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Elle était rentrée chez elle, soulagée. Pendant qu'elle chantait, elle avait sentit l'être de la forêt se figer totalement, pour finir par l'écouter attentivement. Presque arrivée au bord de la forêt, la route en vue, elle ne le sentait plus beaucoup derrière elle. Les chiens étaient plus détendus d'ailleurs. Une chose la chiffonnait cependant… Elle irait se promener où maintenant ? Elle aime les berges près de la mer, la plage à marée basse, le port, la petite ville même. Mais elle avait besoin de la forêt. Et puis zut ! Elle irait, ce n'était pas une propriété privée, elle éviterait juste de s'enfoncer profondément parmi les arbres, histoire de ne pas trop tenter l'étrange individu.
Qu'était-il ? C'était LA question du siècle. Elle voudrait bien farfouiller ses bouquins, mais elle ne savait pas quoi chercher. Elle avait entendu parler d'êtres étranges et physiques par certaines de ses connaissances : des êtres humains qui ne vieillissait pas, d'autres qui se trimballaient avec de longues épées dans le dos renvoyant les morts vers le Haut,… mais tout cela, elle ne l'avait pas vu de ses yeux. Orphée fait partie de ces gens qui ne croient que ce qu'ils voient. Et vous savez quoi ? Elle croit en beaucoup de choses. Cependant, elle n'a pas vu l'homme dans les bois, seulement senti sa force, sa vitesse, son aura.
Elle se senti fatiguée pour le coup. Il était 18h, elle était pleine de boue et de feuilles mortes. Elle décida donc de se prendre un bain tranquillement, tout en restant sur ses gardes, évidemment. Mais d'abord, elle nourrit ses compagnons et les brossa un peu.
Elle somnolait. Il fut dire qu'elle n'avait pas dormi depuis 3 jours à présent. Comment fait-elle ? Vous posez trop de questions. Elle sait comment se servir de l'énergie qui l'entoure. Toutes formes d'énergies. Surtout la sienne, celle qui se dégage de sa propre personne. Détrompez-vous. Elle ne fait pas que le Bien, malgré ses capacités très développées pour une humaine. Orphée a une morale approximative, elle est égoïste. Même si elle a des principes tenaces, que rien ne ferait tomber, elle aime autant qu'elle méprise sa race : humaine. À ses yeux, les humains sont peureux et flemmards : n'importe qui pourrait avoir les mêmes dispositions qu'elle. Bon, d'accord, elle était presque née empathe. Cela l'avait mené à la limite de la folie, elle qui était si souriante et gaie avant ses 6 ans. Mais le mal était là et Orphée avait lutté de toutes ses forces. Vous en savez assez pour le moment. Croyez-moi, vous ne voulez pas savoir jusqu'où elle est allée. Aussi bien dans ses dons que dans la vie. Vous n'êtes pas prêts.
Elle s'amusait avec les bulles tout en écoutant les chiens se lécher les uns les autres, pour se rassurer sur leur aventure passée. Une heure plus tard, elle sortit de son bain, se rinça, passa un pantalon fluide et un haut de même matière, s'allongea par terre au milieu de ses chiens et de ses coussins, puis s'endormit.
… …
Lui. Il était encore assis en haut de la pente. Il réfléchissait. Une humaine était venue jusqu'ici et il l'avait laissé filer. Vivante qui plus est. Il sourit presque en pensant qu'un Ange était descendu dans sa forêt, ou une fée peut-être ? Il rit pour de bon en pensant que c'était un lutin, un gnome comme dans les légendes, au vu de la taille qu'avait la jeune fille. Il se leva et rentra chez lui…
Et ressortit aussitôt.
… …
Cela faisait 4h qu'Orphée dormait au milieu de sa meute. Profondément.
D'un seul coup, les loups sautèrent sur leurs pattes et aboyèrent, affolés, dans tous les coins de la pièce. Orphée fut évidemment réveillée en sursaut. Terrifiée sur le coup, elle se maîtrisa bien vite pour calmer ses protégés. Elle le senti. Devant sa porte.
