Le cheval blanc s'ébroua et ralentit l'allure, passa du galop au trot. La terre étouffait le bruit de ses sabots. Le roi Léopold apparaissait plus âgé, tiraillé par la haine que lui inspirait cette femme qui avait osé défier son pouvoir. Une autre monture vint s'arrêter à quelques mètres. Les sabots s'enfoncèrent légèrement dans le sol. L'étalon était immense, majestueux et d'une blancheur presque mystique. La cavalière qui le chevauchait était vêtue d'une longue cape noir. Son visage diaphane venait parfaire l'impression funeste qui se dégageait d'elle. La mort elle-même n'aurait inspiré plus de frayeur.
Snow-White tirait les rennes et faisait décrire de larges cercles à son cheval. Elle scrutait les arbres, à la recherche de la silhouette qui s'était évaporée au cœur de la forêt. Elle entendit alors une branche craquer. Quelques oiseaux s'envolèrent, affolés. Les chevaux tournèrent leurs oreilles vers le bruit. Leurs maîtres rivèrent leurs yeux sur la silhouette qui courait à présent à travers les arbres.
« Elle est là ! », s'écria Léopold.
Ceci signait l'assaut. Tous deux pressèrent leurs étriers contre les flans de leur monture. Les chevaux firent un bon en avant. Leurs foulées étaient toujours plus amples et rapides. Le cheval de Snow-White fut le premier à atteindre à leur proie. La princesse arriva à son niveau, retira un pied de l'étrier et lui décrocha un coup au milieu du dos. La silhouette s'écrasa sur le sol meuble. Le cheval blanc fit demi-tour et s'arrêta devant la personne qui se relevait. Léopold arriva derrière elle avant de parfaire leur piège.
Elle ôta son manteau de toile. Regina découvrit ses traits. Il s'était écoulé quelques années depuis la dernière fois qu'elle avait vu la princesse du royaume. La dernière fois qu'elles s'étaient parlées, Regina allait être mariée sous la contrainte au roi. La dernière fois qu'elle l'avait effectivement vue, Regina avait préféré fuir le village dans lequel Snow-White avait décidé de faire une visite de courtoisie.
- « Cela fait longtemps que nous ne nous sommes vues, déclara la princesse.
- Ce n'était pas pour me déplaire, rétorqua Regina en soutenant son regard.
- Il est temps que tu répondes de ta trahison. » coupa Léopold en imposant sa suprématie.
Regina se tourna vers celui qui était dû être son bourreau. Elle lui décocha un rictus méprisant.
- « Quelle trahison ?
- L'abandon du trône, scinda Snow-White en descendant de sa monture, épée à la main.
- Je ne voulais pas l'épouser, répondit platement Regina.
- Personne ne peut s'opposer au roi, rappela Léopold.
- J'ai le droit de choisir ma destinée, déclara la fugitive.
- Tu as abandonné le royaume. Tu as abandonné mon père... Tu m'as abandonnée, moi », cracha Snow avec dédain.
Regina n'en laissa rien paraître mais ce reproche la surpris. Elle n'aurait jamais cru que l'absence de sa future belle-mère puisse meurtrir à ce point la princesse pourrie-gâtée qu'était Snow-White.
- « Tu étais si... gentille avec moi, continua la princesse avec hargne. Si gentille... Mais c'était pour mieux fuir et nous abandonner.
- J'ai pensé à ma vie et...
- Tu n'as pas pensé à la mienne » coupa sèchement Snow.
Elle était maintenant à deux mètres de Regina. Cette dernière pouvait apercevoir son reflet dans la lame tranchante et savamment entretenue que tenait la princesse à la main. Elle leva l'épée, prenant un élan pour trancher net la tête de la traîtresse. Regina recula d'un pas.
- « Tu ne vas pas faire ça.
- Si, j'en ai le droit. Ceux qui n'obéissent pas le paye de leur sang.
- Je croyais pourtant que ta mère t'avais inculqué la bonté, lança Regina dans l'espoir de la toucher.
- Elle n'est plus là pour le voir, répondit Snow en resserrant sa poigne autour du pommeau.
- Tu n'es plus la petite fille que j'ai connu.
