La journée du lendemain avait été étrange pour Hermione, qui se demandait pourquoi elle était d'humeur aussi maussade alors que tout était censé aller pour le mieux. Elle avait rendu ses devoirs en se faisant complimenter par les professeurs -sauf Rogue bien entendu, qui avait retiré dix points à Gryffondor parce que la jeune femme avait répondu à une question sans lever la main-, elle avait passé du temps avec Harry et Ron et ensembles ils étaient même allés rendre visite à Hagrid dans l'après-midi. Après avoir pris le thé avec lui et mangé ses biscuits rassis en parlant de tout et rien, Hermione avait insisté pour emmener les garçons dans le parc, souhaitant leur confier quelque chose qui lui pesait peut-être un peu trop sur la conscience depuis la veille. Elle avait attendu qu'ils soient tous les trois assis dans l'herbe au pied d'un vieux chêne pour se racler la gorge et leur livrer ce qui la contrariait.

- "J'ai fait quelque chose de mal hier." dit-elle en prenant un air sérieux qui donna la chair de poule à Ron et Harry.

- "Tu peux être plus explicite ?" demanda Harry, curieux de savoir de quoi elle voulait parler.

- "Tu es arrivée en retard à un cours ?" plaisanta le rouquin avant de se faire interrompre par un coup de coude de son ami.

- "Si ce n'était que ça ..." soupira la brune en levant les yeux au ciel. "Hier c'est en partie grâce à moi si vous avez gagné le match. Enfin, je ne vais pas tourner autour du pot, c'est moi qui ai fait tomber Malefoy, voilà. Je voulais me venger pour le cours de potions et j'ai pensé que lui lancer un sort de confusion en plein match pourrait être une bonne idée pour l'humilier, mais ça ne s'est pas vraiment passé comme je l'espérais."

Hermione fronça les sourcils en voyant des sourires apparaître sur les visages de ses amis et elle croisa les bras sur sa poitrine, ne comprenant décidément pas ce qu'il y avait de drôle ici. Pourquoi riaient-ils ? Elle leur confiait qu'elle se sentait un peu coupable et eux prenaient ça à la rigolade, il y avait de quoi se poser des questions.

- "Hermione, tu te tracasses vraiment pour rien !" dit Ron en souriant. "Tu devrais plutôt être fière de toi !"

- "Vraiment ? C'est loin d'être le cas." répondit-elle amèrement.

- "C'est vrai que vu sous cet angle, notre victoire n'était pas vraiment méritée." corrigea Harry. "Mais avec ou sans Malefoy, on gagnait haut la main."

- "C'est vrai." confirma le rouquin. "Et puis Malefoy n'est qu'un pauvre type, c'est bien fait."

- "Vous êtes incorrigibles, par Merlin, je me doutais que vous réagiriez comme ça. Enfin peu importe. Je me sens mieux après vous l'avoir dit, Ginny était la seule à être au courant." expliqua Hermione.

- "Mais je ne comprends toujours pas ce qui te gêne, Hermione." intervint Harry en faisant machinalement rouler sa baguette entre ses doigts. "Pourquoi tu t'en veux d'avoir causé du tord à Malefoy ? Tu le détestes autant que nous."

- "Je le déteste, oui. Mais je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir un peu pour cette blague qui a mal tourné. Hier quand je suis allée le voir à l'infirmerie pour m'excuser il a été fidèle à lui-même, il a été odieux et méchant."

- "Alors c'est réglé, arrête d'y penser." dit Ron. "Tu crois qu'il s'en est voulu quand il t'as renversé le jus de plantes sur la tête en cours de potions ? Je ne pense pas."

- "Tu as raison, Ron. C'est un idiot fini." confirma la brune en retrouvant un peu de sa bonne humeur.

Les trois Gryffondors restèrent un long moment dans le parc, parlant de leurs doutes à propos de Drago et du comportement différent de Rogue qui avait l'air préoccupé depuis la rentrée. Malgré le fait qu'il ait obtenu le poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal qu'il convoitait tant, il avait l'air encore plus irritable que d'habitude et couvait Drago encore plus qu'avant, même si ça n'avait pas l'air d'être du goût de ce dernier. Harry avait décidé ensuite que c'était le moment opportun pour révéler lui aussi quelques choses à son propos, et il avait révélé à ses meilleurs amis le fait qu'il avait reçu un message de Dumbledore au matin, l'enjoignant d'aller le retrouver un soir dans son bureau au cours de la semaine à venir.

- "Pourquoi voudrait-il te donner des 'cours particuliers' comme tu dis ?" l'interrogea Hermione d'un air dubitatif.

