Bonjour ou Bonsoir à tous !

Après presque un an, je reviens pour vous offrir la suite de cette histoire sans promesse, malheureusement, qu'elle aura sa conclusion cet été. Un jour, oui. Mais peu de chance que cela arrive dans les prochains mois. Depuis que j'ai repris l'école, je ne trouve le temps pour écrire que durant l'été malheureusement. Pourtant, Dieu sait qu'écrire est quelque chose d'important pour moi. Mais les cours sont devenus ma priorité numéro 1. Ils demandent énormément de mon temps depuis deux ans et les choses resteront ainsi pour les trois prochaines années... si tout va bien et que je n'ai pas à retaper une année... c'est à espérer ! :)

En tout cas, trois chapitres sont déjà écrits (incluant celui-ci) que je publierai à une semaine d'intervalle en espérant qu'arrivé à la troisième semaine j'aurai réussi à terminer le chapitre 7 et commencer le 8. Encore une fois, je ne peux rien promettre. En plus, je serai sans ordinateur pendant trois semaine en août et cela risque de me retarder.

J'espère que cette suite vous plaira. J'espère ne pas vous perdre. J'essaie avec cette histoire de créer un scénario fourni pour rendre honneur aux livres, à les séries et aux personnage - tout spécialement à Jaime et Brienne!

Je me suis un peu inspiré de l'arc narratif de Stoneheart pour ce chapitre et pour la storyline d'un personnage en particulier, avec d'important changement, bien évidemment, comme vous pourrez le remarquer. Je voulais par ailleurs voir quelle différence cela pourrait engendrer si ce fameux personnage avait eu quelques alliés...

Mais je n'en dit pas plus et espère pour vous - et pour moi ^^ - une bonne lecture !


Chapitre 4 : Le Nœud Coulant du Neck

Brienne

Les marais étaient un labyrinthe sans murs, sans repères, sans détours, sans recours. Brienne ne repérait rien qui ne puisse lui indiquer où il se trouvait, d'où ils venaient et où ils allaient. La brume épaisse et étendue cachait le soleil si bien qu'elle ignorait s'ils se dirigeaient au Nord, Sud, Est ou Ouest. Elle avait cru qu'il les amènerait immédiatement chez les Freys, Podrick et elle. Mais les quatre soldats qui les avaient surpris de nuit avaient préférés s'enfoncer dans les marais, à l'Est de la position de leur camps au lieu de redescendre au Sud et de rejoindre les Jumeaux. Pourquoi prendre le risque de traverser les marais ? Tout se ressemblait ici. Le marais bougeait tant qu'il paraissait presque vivant, capable de résonner par lui-même pour mieux perdre et s'emparer de tout intrus à ces terres hostiles, nauséabondes, et malgré tout, presque sacrées. Une terre de mystère et de secrets qu'elle préférait quitter. Elle laissait la curiosité à d'autres ! Être curieux sur les terres de Westeros avait toutes les chances de raccourcir considérablement toute existence. Brienne avait déjà suffisamment de traits de caractères qui pouvaient lui coûter la vie : elle était donc reconnaissante que la curiosité n'en fasse pas partie. Si le Neck préférait préserver ses secrets, c'était probablement pour une bonne raison. Mieux valait laisser ces lieux en paix et éviter de s'enfoncer sur ces champs inhospitaliers. Elle pouvait voir à l'œil nu les mouvements de centaines d'îlots - si imprévisible lui semblait-t-il - qu'elle s'interrogeaient beaucoup sur les capacités qu'avaient les Freys à se repérer dans un tel bourbier. Pire, les soldats les escortant avançaient avec une telle facilité qu'elle les méprisa férocement comme Podrick et elle avaient, eux, beaucoup de difficulté à garder le rythme. C'était plus dur encore pour Podrick qui s'enfonçait jusqu'à la taille dans certains endroits. Pourtant, les Frey, soi plus petits ou de même taille que lui, n'affrontaient aucunes des peines de navigations du jeune Podrick.

"Ils sont à l'aise. Trop à l'aise.", elle songea avec suspicions.

Elle les guettait depuis plusieurs heures maintenant et plus les minutes s'égrenaient plus son instinct lui murmurait au départ et lui hurlait à présent que ces quatre soldats Freys n'étaient peut-être pas si loyaux à la maison à laquelle leur accoutrement sous entendait leur appartenance. N'importe quel idiot pouvait enfiler des vêtements d'une autre maison. Surtout qu'elle savait que plusieurs Freys avait été envoyés dans les marais pour trouver la maison seigneuriale d'Howland Reed. Quelque chose lui disait que certains de ses soldats y avaient trouvé autre chose. Ils avaient probablement été éliminés par les hommes du seigneur de Greywater Watch ou alors tués par les marais avant que les corps ne soient retrouvés sur les terres du Neck par les hommes qui portaient dorénavant leur tenue. Elle essaya de se souvenir de ces leçons de jeunesse avec Septa Roelle, elle qui avait passé sa jeunesse à la rabaisser et la réprimander pour sa lenteur d'esprit ou ses faiblesses de mémorisation. Brienne ressentit comme une victoire contre la vieille Septa acariâtre alors qu'elle se remémorait de nombreux détails, quinze ans plus tard, de l'étude des terres et seigneurs de Westeros bien que l'intérêt de ses leçons à des fins politiques l'avait laissé indifférente. Elle s'en souvenait seulement parce qu'elle voyait ces territoires de Westeros comme promesses d'aventures, de liberté, d'épisodes chevaleresques. Mais l'évidence était loin de combler ses rêves de petite fille candide. Elle n'avait jamais pensé qu'elle crapahuterait dans les eaux et îlots des marais du Neck, un écuyer avec elle, tous deux capturés par quatre soldats qui n'était finalement pas des Freys et dont les intentions étaient on ne peut plus mystérieuses. Elle n'avait jamais imaginé la portée des pérégrinations de son parcours influencé par le roi Renly, Lady Catelyn, Sir Jaime, Lady Sansa… Tant de personne liés, allié par nécessité ou ennemis des uns et des autres avec lesquels elle avait traversé maintes situations épineuses, voire infernales. Tout un voyage qui pouvait tout à fait prendre fin sous peu.

