Salut tout le monde! J'espère que vous allez bien et que vous profitez de vos vacances! :D Avec de nouveau un peu d'avance, voici la suite des aventures de cette nouvelle génération! J'espère que ce chapitre vous plaira ^^ J'ai posté sur Twitter il y a quelques jours maintenant des fiches de personnages, donc si vous avez envie d'y jeter un petit coup d'oeil, voici le lien (si jamais le site accepte de l'afficher! Sinon, vous pouvez toujours chercher dans mes tweets (arobase)Mema23chan) Mema23chan/ status/ 1144247980372955141 (sans les espaces, oui oui je tente de contrer le problème) ;)

Sur ce, je ne vous retiens plus! :D

Enjoy!


Deux jours plus tard, comme le ciel était largement dégagé et que les troupes commençaient à trépigner sur place, le Pope décida d'organiser des entrainements sous forme de duels dans la cour du château. Bien sûr, Bronzes, Argents et même apprentis avaient leur place dans ce petit simulacre de tournoi, mais il était clair que tous voulaient en plus de prouver leur force observer le niveau de leur élite. Assis parmi les autres spectateurs, les douze Chevaliers d'Or, resplendissants dans leurs armures qui luisaient au soleil, avaient observé chaque combat plus ou moins attentivement en fonction de la personne, réfléchissant auquel d'entre eux ils devraient affronter par la suite.

Ils n'étaient pas stupides, il savaient qu'il s'agissait de montrer ses talents mais aussi de démontrer sa légitimité, leur puissance,… Prouver qu'ils avaient le droit d'être ici et qu'ils étaient plus que prêts. Les armures avaient été sorties pour l'occasion - après tout il s'agissait aussi de se montrer et de donner un véritable spectacle - et l'autorisation exceptionnelle d'utiliser les attaques spéciales avait même été donnée (au grand soulagement d'Hiroki qui se sentait déjà mal à la simple idée de devoir uniquement se battre grâce à ses poings). Le seul qui n'avait été convié qu'à observer était l'envoyé de Poseidon, le Pope préférant éviter de causer un accident diplomatique au cas où un éventuel adversaire le blesserait par accident. Lukas était donc assis non loin d'elle, observant les combattant avec attention.

Ariane avait espéré voir Hélène et pouvoir l'observer sans recevoir de reproches, mais certains avaient vaguement expliqué que le Chevalier de Cristal n'était pas en état de se battre au vu de sa soirée trop arrosée de la veille. Ariane avait retenu un soupir à la fois las et désespéré et avait simplement fait une croix sur cette opportunité.

Enfin, le dernier combat opposant deux Chevaliers d'Argent prit fin et Ariane se leva, sourire aux lèvres malgré son attitude un peu plus distante que d'habitude:

-Félicitations à tous nos participants, je vous remercie pour vos efforts. Je suis fière de vous compter tous parmi les rangs de l'armée d'Athéna.

Des applaudissements et encouragements lui répondirent, tous étaient ravis d'avoir été officiellement reconnus à leur juste valeur par le Pope même. Soulagée et enhardie par tant de motivation de leur part, Ariane était sincèrement ravie d'avoir lancé cette idée avec l'aide de ses amis proches. Elle avait bien compris que l'attente était longue, qu'ils voulaient bouger, se défouler un minimum. Et si elle voulait que tout se passe pour le mieux, si elle voulait éviter que le ressentiment se dresse entre elle et eux, il fallait offrir une distraction. Quoi de mieux qu'un tournoi? Les romains déjà parlaient de panem et circenses et cela n'avait jamais été aussi vrai. Les troupes étaient galvanisées, ravies d'avoir pu se défouler et observer des combats de qualité. Mais le clou du spectacle arrivait seulement:

-Passons maintenant aux six combats finaux, les duels qui permettront de voir toute la force et la détermination des Chevaliers d'Or.

