Note : Je sais que je dis ça à chaque fois, mais promis cette fois-ci vous devriez commencer à voir les chapitres popper plus souvent, je suis en train de travailler à écrire tout d'un coup pour pouvoir les poster de plus en plus fréquemment ! En attendant j'espère que ce chapitre vous plaira. Oh, et, je n'ai même pas honte pour la chanson d'intro. Ou peut-être un peu. Un tout petit peu.
~ 03 : Mon meilleur ami ~
Je serai là, toujours pour toi
N'importe où quand tu voudras
Je serai, toujours la même
un peu bohème
Prête à faire des folies
Je serai, même si la vie nous sépare
Celle qui te redonnera l'espoir
On ne laissera rien au hasard
Car tu sais que je resterai
ta meilleure amie
(Ta meilleure amie, Lorie)
John devait bien l'avouer : s'il s'était senti fort et aventureux pendant ses préparatifs et son départ, maintenant qu'il était en vol et qu'il avait beaucoup de temps pour réfléchir, il faisait moins le fier. Il était actuellement dans un avion, sur le point de rencontrer son meilleur ami qu'il n'avait jamais vu qu'en photo, pour essayer de retrouver une personne dont il ne savait que deux choses : qu'elle était son âme sœur, et qu'elle se mutilait.
À quel moment au juste avait-il pensé que tout ça serait une bonne idée ?
Enfin.
Après tout, Rose l'avait aidé à planifier tout le voyage et son père l'avait laissé partir. C'est qu'il ne devait pas à ce point risquer la mort. Il lui suffirait juste de rester en vie et en bonne santé tout au long du voyage. Ce ne serait pas si dur ! Et puis, il avait pris tout ce qu'il lui fallait dans son sac de voyage. Avec ses amis près de lui, il ne risquait rien. Il pourrait compter sur eux.
Sauf pour la chose la plus grave. Mais ça, il pourrait y faire face tout seul, il en était certain. Et son père lui avait dit avoir modifié son forfait pour qu'il fonctionne dans tout le pays si nécessaire – s'il avait besoin tout à coup de l'appeler, même au milieu de la nuit. Le jeune homme inspira à fond, projetant son regard sur le ciel qui les entourait. Il faudrait encore plusieurs heures avant qu'il n'arrive chez Dave. Autant en profiter pour se calmer et se changer les idées.
.oOo.
Ce fut une main secouant son épaule qui tira John de son sommeil peu profond. Il lui fallut quelques instants pour reprendre vraiment conscience de son environnement et de l'hôtesse de l'air qui lui indiquait de boucler sa ceinture, car ils allaient atterrir. Il finit par acquiescer et s'exécuter, essuyant discrètement la bave qui avait roulé sur sa joue pendant qu'il dormait.
Si Rose avait été là, nul doute qu'elle se serait bien moquée de sa capacité à s'endormir n'importe où et n'importe comment. Et quelque part, elle n'aurait pas eu tort. Il avait effectivement décidé de se détendre, mais ne pensait pas qu'il passerait tout son vol à dormir ! Enfin, quelque part, il ne s'était pas beaucoup reposé, ces derniers jours. Et puis, au moins, il n'avait pas passé tout son temps à angoisser.
…
Comme il était actuellement en train de recommencer à le faire.
Mais qu'y pouvait-il, au juste ? Ce n'était pas tous les jours qu'on rencontrait son meilleur ami et qu'on allait au-devant d'une formidable aventure pour trouver son âme sœur ! Parce qu'il ne doutait pas que c'était très exactement ce qui l'attendait. Avec plein de farces entre deux.
Une secousse le ramena sur terre – littéralement, cette fois-ci. Avec patience, il attendit que l'avion se soit définitivement arrêté et que les hôtesses aient donné le feu vert pour se lever de sa place et attraper son sac de voyage, juste au-dessus de sa tête. Quelques instants plus tard, il descendait de l'avion, son sac sur l'épaule et son esprit encombré par l'impatience.
