Chapitre 4

-Non, mais qu'est-ce qu'elle croit ?

Sasuke entra dans le restaurant, visiblement remonté. La porte d'entrée claqua à en faire fuir les clients qui s'y trouvaient. Il s'assit au comptoir tout en continuant son monologue :

- Et en plus de ça, elle revient à la charge, l'idiote ! «Sasuke, je t'aime, je suis amoureuse de toi » Imita-t-il méchamment

Naruto fut surprise de la voir ainsi, tandis que Choji s'arrêta brusquement d'essuyer son assiette le regardant à son tour.

- Qu'est-ce que tu as l'étalon ? Je croyais que tu appréciais qu'une femme te dise qu'elle est folle de toi ? Demanda Naruto en plaisantant.

- Toutes sauf une…

Il avait le regard perdu, de là où il se trouvait, il observait les passants aller et venir à travers la vitre. Sa mâchoire refusa de se desserrer et il perçut un tremblement en détaillant l'une de ses mains. Il soupira, avant de faire face à ses deux amis.

- On peut savoir c'est qui ? Demanda curieux Naruto, tout en lui servant son café.

- Mon idiote de coloc! Siffla-t-il entre ses dents, après avoir bu, d'une traite, le liquide brûlant.

Naruto n'en crut pas ses oreilles, non pas que Sakura se soit déclarée, cela serait arrivé un jour ou l'autre, mais ce qui surprit le blondinet fut la réaction de son ami.

- Sas'key c'est de Saku que tu parles ! Fit Naruto choqué par la froideur de Sasuke.

Il baissa les yeux :

«Tu sais très que notre relation est celle de deux amis rien d'autre»

Le regard de la jeune femme lui revint en mémoire. Ce qu'elle pouvait l'énerver à être aussi touchée par de simples paroles. Non, il n'avait aucun remord, il avait remis les choses à leur place. Et quelle prestation digne de ce nom

« Je ne suis pas ton centre du monde, alors arrête de faire de moi ton obsession, je ne suis pas à ta possession ! »

Il se souvint avoir vu la jeune femme se figer, baisser la tête. Ses mots avaient eu leur impact sur elle. Tant mieux, elle se tiendrait à distance cette fois et agirait comme il se devait, c'est-à-dire en simple amie voire simple connaissance rien de plus. Ainsi, elle se conformerait à ce qu'il voulait d'elle.

- Et après ? Lui demanda-t-il peu affecté.

- Dites-moi je rêve

Le blondinet fit le tour du comptoir et se plaça devant le brun et s'apprêta à le cogner pour son insolence, mais Sasuke para le coup, il lui sourit d'un air moqueur avant de dire d'une voix moqueuse :

- Tu es gentil, mais tu vas te faire mal ce serait dommage ! (d'une voix dure, il claqua) Si elle vient pleurer ici, envoie la promener !

Naruto eut du mal à reconnaître le brun. Bien sur, il avait toujours été dur à propos de Sakura mais pas à ce point-là. Choji, de son côté, fut lui aussi frappé par la froideur de son ami envers leur amie, aussi se risqua-t-il à demandé

-Enfin… qu'est-ce qui te prend ?

Sasuke se leva d'un bond, saisit Choji par le col, celui-ci se laissant faire, trop surpris par l'attitude excessive de son ami.

- Tu veux savoir ce que j'ai, tête de poulpe ? (il eut un rire ironique) Il y a que ma colocataire quitte la maison sans rien dire et que quand je la retrouve je m'en prends plein la tronche !

Il relâcha sa proie et continua à parler, plutôt à crier, tout en arpentant le sol. Les clients le regardant bizarrement, prirent peur devant le regard meurtrier du beau brun:

- Le pire c'est qu'elle me dit qu'elle m'aime alors qu'elle sait que ça n'ira pas plus loin entre nous! Comment ose-t-elle me dire ça ? Elle n'a donc aucun respect pour moi ? C'est un préjudice moral !

