Nos Corps à la Dérive

Les blas-blas de Xérès : Après un mois d'attente, voici enfin ce quatrième chapitre ! Il s'est passé pas mal de choses ce mois-ci, j'ai notamment entamé un autre projet de fiction (hors HP) car même si The Rise And Fall/Ennemi(s) Intime(s) est terminé, ça me manquait un peu de faire évoluer un personnage complètement dingue. J'ai donc imaginé une autre histoire avec un bel homme qui plaira sûrement aux nostalgiques de Théo-chou (mais pas de viol, cette fois-ci, promis). Bref, voilà pour les blas-blas, place à la lecture !

Merci à tous les follow/fav ainsi qu'à Didoupanda, Djianara, Elisendre, EvoL13, Cécile, laloudu77, Swangranger, Fleur d'Ange, Charliee3216, invisible smile, malfoyswand, MissMalefoySlytherin, Lyly Ford, Wizzette, ecathe38, Marion, Blair Lovegood, flolive, little-Sniks, Jeny, Babarkiller, Sarah Bus, Aodren, Love The Original Family, Ela, maraille, PouleauPotter, Ann-Liz, Eliana Debrey, SeventhApril, SnowandSilver, PlumeDeSerpent, MissDraymione, Marie, jujupititetortue, marylin06, Clothilde Dubosc, Michèle-Valérie pour leurs reviews.

RAR :

Elisendre : aaaah trop contente que tu aimes Sirius, j'avais peur que ça ne passe pas ce rôle de SDF, même si ça le définit quand même bien dans les bouquins ahah. Bien vu pour Sévychou ) Merci de ta review et bonne lecture !

Cécile : ahah bon je crois que j'ai été un peu trop prévisible avec le coup de Rogue. Pas ma faute, j'adore le couple Sevissa xD Pour Sirius, oui il est un peu foufou, c'est un original, il vit en marge de la société et il fait un peu ses propres lois ahah. Contente qu'il te plaise ! ) Merci pour ta review !

Marion : c'est tout à fait ça, je me suis inspirée du tome 3 pour créer cette version de Sirius, le gars en mode fringues chelou et sans domicile ahah ça me plaisait bien. Ton cliché de l'amant de Narcissa pourrait être justifié… :p Merci pour ta review et gros bisous !

Blair Lovegood : Merci beaucoup pour tous ces compliments ! Je suis un peu comme toi, je lis des fictions depuis plus de 10 ans maintenant et à force, j'ai l'impression de voir la même chose partout (à quelques exceptions près) donc je me creuse toujours la tête pour essayer de faire quelque chose d'original ou d'assez tordu pour être sûre d'être la seule foldingue à avoir envisagé telle ou telle possibilité ahah. J'espère que la suite continuera de te plaire ! Bonne lecture !

Jeny : Merci pour ta review sur le chapitre 1, je ne sais pas où tu en es dans ta lecture mais tu as peut-être dû changer d'avis sur le personnage de Draco à l'heure qu'il est ! ahah. Merci à toi et bonne lecture !

Sarah (de nouveau dans le bus ?) : ahahah t'aurais-je convertie aux UA sans magie ? xD *bananadance* Bienvenue dans la secte ! ahah Je suis ravie que ce début te plaise, j'espère que ça va continuer loooongtemps. Bon, effectivement j'ai peut-être été un tout petit peu un chouïa prévisible avec le Severus/Cissy mais je les zaimeuh j'y peux rien. Continue de te creuser la tête, à mon avis tu en as pour un moment avec l'intrigue que j'ai pondu ! ahah. Gros bisous !

Ela : hihihihi Ron pourrait dégager plus tôt que tu ne le crois et j'espère que tu aimeras ! Théo est en effet très sympathique comme gars ! Même dans The rise and fall ! Je ne comprends pas pourquoi tout le monde le prend pour un fou ! mdr Don't worry, I'm not afraid : nice and crazy defines me quite well too, on devrait bien s'entendre. Ahah. Merci beaucoup et bonne lecture !

Marie : Merci beaucoup ! Je suis contente de pouvoir espérer te faire changer d'avis sur les UA. J'étais comme toi au départ et puis j'ai découvert les UA d'IACB et je suis devenue accro ! Bonne lecture et encore merci !

Jujupititetortue : ahahah je te rassure tu n'es pas la seule, à chaque fois que Joseph passe à la télé j'ai toujours au moins une lectrice qui m'envoie un message ou une capture d'écran de la télé sur Facebook ! ahah. Bonne lecture et merci !

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Chapitre 4 : Ronald

Le patient souffre de multiples fractures : os tibial gauche, genou gauche, fémur droit pour les membres inférieurs, humérus gauche et radius droit pour les membres supérieurs. On observe également un tassement de l'os au niveau du poignet droit, sûrement dû à la chute. Le pied gauche du patient a été écrasé par l'agresseur, causant une série de microfractures au niveau des métatarses. Nombreuses contusions sur tout le corps et déplacement léger de la 4ème et de la 5ème vertèbres cervicales. Aucun organe vital n'a été endommagé malgré la violence des coups portés aux membres, ce qui laisse présumer d'une volonté de blesser gravement mais pas de tuer de la part de l'agresseur.

Le patient s'est vu prescrire cent-vingt jours d'interruption totale de travail, à renouveler si besoin lors de la dernière visite de suivi.

Extrait du rapport médical préliminaire de M. Cuthbert Binns, le 8 août à 00h37.

~o~

« Bonjour Madame Pince ! », claironna Hermione en passant en trombe devant le bureau de la bibliothécaire. Celle-ci leva la tête mais sa plus fidèle élève avait déjà disparu derrière un rayonnage. Théodore était déjà là, passant en revue les nouveautés reçues au cours de l'été, les sourcils légèrement froncés de concentration. « Salut ! Tu n'as pas perdu de temps ! »

Le front de Théodore se détendit en entendant sa voix et il tourna la tête en souriant. « C'est plutôt toi qui es à la traîne… Les cours sont finis depuis vingt minutes », fit-il en consultant sa montre.

Hermione se débarrassa de son sac qu'elle laissa négligemment tomber à terre et rejoignit son camarade pour leur inspection rituelle des nouveaux arrivages. Ses joues avaient légèrement rosi, ce qui n'échappa pas à son ami. « J'avais Maths avec Vector juste avant le déjeuner, il a passé dix minutes à nous dicter une tonne d'exercices… »

« Et les dix autres minutes ? »

Le rose devint rouge cramoisi et Hermione esquissa un petit sourire crispé. « J'étais avec Ron… »

« Oh Seigneur… », grinça Théodore en reculant d'un pas. « Est-ce que sa langue était dans ta bouche ? »

Hermione leva les yeux au ciel et fit mine d'inspecter les rangées de livres.

