Merci pour vos reviews, inscrites comme guests, elles m'ont vraiment rassurée sur mon choix de publier cette fic. MERCI !


Retour à Forks pour le mariage d'Alice et Jasper...Qui est donc cet homme qu'Edward a remarqué ?


(BPOV)

Je réajustai mon uniforme et ma coiffure pour la 50e fois depuis notre départ de la réserve, tentant en vain de me calmer tout en m'agitant devant le petit miroir du pare-soleil. Pourquoi ces foutus miroirs n'étaient pas un peu plus grands ? Surtout en proportion de la voiture...
J'avais conscience de ne pas être de bonne compagnie depuis la veille, et surtout depuis le moment où notre voiture avait pris la sortie d'autoroute indiquant Forks. Billy avait tellement insisté pour que nous dormions chez lui que j'avais plié, encore une fois.

« Ta bonté te tuera » ne cessait de me dire Tyler lorsque nous le retrouvions dans son bar. La bonté ? Non, une balle plutôt. Mais ma réponse, je me contentais de la garder pour moi. Foutu métier...
Il était là mon point faible : je ne pouvais me résoudre à faire du mal à ceux qui me sont proches. Mais surtout, je voulais deux choses : faire plaisir à ceux que je considérais comme ma dernière famille mais aussi retrouver ma terre. Après tout, Billy avait été là quand mon père était défaillant. Pas comme un père mais plutot comme quelqu'un de proche... un oncle ou quelque chose comme çà.

Voilà trop longtemps que je ne m'étais plus sentie chez moi nulle part. Trop longtemps que j'avais quitté mon « pays ». Alors quand le vieux Billy me tendit les bras au sortir de la jeep le vendredi soir, je n'avais pu faire qu'une seule chose : courir me blottir dans ses bras, comme lorsque j'étais enfant.

Le lendemain, en route pour le mariage, lorsque la voiture longea les falaises de la Push, je ne pus m'empêcher de sourire tout en refoulant les larmes qui menaçaient depuis la veille. Jake ne dit rien, se contentant d'attraper ma main et de la serrer doucement. Lui seul pouvait comprendre à cet instant. Lui seul.
Très vite, la voiture s'engagea dans un chemin serpentant dans la forêt, les arbres décorés pour l'occasion de centaines de nœuds blancs. Je connaissais bien maintenant la folie d'Alice mais je compris vraiment l'ampleur de la chose lorsque Jake se gara à quelques dizaines de mètres d'une immense bâtisse blanche.
-Oh mon Dieu ! ne pus-je que chuchoter, observant la bouche grande ouverte la scène qui se tenait devant mes yeux.
Tout était si féérique, si chic et raffiné mais si simple en même temps. Des centaines...non des milliers de fleurs pâles étaient réparties partout sur la propriété. Je me perdais dans la contemplation de ce tableau que je jugeais si parfait. Un rêve de petite fille. Alice avait dû rêver son mariage et aujourd'hui, elle allait le réaliser.
-Allez, Bella ! Faut y aller ! annonça Jacob, me sortant de mon état d'hébétude.
-Jake...et si...ne pus-je m'empêcher de lui dire en me retournant vers lui.
Il dut lire la panique qui s'installait en moi à cet instant et attrapa instantanément mon menton entre ses doigts, m'obligeant ainsi à le regarder dans les yeux.
-Bella, tu es grande. Tu es une magnifique jeune femme et le meilleur lieutenant de l'Air force . Tout ira bien et s'il est là, il ne pourra que le reconnaître. m'annonça-t-il, ses prunelles sombres plongeant dans les miennes.
J'acquiesçai après quelques secondes et il relâcha sa prise pour que je puisse ouvrir ma portière. Alors que Jacob me rejoignait au pied de l'allée menant à la maison, parsemée de fleurs pour l'occasion, mon frère ne put s'empêcher de me caresser furtivement la joue de sa main chaude, me permettant de puiser dans son geste l'énergie nécessaire qu'il me fallait pour commencer cette journée.
-On y va, Wolf. lançai-je en lui faisant un clin d'œil après avoir respiré une bonne fois pour me calmer.
-A vos ordres, chef ! me répondit-il en souriant.
C'est côte à côte que nous avons remonté l'allée pour rejoindre Jasper, Carlisle, Edward et Emmett qui nous attendaient au pied du perron.

