Chapitre 4 : RDV a NY

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Mercredi 16 février 1999,

9h05,

En arrivant ce matin à Quantico, je passe d'abord à l'Unité des Crimes Violents pour remettre à l'agent spécial en charge O'Mailley les conclusions des trois autopsies, terminées hier soir à mon appartement.

"Vous avez des nouvelles de votre partenaire ?", me demande-t-il alors. Je suppose que Mulder ne l'a pas contacté une seule fois depuis lundi.

"Non, juste un message pour me dire que ça va. On n'est pas très proche." Je ne dois pas être convaincante car O'Mailley hoche la tête d'un air entendu.

"Je comprends, désolé."

"Vous comprenez quoi ?" Je veux absolument savoir ce qu'il insinue.

"Je veux dire… le retour de l'agent Fowley, ce doit être dur pour vous." Avec son ton faussement compatissant, je devine à quoi il fait allusion.

"C'est la dernière rumeur qui court à Quantico, agent O'Mailley ?"

"Oui et que votre côte remonte, agent Scully." Il me lance un clin d'œil moqueur auquel je ne réponds rien et quitte le VCU pour regagner mon service situé à l'étage au-dessous.

J'entre dans le vestiaire et je tombe sur David, vêtu d'un short long et d'un tee-shirt sans manche, faisant des mouvements d'assouplissement, une jambe fléchie sur un banc.

"David ?"

"Bonjour Dana. Déshabillez-vous… je veux dire… pour courir… on part courir."

"Maintenant ?" J'ouvre mon casier et place sur un cintre mon manteau.

"C'est plutôt calme ce matin, un petit footing ça va nous mettre en forme."

"Et le service ? Nous sommes les seuls légistes aujourd'hui, ça ne risque pas de poser problème ?"

"Lothar et Francis sont là et en tant que chef, je n'ai de compte à rendre à personne."

Je vois que David a bien intégré ma leçon d'hier, un peu trop même. Néanmoins, j'accepte son offre et j'entreprends de me changer à mon tour en commençant par retirer mes chaussures. Content de ma décision, David me regarde en souriant bêtement.

"David ? Je peux avoir un peu d'intimité ?"

Rougissant, il s'excuse puis quitte le vestiaire en me donnant rendez-vous à l'entrée du parc pour la séance d'échauffement.

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9h30,

A la différence de mon collègue, j'ai préféré mettre un pantalon de jogging et un sweat à manche longue pour me protéger du froid. Après quelques dizaines de minutes à courir, je regrette déjà mon choix, il doit faire environ huit degrés mais je suffoque presque de chaleur. David a deux foulées d'avance sur moi et j'essaie de maintenir la cadence en me concentrant sur ses mollets velus et puissants. Mes yeux s'égarent bientôt sur son postérieur charnu et je continue l'exploration ascendante de son corps, deux solides épaules, deux bras sveltes mais musclés, un dos large. Je me demande bien depuis combien de temps je n'ai pas regardé un autre homme que Mulder.

Je ne suis pas de bois et je me retrouve, le souffle rapide, plaquée entre la paroi en inox de la salle d'autopsie et le corps puissant de David. Tous deux le pantalon baissé, nous succombons à l'autre pour défier la pulsion de mort qui nous enclave et je le sens bientôt pousser en moi. Haletante et moite, je l'encourage à accélérer le rythme.

"Vous êtes sûre de vouloir augmenter l'allure ?" David s'est retourné et me regarde perplexe.

J'ai dit ça tout fort ? Je chasse aussitôt de mon esprit cette scène incongrue que j'attribue à une trop longue solitude sentimentale. Pour répondre à David, je cherche une explication convaincante car j'ai déjà du mal à le suivre. "Je veux dire… ne vous freinez pas… pour moi."

"Pas de problème Dana… je suis là pour vous coacher."

"Alors… comment… ça s'est… passé, hier ?"

"Bien, j'ai presque eu le prix que je voulais… quatre-vingt-quinze mille dollars… pour le deux-pièces de ma mère… sa seule richesse, avec moi."

"Et votre… père ?"

"Je ne l'ai jamais connu." David reprend une foulée supplémentaire d'avance. J'interprète cela comme 'fin de la discussion sur le sujet'.