« Elle ne répond pas. Diantre, la langue n'était donc pas la seule arme du crime… », commenta le jeune homme comme si elle n'était pas là.

« Théo… »

« Ne me dis pas que tu l'as laissé te tripoter dans un couloir désert ? Bon sang, j'ai envie de vomir… »

« C'est fini, oui ? », s'esclaffa Hermione en lui donnant un coup d'épaule, mais Théodore l'esquiva tel un torero dans l'arène.

« Baaah, ne me touche pas ! La rouquinite, c'est contagieux ! »

« Et toi, tu avais quoi comme cours ce matin ? », soupira Hermione pour couper court au cinéma du Serpentard. Ce qui fut relativement efficace, car il reprit un comportement normal sans pouvoir toutefois se défaire de son petit sourire narquois.

« Littérature… le remplaçant de Binns est plutôt pas mal. »

Le couinement enthousiaste d'Hermione lui fit lever un sourcil. « Monsieur Lupin ! J'ai tellement hâte d'avoir cours avec lui demain, il est tellement gentil », chuchota la jeune fille avec excitation. Elle s'empara d'un gros livre d'histoire contemporaine du Royaume-Uni et le mit de côté.

« Tu le connais ? », s'étonna Théodore en la dévisageant.

Hermione hocha la tête en continuant sa recherche de lectures utiles. « C'est complètement fou. Figure-toi qu'il venait très souvent au Café Litté, tu sais mon job d'été, et un jour il m'a entendue parler de Poudlard avec Malfoy et il m'a dit qu'il avait postulé ici, justement ! »

« Le monde est petit… », fit Théodore pour qui le seul détail intéressant de la conversation était maintenant 'parler avec Malfoy'. « Et alors, ça s'est passé comment ? »

Hermione haussa les épaules en saisissant cette fois un manuel de botanique spécialisé dans la flore himalayenne. « Ben, j'imagine qu'il a dû passer un entretien d'embauche avec Dumbledore, et il a été pris… »

« Non, je veux dire avec Malfoy », s'esclaffa le jeune homme en secouant la tête.

Elle poussa un profond soupir. « Comme d'habitude… Il m'exaspère, on se chamaille, il s'en va. Je ne comprends même pas pourquoi il s'obstinait à venir au Café Litté, ce n'est même pas son quartier. »

« Ouais, mystère… », railla Théodore en levant les yeux au ciel, mais Hermione était trop occupée à feuilleter un manuel d'introduction à la sociologie pour le remarquer.

« Enfin bref, j'ai hâte d'avoir Littérature… » Elle s'arrêta un instant, se mordit la lèvre et jeta un regard coupable à son ami. « J'adorais Binns, tu sais et je trouve ça horrible ce qu'il lui est arrivé… mais je ne peux pas m'empêcher d'être ravie à l'idée d'avoir Lupin comme enseignant. C'est horrible, non ? Tu crois que ça fait de moi une mauvaise personne ? »

« Mais non, ne t'en fais pas pour ça… », la rassura le Serpentard avec un sourire doux.

« Tu en as pensé quoi de son premier cours, dis-moi ? »

Théo réfléchit un moment. « J'en sais trop rien… Il a l'air de beaucoup aimer les citations, il nous en a pondu au moins une douzaine en seulement une heure. »

Hermione éclatait de rire lorsqu'une voix masculine s'éleva dans leur dos.

« Les citations lorsqu'elles sont gravées dans la mémoire vous donnent de bonnes pensées. »

Les deux adolescents se retournèrent, Hermione le sourire aux lèvres, pour voir approcher Lupin les bras chargés de bouquins. « Bonjour, Monsieur ! », lança la jeune fille, ravie.

« Bonjour, Hermione… », la salua Lupin avec un sourire bienveillant avant de se tourner vers le garçon en plissant les yeux. « … Théodore, si je me souviens bien ? »

« C'est ça. » Le ton laconique du brun surprit Hermione mais elle ne dit rien. Les Serpentards n'étaient pas connus pour respecter franchement leurs professeurs. A part peut-être Rogue, le responsable de leur dortoir.

« J'ai beaucoup de noms à apprendre d'un coup, cette année… », s'excusa l'enseignant avec un petit rire.

« Comment se passe votre première journée ? », demanda Hermione, encourageante.

« Plutôt bien ! L'internat est une merveille d'architecture médiévale et cette bibliothèque est en passe de devenir ma pièce préférée ! »

Ils rirent tous deux de bon cœur tandis que Théodore se détournait en direction des livres pour mimer un vomissement. Il avait quelque chose d'important à demander à Hermione et ce type venait tout gâcher.

« Bon, je ne veux pas vous déranger. Je repars explorer les environs. Bonne journée, Hermione ! » Lupin tourna son regard pétillant en direction de Théodore qui boudait et hocha la tête. « Monsieur Nott. »

Théodore leva une main pour esquisser un vague signe d'adieu et Remus s'éloigna. Il allait sûrement croire qu'il venait d'interrompre un moment romantique entre deux rats de bibliothèque, mais Théodore se fichait pas mal de ce que Lupin pouvait penser. Il avait une mission à remplir ce midi et ce n'était pas ce recueil de citations sur pattes qui allait l'en empêcher. Hermione revint se poster près de son ami et recommença son inspection des différents titres.

« Tu fais quoi ce soir ? », demanda innocemment le Serpentard.

« Euh… c'est la soirée de rentrée dans les dortoirs, donc j'imagine que je serai… au dortoir », se moqua gentiment Hermione. « Pourquoi ? »

« Comme ça. Si jamais il te prenait l'envie de monter jusqu'au dernier étage pour faire la fête avec nous, n'hésite pas… Draco fait une contre-soirée très très privée dans sa chambre, j'ai le droit d'inviter qui je veux. »

Hermione laissa échapper un gloussement peu distingué et secoua la tête. « Tu rigoles ou quoi ? Moi, seule, dans la fosse aux serpents ? J'aurais trop peur de me faire mordre. » Théodore lui jeta un regard noir, la tête légèrement inclinée et elle prit un air scandalisé. « Quoi ? C'est vrai ! Tous les Serpentards me détestent ! »

« C'est totalement faux. »

« Théo, tu es seulement l'exception qui confirme la règle. »

« Il y a plein d'autres Serpentards qui ne te détestent pas », se défendit le jeune homme en prenant un air sûr de lui.

« Cite m'en un. »

Draco, pensa-t-il aussitôt mais il ne dit rien. Elle ne le croirait sûrement pas, de toute façon. Il fit mine de réfléchir. « Millicent Bulstrode. » Hermione haussa un sourcil dubitatif. « Elle n'a pas oublié la fois où tu l'as aidée à terminer son devoir de chimie. Et je suis quasiment sûr que Pansy et Blaise n'ont rien contre toi non plus. »

« La dernière fois que j'ai vu Pansy, elle s'est moquée de mon gilet à motifs losanges… »

Théodore agita son index en direction d'Hermione. « Elle t'a rendu service, ce gilet est ignoble. »

Hermione poussa un soupir agacé.