Bien entendu, Edward ne put s'empêcher une réflexion lorsqu'il aperçut nos décorations, fièrement épinglées sur nos poitrines. Si je n'avais pas eu cette pression sur les épaules, je l'aurais sans doute rembarré, comme toujours. Ou comme Jake, je l'aurais pris à la rigolade. Oui, je crois que pour une fois, j'aurais réagi comme Jake. Après tout, nous avions l'habitude de ce genre de commentaires et nous prenions le parti d'en rire.

Si j'avais réagi ainsi, mes relations avec Edward se seraient surement adoucies, faisant écho à l'atmosphère joyeuse de la journée.
C'était ce que je souhaitais depuis des mois désormais. Jacob avait perçu très tôt l'effet ravageur d'Edward sur moi et m'avait même encouragée à me rapprocher de lui mais je n'en avais pas le droit. Maudite, je ne voulais pas emmener dans mon sillage toute une famille si unie et si aimante.
Si j'avais ri à sa plaisanterie, cela aurait sûrement changé quelque chose. Mais aujourd'hui, j'étais beaucoup trop préoccupée pour cela.

Jasper était venu m'enlacer quelques secondes, tout comme Emmett. S'étaient-ils rendus compte de mon état ? J'avais félicité pour la décoration mais mon esprit était ailleurs. Je ne pouvais m'empêcher de scanner la foule qui se trouvait déjà là, un peu plus loin, près de l'autel fleuri, installé au beau milieu du jardin. Des uniformes de l'Air Force parmi les invités et surtout des gens de Forks. Mais il n'était pas là. Et même si cela me rassurait, j'eus tout de même un pincement au cœur.
-Allez, il est temps de nous installer. indiqua Esmée après m'avoir, elle aussi, prise dans ses bras, resplendissante dans sa longue robe en soie mauve.

S'en était suivie une superbe cérémonie, emplie de joie, de rires et d'amour. Assise à quelques mètres des mariés, je ressentais l'amour qui irradiait de ce couple et je ne pus m'empêcher de sourire. Quand tout le monde se releva pour féliciter les jeunes mariés, de nombreux visages familiers m'observèrent. Certains souriants, d'autres plus fermés. Ils m'avaient reconnue. Jacob perçut sans doute mon trouble et posa discrètement sa main dans le bas de mon dos, pour me faire savoir qu'il était là, avec moi. Lorsqu'arriva notre tour, Alice ne put s'empêcher de me sauter dans les bras, faisant rire toute la famille Cullen, à ses côtés.
-Si tout cela peut se passer aujourd'hui, c'est grâce à toi. ne put s'empêcher me dire Esmée en me serrant dans ses bras, suffisamment fort pour que la famille l'entende.
-Mais Esmée, non...bredouillai-je, en reculant un peu.
-Non, ma chérie. Merci pour tout. Et j'espère que nous te compterons pour toujours dans notre famille. poursuivit-elle en m'observant de son regard si aimant.
Je ne pus retenir une petite larme. Une seule, qu'Esmée effaça du bout de ses doigts comme le faisait ma mère, en me souriant tendrement. J'acquiesçai, lui rendis son sourire et laissai ma place à Jacob qui serrait la main de Carlisle.