Elle contemplait la nuque de deux des soldats postés devant eux et se sentait constamment épiée par les deux autres marchant derrière Podrick et elle. Son épée lui manquait, c'était comme être en partie dénudé, fragile et soumise au regards désagréables et insultants. Elle observa une fois de plus le jeune garçon du coin de l'œil. Même au milieu de l'humidité glaçante du marais, des gouttes de transpirations perlaient au coin de son front. Elle aussi même si elle se savait moins éreinté que son jeune écuyer dont le souffle était erratique. Il semblait utiliser toutes les forces qu'il avait en lui pour réussir à mettre un pied devant l'autre. Elle aurait tant voulu demander une pause à leurs ravisseurs, s'arrêter ne serai-ce qu'une vingtaine de minutes sur un monticule de terre et en profiter pour révéler à Podrick ce qu'elle avait compris. Néanmoins, le jeune écuyer était peut-être sur la même piste qu'elle même si elle imaginait qu'il était probablement plus concentré sur ses capacités à avancer dans ces étendus sauvages et donc dangereuses.

Il quittèrent alors le sol moite et boueux des mottes pour patauger une fois de trop dans les marécages. Ces zones étaient les plus dangereuse du marais d'après eux et les soldats les avaient donc sommé, tout au début de leur périple de suivre chacun de leur mouvement. Elle comprit mieux l'importance de les suivre pas à pas lorsque le buste de Podrick disparu d'une seconde à l'autre sous la surface. Il avait dû s'écarter de la route du soldat qui marchait devant lui, trébuchant probablement sur une racine ou perdant tout simplement son équilibre. Son corps semblait avoir glissé dans une crevasse comme celui-ci était à présent englouti dans les eaux marécageuse jusqu'au bas du cou. Brienne chercha immédiatement sa main, hurlant aux soldats de lui venir en aide. Pris de panique, Podrick gesticula dans tous les sens et s'exclama sous la terreur :

- Ma jambe est bloqué ! Elle s'enfonce !

Il tenta de s'extraire dans la seconde mais cela n'eut pour effet que d'accélérer le processus alors qu'il s'enfonçait jusqu'au menton. Brienne trouva finalement sa main à laquelle il se cramponna comme un naufragé à un rocher. Elle le tira mais le garçon disparu un peu plus encore dans les flots mortel du marais. Elle avait vu l'inquiétude chez Podrick à plusieurs reprise mais jamais une telle terreur. Cette dernière accentua la sienne. Elle ne voulait pas le perdre. Elle refusait. Il était son écuyer, c'était à elle de lui enseigner et de le protéger. Elle ne voulait pas lui faire défauts. Elle ne voulait pour rien au monde que ses échecs ôte la vie à quelqu'un – surtout pas le garçon avec qui elle avait passé tous ces mois.

- Ne bouge plus et ne résiste pas ! Leur deux ravisseur qui ouvraient la marche dire d'une même voix. L'écho de leur ordre résonna dans chaque recoin de l'abîme qu'était le Neck. Podrick, habitué aux ordres, cessa tout mouvement.

- Et vous, le quarantenaire aux cheveux bruns qui avait tenu une lame sous sa gorge s'adressa à Brienne. Ne tirez plus !

Il garda tout son calme preuve avéré qu'il avait vécu cette situation très souvent et avait donc grandi dans cet environnement.

- Tenez le solidement et tirez à mon commandement. Pas avant.

Brienne ne comptait sûrement pas remettre en cause cet ordre ou contredire l'expérience des « Freys ». Elle hocha vigoureusement de la tête, assura une prise ferme avec ses deux mains sur le poignet et la main droite de Podrick. Elle capta le regard de ce dernier qui se relaxa légèrement lorsqu'il sembla saisir ce qui se cachait derrière la détermination de Brienne : elle ne le lâcherai pas. Se laisserait probablement couler mais ne lâcherait pas. L'homme d'une quarantaine d'année contourna alors Podrick, se positionna sur son flan gauche et souleva sa cape pour dévoiler, accrocher le long de sa cuisse, deux longs bout de bois d'au moins trois fois la taille du diamètre du pommeau de OeathKeeper ; presque la taille de son mollet. Au milieu de cette tige avait été imbriqué un fragment aplani de la forme d'un quadrilatère attaché par un mécanisme au tronc de l'outil.

Le soldat se débarrassa de sa cape qu'il tendit à l'un de ses compagnons. Il décrocha l'un des deux outils accrochés à sa ceinture et s'adressa d'abord à Podrick, avec plus de tact qu'auparavant, comme un soigneur calmerai un blessé avant de panser une grave blessure en lui expliquant pas à pas ce qu'il allait devoir faire.

- Je vais glisser le bout de bois le long de ta jambe, jusqu'à ce que la trouée s'élargisse. Une fois que le bâton se sera enfoncé plus profondément que ta jambe, il faudra que tu pose ton pied sur la plate-forme d'appui. Quand tu me verra tiré sur le bois comme pour le sortir de l'eau, le piège se resserra sur la partie la plus en profondeur. Mais pas pour longtemps. Et il y aura toujours une partie de ton mollet sur laquelle le piège fera pression. Il faudra y mettre toute tes forces pour dégager ta jambe. Mais l'appui t'aidera et la lady que tu sers– il scruta alors Brienne sérieusement – sera là pour te tirer de là.

Brienne hocha de la tête, promettant silencieusement à Podrick de ne pas le laisser tomber dans cet instant fatidique. L'homme plongea dans l'eau jusqu'au épaule, dût faire passer l'objet le long de la jambe de Podrick alors que celui-ci clamait entre ses dents, dans un murmure d'appréhension :

- Ça se desserre !

- Ton pied est sur l'appui ?

Podrick ne répondit pas tant que ce dernier ne s'y trouva pas. Les secondes s'étendaient. Brienne n'était que trop consciente de ses mains accrochées à lui, prêtes à bouger au commandement qu'elle désespérait d'entendre.

- Il y est !

- Bien. Milady ? Le soldat la prévint que l'ordre arrivait, se releva légèrement, s'assura une bonne prise sur le haut du bâton. Maintenant !