- J'ai grandi. J'ai changé. »
Snow prit une profonde inspiration, s'apprêtant à lui trancher la gorge. Regina retint sa respiration. Un long frisson se fit sentir au niveau de sa nuque. Elle fermait ses poings et dépliait ses doigts avec une désinvolture feinte. Elle tentait de réveiller la magie qu'elle avait utilisée lorsqu'elle avait envoyée sa mère de l'autre côté du miroir. Cependant, rien ne venait. Se pouvait-il que sa magie soit partie ?
« Je vous conseille d'abaisser votre épée. » gronda une voix.
Snow tourna les yeux vers cet homme qui osait lui donner un ordre aussi direct. Il avait bandé son arc et la flèche désignait de sa tête, la poitrine de son père. Regina lâcha un discret soupir de soulagement. Elle n'était pas sauve mais la présence de Robin la rassurait.
- « Comment osez-vous menacer le roi ?, rugit Snow-White.
- Comment osez-vous atteindre à la vie de mon épouse ?, répondit Robin sur le même ton.
- Cette insolence vous coûtera la vie.
- Je vous prie de bien vouloir baisser votre épée, demanda le prince des voleurs d'une voix inflexible.
- Si vous tuez mon père, la tête de Regina ne sera plus sur ses épaules longtemps.
- Je n'en dis pas long sur la vie de votre père si elle venait à perdre la vie. »
Son calme n'était qu'apparent. La peur soulevait son cœur. Léopold accorda un regard à celui qui le menaçait et lui jeta :
- « Je suis sûre qu'il n'est dangereux, Snow. Il est de ces chiens qui aboient sans mordre.
- Il est des chiens qui sont plus féroces que les loups, grogna Robin entre ses dents.
- Il n'osera pas tuer son roi.
- Pour elle, j'oserai tout, soutint le voleur avec force.
- Robin, baisse ton arme » demanda alors Regina.
Robin ne l'écouta pas. Regina tenta de les persuader de cesser d'abreuver cette situation bientôt inextricable avant que l'issue ne soit fatale. Cependant, Léopold refusait de se plier à ces exigences. Snow refusait d'abaisser la menace qu'elle faisait peser sur la vie de Regina si Robin ne posait pas son arc à terre. Ce dernier se refusait à toute négociation, tant que Regina serait en danger.
Au comble de l'énervement et de la tension, Snow prit un dernier élan. Elle allait tuer Regina. Robin décocha sa flèche. Cette dernière siffla et arrêta sa course dans la poitrine de Léopold qui étouffa un cri de douleur. Son cheval se cabra. Le corps tomba avec lourdeur au sol. La monture, apeuré, s'enfuit au pas de course. Un râle sortit de la bouche du roi, agonisant.
Regina saisit cette occasion pour asséner un coup de poing à Snow. Elle se précipita vers le cheval de Snow. Elle monta sur la selle et empoigna les rennes. Robin vint à sa suite, prenant place derrière elle sur le cheval. Elle donna un coup d'étrier. Le cheval hennit et partit au galop à travers la forêt. Snow ramassa son épée et tenta de la jeter sur Regina. L'arme, trop lourde pour cet usage, se planta quelques mètres plus loin dans la terre. Un éclair blanc filait à travers les arbres verts. Léopold agonisait toujours, d'un râle toujours plus faible.
« JE TE TUERAI, REGINA ! UN JOUR, JE TE TUERAI ! »
Regina donna un autre coup d'étrier à sa monture, le suppliant d'accélérer encore l'allure pour se dérober aux foudres de Snow.
- « Tu n'aurais pas dû le tuer..., souffla Regina tandis que leur cheval ralentissait l'allure.
- Un simple ''merci'' m'aurait suffit.
- Je ne peux pas te remercier d'avoir tuer quelqu'un en mon nom.
- Je ne voulais pas le tuer, se défendit Robin, mais elle allait te tuer.
- Tu n'en sais rien.
- Ce que je sais, c'est que maintenant tu es vivante. »
Regina se contenta de pincer les lèvres en réponse. Son sauvetage avait un goût amer de sang. Cet assassinat serait loin d'apaiser les tensions qui subsistaient entre Snow-White et elle...
- « Nous ne sommes plus en sécurité ici, murmura Robin. Nous devons partir.
- Mais...