Prenant la coupe de champagne qu'un serveur me tendait, je m'éloignai un peu de cette foule et en profitai pour calmer un peu les battements de mon cœur. Bien vite, Jacob vint me rejoindre, bientôt suivi par Emmett et Edward, discutant avec des militaires. Me retrouver parmi eux me permit de reprendre le dessus et les discussions s'enchaînèrent. Les Cullen allaient et venaient au beau milieu des invités. Parfois, un habitant de Forks osait franchir les mètres qui nous séparaient pour venir me saluer. Des voisins. Des anciens du lycée. Et même si les questions étaient toujours les mêmes, je répondais toujours le plus poliment possible, sans toutefois trop en dire. Après tout, j'étais partie comme une voleuse de cette ville qui m'avait vue grandir et je ne savais pas ce que mon père avait pu dire de cela à ses voisins et amis.

() () () () ()

Alors qu'Esmée et Carlisle nous avaient rejoints, accompagnés du colonel Denali, chef de l'escadron des gars, je n'avais pu m'empêcher de souffler en regardant ma montre. Le cocktail serait bientôt fini sans l'avoir vu... Emmett, Rosalie et Jasper étaient apparus auprès de nous et Edward se dirigeait vers notre groupe alors que j'étais en grande discussion avec le colonel et son épouse. Nous parlions du métier lorsqu'une voix reconnaissable entre mille s'éleva derrière nous.
-Hé, papa ! s'écria Jake en rejoignant son père avant de l'aider à venir vers nous.
Je restai interdite quelques secondes, Billy ne m'ayant pas dit qu'il avait été invité. Et si Billy était là...
Je fermai les yeux une seconde, le temps de me composer une façade. Lorsque je les rouvris, prête à aborder la situation, mon regard croisa celui d'Edward, visiblement intrigué par ma réaction. Je lui souris maladroitement et fis volte-face pour me diriger vers Billy.
Comme à son habitude, le vieux Billy m'ouvrit ses bras et je ne pus m'empêcher de passer un bras sur ses épaules pour le serrer dans une étreinte que je souhaitais rassurante.
-Bonjour Billy. enchaina Carlisle tandis que je reprenais ma place initiale aux côtés d'Esmée alors que l'indien n'avait pas lâché ma main.
-J'ai déjà félicité les jeunes mariés mais je ne voulais pas partir sans vous féliciter également docteur. Mais je ne reste que quelques minutes, je ne voudrais pas faire attendre mon chauffeur qui m'attend de l'autre côté de votre propriété! répliqua le vieil indien en me faisant un clin d'œil rapide, me faisant comprendre qu'il m'éviterait une rencontre tant redoutée.
Mais je n'eus pas le temps de lui répondre qu'une voix grave s'éleva derrière moi, faisant apparaître un éclair fugace de peur dans les prunelles sombres du père de Jacob.
-Hé bien, Billy ! Tu en mets du temps ! Et n'accuse pas ton fauteuil, j'ai veillé à regonfler les pneus de ton tout-terrain avait de venir ! s'esclaffa l'homme que je ne connaissais que trop bien.
Un vent de panique me saisit instantanément et je sentis la main de Jacob sur mon épaule.
-Tout va bien se passer, Bella. chuchota-t-il avant de se détacher de moi mais je ne pouvais répondre, tétanisée.
-Chef Swan ! s'exclama Carlisle, se dirigeant vers le nouvel arrivé alors qu'Esmée me regardait, l'air grave et inquiet avant de suivre son époux.
Très vite, trop vite, l'odeur si caractéristique de son eau de toilette me parvint et je sus alors que je ne pourrais éviter la rencontre. Je fis un léger pas en arrière pour les laisser passer devant moi. Il était là, me tournant le dos, dans sa tenue de shérif. Un à un, il fit le tour du groupe pour finir par s'immobiliser devant moi. Son regard croisa le mien et ce que j'y vis acheva de détruire le maigre espoir que j'avais entretenu ces six dernières années.
-Bonjour papa. dis-je timidement en faisant un léger pas en avant.
Peut-être qu'avec ces gens autour de nous se comporterait-il poliment...
-Tu as perdu le droit d'utiliser ce mot, Isabella ! répondit-il durement, ses prunelles se plantant dans les miennes.
-Charlie, ne parle pas ainsi ! C'est ta fille, voyons ! rétorqua aussitôt Billy, alors que je reculai d'un pas.
-Pour moi, ma fille est avec sa mère. répondit encore plus froidement le shérif en me fixant avant de regarder son ami.

