Posté le 2 octobre 2011.

Salut,

Voilà donc le premier véritable chapitre de cette réécriture des Enfants de l'Ombre. On y voit peu Harry, car j'ai préféré introduire Severus et Remus en premier lieu, même si les réapparitions du loup-garou seront rares dans un premier temps. Mais pour moi, il était important que l'on voit un peu plus Rogue au début, car cela va apporter quelques informations qui

Merci à Grispoils pour avoir reviewer le précédent chapitre, mais je vous serais tout de même reconnaissant de ne pas partir comme des voleurs et de me donner vos impressions, s'il vous plaît. Ancien ou nouveau lecteur, peu importe, j'aimerais juste savoir à quoi m'en tenir. Merci d'avance.

Encore une chose. Comme vous l'avez lu dans le Disclaimer, je poste les chapitres deux par deux pour le moment, à raison d'un post toutes les deux semaines. J'espère pouvoir très bientôt poster plus régulièrement, mais dans ce cas je vous tiendrais informés.

Bonne lecture et reviews, please,

Kael

CHAPITRE 1 : Dernier jour d'enfance

Le 31 Août 1991

Severus Rogue grognait. Il grognait souvent, comme s'il avait s'agit là d'un de ses uniques modes de communication, mais il fallait reconnaître que là, il se surpassait. En moins de dix minutes, il avait bien grogné – ou grommelé, ce qui revenait au même – une vingtaine de fois. Son voisin en était d'ailleurs légèrement agacé, bien qu'il n'en montrât rien. Après tout, il lui fallait admettre que c'était à sa demande que l'homme aux cheveux noirs s'était déplacé. Se plaindre de sa mauvaise humeur légendaire n'aurait fait que le rendre plus agacé – et par là, plus agaçant.

Agé d'une trentaine d'années, Severus Rogue était un homme de haute stature, pâle, maigre, au teint légèrement maladif, aux cheveux et aux yeux noirs comme la nuit la plus profonde, au nez crochu, et au mauvais caractère rarement surestimé. Quiconque le connaissait savait à quoi s'attendre de sa part lorsqu'il effectuait un déplacement qu'il n'avait pas souhaité. D'ailleurs, la plupart des gens qui avaient le déplaisir de le connaître réellement aurait été absolument stupéfaits d'apprendre que Severus Rogue s'était laissé convaincre de se rendre à un endroit auquel il ne voulait pas mettre les pieds. Un tel évènement aurait fait l'objet d'un chapitre entier dans les annales de Poudlard, l'école de sorcellerie où travaillait l'homme, en tant que professeur de Potions. Car à la vérité, il n'existait que deux personnes, dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, à être capables de le convaincre de quoi que ce soit, et ces deux-là se trouvaient devant lui, sur la scène. Et l'une d'elles était Edmund Rogue.

Il avait une douzaine d'années, des cheveux d'un noir de jais soigneusement coiffés, un teint pâle et des yeux aussi sombres que ceux de son père. Mince, le visage allongé, il était à la fois plus beau et plus innocent, reflet de lui-même au même âge, lorsqu'il n'était pas encore habité par une profonde haine envers les gens en général.

Il était beau.

Plus grand que les autres enfants de presque une demi-tête, Edmund se mouvait sur scène avec plus d'assurance, déclamait ses tirades avec plus de charisme, plus de conviction. Il illuminait à lui seul la pièce enfantine, en vieil Oberon. C'était lui qui lui avait demandé de venir. Comme si l'avoir harceler durant deux longues années pour que lui, Severus Rogue, accepte qu'il fasse du théâtre dans un club moldu ne suffisait pas ! Mais pour les rares personnes qui connaissaient bien cet homme au regard sombre, éternellement habillé de noir, il ne faisait aucun doute que quoi qu'il puisse en dire, il ne refusait jamais rien d'important très longtemps à son fils. Et d'ailleurs, il n'y avait pas que lui : il suffisait de voir qui accompagnait le garçon sur scène.

La seconde raison de sa présence mesurait presque vingt centimètres de moins, et jouait une princesse fée, ou il ne savait quel rôle exactement. Petite, le visage poupin, les cheveux châtains coupés courts, les yeux noisette pétillant de malice et d'innocence, elle n'avait pas dix ans.

Son jeu était étonnant de justesse pour une fillette de son âge. D'ailleurs, Severus pouvait difficilement manquer le sourire emprunt de fierté de son voisin, qui suivait chaque mouvement de la petite avec une caméra moldue.

Il leva intérieurement les yeux au ciel. Une caméra ! C'était d'un ridicule ! Comme si l'autre ne pouvait trouver encore plus humiliant que sa situation actuelle, il fallait qu'il enregistre les enfants avec du matériel moldu. Severus se surprit à prier que jamais personne n'ait vent de l'histoire. Il craignait de ne pas y survivre.