Manque de pot pour l'individu toujours sur son palier, silencieux, elle sait se calmer très facilement et être maître d'elle-même. La jeune fille souffla, caressa ses chiens, leur parla calmement pendant que la présence s'effaçait doucement, frustrée. Orphée attendit un moment que l'homme, car c'était bien lui, disparu. Le fait qu'il se ramène jusqu'à son repaire ne lui plaisait pas. Mais alors pas du tout. Elle résistait pour ne pas se jeter dehors et le poursuivre sur son propre domaine, lui dire qu'il n'avait pas à effrayer ses bébés à une heure pareille !
Le jour se leva finalement, bien sûr, elle n'avait pas réussi à trouver le sommeil. Peut-être qu'après tout la chose aussi était curieuse et elle était venue simplement voir qui l'avait troublé ? Non. Elle avait senti la curiosité, mais l'agacement également. Mais ce n'était pas quelque chose de provisoire, c'était tenace. La chose là dehors n'allait pas en rester là. Elle décida donc qu'elle n'irait pas en forêt cette semaine. L'homme l'oublierai peut être ? Malheureusement, elle ne croyait pas un mot de ce qu'elle pensait, mais bon… on peut toujours essayer.
… …
Dimanche. Elle est allée se promener sur la plage et sur une île qu'on ne pouvait atteindre qu'à marée basse. Elle a des provisions et de l'eau pour rester sur l'île quand la marée remonterait. Et elle remonta bien vite : elle eu le temps de faire le tour du petit îlot et elle vit les petites vagues discrètes aller vers la plage. Elle remontait sur le chemin qui faisait le tour de l'île : les petits buissons de fleurs jaunes étaient en fin de floraison mais dégageaient une délicieuse odeur sucrée, la roche craquait sous ses pieds et sous les pattes des chiens, le vent hurlait en cœur avec les vagues qui s'écrasait contre la falaise miniature de l'île placée vers l'océan. Orphée et sa compagnie se dirigeait vers d'anciens menhirs. Ils passeraient la nuit là, avait-elle décidé. D'une part, parce que l'homme des bois pouvait très bien revenir leur rendre une visite surprise, mais aussi que ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas tous passé la nuit dehors, en nature.
… …
Lundi. Ils étaient en pleine forme, ragaillardis par la chaleur de la terre et le vent marin qui s'étaient abattus sur eux. Orphée également : la puissance du vent est non-négligeable quand on sait s'en servir. Elle soupira cependant en se rappelant qu'elle devrait « travailler » le soir même. Mais elle avait le temps : il était à peine 10h. Après le déjeuner de ses molosses, elle profita de son temps pour faire un brin de ménage : le linge, les poussières, passer l'aspirateur et accessoirement faire une bataille de coussins avec les chiens, pour au final recommencer à essuyer la poussière et repasser l'aspirateur : les chiens et loups sont bien connus pour avoir des crocs. Crocs + coussins : plumes et duvet partout. Elle irait en chercher de nouveau le lendemain avec un tour en ville. Elle n'avait plus beaucoup de temps, il était déjà 14h30.
Elle était encore toute essoufflée quand elle s'aperçu que quelque chose clochait… La présence dans les bois avait redoublé d'intensité. Non. Il y en avait deux. Très étrange. Elle s'assit alors sur un de ses poufs, et attendit, à l'affut.
Une heure.
Une heure et demie.
Une heure et trois quart d'heure. Une des auras disparue subitement.
Au final, elle avait bien eu raison de ne pas piétiner les chemins boueux près des arbres aujourd'hui. Une aura agressive et rapide, c'est une chose, mais deux. C'est autre chose, vous vous en doutez. Elle passa le temps qui lui restait à se préparer, se maquiller et pour une fois fuma une beedies. Elle adorait ces petites cigarettes qui ne se composaient que d'une feuille d'eucalyptus roulée, maintenue par une cordelette rose. Elle ne fumait pas souvent, mais là elle commençait à être nerveuse. Elle s'autorisa même une fond d'alcool. Pas trop, elle conduisait.
C'est l'heure. Elle donna une dernière caresse à ses toutous et parti, néanmoins inquiète, au fond. Elle fit demi tour, couru jusqu'à son appart' et embarqua ces chiens dans l'espace arrière de la voiture.