Dans la seconde, le soldat tira de toute ses forces sur l'instrument qui s'enfonçait avec une vitesse vertigineuse dans les eaux. Podrick gémit entre ses dents alors qu'il paraissait user de toute la dextérité qu'il avait en lui pour tirer sa jambe de ce guet-apens, lui causant inévitablement quelques douleurs. Brienne, elle, crut qu'elle disloquerait l'épaule de Podrick tant elle puisa dans toute ses forces pour le sortir de cette effrayante situation. Mais contrairement au premier essai, cette fois-ci, le corps de Podrick finit par se libérer des flots jusqu'à ce qu'elle réussisse à l'attraper par la taille et que les deux tombe à la renverse, leur corps allongés et à moitié ensevelie dans l'eau. Du coin de l'œil, elle guetta les soldats qui avaient regardé la scène avec passivité venir jusqu'à eux pour les aider rapidement à se remettre sur leurs jambes. Elle sentit l'eau couler dans son armure, imbiber ses vêtements et se répandre jusque dans ses bottes. Des algues, herbes et de la terres couvraient autant son armure que très certainement le reste de son anatomie. Ses sensations étaient particulièrement gênantes et l'odeur n'arrangerait rien. Le pauvre Podrick était dans un état plus lamentable encore.

- Quand on vous dit de suivre chacun de nos mouvements, ce n'est pas pour rien ! L'un des deux soldats qui ouvraient la marche avant cet arrêt « impromptu » s'exclama avec une certaine moquerie et un profond agacement qui irrita horriblement Brienne.

Elle sentit un rugissement monter en elle. S'ils avaient été plus clair sur les dangers qui pouvaient croiser leur route, Podrick et elle auraient pu se montrer plus prudent et rester suffisamment concentré sur les dangers possibles pour éviter la situation qui venait d'avoir lieu. Son écuyer n'aurait probablement pas risquer la mort.

- J'ai… J'ai juste perdu l'équilibre. J'ai basculé sur le côté. Ça devait être un pas… Voire deux. Il dit difficilement, les effets du choc ne s'était pas encore complètement dissipé. Je suis d...

- Ne t'excuse pas ! Brienne vociféra à l'attention de son écuyer. Tu n'es pas responsable Podrick. Elle regarda alors un à un les soldats. Ils le sont !

Sa réplique ne fut guère appréciée par les hommes qui lui tenaient tête. Mais elle ne les craignait plus. Elle était dorénavant certaine qu'il ne la blesserai pas. Podrick non plus s'il voulait s'assurer qu'elle abdique au mystère qui les maintenait en vie jusqu'ici. Une chose était sûre, il la voulait en vie et c'était, dans ces conditions, une notion tout à fait satisfaisante.

- Comment va ta jambe ?

Il tremblait encore, ne cherchait même pas à faire un pas dans n'importe laquelle des directions autour de lui pour voir si il pouvait marcher correctement. L'angoisse était trop imprégnée en lui pour qu'il puisse oser bouger et risquer encore une fois ce qui venait d'arriver. Le garçon n'osait rien dire alors qu'il pouvait voir les soldats dévisager Brienne qui n'avait d'intérêt que pour l'état de son écuyer.

- Je… Je vais bien. C'est juste engourdi.

- Ça passera.

Le soldats qui l'avait aidé à se sortir de ce guêpier fit sonner ces mots comme une conclusion et la nécessité de se remettre en marche. Mais Brienne sentit le besoin de mettre une bonne fois pour toute les choses au clair. Peut-être aurait-elle du garder cette information pour plus tard. Jouer le jeu de la crédulité encore quelques temps pour mieux utiliser ce détail contre eux dans un avenir proche. Mais elle n'imaginait pas comment elle aurait pu user de cette information à leur dépend puisque comploter était quelque chose qu'elle n'avait jamais su dominer. Elle s'en sortait mieux grâce à une franchise brute et spontanée. Jaime aurait eu quelques commentaires narquois sur ce « défaut » chez elle, claironnant à tue-tête à quel point son honnêteté finirait par la perdre. Cela dit qu'il ne l'admette ou non, le lion avait probablement plus à perdre car lui-même était souvent trop honnête pour son propre bien – et pour faire de lui quelqu'un d'aimable. Jaime ne mâchait jamais ses mots, savait exactement comment jouer avec eux et faire d'eux des armes redoutables ou l'instrument de ses confessions. Elle avala de travers lorsqu'elle repensa aux bains d'Harrenhal et préféra s'épancher sur ce talent qu'elle lui enviait par certains égards et dans lequel il n'excellait que trop souvent. Mais lui-même avait appris durement que ce talent inestimable pouvait se retourner contre lui de la pire des façons. Brienne se demanda alors si admettre qu'elle savait la vérité n'avait pas des chances d'écourter sa vie et celle de Podrick.

Elle n'était vraiment pas dans son élément lorsqu'il s'agissait de manigancer pour sauver sa vie ou celle des autres. Elle préférait mille fois mieux une épée entre les mains, plusieurs adversaires en face d'elle et faire face à de l'action pure et brute. Et puisqu'elle était plus à l'aise pour celle-ci, sans plus y réfléchir, elle se lança alors que les soldats se remettaient tous en marche, se souciant peu à présent de les encercler. Ils savaient pertinemment que maintenant qu'ils connaissaient au moins l'un des - très probablement - nombreux danger du marais, ils ne se risqueraient pas à fuir. Podrick se remettait encore de l'incident et était plus concentré que jamais sur les mouvements de leurs ravisseurs.

- Pourquoi des Crannogmen cherchent-ils à se faire passer pour des Frey ?

Ces derniers et Podrick n'avaient pas fais cinq pas qu'ils s'interrompirent et pivotèrent presque au même moment vers elle. Brienne ignorait comment amener délicatement un sujet si bien que leur réaction dévoila une sincère surprise sur le moment. Et si leur situation n'était pas si précaire, il y aurait presque eu quelque chose de comique dans cette scène. Mais leur regard qui l'examinait de haut et en bas, le sérieux dans leurs prunelles et le décor lugubre du Neck ne permettaient pas à la comédie de s'installer. Le manque de stupéfaction chez Podrick lui indiqua qu'il en était arrivé à la même conclusion.

"Il fait attention aux détails... Bien !"

Elle était rassurée par cette pensée. Elle se demanda si leur timidité partagé et leur habitude d'être toujours en retrait les rendaient plus vigilant. Des années à jauger les garçons ou hommes qui s'approchaient d'elle pour la ridiculiser et en découdre lui avait appris à les observer pour mieux parer par avance à tout type d'attaques… Aussi bien verbale que physique. Même si elle avait toujours su mieux utiliser l'épée que les mots.