« Allez, dis-moi que tu passeras nous faire un petit coucou. Cinq minutes, juste le temps de trinquer avec moi à notre dernière rentrée ensemble… », supplia le Serpentard en prenant un air de chien battu. L'œil humide, le menton tremblotant, les lèvres formant une petite moue adorable… c'en était trop pour Hermione, qui éclata de rire.

« C'est d'accord, je passerai ! », céda-t-elle, exaspérée et amusée à la fois. « Cinq minutes ! »

« Elle va passer ! », triompha Théodore en levant les bras au plafond. Un « chhh » excédé leur parvint depuis le bureau de Mme Pince et ils plaquèrent leurs mains sur leurs bouches en gloussant. Hermione chez les Serpentards… Cette soirée promettait d'être riche en rebondissements.

A un point qu'ils n'auraient jamais imaginé.

~o~

Lorsqu'Hermione monta au deuxième étage du bâtiment de nuit pour poser ses affaires, les clameurs enjouées et la légère odeur de haschisch qui flottait dans le dortoir lui indiquèrent que la soirée était déjà commencée pour les plus motivés. Les plus jeunes élèves, placés dans les chambres à proximité des escaliers, avaient opté pour une approche plus saine en ouvrant grand les portes et les fenêtres et se livraient à une partie de cache-cache endiablée dans les différentes chambres. Hermione faillit se faire percuter par deux petits à la recherche d'une cachette et sourit. Elle avait été à leur place, il y a quelques années. Quelque part, elle regrettait leur insouciance et leurs jeux attendrissants. Les soirées des plus âgés se résumaient à boire de la bière (autorisée pour les plus de seize ans en Angleterre), à vider les bouteilles d'alcool fort importées illégalement par les plus hardis et à échanger goulûment de la salive pour ceux qui avaient l'opportunité d'être en couple. Généralement, Hermione restait une petite demi-heure et fuyait ensuite l'agitation pour lire dans sa chambre, qu'elle partageait avec Héloïse Midgen, Parvati Patil et Romilda Vane. Par chance, toutes trois étaient de bonnes élèves, sérieuses et elles ne s'étaient jamais disputées à propos de quelconques nuisances sonores et autres joies de la colocation.

On ne pouvait pas en dire autant de la chambre voisine, occupée par Katie Bell, Fay Dunbar, Demelza Robins et Lavande Brown… Hermione n'aurait pas supporté de partager sa chambre avec Lavande (une salle de bains, c'était largement suffisant), et pas seulement en raison de leur rivalité en amour. Lavande avait une fâcheuse tendance à écouter Taylor Swift à fond sur ses mini-enceintes, à ramener ses conquêtes (en l'occurrence Ron) dans son lit à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit et à laisser traîner ses fringues partout. Katie ne cessait donc de lui hurler dessus, Demelza était trop timide pour oser dire quoi que ce soit et Fay… semblait plus intéressée par Lavande elle-même que par ses faits et gestes. Un joyeux bazar qui avait plus d'une fois poussé la pauvre Katie à bout.

Le téléphone d'Hermione vibra dans la poche de son pantalon et elle s'arrêta pour l'en extirper. « Viktor » s'affichait en gros sur l'écran et elle appuya sur la touche rouge pour raccrocher. Le lancement de la saison sportive inter-écoles était imminent et en tant qu'ancien élève devenu joueur professionnel, Viktor était invité à Poudlard pour le match d'ouverture de rugby. Elle avait réussi à l'éviter toute la journée, mais elle serait piégée toute la soirée dans les dortoirs… Elle avait peu de chance de lui échapper mais préférait repousser au maximum le moment de le trouver en face d'elle.

Reprenant sa marche, Hermione parvint jusqu'au fond du couloir, où deux chambres contiguës étaient ouvertes aux quatre vents. Celle de Ron, Harry, Seamus Finnegan et Dean Thomas, et à côté celle de Cormac McLaggen, Ritchie Coote, Lee Jordan (qui avait redoublé après que ses complices Fred et George Weasley avaient déserté les lieux avant leur diplôme) et Jack Sloper. L'odeur d'herbe était devenue plus forte, tout comme celle si caractéristique des chambres d'adolescents en pleine mutation hormonale. Harry était assis sur l'un des petits bureaux en bois (initialement prévus pour les devoirs) et roulait consciencieusement un des nombreux pétards qu'il ferait tourner pendant la soirée, entouré de trois filles de sixième année admiratives.

« Mais alors, c'est vrai ce qu'on dit à propos de cette mystérieuse carte ? », minauda l'une d'entre elles en se penchant un peu plus en direction d'Harry, sa poitrine tendant sa chemise déjà serrée à l'excès. Harry sembla perdre un instant l'usage de la parole, puis détourna le regard des deux obus braqués sur lui et hocha la tête.

« La Carte des Maraudeurs, mesdemoiselles », fit-il sur un ton énigmatique. « Et c'est moi qui l'ai trouvée. Tout au fond du lac, cachée dans un coffret scellé. J'ai failli y laisser la vie… »

Les filles poussèrent de petits cris excités, tandis qu'Hermione levait les yeux au ciel. La Carte des Maraudeurs était un bout de papier dont les tracés à l'encre brune représentaient Poudlard, ainsi que les différents emplacements secrets que de mystérieux rebelles utilisaient pour cacher divers objets interdits. Une histoire qu'Harry se plaisait à raconter aux plus jeunes mais Hermione n'était pas dupe. Les mystérieux rebelles n'étaient autres que Fred et George Weasley, les deux élèves les plus incontrôlables que Poudlard ait jamais connu. Et il n'y avait ni lac ni coffre scellé en réalité : Fred et George s'étaient simplement contentés de transmettre leur carte à Harry après leur renvoi de l'école. Le Survivant avait ainsi hérité d'une quantité assez phénoménale d'herbe, de pilules « magiques », de petits explosifs, de feux d'artifice et de revues pornographiques. Autant dire une mine d'or pour tout adolescent qui se respecte.

« Et il ne vous a pas encore parlé des sirènes qui vivent au fond du lac et qui ont failli le dévorer tout cru… », railla Hermione en voyant les expressions des filles passer de l'étonnement, au doute, puis à la vexation. Elle se retint de glousser puis alla saluer Seamus et Dean, qui finissaient de déballer leurs valises de la veille. Soudain, deux mains se glissèrent autour de sa taille et l'entraînèrent dans le couloir. Elle laissa échapper un petit rire, juste avant que les deux lèvres de Ron ne happent goulûment les siennes.

