Bon, tout d'abord, je dois vous avertir que je ne possède pas CSI. Et puis, je dois préciser que le contenu de ce chapitre n'est pas désigné à un public de tout âge… Et oui, la p'tite miss écrit maintenant une fic à rating M ! xD

La suite devrait arriver bientôt – la fic est prévue jusqu'au chapitre 18… Une autre chose; dans mon empressement de publier, je ne l'ai pas fait bêta-reader. Toutes les erreurs sont donc miennes.


Gil :

C'était la première fois que ça arrivait.

Grissom avait ouvert les yeux, légèrement confus quant à ce qui l'entourait. Il lui avait fallu une bonne seconde pour analyser ce qui l'entourait avant qu'il ne soit certain d'être bien dans son lit, dans sa propre maison. Ce qui était étrange, c'était qu'il se sentait … anormalement excité. Bon, ça lui arrivait de se réveiller avec une érection, mais là, c'était différent. Il y avait cette humidité entourant son sexe. Ça, ça n'était jamais arrivé avant.

Il baissa les yeux et ce qu'il vit le stupéfia. June, sa fiancée, avait apparemment pris la décision de lui réserver tout un réveil. Elle était agenouillée entre ses cuisses musclées et avait son érection massive entre les lèvres. Elle releva la tête vers lui et leurs regards se croisèrent. June afficha un sourire ravi tout en commençant à bouger sa tête de haut en bas. Grissom ne put empêcher un espèce de grognement de passer ses lèvres, alors qu'il laissait sa tête tombée sur l'oreiller derrière lui. Rapidement, ses mains se refermèrent sur les draps du lit, puis, quand les mouvements de June s'intensifièrent, allèrent dans ses cheveux.

« Ho… Ho mon dieu… Sa- June ! » murmura-t-il, en se mordant la lèvre.

Avait-il vraiment failli dire ça ? Avait-il vraiment été sur le point de dire le nom d'une autre femme que celui de la femme qui se trouvait présentement dans son lit ? Une chance qu'il s'était arrêté à temps… Griss ne voulait même pas imaginer la réaction de June s'il ne s'était repris à temps… Lorsqu'il jeta un regard à June, elle semblait si concentrée sur ce qu'elle faisait qu'elle ne semblait même pas avoir remarqué son lapsus.

Son orgasme approchait rapidement et avant même qu'il en prenne conscience, June se redressait et se laissait tomber dans le lit à ses côtés, léchant ses lèvres. Elle l'embrassa en douceur et Griss soupira. Voilà un réveil comme on en a rarement… Un réveil plutôt inattendu, de plus.

Après avoir retrouvé la faculté de parler, Grissom se tourna vers sa fiancée, se demandant si elle s'attendait à ce qu'il rende la pareille. Quand il posa sa main sur sa taille et la laissa voyager sur le corps de la blonde, June l'arrêta.

« Non, pas ce matin. C'était pour toi et seulement toi. » dit-elle en se faufilant au creux de ses bras. « Je suis désolée. Tu avais raison hier. C'est moi qui ai mal agi; on est couple… On doit apprendre à se concerter avant de faire quoi que ce soit. Je m'excuse, Gil. Je veux qu'on soit heureux. Et… je me suis dit que « ça », ça débuterait bien notre « nouvelle » vie. » déclara-t-elle en le laissant passer un bras autour de sa taille et en déposant sa tête contre son torse. Elle embrassa ensuite sa peau couverte de sueur.

Grissom ne dit rien, ne sachant pas trop quoi penser de cette nouvelle attitude plutôt inattendue.


Lorsqu'il entra au labo, il lui sembla que tous les regards étaient posés sur lui. Bon… c'était peut-être un peu de paranoïa, mais c'était pourtant bien réel. Il se demanda s'il y avait un problème avec sa coiffure, ses vêtements ou sa barbe. Il prit plus de temps que d'habitude pour bien s'étudier dans le miroir sans rien remarquer. Il n'avait même pas de rouge à lèvres sur sa joue, comme ça lui était arrivé la semaine précédente. Inutile de dire qu'il s'en était trouvé incroyablement embarrassé. À ce moment-là, personne ne savait qu'il voyait une femme et que c'était June, même si les rumeurs allaient bon train.