- "Je n'en sais rien, mais en tout cas ça doit être important et je suis impatient de savoir." répondit Harry avec un léger sourire.

Le fond de l'air s'était rafraîchi et les trois amis décidèrent qu'il était temps de rentrer, pour monter dans leur salle commune et faire leurs devoirs avant le repas dans la Grande Salle. Sur le chemin, Ron n'avait eu de cesse de se plaindre et il avait râlé sans discontinuer, pour le plus grand malheur d'Hermione qui en avait marre de l'entendre geindre.

- "Ronald, tu es vraiment le pire des fainéants !" lui reprocha-t-elle lorsqu'ils franchirent le portrait de la Grosse Dame.

- "Je ne suis pas aussi bosseur que toi, rat de bibliothèque !" se défendit aussitôt Ron. "On a une tonne de devoirs ! D'abord Flitwick qui nous a donné une dissertation sur le sort du Bouclier, ..."

- "... et le professeur Chourave qui veut un exposé sur les Champiplosifs, puis Rogue qui fait un contrôle sur les créatures nuisives et nocturnes, ..." poursuivit Harry.

- "... et puis aussi Slughorn qui veut un échantillon d'Amortensia." compléta la brune d'un air exaspéré. "Oui, je sais, j'ai les mêmes devoirs que vous ou presque, si ce n'est que j'en ai encore plus. Et j'adore travailler !"

- "On ne la changera jamais ..." soupira Ron qui s'installait dans un fauteuil de la salle commune avec un parchemin sur les genoux.

Les révisions furent brèves et bâclées par les garçons, écopant chacun d'un regard meurtrier d'Hermione qui veillait au grain à ce qu'ils soient un minimum studieux au cours de cette sixième année. Finalement, une heure plus tard les Gryffondors se rendirent en bas du château pour dîner, et en passant entre les longues tables pour s'installer Hermione jeta un bref regard circulaire dans la Grande Salle, sans trouver les cheveux blond platine d'un certain Serpentard. Drago n'était pas là, alors que tous ses camarades étaient installés. Pour Hermione, c'était étrange de ne pas sentir son regard froid et méprisant posé sur elle, la foudroyant du regard ; ça en viendrait presque à lui manquer.

La semaine avait passé vite, plus vite que de coutume d'ailleurs. Drago n'était plus à l'infirmerie mais depuis qu'il en était sorti il paraissait désorienté, et désintéressé de tout. Il n'embêtait même plus les autres élèves et hochait la tête d'un air vague en sortant des réponses toutes faites et peu crédibles lorsqu'on lui posait une question. Même Pansy avait cessé de le coller en permanence, intimidée par son renfermement soudain et ses yeux gris à faire froid dans le dos. Sa mission n'avançait pas d'un pouce, et le blond en désespérait, sentant l'étau se resserrer sur lui. Il était censé assassiner Dumbledore et introduire des Mangemorts dans l'école : autrement dit, ici, il était seul contre tous. On lui avait parlé, juste avant la rentrée, d'une Armoire à Disparaître chez Barjow&Beurk et cela avait attisé sa curiosité, lui rappelant un fait divers qui avait eu lieu à Poudlard et qui pourrait bien être la solution à son problème : il y avait aussi une armoire magique de ce type au sein de l'école, puisqu'un élève de Serpentard y était resté coincé plusieurs heures et avait raconté sa mésaventure à ses amis. Drago avait pensé à tenter de les relier l'une à l'autre, mais pour l'instant il n'avait aucune d'idée de comment s'y prendre et l'avancée de sa mission piétinait.

Le matin, il avait reçu un hibou de sa mère, qui lui annonçait qu'elle viendrait le chercher à onze heures précises pour l'emmener au manoir des Malefoy, leur résidence familiale. Bien qu'elle n'en précisait pas le motif, Drago se doutait que l'ordre émanait de son père, qui s'était enfui d'Azkaban tout récemment avec d'autres détenus. Sans qu'il sache pourquoi, une boule d'angoisse nouait sa gorge et Drago se demandait vraiment pourquoi on tenait à ce qu'il revienne à la maison. C'était forcément quelque chose d'important. Drago s'était rendu au bureau de Dumbledore dans la matinée pour demander l'autorisation de sortir, et pendant leur brève entrevue pas une seule fois il n'osa relever les yeux vers le vieil homme. Se dire que bientôt il devrait le tuer le remplissait d'horreur et d'angoisse. Il n'était clairement pas prêt.