En même temps, rien que sa présence sur la chaise voisine de celle de Remus Lupin, l'un de ses anciens ennemis de l'école, était un évènement que s'arracherait n'importe qui en mal de ragots. Une chose que ledit Remus ne semblait pas prendre en compte lorsqu'il l'invitait de la sorte. Heureusement que ces invitations étaient le plus souvent dans le monde moldu.

Encore aujourd'hui, Severus en venait à se demander comment il pouvait se trouver juste à côté de Lupin, en train de regarder une pièce du club théâtre local d'enfants dans laquelle jouaient son fils et la petite Luna-Jill. Rien que la présence de cette dernière dans sa vie constituait un mystère permanent. Qu'elle fut une gamine capable de lui faire faire n'importe quoi ou presque était encore plus déroutant.

Cela faisait presque dix ans que le Lord Noir était mort et que les deux hommes, anciennement ennemis puis alliés dans la tourmente de la guerre, en étaient venus à se croiser régulièrement. En fait, 'croiser' n'était pas le meilleur mot pour décrire leurs fréquentes rencontres, aussi bien professionnelles que personnelles. Le fait que les enfants s'entendent bien était devenu la raison principale, mais, même s'il ne le reconnaîtrait jamais, Severus en était arrivé à un point étrange, qui consistait à supporter Lupin plus qu'à souhaiter l'étrangler. Ce qui ne l'empêchait pas de râler et d'insulter copieusement l'homme dès que l'occasion se présentait.

« Bravo ! »

Le cri de Lupin le ramena à la réalité. La pièce venait de s'achever et tous les parents applaudissaient avec entrain. A la vue du large sourire d'Edmund, il s'y joignit. Les enfants saluèrent à plusieurs reprises puis le rideau tomba, et les spectateurs se levèrent un à un. Severus les imita et alla attendre dans le couloir adjacent à la salle de théâtre. Lupin le rejoignit quelques secondes plus tard.

« Alors, qu'en dis-tu ? » s'enquit-il avec un sourire.

« Qu'hormis Edmund et ta fille, ces gosses jouent horriblement mal. »

Remus leva les yeux au ciel en soupirant.

« Ils ont entre sept et dix ans » signala-t-il inutilement.

Inutilement car cela ne constituait pas un argument pour Severus Rogue. Et cela n'en constituerait jamais plus, puisque les deux enfants qu'il était venu voir couraient à présent vers eux, transportés de joie. Luna-Jill se jeta au cou de Remus tandis qu'Edmund s'immobilisait devant son père, lui empoignant le bras. C'était le seul geste d'affection que Severus acceptait, lui qui ne supportait pas les démonstrations. Cela fait, le garçon serra Lupin contre lui, alors que Luna-Jill, au mépris de toutes les interdictions et menaces de Severus, sautillait pour lui faire une bise à laquelle il tentait désespérément d'échapper.

« Alors, alors, t'as bien aimé ? Vous avez trouvé ça comment ? Hein ? »

La fillette était proche de l'hystérie, et Severus, complètement dépassé. Heureusement, Remus vint à sa rescousse.

« Jill, mon cœur, vas-y doucement. Nous avons vraiment adorés, je te jure, mais inutile de rendre Severus complètement sourd, ça ne lui rendrais pas service. »

« T'as raison » renchérit Edmund avec un large sourire. « Il n'entendrait plus chaque remarque de ses élèves. Ça le pénaliserait vachement pour les martyriser. »

Severus lui adressa un regard noir qui fit s'élargir son sourire. Soucieux de préserver un semblant de calme chez son ancien camarade, Remus prit les devants avec diplomatie, prêt à presque tout pour empêcher une dispute en ce jour un peu particulier.

« Et si nous allions manger ? Vous avez faim, les enfants ? »

« Oh oui ! » s'exclama Luna-Jill en recommençant à sautiller. « Le restaurant chinois, papa, s'il te plaît ! S'il te plaît ! »

Edmund adressa un sourire indulgent à la fillette alors que Severus levait les yeux au ciel. Il était loin d'avoir avec son fils les mêmes méthodes d'éducation que Lupin. Jamais le garçon ne se serait permis de sautiller en réclamant de vouloir choisir où ils iraient manger. En même temps, il était très rare qu'ils sortent manger. Cela ne leur arrivait qu'avec Remus et Luna-Jill, en fin de compte.

« Eh bien, va pour le restaurant chinois ! » sourit Lupin en adressant un regard entendu à l'autre adulte. « J'espère que ça convient à tout le monde ? »

« Aucun problème » confirma Edmund avec un bref hochement de tête.