Cette dernière phrase fut un électrochoc, me faisant hoqueter. A ces mots, j'eus l'impression que mon sang avait quitté mon corps. En moins d'un quart de seconde, une vague de froid m'enveloppa. Pourtant la météo était toujours aussi douce et le soleil bien présent...J'étais glacée...à l'intérieur...

Je sentis une main frôler la mienne. Celle de Jacob, me faisant reprendre pied peu à peu dans la réalité. Mais je ne pouvais détacher mes yeux de celui qui était mon père, debout devant moi. Je ne pouvais voir les regards surpris des Cullen autour de nous. Je ne voyais que lui et son regard si froid.
-Bon, Billy, le bureau vient de m'appeler. Je dois redescendre en ville. Je te ramène... poursuivit mon père, nullement gêné par la situation. Comme si j'étais invisible à ses yeux...
-C'est bon, Charlie. Je vais le ramener. le coupa Jake en s'avançant légèrement, de manière à se mettre devant moi, comme un bouclier. Comme pour me protéger. Comme toujours.
-Si c'est ok pour toi, Jake, je vais y aller alors. reprit cette voix si familière.
Encore une fois, Jake se déplaça légèrement autour de moi et ce mouvement me sortit enfin de ma torpeur. Je clignai des yeux une fois. Je devais me reprendre. Encore et toujours tenir le rôle. Tenir ce masque en touts circonstances.
Charlie s'était avancé pour saluer Carlisle et Esmée. Puis il continua en félicitant encore une fois Jasper et serra la main des autres. Immanquablement, il se retrouva de nouveau face à moi, ses yeux si semblables aux miens me fixant d'un air que je ne lui connaissais pas. Je me devais de tenir encore un peu... et essayer encore une fois...une dernière fois...
Alors, je refis un petit pas et lui tendis la main, consciente désormais des regards des Cullen posés sur moi.
-Au revoir, lieutenant Swan. me coupa-t-il en reculant d'un pas, refusant ma poignée de main.
Cette fois, tout était fini. Mon cœur sembla s'arrêter dans ma poitrine.
-Au revoir...chef. tentai-je de dire en prenant un air le plus détaché possible mais les mots peinèrent à sortir de ma gorge alors que Charlie s'éloignait déjà en direction de sa voiture de patrouille.
Un silence pesant nous entoura aussitôt, finalement brisé par Billy.
-Oh ma chérie...il ne voulait pas dire çà...tu sais comment est ton père et...voulut me réconforter le vieil homme.
-Ce n'est pas grave, Billy. Désormais, je connais ma place. le stoppai-je en levant la main.
-Mais...tenta-t-il de nouveau.
-Non, Billy. Je...j'ai juste besoin de...bredouillai-je en reculant doucement pour m'éloigner du groupe.
Mes yeux croisèrent ceux de Carlisle et d'Esmée. Je tentai de leur faire un vague sourire et me détournai pour quitter cette pelouse.

() () () () ()

Je ne sais combien de temps je me suis réfugiée dans notre énorme jeep mais lorsque je repris enfin le contrôle de mes émotions, j'enfilai rapidement ma robe de soirée soigneusement rangée dans sa housse à l'arrière de la voiture et arrangeai mon maquillage. Alors que je remontai l'allée menant au jardin, je pus remarquer que les derniers invités au cocktail prenaient congé auprès des mariés et de leurs parents. Emmett et Rose m'attendaient à mi-chemin. Sans un mot, la belle blonde me prit dans ses bras quelques instants avant de me relâcher.
-Je ne vais pas laisser une si belle femme sans escorte. m'annonça Emmett en me tendant son bras que je pris en souriant.
Rose rit doucement et se plaça de l'autre côté alors que nous rejoignions le groupe à l'entrée de la tente de réception.
Jake, Jasper et Edward avaient également troqué leurs uniformes contre des smokings noirs. Quand il nous aperçut, Jacob s'avança vers moi, inquiet, mais je le rassurai en lui faisant mon plus beau sourire, même si celui-ci n'était que factice. Jake ne fut pas dupe mais il entra dans mon jeu et me sourit en retour.
Esmée me prit dans ses bras, sans un mot, comme Rosalie un peu plus tôt, puis nous entrâmes tous pour prendre place.