Narcissa Malefoy vint le chercher à l'heure convenue en l'attendant derrière l'immense portail de Poudlard, et Drago avait retrouvé sa mère avec une certaine appréhension, se demandant ce qui allait se passer. Elle lui avait embrassé tendrement la joue avant de transplaner avec lui jusqu'à leur manoir, débarquant dans la grande allée lugubre qui menait à la propriété. Narcissa avait à présent une expression attristée et elle posa doucement sa main sur l'épaule de son fils, se penchant légèrement pour lui murmurer quelque chose à voix basse.

- "C'est ton père qui m'envoie te chercher, Drago." confia-t-elle d'une voix teintée d'inquiétude.

- "Je l'aurais parié."

- "Il veut savoir comment avance ta mission car tu sais bien que notre sort dépend de ta réussite."

- "Mais ... ça fait à peine une semaine que je suis retourné à Poudlard !" s'offusqua Drago, désormais clairement inquiet. "Je n'ai rien pu faire ! Sans compter que j'ai été blessé au Quidditch, comment aurais-je pu faire quoi que ce soit ?!"

- "Je suis désolée, Drago." soupira Narcissa. "Tu sais bien comment est ton père ... je n'ai pas eu le choix. Il est terrorisé par l'idée de mourir de la main du Seigneur des Ténèbres."

- "Je suis terrorisé aussi !" se défendit le jeune homme, craignant de faire face à son père.

Sa mère pressa plus fortement son épaule, aussi inquiète que lui, et ensembles ils pénétrèrent dans le manoir sombre et sinistre. Quelques bougies et lampes étaient allumées ici et là, et les deux silhouettes se rendirent dans le vaste salon où la figure paternelle se trouvait, semblant attendre leur venue. Lucius avait bien changé depuis son incarcération à Azkaban, et Drago était bien peiné d'avouer qu'il avait perdu de son charisme et de sa superbe. Une barbe mal rasée mangeait son visage fatigué, ses cheveux longs et lisses autrefois si bien entretenus étaient ternes et gras, et ses yeux injectés de sang trahissaient l'anxiété et les peurs en lui. Lucius Malefoy n'avait plus rien de celui qu'il était il y a quelques années.

- "Drago." le salua son père d'un ton ferme.

- "Bonjour, père."

- "Tu as l'air en pleine forme, mon fils."

- "J'y suis, père." répondit le jeune homme avec humilité.

- "Comment se déroule la mission que t'as confié le Seigneur des Ténèbres ?" demanda Lucius d'un ton impérieux.

Drago cilla, répugnant à mentir à son père à ce propos. Comment réagirait-il s'il lui apprenait qu'en réalité il n'avait pas progressé d'un chouïa ? Plutôt que mentir ouvertement, il préféra opter pour une réponse évasive, qui ne l'engageait à rien.

- "Ça se passe bien. Je n'ai eu qu'une semaine pour le moment, alors ..." hésita Drago d'un air incertain, tête basse.

- "En es-tu sûr ?" le coupa son père avec brusquerie.

Tétanisé, le jeune homme voyait son père agiter un flacon dans sa main, qui contenait un liquide transparent et clair comme de l'eau de roche. Il n'avait pas besoin d'y regarder de plus près pour comprendre ce que c'était : Lucius comptait utiliser du Veritaserum sur lui afin qu'il soit certain d'entendre la vérité sortir de sa bouche. Et Merlin sait que Drago était au courant que son père détestait les mensonges au sein de sa famille. Ce ne serait pas la première fois qu'il ferait usage de cette potion sur lui.

- "Ouvre la bouche." dit sèchement Lucius.

Se tenant en retrait, Narcissa observait la scène en silence, s'en voulant de laisser son fils seul avec son père enragé ; si elle s'interposait, elle risquait de le regretter et craignait les foudres de Lucius plus que tout. Femme soumise et dévouée à son mari, elle chérissait pourtant Drago plus que n'importe quoi dans le monde et chaque punition prodiguée par Lucius était comme un coup porté à son coeur. Drago avait obéi à son père et il avait avalé la potion, son regard devenant soudain plus vague, comme s'il rêvassait.

- "Reprenons. Drago, ta mission pour notre seigneur progresse-t-elle ?" demanda Lucius en le fixant intensément.

- "Non." répondit le blond mécaniquement.

- "As-tu appris quoi que ce soit sur les projets de Dumbledore ?"

- "Non plus." répondit Drago.

- "Te souviens-tu de ce que je t'ai dit avant ta rentrée à Poudlard ?"

- "Oui. Ma mission est primordiale et le Seigneur des Ténèbres compte sur moi pour la mener à bien."

- "Exactement. Et peux-tu m'expliquer pourquoi tu ne te donnes pas les moyens de l'accomplir, dans ce cas ?" assena soudain son père en haussant le ton.

- "J'ai peur."