Severus haussa un sourcil, signifiant par là que cela lui était égal. C'était une étrange manie qu'avait Remus de toujours les emmener dans des restaurants lorsqu'ils étaient tous les quatre, comme s'il s'agissait d'un évènement d'une grande importance. Une idée que Severus trouvait proprement ridicule, particulièrement depuis qu'il avait ne serait-ce qu'une vague idée de l'état des finances de l'homme. Il n'y avait rien d'important, ou d'exceptionnel dans cette journée, et ce n'était que pour voir sourire Edmund qu'il acceptait de se rendre dans des restaurants moldus. Non que Luna-Jill ignorât l'existence de la magie, mais il était préférable pour eux tous qu'ils ne soient pas vus ensemble dans un restaurant sorcier. Les réactions qui en résulteraient ne feraient que compliquer les choses. Et elles étaient déjà bien assez compliquées comme ça…

Ils parcoururent moins de cinq cents mètres avant de pénétrer dans le restaurant chinois préféré des Lupin. Le serveur qui les accueillit était un habitué, qui les salua par leurs prénoms et devança Luna-Jill lorsqu'elle voulut passer commande de sa boisson. Depuis le temps, l'homme en était venu à connaître les goûts de la fillette aussi bien que les siens. Le nez dans la carte, agacé par les bavardages incessants autour de lui, Severus se demanda avec intérêt combien de temps il tiendrait. Plus que la dernière fois, il osait l'espérer. Surtout s'il souhaitait qu'Edmund se tienne tranquille durant les trois prochains jours. La dernière fois, le garçon avait été insupportable, déterminé à lui faire regretter son animosité lors du dîner.

Globalement, le repas se déroula calmement, il devait en convenir. Les enfants bavardaient avec entrain, taquinant tantôt l'un ou l'autre des adultes, se chamaillant, échangeant des anecdotes… Depuis toujours ou presque Edmund se comportait en grand-frère vis-à-vis de la fillette, le modèle même de l'innocence. Lupin l'avait élevé dans un véritable cocon, un petit nid douillet où elle ne risquait rien, où elle entendait raconter des contes et des légendes tous les jours et où ne s'élevait jamais le moindre mot grossier ou déplacé. Ainsi, malgré ses dix ans, Luna-Jill ignorait nombre d'insultes et de choses que les enfants de son âge savent. Cela la mettait légèrement à l'écart de ses camarades, à l'école moldue où Remus persistait à l'envoyer pour qu'elle ait des notions de mathématiques, de sciences et de géographie. Le reste des matières lui apparaissait à peine effleuré, ce qui constituait selon lui l'une des principales lacunes du système éducatif moldu, aussi l'homme lui faisait-il la classe à la maison, lui enseignant l'histoire, à la fois moldue et sorcière, afin qu'elle puisse comparer les deux points de vue. Certains des cours qu'il était de tradition de donner aux enfants sorciers ne lui auraient ainsi jamais été accessibles si Rogue et Lupin n'avaient pas été amenés, par la force des choses, à se voir fréquemment. Des années auparavant, Severus avait en effet 'proposé' à sa manière que Luna-Jill suive les cours d'Edmund, qui étaient assurés par l'elfe de maison des Rogue, la vieille et adorable Evy.

Lorsque les enfants eurent engloutis leur dessert respectif, Luna-Jill demanda, de l'espoir plein les yeux, s'il leur était possible de sortir de table pour aller jouer sur les attractions du square, de l'autre côté de la rue. Remus leva un sourcil interrogateur en direction de Severus. Celui-ci s'était crispé. L'idée même de laisser Edmund sortir sans surveillance adulte, même à une vingtaine de mètres, lui broyait les entrailles. Les évènements qu'il tentait d'oublier depuis si longtemps lui revinrent en mémoire et son teint se fit plus pâle encore.

« Non » dit-il, la gorge serrée.

« Severus, ils seront juste devant... » tenta Remus avec patience.

« J'ai dit non, Lupin » le coupa sèchement l'intéressé.

Les épaules d'Edmund s'affaissèrent sous le poids de la déception alors que Luna-Jill baissait la tête. Cet insupportable élan de surprotection était aussi réel que ridicule venant d'un homme tel que Severus, mais il dictait les agissements de la petite bande quand elle était de sortie. Pour rien au monde Remus ne se serait opposé à la volonté de Rogue vis-à-vis de son fils.

Ce fut cet instant que choisit le serveur vedette pour refaire son apparition. Les mines déconfites des enfants lui sautèrent aux yeux et il se pencha au-dessus de Luna-Jill.

« Alors, petite, qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi fais-tu cette bouille ? »

La fillette interrogea son père du regard, avant de répondre :

« Papa n'est pas d'accord pour qu'on aille jouer au square sans surveillance, alors on va attendre qu'il ait fini. »

Le serveur prit un air exagérément choqué.