Hermione se laissa emporter par le baiser, le cœur battant. Ils avaient fini par discuter réellement la veille après le dîner et s'étaient enfin embrassés pour la première fois depuis longtemps. Un longtemps qui remontait à avant Lavande et Viktor. Elle avait oublié à quel point c'était bon de serrer Ron tout contre elle. A regrets, elle sentit le jeune homme s'écarter et rouvrit les yeux.

« Et si tu disais à tes colocs de nous laisser un peu tranquilles dans ta chambre, ce soir ? », murmura Ron en l'embrassant dans le cou.

Hermione ouvrit la bouche, un peu décontenancée et le repoussa gentiment en riant. « Ron… ça fait à peine moins de vingt-quatre heures ! Je te l'ai dit… je n'ai pas envie de me prendre la tête, mais… Je veux quand même qu'on prenne notre temps. Je ne veux pas brûler les étapes sous prétexte qu'on a déjà été ensemble par le passé. »

Ron sembla se renfrogner un peu mais hocha la tête. « Comme tu voudras. Tu seras à la fête ce soir ? »

« Bien sûr que oui ! » Elle lui sourit, se rappelant qu'elle avait également un autre engagement. « Je dois passer vite fait saluer quelques amis dans les autres dortoirs, mais ce sera rapide, ne t'en fais pas. »

« Je ne m'en fais pas… », grogna-t-il en lui mordillant de nouveau le cou, ce qui la fit redoubler d'éclats de rire. Rire qui se tut aussitôt lorsqu'elle vit qui approchait dans le couloir. Lavande Brown, ses cheveux blond cendré et bouclés cascadant sur ses épaules, les fusillait littéralement du regard. Ron leva la tête en voyant qu'Hermione s'était figée et esquissa une grimace.

« Tu lui as parlé ? », murmura Hermione, gênée.

« Ouais, ouais… elle est jalouse, c'est tout. Ça lui passera. »

La porte de la chambre de Lavande claqua violemment et Hermione pinça les lèvres. J'espère que 'ça lui passera' vite, alors. Mais connaissant Brown, rien n'était moins sûr…

~o~

« A ta dernière année, Hermione ! »

Ginny heurta doucement de son verre de punch la petite bouteille de bière qu'Hermione tenait dans sa main et les deux amies échangèrent un sourire, tandis que derrière elles Harry, Cormac et Seamus entamaient une danse étrangement bancale, bras dessus-bras dessous. Une musique électronique indescriptible faisait trembler les petites enceintes saturées, le bureau sur lequel elles étaient posées et les murs autour d'eux. Hermione était presque sûre de perdre au moins vingt pour cent d'audition avant la fin de la soirée, mais peu importait. Elle était prête à en savourer chaque minute. Sa dernière soirée de rentrée. Elle devait être inoubliable, raison de plus pour ne pas s'enfermer seule dans une chambre avec Ron, aussi tentant que cela pouvait être. D'ailleurs, en parlant du loup…

« Où est mon imbécile de frère ? Je m'attendais à vous trouver englués l'un à l'autre toute la soirée ? », demanda Ginny tandis qu'Hermione balayait les environs du regard et haussait les épaules.

« Je n'en sais rien, il a fait la chenille avec Dean et Lee dans le couloir, mais c'était il y a dix minutes. Lee est dans les toilettes en train de vomir et Dean est quelque part dans la bouche d'Hannah Abbott. »

« Comme c'est étrange, Lavande aussi est introuvable… », fit une voix glaciale dans leur dos. Les deux jeunes filles se retournèrent pour tomber nez à nez avec une Fay Dunbar visiblement furieuse.

« Je vois très bien ce que tu insinues, Fay, et sache que je trouve ça grossier et insultant », gronda Hermione en tentant de se détourner pour signifier à l'importune qu'elle pouvait retourner du trou dont elle s'était échappée.

« Je ne dis pas ça pour t'embêter, Granger… Figure-toi que je préfère également savoir ton rouquemoute loin de ma Lavande », aboya Fay.

« Les rouquemoutes t'emmerdent, Fay », grommela Ginny en lui faisant un doigt d'honneur mais l'autre l'ignora superbement.

« Eh bien, sois tranquille, Lavande et Ron ne sont plus ensemble. Maintenant, si tu pouvais aller voir ailleurs, j'essaie de m'amuser. » Hermione leva sa bière pour en boire une gorgée et tourna le dos à Fay, juste avant que celle-ci ne prononce une dernière phrase.

« A ta place, j'irais quand même voir du côté de la chambre de Lavande, on ne sait jamais… »

Hermione rabaissa sa bière et poussa un soupir agacé. « Quelle peau de vache, celle-là… »

« En attendant elle a raison. Ron et Lavande manquent à l'appel… », grinça Ginny en regardant de nouveau autour d'elle. Le regard courroucé d'Hermione lui fit lever les bras en signe d'apaisement. « Hé, ça serait pas la première fois qu'il te fait un sale coup avec cette pimbêche. Mieux vaut être fixée maintenant que dans deux mois quand tu seras à nouveau complètement mordue de lui. »

« Je suis déjà mordue, Ginny… » Nouveau soupir. « J'essaie de bâtir une relation avec Ron basée sur la confiance. Je ne veux pas être ce genre de fille qui traque les moindres faits et gestes de son copain sous prétexte qu'il a fait une bêtise il y a longtemps. De l'eau a coulé sous les ponts. Il a le droit à une deuxième chance. »

Ginny pinça les lèvres et prit une gorgée de punch. « Si tu veux, je vais juste jeter un œil et je reviens. »

Silence. Le boum boum de la musique techno emplissait leurs cages thoraciques et il fallut à peu près deux mesures et demie supplémentaires pour qu'Hermione tourne les talons et sorte dans le couloir. « On y va ensemble. Mais juste cette fois. »

« Ahah, je savais que tu craquerais », plaisanta Ginny.

« Mais on ne trouvera rien, j'en suis persuadée. »

« Y'a plutôt intérêt, sinon je demande à Fred et George de lui farcir les intestins de pétards et d'allumer la mèche. Ça serait joli… Comme au défilé du Nouvel An Chinois, l'an dernier, tu te rappelles ? »

Les deux filles arrivèrent en pouffant devant la porte de la chambre de Lavande et se figèrent. « Tu crois qu'il y a quelqu'un à l'intérieur ? », chuchota Ginny en se penchant sur Hermione.

« Tu veux dire, à part Katie en train de ranger les fringues que Lavande a dû encore éparpiller partout ? Possible. Au pire, on dira qu'on est bourrées et qu'on s'est trompées de chambre. »

Ginny haussa les épaules et ouvrit grand la porte… Là, assise sur un des bureaux placés dans la grande pièce, se trouvait Lavande à moitié nue et les jambes largement écartées. En toute logique, les deux filles auraient pu avoir une vue imprenable sur son intimité si celle-ci n'avait pas été cachée par une tête rousse caractéristique. Tête qui s'agitait frénétiquement à l'endroit critique. Bien qu'ayant passé les dernières minutes à plaisanter à moitié sur le sujet, Hermione n'y avait tellement pas cru qu'elle resta figée bêtement sur place, fixant Lavande et Ron en plein acte en ouvrant et fermant la bouche tel un poisson hors de l'eau. Comment osait-il faire une chose pareille ? Alors qu'ils étaient de nouveau ensemble ? Après tout ce qu'ils avaient vécu ? Maintenant qu'ils étaient repartis sur de bonnes bases ?