… …
Il venait d'ordonner à Sven d'aller chercher le reste du clan pour dans deux semaines... Si un conflit approche, autant être prêt à agir. Donc… encore deux semaines de tranquillité.
Pour l'heure, il veut juste retourner voir l'humaine. Il avait suivi son odeur, la nuit où il l'avait aperçue, mais cette fois les chiens l'avaient détecté. Il avait écouté la gosse les calmer et attendit que tous les cœurs aient ralentis avant de repartir, intrigué par le comportement des chiens. Que leur maitresse soit là ou pas, ils n'auraient pas dû être rassurés si rapidement. Les animaux sentent sa nature contrairement aux humains.
La nuit suivante, elle n'était pas chez elle, ni les clebs. Son odeur et les traces de pattes les trahissaient jusqu'à la mer, puis rien. Elle n'était quand même pas restée sur l'île ? Il avait attendu quelques heures, il avait tourné dans les parages, puis en eu marre et était parti chasser dans une grande ville à proximité.
Donc cette fois c'est la bonne. Trop de détails étranges, ça attise sa curiosité. Et puis au final, il la tuera. Le conflit qui approche ne lui laisse pas le choix. Ce n'est pas le moment de se faire découvrir par les humains.
Arrivé à la lisère de la forêt, le bâtiment en face de lui.
- Comment peut-on habiter dans un endroit aussi glauque…
Il écouta attentivement les bruits alentour. Rien. Tiens, la grosse 4x4 à plateau n'est pas là. Elle a dû partir. Cela l'arrangeait : c'est plus facile de visiter un endroit quand il est vide d'êtres vivants.
… …
Elle arrive chez elle, pressée pour une fois de gagner son lit. 1h et demi du matin. Elle tourne la clef, ouvre la porte et …
Quelqu'un d'autre était rentré. Elle en est sûre. Certaine. Non seulement son intuition sonnait rouge, mais une odeur flottait dans la pièce. Trop légère pour qu'elle puisse l'identifier. Elle attrapa ses chiens et leur fit comprendre qu'il fallait sentir.
- Sens. Sens, disait-elle inlassablement en les caressant, eux tout excités.
Elle les lâcha et ils se dandinèrent dans tous les coins de la pièce, en aboyant par moment. Orphée était verte de rage. Ou plutôt rouge. Qu'elle ait dérangé quelqu'un au fond de son foutu bois est une chose. Mais que cette chose rentre chez elle, et comment d'ailleurs ? Elle est sûre d'une présence physique et… la fenêtre était restée ouverte. Les chiens la reniflaient avec insistance, après s'être attardés sur sa bibliothèque, sa cuisine, et sa chambre. Dans laquelle elle se jeta vérifia quelque chose sous son lit. Non, elle n'accepte pas ça. Était-elle rentré dans sa foutue ruine ? Non ! Va-t-elle laisser passer ça ? Non. Surement pas. Cet appartement, c'est SON territoire, personne n'a à y entrer sans son autorisation. Et encore moins à farfouiller partout. Demain, elle retournera dans les bois. Point.
Bon, si la chose est venue dans la soirée, elle ne reviendra pas pour aujourd'hui en tout cas : elle la sent lointaine. Elle donna à boire aux chiens, se déshabilla, prit une douche rapide et se coucha dans son lit cette fois. Se releva, ferma la fenêtre et se recoucha. Enfin.
… …
Elle fit une longue nuit : il était 6h15. Elle prit son temps en s'étirant dans tous les sens possibles, poussant ses chiens aux bas de son lit avec ses pieds, en riant. S'ensuivit une bataille de chatouilles de museaux. Les chiens étaient joyeux aujourd'hui. En espérant que cela se poursuive pour le reste de la journée, mais il n'y a rien de moins sur.
Pour l'instant, petit déjeuner copieux pour tout le monde. Les chiens leur viande et Orphée son énorme de bol de céréales avec banane fraiche et lait aromatisé, pour finir par les copeaux de chocolat. Autant prendre le maximum d'énergie, vu que la suite annonçait beaucoup d'émotions.