La soirée, à l'image du mariage, était splendide. Alice avait pensé au moindre détail, jusqu'à la forme des petites cuillères. Elle nous avait placés à la table d'honneur, parmi leurs frères et sœurs et leurs parents. Cette constatation m'avait gênée mais encore une fois, Alice m'avait sauté au cou pour me dire que si ce jour se déroulait si bien, c'était grâce à notre rencontre quelques mois plus tôt. Le repas, succulent, se déroula dans une bonne ambiance, Jake et moi discutant avec nos amis. Edward, face à moi, était détendu et riait souvent. Il m'adressait même des sourires, les yeux pétillants, de temps à autre, au fil des conversations, et je me mis à espérer que l'atmosphère s'était enfin allégée entre nous deux. Nous arrivions enfin à discuter sans provocations. Les mariés prirent la pose devant leur gâteau, nous y invitant également pour quelques clichés, et ouvrirent le bal. J'observais Alice, valsant au beau milieu du parquet dans les bras de son père. Tout le lieu transpirait le bonheur et l'amour.
Mais tout cela était trop pour moi. Parce qu'après ma dernière rencontre avec Charlie, j'avais perdu le droit d'avoir cela pour moi un jour...Bouleversée bien plus que je ne pouvais le penser, j'étais alors sortie discrètement pour rejoindre la chambre d'amis qu'Esmée avait absolument tenu à ce que j'occupe à la villa cette nuit. J'avais ôté mes escarpins puis m'étais assise sur la rambarde du long balcon qui longeait toute la façade, me laissant englober par l'obscurité nocturne, les jambes dans le vide. Du jardin, personne ne pouvait me voir. De mon poste d'observation, je suivais le ballet des serveurs, plateaux argentés au bras et les allers et venues des invités qui sortaient fumer une cigarette ou simplement prendre l'air frais tout en discutant avec d'autres personnes. De loin, j'avais regardé Edward, discutant avec ses frères et Jake. Je détaillai sa position, me surprenant à m'imaginer debout à ses côtés, tentant de deviner si son épaule accueillerait sans mal ma tête ou si je devrais me hisser sur la pointe des pieds. De temps à autre, le regard de Jacob se portait vers la maison. Mon frère se doutait sûrement de l'endroit où j'étais, mais il ne pouvait me voir. Même si nous avions été formés ensemble, mon métier si particulier m'avait appris la patience, l'immobilité et surtout l'invisibilité. Et cela, Jacob n'avait pas eu à l'intégrer aussi profondément que moi. Non, Jake avait sûrement encore une chance de mener une vie « normale » si nous devions changer d'affectation.

Comme toujours depuis mon entrée à Seattle, j'observais le monde sans être vue. Jusque là, cette déformation professionnelle ne m'avait pas énormément dérangée. Mais aujourd'hui, du dégoût était apparu en moi quand j'avais réalisé ce que je faisais, assise sur ce balcon. Je n'étais qu'une spectatrice de la vie sans jamais vivre un bout de la mienne. Des rires montaient de la tente de réception. Depuis quand n'avais-je pas ri de cette manière ? Et avais-je déjà ri de cette manière ? Les maigres souvenirs des temps heureux disparaissaient jour après, remplacés par toutes ces images de guerres, de combats, de mort et de souffrance qui me hantaient quotidiennement, m'empêchant de dormir. C'était le prix à payer. Çà et perdre définitivement mon père.