« Eh bien, si papa n'est pas d'accord pour que vous alliez jouer dehors, peut-être le sera-t-il pour que vous alliez voir les poissons et notre nouvelle tortue, dans l'aquarium derrière ? » demanda-t-il en désignant le fond du restaurant.

Lupin lui adressa un sourire reconnaissant en opinant du chef. A nouveau souriante, Luna-Jill bondit de sa chaise en attrapant la manche d'Edmund pour l'entraîner à sa suite. Juste avant de disparaître derrière l'angle du mur, le garçon adressa une grimace comique à son père, comme pour lui signifier qu'il avait douze ans et avait déjà vu plus passionnant comme animaux que les poissons, même s'ils étaient tropicaux, que pouvait posséder le restaurant.

« Jilly, reste calme ! » lança Remus à l'adresse de sa fille.

« Oui papa ! »

Severus leva les yeux au ciel pour la énième fois. Comme si une fillette comme elle pour rester calme plus de vingt secondes d'affilée !

Restés seuls, les deux hommes échangèrent des regards tendus pendant quelques instants, avant que Remus ne prenne finalement la parole, changeant de sujet.

« Je suppose que tu as eu vent de la dernière lubie de Fudge… »

« Le Décret des Hybrides » approuva sombrement Severus en contemplant son verre. « Difficile de passer à côté. Tu aurais dû voir la tête d'Edmund lorsqu'il a vu le journal. J'ai bien cru qu'il allait casser quelque chose. » Il but une gorgé de whisky puis reprit : « Va voir Dumbledore. »

« Non » contra Remus en secouant la tête.

« C'est la seule chose à faire, Lupin. » Le ton de l'homme témoignait de son agacement et ses yeux scrutaient l'autre avec colère. « Qu'est-ce que tu cherches à faire ? Ta chère Jilly finira par t'être retirée si tu ne demandes pas d'aide. »

Remus baissa la tête avec un profond soupir.

« Tu sais comme moi que Dumbledore a plus important à gérer que moi… »

« Ce que je sais d'expérience c'est que si jamais tu as un problème cela me retombera dessus à un moment ou à un autre » trancha Rogue d'un ton venimeux. « J'ai assez à faire d'Edmund, je ne tolérerai pas de récupérer ta fille en plus. »

L'air soudain las et résigné de Lupin lui fit ravaler l'insulte qu'il s'apprêtait à dire.

« Le problème, Severus, c'est que demander de l'aide ne servirait à rien » dit-il doucement. « Même Dumbledore ne pourra rien face au Ministère s'il décide de me prendre en grippe. J'ai bien peur que les ennuis ne faillent d'ailleurs que commencer… »

A ces mots, il laissa son regard dérivé au dehors.

« J'ai contacté les autres, au Ministère » reprit-il, et Severus comprit sans mal que « les autres » signifiaient « l'autre », le leur, celui qui était toujours au courant de tout ce qui se tramait au Ministère et les informait de ce qui était susceptibles de les concerner. Un informateur précieux, cela l'homme devait bien le reconnaître. Mais que Lupin soit prioritaire à d'autres dans la réception de ses informations n'était pas une chose à dire, alors Severus et lui avaient pris l'habitude de parler de lui au pluriel, afin de ne jamais être pris par surprise. « Et d'après ce qu'ils ont pu me dire, il va falloir s'attendre à d'autres nouveautés du même genre, vis-à-vis des Nés-Moldus, cette fois. » Il fit une nouvelle pause, soupira. « Cette chère Ombrage est devenue assistante officielle de Fudge. »

Severus eut un geste agacé, comme s'il cherchait à chasser une mouche.

« Je le sais, merci. C'était dans l'édition de ce matin. »

« Eh bien voilà une information qui ne paraîtra pas avant plusieurs jours » commenta Lupin en jouant avec son verre. « Je l'ai depuis ce midi. Devine quoi ? Runcorn est muté à l'Orphan Post-War. »

Severus se figea, interdit. L'Orphan Post-War, le service ministériel des orphelins de guerre ?

« Qu'est-ce qu'il va faire là-bas ? »

« Nous pourrir l'existence, probablement » suggéra Remus d'un air sombre. « Il vaudrait mieux pour toi que tu te tiennes à carreaux. D'après ce qu'on m'a dit, Fudge lui a donné comme priorité un certain nombre de 'cas douteux'. Et tu connais le zèle de Runcorn pour ses choses là… »

Rogue se pinça l'arrête du nez d'un geste machinal, préoccupé.

« Je fais partie des cas douteux. »

« Hm » confirma Lupin en finissant son verre. « Et si ça peut te rassurer, moi aussi. »

Il soupira profondément, s'étira brièvement.