Il s'assit à une table à côté d'un client en face duquel se trouvait une jeune femme. Il passa son bras autour de l'épaule du client et demanda en pointant un doigt accusateur sur la jeune femme :

- C'est ta copine ?

- Non…, Monsieur, c'est une amie…

- Très bien ! Comment tu réagirais si elle te disait qu'elle t'aime ?

La jeune femme baissa les yeux visiblement gênée. Le jeune homme, mal à l'aise bredouilla, un peu confus

- Ben, je serai flatté !

- Tu n'as pas compris, mon vieux ! Je t'ai demandé comment tu réagirais si elle te disait qu'elle t'aime, qu'elle est amoureuse de toi !

- Oui, je serai flatté !

Il regarda ce type sans comprendre, comme si sa réponse était scandaleuse. Ce dernier prit le brun pour un fou, d'ailleurs son impression se confirma. Sasuke se mit à hurler en se levant, fusillant le couple du regard

- Ce n'est pas flatteur, ce genre de déclaration surtout quand on aime que les choses restent à leur place. C'est un manque respect, un préjudice moral, une atteinte à l'intégrité de MA personne !

Naruto le regarda comme si il avait été frappé par la foudre. Il ressentit le besoin de s'asseoir et demanda incrédule

- Pardon ? Aucun respect pour toi ? Préjudice moral ?

- En me disant qu'elle m'aime ! Elle ne me l'a jamais dit en vingt cinq ans d'amitié et six de colocation, alors pourquoi maintenant ?

- Attends, Sasuke, Sakura te manque de respect parce qu'elle te dit « Je t'aime », c'est ça ? (il acquiesça) Tu es grave, toi ! Il faut te faire soigner !

- Voyez-vous ça encore une fois, c'est de ma faute, hein, Naruto? Bien sur, je fais pleurer la pauvre Sakura, c'est de ma faute ! Mon dieu, arrêtez-moi !

Il joignit ses poignets comme si on allait lui mettre des menottes. Naruto serra les dents, il avait envie de lui faire avaler sa méchanceté.

Sentant que la situation allait dégénérer, Choji intervient

- Maintenant explique-toi, Sasuke.

- Que veux-tu que je te répondre ?

- Tu adores cette femme, Sakura! Elle a toujours été là pour toi, avec toi! Vous avez partagé joies et peines. Tu l'as vu rire, pleurer pendant toutes ces années! Tu as toujours su qu'elle t'aimait, ça ne t'a jamais empêché de vivre à ce que je sache ! Et aujourd'hui tu parles d'elle comme si elle n'était rien à tes yeux !

Le nettoyeur se leva, déposa un billet et se dirigea vers la sortie :

- Garde la monnaie

- Tu vas la perdre, Sasuke

Sasuke se figea un instant, la main sur la poignet de la porte puis quitta la pièce en saluant son ami de la main, sans même se retourner. Il fit quelques pas, les mains dans les poches, souriant aux femmes qu'il croisait de temps à autre. Il n'était pas d'humeur à les harceler. Comment en étaient-ils arrivés là ? Pourquoi ne pouvait-elle pas comprendre qu'il ne lui donnerait rien de plus que des illusions, comme elle le disait si bien? Ils n'avaient rien à faire ensemble, ni maintenant, ni jamais. Il soupira.

- Sakura…

La scène de la matinée lui revint en mémoire. Arrivé au parc, il marcha jusqu'à trouver un banc en retrait, sous l'ombre d'un arbre. Il observa les enfants jouer. Il faisait beau et il fut attiré par le gazouillement des moineaux qui picoraient à quelques pas de lui. Il sourit tendrement, ce tableau respirait l'innocence, la pureté, la fragilité et l'insouciance. Tout comme l'était un ange… Le sourire du brun s'effaça aussitôt, pour laisser place à un air coupable. Il avait mit un point d'honneur à ce que leur relation reste et demeure telle qu'elle. Elle et lui, ensemble ? Il y en avait qui croyait au père Noël, ma foi !