Gil soupira. Le réveil, ce soir, avait été un total imprévu. Grissom n'avait rien vu venir… Ce matin, il avait vraiment cru qu'il était piégé dans une situation inconfortable avec June. Mais ce soir, elle avait elle-même reconnu son erreur en disant que son attitude n'était pas la meilleure. Sa fiancée avait souhaité qu'ils repartent à zéro, sur de bonnes bases. Elle avait raison, sans aucun doute. S'ils voulaient que leur mariage fonctionne et qu'ils soient heureux, ils devraient travailler ensemble. Se consulter, se parler… Se confier.

Pourtant, il y avait bien des choses que Grissom n'était pas prêt à révéler à June. Il y avait des éléments de son passé qu'il refusait de partager avec quiconque. Griss avait des secrets auxquels il tenait tant qu'il ne s'était jamais confié à personne. Il ne souhaitait pas parler de ce genre de choses. Il ne voulait pas parler de son passé, de sa famille, de son père et du deuil difficile qu'il avait dû faire après sa mort. Il s'agissait de sa vie privée, de son intimité. Et c'était tellement précieux, tellement importants qu'il considérait ne jamais s'exprimer. Il n'en parlerait sans doute jamais. Bon… En vérité, il y avait peut-être une seule personne avec qui il pourrait discuter d'un passé pas toujours très clair et parfois douloureux ou encore de chemins sinueux, empruntés comme dernier recours.

Quelqu'un qui ne désirerait probablement pas l'écouter, de toute façon.


Grissom se dirigeait vers la salle de repos, affichant un sourire ravi. Il devait avouer qu'il se sentait détendu et de plutôt bonne humeur. Le sentiment d'inconfort qu'il avait ressenti le matin même avait disparu, laissant place à un étrange sentiment de bien-être et de contentement. Pour une fois, la perspective de rentrer chez lui ne semblait plus être une corvée; il avait presque hâte de revoir sa fiancée et de l'écouter parler de la journée qu'elle avait eu. Pire; il avait lui-même envie de lui parler de la nuit chargée qu'il allait avoir.

Une fois dans la salle de repos, il se dirigea vers la cafetière et se servit une tasse de café fumant.

« On est de bonne humeur, Gil ? » demanda Catherine avec un sourire grandissant.

Grissom se tourna brusquement vers sa fidèle amie, prenant conscience, pour la première fois depuis qu'il avait quitté son bureau, qu'il sifflotait joyeusement. En vérité, il sifflotait depuis qu'il avait quitté son bureau, jusqu'à la question de Catherine… Il s'arrêta une seconde, regardant autour de lui, surpris. Mais que lui arrivait-il ?

Il observa chaque membre de son équipe. Nick faisait un petit sourire en coin, Greg semblait franchement amusé et Warrick était sur le point d'éclater de rire. Catherine avait un de ses sourires malins, qui sous-entendait plus d'une chose. Et Sara ? Et bien Sara ne souriait pas. Elle ne semblait pas non plus avoir envie de rire. La jeune femme avait plutôt un air triste, qui semblait s'éterniser ces derniers jours. Fini le sourire. Aucune joie n'était visible. On aurait dit qu'elle venait de réaliser quelque chose de grave. Le regard de Grissom s'attardait sur le visage doux de la brunette. Elle sembla le réaliser, car son expression faciale changeait du tout au tout. La tristesse ne s'y lisait plus, tout comme la joie ne fit pas son apparition tant souhaitée. Elle afficha simplement son habituel masque impassible, que personne ne parvenait à franchir.

Les choses étaient normales, en bref. Aucun changement, aucune nouvelle donnée. Que la même et loyale équipe.

C'est environ à ce moment que Grissom comprit que Catherine attendait toujours la réponse à sa question. Sur quoi déjà ? « Mon humeur ? Heu… Oui, je suis de bonne humeur. » Réponse courte, brève et sèche. Les trois gars échangèrent des regards entendus, comme s'ils parvenaient à savoir ce que l'autres pensaient et acquiesçaient mentalement. Cath secoua légèrement la tête, avec un air presque ravi. Une joie évidente se lisait sur son visage. C'est simplement qu'après avoir son ami si malheureux pendant si longtemps, elle le voyait qui sifflotait joyeusement en arrivant au travail, alors qu'il allait se marier dans un peu plus de deux semaines. Forcément, en additionnant deux et deux, on obtient quatre. Pas besoin d'être un véritable génie pour le savoir ! Alors, vous avez sans doute une idée des calculs mathématiques dans la tête de Catherine.

