Chapitre 4 : Montre-moi que j'ai tort, Harry
Tom ne s'était toujours pas montré, et la lune était haute. Au loin, un éclair fendit le ciel, et l'on entendit le grondement du tonnerre dans la nuit sombre.
Il sortit de la maison, refermant doucement la porte, et plaça, comme à son habitude, son capuchon sur sa tête. Son oncle était assis dans son habituel fauteuil, se plaignant et geignant contre son fils. Il semblerait que Dudley et sa mère soient maintenant réunis.
Tom avait bien fait son travail.
Harry soupira et baissa les yeux sur la mince barre de métal entre ses mains. Le Génie de l'ombre était tout simplement... un génie. Il n'avait arrêté de se dire que le plus vieux était simplement un être fictionnel qui lui exauçait des vœux.
Et maintenant...
L'homme était humain, Harry le réalisait. Quelque chose dans son passé l'avait fait devenir ce qu'il était aujourd'hui. Il avait beau être un Génie, il possédait des sentiments et une personnalité. Harry désirait simplement qu'il puisse s'ouvrir à lui, mais il savait que Tom n'accordait pas sa confiance facilement.
Peu importe, ce n'était pas le temps d'y penser. Il avait besoin de cet argent le plus tôt possible, et il n'allait pas apparaître sans efforts.
Une pluie fine commença à tomber, Harry se cacha donc davantage sous sa capuche. D'autres étaient de sortie également, échangeant drogues ou autres substances illicites. Rien de bien surprenant en fait.
La pluie qui frappait maintenant le pavé sonnait comme des bruits de pas derrière lui, mais il n'était pas si paranoïaque, inutile de vérifier. Ses doigts caressèrent la tige de métal rude, pensant à la lettre d'application qu'il avait envoyé à Harvard. Il avait des notes exceptionnelles, il ne lui restait qu'à être accepté et il pourrait partir de cette maudite place. Mais si il se faisait prendre en train de faire... ça, ses chances seraient réduites à néant.
«Alors pourquoi le fais-tu?» C'était la voix de Tom, et encore une fois, il ne daigna se montrer. Était-ce vraiment le Génie, ou bien Harry devenait-il fou et entendait la voix de l'homme dans sa tête?
«Tom?» Il s'arrêta et jeta un œil autour, mais la seule réponse qu'il reçut fut le tonnerre.
Il continua donc, se couvrant comme il put. Les déchets roulaient sur le trottoir alors que les arbres mince et nu, se cambrait sous le vent, dessinant ombres effrayantes. Il ne savait pas pourquoi, mais il se sentait peu rassuré, quelque chose le dérangeait et il en ignorait les raisons.
«Difficile de te sentir rassuré quand tu es sur le point de commettre un crime.» Harry frissonna et regarda autour de lui.
«Putain, Tom, si vous ne voulez pas vous montrer, autant ne rien dire du tout.» Il continuait de marcher, se rapprochant de la maison du maire et fixa de ses yeux la voiture. Elle était magnifique. Dispendieuse, et exactement la voiture dont avait besoin Draco.
Ses yeux verts survolèrent les environs, et il hocha la tête pour lui-même. Aucun garde, seulement un Doberman endormi sur la pelouse. La plupart des lumière du quartier étaient basses ou encore mieux, fermées, ce qui rendait le travail d'Harry bien plus facile.
Il n'y avait pas de place au doute, il devait y aller... alors pourquoi ses jambes semblaient-elles paralysées? Il était figé, et ce n'était pas à cause d'une force super naturelle. C'était sa propre conscience qui l'en empêchait, non Tom, mais la sienne.
Il ne devrait vraiment pas être là, mais il le devait, pas vrai? Il avait besoin de cet argent, et c'était le seul moyen d'en obtenir. L'argent était la seule chose qui l'obligeait à voir Malfoy plus que nécessaire.
Ses yeux se promenèrent entre la voiture étincellante et le bout de métal entre ses mains.
Qu'était-il devenu? Qu'est-ce que ses parents penseraient de lui? Et par l'enfer pourquoi est-ce qu'il se posait ces questions si familières pour les avoir déjà posées ?
En fait, il savait pourquoi... Tom.
Ses émeraudes brillèrent alors qu'il jetait la mince tige avec dégoût. Ce n'était pas la solution. Il devrait juste ravaler sa fierté et donner à Malfoy ce qu'il voulait.