Il lui fallut néanmoins plusieurs minutes, comme à tous les autres passagers, pour rejoindre l'aéroport et sortir des divers contrôles de routine sur les papiers et le contenu de ses bagages. Une fois dans le grand hall principal, il sortit son téléphone et ouvrit l'application de pesterchum. Son cœur cognait dans sa poitrine tandis qu'il tapait quelques mots sur l'écran.
- ectoBiologist [EB] a commencé à pester sur turntechGodhead [TG] à 14:27 –
[02:28] EB: ca y est !
[02:28] EB : je suis là :B
[02:29] TG : je sais bro
John fronça les sourcils.
Comment ça, « je sais » ? Bien sûr, il lui avait dit l'heure à laquelle il arriverait, mais…
Oh. Il était là. Il avait même dû le voir et le reconnaître avant John, et s'amusait maintenant à l'observer d'un peu plus loin en rigolant et en sirotant du jus de pomme, la petite vermine. John se fit mentalement la promesse qu'il trouverait moyen de se venger de ça durant son séjour ici. En attendant, il avait plus urgent à faire : le retrouver. Enfonçant le portable dans sa poche, le jeune homme pivota sur ses propres talons, fixant la foule tout autour de lui, recherchant une probable silhouette immobile au milieu de ce fleuve de visages inconnus.
Bon. Au final, il n'était pas en train de siroter un jus de pomme. Mais il avait bel et bien un sourire narquois collé sur la tronche, juste en-dessous des lunettes de soleil que John reconnut, le cœur battant. Même s'il en avait souvent vu des photos, il avait du mal à croire qu'il les portait vraiment.
Le jeune homme laissa un grand sourire s'étaler en travers de son visage. Tant pis pour toute l'ironie du monde – il allait écraser Dave sous un câlin de bro bien mérité, et ce dernier n'aurait pas son mot à dire là-dessus.
Et il n'eut pas son mot à dire.
S'il était mauvaise langue, John rajouterait même qu'il était certain d'avoir senti son meilleur ami lui rendre l'étreinte, ne serait-ce qu'une seconde. Mais bon, il était bien élevé, aussi ne dit-il rien à ce propos et se contenta-t-il de sourire un peu plus – si c'était possible.
« Sup, bro.
- Sup, Dave ! Ça fait plaisir d'enfin te voir !
- À moi aussi, Egbert. Bon, ramasse ta valise, tu as rendez-vous à la casa de Strider.
- Héhé, ça marche ! »
Il ne pouvait pas voir ses yeux – mais il aurait pu jurer qu'il avait levé ces derniers au ciel. Et quelque chose était en train de lui souffler à l'oreille qu'il en aurait très souvent l'impression durant son séjour ici. Mais bon, il était prêt à s'en accommoder, si ça signifiait pouvoir passer du temps en sa présence.
Rajustant son sac sur son épaule, le brun emboîta le pas de son meilleur ami. Ce dernier leur fit traverser le hall de l'aéroport, zigzaguer entre les colonnes et les diverses entrées et descendre plusieurs volées d'escaliers jusqu'à arriver à l'un des plus bas niveaux du sous-sol. Quelques minutes après, John était installé à la place passager d'un pick-up atrocement orange, dont l'intérieur était pourtant impeccable - si on faisait abstraction d'un paquet de Doritos sur le tableau de bord. Il grimaça un sourire à Dave lorsqu'il s'installa à côté de lui.
« Sympa, la voiture !
- Ouais, c'est celle de mon Bro. Alors pas de taches, pas de miettes, que dalle qui puisse laisser des traces. Sinon je ne donne pas cher de la peau de mon cul.
- C'est retenu. »
Et pour le peu qu'il avait entendu de ce fameux Bro, il n'avait littéralement pas envie de le mettre en colère. Il tenait trop à la vie pour ça, vraiment. Aussi fit-il attention à ne rien tacher ni froisser dans la voiture, osant même à peine s'asseoir au fond du siège. Il ne se détendit que lorsque Dave se gara dans un autre parking et qu'il put s'extraire du véhicule. Il récupéra son sac en vitesse, laissa le blond verrouiller le pick-up et le suivit dans ce qu'il comprit plus tard être une interminable volée de marches.