« Si tu veux mon avis, nous n'aurons bientôt plus une minute à nous. »

Severus émit un grognement désapprobateur.

« Je te signale que je travaille, moi. Je n'ai déjà plus une minute à moi. Contrairement à toi. »

« Traite-moi de feignasse, tant que tu y es » ne put s'empêcher de sourire Remus. « Moi aussi, je travaille. Pas autant que toi » concéda-t-il à contrecœur devant le regard noir du professeur de Potions. « Mais ce n'est pas par choix » se sentit-il obligé de rappeler.

Inutilement. Tous deux savaient parfaitement pourquoi il lui était impossible d'en faire autant que les autres. Mais avec Severus, Remus ne savait jamais trop sur quel pied danser, et il préférait faire des précisions plus ou moins inutiles plutôt que de se faire reprocher une énième fois sa tranquillité relative. Car il fallait bien l'admettre, ce n'était pas lui qui servait d'espion, d'informateur, de professeur et de membre de l'Ordre tout au long de l'année. Il pouvait s'estimer heureux lorsqu'il parvenait à accomplir ne serait-ce qu'un seul de ces rôles.

Au bout d'un long moment, Remus reprit finalement la parole, rompant le silence inconfortable qui s'était installé.

« J'ai du mal à croire qu'Edmund fasse bientôt son entrée à Poudlard… »

« Il a déjà pris assez de retard » rétorqua sèchement Severus. « Ce n'est pas trop tôt. » Il avala une rasade de whisky. « Au moins, lorsqu'il sera en cours je pourrais avoir vraiment un œil sur lui. Il se tiendra plus tranquille. »

Lupin se garda bien de répondre à cette affirmation utopique. Pour lui, tant qu'Edmund serait ami avec les quatre élèves les plus turbulents de l'école, aucune surveillance, d'aucun ordre qu'il soit, ne serait d'une grande utilité. Le garçon continuerait à faire parler de lui et de ses frasques. Et Remus ne pouvait s'empêcher de sourire imperceptiblement en pensant au récit détaillé de ses bêtises auquel il aurait droit, comme toujours, régulièrement. Les comptes rendus du garçon étaient proprement hilarants… surtout quand sa meilleure amie se décidait à écrire en même temps. Cette réalité provoqua une soudaine association d'idées et son expression se figea.

« Severus » demanda-t-il d'une voix où malgré tous ses efforts perçait l'inquiétude.

L'autre leva les yeux vers lui, l'invitant à poursuivre.

« Tu as des nouvelles de Minerva et Pompom ? Je… » Il marqua une hésitation, s'embourbant dans son angoisse. « … je ne les ai pas vu depuis l'attaque. »

Malgré les apparences, ce souvenir était également désagréable à Severus, même si le montrer l'eût déshonoré. Ladite attaque était celle qu'avaient menée d'anciens partisans du Lord Noir sur le manoir où séjournait la moitié de l'Ordre, trois semaines plus tôt. L'Ordre du Phénix, le groupe de résistants le plus puissant et le plus redouté de tous les temps, celui qui avait tenu tête à Voldemort pendant plus de onze ans et avait sauvé des milliers de vies. L'Ordre, qui continuait la lutte avec acharnement depuis des années. Car quoi qu'on en dise la mort de Voldemort, dix ans plus tôt, n'avait pas suffit à anéantir son mouvement, et bien que de nombreux sorciers aient finis par se rendre à la justice ou se terrer dans une cachette improbable où l'on ne viendra pas les chercher, certains, qui avaient évité la prison d'Azkaban, continuaient de commettre des massacres au nom du Seigneur des Ténèbres. La dernière attaque en date avait ainsi fait neuf blessés, dont Minerva McGonagall et Pompom Pomfresh, respectives professeur de métamorphose et infirmière de Poudlard. Les deux femmes avaient été transportées à l'hôpital St Mangouste dans un état critique, et les médecins réservaient alors leur jugement, incertains.

« Elles vont bien » affirma l'homme aux cheveux noirs. « Et seront en état de reprendre du service dès demain. »

Demain. Le 1er Septembre. Le jour de la rentrée scolaire. Le jour où lui-même allait devoir retourner travailler. Il ferma les yeux brièvement. L'idée de retourner travailler lui était presque insupportable. Il ne supportait pas la plupart de ceux qu'il croisait au château, mais, paradoxalement, appréciait son travail et l'opportunité que lui avait offerte Dumbledore en lui proposant ce poste d'enseignant, des années auparavant. Avec un passé comme le sien, il était encore étonnant que l'homme ait bien voulu de lui comme collègue.

« Il te reste suffisamment de potions Tue-loup ? » s'enquit Severus.

La question prit un peu Remus au dépourvu, mais il hocha la tête.