Mais est-ce que c'était la meilleure chose à faire?
Harry grogna et s'éloigna de la maison du maire. Il ne pourrait pas supporter ça plus longtemps.
«Que t'est-il arrivé pour que tu sois aussi en colère?» De larges yeux bruns le fixèrent avec tant d'ardeur qu'il faillit craquer. Cependant, après des années de service, il savait que personne ne se souciait de ce par quoi il était passé étant jeune.
«Rien.» Son ton était âpre, la faisant reculer de surprise.
Avant qu'il ne puisse réagir, un sourire vint effleurer les lèvres de la jeune femme. «Je souhaite que tu me racontes ce qu'il t'est arrivé par le passé.»
Ses yeux violets devinrent carmins, et sa bouche s'ouvrit pour cracher les horreurs de son passé. Une partie de lui s'envola alors qu'il continuait, il n'avait jamais raconté ces choses à quiconque, et maintenant, il se voyait forcé de dire les mots qui le faisaient souffrir.
Après coup, elle l'observa, et lui dit simplement que ces choses arrivaient.
Oui, une part de lui mourut à cet instant.
Deux yeux violets regardèrent Harry partir de la maison du maire, et s'éloigner de la voiture dont il avait besoin pour avoir l'argent.
Un sourire faible étira ses lèvres. Harry venait de lui prouver que tout le monde n'était pas comme il le croyait.
Harry était trop innocent et naïf pour vivre cette vie. Pour être abusé et pauvre, le plus jeune relevait la tête et vivait la vie à son plein. Jamais il ne souhaitait se venger de ceux qui lui marchaient sur les pieds. Il ne se prenait pas pour le nombril du monde.
Il donnait les choses dont il avait besoin à ceux qui en avait encore plus besoin.
Tom le voulait.
Il en avait besoin.
Il s'était trompé depuis le début, mais il savait que Harry était celui à qui il était destiné. Le même que dans la prédiction du maître Génie; celui qui abattrait les mûrs érigés par Tom et qui lui montrerait la lumière, le même qui lui enseignerait que les humain ne sont pas tous les mêmes.
Et Tom ne pourrait demander mieux. L'attirance sexuelle y était, et l'émotionnelle n'en était que plus forte. Tout ce que Tom aurait pu demander. Une relation basée sur les liens de l'amour plutôt que physiques.
Et maintenant, Harry allait vendre son corps à un porteur de VIH ambulant. Ses yeux rouges brillèrent dans la nuit, et ses poings se resserrèrent. Il crèverait plutôt que de laisser quelqu'un toucher ce qui lui appartenait.
Il regarda la voiture, puis la ruelle par laquelle Harry s'était enfui.
Tom sanglotait sur le sol près de la maison en ruine. Ce qu'il s'y était passé resterait gravé dans sa mémoire pour toujours. Ce qu'il avait fait...
Tom pleura plus fort et se recroquevilla sur lui-même. Tout le monde était comme ça. Tout le monde désirait se venger. Tout le monde, sauf sa mère, elle n'avait pas souhaité que les choses se passent ainsi.
Elle aurait eu honte de Tom pour ce qu'il avait fait...
«Petit. Je viens à toi en moment de crise.» Tom leva ses yeux encore remplis de larmes pour voir une ombre rébarbative ondulant près de lui. «Tom âme cri et demande vengeance sur tout être humain.» Tom se redressa et s'essuya les yeux. «Tu seras exaucer. Mais ton âme se lassera de ces vengeances, et l'amour arrivera pour te montrer la lumière.»
«L'amour et la lumière sont des choses qui n'existent pas.» Répliqua Tom sèchement, tournant la tête vers sa maison toujours fumante. «J'ai vu l'amour grandir pour ensuite brûler.» Cynique et pourtant si jeune...
«Pour l'instant tu es amer mon enfant. Laisse le temps calmer ton envie de douleur.» L'ombre s'abaissa pour le toucher.
Tom frissonna sous le touché glacé. Son corps lui sembla lourd et inconfortable, il n'aima pas se sentir serré et il détestait le froid qui l'empoignait d'un coup.
«Quand tu auras trouvé ton autre moitié, Tom, tu pourras trouver le repos. Tu as mérité une seconde chance, ne laisse pas celui que tu aimes s'en aller, tu en serais détruit.»