Elle chercha à s'habiller. Quelque chose de pratique et confortable, comme d'habitude. L'air se faisait frais, elle opta pour un pantalon bouffant noir, un pull noir et court, son écharpe blanche et sa veste en cuir violet. Elle noua ses cheveux. Et évidemment ça ne rata pas : à peine eu-t-elle prit ses boots que les chiens lui sautèrent dessus en aboyant de joie.
Tous arrivé dans les bois, elle laissa sa meute courir, un peu après le commencement de la forêt. Elle huma l'air comme à chaque fois, mais n'oublia pas pourquoi elle était là. Cette chose s'était introduite chez elle pendant son absence, elle avait violé son intimité et Orphée ne tolérait pas qu'on lui manque de respect. Jamais. Elle rappela « Cerbère » près d'elle et s'enfonça dans la forêt.
… …
Cela faisait environ 1h qu'elle marchait en direction du château qu'elle avait vu lors de sa dernière escapade. L'inconnu était bien dans les parages, elle le sentait. Tous ses sens étaient en alerte.
Intuition – Ok
Ecoute de la forêt – OK
Analyse de l'énergie qui l'entoure – OK
Instinct de survie – OK, heureusement qu'il ne se barre jamais celui là.
Pot de Nutella dans l'appartement – normalement OK
Maintenant y'a plus qu'à attendre. Et de la patience, elle en avait à revendre. Elle ne comptait pas avancer plus : elle n'allait pas aller toquer à la porte du petit château en vieilles pierres, elle se ferait assassiner, probablement. Autant attendre. L'autre fois, la bête l'avait bien trouvé sans qu'elle ne se présente devant sa grille.
… …
Une heure et demie. Sa patience a des limites, tout de même. La jeune fille commençait à être déconcentrée par son environnement. Elle était à l'écoute du bois, le moindre bruit lui parvenait aux oreilles : Un écureuil qui passe de branche en branche au dessus d'elle, des piverts beaucoup loin vers le nord tapant leur bec contre les troncs. Le vent qui roule dans les branches. Les arbres qui grincent. Des mulots ou musaraignes qui courent dans les sous-bois vers sa gauche, loin. Ses chiens reniflant, furetant pas très loin d'elle. Ils connaissaient bien leur maitresse : elle attendait quelque chose, il faut donc rester proche au cas où.
Et voilà qu'Orphée était complètement déconnectée du monde : elle sentait les arbres, leur vigueur, leurs racines profondément encrées dans la Terre Mère,… La Terre. Elle sentait son cœur battre au même rythme que source de vie autour d'elle. Le genre de vie qu'on ne voit pas. La vie qu'on sent en soi, reliée avec les toutes les autres créatures vivantes. Elle savourait la vie. Se nourrissait d'elle. Elle se sentait vivante. Comme si elle voyageait au cœur même de la planète. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle respectait tant la vie. Qu'elle remerciait les dieux et la Nature pour le don qu'ils lui faisaient tous les jours : pouvoir se nourrir. Une habitude que les humains ont trop vite perdu, à ses yeux.
Pendant ce temps l'énergie inconnue, elle, elle ne bouge pas d'un poil. Mais la belle fut vite rappelée à l'ordre. Un de ses loups mit la truffe sur sa joue, ce qui retira sa sensation de plénitude. Elle se rappelait alors qu'elle n'était pas ici pour la méditation, mais pour traquer celui qui justement n'a pas violer une partie de sa vie matérielle. Elle se servit de sa colère pour augmenter son champs d'action : cela s'appelle tourner le négatif en positif. C'est aussi ça, manipuler les énergies, notamment de ses propres émotions. Non décidément, la bête ne bougeait pas…
Elle avait quelque chose à faire : satisfaire sa curiosité et faire tourner cette chose en bourrique en lui faisant comprendre gentiment que la forêt, ben… y'a pas son nom dessus. Sur un sourire, elle rappela sa meute. Vous la croyez folle ? Vous avez raison. Mais pire encore : c'est une folle déterminée et confiante en elle-même.
La meute rassemblée, elle leur donna un ordre. Un seul :
- Hurle.
