Edward
Chapitre 2 : Une petite erreur
Je clignai des yeux, lentement, laissant mes pupilles s'habituer à la lumière du lustre au dessus de ma tête. Mon crane me faisait un mal de chien, j'étais étendu par terre sur le dos, les paumes ouvertes. Mon souffle était saccadé, haletant. Je poussai un gémissement en tentant de soulever mon bras vers ma tête. Derrière moi j'entendis un léger sursaut suivit d'une respiration subitement accélérée. Ma mémoire revint petit à petit : J'avais ouvert la porte de mon nouvel appartement, et j'étais tombé nez à nez avec cette fille, une grande brune, qui avait littéralement sursauté lorsque j'étais entré, elle avait une batte de base-ball à la main et semblait terrifiée. Quelques instants plus tard, la batte s'était abattue sur mon crane et j'étais tombé, inerte.
Doucement, je tentai de m'assoir, j'étais encore confus, mais le mal de tête commençait à se dissiper. Dans mon dos des pas s'approchèrent, hésitants. Craignant que ce soit la fille avec la batte, je me relevai précipitamment, pour lui faire face, je ne voulais pas risquer un second coup sur la tête ! Mais la rapidité de mon geste me fit tourner la tête, et je manquai de tomber par terre une fois encore. Alors que je vacillais, risquant la chute, la jeune fille me rattrapa, et me fit m'assoir dans le canapé. Son geste me surprit, mais je me sentais trop mal en point pour m'en intriguer. Étrangement, elle relâcha son emprise sur sa batte et s'assit en face de moi, je ne comprenais décidément rien, la minute d'avant elle m'attaquait violemment et là elle semblait me traiter comme une connaissance, pourtant je n'avais jamais vu cette fille, j'en étais certain. Elle me regardait, l'air désolé, et le rouge aux joues, attendant que je reprenne mes esprits.
-Je suis vraiment désolée, dit-elle, je vous ai pris pour un cambrioleur, je ne m'attendais pas à vous voir un jour, le notaire m'avait dit que vous habitiez à l'étranger et que vous ne reveniez quasiment jamais ici.
Elle remarqua certainement que je la dévisageais car son visage rougissant se changea en une expression étrange, mélange de surprise et d'inquiétude.
-Ca va aller, vous n'êtes pas blessé ? Enchaina-t-elle, j'aurais bien voulu vous proposer de la glace pour votre tête mais j'ai emménagé aujourd'hui et je n'ai pas encore de réfrigérateur.
-Vous avez quoi ? M'exclamai-je soudainement
-J'ai emménagé aujourd'hui, répéta-t-elle. Le notaire ne vous a pas prévenu ?
-Attendez un peu, vous parlez de quoi, quel notaire ? Et c'est quoi cette histoire d'emménagement ?
-Vous n'êtes pas le propriétaire de l'appartement ? S'étonna-t-elle en me dévisageant
-Eh bien, non, même si...
-Alors vous êtes qui, et qu'est-ce que vous faites chez moi ? Me coupa-t-elle en se levant, resserrant sa prise sur la batte.
D'un bond, je me relevai du canapé.
-Écoutez-moi, je n'ai aucune intention de vous voler où de vous faire du mal, alors s'il vous plait lâchez cette arme.
Elle resta quelques instants indécise, les bras en l'air, la batte entre les mains puis elle se décida finalement et la posa sur le canapé. En croisant les bras, elle me regarda droit dans les yeux, la dureté des siens ne m'empêcha pas de remarquer la jolie couleur chocolat qu'ils arboraient. Visiblement, elle attendait que je prenne la parole.
-Je crois qu'il y a un malentendu, j'ai signé la location de cet appartement il y a deux semaines et je devais m'installer ce week-end.
-Il y a surement une erreur, comme je vous l'ai dit, j'ai emménagé aujourd'hui et mon bail ne précisait absolument pas que j'allais avoir un colocataire. M'expliqua-t-elle plus détendue que précédemment.
Elle regardait dans le vide tout en réfléchissant. Alors qu'elle replaçait une de ses mèches derrière son oreille, un éclair traversa ses yeux.
-Attendez un peu...
Elle se précipita sur une petite pile de cartons qui se trouvait en face de la porte, et ouvrit l'un d'eux, déballant des livres, des dossiers et des magazines. Je remarquai au passage que la majorité de ses lectures portaient sur la photographie. Je tentai de déchiffrer le nom d'un photographe qui figurait en couverture d'un recueil posé sur la table lorsqu'elle poussa un petit cris satisfait, m'indiquant qu'elle avait trouvé ce qu'elle cherchait.
-Voila, regardez, c'est mon acte de location, vous avez le vôtre ?
Je fouillai dans la poche arrière de mon jean et trouvai le papier complètement froissé. Nous examinâmes soigneusement les deux contrats, ils étaient rigoureusement identiques, de plus aucun des deux n'indiquait la présence d'un ou d'une colocataire.
-Je ne comprends pas, dit-elle, cela me parait un peu gros pour une erreur.
-Oui, c'est louche.
Nous gardâmes le silence pendant quelques minutes, réfléchissant à toutes les éventualités qui auraient pu entrainer cette situation, mais notre réflexion fut infructueuse. Un bâillement de la jeune fille me fit sortir de mes pensées. Elle regarda l'horloge fixée au mur et je l'accompagnai dans ce geste. Il étais plus de 22h30.
-Bon, de toute façon, il est trop tard pour qu'on règle cette histoire ce soir. Demain, j'appellerai le notaire pour le prévenir de cet incident, et ensuite nous aviserons.
-Oui, vous avez surement raison. Acquiesça-t-elle somnolente.
-Par contre...euh...Comment fait-on pour ce soir ? Je n'ai pas d'autre endroit où dormir dans le coin, mes parents habitent à deux heures de route et je n'ai vraiment pas le courage de...
-Oh, prenez le canapé s'écria-t-elle, il est plutôt confortable vous verrez. Je suis vraiment désolée, je n'ai pas d'autre lit.
-Ça ira très bien, merci beaucoup.
-Et puis, c'est un peu chez vous ici, après tout.
Elle me donna une couverture et un coussin. Ils dégageaient tous deux une très agréable odeur de fraise, je la remerciai une seconde fois pour son hospitalité.
-Vraiment ça ne me dérange pas. Si vous avez faim demain matin, n'hésitez pas à vous servir, je n'ai pas grand-chose, mais pour demain ça suffira. Oh, et les toilettes sont juste là. Me précisa-t-elle en indiquant une porte.
-Merci !
-Bon, je vais me coucher, je suis exténuée, bonne nuit !
-Bonne nuit !
Elle passa la porte de la salle de bain en baillant. Mais une poignée de seconde plus tard, elle réapparut dans l'encadrement de la porte. Elle s'approcha, la main tendue vers moi.
-Au fait, moi c'est Isabella, Isabella Swan.
-Edward, Edward Cullen, enchanté ! Répondis-je en lui serrant la main.