Harry couru vers chez Malfoy, les larmes coulant sur ses joues. Il ne devrait pas agir ainsi. C'était seulement du sexe. Rien d'autre qu'une perte de conscience et des caresses.
Mais c'était plus que ça pour Harry. Il voulait quelqu'un qui s'occuperait de lui, l'embrassant doucement et lui murmurant des mots doux à l'oreille.
C'est la dernière fois, Harry. Il aurait sa lettre d'acceptation à Harvard, et partirait pour une nouvelle vie. Peut-être bien vivre dans un appartement avec un petit chat et avoir un boulot avant de commencer une véritable carrière.
La pluie commençait à diminuer quand il arriva devant une simple maison, plus grosse que la moyenne. Il avait mal au ventre en pensant à ce qu'il ferait ce soir. Et il savait que c'était en rapport avec son Génie. Il ne savait pas pourquoi il était si troublé. Peut-être que c'était en rapport avec la façon dont il avait réagit en le voyant danser l'autre soir, mais le jeune homme ressentait quelque chose d'étrange... un peu comme s'il trahissait l'autre homme.
C'est idiot, Harry.
À d'innombrables occasions, Tom lui avait rappelé qu'il n'était que son maître, quelqu'un à qui il accordait trois souhaits. C'était tout. Mais il y avait les fois où Tom le regardait de cette indescriptible façon.
Il ne savait même pas qu'il était gay.
Son capuchon devenait inutile alors que la pluie s'engouffrait quand il faisait un pas. Ses cheveux auburn pendaient sur son front, ondulant comme ils le faisaient toujours une fois mouillés. Ses yeux verts virent la porte s'approcher de plus en plus près.
Aussitôt, il frissonna quand il sentit une inhabituelle rafale le frapper. Harry. C'était sa voix. Tom était partout.
Maudit soit-il.
Il avança une main et cogna à la porte. Les ombres bougeaient d'un mouvement gracieux de gauche à droite, faisant en sorte qu'Harry lance de furtifs coups d'œil à l'entour.
Malfoy ouvrit la porte et sourit en voyant Harry. «Je commençais à me demander quand je te verrais.»
Harry se figea. Malfoy devait savoir qu'il allait échouer. «Finissons-en.» Au moment où il allait faire un pas, Draco gloussa et mit une main dans sa veste. «Ne te réjouis pas trop vite, Potter, je suis encore curieux de savoir comme tu as pu réussir aussi bien. Je pense que Fudge ne sait même pas que sa voiture a disparut. Le vert de ses yeux devint éclatant alors qu'il regardait le plus grand, médusé.
«Euh, hein?»
Les yeux argentés le regardèrent, ennuyés. «Ne joue pas les imbéciles, Potter, nous savons tous deux que tu es expert dans l'art de voler une voiture.» Ses longs doigts jaunes sortirent une liasse de billets. «Cinq cents dollars, comme promis.»
Harry regarda l'argent sans y croire. «Donc... tu as la voiture?»
«Oui, Potter. Goyle m'a appelé de son garage, il l'a vu quand il est revenu chez lui.» Draco devenait las de tendre l'argent, donc il attrapa la main d'Harry et y plaça les billets verts. «C'est vraiment dommage que tu ne passes pas la nuit ici.» Un regard suggestif sur le corps du plus petit.
«Euh... oui.» Draco silla et le poussa à l'extérieur. «Allez, dégage d'ici, et vas au lit. Tu tiens à peine sur tes pieds, Potter.»
«Bien sur.» Avec des mouvements lents, il réussi finalement à déplacer ses pieds l'un devant l'autre et à se diriger vers chez lui.
La seule chose qui persistait dans son esprit était le comment? Et pourquoi? Évidemment, il avait une théorie qui ne serait vérifiée qu'une fois dans sa chambre.
Il arriva à la maison de son oncle et secoua son pull. Des gouttelettes tombèrent devant l'entrée. Ses yeux verts rencontrèrent ceux de son oncle. Il semblait que l'homme était sobre ce matin.
L'épaisse moustache se souleva suite à un sourire ironique. Ses yeux endormis pétillaient d'un air sadique, ce qui fit qu'Harry se figea sur le pas de la porte. Il descendit les yeux sur les mains de son oncle pour apercevoir une lettre ouverte de Harvard.
«Qu'y a-t-il de drôle?» Demanda Harry, dont le visage pâlissait à mesure que l'homme riait.