« Assez pour tenir jusqu'à Novembre. »

Severus hocha la tête sans y penser, s'ordonnant simplement de se souvenir d'en repréparer. Car oui, ce qui empêchait Lupin d'en faire autant que les autres et lui posait de graves problèmes dans sa vie de tous les jours : sa lycanthropie. Mordu dans son enfance par un loup-garou, Remus en était devenu un lui-même et n'avait dût son admission à Poudlard que grâce à l'intervention de son directeur, le célèbre Dumbledore, qui lui avait permis de cacher sa vraie nature à ses camarades pendant toutes ses années. Mais le secret s'était finalement éventé et, des années plus tard, c'était Severus, un de ces fameux anciens camarades, qui était passé maître dans l'art de concocter la potion Tue-loup, qui lui permettait de se contrôler plus ou moins durant la pleine lune. Sans elle, Remus était capable de toutes les atrocités, mais cela ne l'empêchait pas de s'enfermer magiquement dans un local abandonné à chaque pleine lune et d'envoyer Jilly chez Severus.

Il fallait tout de même rester prudent et Rogue était l'une des rares personnes en qui le loup-garou avait confiance.

« Il va falloir qu'on y aille » dit alors Severus sans regarder Lupin, préoccupé par ses pensées. « Edmund a encore sa valise à faire. »

« Ce n'est pas Evy qui s'en charge ? » s'étonna Remus.

Rogue lui adressa un regard noir.

« Cette elfe est là pour le ménage, pas pour les affaires d'Edmund. »

Remus hocha la tête avant d'appeler sa fille. Celle-ci surgit de derrière le mur en courant, Edmund sur les talons. Au regard de Luna-Jill, on aurait pu croire qu'elle venait de voir des diamants.

« Jilly, Severus et Edmund vont devoir y aller » annonça doucement Lupin.

« Déjà ? » demanda la petite, déçue.

Severus hocha simplement la tête en guise de réponse. Il s'était déjà levé et Edmund avait attrapé sa veste. Un instant son père les observa, lui et Jilly. L'aspect physique n'était pas la seule différence entre eux deux, il suffisait de voir leur style vestimentaire. Edmund était vêtu de vêtements fait sur-mesure, une chemise blanche, un short sombre qui lui descendait jusqu'aux genoux et des souliers vernis, en l'occurrence. Sa veste noire était conforme à ce style qui semblait avoir toujours été celui du garçon. Les rares fois où il ne portait ce type de vêtements, il était en costume ou bien habillé de tunique de lin, de velours ou de soie. Jilly quant à elle était habillée en petite fille modèle, avec sa petite robe blanche à motif de chardons, mais Remus n'avait tout simplement pas les finances nécessaires pour la vêtir autrement qu'en Moldue.

Ses pensées furent interrompues par la bise sonore que Jilly claqua sur sa joue, le prenant par surprise. Il fit presque aussitôt un pas en arrière, déclenchant l'hilarité d'Edmund et Remus. Fulminant, Severus adressa à ce dernier un regard assassin, et le garçon étouffa son rire de son mieux.

« Lupin » le salua froidement Rogue en dépassant l'homme toujours hilare.

Contenant de son mieux son amusement qui ne voulait pas se calmer, Edmund embrassa Jilly sur la joue et serra brièvement Remus contre lui avant de partir en courant derrière son père, déjà dans la rue. Il le rattrapa quelques mètres plus loin, devant une station de métro désaffectée où ils s'engouffrèrent discrètement, passant sous le bandeau qui interdisait l'accès.

« T'es vexé ? » s'enquit Edmund en dévalant les marches.

Il n'obtint aucune réponse, et secoua la tête avec amusement, un demi-sourire flottant sur ses lèvres. Lorsqu'ils se furent arrêtés devant les tourniquets, Severus sortit sa baguette et tapota le composteur, enclenchant le mécanisme de reconnaissance magique. Sur l'écran où aurait dû s'afficher la validation d'un ticket normal une lumière verte se mit soudain à briller, et une voix lasse, indubitablement féminine, s'éleva de la machine.

« Bienvenue au MagykMetro. Quelle est votre destination ? »

« L'Impasse du Tisseur, Londres, Angleterre » répondit mécaniquement Severus.

« Cela vous coûtera neuf Mornilles, monsieur » dit immédiatement la voix.

Edmund eut une moue surprise et leva les yeux vers son père.

« Neuf Mornilles ? Il délire, là ? On ne fait même pas dix bornes ! »

Severus haussa un sourcil au-dessus de son regard neutre, mais celui-ci était rivé sur la petite lumière du composteur. Il sortit sa bourse de la poche de son pantalon moldu et entreprit de compter ses Mornilles. Enfin, il présenta une à une les pièces devant la fente initialement prévue pour le ticket, et regarda celle-ci s'écarter légèrement pour aspirer l'argent.