Sérieusement, il eut l'impression que ça dura des heures. À quel étage pouvait bien habiter son meilleur ami ?!
Très haut, crétin, lui souffla une voix dans l'arrière de son esprit.
Si haut qu'il lui fallut une bonne trentaine de secondes pour récupérer son souffle ensuite, lorsque Dave se stoppa devant une porte qu'il devina être celle de son appartement. Son meilleur ami eut la délicatesse de le laisser retrouver ses poumons avant de lancer d'une voix tranquille :
« Ma chambre est celle sur la droite. Tout au bout du couloir, c'est la salle de bain. La pièce sur la gauche est la chambre de Bro. Interdiction d'y mettre les pieds, qu'il soit là ou pas. À vrai dire, ne le dérange pas. Même si tu viens de te couper et que t'es sur le point de perdre un bras, ça vaut mieux pas. La cuisine, la salle de bain, le salon et ma chambre sont à moi comme à toi, sinon. Ok ?
- Pigé ! »
Un hochement de tête, et le blond ouvrit la porte.
Contrairement à ce à quoi s'attendait John, l'appartement n'était pas un immense champ de bataille. Il n'aurait jamais le courage de l'avouer à son meilleur ami, mais cela le surprit. Beaucoup. Encore une fois de ce qu'il avait appris de Dave, il s'était préparé à trouver une espèce de ruine d'Hiroshima remplie d'objets bizarres, de jus de pommes et d'épées. Mais non. Certes, ce n'était pas aussi rangé que sa propre maison, mais il n'y avait rien de si... étrange.
À part, cela dit, l'homme en boxer dans la cuisine à gauche de l'entrée, qui le fit faire un bond sur le côté quand il l'aperçut.
« Sup, lança ce dernier sans se départir de sa pokerface - grandement aidé par ses lunettes en pointe.
- Salut, euh... B-bro ?
- Nah, Bro c'est uniquement pour Dave. Je suis Dirk. Alors c'est toi, le fameux Egbert ?
- John Egbert, c'est ça. Merci d'avoir bien voulu que je reste, Br— Dirk.
- T'inquiète, mec. »
Et sur ces quelques mots, il fit un signe de la main, attrapa la brique de jus de pomme devant lui et repartit d'un pas nonchalant en direction de sa chambre. Sa disparition fut ponctuée par un soupir de Dave.
« Bon, au moins, ça c'est fait. Tu veux poser tes affaires ?
- Euh, ouais.
- Bon, alors viens. »
Au grand soulagement de John, la chambre de Dave ressemblait un peu plus à l'idée qu'il s'en faisait - pleine de bordel, avec des tables de mixage dans un coin, un ordinateur sur un énorme bureau, un lit et une armoire. Et une étagère pleine de bocaux remplis de trucs morts. Eurk.
Dave lui indiqua un coin de sa chambre à peu près dénué de désordre, où il put poser son sac et ses chaussures. Le temps que ce soit fait, son meilleur ami était déjà près de la porte.
« L'est presque quinze heures. T'as faim ?
- Non, pas trop. J'avais mangé avant de partir.
- Ok. Mario Party 4 ou Smash ?
- Smash, voyons ! »
Il n'en fallut pas plus pour qu'ils retournent dans le salon et prennent possession du canapé pour lancer la Wii.
.oOo.
« Et sinon, t'as une toute petite idée de ce que tu vas faire pour trouver ton âme sœur ? »
Dave sentait qu'il allait à nouveau perdre - John en était sûr. Sinon, pourquoi aurait-il tenté de le déconcentrer en lui parlant en même temps ? Enfin. Il pourrait toujours tenter d'échapper à son destin, il n'y arriverait pas. Ils en étaient à plus de trois heures de jeu - ayant entre autres mesuré leurs compétences sur Smash Bros, Mario Party 4 et Street Fighter, jusqu'à arriver à Mario Kart, où ils combattaient maintenant férocement à coup de carapaces de toutes les couleurs.