Visiblement, pas si bonnes…

Sur son bureau, Lavande leva la main droite et agita les doigts pour saluer Hermione, ajoutant au geste un large sourire narquois. Son autre main serrait les cheveux roux de Ron, guidant les mouvements du jeune homme au creux de ses cuisses.

« Salut, Hermione… », roucoula Lavande d'une voix chaude.

Au sol, Ron sauta sur ses pieds comme s'il venait de recevoir une décharge électrique. Il se retourna, s'essuyant maladroitement la bouche et balaya la pièce des yeux avant que ceux-ci ne se posent sur Hermione, qui le dévisageait avec horreur.

« Her-… Hermione, qu'est-ce que tu fais là ? »

Mais elle ne répondit pas. Cela avait beau faire seulement vingt-quatre heures qu'ils se redonnaient une chance, ça faisait tout aussi mal que la première fois, avant qu'elle ne sorte avec Victor. Il la trahissait de nouveau, alors qu'elle lui refaisait tout juste confiance. Quel genre de monstre était-il ?

« Toi, qu'est-ce que tu fais là, entre les cuisses de cette pétasse ? », aboya Ginny en désignant Lavande de son verre de punch.

Derrière Ron, Lavande referma ses cuisses et leva les yeux au ciel, comme si la situation l'ennuyait déjà. Quant à Hermione, ses mains tremblaient légèrement mais elle ne s'en rendit compte que lorsque ses doigts voulurent sécher des larmes qu'elle n'avait pas non plus senti couler. Son corps tout entier n'en faisait plus qu'à sa tête, elle n'était plus capable de penser, d'agir… La seule image que son cerveau parvenait encore à traiter était celle de la tête de Ron entre les jambes de Lavande. Oh mon Dieu… Elle reprit ses esprits lorsque Ron tenta de s'approcher d'elle, mais elle recula d'un pas, frissonnante.

« Hermione, je croyais qu'on était d'accord pour que ça se passe comme ça… ? », lâcha Ron en fronçant les sourcils.

« Hein ? »

Que voulait-il dire ? Jamais Hermione ne se rappelait lui avoir donné l'autorisation de glisser sa langue entre les cuisses de Lavande, elle s'en souviendrait, non ? Ce n'était pas le genre de choses qu'on oublie ?

« Tu as dit que tu ne voulais pas te prendre la tête. Tu as dit que les relations compliquées, ce n'était plus pour toi ! Après Krum, j'ai pensé que tu voulais juste qu'on s'amuse un peu tous les deux, pas qu'on ait quelque chose…d'exclusif, tu vois ? »

Hermione ouvrit plus grand la bouche et porta une main à son front. Ça dépassait tout ce qu'elle avait pu imaginer. Tous ses rêves de romance idyllique avec Ron venaient de s'effondrer et d'être réduits en bouillie par un bulldozer nommé Mauvaise Foi.

« Tais-toi… », souffla-t-elle en reculant dans le couloir.

« Je croyais que c'était ce que tu voulais, toi aussi… », se défendit Ron en approchant de nouveau.

« Recule ! RECULE ! », beugla Hermione, d'une voix brisée. « Je ne veux plus te voir. PLUS JAMAIS ! »

« Mais enfin, Herm- »

Avant qu'il n'ait pu finir sa phrase, Hermione avait détalé dans les escaliers, sous le regard consterné de Ginny. Celle-ci secoua lentement la tête avec mépris, tandis que Ron quittait la pièce, furieux, pour rejoindre sa propre chambre où la fête battait son plein. Lavande, qui avait quitté son perchoir, reporta son attention sur Ginny, qui avait peine à la regarder sans lui cracher au visage et avança jusqu'à la porte de la chambre.

« Tu diras à ta copine intello que Ron est à moi. Qu'elle se rentre ça dans sa cervelle de surdouée… », murmura Lavande, tout sourire.

« T'es vraiment qu'une grosse pute, Lavande. »

Le sourire de la blonde s'élargit comme si c'était un compliment et avant que Ginny n'ait eu l'occasion de faire quoi que ce soit, elle lui claqua la porte au nez.

Dans les escaliers, Hermione grimpait les marches quatre à quatre, dépassant l'étage de Serdaigle pour parcourir les dernières marches qui menaient à Serpentard. Son premier réflexe avait été de s'éloigner le plus possible de Ron et d'aller trouver refuge auprès de Théodore, mais toute à sa douleur, elle en avait oublié la fête des dortoirs. Ici comme partout dans le bâtiment, les élèves faisaient la fête et elle n'avait aucune envie qu'ils la voient toute bouffie, rougeaude et humide de larmes. A bout de souffle, elle s'assit sur la dernière marche et se prit la tête entre les mains. Mais le répit fut de courte durée. Une voix criant répétitivement son nom faisait écho dans les escaliers et indiqua à Hermione que Ginny s'était lancée à sa recherche. Elle n'avait pas envie de la voir, pas envie de lui parler. En fait, moins elle aurait de cheveux roux dans son champ de vision, mieux elle se porterait.

C'est injuste… Ginny n'a rien fait et c'est moi qui ai accepté d'aller voir, après tout…

Nouvel appel. Hermione se leva et s'enfonça dans le couloir des Serpentards, bien décidée à rester introuvable. Théodore avait dit qu'ils seraient dans la chambre de Malfoy, mais elle n'avait aucune idée de son emplacement. Sûrement dans le fond, avec les autres de septième année. Elle se fraya un chemin parmi la foule, s'attirant quelques regards curieux mais dans l'ensemble, tous les fêtards la laissèrent tranquille. Ni Malfoy, ni Théo, ni aucun de leurs amis n'étaient en vue et Hermione pensa en reniflant que Théodore n'avait pas plaisanté en disant qu'ils faisaient une soirée « privée ». Quelle bande de snobs… Mais c'était exactement ce qu'il lui fallait. Une chambre close, à l'abri des regards et une épaule pour pleurer. Théodore prendrait soin d'elle, elle n'en doutait pas une seconde. Il comprendrait.

Au fond du couloir, toutes les chambres étaient ouvertes et remplies d'élèves plus ou moins alcoolisés, une seule porte était fermée et sans hésiter, Hermione frappa. Pas de réponse. Elle frappa de nouveau, sans plus de succès. Une gamine un peu plus jeune qu'elle, adossée au mur adjacent haussa les sourcils et tapota le bras d'Hermione pour attirer son attention.