«As-tu trouvé l'argent, Potter?» Son oncle s'avança vers lui se qui fit remuer son ventre suite au mouvement.
Harry cacha de sa main l'enveloppe alors qu'il extirpait deux cents dollars pour les tendre à son oncle. Il garda secret les trois cents dollars qui restaient, son unique moyen pour se sortir de cet endroit.
Leur provenance fut écartée, concentrant plutôt leur attention sur la lettre. «Je suppose que maintenant tu veux savoir ce que contient cette lettre, non?» Harry hocha la tête. Il vit Tom se caché dans l'ombre, regardant la confrontation avec quelque chose d'indéfinissable dans le regard. «Je ne sais pas ce qui t'a poussé à appliquer là-bas. Tu es encore plus idiot qu'un tas de roches. Quelqu'un comme toi ne fera jamais rien de sa vie.» Son oncle soupira et gloussa. «Pas surprenant qu'ils aient refusé ta candidature.» Harry retira la main qu'il avait tendue vers le bout de papier comme s'il s'était brûlé.
Ils l'avaient rejeté? Harry évita le regard de Tom et posa le sien sur le plancher, une expression vide peinte sur le visage.
Vernon explosa de rire et jeta la lettre aux pieds d'Harry. Le refus le narguait de son nouvel emplacement. «Tu finiras seulement comme tes parents.»
Harry se pencha pour ramasser la lettre. Il la fixa quelques secondes, puis leva les yeux sur le visage joyeux de Vernon. «Merci.»
Ses yeux bruns se rétrécirent. «Pardon?»
Harry fit un pâle sourire. «Je préfère ressembler à mes parents qu'à une grosse baleine telle que vous.» Sur ce, il couru vers sa chambre verrouillant la porte à sa suite. Il ne faisait aucun doute que Vernon exploserait dans quelques minutes, le temps de comprendre.
Le jeune homme s'assit sur son lit, le regard vague. Il ne pouvait empêcher les larmes de mouiller ses joues. Après tous les efforts qu'il avait fourni tout au long de sa vie, et tout ça pour rien. Bien sur, il y avait d'autres universités auxquelles il pourrait aller, mais il visait Harvard depuis qu'il était tout jeune.
Ses yeux verts s'enflammèrent quand ils se posèrent sur les affiches d'Harvard collées à son mûr. Il les arracha en criant toute sa rage. Ces maudites larmes ne le quittèrent qu'une fois qu'il les eut toutes déchirées. Il était parfaitement conscient de l'autre présence dans sa chambre mais persistait à l'ignorer.
Personne n'était là pour lui, personne.
Les épaules d'Harry tremblèrent alors qu'il flanchait finalement. J-Je... je souhaiterais juste pouvoir mou-,» Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, une main recouvrit sa bouche et un corps l'enveloppa.
C'est là qu'il réalisa que même le touché de Tom n'était pas réel. C'était comme le murmure d'un fantôme, irréel. Personne n'était là pour lui.
«Non Harry, non. Ne fais pas ce vœu. Jamais.» La voix était passionnée quand elle parvint à ses oreilles. «Ne m'oblige pas à revoir mon image de toi. Pas après que j'aie finalement réalisé que le monde n'était pas comme je le voyais. Ne terni pas mon espoir.»
Harry sanglota alors qu'il tombait sur ses genoux. «Vous n'êtes pas là. Vous n'êtes même pas réel.» Sa tête était penchée, ce qui l'empêcha de voir la tristesse dans les yeux de Tom.
«Je serai toujours là pour toi, Harrison. Toujours.» Il renifla et regarda son Génie. Les yeux mauves de l'homme semblaient brillants et plein de vie. La situation était étrangement inversée.
«Que-que t'est-il arrivé?» Tom se figea, et fut surpris de l'entendre le tutoyer, puis il se redressa. Harry observa l'homme marcher et prendre la lettre d'Harvard dans ses mains.
«Ils sont fous de ne pas t'accepter, Harry. Tu es une bonne personne doublé d'un bon étudiant.» Ses yeux violets se posèrent sur le visage de celui-ci. «Ne te décourage pas pour ça, pense plutôt que... tu étais trop bon pour eux.»
Harry grogna de frustration et serra les poings. «Je sais, Tom. Crois-moi, j'ai passé de pires moments. C'est juste que... tout me tombe dessus en même temps. J'ai peur de ne pas être capable de me sortir de cet endroit.»