Les yeux concentrés sur sa partie de l'écran et le virage qui s'annonçait serré, il lança d'une voix tranquille :
« Pas la moindre. Mais je finirai bien par la trouver si je cherche bien, non ?
- Mec, parfois je me demande comment t'as fait pour arriver vivant jusqu'ici avec une telle philosophie. T'as prévu de rencontrer des gens, au moins ?
- Certainement, ouais ! Après tout, je dois chercher parmi mes amis et leur entourage proche, donc à toi de me dire si t'en as ?
- Ouais, quelques- Enfoiré !
- Héhé ! »
Profitant de l'arrêt momentané de son adversaire à cause de la carapace verte qu'il avait soigneusement calibrée, John repassa devant. Il ne lui fallut plus que quelques mouvements pour parvenir à passer premier de justesse devant Dave - qui avait bien vite rattrapé son retard.
« Je demanderai une revanche, sois-en sûr. Il n'est pas dit qu'un Strider se fera battre dans sa propre maison.
- Si tu veux une autre déculottée, je suis ton homme quand tu veux !
- Même Harley est plus masculine que toi, mec. »
Un coup de poing amical et quelques rires plus tard, John reprit le cours de la conversation.
« Et donc, tu disais ? T'as des gens à me faire rencontrer ?
- Ouais, j'avais prévu de toute façon de te tirer là-bas ce soir.
- Là-bas ?
- Ouais. Une sorte de petite soirée étudiante. Ce sont principalement des amis ou des amis d'amis, y aura pas grand monde.
- Pas grand monde, releva le brun en fonçant les sourcils. C'est-à-dire... ?
- Pas plus de dix personnes, je pense. Je leur ai demandé de rester soft, justement parce que tu venais, tout ça. »
John haussa les sourcils, un peu sceptique. Mais bon, il n'avait très certainement pas le choix - si Dave avait décidé de le traîner quelque part, il aurait bien du mal à lui dire non, à son humble avis. Alors autant jouer le jeu, et tenter de passer une bonne soirée.
« Très bien, capitula-t-il. C'est à quelle heure ?
- Vingt heures, certainement. Le temps pour toi de manger une pizza à la Strider et d'enfiler ta plus belle robe. »
Un autre coup de poing - et d'autres rires.
.oOo.
Dave n'avait pas menti – la soirée était plus proche d'une réunion entre potes presque intimiste que d'une véritable fête estudiantine. Il y avait à peine dix personnes en comptant Dave et lui-même – et il oublia les noms de la moitié d'entre elles sitôt que Dave les eut présentées. Au final, il ne compta que quatre filles. Il aurait bien aimé dire que c'était un piètre tableau, mais à part à l'uni, il n'en avait jamais rencontré autant en une seule fois.
Ces quatre filles semblaient bien se connaître – discutant toutes entre elles et avec un autre garçon à la peau très blanche et aux cheveux noirs en bataille. Ce dernier portait un pull qui lui permettrait certainement de servir de cible à un sniper à plus de deux kilomètres, d'ailleurs. Difficile de le lâcher du regard. Il s'était présenté à John comme « Kankri Vantas, ravi de faire ta connaissance, jeune homme. J'ignorais que tu… »
Et il avait continué.
Pendant presque trois minutes.
Sans reprendre son souffle.
John en était presque admiratif. Vraiment. Ce type aurait pu s'inscrire à une compétition d'apnée, il aurait certainement été élu vainqueur haut la main, avec des poumons pareils. C'était presque de la sorcellerie, à ce niveau.
Malheureusement pour ce jeune homme – quoiqu'à ce qu'il en avait compris, il était légèrement plus vieux que lui ? – John ne se sentait pas vraiment l'énergie d'écouter des discours de cinq minutes minimum. Il risquait vraiment d'être impoli et de s'endormir avant la fin. Du coup, il avait très vaguement acquiescé à ce qu'il disait et trouvé un moyen de s'éclipser dès qu'il l'avait pu.