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10h00,

Cela va faire près d'une heure que nous courrons, et maintenant David doit régulièrement trottiner sur place pour que je puisse revenir à sa hauteur.

"Du nerf, Dana c'est bientôt l'arrivée… vous pouvez encore attraper la moyenne."

"Je… vise… le C… moins."

J'ai depuis longtemps retiré mon sweat pour rester en débardeur mais je ruisselle de sueur. Je halète bruyamment, mon cœur est sur le point de lâcher, mes entrailles sont en feu et ma douleur à l'abdomen commence à me reprendre malgré l'ibuprofène de ce matin. David, au contraire semble toujours en jambe, seules les traces de suée au dos de son tee-shirt révèlent l'effort fourni.

"Je… vous… savais… pas si… sportif."

"Economisez votre souffle… vous y êtes presque."

Au loin, j'aperçois à présent le bâtiment où est installé le FBI à l'intérieur du campus que nous partageons avec le Corps de l'U.S Marines. Je me suis toujours demandée si Hoover a sciemment choisi d'installer le service des sciences médico-légales à Quantico pour se moquer des militaires.

A mesure que nous nous rapprochons, il me semble, à présent, reconnaître la silhouette familière du Directeur Adjoint Skinner en compagnie de deux autres personnes. Soucieuse qu'il soit venu m'apprendre une mauvaise nouvelle concernant Mulder, je puise dans mes dernières forces pour les rejoindre au plus vite. David et moi finissons dans la même foulée en arrivant à leur hauteur.

"Monsieur ?" J'ai à peine le temps de le saluer que Skinner m'agrippe le bras et me tire brusquement à lui.

"Ecartez-vous de lui, Scully !"

Les deux hommes qui accompagnent Skinner viennent d'empoigner David et tandis que l'un passe les menottes à ses poignets joints dans le dos, l'autre commence la sempiternelle récitation de ses droits.

Penchez en avant, les mains sur les genoux, pour reprendre mon souffle, je suis spectatrice impuissante de la scène surréaliste qui se joue devant mes yeux. David semble aussi abasourdi que moi. Me redressant, j'interroge du regard mon Directeur pour avoir des explications.

"Une empreinte a été trouvée sur le corps d'une des femmes et elle appartient au docteur Marshall."

"Quoi ? !" Lançons, David et moi, à l'unisson.

"Mais c'est pas possible, il doit y avoir une erreur ! Je n'ai rien fait ! Dana ! Dites-leur ! Je n'ai rien fait ! Ce n'est pas moi !" Je vois la panique s'emparer de lui au travers de ses yeux suppliants.

"Emmenez-le !" Le ton autoritaire de Skinner n'appelle aucune discussion de la part des agents qui obligent alors David à les suivre. Tentant de résister, il se débat mais se fait entraîner malgré lui tout en continuant à crier son innocence et à m'appeler à l'aide.

Un flot d'images inonde mon esprit où je me revois en sa compagnie et j'essaie de relever une parole ou une attitude qui, à lumière de cette révélation, confirmerait sa culpabilité. Ce qui me dérange, c'est qu'il n'y en a pas qu'une. Un long frisson me parcourt le corps.

"Scully, rassemblez vos affaires, vous partez pour New-York." La voix grave de Skinner me ramène à la réalité.

"Pourquoi ?"

"Le docteur Kramps a été retrouvé mort ce matin dans sa chambre d'hôtel."

"Oh mon Dieu ! Il a été assassiné ?" Je dois être en train de faire un cauchemar tant les évènements me paraissent incroyables.

"Pas de trace de lutte, il pourrait s'agir d'une mort naturelle mais vu les circonstances, je ne veux rien laisser passer. Vous vous chargerez de son autopsie. Votre avion décolle pour onze heures cinquante à Dulles."

"Entendu Monsieur."

Skinner s'apprête à partir, avant d'ajouter : "Vous avez largement le temps de prendre une douche."

Je le regarde s'en aller en direction du parking pour rejoindre la Ford Taurus où David est installé à l'arrière sous la garde d'un agent. Je ne distingue pas vraiment son visage et pourtant je sens ses yeux sur moi. Comment ai-je pu manquer d'autant de discernement à son égard ?

