4. Culture différente, autres croyances

"Qui est cette femme qui nous regarde avec insistance? Ne serait-ce pas Laura Roslin, la secrétaire à l'éducation? Peut-être a-t-elle reconnu Gaius. Après tout, il est un ami du chef de son gouvernement. Elle doit déjà l'avoir rencontré..." Gaius et Numéro six venaient de se retrouver sur la place du marché de Caprica City. Ils s'étaient embrassés avec insistance, puis s'étaient mis en marche, bras dessus bras dessous, au long des allées de la place. Numéro six avait remarqué du coin de l'oeil cette femme qui les suivait du regard et qui semblait s'en ficher d'être surprise en flagrant délit de voyeurisme. Elle aurait pu trouver assez regrettable d'avoir été surprise aux bras de Gaius. Cela aurait pu compromettre le plan. Mais quoi qu'il arrive, demain cette femme, comme tous les autres coloniaux, serait vaporisée par les armes nucléaires cylon. Personne n'échapperait à l'attaque...

- Ca t'intéressera peut-être de connaître le résultat final du projet CNP? lui demanda Gaius. Efficacité et rendement proches de quatre-vingt-quinze pourcents de la flotte. Non n'applaudissez pas, je vous en prie.

Qu'il était sûr de son propre génie. Toujours à s'envoyer des fleurs. S'il n'avait pas été aussi sexy dans ces moments-là, Numéro six lui aurait bien tordu le cou!!

- Aucun applaudissement pour moi? lui demanda-t-elle en guise de réponse. Je ne crois pas que tu aurais pu terminer le projet sans moi.

- Oui, c'est vrai que tu m'as un peu aidé.

- J'ai seulement refait la moitié de tes algorithmes.

- Très bien, j'admets que tu m'as beaucoup aidé, mais n'oublie pas ce que tu as eu en échange. Grâce à moi, tu as pu consulter l'ordinateur central de la défense. Ca doit donner un gros avantage pour discuter le contrat de l'an prochain.

Quelle naïveté. Il avait donc réellement cru ce bobard? De toute façon, si elle avait vraiment utilisé des données confidentielles pour négocier un contrat, il pouvait déjà être qualifié de traître. S'en rendait-il seulement compte? Ou bien s'en fichait-il totalement? Il semblait vraiment que les hommes étaient faciles à manipuler. Une belle femme se présentait devant eux, et ils n'avaient plus aucune volonté. Comme si la beauté était un gage de confiance! Et de ce point de vue, Gaius était un spécimen extrêmement masculin! Que c'était étrange de voir à quel point il était capable d'occulter à sa propre conscience les erreurs qu'il avait commises!

- Tu sais que ce n'est pas vraiment pour ça que je l'ai fait, lui dit-elle.

- Non, tu l'as fait parce que tu m'aimes.

"Oui Gaius, je t'aime. Mais si tu savais pourquoi je l'ai fait, tu me détesterais!" pensa-t-elle avec une pointe de chagrin.

- C'est vrai, répondit-elle finalement, et aussi parce que Dieu voulait que je t'aide.

- Oui, Dieu t'a parlé, c'est ça. Vous discutez tous les deux.

Elle avait fait croire à Gaius qu'elle faisait partie d'une secte fortement minoritaire dont les adeptes croyaient à un dieu unique. Il ne pouvait pas le savoir, mais cette religion était originaire de la Terre, à l'époque où elle était encore peuplée d'humains. A l'époque, les religions monothéistes avaient supplanté les religions polythéistes dans la plupart des régions du monde. Quelques adeptes de ces religions avaient fait perdurer les anciennes traditions parmi les coloniaux. Mais l'écrasante majorité d'entre eux vénéraient les Dieux de Kobol...

- Il ne m'a pas parlé au sens littéral du mot. Tu ne dois pas te moquer de ma foi.

"Quand on connaît son Dieu, on ne peut que croire en lui, Gaius" ajouta-t-elle en pensées.

- Je suis désolé. Je ne suis pas quelqu'un de croyant.

- Ca t'embête que moi je le sois?

- Non, ce qui m'étonne un peu, c'est qu'une femme aussi ravissante et intelligente que toi puisses se laisser avoir par tous ces mysticismes et ces superstitions. Mais, je suis prêt à passer outre vu que tu as certaines qualités irrésistibles.