Les quatre filles qui étaient là étaient toutes plutôt… intéressantes. Ou hautes en couleur, en tout cas – il avait du mal à savoir vraiment comment les décrire.
Déjà, il y avait Porrim. Qu'il savait être d'atteinte pour lui – autant à cause de son âge, car elle ne devait pas avoir loin de vingt-quatre ou vingt-cinq ans qu'à cause de sa beauté. C'était ce qu'il aurait pu décrire sans une seule once d'hésitation comme une « femme fatale ». Elle était magnifique, avec ses yeux verts perçants, ses tatouages et ses piercings, son corps superbe très bien mis en valeur par sa robe – mais surtout, très intimidante. Et surtout, elle restait toujours très, très près de ce Kankri. Comme une mère protégeant son petit, presque, même si ce dernier semblait parfois un peu dérangé par sa présence. C'était un peu étrange.
Pas loin d'eux, sur un canapé, traînaient Meulin et ce qui devait être son meilleur ami – Kuro ? Kurzlo ? Il n'était pas sûr d'avoir bien compris son nom. Ce dernier était un mec des plus bizarres, une espèce de gigantesque type avec une touffe impressionnante et un maquillage des plus… flippants. Comme s'il avait voulu peindre la silhouette de son squelette sur son visage. Mais le plus bizarre dans tout ça était peut-être qu'il ne parlait pas du tout. Ses lèvres restaient closes et il ne faisait qu'agiter ses mains pour se faire comprendre – principalement de Meulin. Meulin qu'il avait trouvée intéressante au départ, mais avec laquelle il s'était heurté à un problème de poids : elle était sourde. Et John ne savait pas parler la langue des signes. Il s'y serait bien risqué s'il avait été vraiment poussé par la curiosité – mais la présence de l'autre homme près d'elle et, surtout, ses manches retroussées jusqu'au coude avaient été suffisantes pour ne pas lui donner de raison de s'attarder.
Damara, la troisième fille – qu'il avait d'abord appelée Tamara avant qu'elle ne le reprenne de façon flippante – était… Bon, il en avait un peu marre de dire bizarre, mais sérieusement, c'était un phénomène. À vrai dire, il se demandait si Dirk et elle ne se seraient pas bien entends : elle ne parlait qu'en japonais. Et John avait vu trop peu d'animés dans sa vie pour ne serait-ce qu'espérer comprendre un traître mot de ce qu'elle baragouinait sans cesse. Et puis… au-delà de ça, il y avait quelque chose d'un peu étrange dans ce qu'elle dégageait. Quelque chose qui l'avait un peu trop intimidé pour qu'il se permette de rester – et ses avant-bras vierges ne l'y avaient pas encouragé non plus.
C'était ainsi qu'il avait atterri où il se trouvait à présent – sur l'un des canapés de la petite pièce, entouré par la quatrième et dernière fille et un autre garçon qu'elle s'amusait à asticoter depuis tout à l'heure. S'il avait bien compris lors des présentations, cette dernière se nommait Meenah. Et quelque part, elle lui rappelait un peu Vriska.
Sans doute était-ce pour cela qu'il était resté. Ou bien parce que c'était assez marrant de la voir embêter l'autre garçon – et de voir ce dernier lui hurler dessus à chaque fois. Tellement qu'il faillit bien en exploser de rire à plusieurs reprises, à vrai dire. Tellement qu'il finit effectivement par pouffer – et que même s'il tenta de se cacher derrière sa main, l'autre le fusilla du regard.
« J'peux t'aider, tronche de steak ?! »
Bon, à vrai dire, ça ne calma pas John. Ça ne fit que démultiplier son hilarité, jusqu'à ce qu'il rigole à en avoir mal aux côtes. Il s'étonna de ne pas se faire rouer de coups par l'autre, tant ce dernier semblait avoir un caractère électrique. Mais non, celui-ci le laissa finir sa crise de rire sans un mot, se contentant de le fixer d'un regard plus meurtrier que Dave lorsqu'il tentait de cuisiner autre chose que des pizzas – et ça voulait dire beaucoup.