Mais lorsque Gil tourna la tête vers Sara et qu'il vit son air presque abattu, un espèce de malaise s'empara de lui. Un nœud se forma dans son estomac et il s'en voulut presque pour avoir siffloté. Il n'aimait pas voir ce visage déçu, car généralement, ça signifiait qu'il avait fait quelque chose qui l'avait dérangée. C'était idiot, de s'en vouloir ainsi, il le savait très bien. Mais tout ce qui touchait Sara le rendait invariablement idiot.

Pour dissiper le malaise que seul lui semblait ressentir, Gil reprit rapidement la parole, attirant l'attention de toute son équipe d'un seul coup. Et, pour oublier cette expression faciale si dérangeante qu'elle avait, le regard de Gil quitta le visage de Sara pour le darder sur Nick et Greg.

« Alors, ce soir, nous avons une nuit plutôt chargée… »

Il distribua les assignations. Nick et Greg discutaient vivement, Catherine se préparait à enquêter seule et Warrick s'inquiétait du silence de Sara. L'entomologiste réalisa soudainement que, depuis son réveil, pas une seule fois il n'avait pensé à sa rencontre avec Sara, le matin même alors qu'ils étaient les deux seuls encore au labo. Maintenant qu'il y réfléchissait, Gil se demandait réellement sur quoi elle avait bien pu chercher. Sûrement de la fouille dans d'anciens dossiers, exactement comme elle avait dit qu'elle l'avait fait. Grissom se disait qu'il devait être épuisé ; pendant un instant, il avait presque cru que Sara pouvait être en train de monter un complot. Sara, un complot ? Oui, décidément, l'expert devait être mort de fatigue…

Puis, il se rappela quand, ce soir même, il avait bien failli dire le nom de la jeune experte alors qu'il était au lit avec June. Griss se sentit brusquement embarrassé, ses joues rougissant légèrement. Il avait presque l'impression de sentir le regard inquisiteur de Sara sur lui et cela le mit mal à l'aise. Et, quand il tourna la tête vers le corridor, il aperçut la jeune femme et eut l'impression qu'il n'avait plus le droit de la regarder, comme il la regardait habituellement. Il avait l'étrange sentiment que ses fantaisies n'avaient plus le droit de mettre Sara comme personnage principal.

Grissom les regarda s'éloigner dans le corridor avant de retourner à son bureau. Encore une fois, il se rendit compte qu'il attirait tous les regards. Ça le mettait réellement mal à l'aise, principalement parce qu'il ignorait complètement pourquoi il était la cible de ces regards. Et, une fois dans son bureau, la porte bien fermée, des chuchotements pas si chuchotés que ça se faisaient entendre, s'ajoutant aux regards indiscrets. Au moins, Gil savait qui serait la cible des rumeurs cette nuit…


Sara :

J'étais assise dans la salle de repos depuis un moment quand Nick et Greg étaient entrés, parlant de la prétendue bonne humeur de Grissom. J'avais relevé la tête lentement – les deux gars exagéraient souvent. Warrick confirma les faits en embarquant dans une histoire au sujet de Wendy et Mandy qui avaient croisé Griss plus tôt dans la nuit. Puis, Catherine ajouta quelque chose à propos de June, sa fiancée.

Moi, évidemment, je n'écoutais pas. En vérité, dire que je ne souhaitais pas écouter aurait été plus juste.

Après plusieurs minutes de pure torture à entendre leur conversation sans réellement la suivre, je pris conscience qu'un sifflotement joyeux nous parvenait du corridor. Je relevai la tête avec lenteur, me demandant qui pouvait bien siffloter ainsi avec tant de joie… Devinez un peu la surprise que j'eus lorsque je vis Gil Grissom – oui, oui… Mon patron, l'entomologiste renfermé, taciturne, rarement souriant… – entrer dans la salle de repos, tout en sifflant l'air d'une chanson pop qui jouait souvent à la radio ces temps-ci. Je ne sais pas ce qui était le plus choquant là-dedans – voir Grissom de si bonne humeur, qu'il siffle ou le fait qu'il siffle une chanson populaire.