« Bon sang Sasuke, je t'aime, je suis amoureuse de toi, alors qu'attends-tu de moi à la fin ? Hein, dis-moi ? »

Rien. Il n'attendait rien d'elle. Enfin, sauf… Il serra les poings, baissant la tête, il murmura :

- Garde tes je t'aime pour un autre !

Il demeura là, pendant un long moment à écouter les moineaux gazouiller et regarder les enfants jouer.

Lorsqu'il rentra chez lui, fin de journée, il retrouva l'appartement toujours aussi vide. Son regard voyagea dans chaque recoin, s'attardant de temps à autre sur des détailles. Il monta à l'étage et s'arrêta devant la chambre de Sakura où il entrouvrit la porte. La pièce était plongée dans l'obscurité. Quand il était rentré de sa sortie avec Karin, une semaine auparavant, il était rentré dans cette même pièce pour y trouver un lit vide où seul un mot l'attendait. « Je prends mes distances, je suis chez Ino, si besoin… Sakura»

Il n'avait pas compris son départ soudain, pas plus que cette scène qu'elle lui avait faite ce matin. Il secoua la tête, signe d'incompréhension totale. Pour lui, il était clair que Sakura se permettait trop de choses vis-à-vis de lui. Et cela, le brun n'appréciait pas. Bon sang, ils n'étaient pas ensemble! Il ne lui avait rien demandé et n'avait rien fait pour que la jeune femme s'emporte ainsi.

Il referma la porte en silence. Il se dirigea vers la salle de bain, referma derrière lui, enleva son T-shirt noir, desserra sa ceinture, ouvrit son pantalon, le retira et fit de même avec son caleçon. Il croisa son reflet dans le miroir, sans raison apparente, il frissonna. Il eut une sensation de froid. Il rentra dans la cabine de douche et actionna l'eau à température chaude. Il n'arrivait pas à se détendre, tous ces muscles étaient contractés. Il fit tomber sa tête en avant et amplifia la température, il soupira d'aise. Il resta ainsi, sous l'eau, quelques minutes, avant de se savonner le corps, se rincer et de ressortir de la douche. Il enroula une serviette autour de sa taille, s'arrêta devant le lavabo et commença son brossage, il s'arrêta en croisant la montre que lui avait offerte Sakura

« Tu vas la perdre, Sasuke! »

Sakura lui avait toujours tout pardonné, pourquoi cela changerait-il ? Non, il ne la perdrait pas, elle était toujours revenue vers lui. Sakura dépendait affectivement de lui, il le savait et elle le savait. Elle était accrochée à lui, donc il n'avait rien à craindre. Il lui suffisait d'attendre, tout simplement… Elle reviendrait. Il lui en avait fait voir de toutes les couleurs et si elle était encore là c'est que la situation lui convenait, malgré ses dires. Il se figea, mais se reprit. Il continua son brossage comme si de rien était, se rinça la bouche, la brosse à dent et quitta la pièce en éteignant la lumière.

Sasuke Uchiwa était un homme séduisant, il en avait pleinement conscient et il en jouait souvent. Il savait que les femmes tombées facilement sous son charme, il trouvait cela flatteur. D'un autre côté, il avait besoin de plaire, de séduire pour exister, c'était vital. Contrairement aux apparences, la solitude lui faisait peur. C'était un homme taciturne mais qui aimait la vie. Il n'était pas fait pour une vie calme et paisible avec une femme et des enfants. Son truc à lui c'était l'action.