De légers bruits de pas derrière moi me firent sortir de mes pensées, ainsi que la lueur faible d'une lampe de chevet qu'on allumait.
-Bella, tu devrais descendre de cette balustrade, tu pourrais te faire du mal. me dit doucement une voix chaude dans mon dos.
Voilà vingt ans que je n'avais pas entendu ce ton si paternaliste envers moi. Même Billy ne l'avait pas.
-Pardon, je ne voulais pas vous alarmer, Carlisle. répondis-je en repassant rapidement sur le balcon, avec une voix timide d'une petite fille prise en faute.
Carlisle se tenait dans l'embrasure de la porte-fenêtre, ses cheveux blond faiblement éclairés par la lumière tamisée.
-Désolé de te déranger, Bella, mais Esmé ne te voyait plus et...
-Oui, pardon. J'avais...j'ai eu envie de prendre l'air...et de m'éloigner un peu de tout çà...expliquai-je timidement en indiquant le jardin de la main.
-Je comprends. me coupa-t-il en souriant tendrement.
Jamais mon père ne m'avait souri de cette manière depuis toutes ces années. Et cette constatation me fit un pincement au cœur.
-Bella...je...nous sommes désolés pour cet après-midi. Nous n'avions pas compris que la situation était si difficile pour toi et...poursuivit-il en me prenant la main.
-Non, Carlisle. Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir. l'interrompis-je en serrant un peu plus fort sa main. Ne vous en faites pas pour moi, je vais bien.
Je devais absolument donner le change.
Le médecin ne répondit pas et me sourit à nouveau, un éclair de tristesse assombrissant quelques secondes ses yeux.
-Carlisle ?
La voix mélodieuse d'Esmé résonna dans le couloir de l'étage juste avant que nous ne la voyions apparaître à la porte de la chambre.
-Bella, ma chérie ! Tout va bien ? J'étais inquiète...
-Tout va bien, Esmé. J'étais juste venue reposer un peu mes pieds. Les chaussures qu'Alice m'a choisi devraient être ajoutées à la liste des armes de guerre. répliquai-je d'un ton que je voulu rieur en pointant du doigts la paire incriminée, souhaitant surtout que mon mensonge passe.
Esmé rit à ma remarque et me serra dans ses bras quelques secondes avant que nous ne quittions la chambre.

() () () () ()

(EPOV)

La soirée battait son plein et l'atmosphère sous la tente de réception était survoltée. Après une énième danse, je décidai de sortir prendre l'air quelques minutes dans le jardin. A peine quelques secondes plus tard, je fus rejoint par mes frères et Jacob, sans Bella.

Alors que nous discutions, mon père sortit de la tente et se dirigea vers la villa, sa silhouette sombre glissant sans un bruit sur la terrasse. Intrigué, je ne lâchai plus la maison du regard, cherchant à savoir ce que mon père y faisait. Après quelques minutes, une faible lueur apparut à l'étage, dans la chambre d'amis. La lueur était faible mais ce point lumineux dans la nuit me permit de distinguer une silhouette sur le balcon. Quelqu'un était assis sur la rambarde du balcon, visiblement pas apeuré par la hauteur.
-Ah, Bella joue les filles de l'air. remarqua Jake qui s'était lui aussi tourné vers la villa.
-Mais elle va tomber...intervint Emmett en suivant nos regards.
-Non, ne t'en fais pas Emmett. Elle a juste besoin de s'isoler un peu. Surtout après cet après-midi. répondit Jacob.