« C'est une fête privée… »

« Je suis invitée », marmonna Hermione en faisant de son mieux pour cacher ses yeux et son nez rougis. La gamine la dévisagea des pieds à la tête avec un air étonné qu'Hermione aurait trouvé vexant dans d'autres circonstances. Mais ce soir, elle n'en avait simplement rien à faire.

« Bah alors si t'es invitée, entre, reste pas là à frapper comme une pauvre naze… » La fille leva les yeux au ciel et se détourna. Hermione fixa de nouveau la porte close, prit une grande inspiration et tourna la poignée. Une douzaine de Serpentards étaient répartis dans la pièce et Hermione ne put s'empêcher de grogner en voyant que Malfoy avait droit au même espace que quatre Gryffondors ou quatre Serdaigles. Les chambres classiques des autres Serpentards étaient plus petites, mais encore une fois, Malfoy se détachait du lot.

Avachi sur son lit, Draco se redressa comme s'il était monté sur ressorts et enfonça violemment son coude dans les côtes de Théodore qui plaisantait avec Pansy, assis sur le rebord de la fenêtre. « Qu'est-ce qu'elle fait là ? »

Théodore tourna distraitement le regard en direction de l'entrée. « Je l'ai invitée. Surtout ne me remercie pas. »

« Mais… mais… mais… »

Tétanisé, Draco regarda son ami faire un signe à l'attention de Granger, qui s'avança timidement.

« A ta place, je cesserais de bégayer comme un débile : elle arrive », railla Théodore avant de lever son verre joyeusement. « Hermione ! Tu es venue ! »

« Que… qu'est-ce que tu fiches ici, Granger ? », aboya Draco, qui reprenait contenance. « Je ne me rappelle pas t'avoir invitée ! »

Théodore vit le menton d'Hermione trembler et avant d'avoir pu rattraper le coup, elle tourna les talons et repartit en direction de la sortie.

« Non mais, t'es con ou quoi ? », grinça Théodore tandis que le blond se décomposait littéralement sur place.

« Tu… tu as vu, elle avait les yeux rouges… on aurait dit qu'elle pleurait… », marmonna Malfoy, totalement paniqué.

« Qu'est-ce que t'attends pour t'excuser ? Qu'elle se tire ? » Théodore contourna le lit et rattrapa Hermione alors qu'elle posait la main sur la poignée. Pris d'un élan soudain et inattendu, Draco le suivit et les rejoignit au moment où Théodore demandait à Hermione ce qui n'allait pas.

« Pourquoi tu pleures, Granger ? », demanda abruptement Malfoy, s'attirant un regard venimeux de la Gryffondor.

« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Je ne suis pas invitée. »

« Pardonne mon ami, Hermione, il a subi une lobotomie tôt ce matin et l'effet secondaire principal est une affreuse tendance à dire de la merde… », gronda Théo en fusillant lui aussi Draco de ses iris de jais.

Hermione renifla de nouveau et essuya une larme. « Je croyais qu'il fallait déjà avoir un cerveau pour pouvoir faire une lobotomie… »

Draco esquissa une moue vexée et prit une gorgée de sa bière pour se calmer.

« Très juste… Draco Malfoy avait un cerveau, qui l'eût cru ? », s'esclaffa Théodore.

« C'est bon, vous avez fini ? » Malfoy fit claquer sa langue contre son palais, visiblement agacé. « Je voulais juste savoir pourquoi tu pleures. Pur intérêt scientifique. »

« En langage Draconien, ça veut dire qu'il s'inquiète pour toi… », traduisit son ami avec un rictus narquois.

« Il a déjà tant bu que ça ? Il n'est pourtant que vingt heures ! », railla Hermione qui se prêtait au jeu. Malgré ses larmes, elle parvint à étirer ses lèvres en un pauvre sourire. Se moquer de Malfoy avait eu le mérite de lui faire oublier un instant Ron et Lavande. Mais maintenant qu'elle y repensait, le sourire disparut aussi soudainement qu'il avait vu le jour.

« Va te faire f- (le coude de Théodore s'abattit violemment dans les côtes de Draco et celui-ci s'arrêta avant d'avoir fini sa phrase)… aïe, je veux dire… je ne suis pas ivre. »

« Si tu me disais plutôt ce qu'il t'arrive ? », demanda Théodore d'une voix douce.

Hermione pinça les lèvres. Maintenant qu'elle était là, elle aurait tout donné pour pouvoir repartir. Elle n'avait pas envie de gâcher la soirée de Théodore. Celle de Malfoy, à la limite ça pourrait lui faire les pieds, cependant l'idée d'étaler sa vie sentimentale désastreuse devant le Serpentard ne la tentait pas plus que ça. Mais Théo lui facilita la tâche.

« C'est Weasley, pas vrai ? »

Au nom de Ron, les larmes d'Hermione se remirent instantanément à couler et elle hocha la tête en gémissant. Le brun l'attira aussitôt contre elle et referma ses bras autour des épaules de la jeune fille, l'empêchant de ce fait de voir le pouce triomphant qu'il levait en direction de Draco. Ce-dernier semblait quant à lui avoir entendu la meilleure nouvelle de toute sa vie. Il se dirigea vers son lit, sur lequel papotaient désormais Astoria Greengrass et Marcus Flint en sirotant un Martini, se pencha sous le sommier et en ressortit une bouteille de Whisky trente ans d'âge, que son père lui avait offert pour ses dix-sept ans. S'il ne la sortait pas le jour de la rupture de Weasmoche et de Granger, il ne la sortirait jamais…

Il revint en direction de son ami, qui tenait toujours Hermione dans ses bras, et déboucha la bouteille, brisant le sceau de cire qui la scellait. La Gryffondor releva le nez et lui jeta un regard interrogateur à travers ses cils trempés. « Granger », annonça-t-il solennellement en remplissant trois grands verres du breuvage ambré, « exceptionnellement ce soir, parce que c'est jour de fête, je t'autorise à me régaler de ton récit qui, je n'en doute pas une seconde, sera un plaisir auditif de chaque instant. Mais d'abord… un verre. »

« J'en veux pas… », balbutia faiblement Hermione en prenant malgré tout le verre que Malfoy venait de lui fourrer dans les mains.

« Goûte avant de critiquer », gronda le blond avant de recevoir un regard d'avertissement de la part de Théodore.

« Une petite gorgée, ça t'aidera à te remettre de tes émotions… », l'encouragea Théo avec un sourire doux.

