Psyché s'essuya les yeux d'un geste rageur et redressa les épaules. Puis, elle prit une profonde inspiration et avança d'un pas décidé vers la porte du palais. Puisque les dieux ne lui viendraient pas en aide, elle avait décidé d'affronter son destin.

Les gardes la saluèrent avant de s'écarter rapidement pour la laisser passer. Elle les salua en retour d'un signe rigide de la tête et poursuivit sa route. Un léger frisson lui parcourut la nuque et elle se retint à grande peine de se retourner. A quoi cela aurait-il servi de toute façon ? Elle aurait trouvé dans le regard de ces hommes, comme dans celui des servantes qu'elle croisait et qui la saluait avec respect, la même fascination qu'elle y avait toujours trouvée depuis son enfance.

Un sourire désabusé se dessina sur ses lèvres et elle pressa le pas. C'était cette admiration sans bornes, celle que l'on ne voue qu'à une déesse qui l'avait conduite à son sort.

Elle ouvrit la porte de son boudoir et la referma doucement derrière elle avant de s'y adosser. Elle ferma les yeux et se mordit les lèvres pour résister à la brûlure des larmes sur ses joues.

- « Ma chérie… »

Une voix faible s'éleva devant elle et elle ouvrit les yeux.

Sa mère se tenait là, le regard hagard

Psyché la fixa impassible.

- « Je n'ai pas envie d'en discuter maman » répondit-elle simplement

- « Je sais… je sais » reprit sa mère d'une voix éteinte « je suis juste venue te dire que nous ne laisserons jamais cela arriver … ton père est retourné voir la Pythie… il trouvera un autre moyen et… »

Psyché la coupa d'un geste de la main

- « Ah oui ? et lequel hein, maman ? Tu crois encore qu'il est possible de réparer toutes les erreurs que vous avez commises depuis le jour de ma naissance ?»

Sa mère détourna la tête et ravala un sanglot

- « Nous n'avons jamais voulu cela… » lâcha-t-elle d'une voix étranglée

- « Je vous avais dit que laisser toutes ces gens venir ici avec leurs présents était une terrible erreur, combien de fois ai-je tenté de vous convaincre que leurs discours étaient dangereux ? Je vous avais dit que la vengeance des dieux serait terrible. Qu'avez-vous retenu de vos propres leçons ?! hein maman ? C'est là qu'il fallait se rappeler… c'est là qu'il le fallait … les dieux ne pardonnent jamais… »

Psyché s'interrompit quelques secondes pour reprendre contenance puis conclut d'une voix monocorde

- « Mais vous avez refusé de m'écouter »

Sa mère baissa la tête en la secouant lentement

- « Je sais … je sais …mais… »

- « Mais quoi maman ?! » hurla cette fois la jeune femme « je ne suis pas une déesse ! je n'ai jamais souhaité avoir les attentions qui leur sont dues et vois aujourd'hui le prix à payer »

Sa mère éclata en sanglots.

- « Psyché… »

- « Vas t en ! » lâcha la jeune femme en lui pointant la porte du doigt

Sa mère la fixa avec un regard désespéré et acquiesça doucement avant de quitter la pièce.

Psyché inspira et balaya la pièce du regard, et un sanglot lui échappa.

Aussi loin qu'elle se souvienne, son boudoir avait toujours été un lieu de rires et de joie. Le souvenir des jeux qu'elle avait partagés avec ses deux sœurs aînées lui revint en mémoire et un goût de fiel lui emplit la bouche.

« Des rires et des jeux … oui… et des louanges sans bornes pour ta beauté… » Se rappela t elle

Elle essuya les nouvelles larmes qui lui montaient aux yeux et avança vers son lit. Les étoffes de soies pastels et les coussins assortis paraient la pièce d'une douceur angélique qui invitait au repos. Psyché s'y allongea et fixa le vide.

Elle ferma les yeux en portant la main à son cou pour caresser le pendentif en forme de croix ansé qui l'ornait et éclata en sanglots.

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La toute puissante Turan[1] se détourna du miroir et contempla l'objet qui était posé à ses côtés.

- « Tu as été parfaite » résonna une voix dans sa tête

La déesse soupira.

- « Vous savez qu'elle ne mérite pas ce que vous lui imposez. »

- « Et… je suppose que cela devrait m'affecter ? » lui demanda la voix

- « Psyché n'est pas une déesse et elle a toujours refusé d'être considérée comme telle, vous le savez. Je vous en prie … ce n'est qu'une enfant une enfant qui mérite un autre avenir. Il doit y avoir un autre moyen… »

La voix ricana

- « Allons, tu le sais tout comme moi. Les succès ou les échecs des Hommes ne sont que les jouets du désir des piliers. »

- « Ce que vous désirez ne la concerne pas ! » implora la jeune déesse

- « C'est là que tu te trompes. » reprit la voix « Mais de toute façon, cela ne te concerne pas. Tu devrais plutôt te rappeler ce que te coûte la désobéissance à leurs désirs. »

Turan baissa la tête et expira

- « Bien… » reprit la voix « Tu sais ce qu'il te reste à faire. »

Turan ravala un sanglot et se leva en prenant une grande inspiration.

L'heure avait sonné pour elle de faire connaître par la voix de la Pythie la sentence.


[1] Déesse étrusque de la beauté, de l'amour, de la fécondité et de la santé