- Qu'est-ce qui nous as trahis ? Notre petite taille ? Notre façon de nous déplacer dans le marais peut-être ? Ou le fait qu'on ne soit pas aussi stupide que le reste des Freys ? Il dit de façon rhétorique, sa dernière réplique insinuant un sourire amusé sur le visage du reste des hommes qui prenaient leur ordre de lui.

- Toutes ces choses. Brienne répondit simplement avant de rebondir sur l'élément qui l'intéressait. Mais vous ne répondez pas à ma question.

L'homme à la tête de ce petit groupe partagea quelques œillades avec ses camarades sous les regards perplexes de Podrick et inquiets mais enhardis de Brienne.

- Vous aurez vos réponse dès que nous aurons rallié notre point de rendez-vous.

- Ce n'est pas suffisant ! Qu'est-ce qui nous dit que ce n'est pas un sort pire que la mort qui nous attends là où vous nous emmenez ?

- Rien. Vous ne pouvez pas nous faire confiance. Mais vous pouvez peut-être faire confiance au fait et à l'Histoire. Notre seigneur, Howland Reed, était un vieil ami de feu Eddard Stark, Seigneur de Winterfell, Gardien du Nord. Nous sommes loyaux aux Starks depuis des millénaires, lorsque le Roi Rickard Stark a vaincu le seigneur des Crannogmen, le Roi du Marais, mariant ainsi la fille du Roi avant de placer la maison Reed comme souverain du Neck sous la bannière des Stark. Et si cela ne vous convainc pas, peut-être que la querelle qu'il existe depuis six siècles entre les Freys et les Reed finira par vous faire entendre raison.

Il ne confirmait que ce qu'elle connaissait déjà mais avec bien plus détails. Des détails qui la rassurait sur leur chance de survie à ces événements imprévus.

- Maintenant milady, préférez-vous mourir dans ce marais, tout de suite, ou reprendre la route jusqu'à notre destination ?

Il posa la main sur son épée en guise de menace mais la menace ne l'atteint pas. Toute son attention se portait sur Oathkeepeer et les doigts étrangers recroquevillés sur le pommeau à tête de lion. Elle aurait aimé attraper ses doigts et les tordent violemment jusqu'à ce qu'il finisse par la lâcher prise.

"Si seulement, je pouvais mettre la main sur elle !"

Elle avait l'impression qu'on lui arrachait un fragment devenu nécessaire à sa survie et qu'on jouait devant elle, à ses dépends, avec une partie d'elle avec laquelle Brienne se sentait inévitablement lié. Son attachement à cette épée dépassait les mots qu'elle maniaient déjà si mal. C'était son bien le plus précieux et paradoxalement, l'épée de Jaime pouvait très prochainement devenir l'instrument de sa mort. Si tel était son destin, il fallait le retarder.

- Reprenons la route. Elle abdiqua en préservant toutefois une vive pointe d'aigreur dans sa voix.

Le quarantenaire au cheveux aussi brun que la terre des marais hocha simplement la tête autant par bienséance que satisfaction, il lui sembla. Ils reprirent la route plus concentrés que jamais sur les mouvements de leur ravisseurs. A l'exaspération qui passait parfois leur lèvres et la façon dont ils se retournaient parfois vers elle, plus souvent vers Podrick, elle devina qu'ils étaient mécontents d'être ainsi ralenti dans leur expédition. Mais, tout comme elle, Podrick semblait décidé à ne plus réitérer le moindre faux pas qui aurait pu leur coûter la vie.

Ils étaient sur la route depuis plusieurs heures. Probablement en milieu d'après-midi comme la brume filtrait toujours la lumière du soleil caché derrière ce voile qui ne se dispersait que trop rarement. Elle avait l'impression que la lueur d'un gris trop douloureux pour la rétine s'atténuait à mesure que le soleil terminait sa course. Les journées étaient de plus en plus courtes et la menace de l'hiver bien plus grande. Elle se concentra sur les variations de la clarté jusqu'à ce qu'après de longues minutes un soldat finissent par clamer haut et fort « Putain, pas trop tôt !». Podrick et Brienne regardèrent dans la direction qu'ils guettaient : elle devina difficilement des contours sombre au milieu du brouillard. Mais plus ils s'approchaient plus elle entrevoyait ce vieux fort de pierre, d'une quinzaine de mètres de haut, dont le bout formait une pointe telle une flèche qui prenait pour cible le ciel. Elle repéra après coup, à l'ouest de la tour, quelques cabanons solides devant lesquels se tenaient quelques hommes autour d'un feu. La lumière de ce dernier les appelait à un sort nouveau. Brienne était consciente que Podrick et elle seraient tout prochainement mis face à la raison de leur présence ici. Les crannogmen avaient décidé de les emmener plutôt que de les éviter ou de les tuer et il était temps d'avoir une explication à cette situation. Même si l'explication pouvait être ce qui leur coûterait leur vie.

La tour semblait être un avant-poste probablement rarement utilisé étant donné l'environnement du Neck. Mais il était de toute évidence un point parfait de ralliement. Elle compta une quarantaine d'homme lorsqu'il furent à une cinquantaine de mètre. Ils avaient déjà été repérés par quelques personnes comme la nouvelle avait probablement enflée au sein du cercle puisque, à présent, tous les regardaient arriver. Quand ils furent assez prêt, elle bénit les murmures plus que les silences. Elle n'aimait pas ces moments gênant et, surtout, dangereux qui forçaient obligatoirement les regards sur eux. Le murmure d'une rumeur contraint les coups d'œils à s'arrêter sur eux mais plus encore sur leur ravisseurs. Pour eux aussi, donc, leur présence était une véritable surprise. Et si Brienne voulait des explications, elle sentait que les camarades de leurs ravisseurs les désiraient tout autant.

Un homme sortit du rang, plus petit que Podrick mais aussi robuste qu'un tronc d'arbre. Ses cheveux bruns étaient coiffés en une longue queue de cheval. Sa barbe imposante était attachée à la base de cette dernière par un morceau de ficelle. Il avait de larges yeux qui semblaient légèrement sortir de leur orbite, donnant ainsi une forme d'hypnotisme à son caractère. Contrairement à leurs ravisseurs, il ne portait pas de tenus des Freys. Personne d'autre d'ailleurs. Il était, comme ses camarades, vêtu d'une tunique et de bottes d'un même vert kaki, d'une armure d'une teinte semblable mais plus foncé encore sur laquelle était gravé dans le métal, en dessous de son épaule droite, le blason d'une maison qui révélait trois nénuphars positionnés en delta. Elle ne se rappelait pas avoir jamais vu ces armoiries.