La jeune fille soupira et essuya ses joues de sa manche gauche. « Une toute petite gorgée, alors… »

~o~

« Tu vois, j'devrais faire exactement comme lui ! », beugla Hermione en ponctuant sa phrase d'un violent geste de la main qui faillit la faire basculer en avant. Assis à même le sol, Malfoy et Hermione étaient sur le point d'achever la bouteille de whisky entamée une heure et demie plus tôt. Une bonne partie des invités de la soirée s'était déjà éclipsée, à l'exception de Pansy et de Théodore qui observaient de loin les deux meilleurs ennemis vider les dernières gouttes du précieux liquide.

« Quoi, bouffer le minou de Brown ? », gloussa Malfoy d'une voix avinée tout en jetant la bouteille vide sur la moquette.

« Mais noooon ! » Hermione éclata d'un rire suraigu. « Je veux dire trouver le premier type qui passe dans mon champ de vision et lui demander de me prendre, bam, comme ça, sur une table sous ses yeux. » Elle vida son verre d'un trait, tourna la tête, rencontra le regard de Malfoy qui avait soudain l'air beaucoup moins ivre que dix secondes plus tôt, puis grimaça. « Bon, alors disons le deuxième type qui passe dans mon champ de vision. »

« Morue », bougonna le blond en vidant lui aussi sa boisson cul-sec.

« C'est celui qui dit qui est », ânonna bêtement Hermione, sans même remarquer l'air vaguement déçu de son comparse. L'alcool ne lui réussissait pas vraiment. Certes, elle avait cessé de pleurer, mais l'éthanol dans son estomac dansait dangereusement la gigue avec les restes du dîner et il altérait également beaucoup trop sa capacité de répartie. Il était temps de mettre un terme à cette soirée cauchemardesque et d'aller se morfondre sur son oreille. Elle se redressa d'un bond, tanguant quelque peu sur ses pieds. « Je vais me coucher. »

« Je te raccompagne », rétorqua aussitôt le jeune homme en l'imitant tant bien que mal.

Ils se dirigeaient vers la sortie, tandis que derrière eux Théodore poussait discrètement Pansy du coude en les désignant du doigt. Pansy hochait lentement la tête d'un air entendu au moment où Hermione et Malfoy disparaissaient dans le couloir. Arrivés sur le palier du dernier étage, Malfoy qui tanguait beaucoup plus qu'Hermione, s'accouda au garde-fou qui surplombait l'escalier et poussa un long soupir douloureux. Le whisky, ajouté au bon nombre de verres qu'il avait déjà ingurgités avant l'arrivée de Granger, lui était monté à la tête plus que de raison. Descendre les escaliers dans ces conditions serait idiot et dangereux, surtout que Granger semblait beaucoup moins saoule que lui et y parviendrait très bien sans son « aide ».

« C'est bon, laisse tomber, je retrouverai mon dortoir toute seule… », marmonna-t-elle sombrement. L'idée de devoir rentrer et faire face à son quotidien de nouveau sans Ron l'avait fait un peu redescendre de son euphorie mais se voiler la face ne servirait à rien. Tôt ou tard, elle devrait affronter la réalité et elle n'était pas du genre à fuir indéfiniment les problèmes. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer… C'est de ma faute, j'attendais beaucoup trop de lui, alors que tout ce qu'il sait faire, c'est me décevoir… Un râle d'agonie la tira alors de ses pensées.

« Ouais, démerde-toi, je suis trop torché… », marmonna Malfoy, le front posé contre le mur près de la rampe d'escalier.

Hermione esquissa un sourire triste et le dévisagea un moment. C'était peut-être la première fois qu'ils passaient ainsi du temps l'un avec l'autre sans finir en heure de colle ou à se fusiller du regard. Pourtant, l'alcool leur avait fait s'échanger quelques vacheries au fil de la discussion mais la plupart de celles prononcées par le blond avaient eu Ron pour cible et pour une fois, Hermione n'était pas disposée à prendre la défense de son (ex) petit ami. Ça avait même été plutôt agréable de se confier à quelqu'un d'autre que Ginny, Harry ou Théodore. Quelqu'un qui ne lui disait pas juste ce qu'elle voulait ou avait besoin d'entendre pour aller mieux… Quelqu'un qui disait la vérité au lieu de la réconforter maladroitement et de la plaindre.

« Merci, Malfoy, c'était sympa… », souffla-t-elle avant de s'engager dans l'escalier.

« Hmm hmm » fut la seule réponse qu'elle obtint de Draco Malfoy, qui avait fermé les yeux et s'était laissé glisser contre le mur. Elle sourit de nouveau brièvement et descendit les marches en direction du deuxième étage. Depuis son emplacement, Draco rouvrit un œil et la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle atteigne le palier du troisième. Tout son corps lui hurlait de la suivre et de lui faire oublier une bonne fois pour toutes cet imbécile de Weasley avec un long baiser passionné, mais la seule idée de lui courir après déplut fortement à son estomac, et il ferma de nouveau les yeux pour empêcher le décor de tourner à trois cent soixante degrés.

Dans les étages inférieurs, comme au dortoir de Serpentard, beaucoup d'élèves étaient partis se coucher ou discutaient plus calmement dans les chambres. Hermione était sur le point de s'enfoncer dans le couloir sombre lorsque la porte de celle de Lavande s'ouvrit. Au cas où sa rivale en sortirait, ou Ron d'ailleurs, Hermione tourna aussitôt les talons et dévala les dernières marches jusqu'au rez-de-chaussée avant même de savoir qui venait de quitter la pièce. L'air frais de la nuit l'accueillit à l'extérieur et elle prit une longue inspiration avant de se laisser tomber mollement sur le perron du bâtiment de nuit. Elle risquait d'avoir des problèmes si on la trouvait là, mais à cet instant précis, elle s'en fichait comme de sa première chaussette. Le bruit des grillons et la faible clarté de la lune l'apaisaient. La petite brise refroidissait agréablement son dos et son front moites. C'était ce qu'il lui fallait. Dès qu'elle aurait repris ses esprits et que la voie serait libre, elle rentrerait se coucher.

Mais ce n'était manifestement pas le programme que le destin avait prévu pour elle ce soir-là. Alors qu'elle commençait tout juste à se détendre, la porte du bâtiment racla le sol derrière elle et elle se retourna d'un bond, prête à devoir justifier sa présence à un éventuel professeur de garde ou au concierge, le vieux Argus Rusard. Mais ce n'était ni l'un ni l'autre qui se tenait debout derrière elle, malheureusement. Ron la dévisageait sévèrement, une bouteille de rhum arrangé à la main. Un frisson apeuré parcourut l'échine d'Hermione et brusquement, la brise fraîche lui parut glaciale et la lueur de la lune… lugubre. Elle n'avait aucune envie de voir Ron, ni de l'entendre parler. Encore moins alors qu'il paraissait totalement ivre et en proie à une de ses fameuses colères qui le rendaient passablement stupide.

« Tu t'es bien amusée chez Malfoy ? », grinça Ron en plissant les yeux d'un air dégoûté.