Puis, je compris. Je n'avais qu'à jeter un coup d'œil à tous mes collègues et à les voir échanger ces regards entendus pour comprendre.

Griss était heureux. Mais pas simplement heureux… Il semblait détendu et quelque chose dans sa posture était relâché. J'avais presque peur de ce que ça pouvait impliquer. Je pensai immédiatement à June Summers. Dans ma tête, c'était environ la seule donnée qui avait pu provoque cette attitude chez lui. Je me souvenais de ce matin, alors qu'il semblait plutôt réticent à l'idée de rentrer chez lui. Ça m'avait soulagée. Dans un sens, ça m'avait fait croire qu'il n'était pas aussi heureux avec elle qu'elle souhaitait nous le faire croire. Mais maintenant… le sourire qu'il arborait ne faisait que confirmer mon impression.

Grissom était heureux avec June. Voilà pourquoi il allait se marier avec elle. Parce qu'elle le rendait heureux et qu'il l'aimait.

Ça me frappa. Bien qu'ils aient annoncé leurs fiançailles, c'était comme si je n'avais pas réellement cru que Grissom épouserait June. Comme si, malgré ce qui avait été dit et ce dont j'avais été témoin, il y avait toujours une possibilité même mince que la situation s'arrange. En réalité, je me fichais presque qu'ils rompent leur engagement et que Griss m'ignore encore. Au moins, il serait célibataire. Et je n'aurais pas l'impression d'être la pauvre fille amoureuse qui avait été piégée et qui regardait maintenant l'homme qu'elle aimait en épouser une autre.

Je me rendis compte qu'il me regardait et je regagnai aussitôt le masque impassible que je portais constamment. Je détestais qu'on puisse lire mes émotions sur mon visage. Je verrouillai ma tristesse et ma colère à l'intérieur de moi et fermai même les yeux une seconde pour reprendre le contrôle. Je n'avais jamais rien laissé m'atteindre et je n'allais certainement pas commencer aujourd'hui.

Catherine devait avoir posé une quelconque question à Grissom, car il répondit avec une certaine gêne un « Mon humeur ? Heu… Oui, je suis de bonne humeur. »

J'eus l'impression qu'on venait de m'enfoncer un pieu dans le cœur. Sa bonne humeur ? « Oui, en effet je suis de bonne humeur. » Ce n'était pas exactement comme cela qu'il l'avait dit, mais c'était ce que ça signifiait. Ne pouvait-il pas simplement se la fermer ? Se taire ? Pensait-il réellement que nous n'avions pas remarqué à quel point il était souriant et détendu ? Croyait-il vraiment que nous ne savions pas pourquoi il était dans cet état cette nuit ? Je sentais une espèce de colère sourde s'emparer de moi. Idiotement, je la dirigeais vers Grissom et le prenais comme seul responsable alors que c'était l'attitude de tous qui m'énervaient au plus haut point. Et « tous » incluaient Catherine, Greg, Warrick et Nick.

Encore une fois, son regard se posa sur moi et je devinai, par la façon dont son expression faciale changea, que je le mettais mal à l'aise. Je pris un certain plaisir à le savoir, mais lorsque je tentai de rectifier la situation – je n'aimais pas qu'on puisse mes émotions sur mon visage, je le rappelle ! – je n'y parvins tout simplement pas. C'était comme si les muscles de mon visage avaient fait un blocus et refusaient de se forcer à esquisser ne serait-ce que l'ombre d'un sourire.

« Alors, ce soir, nous avons une nuit plutôt chargée… »

Je l'espérais. Sinon, ça serait long. Long et difficile. Au moins, quand j'avais du travail, le temps passait plus rapidement et j'oubliais la tristesse que je ressentais et la colère qui me faisait bouillir. Lorsque je travaillais, je savais que je faisais la chose que je savais le mieux faire. Je savais que je me rendais utile et que j'aidais quelqu'un.