- Des invités Daman ? Maintenant ?!

Le ton sec et caverneux du lord – ça ne faisait presque aucun doute - qui s'adressa à celui à la tête de leur détachement fournit enfin un nom à celui qui lui avait mis un couteau de bronze sous la gorge et gardait toujours Oathkeeper sous sa cape.

- Vous disparaissez il y a deux jours en embarquant trois crannogmen avec vous ! Avec ce qui se prépare, j'ai toutes les raisons de vous jeter dans les Sables de la Croisée. J'avais donné des ordres clairs il me semble !

Brienne sut à la réaction des autres et la tension dans le corps de celui qui avait failli à ses ordres qu'il valait mieux éviter de s'attirer le courroux de ce lord. Elle ignorait ce qu'était « Les Sables de la Croisée » et où elles se trouvaient mais préférait que les choses restent ainsi. Elle n'était pas assez stupide pour montrer la moindre curiosité vis-à-vis du mystère qui entourait ce site.

- Si vous le souhaitez Lord Fenn, je m'y soumettrais.

Pour la première fois, elle vit quelque chose chez ce dénommé Daman qu'elle estima. De la dignité et une loyauté féroce pour son lord en dépit de sa décision d'aller délibérément à l'encontre d'un ordre. Mais quel ordre ? Et pourquoi ?

- Tout ce que je vous demande avant que vous ne preniez votre décision, c'est la possibilité de m'expliquer devant vous et le reste de nos compagnons.

Elle vit naître un vif intérêt chez ces derniers avec ce qu'elle ne put que deviner comme un respect d'écoute dû à un homme d'une grande valeur pour leur peuple. Ce respect se refléta dans les yeux de son seigneur, soudain plus confiant en son homme que outragé par son comportement. Quelque chose lui disait que ce n'était pas la première fois que Daman agissait de la sorte, faisant fi du règlement.

- Parle alors ! Ce fut un ordre mais elle y perçut quelques notes chaleureuse, presque accueillante.

Daman se tourna alors vers ses hommes qui les avaient accompagnés jusqu'ici, donna l'ordre de déplacer Podrick et Brienne pour mieux leur éviter la chance d'enfin comprendre ce qui se passait dans ses marais. Les réponses tardaient à venir ! Cela l'exaspérait affreusement. Leur situation était très frustrante. Mais en tant que prisonniers, Podrick et elle n'avaient d'autre choix que de garder leur sang froid et de faire preuve d'un comportement irréprochable.

On les traîna jusqu'au pied de la tour sans trop de brusquerie. On les attacha solidement, les mains dans le dos, chacun à un des deux poteaux qui délimitaient une portion de clôture auquel on attachait habituellement les chevaux. Ils furent forcés de s'asseoir à même le sol boueux. Elle ne se remémorait que trop bien les semaines de captivité avec Locke et ses hommes, des nuits entières installer par terre, auprès d'un feu, attendant avec panique ce que son destin avait en réserve pour elle. Mais toujours il y avait eu, flottant derrière les flammes, un visage très souvent épuisé, parfois désespéré, sans cesse contemplatif. Cela l'avait aidé : elle n'avait pas été seule. Et sans l'admettre à l'époque, elle avait commencé à vouloir ramener Jaime à Kindlansding non plus seulement pour accomplir son serment envers lady Catelyn mais parce qu'elle avait développé une forme d'indulgence après ce qu'il avait fait pour elle et ce qu'il avait subi.

- Milady ?

Brienne détourna le fil de ses pensées jusqu'à Podrick, dévoilant par une simple œillade qu'elle l'écoutait.

- Il y a un morceau de bois qui se détache sur le côté droit de votre poteau. Vous pourriez peut-être vous libérer et tenter de vous échapper.

- Je n'aurai pas le temps de te détacher qu'ils nous auront déjà repérer.

- Laissez-moi alors. Courrez aussi vite que possible et fuyez dans la brume.

Elle le fusilla du regard. Il y avait réellement qu'un pas entre courage et folie. Et c'était souvent la peur qui faisait basculer la première jusqu'à la dernière. C'était probablement le plan le plus aberrant qu'elle avait entendu (si ce n'était l'action de Jaime sautant dans une fosse, sans arme, une main en moins, pour affronter un ours… et la sauver par la même occasion). En songeant à ce souvenir essentiel à son voyage, elle dût reconnaître que dans certains cas d'inconscience se cachaient une vraie forme de courage. Mais en dépit de l'attitude chevaleresque de Podrick, elle se sentit, malgré elle, obligé de dire à haute voix :

- C'est la chose la plus stupide que je t'ai entendu dire.

L'écuyer écarquilla les yeux, stupéfait, légèrement blessé, affaissant la tête jusqu'à ce que Brienne rajoute très honnêtement :

- Ces Crannogmen connaissent ces marais probablement mieux que leur propre mère. Je n'aurais pas fait deux cents mètres qu'ils m'auront attrapé ou tuer... si le marais ne le fait pas avant. Je ne compte pas non plus te laisser derrière... Je me suis habitué à avoir un écuyer.

Bien qu'elle se soit exprimée avec un ton détaché, les traits de Podrick s'adoucirent. Il semblait soudain soulagé et elle repéra autre chose… De la gratitude ? Ça avait été la seule façon pour elle de montrer son attachement à sa jeune vie et elle était contente que Podrick est su voir au-delà de la platitude de sa réaction. Cela dit, comment allait-il pouvoir se sortir de cette malencontreuse posture ? Elle guettait le groupe rassemblé au loin, près du feu, pris dans une vive discussion. Elle fut contrariée par la quasi totalité des regards qui l'examinèrent pendant plusieurs secondes. Les coups d'œils persistèrent durant les minutes suivantes, toutefois moins fréquent. Elle guetta lord Fenn poser la main sur l'épaule de Daman, hochant vigoureusement de la tête avant de s'éloigner de lui pour pénétrer dans la cabane la plus éloigner de la tour de garde. Les informations de Daman devaient être décisives à leur dessein pour que son Seigneur en oublie ce qui avait sonné comme une promesse d'exécution… certainement douloureuse.