La vérité avait jailli sous l'effet de la potion, et en plus d'être fou de rage à cause de l'incompétence de son fils, Lucius avait honte d'avoir engendré un jeune homme apeuré qui redoutait sa mission. Comment était-ce possible de déshonorer autant sa famille ? Narcissa retint un cri étouffé quand Lucius pointa sa baguette sur Drago, les traits déformés par la colère.

- "Endoloris !"

La silhouette du jeune homme s'effondra brusquement à terre, à quatre pattes en suffoquant tandis que le sortilège lui infligeait une douleur intolérable.

- "Tu te rends compte que ton incapacité va tous nous mener à la mort ?! Il nous tuera, tous les trois !" hurlait-il avec véhémence. "Qu'est-ce que tu attends pour te remuer, Drago ?!"

- "Lucius, arrête !" intervint Narcissa d'un air suppliant.

Voir son fils prostré au sol lui fendait le coeur et elle aurait donné n'importe quoi pour subir la punition à sa place, mais visiblement Lucius en avait vraiment après lui. Les sortilèges impardonnables pleuvaient et Drago cessa d'hurler de douleur, trop endolori pour protester. Narcissa s'approcha alors de Lucius et lui fit baisser sa baguette d'une main hésitante, voyant que lui aussi était totalement perturbé. Il semblait réaliser ce qu'il venait de faire et il regardait son fils d'un air vide, avant de venir se planter devant lui.

- "Je compte sur toi maintenant. Ne me déçois plus, Drago. Tu dois faire honneur à ton nom de famille, tu es un Malefoy." lui dit-il d'un ton monocorde avant de sortir de la pièce. "Hors de ma vue."

Drago eut le temps de reprendre petit à petit son souffle et il resta là à haleter, l'effet du Veritaserum se dissipant, tandis que sa mère était penchée sur lui, effleurant sa joue du bout des doigts. Rien n'avait changé, dès qu'il décevait les attentes paternelles il se faisait punir de la façon la plus cruelle qui soit. Son père se comportait en tyran. Enfant, il avait déjà subi nombre de moments similaires, et avait connu l'humiliation et la soumission très jeune. C'est peut-être pour ça qu'il agissait ainsi à Poudlard, l'école étant le seul endroit où il pouvait exercer sa domination sur autrui. Sa mère le releva et le serra contre elle, sentant son souffle rapide sur sa poitrine.

- "Je vais te ramener à Poudlard." dit-elle avant de baisser le ton. "Là-bas au moins, tu es hors de portée de ton père."

- "Mère ... et s'il te fait du mal ?" demanda le jeune homme.

- "Je m'en fiche tant que tu es en sécurité pour le moment. Et puis je sais comment agir avec Lucius, ne t'en fais pas Drago." confia Narcissa en souriant pour le rassurer.

Elle lui tendit son bras et tous deux transplanèrent à nouveau pour arriver devant Poudlard, le blond adressant un regard indéchiffrable à sa mère.

- "Écris-moi régulièrement, et prends soin de toi." recommanda-t-il en s'avançant vers le portail.

- "Je n'y manquerai pas, Drago."

C'est un Drago encore plus tourmenté qui pénétra dans l'école, n'adressant pas le moindre regard à quiconque croisait son chemin. Il revenait pour manger puisqu'en fin de compte sa visite au manoir n'avait pas duré plus d'une heure, mais il n'avait pas envie d'avaler quoi que ce soit et préféra se rendre dans la salle commune des Serpentards, croisant Crabbe et Goyle en chemin qui l'interceptèrent d'un air anxieux.

- "Drago, ça va vieux, t'étais passé où ?"

- "T'as l'air d'un cadavre." renchérit Goyle.

- "Tout va bien, tout va bien." les rassura Drago. "Je vais m'allonger un peu, inutile de m'attendre en cours cette après-midi, je me sens fatigué. On se voit ce soir."

Il les planta superbement en continuant son chemin et les deux garçons haussèrent les épaules en se regardant avant de se rendre dans la Grande Salle. Quand Drago pénétra dans la salle commune, il fut soulagé de constater qu'elle était vide et il la traversa hâtivement pour se rendre dans le dortoir, mourant d'envie de s'allonger sur son lit et ne plus penser à rien. Il avait besoin de réfléchir, il devait faire le point et trouver un nouvel angle d'approche concernant sa mission, faute de quoi il était dans de sales draps. Trop de pression pesait sur ses épaules, et avec les remontrances de son père, il craignait vraiment de ne pas être à la hauteur. Une fois sur son lit, il enfouit son visage dans l'oreiller et ferma les yeux, se jurant de s'y mettre à fond dès le lendemain. Il n'avait pas le droit à l'erreur, il en allait de la survie de sa famille.