« Combien de voyageurs ? » s'enquit à nouveau la voix lasse de la machine.

« Deux. »

« Cela vous coûtera une Mornille de plus. »

Là, Edmund écarquilla les yeux alors que Severus rajoutait la Mornille manquante.

« Mais c'est de l'arnaque ! »

« Bon voyage, et merci d'avoir choisi la société MagykMetro » annonça la voix, morne.

Severus poussa le tourniquet et, à mesure qu'il le dépassait, se dématérialisa progressivement, devenant tout d'abord transparent avant de disparaître totalement. Rageur, Edmund donna un coup sur le composteur en s'avançant à son tour.

« Nous rappelons à notre aimable clientèle que nos humbles services ne sont pas responsables de la hausse des prix et que ceux-ci pourraient être encore augmentés par une amende en cas de dommage causé à l'un de nos appareils qui... »

« Oui, ça va ! » coupa Edmund avec agacement en poussant le tourniquet. « D'abord, quand on a autant d'entrain que vous on évite de bosser dans les transports ! Si tous les composteurs sont comme vous, pas étonnant qu'on ait si peu de touristes ! »

Il s'évanouit à son tour sans laisser à la machine le temps de répondre.

Merlin, pourquoi fallait-il que le Médicomage lui ait interdit les transplanages ? A ce rythme, les composteurs auraient leur ruine !

°0°0°0°0°

A des kilomètres de là, le jeune Harry Potter était penché à sa fenêtre, le regard perdu dans les étoiles. On les voyait vraiment bien, cette nuit… En même temps, pouvoir les observer était tout nouveau pour lui, qui avait toujours connu le placard sous l'escalier, et que sa nouvelle chambre – anciennement la seconde de son cousin Dudley – n'était la sienne justement que depuis peu. Il avait fallut qu'un géant bourru mais affectueux et original fasse son apparition dans son existence pour qu'il découvre qu'il était en réalité un sorcier qui avait sa place dans la plus prestigieuse école de magie, et non un petit monstre, véritable fardeau pour sa famille. Il était un enfant normal – enfin aussi normal que pouvait l'être un sorcier qui avait survécut au plus puissant mage noir de tous les temps. D'après ce qu'Hagrid avait pu lui dire et ce qu'il avait remarqué, il était d'une popularité dérangeante, qui risquait de le gêner.

A onze ans Harry était un garçon petit, maigre, aux cheveux noirs réputés incoiffables et aux yeux vers lumineux. La seule chose qui déformait un tant soit peu son visage était une fine cicatrice en forme d'éclair

Il huma longuement l'air nocturne. Son impatience était telle qu'il n'avait presque rien pu avaler du dîner. Depuis le temps qu'il attendait ça… Cela faisait des jours qu'Hagrid l'avait laissé là, chez les Dursley qu'il détestait tant, avec les instructions qui lui seraient nécessaires pour trouver son train qui devrait l'emmener à Poudlard. Depuis la venue d'Hagrid, son oncle et sa tante ne cessaient de lui adresser des regards meurtriers et Harry était sûr que l'Oncle Vernon ne se priverait pas de lui donner la correction de sa vie s'il s'avisait de le regarder de travers. Aussi le géant avait-il suggéré que le garçon se fasse déposer à mi-parcours, à la première station de MagykMetro, qu'il lui avait indiqué sur une carte routière. A partir de là, Harry avait cru comprendre qu'il ne lui serait pas difficile de se faire transporter jusqu'à la gare King's Cross. En revanche, il n'arriverait pas sur le bon quai, un tel accès étant impossible car trop risqué depuis une station de métro, même magique.

Il se tourna lentement vers Hedwige, la chouette blanche que lui avait offerte Hagrid pour son anniversaire, qui dormait d'un air paisible dans sa cage. Il avait tellement hâte…

Il voulait en apprendre davantage sur ce monde dont il avait été coupé pendant toute son enfance, sur ses parents disparus et les multiples anecdotes qui devaient exister sur eux, il voulait tout savoir, tout ! Déjà, il avait dévoré ses livres de classe avec un désir d'apprendre qui ne lui était pas coutumier, et même s'il n'avait pas tout retenu, beaucoup de choses étaient venus s'inscrire dans son esprit. Combien de fois s'était-il retenu de faire usage de sa baguette pour tâcher de mettre en pratique l'une des formules qu'il avait trouvées intéressantes ? Mais Hagrid avait été très clair là-dessus : la magie en-dehors de l'école était interdite, et à présent qu'il possédait sa baguette, il était devenu un sorcier de Premier cycle. Ce qui, d'après ce qu'il avait cru comprendre, signifiait que si jamais il outrepassait la loi, le ministère le saurait. Une perspective qui n'avait rien de réjouissant, mais établissait les règles du monde qui s'offrait à lui. Et s'il y avait une chose qui lui plaisait dans cette histoire, c'était de découvrir un nouvel aspect de sa vie, quelque chose sur lequel les Dursley n'auraient jamais le moindre contrôle, eux qui finalement n'avaient pas pu l'en tenir éloigné plus longtemps.