Lorsque Lord Fenn ressortit du cabanon, il n'était pas seul. À ses côtés, sur le pas de la porte, se tenait une jeune fille aux cheveux noirs, au teint légèrement mat, l'allure stoïque et parfaitement maîtrisée. Elle n'entendit pas ce qu'il se disait mais remarqua alors le regard de la jeune fille sur elle comme le seigneur lui indiquait sa position. Elle n'avait pas plus de dix-huit ans. Quelque chose dans ses yeux semblaient familièrement étranger et tout à fait angoissant. Ils étaient trop froid et trop intense pour appartenir à une simple civile du Neck. Elle avait un rôle primordial dans cette mission dans laquelle ils s'embarquaient. Elle s'étonna lorsque Lord Fenn courba légèrement la tête devant elle. S'il lui rendait des comptes, elle était probablement un membre de la maison Reed très certainement responsable de ce qui ce préparait en ce moment même sur leurs terres.

La jeune fille la guetta pendant de trop longues secondes avant de rendre service à Brienne en retournant dans la cabane et refermant calmement la porte derrière elle. Quelque chose de terrible se préparait. Des manigances qui la dépassaient et dans lesquelles elle se retrouverait être un pion...

"De gré ou de force." Elle songea avec angoisse.

Comme elle se perdit dans ses craintes, elle repéra tardivement que Daman et Lord Fenn se dirigeaient droit sur eux… Sur elle pour être exacte. À quelques pas d'elle, Brienne demanda le plus poliment possible des explications mais ils ne lui firent pas la faveur de répondre. Daman la détacha avant de la conduire, sans la présence de Podrick, dans l'enceinte de la tour. L'endroit était moins sombre qu'elle n'imaginait. Ils se guettèrent en chien de faïence jusqu'à ce que le seigneur ne finisse par couper court à cette étude en s'adressant à elle :

- Lady Brienne, je c[…]

Premier problème ! Où avait-il appris son nom ? Elle ne l'avait confié à aucun de leur ravisseurs et Podrick ne s'était jamais adressé à elle par son nom. Elle n'écouta pas le reste comme elle l'interrompait au milieu de ce qui devait être un « avez ».

- Comme savez-vous qui je suis ? Elle s'emporta plus qu'elle ne dit, peu rassurée que son identité ait été connue depuis le moment où elle avait été capturée. Elle se remémora la réaction de Daman, agissant comme quelqu'un qui serait tombé par hasard sur une proie de choix – d'après lui – mais sur ces terres, les coïncidences étaient plutôt rares. Elle aurait dû le savoir !

- Il y a deux jours, un rapport nous a été remis sur le siège ayant eu lieu à Riverrun.

Elle avait lu quelque part qu'étant constamment en mouvement, les communications avec le Neck par corbeau était pratiquement impossible. Comment alors réussissait-il à être au fait de la situation à Riverrun ?

- Et une nouvelle dans ce rapport l'a poussé à avancer le jour de l'opération.

Brienne oublia sa dernière pensée, qu'elle savait importante, mais peut-être pas autant que l'identité de la personne qui avait souhaité brusquer tout leur plan. Immédiatement, elle se rappela la jeune fille qui avait cherché à percer tous ses remparts par un simple regard. Elle ne dit rien pour le moment et laissa Lord Fenn poursuivre car il lui fallait plus de réponses avant de pouvoir commencer à poser les questions qui lui taraudaient l'esprit.

- Votre nom était cité dans ce rapport. Pas assez pour que quelqu'un n'y fasse attention, si ce n'est Daman. L'homme a toujours eu une fascination étrange pour les petits détails qui n'intéressent personne d'autre. Parfois à tord. Mais lorsqu'il a raison, notre champs d'action et nos chances de succès sont alors grandement multiplié. Et vous l'avez sûrement deviné mais trente-huit crannogmen réunis tout au sud du Neck, en armure, armés d'arcs, de lances et boucliers, sont là parce qu'ils ont un plan. Un objectif.

Alors il étaient à la frontière Sud du Neck, tout prêt des Jumeaux et donc… Elle repensa alors à la réplique de Daman qui lui avait dit de se fier à l'histoire de leur contrée et notamment aux six siècles de querelles entre les Reed et les Frey. Elle comprenait mieux…

- Si vous avez besoin d'aide pour vous en prendre aux Frey, vous auriez dû vous épargner la peine de nous traiter comme de vulgaires prisonniers et peut-être simplement demander notre soutien quand vous avez découvert la lettre de Sansa Stark.

- Auriez-vous vraiment accepté de nous suivre si on ne vous avez pas forcé la main ? Daman fut celui qui rebondit sur sa réplique. Très franchement ?

Pas sans un ordre de Sansa. Et pour cela il aurait fallu la rejoindre au Nord. Ce qu'elle souhaitait désespérément à cet instant. La guerre avait-elle déjà éclaté entre les Bolton et les Stark ? Était-elle en sécurité ? Avait-il gagné ? Quels étaient les pertes ? La maison Stark avait-elle définitivement disparue ? Tant de question sans réponses qui s'accumulaient. Mais si elle ne pouvait obtenir d'informations sur ces questions là, elle pouvait peut-être en espérer aux interrogations née de la situation dans laquelle elle se trouvait embarquée bien malgré elle.

- C'est ce que je pensais. Il répliqua, content de lui. Mais malgré tout, Lady Brienne, nous n'avons pas besoin de vous pour nous aider à atteindre les Frey.

- Alors pourquoi nous enlever ? Pourquoi prétendre que vous ne saviez pas qui j'étais et pourquoi j'étais là ?

- Si je savais qui vous étiez, je ne savais pas où vous alliez. Ma surprise n'était pas feinte en ce qui concerne la lettre de Sansa Stark. Il n'a jamais été mentionné dans le rapport qu'on nous a remis que vous étiez allié aux Stark. Tout ce que le rapport disait était que vous aviez eu une entrevue avec le Régicide et que vous aviez eu la permission d'entrée dans le château. Après ça, aucune trace de vous.