… …
De son bâtiment, l'homme méditait sur la conduite à tenir pendant les prochains jours. Une réflexion ardue, compliquée, difficile, qui commençait à lui prendre la tête. Il déambula dans ses couloirs, regarda d'un œil distrait les toiles représentant la mer accrochées à ses murs, les maquettes de bateaux en bois faites de ses mains, et allait retomber dans un siège de son salon quand il entendit quelque chose.
Un chien qui aboie ? Non… ça aboie et ça hurle… Comme les loups.
- Ne me dites pas que cette humaine a osé revenir !
Il mit des chaussures à la hâte et sorti en trombe de chez lui. Il s'arrêta comme la dernière fois, en haut de la côte, à l'ombre. De toutes manières les nuages étaient bas et épais, il ne risquait pas de se faire remarquer. Par contre, les bruits de chien-loups s'étaient arrêtés.
Mais il la sentait elle. Il aspira plus d'air,… oui c'était cette chanteuse avec ses maudits clebs. Enfin… chanteuse. Ce qu'il avait vu chez elle le laissait pantois. En dehors d'une masse de bouquins impressionnante et un intérieur plus que spécial, elle avait un coffre à cadenas sous son lit et une arme à feu dans le meuble de son entrée. Parlons de son frigo et congélateur rempli de viande rouge. En plus de son apparence, enfin… le peu qu'il avait vu d'elle de dos, et ses chiens / loups... Ils avait vu aussi du matériel de dessin et de peinture, un gros appareil photo bridge, mais n'avait pas vu les œuvres chez elle. Un piano également. Bref, il voulait voir cette chose de plus près avant de la tuer.
Un chien aboya de nouveau, le sortant de ses pensées. Il ne la voyait pas d'ici et d'après le son, elle ne se dirigeait pas vers lui. Plutôt vers la gauche. Il avançait donc vers sa future proie.
… …
Quand il pu la voir, elle jouait avec ses chiens dans les feuilles mortes. Mais si les chiens distinguaient sa présence, elle pas.
… …
Elle jouait avec sa meute, mais n'avait pas perdu une miette des mouvements et des sentiments de l'être à sa gauche. Il fut trop rapide quand il passa plus près encore. Ses chiens n'arrivèrent plus à faire semblant, ils eurent peur que le danger soit invisible pour leur maitresse. Alors ils aboyèrent, en salivant et en se rapprochant à reculons de leur cheffe.
La fille commença à les calmer, avec patience et douceur. Leur parlant relevant ses mèches noires, caressant leur fourrure. Se faisant, elle s'obligeait à rester calme. Puis elle leva les yeux vers celui qu'elle attendait, sans que lui ne le sache.
… ….
En face d'elle, un être d'une beauté incroyable. Elle garda son visage impassible en continuant de le détailler rapidement. Une crinière noire de fines boucles, attachée succinctement derrière sa tête, faisant ressortir sa peau pâle une bouche fine, un visage fin, les joues pleines il était grand, élancé, musclé néanmoins. De grands yeux. De grands yeux rougeoyants. Une beauté sauvage.
Qu'importe pour Orphée qui se mit à sourire. Elle se releva lentement en précisant à sa meute de ne pas bouger. Elle regarda enfin son interlocuteur droit dans les yeux, toujours souriante, essayant de faire passer ce même sourire dans ses yeux. Et c'est parti !
- Bonjour ! dit-elle à l'homme.
L'homme prit une demi-seconde pour lui répondre, le temps de pencher la tête sur le côté et d'amorcer un léger sourire annonçant ses fossettes.
- Bonjour, demoiselle. Que faites-vous seule dans ces bois ?
- Je promène mes monstres.
- Pourtant la forêt n'est pas toujours sans danger.
- Ils savent me défendre. Et moi aussi.
La discussion semblait agréable vu de l'extérieur, mais ils se jaugeaient l'un l'autre. Elle sentait sa force qui jaillissait de lui. Pas seulement sa force… C'était un prédateur. Orphée voyait bien que c'était dans l'ordre des choses. Si elle avait peur ? Non.
L'homme à la masse de cheveux noire marcha lentement vers elle, mais ne s'approcha pas plus, ne la quittant pas des yeux.