Ils s'observaient tous deux mutuellement en silence. «Il te reste encore un dernier souhait.» Ce fut dit tellement doucement, qu'il faillit ne pas l'entendre.
«Mon dernier...» Il fit une pause et jeta un coup d'œil incertain à Tom. «Que t'arrivera-t-il quand j'aurai fait mon dernier souhait?»
Harry observa Tom qui se tendit et se détourna. Le plus jeune délaissa le sol et se leva, voyant le génie soupirer. «Je te quitterai Harry. Je retournerai dans ma lampe et attendrai qu'une nouvelle âme corrompue ne me délivre.» Il y avait quelque chose d'étrange dans la voix de l'homme.
«Étais... étais-je corrompu?» Il savait que Tom avait espéré qu'il souhaite voir ses proches mourir.
«Non, Harry. Tu es tout sauf ça. Ton âme est tout simplement un peu assombrie pour l'instant. Tu as besoin de quelqu'un pour t'éclairer, comme tu l'as fait pour moi.» Harry, surprit, allait ouvrir la bouche pour demander ce qu'il voulait dire. «Tu sais, j'ai toujours cru que tu me demanderais d'infliger mort et douleur. La vérité est que je n'ai rencontré que ce type de personne... avant toi.»
Tom se retourna et fit un sourire las à Harry. «Peu importe ce qu'il t'arrive, tu ne penses jamais à te venger. Non, tu relèves la tête et continues. Tu as gaspillé un précieux souhait pour quelqu'un qui ne t'a jamais bien traité, qu'il ait une meilleure vie. Personne ne l'avait jamais fait avant toi.»
Harry frissonna au ton du Génie. Il semblait confus à propos de tout. «Je suis content que tu en sois venu à cette conclusion Tom.» Harry fit une pause et observa Tom. «Le monde entier n'est pas horrible. Souvent ce que les gens veulent c'est de tout aimer et d'être aimé en retour.» Harry tourna la tête, fuyant le regard de l'autre. «Enfin... c'est ce que je voudrais.» Ce fut tellement un faible murmure que Tom faillit ne pas l'entendre.
Un doigt froid lui prit le menton et Harry prit son courage à deux mains. «Tom? Que t'est-il arrivé? Pourquoi tant haïr le monde?»
Les doigts le laissèrent et Harry le vit abaisser les épaules comme en signe de soumission. «Je ne l'ai jamais dit à personne de mon propre chef, Harry. Mais je sais que je peux te faire confiance.» Harry ne dit rien, il savait que Tom n'attendait pas de réponse, mais cherchait la force de débuter son histoire.
Harry aurait pu l'arrêter et lui dire qu'il n'était pas obligé de lui dire, mais il n'était pas de ce genre. Non, il voulait aider Tom, surtout avec tous les préjugés qu'il semblait avoir contre les humains.
«J'ai grandi pendant les années 1890 avec mon père et ma mère. Mon père était possesseur d'une ferme qui demandait beaucoup de travaux manuels et autres. Quand j'étais plus jeune, encore trop jeune pour travailler sur la ferme, mes parents s'aimaient beaucoup. Je me souviens que je souhaitais à tout prix vivre un amour de ce genre.» Tom fit une pause et regarda Harry, la respiration haletante.
«Nous étions une famille heureuse. Jusqu'à ce que je vieillisse. Ver l'âge de douze ans, mon père changea. Il commença à boire et devint très vite agressif envers ma mère et moi. Il me punissait avec des coups de ceinture et giflait ma mère.» Le Génie fit une pause de nouveau et ancra son regard dans celui d'Harry comme s'il cherchait une aide quelconque pour continuer.
«Il apparut finalement que ma mère ne pouvait plus enfanter et que j'étais... très petit pour mon âge. Enfin, quand j'étais plus jeune, cette phase passa ver l'âge de seize ans.» Il fit un sourire ironique et continua.
«Je voulais tout connaître, aller à l'école et absorber tout ce qui était en mon pouvoir. Malheureusement, mon destin était de rester et d'aider mon père. Les travaux qu'il me demandait de faire étaient trop durs pour mon corps. Bien sur, il se fâchait et me battait d'autant plus.