Une fois mon assignation en main, je me levai et fus suivie par Warrick. Dès la seconde où je fus hors de la salle de repos, j'entendis mon ami me demander si j'allais bien et quelle était la raison de mon mutisme. Je grognai un vague « Tout va bien. Je suis juste fatiguée. » avant de me diriger vers les vestiaires pour prendre ma mallette. Lorsque j'en ressortis, mes pas me guidant vers la sortie du bâtiment, je passai de nouveau devant la salle de repos où Grissom se trouvait toujours. Je le regardai pendant une seconde, alors que lui aussi m'observait. Soudainement, je vis ses joues s'enflammer sans raison. Je fronçai les sourcils avant de rejoindre Warrick qui m'attendait sans doute à la voiture.

Ça faisait presque dix ans que je connaissais Gil Grissom. Encore aujourd'hui, j'ai du mal à le déchiffrer. J'ai cessé de chercher à le comprendre. Et depuis, j'ai moins souvent de maux de tête…


Je travaillais sans relâche depuis plusieurs heures quand Nick vint me trouver dans le labo où je me trouvais. Mes yeux quittèrent le drap blanc couvert de sang séché que je tenais entre mes mains pour se poser sur lui.

« Bonjour mademoiselle Sidle… » fit-il sur un ton amical, mais qui se voulait tout de même charmeur.

« Hey, Nick ! Qu'est-ce qui t'amènes ? » demandai-je en posant le drap sur la table.

Il s'approcha doucement, un sourire aux lèvres. « Les tests que tu as demandé en toxicologie sont terminés. » m'annonça-t-il.

Je baissai les yeux sur le beeper accroché à ma ceinture, assez surprise que Henry ne m'ait pas encore contactée. Puis, je regardai le drap posé sur la table. Je venais de commencer à tout analyser et je devrais tout ranger, car je ne pouvais pas laisser mes pièces à conviction sans supervision. Et je ne pouvais pas les laisser sous la supervision de quelqu'un qui ne travaillait pas sur mon enquête. Si je le faisais et que ça se savait, les preuves pourraient être refusées lors du procès. Mais bon… S'il le fallait.

Nick sembla s'être aperçu de mon léger désarroi lorsque je baissai les yeux sur le drap devant moi. Il tira des feuilles de résultats qu'il avait cachées derrière son dos en riant presque. « J'étais dans le labo à Henry quand tes résultats sont arrivés. Je me suis proposé pour te les apporter. » expliqua-t-il.

Je le remerciai et il sourit encore plus. J'adorais Nick. Tout était si simple avec lui. Il savait presque instinctivement ce que vous ressentiez. Il vous comprenait sans que vous ayez besoin de prononcer un seul mot. Et depuis son enlèvement, mon ami appréciait chaque petit moment et mordait dans la vie à pleine dent. Plutôt que de s'être renfermé sur lui, plutôt que de sombrer dans la dépression, il avait saisi la deuxième chance que la vie lui donnait. Pour lui, tout était prétexte à se rencontrer, à rire et à discuter.

« Dis-moi Sara… Ça fait un moment qu'on n'a pas été déjeuné tous ensemble. Ça te tenterait qu'on aille chez Frank après le boulot ? Cath, toi, Warrick, Greg, Griss et moi. On pourrait même inviter June; on s'assure ainsi que Grissom va venir. Ça serait une bonne idée, non ? » me proposa Nick.

Je le regardai pendant une bonne seconde. J'étais… choquée.

Nos déjeuners après le boulot, c'était seulement l'équipe qui y avait droit. C'était comme une règle tacite. Jim et Sofia se joignaient parfois à nous, mais ils travaillent avec nous, risquaient leur vie comme nous. C'était différent. Mais même si Warrick s'était marié avec Tina, jamais il ne l'avait amenée à nos déjeuners en équipe. Et cela, même si parfois, elle faisait des services de nuit à l'hôpital comme nous. Cath n'avait jamais laissé Eddie l'accompagner, tout comme Hank n'était jamais venu avec moi. Ces repas matinaux n'étaient réservés qu'à ceux qui se baladaient avec une arme à la hanche durant la nuit. Pas aux autres. Alors pourquoi inviterions-nous June Summers ? Parce qu'elle était la fiancée du boss ? Parce que si elle n'était pas là, Grissom ne viendrait pas non plus ? Rien de nouveau là. Il n'était pratiquement jamais là. Ça ne serait rien de nouveau. Alors quoi ? Si l'un des deux vient, l'autre suit ? Être en couple, est-ce constamment venir en paquet de deux ? Ça me faisait penser aux restaurants ou aux magasins qui annonçaient leurs soldes en disant qu'ils avaient des « deux pour un ».