Harry attrapa un livre nommé Lois Magiques : les règles à la portée de tous, qu'Hagrid avait jugé nécessaire qu'il achète, et l'ouvrit au chapitre deux. Sa lecture n'était pas très attractive, ce qui expliquait qu'il l'ait si peu avancée jusqu'ici, mais il savait qu'il devait rattraper ses lacunes. Il s'assit à son bureau en se persuadant qu'il lui faudrait tôt ou tard en passer par là et se plongea dans sa lecture.

Néanmoins il laissa rapidement son regard vagabonder et celui-ci finit par tomber sur sa valise, qu'il avait déjà préparée intégralement, puis sur sa baguette, qui traînait négligemment sur son lit. Sa baguette… Elle contenait une plume de phénix, du phénix précisément qui avait fourni la plume de la baguette de Voldemort, cet assassin qui avait bien failli le tuer, dix ans auparavant. Ce détail le dérangeait légèrement, même s'il devait reconnaître que la baguette semblait parfaitement adaptée à sa main, comme si elle n'avait été fabriquée que dans ce but précis. Il n'y connaissait pas grand-chose, mais de ce qu'il avait pu en voir chez Ollivander, le fabriquant de baguette, lui donnait l'impression que les autres baguettes qu'il avait essayées lui étaient étrangères, désagréables, comme si elles ne s'accordaient pas avec lui, et lui donnaient l'impression de ne pas être à leur place dans sa main.

Il chassa ces pensées sur sa baguette et reporta son attention sur le ciel étoilé. Demain serait le premier jour de sa nouvelle vie, comme une étape indispensable dans son évolution. Comme la fin de son enfance et le début de ce qui serait son adolescence.

Harry ignorait qu'à cet instant précis, un autre garçon scrutait les étoiles. A plus de deux cents kilomètres de là, cet enfant, de petite taille, aux cheveux châtain clair, presque blonds, était appuyé contre la cheminée principale du manoir, les yeux tournés vers le ciel. Il était vêtu de manière un peu chic, portait même une cravate sous son épais pull de laine. Ses mains jouaient avec ses lunettes en plastique rouge, cadeau de son oncle. Il les mettait peu, n'en ayant heureusement pas nécessairement besoin. Sa vue était assez bonne pour qu'il puisse s'en passer plusieurs jours, même s'il était préférable qu'il les mette, pour soulager ses yeux.

Il aurait pu se les faire soigner magiquement, bien entendu. Mais cela représentait une certaine dépense que ses parents n'étaient pas désireux de faire, et ne seraient d'ailleurs jamais désireux de faire. Chassant cette pensée maussade, le garçon songea à son frère, endormi deux étages plus bas, inconscient de son escapade. Inconscient aussi des paroles qu'avaient échangées leurs parents quelques minutes plus tôt. Le garçon s'était raidi en les entendant parler juste sous lui, mais il n'avait pas bougé, sachant que le moindre bruit pourrait le faire repérer. Si jamais son père réalisait qu'il vagabondait sur les toits la nuit… Merlin, mieux valait ne pas y songer.

Soupirant, le garçon se recroquevilla, dans une tentative dérisoire de se protéger de l'air frais.

Demain, il partirait pour Poudlard.

Demain, les choses changeraient définitivement.

Alors, qu'en dites-vous ? Je sais que pour celles et ceux qui ont lu la première version ce chapitre peu paraître un peu bizarre peut-être, mais j'ai pensé qu'introduire les enfants de cette façon était préférable à la première méthode que j'ai employée. Le gros défaut du premier chapitre originel est qu'il était trop compact, parlait de trop de choses sans laisser le temps de présenter réellement les personnages. J'essaie donc d'y remédier.

A vous de voir si je réussis !

Sinon, que dire ? Oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, cette histoire comporte un certain nombre de personnages inventés, mais je vais faire en sorte que ce soit plus… dilué que dans la première version. Et bien plus au second plan, aussi. Enfin vous verrez bien.

Enfin, je tiens à signaler que Runcorn n'est pas une de mes inventions mais figure dans le dernier tome d'HP, puisque c'est son apparence que vole Harry pour entrer au Ministère.

Dernière chose, j'attends des critiques. C'est ce qu'il y a de mieux pour avancer, alors j'espère pouvoir compter sur vous.

Merci d'avance,

Kael.