Ma mère, l'ange qu'elle était, pansait toujours mes plaies et me murmurait des paroles encourageantes à l'oreille. Elle essayait de m'enseigner tout ce qu'elle savait - une fois la nuit venue – tout ce qu'elle savait sur l'anglais, les math et l'histoire. Elle était mon ancre au monde à ce moment. Quelque chose se brisait en moi à chaque fois que mon père la frappait pour être restée avec moi trop tard.» Harry se tendit et prit la main du génie. Ce qui le dérangeait c'était qu'il ne pouvait le sentir comme tous les autres humains, comme s'il ne pouvait lui envoyer le réconfort qu'il voulait.
«Quand j'atteignis l'âge de quatorze ans les chose se dégradèrent plus encore. Je ne grandissais pas beaucoup et la ferme était en piteux état. Ma mère se rebellait pour moi un peu trop aux goûts de mon père. Les choses n'allaient pas si mal jusqu'à cette nuit là... mon père avait bu beaucoup trop...
Un puissant cri déchira la nuit, et un jeune homme âgé d'à peine 14 ans se réveilla. Sa chambre était plongée dans l'obscurité, et l'unique source de lumière provenait de la lune argentée que l'on pouvait apercevoir de sa fenêtre. Son torse se bombait et s'affaissait au rythme rapide de ses battements de cœur. Inquiet, il espérait que le cri n'était que le fruit de son imagination.
Les mains tremblantes, il repoussa ses couvertures et se leva, sachant que rien de bon ne résulterait du fait de retomber endormi. De toute façon, il devrait se lever dans la matinée et partir travailler à la plantation le plus tôt possible.
Il entendit un long gémissement venant de l'extérieur, ses yeux violets se tournèrent immédiatement vers la porte. Cette fois-ci, il sut qu'il n'avait rien imaginé. Avec des gestes rapides il attrapa une chandelle, s'enroula dans une couverture pour affronter le couloir sombre.
Il entra dans la chambre de ses parents, là où il avait cru attendre du bruit. Ce qu'il y découvrit lui coupa le souffle. Étendue, sa mère se vidait de son sang, un couteau planté dans l'abdomen. Un homme… son père probablement saoul, se tenait derrière elle, l'étranglant de ses grosses mains.
Ses lèvres devinrent bleues et son souffle se fit rauque et douloureux. Puis, plus rien. Une couverture couleur émeraude tomba sur le sol, suivit d'une chandelle encore allumée dans la laquelle on pouvait voir briller les reflets d'un amour éteint.
Son père son tourna vers lui et extirpa le couteau du corps de sa mère et s'avança. Ce fut à ce moment que Tom ressentit la haine à son état pur. Ses yeux devinrent froids comme la mort alors qu'il voyait l'homme qui avait été son père se rapprocher de plus en plus.
Il voulait qu'il paie pour avoir prit son unique forme d'amour. Ses yeux violets revinrent se poser sur sa mère. C'était le temps de mettre en pratique l'unique chose que l'homme lui avait apprise.
Se battre.
Un garçon de son âge et de sa stature n'aurait aucune chance contre un homme comme son père. Mais il avait la vitesse et l'esprit. Alors que son père saoul chancelait près de lui, Tom esquissa un sourire vainqueur qui s'étira sur son visage normalement innocent. L'anticipation le gagnait peu à peu, voyant l'opportunité de faire ce dont il rêvait depuis deux ans.
John se jeta sur lui et Tom l'évita, laissant sa jambe en place pour faire trébucher son père. Les flammes qui avaient commencées sur le plancher s'étaient étendues sur toute la maison. John grogna et tenta de se lever, mais son essai vers Tom avait été trop puissant ce qui le fit tomber deux fois plus vite.
D'un gloussement, Tom envoya son pied dans la figure de son père. Le gloussement se transforma en rire dément quand il entendit un crac sonore suite au contact. Un frisson plaisant courut le long de sa colonne lorsqu'il entendit John crier en recouvrant son visage ensanglanté. Le couteau tomba sur le sol.
Ses mains tremblantes l'attrapèrent et jeta un coup d'œil colérique à son père. Chaque blessure qu'il lui avait infligée depuis son jeune âge lui furent rendues, chacun des coups dont sa mère avait fait les frais lui furent rendus.
La sensation faisait pensé aux moments où ils découpaient une citrouille. Il lui fallut un grognement pour que le couteau ressorte mais il y parvint.
Au moment du quatrième coup, l'homme arrêta de respirer. Le feu se propageait sur les mûrs, détruisant l'évidence de son passé. Les souvenirs malheureux comme les heureux.