"Si tu savais Gaius! Ton manque de foi est consternant. Oui, mon Dieu m'a parlé. Et il m'a expliqué tout ce que je devais savoir!" Elle rappela alors le souvenir de ce tête à tête émouvant avec Hercule. A cette époque, les préparatifs en vue du départ de la flotte cylon allaient bon train. Elle avait été assignée à bord d'un vaisseau de résurrection. Son rôle était d'accompagner les ressuscités et de les aider à surmonter la difficile période de désorientation qui faisait suite au réveil. Mais Hercule avait une autre mission à lui confier.

- J'ai besoin d'un modèle six pour se charger d'une mission capitale. Peut-être la plus importante de toutes.

Comme à son habitude, il marqua une pause théâtrale et fit quelques pas à travers la pièce, comme pour réfléchir. Mais bien sûr, Numéro six n'était pas dupe. Hercule était capable de prendre des décisions en quelques millièmes de secondes et ne perdait pas de temps pour ses réflexions!

- Vu tes excellents états de services durant la guerre que vous avez livré contre ces humains, reprit-il finalement, j'ai décidé de te désigner pour t'en occuper.

- De quelle importante mission s'agit-il? se risqua-t-elle à demander.

- Quelques-uns parmi vous partiront en éclaireurs. Leur rôle sera de préparer le terrain pour l'attaque principale. Toi, en particulier, tu devras remplir la plus importante de ces missions...

Il se mit face à elle et la fixa de ses deux énormes yeux à facettes.

- Tu devras pénétrer l'ordinateur de la défense. Les humains ont appris au cours de la guerre à se protéger de vos virus informatiques. Ils ont compris que c'était là leur principale faiblesse. Le seul moyen de passer outre les sécurités mises en place, c'est de l'attaquer de l'intérieur!

Elle ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir.

- De l'intérieur? demanda-t-elle bêtement.

- Oui. Tu devras pénétrer le quartier général de la flotte colonial sur Caprica et te relier à cet ordinateur. Alors tu pourras y introduire le virus que nous allons télécharger en toi.

- Mais mon Dieu, comment voulez-vous que j'entre dans ce quartier général? Il doit être fortifié...

Il la regardait toujours avec insistance et ses yeux à facettes semblaient grossir de plus en plus! Involontairement, elle eut un léger mouvement de recul.

- Il y a un scientifique du nom de Gaius Baltar, lui répondit-il finalement. Il a l'accès complet à ce système. Et d'après les rapports que nous avons reçu, il a un point faible que nous pouvons exploiter...

Il marqua à nouveau une pause, s'éloignant de quelques pas. Elle en profita pour se détendre un peu. Puis il se tourna à nouveau vers elle.

- Et exploiter ce point faible est tout à fait dans tes cordes, ajouta-t-il alors.

Elle revint à elle et s'aperçut que Gaius la fixait, tentant probablement de comprendre la raison de la courte absence de la jeune femme.

- Il faut que j'y aille, lui dit-elle. Un rendez-vous important.

- Vraiment? Avec qui? Je te préviens, je suis jaloux.

- Ca vois-tu, ça m'étonnerait!

Elle s'amusait de constater qu'il croyait vraiment la duper. Gaius jaloux? C'était une plaisanterie. Par contre, elle n'avait pas l'intention de lui révéler avec qui elle avait ce précieux rendez-vous... Gaius de son côté comprit que son mensonge n'avait pas porté ses fruits et s'en voulut un peu d'avoir sous-estimé l'intelligence de sa jeune maîtresse.

- Pointilleuse... Bon en fait j'ai un rendez-vous important... d'affaires. Oui, un nouveau projet que je dois faire pour la défense. Bon ben sur ce, il faut que j'y aille.

Il l'embrassa furtivement et commença à s'éloigner.

- Tu m'appelles plus tard? D'accord? ajouta-t-il en se retournant.

Elle resta sur place et le regarda partir. Un rendez-vous important? Un nouveau projet? Mais elle savait exactement de quoi il s'agissait. Ce serait le déclencheur. A partir de là, plus rien ne pourrait empêcher les évènements de se produire.

- Il était temps, chuchota-t-elle. Je me demandais quand tu en viendrais là...