La scène qui s'était déroulée devant nos yeux entre Bella et son père, le chef Swan, nous avait pour ainsi dire choqués.
Charlie, que nous connaissions pourtant sous des traits jovials mais quelque peu bourrus, n'avait dit que deux phrases à sa fille, refusant de la saluer... « Tu as perdu le droit de m'appeler papa ».
A Seattle, Bella nous avait rapidement expliqué qu'elle et son père avaient quelques différents mais pour nous qui évoluions au sein d'une famille soudée et aimante, nous n'avions pu imaginer que leur relation était telle.
Le visage de Bella s'était décomposé lorsque son père lui avait parlé de sa mère et Billy était aussitôt intervenu pour faire taire Charlie. Puis le shérif nous avait salués tous avant de refuser une seconde fois la main de sa fille, se contentant de la saluer d'un glacial « au revoir lieutenant Swan ». Ce à quoi Bella avait répondu difficilement d'un « au revoir chef Swan », avant de baisser la tête. Billy avait aussitôt essayé de la consoler mais elle avait relevé la tête, nous dévoilant un visage totalement défait et des prunelles emplie de douleur, s'excusant d'une voix incertaine auprès de mes parents avant de se diriger vers le parking.
Un silence lourd et gêné dura quelques secondes avant que Billy ne le brise en prenant la parole.
-Je suis désolé pour la scène à laquelle vous venez d'assister mais Charlie et Bella ont des relations plutôt...difficiles. tenta-t-il d'expliquer en nous faisait un sourire compatissant.
-Bella nous avait dit qu'elle avait des problèmes avec son père mais jamais nous n'aurions pensé que...intervint alors ma mère.
-C'est pour cela qu'elle ne voulait pas venir ici. la coupa Jacob. Elle craignait de croiser son père.
-Depuis combien de temps...commença Esmée.
-Six ans. la coupa une nouvelle fois Jake. Depuis le jour de notre engagement dans l'Air Force. Quand je suis passé chercher Bella ce matin-là, elle était assise sur le perron de la maison Swan, son sac à ses pieds, les yeux rougis. Charlie n'a jamais voulu accepter le choix de carrière de Bella.
-Mais elle a pu compter sur sa mère, non ? Charlie a dit que Bella était avec sa mère. demanda alors Emmett.
-La mère de Bella...commença Jacob difficilement, fixant son père.
-Renée, la mère de Bella, est morte voilà 20 ans. Elle a été abattue au cours d'un braquage à Port Angelès, le jour de l'anniversaire de Bella. reprit Billy. Elle tenait absolument à acheter un cadeau à Isabella et elle était passée à la banque prendre des liquidités. Malheureusement...
Ma mère eut un hoquet de stupeur et porta rapidement sa main sur sa bouche, totalement choquée avant de se retourner en direction de la jeep où Bella avait trouvé refuge.

() () () () ()

-Alors les enfants, tout se passe bien pour vous ? demanda ma mère, des plus souriantes, ce qui me ramena dans la discussion.
-Tout est superbe, Esmé. la complimenta Jacob.
Ma mère lui fit un sourire resplendissant avant de nous demander si nous avions vu passer Carlisle. Emmett la renseigna et elle rejoignit la villa à son tour. Après quelques minutes de discussion, je me retrouvais de nouveau seul dans le jardin.

