Chooseaname : Merci ! Disons que cette fiction est plus une introspection de Severus Rogue, au cours des années, plutôt qu'une histoire d'action. Je ne suis pas très douée pour les actions et les péripéties. Dans cette fanfic, j'ai travaillé l'aspect psychologique, même si je sais aujourd'hui que je suis très loin de la vérité de JKR. J'ai aimé traiter le personnage de Severus Rogue dans "Comme une Ombre" et j'espère que tu pardonneras les maladresses résultant de mon ignorance du tome 7.
Diabolo citron : Merci à toi ! En espérant que la suite te plaise, elle aussi. Je te donne rendez-vous dans une autre revieuw, peut-être ?
Chapitre 3
L'amère solitude
« Qu'as-tu ressenti, à ce moment-là ?
- Que je touchais le fond d'un puits ».
Je déposai le dragonbulle sur le comptoir et je réclamai les quelques mornilles que le client me devait. Je faisais ce travail mécaniquement, sans réfléchir. Je ne voulais pas penser à ce que j'étais contraint de réaliser. Plonger les mains dans la vaisselle crasseuse, m'agenouiller sur le sol poussiéreux, nettoyer des chambres insalubres. Je me rabaissais, encore plus bas que ce que Père m'avait écrasé. Les deux premières semaines, je m'étais laissé engloutir par les souvenirs gluants d'une enfance que j'avais espérée tuée en même temps que maman. Maintenant, alors que l'automne frappait à la porte de la taverne, par bourrasques froides, je me déchargeais de mon lourd passé, en réflexions amères et fielleuses.
- Débarrasse la table trois, gamin ! me héla Abelforth Dumbledore, de l'autre côté de la salle.
Je rougis, alors que tous les regards se tournaient vers moi. Je détestais être le centre d'intérêt et mon patron avait l'art de m'y installer, sans délicatesse. J'empoignai le plateau vide, la morosité peinte sur mon visage blafard. Les verres abandonnés rejoignirent les autres dans l'eau savonneuse, attendant d'être rangés dans les armoires branlantes. Les clients ressemblaient à s'y méprendre à ceux qui croupissaient dans la taverne de Père. S'ils n'avaient pas été sorciers, j'aurais sans doute retrouvé des têtes familières. Les rires gras se mélangeaient aux toux rachitiques et les cris excédés succédaient aux chuchotements conspirateurs.
- Va chercher des bouteilles de bière-au-beurre, intima le tenancier. Il n'y en a plus.
Je soupirai, m'exécutant de mauvaise grâce. A l'intérieur de la cave, je me heurtai à l'œillade translucide du fantôme qui hantait les lieux.
- Bonsoir, Severus Rogue, me salua-t-il de sa voix gutturale.
Je ne lui avais jamais révélé mon nom et j'ignorais comme il l'avait appris, lui qui ne quittait pas les réserves. Il avait fait de la cave sa résidence d'éternité, se dispensant même de l'autorisation du propriétaire.
- Bonsoir, répondis-je.
Je ne désirais pas m'attarder. Les yeux morts me mettaient mal à l'aise. Pourtant, des fantômes, j'en avais côtoyé pendant sept années, à Poudlard. Mais contrairement à ceux de ma scolarité, celui-ci était sans couleur. D'un gris transparent, il n'en paraissait pas moins hermétique. Couvert de pied en cap, la partie inférieure de son visage était dissimulée par un voile. Sa main inconsistante tenta de dégager les débris d'une vieille étagère qui avait rendu l'âme durant l'après-midi. Ses doigts traversèrent la matière solide et le mort eut un soupir d'impuissance.
- Je peux le faire, lui assurai-je.
D'une simple formule marmonnée, je fis disparaître les fragments encombrant le passage, avant de me rendre compte que je venais d'utiliser la Magie sans baguette, en présence d'un témoin. En haut des marches, j'entendis la voix impatiente de Dumbledore dire :
- Ces bouteilles, elles viennent, oui ou non ?
- J'arrive.
Légèrement tremblant, je m'emparai de quelques bières-au-beurre et je remontai l'escalier quatre à quatre, ignorant les yeux pâles qui me suivaient silencieusement, une question muette dans leur éclat sans vie.