Daman prenait le contrôle de la suite de la conversation à présent. Après tout, c'était lui qui avait souhaité partir à sa recherche pour une raison qu'elle ignorait encore mais qui embrasait ses peurs aussi sûrement qu'un souffle ravive les braises d'un feu.

- Vous n'étiez ni avec le Régicide, ni morte lors du siège dans le château puisque la seule et véritable tragédie de ce siège reste la mort de Blackfish.

Elle savait à présent. L'oncle de Sansa était bel et bien mort. Il avait fait un choix et elle espérait qu'il ait eu une mort digne de sa légende.

- La seule explication était que vous aviez fui. Mais c'était moins facile de savoir quelle direction vous aviez prise. Nous avons la chance d'avoir de très bon pisteur… même s'ils se font de plus en plus rare.

- Pourquoi moi ? Elle devait demander. Tous ces détours la rendaient chèvre. Elle devait savoir !

- Je vous l'ai dit. Vous avez de la valeur, Lady Brienne. Vous en aviez avant que je ne sache pour la lettre de Sansa Stark…

Et avant ça, les seuls personnes à qui elle pouvait être rattaché était Blackfish ou… Elle pâlit, ne put penser le nom comme l'autre reprenait :

- J'ai vu comment vous réagissiez à l'épée qu'il vous a donné. Un présent vraiment surprenant, d'une grande valeur, qu'on n'offre sûrement pas à n'importe qui.

Tout ce qui avait suivi ce « il » avait été écouté sans être compris. Elle n'entendait que ce pronom résonner tambour battant dans sa tête. Qu'est-ce qu'il venait faire dans cette histoire ?! Ça n'avait pas de sens. Impossible.

- Le régicide a une certaine image.

Lorsque Daman prononça le nom qui rappelait à tous la triste réputation de Jaime, elle focalisa toute son attention sur le sens de ses mots. Ce qu'elle désespérait de savoir, de comprendre, approchait à grand pas. Trop vite même. Les deux hommes se jetèrent un coup d'œil, acquiesçant brièvement de la tête comme s'ils s'étaient enfin mis d'accord sur un sujet. Probablement un élément essentiel à sa survie. Et à celle du Lion de Casterly Rock.

- Etant donné sa réputation, il ne semble pas homme prompt à tant de « bienveillance »…

Lord Fenn revint dans la conversation qu'il observait avec vigilance depuis qu'il s'en était retiré de bon gré. Elle comprit qu'il commençait enfin à voir ce qui avait attiré Daman jusqu'à elle. C'était mauvais signe... autant pour elle que pour Jaime.

- Il vous a offert l'équivalent d'une robe de la meilleur qualité qu'il existe et des plus précieux des bijoux des Sept Couronnes... si tenté que la lady y trouve un intérêt. Lord Fenn rebondit simplement sur sa propre réplique avec un sourire victorieux et un brin moqueur qui força un bref sourire badin sur les lèvres de Daman.

- Si vous croyez pouvoir obtenir quelque chose de Sir Jaime grâce à moi – elle se sentit obligé d'appuyer son titre –, vous vous trompez ! Nous combattons dans des camps ennemis.

Elle sentit pendant un instant qu'elle cherchait moins à convaincre ses ravisseurs que sa propre personne tant elle désirait et rejetait que ses mots ne soient vrai.

- La seule raison pour laquelle il m'a remise cette épée, c'était pour protéger les enfants de Catelyn Stark et d'Eddard Stark afin d'accomplir le serment que nous avions pris auprès de Lady Catelyn.

- Et pourtant, une seule personne est partie à leur recherche… Très chevaleresque ! Appuya Lord Fenn, le ton plein d'offense, interrogeant Daman du regard alors qu'une forme d'inquiétude renaissait légèrement sur les lignes de son front.

Brienne n'aimait pas les sarcasmes, encore moins celui-là. L'image de Jaime était inchangé pour le reste du Royaume mais ce n'était pas son cas. Elle connaissait la vérité. Sa vérité. Il n'était pas venu parce qu'il ne le pouvait pas. En ce qui la concernait, tous les vœux qu'elle l'avait vu prendre avait été mené à bien. Du serment fait dans sa cellule, lieu du début de leur périple ensemble, jusqu'à sa parole donnée à Riverrun quelques jours plus tôt. Depuis les révélations des bains, elle n'avait plus une once de dégoût pour les événements qu'il lui avait valu le « titre » par lequel tout le monde aimait l'appeler. Comme elle, autrefois. Néanmoins, elle l'avait cru et le croirait jusqu'à son dernier souffle. En outre, il était délibérément revenu la chercher à Harrenhal alors qu'il n'avait plus aucune raison de s'intéresser à son sort. Encore aujourd'hui, elle ne pouvait qu'imaginer les pensées et la pulsion qui l'avait ramené à Harrenhal pour la sortir des griffes de l'ours... et de Locke par la même occasion.

- J'imagine que les jupons de sa sœur avait quelque chose de plus intéressant que de crapahuter d'une contrée à une autre à la recherche des enfants de ses ennemis avec une lady qui se prend pour un chevalier.

La réplique cinglante et tranchante de Daman était pour elle. Elle en était persuadé. Il ne la lâcha jamais du regard alors que la réponse semblait plus approprié au derniers mots prononcés par son seigneur. Comme une continuité à la crainte qu'il avait dû lui aussi percevoir chez lord Fenn. Et pourtant, la gravité de ses traits tirés, l'intensité de ses grands yeux bruns, s'adressaient clairement à elle. Il décortiquait son visage, ses expressions, ses gestes. Ses yeux roulaient sur toute son anatomie mais contrairement aux coups d'œil qui jugeaient sa stature singulière, masculine, laide, Daman semblait y chercher des réponses. Il sourit alors avec une certaine mesquinerie et rajouta tout simplement, comme si cela tombait sous le sens :

- Mais tout ça n'enlève rien au fait qu'il vous a délibérément offert cette épée, qu'il vous a laissé pénétrer à l'intérieur du château des Tullys sans escorte et en plein milieu d'un siège. Il vous fait confiance. C'est plus qu'évident. Je vois des vérités dans les petits détails. Mais celui-ci – il lorgna Oathkeeper –, personne ne peut passer à côté.

Brienne resta dubitative, ne saisissant pas trop de quelles vérités il parlait alors qu'il rajoutait d'un ton narquois, étudiant chacun de ses traits :

- Ou pas...