- J'ai quitté Sherwood pour l'Enchanted Forest, il n'y a aucun problème à fuir encore. Ce qui compte c'est que nous soyons ensemble. »
Regina tourna la tête vers lui. Elle vit dans ses yeux qu'il était sincère. Ils étaient loin de la rage de Snow-White. Le cheval marchait à présent au pas. Regina approcha son visage du sien et y déposa un baiser appuyé ses lèvres. Elle se recula et caressa sa mâchoire du bout des doigts.
- « Nous pouvons aller au royaume de Midas. C'est un royaume puissant qui ne se laissera pas intimider par la folle colère de Snow.
- Dans ce cas, allons-y. »
Regina hocha la tête, reprit les rennes de leur monture. Ils préviendraient les Joyeux Compagnons de Robin puis disparaîtraient loin du royaume de Snow-White.
Emma passa la porte du Granny's faisant tinter la clochette. Ruby l'attendait déjà. Elle lui servit la patte d'ours et lui apporta sa tasse de chocolat chaud. Emma chercha une place du regard et finalement décida de s'asseoir à celle de l'inconnu. Ce dernier reposa sa tasse dans sa coupelle. Son air satisfait en disant long.
- « C'est vous, Daniel ?, demanda inutilement Emma.
- Et vous, vous êtes la Shérif, dit simplement le jeune homme dans un sourire poli.
- Storybrooke vous plaît ?
- C'est... très différent de l'Enchanted Forest. Mais la nourriture y est meilleure je vous l'avoue...
- Ah ça je peux pas vous contredire, approuva Emma en se remémorant le steak de chimère.
- Et Regina est ici, donc tout va bien » conclut Daniel.
Emma prit une généreuse bouchée de sa pâtisserie puis but quelques gorgées de son chocolat chaud. Daniel semblait pourtant soucieux.
- « Est-ce que vous savez si la mère de Regina est ici, demanda-t-il finalement.
- Elle est morte » annonça la Shérif.
Ceci rassura quelque peu le palefrenier dont les battements de cœur s'apaisèrent. Il avait craint pour Regina que sa mère ne l'oppresse encore en ce monde.
- « Est-ce que vous savez ce qui se passe ?
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?, demanda Emma en fronçant les sourcils.
- Pourquoi Regina est en ce monde ? Pourquoi suis-je ici ? Je vois bien que le temps a passé. Et Regina est... Je pense qu'elle a peur mais je ne sais quoi, avoua-t-il finalement.
- Elle ne vous a rien dit ? »
La porte du Granny's s'ouvrit à la volée et Regina entra. Elle balaya la salle du regard et soupira de soulagement en voyant Daniel assit à une table. Elle s'approcha de lui, ne prêtant guère d'attention à Emma.
- « Daniel, tu es parti...
- J'ai laissé un mot, se défendit-il. Tu travaillais, je ne voulais pas te déranger. Et j'étais un peu curieux de voir la ville.
- Tu ne devrais pas... sortir comme ça, chuchota-t-elle d'une voix faible en se baissant légèrement vers lui. Les gens pourraient... »
Elle ne termina pas sa phrase. Elle se redressa et remit en place ses cheveux bruns. Un visage impassible remplaça son visage soucieux et Daniel s'étonna de cette attitude qu'il ne lui connaissait pas.
- « Par ailleurs... Shérif, la désigna-t-elle en insistant délibérément sur son titre, je vous ai appelée et vous n'avez pas daigné répondre.
- Mon portable est au poste, Madame le Maire, répondit Emma sans s'offusquer.
- A quoi me servez-vous si vous n'êtes pas fichue de faire votre travail ?
- Je suis en pause au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. Et puis d'ailleurs, vous n'avez rien dit à votre... soupirant.
- Quoi donc ? » se braqua Regina.
Emma but le contenu de sa tasse qu'elle reposa aussitôt qu'elle eu fini. Elle demanda ensuite à parler en privée avec la brune qui acquiesça. Elles allèrent dans le couloir au fond du Granny's.
- « Quoi ?, demanda Regina.
- Vous ne lui avez rien dit à propos de la malédiction et du reste ?
- Non, avoua la brune. Je n'ai pas eu le temps.
- Il se pose des questions.
- Je sais, souffla Regina en regardant Daniel paisiblement assis à sa table.
- Vous n'êtes pas obligée de tout lui dire. »
Regina se tourna vers Emma et lui demanda d'étayer son idée car elle demeurait encore obscure à ses yeux. La Shérif s'expliqua :
- « Vous pouvez lui parler de la malédiction sans lui dire que c'est la vôtre... Ça lui expliquera au moins pourquoi vous avez pris un coup de vieux..., s'amusa Emma.