J'attends jusqu'à ce que le véhicule démarre pour regagner mon bâtiment. En marchant, j'approche mon nez d'une de mes aisselles et je constate qu'effectivement mon déodorant m'a lui aussi trahi.

En revenant jusqu'au vestiaire, j'interroge mon téléphone portable. Mulder m'a laissé onze messages depuis neuf heures dix-sept ce matin. J'arrête au bout du troisième, tous évoquent la découverte de l'empreinte de David et Mulder me demande de me tenir à l'égard de lui. La seule différence réside dans le ton paniqué de mon partenaire montant crescendo de message en message. Je suppose que Skinner l'a rappelé depuis pour le rassurer, alors je préfère lui adresser par SMS la confirmation que je vais bien et lui donne rendez-vous à New-York. Je ne me sens pas prête pour l'instant à entendre les horreurs qu'il a découvertes sur David.

Par des petits coups contre le bois de la porte ouverte du vestiaire, Lothar me fait part de sa présence.

"Oui Lothar ?"

"Doc… Dana, un certain Mulder, avec un drôle de prénom, Furet je crois, il a appelé à plusieurs reprises ce matin. Il faut que vous le rappeliez, c'est très urgent."

"Merci, je viens de le faire." Je montre mon portable en même temps pour lui expliquer que j'ai déjà eu le message.

"Je cherche aussi le docteur Marshall, il n'est pas avec vous ?"

C'est dans des moments pareils que j'aimerais pouvoir voyager dans le temps et revenir quarante-huit heures en arrière au moment où Kersh me propose de reprendre mes fonctions de légiste. Au lieu d'accepter, je refuserais rien que pour voir sa tête de mauvais perdant et lui gâcher le plaisir de m'humilier, comme il l'a fait. Et je n'aurais pas à devoir annoncer à deux personnes que je connais à peine que leur responsable est mort, et que son adjoint est un dangereux tueur en série.

"Lothar, aller chercher Francis, j'ai des nouvelles graves à vous apprendre."

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11h20,

Avant de partir pour New-York, je suis repassée chez moi faire mes bagages à la hâte. C'est maintenant dans le taxi qui m'emmène à l'aéroport, que je repense à la réaction de Francis en apprenant la mort de Kramps et l'arrestation de David :

"Je mettrais un billet qu'il est responsable de ça aussi ! A force de le pousser à bout comme faisait Kramps, il a craqué et l'a zigouillé. Il le prenait pour son père, c'est un truc de psy : le syndrome d'eunuque ou un machin dans le genre."

"Le complexe d'Œdipe", le reprit Lothar.

"Non pas eudipe, eunuque, comme un mec à qui on a coupé les couilles. Le garçon tue le père avant qu'il le castre et couche avec sa femme qui est aussi sa mère."

"Arrête de dire n'importe quoi Francis, le docteur Kramps était à New-York quand c'est arrivé."

"Ah ouais ? Et il était où Marshall pendant ce temps ? C'est pas toi Lothar qui m'a dit qu'il s'est barré à midi hier ?"

"Et toi tu étais où hier ?"

"J'étais malade et d'abord je t'emmerde." En partant, Francis murmura une obscénité et je suis persuadée qu'elle m'était destinée.

Je n'avais pas eu l'occasion de faire connaissance avec Francis et finalement je ne m'en porte pas plus mal. Avec sa façon de parler, il me semble vulgaire et intellectuellement limité. C'est pour cette raison que je n'ai pas été convaincue par sa théorie fumeuse tirée de 'la psychanalyse pour les nuls' attribuant à David le meurtre de Kramps. Mais maintenant, en repassant le fil des évènements dans ma tête, je reconnais qu'elle est plausible. Je me penche alors en avant vers le chauffeur de taxi.

"S'il vous plaît, vous savez où se trouve Trenton ?"

"C'est dans le Nord-Est ça."

"C'est loin de New-York ?"

"J'peux pas dire mais je peux appeler le central, on a une agence à Manhattan."

Je le remercie et l'entends demander par la C.B, au standard de sa compagnie, le prix de la course et surtout le kilométrage entre les deux villes : soixante-sept miles.