Les femmes qui défilaient dans sa vie représentaient à ses yeux un ticket pour quelques heures de plénitude, un ticket pour oublier ses tourments, un ticket qui montrait qu'il était encore en vie et qu'il était libre. Ainsi, même si elles n'étaient que de passage, il les respectait, il les honorait et parce qu'elles se donnaient entièrement à lui et qu'elles faisaient tout pour satisfaire son plaisir, il veillait toujours à satisfaire le leur. Oh bien sur, il les avait aimé, mais l'amour lui était inaccessible voire inconnu. D'ailleurs, qu'est-ce que l'amour pour un homme comme lui ? Et pourquoi se laisserait-il aller à ce genre de futilité ? L'amour condamnait les êtres les uns aux autres, les aveuglait et les tuait à petits feux. L'amour privait l'homme de sa liberté, de sa raison et de sa force. L'amour ne pouvait être qu'une faiblesse pour un homme comme Sasuke.

Ce soir, Sasuke Uchiwa était un homme libre, libre de toutes envies, libre de toutes faims aussi animales soient-elles. Il n'y aura pas de furie pour l'empêcher de draguer. Il sourit. Que c'était bon d'être un homme libre. Il s'arrêta dans un cabaret. Il était seul, ses amis étaient avec leur moitié. Eux ils pouvaient se le permettre, ils n'étaient pas comme lui.

Dans ce bar, de superbes créatures, légèrement vêtues, dansaient pour le plaisir de leurs clients. Il regarda la strip-teaseuse dévoiler ses charmes au rythme de la musique de fond. Une serveuse s'arrêta à sa table, lui offrit son plus beau sourire et déposa le verre de whisky sur la table.

- Bonne soirée, monsieur !

Il la détailla du coin de l'œil. Blonde, grande, mince, robe ultra courte en soie, laissant entrevoir un soutif de couleur rose. Elle bascula ses cheveux longs derrière ses oreilles et lui fit un sourire charmeur. Et lui, il eut un sourire séducteur apparut sur ses lèvres :

- Ma soirée ne fait que commencer, ma jolie!

La serveuse se sentit rougir. Cet homme était vraiment charismatique. Il ne portait pas d'alliance, tant mieux. Elle ne voulait pas briser un ménage.

Oui, la nuit ne faisait que commencer. Et il comptait bien en profiter. Rien ni personne ne l'arrêterait, pas même Sakura.

Plus tard, il rentra chez lui, accompagné par une femme. Entrés dans l'appartement, ils s'embrassèrent, à perdre haleine. L'impatience, la faim et la fièvre grimpèrent. La jeune femme débarrassa le nettoyeur de sa veste qui s'échoua sur le sol, suivi du T-shirt tandis qu'il s'attaquait à son cou.

« Bon sang Sasuke, je t'aime… »

La fermeture de la robe céda, la robe forma une flaque sur le sol, la jeune était à présent en sous-vêtement devant le regard ardent de Sasuke. Une des mains de l'homme fit glisser lentement la bretelle du soutien gorge, tandis qu'il embrassait cette épaule dénudée. La jeune noua ses bras autour du cou du brun et ses jambes autour de sa taille, tout en poussant des gémissements de plaisirs, alors que l'une des mains dégrafa le soutien gorge.

« … je suis amoureuse de toi »

Après avoir monté les escaliers, il l'allongea sur son lit, elle l'attira à elle en le prenant par la ceinture, qu'elle ouvrit d'ailleurs, avant de faire céder le bouton du pantalon. Elle l'embrassa sur les lèvres, sur le torse, tandis que de ses fines mains, elle caressait le dos musclé du nettoyeur, avant de s'intéresser à son fessier. Les gestes de Sasuke se firent plus impatients, tandis qu'il explorait le corps féminin complètement offert et que son aventure d'un soir gémissait sous ses mains expertes de caresses. Tout en embrassant et faisant danser sa langue sur chaque parcelle de peau, l'une des mains masculine ouvrit le tiroir de la table de chevet pour en sortir une boîte de préservatifs.

« … alors qu'attends-tu de moi à la fin ? Hein, dis-moi ? »

Ce soir-là, il avait été un homme libre, sans attaches et sans remords. Ce soir-là, il coucha avec cette femme, cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi vivant… Jusqu'au réveil.