Apparemment, June et Grissom n'étaient plus deux personne distinctes. Ils venaient ensemble ou pas du tout. Désormais, on ne pouvait plus simplement les avoir séparément.

Perdue dans ma réflexion, j'avais oublié de répondre à Nick et je me rendis compte qu'il attendait toujours ma réponse.

« Oui… Bonne idée Nick. » Je me tournai de nouveau vers la table où était posé le drap. « On en reparlera tout à l'heure. »

Il s'approcha encore un peu. « J'en ai parlé à Catherine, Warrick et Greg et ils étaient d'accord. Ne manque plus que Grissom. Je m'en vais lui p-» Il fut coupé par la sonnerie de son portable. Il regarda le message qu'il venait de recevoir.

« C'était Grissom. Il a une autre enquête et je dois partir immédiatement. Tu te charges d'aller lui parler ? » demanda-t-il en reculant doucement et en m'adressant un petit clin d'œil.

Et il était parti. Moi, j'avais la charge de m'aventurer dans l'antre de Grissom pour les inviter, June et lui, à notre déjeuner d'équipe.


Je poursuivis mon travail – après tout, parler à Grissom n'était pas une urgence – pendant une bonne heure avant de faire une pause. La vérité, c'est que je redoutais le moment où je devrais lui faire face. Ces temps-ci, ma relation avec Grissom était houleuse. Elle l'avait toujours été, je le concède, mais ces temps-ci, ça battait des records. Nous limitions nos conversations au strict minimum et encore là, nous trouvions le moyen de nous mettre en froid. Même Grissom, qui avait la faculté d'être totalement ignorant de tout ce qui se passait au labo, semblait conscient de cette tension. Il avait cessé de nous mettre tous les deux sur la même enquête. Ce devait faire plus de trois ou quatre mois que nous n'avions pas travaillé ensemble – excepté les grosses enquêtes très médiatisées où tout le monde mettait la main à la pâte. Je parlais de ces enquêtes où il n'y avait que nous deux ou encore, des fois où ce n'était que lui, Greg et moi.

Bref, depuis qu'il voyait June. Elle avait réduit à néant le mince semblant de relation que nous avions. Une autre chose qu'elle m'avait enlevée.

Mais bon. Ce n'était pas le moment de m'apitoyer sur mon sort. Je devais aller voir Grissom pour savoir s'il viendrait déjeuner avec nous. Et s'il traînait sa fiancée dans son sillage. Je pris donc mon courage à deux mains et me décidai. C'était maintenant ou jamais.

Je rangeai toutes les pièces à conviction que j'avais sorti et je me dirigeai en silence vers le bureau à Grissom. Évidemment, il était assis à sa table de travail, la tête penchée sur un rapport. Je m'arrêtai dans le cadrage de la porte, malgré moi. Il était si beau d'ici, si concentré sur son travail. C'était ainsi que je l'avais vu pour la première fois, alors qu'il relisait ses notes avant de faire sa conférence. J'avais été fascinée par cet air qu'il adoptait au travail. J'aimais la petite ride qui se formait sur son front quand il avait un doute sur quelque chose qu'il avait lu. J'adorais aussi ce léger sourire en coin qu'il avait souvent, quand il trouvait réponse à ses questions. Quand il souriait ainsi, il semblait plus jeune et j'avais presque l'impression de le voir gamin. Je l'imaginais aisément en classe, souriant de cette façon, après avoir correctement répondu à une question de son institutrice.

Apparemment, Grissom m'avait repérée pendant que je l'observais. « Sara ? » demanda-t-il, presque avec surprise.

Je pris cela comme une invitation et je pénétrai son bureau sans pour autant m'asseoir dans une des chaises devant son bureau.