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Dans la petite pièce qui me servait de chambre, il y avait à peine la place pour un lit et un lavabo. J'avais eu mille difficultés à y intégrer un chaudron de modèle deux et quelques ingrédients indispensables à la fabrication de potions soignantes et apaisantes. Depuis que je logeais à la Tête de Sanglier, j'avais du mal à trouver le sommeil, dès que je posais la tête sur l'oreiller. La fatigue s'emparait de mon corps et je la traînais, jour après jour, un peu plus lourde à chaque instant. Les quelques galions que j'avais économisés sur mon salaire de misère, je m'étais résolu à les dépenser dans l'achat d'ingrédients qui me serviraient à la confection de somnifères. J'ignorais ce qui me tenait éveillé la nuit, les yeux grands ouverts dans la pénombre étouffante. Etait-ce parce que je continuais le travail qui avait contribué à l'enfer de mon enfance ? Etait-ce parce que je n'avais plus aucun contact avec le Seigneur des Ténèbres, m'isolant dans une solitude que j'avais cru révolue ? Ou était-ce parce que Abelforth Dumbledore me paraissait aussi impénétrable que son illustre frère, m'empêchant de débusquer ce que mon maître attendait ? Insecte inutile, voilà l'image que j'avais de moi-même. Pourtant, j'étais intelligent, un avenir brillant aurait dû s'ouvrir à moi, m'accueillant de sa lumière chaleureuse. Je n'acceptais pas cette ironie du sort. Lord Voldemort m'avait précipité dans mes cauchemars et il ne faisait pas un geste salutaire pour m'en dépêtrer. Créature livide, je pataugeais dans le misérabilisme de mon existence.
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Il était plus de deux heures du matin – le samedi, le pub fermait tard – et il me fallait encore préparer la potion de Somnolis. Je remplis le chaudron d'eau bouillante, jetant les plantes à trois minutes d'intervalles chacune. Dans moins d'une heure, je pourrais dormir à poings fermés.
J'entrebâillai la tenture de la minuscule fenêtre, pour regarder la cour inondée. Il pleuvait sans discontinuer depuis près de deux jours, rendant les rues pavées glissantes et les sentiers boueux.
Plus qu'une demi heure avant que la potion soit prête.
J'aurais tant aimé économiser pour restaurer la maison des Prince. Je n'y avais plus été, depuis que je travaillais pour Dumbledore et je me demandais comment elle était. Durant le premier mois qui avait suivi mon retour de Poudlard, je m'étais forcé à déterrer les mauvaises herbes et à dégager l'allée. Tout redeviendrait bien vite un lieu laissé à l'abandon.
Plus que dix minutes d'attente.
Je me demandais ce que faisait Lord Voldemort. Pas une seule fois il ne m'avait contacté, alors que je me languissais de sa présence protectrice. Sa bienveillance me manquait, plus que je n'osais me l'avouer.
Je fermai les paupières en avalant une gorgée du breuvage préparé et je m'étendis sur ma paillasse.
J'aurais voulu entendre le son de la voix de mon maître.
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- Le professeur Dumbledore ne vient jamais ?
Mon employeur me retourna une œillade intriguée et je me giflai mentalement pour mon manque de subtilité.
- Tu dois le voir ? questionna la voix bourrue.
- N… non.
Je rougis sous l'éclat scrutateur et je détournai le visage, mettant beaucoup d'ardeur à la vaisselle que je décrassais.
- Je peux le faire venir, si tu veux, garçon, proposa le barman.
La taverne était vide à cette heure-ci de la matinée. Aucune échappatoire ne me sauverait.
- C'était une question anodine.
- Rien n'est anodin, chez toi, gamin.
Et il renifla dédaigneusement. Il quitta le comptoir, me soulageant de sa présence inquisitrice, et je rattrapai ma respiration qui s'était bloquée dans le fond de ma gorge. Il n'avait certes pas la puissance magique du directeur de Poudlard mais il était néanmoins d'une rare clairvoyance. Sa silhouette avait à peine disparu que je sentais le picotement de la Marque des Ténèbres me brûler le bras gauche. Après deux longs mois de silence, mon Maître se rappelait de moi et réclamait ma présence. Je jetai furtivement un regard dans l'embrasure de la porte où Dumbledore s'était engouffré et je transplanai.
Avant même de voir où je me trouvais, je m'agenouillai.
- Debout !
La note froide me coula dans le dos et je me glaçai de l'intérieur. Je me redressai et je me tournai vers Voldemort. Il m'étudiait de l'éclat rouge qui s'était accentué dans la noirceur de ses iris.
- J'ai attendu, Severus, chuchota-t-il. J'ai attendu et je me suis impatienté.
Le murmure me tordit les boyaux d'une peur dont je ne comprenais pas le sens. Il n'y avait même pas une once de menace dans le ton polaire.
- Deux mois se sont écoulés, Severus. Où étiez-vous, tout ce temps ?
J'avalai ma salive avec difficulté. Ma voix était rauque quand je pus enfin l'utiliser :
- Là où vous m'aviez ordonné de me trouver. A la Tête de Sanglier.
- Je n'ordonne pas ! gronda Voldemort.
Je sursautai de cette soudaine apprêté et mes ongles s'enfoncèrent dans les paumes de mes mains, douloureusement.
- Je ne voulais pas…
- Me contrarier ? me coupa-t-il, doucereux.
Il s'approcha silencieusement et ses longs doigts fins s'enroulèrent contre mon épaule. Ils pesaient lourds, bien plus qu'ils n'auraient dû.
- Oui, soufflai-je.