Il finit par parvenir à reprendre son souffle, essuyant des larmes de rire au coin de ses yeux.
« Pardon, je pensais pas me mettre à rire comme ça, c'est juste que…
- Que tu es complètement stupide ?
- Pff, mais non ! Mais avoue que tu as de sacrées expressions, aussi !
- Je ne vois pas le problème avec le fait d'avoir un vocabulaire un peu plus diversifié que celui d'un lombric sous anesthésiants.
- Je vois pas pourquoi tu voudrais mettre un ver de terre sous calmants, mais d'accord. »
Cette fois-ci, ce fut à l'autre de le fixer d'un air suspicieux. Il garda même le silence trois bonnes secondes, avant de lui lancer avec prudence :
« Je pensais pas que tu comprendrais ces termes.
- Hé, je suis pas un débile non plus ! C'est des termes que j'entends souvent à l'université.
- Parce que t'es à l'uni ? Toi ? »
John se demanda un instant s'il n'était pas censé se sentir vraiment vexé, à ce stade de la discussion. Il finit par soupirer et secouer la tête en se grattant la nuque. La fille à côté d'eux, assise en tailleur sur un pouf, éclata de rire à son tour.
« T'inquiète pas John, il est toujours comme ça ! C'est sa façon à lui d'être aimable avec les autres, n'est-ce pas ?
- Ta gueule, Meenah, je t'ai pas demandé de ramener ta tronche de poisson pas frais par ici ! Dégage donc un peu plus loin, ça nous fera certainement du bien !
- Roooooh tu dis ça, mon p'tit karkitounet, mais je suis sûre que tu adores quand je suis là ! »
John laissa son regard voguer de l'un à l'autre, un sourcil relevé. Il hésita très vaguement à intervenir, jusqu'à ce que son vis-à-vis ne se débarrasse de celle qui l'asticotait de façon plus… musclée. Il n'était pas certain que la mettre en bas de son pouf d'un coup d'épaule fût très fair-play, mais après tout ce qu'elle lui avait balancé durant les dernières minutes, il ne pouvait pas non plus le blâmer. Il aurait certainement fini par perdre patience lui aussi – et il était visiblement bien plus calme que l'autre garçon.
Il se contenta donc de poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques instants.
« Kar… karkitounet ? »
Oulah.
D'accord, point sensible, au vu du regard meurtrier qui venait de lui être lancé.
« Karkat Vantas, merci, ta gueule et au revoir.
- Oh ! D'accord. Attends, Vantas ? Tu es le…
- Frère de Kankri, ouais, j'ai la malchance d'être relié par le sang à cette disgrâce de la nature.
- Tu devrais pas dire ça, c'est cool d'avoir un jumeau !
- Pardon ? »
Ok, il avait dû dire une bêtise, parce que le ton de Karkat venait de descendre de plusieurs dizaines de degrés en quelques millisecondes. Un record de vitesse à inscrire dans le livre des records, sans aucun doute.
Il risqua un regard vers ledit frère, assis sur une chaise de l'autre côté de la pièce, en train de converser avec Porrim et un autre garçon qu'il ne connaissait pas – ou en tout cas, dont il n'avait pas retenu le nom.
« Ben… vous vous ressemblez beaucoup, non ? Du coup j'ai pensé que…
- C'est pas mon jumeau, c'est mon frère aîné, triple buse ! Comment t'arrives à penser qu'on a le même âge ?!
- Ben, je sais pas moi, Meenah avait l'air très proche de toi quand même, donc j'ai pensé que…
- Ça, c'est parce que ce poisson pas frais est complètement taré, ouais ! »
Ils furent coupés d'un « je t'ai entendu, Vantas ! » balancé d'un peu plus loin, auquel Karkat répondit par un « Ta gueule ! » quasi automatique, certainement rôdé par l'habitude et la répétition. John sourit.