Hermione se leva et le dévisagea avec mépris. « Amusée ? Tu plaisantes, j'espère ? »

« Il t'a baisée ? »

La jeune fille ouvrit des yeux ronds. Comment osait-il insinuer une chose pareille ? Et d'ailleurs, comment pouvait-il imaginer ne serait-ce que lui reprocher de fréquenter d'autres garçons alors qu'elle venait de le surprendre, la bouche collée au sexe d'une autre fille ? Hermione secoua la tête. Ça ne servait à rien de lui parler dans cet état. Mieux valait encore le planter là et aller se coucher. Elle s'apprêtait à le contourner pour rentrer dans le bâtiment, lorsqu'il s'empara de son avant-bras et la secoua comme un prunier. Les doigts de Ron étaient douloureusement enfoncés dans sa chair et Hermione ne put réprimer un petit cri de protestation.

« Réponds-moi, est-ce qu'il t'a baisée ? »

« Ron, lâche-moi, tu te comportes comme un sale con… », gronda Hermione en cherchant à se dégager.

« De tous les types dans cet école, il a fallu que tu choisisses Malfoy pour te venger de moi ? T'es encore plus salope que tout ce que j'imaginais… » Les doigts de Ron serraient toujours son bras et Hermione réalisa en sentant son muscle la brûler qu'elle aurait certainement une marque. Cette pensée eut l'effet d'un électrochoc et elle repoussa plus fortement le jeune homme, qui la lâcha enfin.

« Tu es complètement dingue… je n'ai couché avec personne, contrairement à toi… Et d'ailleurs, même si je l'avais fait, ce n'est pas toi qui prônais les joies d'une relation non exclusive pas plus tard que tout à l'heure ? Espèce de minable. »

Elle poussait la porte lorsqu'une main de Ron la tira par l'épaule et la fit se retourner avant de la plaquer contre le mur adjacent. L'odeur de haschich et d'alcool qu'exhalait le jeune homme enveloppa aussitôt Hermione… à l'instar d'autre chose : la peur. Une peur primale, ancestrale, primitive : celles des femmes qui se retrouvent à la merci des hommes. Hermione déglutit, avec la vague impression d'être sur le point de grossir les statistiques des violences conjugales. Non, impossible. Ce genre de choses n'arrivait qu'aux autres. Pas à elle, pas comme ça. Pas dans une école respectable comme Poudlard. Elle pouvait encore désamorcer la situation. Ron allait forcément finir par comprendre qu'il agissait mal. Il lui demanderait pardon et l'histoire s'arrêterait là. Voilà comment ça se finirait. Il n'y avait pas d'autre alternative possible.

« Tu rentreras quand je le déciderai… » La voix de Ron n'était guère plus qu'un sifflement, qui alluma toutes les alarmes du cerveau de la Gryffondor. « Pourquoi est-ce que tout le monde a le droit de baiser Hermione Granger sauf moi ? Hein ? Tu trouves ça juste, toi ? Moi, je ne trouve pas ça juste. »

La respiration d'Hermione s'était accélérée. Ron n'avait clairement plus toute sa tête. Et mis à part si « tout le monde » désignait la seule personne de Viktor Krum, il se trompait lourdement. Elle eut un haut-le-cœur lorsqu'une main de Ron tenta de s'aventurer entre ses jambes et profita de l'occasion pour donner un coup de genou qui atteignit le roux aux parties intimes. Il se plia en deux et Hermione prit ses jambes à son cou, ouvrant la porte du bâtiment dans l'espoir de gagner sa chambre avant Ron. Mais le répit accordé par le coup de genou n'avait été que de courte durée. Elle sentit une main agripper ses cheveux et la tirer en arrière. Un fracas de verre brisé lui indiqua que Ron avait dû laisser tomber sa bouteille sur le sol. Elle poussa un hurlement avant de se sentir projetée sur le côté. La violence du mouvement, associée à son taux d'alcool trop élevé, lui fit perdre l'équilibre et elle tomba de tout son long dans le hall d'entrée du bâtiment. Comme dans un film au ralenti, elle vit la commode en bois massif qui ornait un côté de la pièce se rapprocher dangereusement de son visage et le choc de son front contre le matériau produisit un son semblable à une explosion dans tout son crâne. La douleur était terrible, lancinante et elle sentit instantanément sa peau se couvrir d'une fine pellicule de sueur. Tous ses membres fourmillaient et elle tomba mollement sur le flanc, une main humide plaquée contre l'une des portes de la commode.

La douleur était telle que tout son corps semblait incapable de bouger. La sensation d'un liquide chaud et gluant sur son visage lui indiqua qu'elle saignait abondamment. Des bruits étouffés par le bourdonnement de ses oreilles lui parvenaient de l'endroit où devait se tenir Ron. On se battait… des coups étaient portés et les deux protagonistes poussaient tour à tour des grognements furieux. Les paupières lourdes, Hermione tenta de regarder ce qu'il se passait, mais un vif élancement au niveau de ses cervicales la dissuada de bouger. Un nouveau liquide chaud, mais aigre cette fois, s'écoula de sa bouche. Vomissait-elle ? Elle n'en était pas sûre… Un bruit mat, suivi d'un râle, mit fin au tumulte derrière elle et elle roula légèrement sur le côté pour tenter de voir qui venait de lui porter secours et surtout si cette personne était parvenue à avoir le dessus sur Ron.

Mais tout ce qu'elle pouvait voir était du sang… du sang partout…

Entre ses doigts, sous ses ongles, sur son visage. Mais pas seulement. Il y en avait aussi sur les murs, le sol, les meubles qui l'entouraient. Elle avait l'impression de voir le monde entier à travers un filtre écarlate. Encore une fois, elle se sentit partir, lentement mais sûrement. Le seul son qu'elle percevait désormais était celui de son cœur battant furieusement dans sa poitrine. Il vrillait ses tympans, faisait vibrer sa gorge parsemée de sueur. Quelqu'un était penché sur elle. Elle sentait ses doigts sur sa peau. Mais ce n'était pas Ron. Dieu merci… Elle n'avait plus à avoir peur, elle pouvait lâcher prise.

Qui que fût cette personne, elle venait de la sauver…

Et quelque part au fond d'elle-même, juste avant de sombrer dans l'inconscience, Hermione fut ravie que tout ce sang ait coulé.

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Et voilà, vous avez maintenant l'explication de la toute première scène en italique du premier chapitre. Choqués ? Vous vous y attendiez ? Qu'est-il arrivé à Ron selon vous ? Et qui est le mystérieux héros (ou la mystérieuse héroïne) qui vient au secours d'Hermione ? Beaucoup de questions qui ne trouveront pas de réponse avant un bout de temps ahah. J'espère que ce chapitre vous aura plu et que vous avez hâte de lire la suite ! A dans quinze jours et gros bisous !

Xérès