Ce quatrième texte, que j'ai mis un temps fou à sortir je l'avoue, est un portait de Lucius. J'ai tenté de faire ressortir les éléments les plus caractéristiques de sa vie et de sa personnalité, tels que je les imagine.
Il s'agit d'une rétrospective qu'on peut considérer contemporaine aux trois chapitres précédents. Ce texte est un clin d'œil au célèbre roman de Mishima Yukio du même nom.
Bonne lecture :)
Confessions d'un masque
Tout le monde savait que Lucius Malefoy avait une facilité déconcertante pour le mensonge et la dissimulation, mais beaucoup étaient en deçà de la vérité. En effet, depuis son plus jeune âge, Lucius avait apprit à cacher ses émotions, à montrer une image des plus lisses et à faire honneur à son nom. Il avait apprit à mettre de côté ses désirs pour servir ceux de sa famille qui, de son côté, lui avait donné le bagage pour arriver à ces fins, et uniquement à ces fins-là.
Son père, Abraxas, était un Malefoy bien comme il faut. Grand, blond, aux yeux gris, il était bien élevé et parlait avec éloquence. Il lui avait enseigné tout ce qu'il fallait pour être un digne héritier. Considérant que son rôle s'arrêtait là, il avait laissé le reste de l'éducation de son fils à son épouse Phyllis. Abraxas s'était marié sur le tard. Il avait consacré ses jeunes années à nouer et à entretenir des relations pour étendre sa domination auprès de plusieurs membres éminents de la société sorcière. Ce n'est qu'au début de la quarantaine qu'il avait décidé d'épouser la jeune cousine d'un de ses meilleurs collaborateurs, issu lui aussi d'une prestigieuse famille de sang-pur, afin de sceller une alliance et de faire un héritier.
Au moment de leur union, Abraxas et Phyllis ne se connaissaient que très peu, ce qui n'avait d'ailleurs pas beaucoup changé avec les années. Très jeune déjà, Lucius avait remarqué que ses parents ne passaient pas beaucoup de temps ensemble, ce qu'il mettait sur le compte des voyages d'affaires de son père. Au fil du temps il avait vu les absences d'Abraxas se multiplier et certains de ses voyages portaient désormais les noms de Margaret, Katelyn, ou il ne savait encore quel autre prénom. Pendant que son père prenait du bon temps, sa mère restait au manoir et semblait décrépir au fil du temps. Elle passait la plupart de ses journées allongée sur le divan du salon en tenue de nuit et racontait à son fils à quel point Abraxas la rendait malheureuse.
Ainsi, plus le temps passait et plus Lucius s'éloignait de son père pour se rapprocher de sa mère et de ses secrets. C'est ainsi qu'elle lui avait apprit tout ce qu'elle savait en terme de magie noire, avant même qu'il n'entre à Poudlard. Au début, Lucius avait été heureux de partager ces moments avec elle, d'autant plus qu'elle semblait y trouver un certain réconfort, mais plus le temps passait et plus il sentait un mal grandir en lui. La solitude et la dépression latente de Lucius avaient continué jusqu'au jour de sa rentrée à Poudlard. Alors qu'il avait éprouvé beaucoup de remords à laisser sa mère, son moral s'était largement amélioré depuis. Mais l'été suivant, l'enfer avait à nouveau recommencé et déterminée, sa mère avait fait des pieds et des mains pour l'empêcher de repartir. Par chance, son père s'était interposé et avait contacté Sainte Mangouste pour offrir les services d'un psychomage à sa femme. Lucius en avait éprouvé une grande reconnaissance.
Après cet incident, Lucius évitait se mère. Penser à elle ne lui renvoyait désormais que de la tristesse et de l'effroi. Phyllis, qui ne supportait pas les longues périodes d'absence de son fils, faisait tout son possible pour que leurs activités reprennent à chaque période de vacances. Les congés du jeune Malefoy étaient ainsi devenus une véritable torture. Il n'aurait su dire ni pourquoi ni comment, mais il se sentait pris au piège dès qu'il la voyait, comme s'il se retrouvait entre les pattes d'une araignée. A Poudlard, Lucius s'occupait comme il le pouvait et surtout comme il le voulait tout lui était possible et il arrivait toujours à ses fins. Avec le temps, il s'était rendu compte que cette aptitude à tisser des toiles ne venait pas des enseignements de son père et qu'il agissait sans même réfléchir. Comprendre la nature de sa mère et son impact sur lui avait été aussi traumatisant que libérateur pour Lucius il s'amusait néanmoins à jouer de ses aptitudes pour accroitre le nombre de ses relations.
Malgré tout, la cour qu'il était arrivé à se constituer ne lui suffisait pas, il se sentait seul et avait l'impression de n'être entouré que de bêtes stupides ou indignes du moindre intérêt. Tout semblait morne, terne et lugubre dans sa vie, sauf quand il croisait les yeux troublants de Narcissa Black. Il ne savait pas pourquoi mais, depuis leur première rencontre, et il n'avait jamais cessé de l'observer, comme fasciné. Elle était devenue une obsession, son obsession, et Lucius en était tombé amoureux. Il avait tout fait pour la connaitre et se rapprocher d'elle et, le jour où il avait enfin pu poser ses lèvres sur les siennes avait été salvateur. Il s'était senti libre.