Le regard tourné vers la vitre et le paysage qui défile devant mes yeux, je crains que les conclusions de l'autopsie de Kramps ne deviennent un nouvel élément à charge contre David.

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12h15,

Je déteste prendre l'avion car tout me stresse dans ce type de transport : les formalités d'embarquement, le décollage, les turbulences en vol, l'atterrissage et l'attente interminable devant le carrousel où c'est toujours mon bagage qui arrive parmi les derniers.

Les deux premières étapes de mon calvaire aérien passées, je retire du vide-poches devant moi, le New-York Post laissé par mon prédécesseur à cette place. Les photographies de Lorette Parker et Denise Littlejohn illustrent le titre de la une du quotidien :'La plage de l'horreur'.

D'emblée je constate que Denise est afro-américaine à la différence des quatre autres victimes, ce qui semble remettre en cause l'hypothèse d'un unique tueur puisqu'il est établi que les serial-killers choisissent généralement leurs victimes parmi leur groupe racial. Ma remarque est d'ailleurs reprise par le journaliste dans son article, laissant entendre que le FBI s'est engagé sur une mauvaise piste. Il enchaîne sur une critique acerbe du profiler en charge de l'enquête l'accusant d'être un illuminé passionné par l'ufologie et le paranormal, et s'interroge sur sa légitimité à conduire cette affaire. Je passe les lignes suivantes consacrées 'aux exploits' de Mulder à Dallas entraînant l'explosion du bâtiment fédéral, pour ne m'intéresser qu'aux faits en rapport direct avec l'affaire. Je n'apprends rien de plus que Mulder ne m'ait déjà dit hormis que les enquêteurs mènent actuellement des investigations sur les anciens élèves de Grover Cleveland High School à Ridgewood dans le Queens.

Le journaliste conclut l'article en prévenant que 'si vous êtes un homme ayant fréquenté le lycée de 1986 à 1989, que vous travaillez dans la police, dans les milieux judiciaires ou médicaux, ou si vous êtes un repris de justice, alors vous faites partie des suspects du FBI. Et si en plus, vous êtes extraterrestre, vous n'échapperez pas à l'agent spécial Fox Mulder.'

Agacée par ce journaliste méprisant, je replie le journal plusieurs fois avant de me mettre à le tordre avec hargne.

"Quand vous aurez fini, je pourrais le lire ?", me demande mon voisin de siège en fronçant les sourcils.

Je lui tends le quotidien en piteux état et me lève pour aller aux toilettes avant que l'avion n'entame son approche sur New-York. Evidemment, c'est à cet instant que le Boeing traverse un champ de turbulences et je dois m'agripper au dossier d'un siège de l'allée pour garder mon équilibre. J'attends si le signal sonore se déclenche pour regagner ou non ma place et durant quelques instants je deviens l'attraction pour les passagers en manque de divertissement. C'est alors que mon regard croise celui de David Marshall.

Installé dans un siège de la dernière rangée et encadré par les deux agents qui sont venus l'arrêter ce matin à Quantico, il semble tout aussi surpris que moi de découvrir que nous partageons le même vol. Malgré les remous, je décide de reprendre mon chemin sans lui prêter la moindre attention quand je passe à sa hauteur.

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13h00,

A la sortie du terminal de l'aéroport LaGuardia, je me dirige, sac de voyage en bandoulière sur l'épaule et sacoche à la main, vers la station des taxis. Soudain, un homme se met en travers de mon chemin et me bloque le passage.

"Bienvenue à New-York, Docteur Scully."

L'espace d'un instant je crois reconnaître David. "Mulder ?"

"Heureux de voir que tu es toujours vivante, finalement." Je déteste quand Mulder utilise cet air ironique et condescendant pour m'exprimer son mécontentement.

"Tu n'as pas eu mon message ?"

"Tu veux parler de ton SMS, qui a pu être écrit par n'importe qui ?" Mulder me présente l'écran de son téléphone où s'affiche : 'sui ok rdv a ny ds'.

"Oui, celui-là." D'un ton mal-aimable, je déclare officiellement les hostilités ouvertes entre nous.

