effet... L'animal se contenta de fixer la Championne qui lui rendait son regard, baguette brandie, immobile... Et soudain, vive comme l'éclair, elle jeta de nouveau son sort et le dragon ferma les yeux avant d'avoir pu réagir à la menace devant lui. Fleur l'étudia, prête à l'empêcher de tomber sur ses œufs, mais la dragonne demeura debout et se mit à ronfler. Toujours aussi rapide et aussi gracieuse, la jeune femme se rua vers les œufs. Soudain, le ronflement s'intensifia et une gerbe de flamme jaillit des narines du dragon. La robe de la française s'embrasa. Elle tenta quelques instants de piétiner le feu sans y parvenir et pivota sur elle même pour chercher le regard de sa directrice, ostensiblement terrifiée... Puis se reprit et un filer d'eau jaillit de sa baguette comme d'une source et éteignit les flammes. L'incendie maîtrisé, elle n'eut aucun mal à ressortir victorieuse. Ce n'était pas le plus spectaculaire, mais la scène avait possédé une dignité indéniable et Lucifer en fut impressionné.

-Parfait ! S'exclama Verpey avec une enthousiasme exacerbé. A présent, au tour de Mr Krum avec un boutefeu chinois !

Fleur fut légèrement pénalisée de son moment d'égarement mais s'en tira avec des notes honorables. Dans la carrière, un joli dragon écarlate patientait, l'air très, très vif et assez agité. Krum entra dans l'arène à son tour, et le dragon le repéra aussitôt. Il se souleva vers lui en se désintéressant de ses œufs, mais l'attrapeur possédait d'excellents réflexes et il évita les flammes crachées dans sa direction. Il tourna autour du dragon jusqu'à l'agacer et jusqu'à trouver une faille, puis un sortilège d'une incroyable précision frappa l'animal droit dans les yeux.

-Le point faible des dragons, murmura Noah à son oreille tandis que la foule explosait en applaudissements et en cris de joie.

La précision de Krum était parfaite, et son idée excellente : la dragonne ne pouvait plus le voir. Néanmoins, elle s'agaça prodigieusement et massacra la moitié des œufs ce faisant. Noah se tendit et broya la main de Lucifer, peiné. Le Champion de Durmstrang ressortit victorieux quelques secondes plus tard.

Il n'en restait qu'un. Harry.

Et la foule s'époumonait tandis que le jumeau de Lucifer se tenait au centre de l'arène, les poings serrés. Il leva sa baguette...

-Accio Eclair de feu !

Le balai mit bien trop de temps à arriver. Le sang de Lucifer pulsait à ses tempes, son cœur tambourinait à l'intérieur de sa cage thoracique... Et puis Harry monta sur son balai, et en un sens, cela ressembla à un match de Quidditch. Il enchaînait les figures, volait, tournoyait, feintait avec un talent exceptionnel et magique. Le Champion fondit en piqué au moment où la dragonne ouvrait sa gueule. Lucifer poussa un cri de terreur. Il parvint à échapper aux flammes mais la queue hérissée fendit l'air comme un fouet et, au moment où il virait sur sa gauche, l'une des longues pointes lui érafla l'épaule, déchirant l'étoffe de sa robe de sorcier, et l'angoisse fut soudain telle qu'elle brûla la gorge du garçon autant que ses poumons. Il ne pouvait plus respirer. Pourtant, son frère ne se laissa pas déconcentrer. Son expression demeura aussi déterminée, et il enchaîna encore plus les figures, les feintes, accélérant et décélérant au gré des humeurs du dragon, qui ne paraissait pas vouloir quitter ses œufs. Elle devint de plus en plus exaspérée mais Harry n'y prêtait pas vraiment attention. Il se contenta d'esquiver une gerbe de flammes lorsqu'elle poussa un rugissement exaspéré... Puis la dragonne s'envola, et Lucifer sentit son monde exploser autour de lui. Le sang cognait si fort qu'il n'entendait plus les cris de la foule, il se mordait les lèvres et la langue tellement fort qu'il sentait le sang dégouliner au fond de sa gorge. Son jumeau fit une magnifique figure en piqué et lâcha son balai -saisit l'oeuf au passage-, remonta en chandelle et s'envola au dessus de la foule, vainqueur et fier.


La foule était assourdissante autour de Lucifer. Il respirait l'air à grandes goulées et dès que cela lui fut permis, il se rua dans la tente de l'infirmerie, et étreignit son jumeau avec une force nouvelle.

-Lucifer... Je suis vivant, et j'ai été le plus rapide, lui fit remarquer son frère.

-Laissez moi le soigner ! le houspilla l'infirmière.

Elle se lança dans une diatribe contre les dangers que les faisaient affronter Poudlard, mais Lucifer se contenta de fixer son jumeau, des larmes dégoulinant de ses yeux jusque son cou, incapable de prononcer le moindre son. Noah, Ron et Hermione les rejoignirent quelques instants plus tard, et le jeune Weber enlaça son meilleur ami.

-Je suis désolé, bredouilla Lucifer en avisant sa main en piteux état.

-Ce n'est rien, promit Noah.

Un peu plus loin, Ron et Harry se réconciliaient. Lucifer fusilla l'adolescent roux du regard. Il avait tourné le dos à son frère au moment où celui-ci en avait eu le plus besoin. Au moins ne l'avait-il ni insulté ni rabaissé, et son frère paraissait si soulagé, si dépourvu de rancoeur qu'il ne pouvait pas se permettre de garder de l'amertume envers le Gryffondor.

Harry ne parut pas comprendre la terreur dans laquelle il s'était trouvé, mais il l'accepta avec plus ou moins d'exaspération. Il ne comprenait jamais ce qui poussait son jumeau à braver un chien à trois têtes pour le rejoindre à mi-parcours d'une quête dont il ne connaissait rien, la raison pour laquelle il s'était un jour placé devant lui pour prendre un sortilège à sa place, cette force intérieure qui lui dictait de se tenir toujours prêt à le seconder, à le protéger, à l'aider.

Mais l'importance était moindre. Harry, à défaut de comprendre, savait que c'était ainsi et l'acceptait. Et Lucifer se sentait plus proche de son jumeau que jamais.

Une tâche accomplie. Il en restait deux.