Tom frissonna.
Il sortit de sa torpeur quand les flammes commencèrent à lui lécher les pieds, il ne ressentit rien quand il vit le sang de son père recouvrir le plancher. Non. Il se sentait bien.
Souriant, Tom se rendit à l'extérieur et observa la maison dans laquelle il avait vécu plus de quatorze ans s'écrouler. Ce ne fut que lorsque les flammes atteignirent la cuisine qu'il s'écroula et pleura.
Des sentiments confus fusèrent, avait-il fait la bonne chose?
Il repoussa ce pénible souvenir et observa l'expression peinée d'Harry. Il se sentait bizarrement bien de tout lui avouer, comme si un énorme poids disparaissait de sa poitrine.
«Tom.» Harry s'avança et lui caressa la joue de sa main, Tom ferma les yeux à ce contact. Le touché d'Harry était comme mort, il ne sentait pas la douceur à laquelle il s'attendait.
Non.
Il ne lui serait pas permit de le sentir tant qu'il serait un Génie. Et le seul moyen pour que ça arrive était que son maître le souhaite. Mais Harry n'était pas que son maître, il était sa lumière.
Tom rouvrit ses yeux et sourit à Harry. «Tu vois maintenant pourquoi mes pensées sont si tordues. Pendant toutes ces années de services, aucun de mes maîtres ne m'avait montré autre chose, à l'exception de toi.»
Harry se figea. Tom détestait quand le sourire venait à déserter le plus jeune. «Si je disposais d'une meilleure situation, Tom je pourrais te montrer toute la beauté que le monde a à offrir.»
Il sourit et secoua la tête comme en réponse. «Tu n'as pas idée de ce que tu as déjà fait pour moi, Harrison. Tu as accompli des choses que je n'aurais pas été en mesure de faire en une vie. Tu me rappelles tant ma mère.»
Il y eut ce silence, et Tom regarda à demi conscient Harry se lever et marcher nerveusement. «Si tu pouvais souhaiter n'importe quoi, Tom, qu'est-ce que ce serait?»
Tom fut abasourdi par la question et sentit son cœur se serrer. «Personne ne m'avait jamais demandé ça.» Ce serait de rester avec toi mon amour. Il voulait être libéré de ses chaînes, de vivre une vie ordinaire. Mais... non, ça ne serait pas ça son souhait.
«Je souhaiterais ton bonheur, Harry.» Il leva les yeux pour les poser sur l'affiche ternie de Harvard. «Je veux que tu sois heureux.»
L'autre ne laissa rien paraître, mais il sut à quel point ces derniers mots affectèrent le plus jeune. Personne n'avait dû le lui dire au cours de sa vie. C'est ce que la mère de Tom souhaitait pour lui-même et maintenant, c'était au tour d'Harry de savoir que quelqu'un voulait son bonheur.
«Tu as raison, Tom.» Le génie observa Harry qui prit la lettre de Harvard, incertain.
À ce moment, la poitrine de Tom se comprima. Ça y était. Harry était sur le point d'utiliser son dernier souhait pour un futur. Il ne pouvait pas savoir qu'il représentait l'unique chance pour Tom de redevenir humain... Il aurait pu lui dire qu'il serait heureux seulement si Harry était près de lui, mais voir le visage du jeune garçon s'illuminer serait pour lui le meilleur des présents.
Son bonheur passait après celui d'Harry, et il en serait toujours ainsi.
«Je souhaite...» Les yeux de Tom s'abaissèrent, il ne pensait pas qu'Harry l'exclurait de sa vie si vite. Il voulait passer du temps avec lui, il avait besoin de lui dire merci pour lui avoir montrer la lumière... lui.
«... que tu sois libéré de ton rôle de génie.» Tom ouvrit la bouche en un cri silencieux alors qu'il sentait son corps se tordre de façon peu naturelle. Sa tête tomba en arrière face au poids soudain qu'il y sentit.
Son corps entier croula, sentant finalement la gravité faire effet. Il commença à trembler lorsqu'il sentit ses pouvoirs le quitter par vagues. À ce moment il aurait très certainement pu maudire Harry, mais sa tête nageait dans une mer de souffrance.
«Et que ce passe-t-il quand j'arrête d'être un génie?» Demanda Tom d'un ton cynique au maître. Ça faisait quelques années déjà qu'il avait vu l'ombre, et maintenant il se montrait pour une dernière fois.