« Mais du coup, t'as quel âge ?
- Dix-neuf ans. C'est bon, t'as fini ton putain d'interrogatoire ? Et puis toi, t'es qui d'abord, le nouveau flic en fonction dans ce putain de quartier ?
- Oh, c'est vrai, je me suis pas présenté ! Désolé. Je suis John Egbert.
- Egbert ? répéta Karkat, un sourcil relevé si haut qu'il en flirtait avec les étoiles. Genre, comme dans Egbert, le meilleur ami de Strider ? »
Cette fois, ce fut à John de hausser un sourcil.
« Tu… connais Dave ? Il t'a parlé de moi ?
- Ouais, je le connais. Et il cause de toi tout le temps, ouais. Comme quoi t'aimes aussi les films et ce genre de débilités. Il avait pas songé à préciser à quel point t'étais un crétin. »
John ouvrit la bouche, douché.
Puis la referma.
Puis la rouvrit, bien décidé à défendre un minimum son honneur.
.oOo.
Au final, John passa presque toute la soirée à discuter avec ce Karkat Vantas. Et passa même un très bon moment. Il découvrit que son cadet avait beaucoup d'humour dans sa façon d'insulter tout ce qui bougeait – et ne bougeait pas, même. Il avait aussi une grande passion pour la cinématographie, même s'il était passionné par d'autres genres que lui. Il partageait également pas mal de points communs avec Dave, comme une sacrée intelligence – puisqu'il avait sauté une classe, ce qui expliquait qu'il puisse les connaître alors qu'il avait presque trois ans de différence avec eux.
John ne se rendit pas compte du temps qui passait tandis qu'il discutait avec Karkat de tout ce qui pouvait bien lui passer par la tête. Il ne reprit vraiment conscience de l'heure qu'il devait être que quand un bâillement le prit par surprise. Dave ne fut pas bien long, après, à revenir poser une main sur son épaule.
« Yo Karkat, salua-t-il. Désolé, mais la belle au bois dormant ici présente a une permission de minuit.
- Il est dix heures.
- Oui, mais il vient de Seattle. Le décalage horaire, bro.
- … Et il est huit heures du soir, là-bas. Tu as conscience que ce que tu dis est débile ? »
Dave ne répondit pas à ça, se contentant de taper sur l'épaule de John et de s'éloigner en direction de la sortie. Ce dernier prit quelques instants pour échanger son pseudo sur pesterchum avec Karkat – le garçon avait une conversation bien trop intéressante pour qu'il cesse de lui parler totalement, et il ignorait quand il aurait l'occasion de le revoir.
Les coordonnées de son nouvel ami en poche, il le salua rapidement, attrapa sa veste au crochet de l'entrée et rejoignit Dave qui l'attendait patiemment sur le palier. Ils s'éloignèrent tous deux d'un bon pas, discutant des diverses personnes présentes à la soirée et de leurs excentricités.
.oOo.
John grogna en ouvrant un œil.
Comme souvent depuis quelques semaines, son premier réflexe en reprenant vraiment conscience fut de tirer sur la manche de son bras pour observer ce dernier. Mais aucune cicatrice n'était venue se rajouter durant la nuit – son âme sœur avait dû avoir une bonne journée, comme ça arrivait parfois. Il sourit en s'en rendant compte, un petit pincement de joie dans la poitrine. Avec un soupir, il se releva et attrapa ses lunettes posées sur le bord du bureau, non loin de lui. Quelques secondes de flottement lui permirent de se rappeler où il était – dans un sac de couchage sur le sol de la chambre de Dave – et de se rendre compte que l'habitant de cette dernière n'était pas là.
Rabattant la manche de son pyjama sur son bras, il se leva en titubant un peu et sortit la tête de la chambre de son meilleur ami.