Un sourire à peine ébauché dévoila la blancheur de ses dents. La pression de sa main m'obligea à avancer de deux pas, pour ne plus être qu'à quelques centimètres de lui. Je ne pouvais détourner le regard et je le laissais plonger dans les profondeurs de mon âme.
- Rien, conclut-il finalement. Il n'y a rien.
- Je suis désolé.
Je n'étais pas parvenu à découvrir la cachette du livre réclamé. J'avais honte de cet échec qui me dépréciait aux yeux de mon maître.
- Vous êtes trop jeune, déclara-t-il en me repoussant d'une chiquenaude. Vous n'étiez pas prêt pour ce travail.
Mon cœur se serra, formant un petit tas souffreteux au fond de ma poitrine. L'homme s'assit dans l'unique fauteuil de la pièce.
- Non, contredis-je.
Cela sonnait pathétique et les sourcils sombres se haussèrent avec amusement. Mes joues s'empourprèrent.
- De toute façon, dit-il, je ne peux faire marche arrière. Pas plus que vous, Severus. Avant la fin de l'année, j'exige des avancées à vos recherches.
- Je ferai ce que je peux.
- Plus que cela, enfant. Bien plus que cela.
Le Lord Noir me fit signe de m'approcher de lui, ce que je fis avec empressement. La lueur écarlate avait disparu, cédant sa place au velours noir. Je tombai lourdement sur mes rotules et Voldemort étala une main douce contre mon cou. Je posai la tête sur ses genoux paternels, miséricordieux.
- Tant d'espoir pèse sur vos épaules, enfant, fit-il d'une voix à peine audible. J'attends de vous de si grandes choses.
Je fermai les paupières, me laissant bercer par le son harmonieux, toute la tension qui m'avait étreint se résorbant d'un coup. Mes poings se détendirent et je sentis un peu de sang couler entre mes articulations.
- Vous ne me décevrez pas, n'est-ce pas, enfant ?
- Non, Mon Seigneur. Jamais.
Je relevai le visage, pour soutenir ses pupilles étrécies, et il l'entoura de ses mains pâles et élégantes.
- Jamais ?
- Je le jure. Jamais.
- Un grand mot entre des lèvres si jeunes.
Mes cils voilèrent mes pensées et Voldemort me libéra. Je me remis sur mes pieds.
- Je ne me souviens pas avoir été jeune, le détrompai-je.
Le Seigneur des Ténèbres masqua un sourire d'indulgence et il me permit de me retirer, me faisant promettre de revenir, dans un mois, avec les renseignements attendus.
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Il faisait noir au-dehors. Combien de temps s'était-il donc écoulé, alors que je me trouvais dans la tanière de mon maître ? Je poussai la porte du pub, m'attirant le regard bleu d'Abelforth Dumbledore qui se précipita vers moi.
- Où étais-tu ? me pressa-t-il.
- J'avais besoin de prendre l'air.
Je mentais avec un aplomb acquis au cours de mes sept années d'études. J'allais contourner mon patron quand il s'empara de mon poignet.
- Lorsque tu sors, tu me préviens. Il me semblait que c'était clair, quand je t'ai engagé.
Les yeux butés, le nez crochu et le menton en forme de pioche me pétrifièrent de terreur et je blêmis. L'espace d'une demi seconde, les traits de mon père se superposèrent à ceux de mon employeur. Je me dégageai violemment et je reculai de plusieurs pas. Dumbledore fronça les sourcils et je revins à l'instant présent.
- Désolé, marmonnai-je, en prenant ma place derrière le comptoir. Cela ne se reproduira plus.
Le vieillard était tellement stupéfait de ma réaction – je le lisais sans peine sur sa face longue – qu'il ne rajouta rien. Moi-même, j'avais du mal à la comprendre. Nestor Cordier ne m'avait-il pas assuré que mon père pourrirait en prison, pendant au moins les cinq ans à venir, pour homicide involontaire ? Je n'avais plus aucune crainte à avoir. J'étais en relative sécurité. Le fait de me rendre à l'Impasse du Tisseur et dans la maison de mon enfance avait sans doute ravivé des souvenirs pénibles qui s'étaient assoupis dans le fond de mon âme mais déformer le visage de Dumbledore, au point de retrouver les rides terrifiantes de mon bourreau n'avait aucun sens.
D'un geste sec, j'empoignai un verre et je l'essuyai rudement, me fustigeant de ma propre peur infondée.
Le chapitre suivant s'intitule "Noël, oh triste Noël".
C'est étrange... Je me suis rendue compte assez récemment que dans chacun des tomes de "Comme une Ombre", il existait un chapitre avec le mot "Noël" à l'intérieur... Et pourtant, ce n'est pas vraiment une fête grandiose pour moi.
J'ai aussi remarqué que les chapitres 13 des différents tomes sont des chapitres charnières qui restent très importants pour la suite de l'histoire. Et ça, je l'avoue bien bas, je l'ai fait sans préméditation.