- Ce n'est pas ça le problème...
- C'est quoi alors, s'étonna-t-elle.
- Je ne veux pas lui dire qu'il est mort.
- Était, corrigea machinalement la blonde.
- Il ne restera pas longtemps vivant si la population de Storybrooke apprend qu'il est lié à moi, rétorqua Regina.
- Ils ont pas mis Henry sur un bûcher, lui fit-elle remarquer. Les habitants vous apprécient maintenant, pour l'ensemble d'entre eux.
- C'est parce qu'il est votre fils également. Sinon je n'ose imaginer ce qu'ils auraient pu lui faire... Vous pourriez garder un œil sur Daniel ?
- Je suis Shérif, pas nounou.
- C'est votre travail de protéger les habitants, rétorqua Regina d'un ton glacial. Vous êtes la Shérif et la Sauveuse de cette ville. Et si je pouvais le faire moi-même, je ne viendrais pas vous le demander.
- Je plaisantais.
- Vous ne devriez pas retourner travailler ?, fit remarquer Regina d'un ton dépourvu d'émotions. Votre pause s'éternise, Swan. »
La Shérif sourit, amusée puis posa une question plus sérieuse :
- « Il a demandé où était Cora.
- Que lui avez-vous répondu ?, demanda Regina, raide.
- Qu'elle était morte. Il a eu l'air soulagé.
- Je vous en remercie, souffla la Mairesse avec sincérité.
- Vous ne pourriez pas prendre la peine de tout lui expliquer... ?, se risqua Emma.
- Et prendre le risque qu'il ne m'aime plus ?
- Donc vous l'avez choisi au détriment de Robin. »
Regina regarda Emma dans les yeux, d'un regard aussi intense qu'impassible. Elle ne savait pas elle-même si elle devait être en colère contre elle pour avoir formulé les choses ainsi.
- « Je n'ai choisi personne.
- Je veux juste savoir lequel sera le beau-père d'Henry. Je suis sa mère aussi.
- Ça ne vous donne pas le droit d'émettre un jugement sur ma vie personnelle, se défendit Regina. Surtout après que vous ayez choisi Hook.
- Je ne suis pas avec Hook.
- Les apparences sont visiblement trompeuses des deux côtés, plaça-t-elle habillement.
- Oui... »
Emma changea de jambe d'appui. Elle croisa les bras.
- « Vous pouvez choisir qui vous voulez maintenant. Il n'y a plus personne pour vous forcer à choisir, dit finalement Emma. Vous être libre.
- Oui, répondit-t-elle distraitement en regardant Daniel. Ma mère n'est plus là. Je suis libre. »
Cora se sentait parfaitement à son aise dans ce royaume étrange. La cruauté qu'elle incarnait était la seule divinité devant lesquels ses sujets s'inclinaient. Ceux qui s'opposaient à elle avaient aussitôt la tête tranchée.
Il lui arrivait parfois de jouer au cricket avec nostalgie. Elle frappait le hérisson du bac du flamant rose qui lui servait de crosse et repensait parfois à Regina, seule, perdue dans ce vaste monde, sans elle. Elle n'avait aucun moyen de retourner dans l'Enchanted Forest où demeurait sa précieuse progéniture. Elle était condamnée à régner sur ce royaume merveilleux où le thé coule à flot et où les cartes sont des gardes.
« J'espère que tu es reine, ma fille. », murmura-t-elle pour elle-même.
Alors un étrange chat violacé et rayé traversa le terrain de cricket pour lui voler le hérisson qui lui servait de balle. Ce dernier disparue, sa proie entre ses pattes, ne laissant derrière lui que son large sourire de dents pointues narguer le tyran de ces lieux.
« Qu'on lui coupe la tête ! », ordonna Cora.
Alors un paquet de cartes accourut à toutes jambes, armées de lances dont l'on pouvait apercevoir les armoiries en forme de cœur. Le Pays des Merveilles était un lieu digne de sa magnificence et de son intellect.
Regina ferma les yeux quelques instants et chassa ce... ''souvenir'' brumeux qui concernait sa mère. Emma remarqua ce geste peu banal de sa part et se demanda si elle souffrait d'un mal de tête. Sa mémoire commençait de plus en plus à lui jouer des tours...