"Une heure à essayer de te joindre et à craindre le pire ! Tu ne crois pas que j'attendais autre chose de toi ? !"

Je ne donne pas tort à Mulder, si la situation avait été inversée, j'aurais réagi comme lui. J'essaie de me justifier : "Skinner m'a laissé à peine le temps de me retourner pour attraper le prochain vol. Je n'aurais pas pu t'en dire plus de toute façon."

"Un mot de ta voix, c'était trop te demander ? !" Mulder est vraiment remonté et je comprends qu'il est inutile d'insister. Je change alors de tactique.

"Désolée, je pensais que c'était suffisant. Je reconnais que j'ai eu tort, pardonne-moi."

Mulder, les lèvres pincées et les bras croisés sur la poitrine, hoche la tête en considérant la sincérité de mes propos et, finalement, m'accorde sa clémence.

"Tu as mangé ?" La hache de guerre enterrée, Renard Magnanime m'offre de partager le calumet de la paix.

"Non. Je t'invite Mulder ?" Le temps des hostilités laisse place à celui de l'hospitalité.

"OK DS" Avec la galanterie qui le caractérise, il me prend mon sac de voyage et passe l'anse à son épaule.

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13h30,

New-York fait partie des villes où, dans un restaurant italien de cuisine traditionnelle, on peut commander des spaghettis à la bolognaise sans sauce bolognaise pour moi et un hamburger-frites pour Mulder, sans que le serveur ne lève les yeux au ciel. Mon choix est guidé par des impératifs de santé, je ne suis toujours pas réconciliée avec la tomate. Pour Mulder, il s'agit de ne pas tenter le diable avec sa chemise blanche, il a un interrogatoire à mener cet après-midi et ses autres chemises sont au pressing de l'hôtel.

Notre discussion est consacrée à l'affaire en cours et aux rebondissements de ce matin.

"Aucune correspondance n'avait été trouvée dans le fichier des empreintes criminelles, alors j'ai demandé d'étendre la recherche au fichier fédéral des employés du gouvernement. Il a fallu une nuit pour convaincre le procureur, mon profil du tueur et la pression médiatique ont finalement eu raison de ses réserves. A neuf heures dix on a eu l'accord, à neuf heures quinze, Marshall était identifié, à neuf heures seize, je découvrais qu'il travaillait avec toi."

Je picore une frite dans l'assiette de mon collègue, histoire de feindre le détachement en devinant pourtant son angoisse de me savoir seule avec David dans les bois de Quantico.

"Et il ne peut pas y avoir eu d'erreur ?"

"Tu veux rire ? Une empreinte nette, qui concorde même au-delà des douze points de contrôle exigés. C'est Marshall sans l'ombre d'un doute !" Mulder me regarde en se demandant comment je peux oser remettre en doute une telle preuve.

"Il n'y a que sur Jessica Otis que Kramps a trouvé une empreinte ?"

"Oui. Des traces de doigts au niveau du cou et des membres ont été retrouvées sur tous les corps mais Marshall portait sûrement des gants de latex quand il a attaqué ces femmes. Il a dû en déchirer un en se battant avec Jessica d'où l'empreinte laissée."

"Il les a molestées avant de… ? Je n'ose pas finir ma question tant l'évocation de ces actes épouvantables m'horrifie.

"Lorette Parker et Denise Littlejohn ont été frappées plusieurs fois au visage, nez et mâchoire fracturés, traumatisme facial, enfoncement de la boîte crânienne. Un véritable animal."

"Comme pour les trois autres ?"

"Non, quelques coups pour les assommer mais rien de comparable, il les a tuées en les étranglant après les avoir… après ce qu'il leur a fait." J'ai connu Mulder moins effarouché pour évoquer les détails sordides de ce genre de crime. Je me demande alors si ce n'est pas moi qu'il essaie de préserver des abominations faites à ces jeunes femmes.

"Et pour Kramps ?" Délibérément, je change de sujet car même avec mon expérience de légiste, j'ai toujours du mal à supporter ce genre d'atrocités.