Pour Lucius, Narcissa représentait la femme parfaite, elle était de bonne naissance, éduquée, cultivée, partageait ses valeurs et comble de tout, il la trouvait superbe. Mais ce qu'il admirait par-dessus tout chez elle était sa capacité à aimer les gens ce qu'ils étaient, à commencer par lui. Jamais rien de ce qu'il avait bien pu dire ou faire n'avait changé le regard qu'elle portait sur lui, et ce malgré toutes les erreurs qu'il avait commises. Lucius avait toujours été persuadé que sa bienveillance et sa dévotion feraient d'elle une mère et une épouse parfaite, malgré sa tendance à la boisson et son caractère capricieux. Après quatre décennies de mariage, il n'avait toujours pas changé d'avis.
Depuis leurs noces, Lucius et Narcissa incarnaient duo presque parfait de manipulateurs, ils jouaient tout en se jouant des autres. Leurs aptitudes se complétaient tellement bien qu'ils étaient parvenus à étendre l'influence de la famille bien au-delà de ce que n'importe quel Malefoy n'était parvenu à faire avant eux. Ensemble, rien ne leur semblait impossible. C'est confiant en eux que Lucius avait rejoint les rangs du Seigneur des Ténèbres, avec lui. Alors que le Lord Noir avait été la seule personne à qui Lucius reconnaissait une puissance et un leadership supérieurs au sien, lui était à ses yeux la seule personne digne d'un véritable intérêt, avec son épouse.
Lucius n'avait connu Severus que trop tard à son goût : il était son cadet de six ans et ils n'avaient donc partagé qu'une année d'études commune à Poudlard. Quand le brun était arrivé, beaucoup s'étaient posé des questions sur ce petit être gringalet, grincheux et acariâtre, et certains avaient remis en question sa place à Serpentard en le voyant traîner une sang-de-bourbe de Gryffondor. Même s'il n'en connaissait pas la raison, Lucius s'était de suite senti attiré par ce gamin qui semblait hors du commun. Mettant alors ses a priori de côté sur ses fréquentations, il l'avait approché et n'en avait jamais été déçu. Dès sa première conversation, il avait été stupéfait par la maturité du jeune homme, par son assurance et surtout par son intelligence qu'il trouvait hors normes. Cette particularité n'était d'ailleurs pas restée secrète bien longtemps et elle avait value à Severus le respect du plus grand nombre des Serpentard malgré ses origines et sa bizarrerie. Avec le temps, Lucius avait développé beaucoup d'affection pour Severus, il le considérait comme un membre de sa famille à part entière, à tel point qu'il lui donna même une place dans la vie de son fils, Drago.
Aux yeux de Lucius, Drago était parfait. En même temps comment aurait-il pu ne pas l'être ? C'était son fils, celui de Narcissa et le filleul de Severus. Sans le montrer, il s'était toujours beaucoup intéressé à son fils et il pouvait se vanter de bien le connaitre. Même s'il pouvait sembler froid et exigent à son égard, il n'avait jamais manqué la moindre étape dans la vie de son fils et il était extrêmement fier de lui et de l'homme qu'il était devenu. Lucius admirait la manière dont Drago s'était construit une vision du monde indépendante et son choix de suivre propre voie. D'ailleurs il trouvait qu'en ça Scorpius lui ressemblait beaucoup. Le seul moment où Lucius avait eu des doutes quand au choix de son fis fut quand Drago choisit d'épouser Astoria Greengrass. Bien qu'elle fût une sang-pur de haute naissance, il l'avait trouvée insipide et indigne de son fils. Hors, avec le temps, il avait apprit à la connaitre, à comprendre son combat intérieur et, même s'il trouvait scandaleux son refus d'apprendre l'idéologie des sang-pur à Scorpius, il la considérait désormais comme un membre de sa meute.
Au final, Lucius n'aimait pas beaucoup de monde, ce qui était même un euphémisme, mais quand il donnait son amour il le faisait de manière définitive. Pour ses proches, il était prêt à tout, sans la moindre limite, et il leur assurait un confort de vie dépassant ce que quiconque ne pouvait imaginer. Mais cet amour avait un coût. Une fois le lien créé, il n'y avait aucun retour en arrière possible. Lucius était une personne particulièrement instable qui ne trouvait de stabilité que dans les relations intimes qu'il partageait, entraînant ainsi malgré lui ses proches dans les sentiers les plus sombres et inexplorés de son inconscient. Devenant dépendant de tous les membres de sa meute et les rendant tous interdépendant les uns des autres, personne ne comprenait réellement comment Lucius fonctionnait. Mais tous savaient qu'à chaque fois qu'il incluait quelqu'un dans son petit monde, il refondait tout cet équilibre pour l'intégrer et ce nouvel équilibre se devait de fonctionner. Dans le cas contraire, ou si ce membre venait à le trahir, l'équilibre serait rompu et personne ne savait qu'elles en seraient les conséquences, mais tous étaient persuadés qu'elles seraient désastreuses.