- Ce n'est pas forcément ce que j'ai voulu dire. Seulement, tu es sur mon domaine, lui dit-il, son sourire s'agrandissant au fur et à mesure de ses paroles.
Orphée, commençant à être agacée car il la regardait de haut et avec amusement, lui jeta :
- Avez-vous un titre de propriété ?
Il s'arrêta de sourire et de marcher, levait ses sourcils. Elle venait de dire quoi, là ?
- Non je n'en ai pas. C'était juste un… avertissement.
- Avertissement que je vous renvoie. J'ai aussi un territoire à sauvegarder si vous voyez de quel sujet je parle. Cependant, je sais être magnanime et faire des concessions… Vous voulez peut-être me louer ou me vendre une parcelle de forêt ?
L'homme commençait sérieusement à douter. Mais de quoi donc ? Orphée ne le sentait malheureusement pas. Elle avait juste envie d'éclater de rire.
L'homme s'approcha d'un pas. Orphée tendit la main pour que ses chiens comprennent qu'ils ne leur fallaient pas faire un seul mouvement. Et subitement, l'homme disparu de son champ de vision et se retrouva instantanément derrière elle, la tête près du cou gracieux de la jeune fille, sa main poussant deux nattes rousses de sa nuque.
- Non, je ne peux pas.
- Et vous ne pouvez pas non plus m'interdire l'accès à la forêt.
- Je ne vous l'interdit pas, je vous mets gracieusement en garde.
- Pour rien et vous le savez bien. Puis cessez de me vouvoyer. Je ne suis pas si vieille.
L'Homme aux yeux rouges réfléchit un instant, non sans se délecter de l'odeur de l'humaine. Une odeur entre le jasmin, le chèvrefeuille et la jacinthe. Ou peut-être la glycine ? Qu'importe. Cette fille était folle. Ses chiens qui ne bougeaient pas d'un poil également. Mais il sentit d'un coup Sven s'approcher et il ne voulait pas partager sa proie.
- Très bien, commença-t-il, agacé de ne pas comprendre et d'être interrompu. La jeune fille se retourna vers lui et le fixa sans ciller, droit dans les yeux.
- Oui ? lui-fit-elle innocemment.
- Je te reverrais.
Et il disparu dans un bruissement de feuilles.
- Je n'en demandais pas autant, lui répondit-elle, sans savoir s'il l'avait entendu.
Elle s'autorise alors un petit rire pendant que sa meute se détendait subitement. Elle avait parfaitement reçu les opinions de cet homme à la fois magique et dangereux. Il s'interrogeait, il doutait, il ne comprenait rien à la situation. Mais il la considérait comme sa proie, et ça ne plaisait pas à Orphée, qui en avait vu d'autres.
Comprenant qu'il ne reviendrait pas pour le moment, en tous cas elle l'espérait sentant la même aura que l'autre fois se pointer, elle fit demi-tour et rentra chez elle.
Par contre elle, aurait bien aimé connaître son nom.
… …
Il se trouva chez lui avant son ami. Il alla se caller dans un fauteuil devant le feu qui brulait encore un peu dans l'âtre.
Sven entra alors et le trouva sans difficulté, plongé dans ses pensées. Il se racla la gorge, tout maniéré qu'il était.
- Ça y est. J'ai prévenu tout le monde comme tu l'as désiré.
- …
- Quelque chose ne va pas ?
- Je me disais que pour une fois, tu aurais pu utiliser ton téléphone portable.
- Tu as ses choses en horreur. Et moi aussi d'ailleurs.
- Téléphone aux autres et dit leur, quand ils arriveront, qu'ils ne tuent personne, ni animal, ni humain, qui se trouverait dans la forêt.
- Tu as l'air préoccupé par quelque chose. Ou alors gardes un dernier plaisir avant le voyage qui se profile ?
Là, le vampire aux longs cheveux noirs regarda le blond en souriant de toutes ses dents. Et retournait à la contemplation de sa cheminée.
- Tu nous présenteras ?
- Peut-être, ria-t-il.
… …
… …
Si vous ne laissez pas de commentaire, Orphée vous pendra par les pieds, la tête dans une fosse à purin.
On vous autorise même à dire ce que vous n'aimez pas. Enfin… à vos risques.