« Heu… Bonjour Griss… En vérité, bonne nuit serait plutôt des circonstances… » fis-je en laissant échapper un léger rire. Nos regards se croisèrent et je me souvins environ deux ans et demi plus tôt, quand nous avions fait une reconstitution de scène de crime. La jeune femme tuée avait été violée et ce n'est que lorsque Grissom m'avait « plaquée » contre le drap que nous avions compris comment tout s'était passé. Le souvenir particulier que j'ai de ce moment, c'est lorsque nos regards s'étaient croisés, aussi. Je me souviens que j'avais l'impression de me noyer dans ses magnifiques yeux bleus. Même si bien des évènements étaient arrivés depuis, j'avais toujours cette impression…

« Vous avez une avancée dans votre enquête dont vous voudriez me faire part ? » m'interrogea Gil, souhaitant sans doute raccourcir la durée de notre échange verbal.

« Oui… Nick se demandait si vous voudriez venir déjeuner avec nous. Si vous voulez, June, votre f-fiancée peut venir aussi… » balbutiai-je. Je tentai de parler de June sans que ça semble étrange, mais je ne réussis pas. D'après l'air qu'il avait, il avait compris que ça me faisait mal de parler d'elle.

Il sembla réfléchir à la proposition pendant un moment, mais avant d'avoir pu me donner une réponse claire, June Summers pénétra dans le bureau, comme si je ne m'y trouvais même pas.

« Gil ! » fit-elle, en me bousculant presque. Elle se dirigea vers la table de travail de Grissom, sur laquelle elle déposa son sac à main. « Ma famille a décidé qu'ils devaient te rencontrer et je… »

June regarda Grissom, qui me regardait moi. Puis, elle tourna son visage vers moi. « Oh… Tu étais occupée avec une de tes employées. Pardonnez-moi dans ce cas… Je vais vous laisser terminer. Je vais d'ailleurs en profiter pour aller me chercher un café… »

Je lui fis un poli signe de tête, pour lui faire savoir que je la remerciais. Elle répondit avec un petit sourire presque aimable. June se dirigea vers la sortir, ne laissant que Grissom et moi dans la pièce.

« Alors, Grissom… Pensez-vous venir ou – » commençai-je, coupée ce coup-ci par le portable de Grissom. Il lut le message avant de relever la tête vers moi. « Hogdes a quelque chose pour moi. Je dois y aller. » Il allait sortir de son bureau, mais il se tourna de nouveau vers moi.

« Et pour le déjeuner, je crois que la réponse sera non. J'ai déjà d'autres plans. »

Et je me retrouvai seule dans le bureau de mon patron. Je regardai autour de moi, avant que mon regard ne tombe sur le sac à main de June, qui reposait toujours sagement sur la table de travail. Je jetai un œil dans le couloir et vis June très occupée dans une conversation plutôt animée avec Catherine. Et Grissom avec Hodges.

J'avais du temps.

Je fis un pas vers le sac à main avant de l'ouvrir lentement. Je gardai un œil sur le corridor, tout en sortant le trousseau de clé de June. Il n'y avait que quatre clés. La première était visiblement une clé de voiture, alors que la deuxième était toute petite. On aurait dit une clé dont on se servait pour un espace dans un entrepôt. Je me doutais que les deux qui restaient devaient être des clés de maison. L'une d'elle semblait plus usée. La peinture bronze était presque écaillée par endroit, alors que l'autre semblait neuve. Considérant le fait que Grissom et June n'étaient pas ensemble depuis très longtemps, j'en venais à la conclusion que la plus usée ouvrait la porte de la maison que j'avais vu hier.

J'enlevai rapidement la clé du trousseau avant de le remettre dans le sac à main. Au fond de moi, j'ignorais si j'enquêtais sur June à cause de ce que j'avais entendu dans la salle de bain la veille, ou simplement parce que c'était elle qui allait marier Grissom. Mais bon… Ça n'avait pas réellement d'importance pour le moment. J'en étais encore à la recherche d'informations, même si j'avais la mauvaise impression que cette garce jouait dans le dos à Grissom.

Je baissai finalement les yeux sur la clé que je tenais toujours dans ma main. Il me faudrait appeler Nick, car je ne croyais désormais plus aller déjeuner avec le reste de l'équipe. J'avais, moi aussi, des plans pour la matinée.


À suivre…