Intrigué parce que mes parents n'étaient toujours pas ressortis, je rejoignis la maison. Sans un bruit, je grimpai les quelques marches du patio et franchis la porte. La voix douce de ma mère se fit entendre dans le salon.
-Celle-ci a été prise à la sortie de l'école d'officiers et celle-là, c'est lors de leur remise de diplôme au lycée de Seattle. expliquait Esmée avec une pointe d'adoration dans la voix, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle parlait de ses enfants.
Je m'arrêtais dans l'embrasure de la porte, observant ce qu'il se passait dans la pièce. Ma mère détaillait chacune des innombrables photos qui ornaient le mur de la cheminée à Bella alors que mon père lui tenait amoureusement la main comme je les avais toujours vu faire au cours de toutes ces années. Aucun n'avait remarqué ma présence. Isabella semblait attirée par tous ces clichés de nos vies.
-...mais tu dois avoir le même cliché chez toi, non ? Ces photos sont tellement « traditionnelles ». poursuivit ma mère, d'un ton toujours léger, se tournant vers Bella dont la silhouette me semblait fragile à cet instant: les épaules légèrement rentrées, les mains tremblantes, elle était loin de la jeune officier fière, têtue et ayant de la répartie que j'avais plusieurs fois rencontré.
-Non...pas...pas vraiment...répondit-elle d'un fragile filet de voix. Sur la mienne, il n'y a que Jacob et Billy. poursuivit-elle en essayant de s'éclaircir la voix, en vain. Je...euh...pap...non...Charlie était bloqué au bureau par je ne sais quelle affaire importante. Comme toujours. finit-elle par dire en ayant retrouver une voix plus ou moins correcte dans laquelle on percevait cependant des sanglots retenus.
Je remarquai des traces d'inquiétude et de peine sur le visage de ma mère qui s'était rapprochée de mon père.
-Oh ma chérie...je...balbutia Esmée mais Bella la coupa en se tournant vers mon père.
-Carlisle ? Qu'est-ce que çà fait ? Qu'est-ce que çà fait de marier sa fille ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
Mon père ne répondit pas tout de suite, cherchant sûrement à comprendre le sens de la question et pourquoi Bella souhaitait savoir cela. Le silence dura quelques secondes avant d'être de nouveau rompu par Bella.
-Je...je suis désolée de vous avoir demandé cela. Ça ne me regarde pas. Mais quand je vous ai vu danser avec Alice, dans sa superbe robe, et la manière dont vous la regardiez, je...Je voulais juste savoir ce que çà faisait d'être un père fier de ses enfants. finit-elle par avouer avec peine en baissant la tête.
Mon père, après quelques secondes de surprise, fit deux pas et prit Bella dans ses bras. Me sentant de trop dans ce moment empli d'émotions, je reculai sans un bruit et regagnai le jardin où la fête battait son plein.

Plusieurs minutes plus tard, mes parents firent leur réapparition. Etonné de ne pas voir Bella avec eux, je m'avançai à leur rencontre. Mais avant que j'ai pu poser une question, ma mère me fit un signe de tête, m'indiquant le jardin. Suivant son indication, je sortis donc une nouvelle fois dans le jardin. Bella y était, silhouette fragile dans l'obscurité. Elle marchait lentement vers la tente et je décidai de la rejoindre.
-Je...Edward...je...je n'ai pas la force pour une énième confrontation verbale...je...balbutia-t-elle en s'apercevant que j'approchai.
Sa phrase me surprit et me fit un peu mal au cœur. Mais après tout, je l'avais cherché...
-Non, Bella, je ne suis pas là pour çà. Je...je voulais te présenter mes excuses pour mon comportement.
Bella leva des yeux surpris sur moi et je pus remarquer alors que des larmes luttaient pour s'échapper de ses yeux si expressifs. Je fis un pas de plus vers elle et lui tendis la main.
-çà te dit qu'on recommence depuis le début ? Bonsoir, je suis Edward, frère de la mariée survoltée qui est en train de ravager le parquet de la piste de danse. dis-je d'un ton léger en lui tendant la main.
Bella hésita quelques secondes et finit par tendre la sienne.
-Bonsoir. Je suis Bella, ange-gardien du marié et accessoirement amie de la pile électrique qu'est ta sœur. répondit-elle en tentant de me sourire.
-Je suis pilote de chasse à mes heures perdues...ajoutai-je, ravi qu'elle rentre dans le jeu.
-Oh, un chevalier du ciel ! J'espère que tes chevilles te permettent encore d'entrer dans ton avion...oups...Pardon, Edward. me coupa-t-elle en se mordant la lèvre.
-Je l'ai bien cherché! la rassurai-je en lui adressant un clin d'œil qui la fit légèrement sourire. Alors, j'ai cru comprendre tout à l'heure que tu était militaire toi aussi et...poursuivis-je mais je ne pus finir ma phrase devant les larmes qui coulaient désormais sur les joues pales de la brune devant moi.
N'écoutant que mon instinct, je franchis le mètre qui nous séparait encore et la pris délicatement dans mes bras, la berçant le temps qu'elle se calme. S'en était fini de notre petit jeu.


Alors ? Vos impressions ?

Pour de l'action, ce sera dans le prochain chapitre, promis !

À très vite !