«Quand ta lumière fera le vœu de te voir devenir humain, tu devras d'abord traverser la douleur. Tes pouvoirs te seront retirés et tu recevras la chaleur que tu as toujours désirée, la couleur que tu auras toujours nié. L'âge que tu auras atteint lors de ce vœu sera celle que tu conservera pour le reste de ta vie.»
Tom railla. «Ça semble... superficiel.» Personne ne gaspillerait un vœu pour SON propre bonheur. «Je n'aurais donc pas à m'en faire à ce sujet.»
Le maître des génie le l'ombre secoua la tête et disparut... pour la dernière fois.
La douleur avait fait en sorte qu'il repense à cette conversation. L'homme lui avait souvent rendu visite, pour simplement discuter de sa ''lumière''. Revenu à la réalité, il pensa qu'il avait toujours rit à cette idée, mais maintenant il savait qu'Harry était cette lumière.
SA lumière.
Un sourire apparut sur son visage alors qu'il sentait les émotions refoulées sous sa forme de génie explosées. Oui, il pouvait ressentir en étant un génie, mais maintenant... c'était tellement réel. La possessivité était la plus forte. Il avait enfin quelque chose qu'il pourrait protéger, et personne ne pourrait lever la main sur elle. L'amour était presque aussi fort. Il ressentait l'amour quand il avait toujours une mère, et il savait qu'avec Harry, c'était similaire... Désire, confusion, joie, tristesse.
Tom riait, gisant sur le sol. Son corps entier était lourd, mais c'était une sensation merveilleuse. Il était conscient de chacune des parties de son corps et il sentait chaque odeur passant par là.
Ses yeux s'ouvrirent et firent le tour de la pièce. Les couleurs qui avant lui semblaient fades le frappaient de leur éclat. Où était son amour? Ses cheveux en batailles entrèrent dans son champ de vision.
Ce qu'il vit devant lui lui serra le cœur. Harry était magnifique. Il savait bien que celui-ci possédait des yeux verts et des cheveux noirs mais... jamais auparavant il n'avait réalisé à quel point ces yeux verts pouvaient être brillants. Cette peau, bronzée et douce, ses cheveux noirs possédaient des reflets rouges les rendant hypnotisant.
Les mains de Tom se crispèrent et ses épaules le firent s'effondrer. «Harry...» Ce nom résonnait tellement bien. «Harry.» Il grogna de mécontentement, il n'avait pas assez de forces pour se lever et marcher vers le plus jeune de l'autre côté de la pièce.
Sa lumière se dépêcha de s'agenouiller à ses côtés. «Tom, tu... tu sembles différent.»
Il se fichait de savoir s'il ressemblait à un monstre ou à un ange. Il leva la main et attrapa la nuque du garçon avec beaucoup d'efforts. Ralliant toute sa force, il colla sa bouche sur les lèvres tremblantes de son vis-à-vis.
La première pensée d'Harry fut de reculer, mais il se ravisa et répondit au baiser. Le baiser était lent et leurs langues timides, tous deux étaient inexpérimentés, mais c'était tellement bon de sentir l'autre si près.
«Je t'aime.» Murmura Tom en s'évanouissant sur Harry.
Harry se figea et l'homme tomba sur lui après avoir murmuré ces trois mots qu'Harry n'avais jamais eu la chance d'entendre au cours de sa vie. Les entendre sonna une cloche en lui qui le glaça.
Est-ce qu'il aimait Tom? Oui, il supposait que c'était le cas. Pour l'instant ce n'était qu'un amour naissant, mais il sentait qu'il pourrait devenir fort et résistant. Tom disait qu'il voulait le bonheur d'Harry, et ce simple fait était presque incroyable.
Un pâle sourire apparut sur son visage alors qu'il repoussait une mèche de cheveux du front de Tom. Il pouvait le toucher... Quelqu'un avait finalement entendu ses prières. Pourtant, quelque chose dérangeait Harry.
Combien de temps cela durerait-il?
Les bonnes choses sont temporaires.
Harry commençait à étouffer sous le poids de Tom et réussit finalement à l'allonger sur le petit lit. À côté, étudiant l'homme, Harry arriva avec une réponse à toutes ses questions. Même si leur petit bonheur ne durait pas, il se ferait un devoir d'en apprécier chaque moment.
À suivre...