- Qu'est-ce que vous voulez de lui ?

- Nous ne voulons rien du Régicide. Ou peut-être une chose. S'interposa lord Fenn, plus sérieux qu'un roi prêt à rendre une sentence.

Un frisson remonta le long de l'échine de Brienne. Sa mâchoire se crispa. Elle sentit ses yeux se plisser et un malaise si imposant prendre place en elle que ses épaules se mirent à trembler par intermittence. Elle exposait, bien malgré elle, l'étendue émotionnelle de l'inquiétude qui grandissait en elle. Une inquiétude qui engrangeait une énigmatique satisfaction chez ses ravisseurs.

- On vous parlait un peu plus tôt, poursuivit Lord Frenn, d'une nouvelle qui nous a poussé à avancer nos opérations.

Elle se rappelait qu'il avait surtout utilisé un autre pronom à la place du « nous » actuel. Cette décision ne lui appartenait pas. Quelqu'un d'autre tirait les ficelles.

- Un complot de moindre envergure était prévu pour l'assassinat de Walder Frey.

Elle ne fut pas étonné. Perplexe certes, mais pas surprise pour un sou.

- Une simple infiltration. Une personne. Mais depuis que nous savons que le régicide est en train de remonter jusqu'au Jumeaux pour un banquet de célébration, les choses ont changés.

Oh, non… Oh, par les Dieux… Elle ne voulait plus rien entendre. Elle devinait la suite. Elle comprenait. Elle avait tant voulu avoir des réponses… Bon sang, elle s'était montrée curieuse et en les paierait les conséquences ! Elle préférait que les réponses restent à jamais tût. Elle se fustigea pour ne pas avoir appliquer ce vieil adage : faire attention à ce que l'on souhaite.

- Nous lançons notre embuscade demain soir, Lady Brienne.

- Une pierre… Deux têtes. Dit Daman, à la suite de son seigneur, tout à fait déterminé.

- Et, Lady Brienne, avec un peu de chance, vous deviendrez l'instrument de la mort du Régicide.

Rien… Incohérence, vide, néant. Rien… sauf cette dernière phrase. Puis soudain, une peur primale. Une tension oppressante. Un défi insurmontable. Une voie impraticable. Un choix inenvisageable.

- Pour quelqu'un fidèle à la maison Stark, cela devrait être une promenade de santé.

Ils savaient pertinemment que ce n'était pas le cas. Brienne n'avait même plus la force d'essayer de contrôler ce que ses réactions disaient d'elle. Même elle ne savait pas ce que ces dernières contaient de ces rapports avec Jaime sauf que rarement tout son être ne s'était ainsi refusé à une action qu'on lui imposait. Un sentiment féroce semblable à celui qui l'avait étreint lorsque les hommes de Locke s'étaient emparés d'elle… avant que Jaime ne la sauve d'une des expériences qui aurait été l'une des plus – voire la plus – traumatisante de son existence.

- Je sers…

Sa voix tremblait. Elle n'avait jamais cru son timbre capable de s'exprimer avec un tel trouble. Un désespoir véhément s'emparait d'elle, se déchaînait au gré de l'effroi qui l'écrasait. Elle réussit tout de même à se reprendre suffisamment longtemps pour réussir à articuler fièrement :

- Je sers Lady Sansa. Pas les Fenn ! Ni les Reed ! Ou n'importe quelles maisons du Neck. Seulement Lady Sansa !

- Vous prenez vos ordres d'un Stark. Nous sommes pareils.

- Je ne crois pas qu'aucun des Stark vivant n'ai donné un tel ordre jusqu'à présent.

- Quelqu'un la fait.

Elle repensa à la brunette et son regard perçant. C'était elle la réponse !

- La jeune fille de tout à l'heure… Commença Brienne, repoussant les pensées qui la ramenait à Jaime... sans succès. C'est d'elle que viennent vos ordres, ça ne fait aucun doute. Et si je ne m'abuse, elle ne ressemble en aucun cas à une Stark.

- Les apparences sont trompeuses… Déclara mystérieusement Lord Fenn.

- Qui est-elle ?! S'emporta Brienne, avec une pointe de déchirement voilée par une ténacité ingérable.

- Personne… Tout le monde… L'écho du Nord qui se souvient.

Bien sur qu'ils ne lui donneraient pas la réponse. Non, il préférait jouer avec ses nerfs et lui donner une réponse tout à fait absurde. Ça n'aurait pas été amusant pour eux même si aucun des deux ne riaient ou souriaient. Ils étaient on ne peut plus sérieux si bien qu'elle chercha un indice caché dans leur réponse mais elle n'eut pas le temps d'y songer bien longtemps que Lord Frenn reprenait :

- Faites votre choix, Lady Brienne. Choisissez-bien et vous aurez la réponse à cette question. Je vous en donne ma parole.

"Mais que vaut sa parole ?!"

Elle ne pouvait pas faire ce choix… Son esprit fuyait chaque cheminement qui l'amenait à cette décision et aux pensées qui lui hurlait qu'elle devait pourtant faire ce choix.. Elle songea à Podrick, innocent. Elle pensa à son vœu de protéger Sansa aussi longtemps qu'elle pourrait et tant que la jeune fille voudrait d'elle à ses côtés. Mais… Jaime !

- Les sables de la croisée pour vous et votre écuyer ou, alors, la réponse à votre dernière question ? Réitéra Lord Fenn, s'impatientant comme le silence semblait s'être étiré sur d'interminable minutes.

Jaime Lannister ouPodrick Payne, Sansa Stark, Catelyn Stark... Le Nord tout entier ! Pouvaient-elles tous les aider ? Espoir naïf mais malheureusement incontrôlable.

- Votre réponse Lady Brienne ?

Elle ferma les paupières, sentit un tourbillon de bribes de possibilités, d'illusions, de probabilités tournoyer dans sa tête. Mais lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle fit le silence en elle, fit taire toutes les voix, vociférations et cris. Elle fit seulement confiance à son instinct. Un vague pressentiment. Un murmure survint dans le mutisme : le goût presque imperceptible d'une émotion qu'elle sut être l'espérance.

L'instinct… c'était la seule chose qui lui restait. Elle ouvrit alors la bouche et prononça les mots qui changeraient la progression, voire la destination, de bien des chemins.

FIN DE CHAPITRE