« Yo, bro. »
Une cuillère agitée depuis le bord du canapé qu'il pouvait à peine apercevoir lui fournit la localisation de celui qu'il cherchait. Avec un bâillement, il sortit de la chambre en fermant la porte derrière lui et traversa le couloir. Dave lui fit signe de se servir un bol. Il le rejoignit sur le canapé dès que ce fut fait, une cuillère pleine de céréales déjà dans la bouche.
Pendant plusieurs minutes, le silence ne fut troublé que par les bruits de mastication des deux jeunes hommes, qui terminaient de se réveiller avec difficulté. Finalement, ce fut Dave qui parla le premier.
« Bien dormi ?
- Mmmh. Ouais. Le décalage horaire a aidé.
- J'ai vu ça, ouais, t'as dormi quasi douze heures d'affilée, mec.
- Faut croire que j'étais claqué. Ta soirée a pas aidé. »
Dave pouffa, le traitant de femmelette en le poussant du coude.
Avant de redevenir sérieux.
« Elle a servi, d'ailleurs ?
- De quoi ?
- La soirée. Tu penses avoir croisé quelqu'un qui pourrait être important ?
- Hmm, pas trop. Y avait pas vraiment de fille très intéressante, parmi les rares de notre âge. »
Un silence s'abattit de façon si lourde qu'il poussa John à tourner les yeux vers son meilleur ami. Ce dernier le fixait, yeux dissimulés mais sourcils froncés, sa cuillère encore dans la bouche. Il lui jeta un regard interloqué.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ?
- Tu… ne cherches que des filles ?
- Ben, ouais ! C'est quoi cette question débile ?
- … Bro, t'as conscience que ton âme sœur, ça pourrait très bien être un mec, hein ? »
John fronça les sourcils. Puis le nez. Et fit la moue ensuite. Ce n'était pas qu'il refusait catégoriquement que son âme sœur soit un homme. Loin de là – il n'avait rien contre les homosexuels et avait pas mal de voisins qui étaient dans ce cas. C'était juste… qu'il ne se voyait pas avec un homme, tout simplement.
Mais comment faire comprendre ça aux autres ? Il avait déjà tenté de l'expliquer une fois à Rose, et ça s'était au final terminé avec une grosse migraine. Pour lui.
« Je ne pense pas… que mon âme sœur soit un homme, Dave. Je veux dire, tu m'as bien regardé ? Je ne suis pas attiré par les hommes. Depuis que je suis tout petit, je ne suis sorti qu'avec des filles, jusqu'à trouver Vriska. C'est bien la preuve que je suis un hétéro, non ?
- Comment tu peux en être sûr ? lança Dave en retour.
- Hein ? »
Cette fois-ci, ce fut au blond de chercher ses mots pendant quelques instants – comme s'il cherchait la meilleure façon de s'expliquer, de le convaincre.
« Comment tu peux en être sûr, que t'es hétéro ? Après tout, tu es destiné à être avec ton âme sœur, donc tu dois bien avoir une préférence pour son sexe. Donc comment serait-ce possible d'affirmer de base que tu n'aimes que les femmes ?
- Eh bien… tout simplement parce que je ne suis jamais sorti qu'avec des filles ? C'est ce qui m'intéresse de base dans un couple d'amoureux.
- Peut-être est-ce aussi parce que tu n'as jamais tenté avec un homme, tu ne crois pas ? »
John haussa un sourcil.
Cette conversation devenait un peu bizarre pour une discussion post petit déjeuner alors qu'il venait de se lever. Et le plus étrange, dans tout ça, c'était que Dave semblait vraiment y avoir bien réfléchi. Ça le mettait un peu mal à l'aise.
Il se força néanmoins à répondre.
« Et comment voudrais-tu que je fasse ça, au juste ? Je me pointe dans la première boite gay du coin et je leur lance 'hé, salut, j'aimerais tenter avec un mec, quelqu'un me laisse faire deux jours d'essai gratuits ?' »
Il était plutôt fier de sa répartie.
Mais il ne s'attendait pas à ce que Dave lui répondit.
« Non, t'as qu'à tester avec moi. »