"Miriam, son assistante, ne s'est pas inquiéter de son absence ce matin, pensant qu'il était avec nous puisque toutes les autopsies étaient terminées. Vers neuf heures vingt quand Diana a appelé la morgue pour le prévenir qu'on tenait le suspect grâce à sa découverte, Miriam lui a répondu qu'il n'était pas là. McKinnon est allé voir à l'hôtel et l'a trouvé gisant sur la moquette de sa chambre."

"Le service d'étage n'était pas passé ?"

"Pas encore. Il a été transporté à l'hôpital mais déclaré mort à son admission."

"Quelle histoire…" De mon doigt je fais doucement vaciller la salière, en me demandant si je dois évoquer le déplacement de David à Trenton la veille et la théorie farfelue de Francis sur sa relation filiale avec Kramps.

"Tu veux un café, un thé ?" D'un signe de négation de la tête je réponds en même temps à sa question et à la mienne. Inutile de biaiser plus encore les convictions de Mulder sur sa culpabilité, c'est à David de s'expliquer à présent et de reconnaître ses crimes, tous ses crimes.

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14h30,

Après déjeuner, Mulder me conduit jusqu'au Cosmopolitan sur Broadway, pour que j'y dépose mes bagages. En sortant du véhicule, je suis surprise du standing de l'hôtel dans lequel la 'dream-team' de Skinner est logée. Après avoir sorti mon sac du coffre et remis ses clés au voiturier de l'entrée, Mulder m'explique l'avantage de n'être qu'à quelques rues de Federal Plaza. En tournant la tête vers l'Est j'aperçois en effet, les derniers étages de l'imposant building Jacob K. Javits qui abrite les bureaux du FBI à Manhattan

En fin de matinée, Mulder s'est occupé de ma réservation et il a réussi à m'obtenir une chambre double au même étage que l'ensemble des agents de Washington. Il ne me reste plus qu'à m'enregistrer à la réception pour récupérer mon passe magnétique.

Mes affaires déposées, Mulder me conduit jusqu'au fond du couloir de l'autre aile du bâtiment pour me montrer où il est installé : nous ne pouvons pas être plus éloignés l'un de l'autre. Il me situe rapidement les chambres des autres agents, et bien sûr celle de Diana est attenante à la sienne. Inutile de demander s'il y a une porte de connexion entre, je connais déjà la réponse.

Nous prenons l'ascenseur pour accéder à l'étage supérieur où se trouve la suite du Docteur Kramps. Mulder glisse le passe dans le lecteur de la porte et me relève le ruban jaune de la police qui barre l'entrée.

"Après vous, Madame."

Je franchis le seuil en m'abaissant légèrement et je constate alors qu'être médecin-chef présente des avantages matériels évidents quand on se déplace pour le Bureau. Je fais le tour des différentes pièces du luxueux meublé et je remarque que le laboratoire scientifique est déjà passé : de la poudre noire macule les poignées de porte et le mobilier. Depuis la pièce d'à-côté, j'entends Mulder m'expliquer qu'aucune trace de lutte n'a été relevée et que d'après la vidéo du couloir personne n'est entré ou sorti de la suite jusqu'à ce matin.

Je m'accroupis pour observer la moquette brune à l'intérieur de l'espace délimité par du ruban adhésif dessinant les contours d'un homme allongé, un bras en avant. Il me semble alors distinguer une petite tache qui pourrait bien être du sang.

"Tu as trouvé quelque chose ?" Mulder vient de me rejoindre dans le salon.

"Je ne suis pas sûre. Il faudrait que le labo repasse pour prendre ce morceau de moquette." J'indique de mon doigt l'endroit où je crois percevoir une souillure laissée par du fluide corporel.

"Au prix de la moquette, j'espère que ce n'est pas une trace de ketchup ou sinon tout le budget pour les frais de déplacement de l'année risque d'y passer."

"D'après la position du corps, la trace est située au niveau du nez ou de la bouche." Je veux me remettre debout mais je sens déjà les muscles de mon ventre se mettre à protester.

Je me résigne à tendre la main vers mon partenaire et après un simple échange de regard, il s'en saisit tandis que son autre bras m'enserre la taille et m'aide à me redresser. A présent relevée, je me désengage de Mulder avec un sourire embarrassé pour le remercier de son geste et pour l'élégance de son silence.

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A suivre.