Le moment qu'ils attendaient tous avec impatience était arrivé, et les cris et applaudissements reprirent avec ardeur. June tendit un petit récipient au Grand Pope afin de tirer au sort les deux premiers participants parmi les Ors (hors de question de prendre le risque de les laisser choisir leur adversaire, Ariane savait que certaines tensions ne pouvaient pas permettre ce genre de déroulement). Elle déroula le premier morceau de papier et déclara d'une voix forte afin que tous puisse l'entendre:

-Hiroki de la Vierge, affrontera…

Le Japonais se leva et inclina le buste en retenant son souffle, conscient que tous les regards étaient désormais posés sur lui. Bien qu'il soit légèrement nerveux, il ne laissa pourtant rien paraitre, si bien que tous purent admirer son calme et son sang-froid, certains que c'étaient là les signes d'une grande puissance. A ses côtés, Keith lui adressa un signe d'encouragement, conscient du double challenge que représentait ce duel. Le Pope plongea de nouveau la main dans le récipient et sortit un second papier:

-Kiki du Bélier.

Des applaudissements fusèrent et des encouragements s'élevèrent dans les gradins improvisés dans la cour du château: tous connaissaient Kiki et savaient qu'il était le plus légitime de tous. Admiré de tous, adulé et respecté, le Bélier avait gagné le soutien de l'armée complète. Un sourire franc sur les lèvres qui n'atteignait jamais complètement son regard un peu triste ou noirci par une colère dont tous ne connaissaient que trop bien la cause, Kiki se leva à son tour et leva la main pour saluer les spectateurs qui redoublèrent d'ardeur.

Ariane leur adressa un signe de la tête et se rassit en désignant la cour de la main:

-Messieurs, l'arène est à vous.

Ils descendirent tous les deux jusqu'à fouler le sol de l'arène improvisée et se retrouvèrent face à face. Plutôt impressionné et curieux, Hiroki ne négligea pas un seul instant les règles de duels, si bien que quand Kiki chercha son regard pour le saluer, la Vierge avait déjà commencé à incliner le buste une nouvelle fois. Le sourire aux lèvres, le Bélier l'encouragea silencieusement puis ils se redressèrent et se mirent en garde, prêts à montrer ce qu'ils avaient dans le ventre:

-Bien, commencez!

Déclara Jabu en frappant dans les mains quand le Pope lui eut adressé un signe de la tête, marquant le début du duel. Sans une hésitation, Kiki se mit en mouvement le premier. Les règles étaient simples: vêtus chacun de leur armure, ils avaient tous le droit d'utiliser des attaques spéciales tant qu'elles ne mettaient pas la vie de l'autre en danger (pas question de séparer l'âme du corps en utilisant le Riku Do Rin Ne ou de les assommer à coup de Starlight Extinction). C'était là tout l'art de ces duels, prouver sa force tout en se contenant un minimum: inutile de se blesser bêtement avant une attaque d'une telle envergure. Bien sûr le Pope était consciente du risque et du problème de ce genre de duels utilisant le cosmos: ils ne pouvaient pas perdre de temps avec un combat de mille jours. Il y avait donc un temps réglementaire de trois minutes et plusieurs anciens servaient de juges qui permettaient d'annoncer le vainqueur du duel.

C'est avec toutes ces informations en tête que Kiki se jeta en avant, impatient de voir de quoi était fait le jeune Japonais. Le premier coup de poing fut paré autant que possible, le second effleura son visage, mais le troisième trouva bien sa cible. Hiroki fit plusieurs pas rapides en arrière, le souffle dangereusement coupé à cause du violent coup que le Bélier lui avait asséné au ventre. Le visage soudain trempé de sueur à la simple idée de faire une crise d'asthme à cause de l'effort et du coup, ses mouvements se firent hésitants, tremblants,… Parmi les spectateurs déjà dressés sur les gradins de fortune, Keith se leva, soudain blême. Assis à ses côtés, Pablo fronça les sourcils et chuchota:

-Quelque chose ne va pas?

Le Poisson mit une longue seconde à répondre, incapable de quitter Hiroki des yeux, suivant chaque geste, chaque parade du regard:

-Il ne va pas tenir trois minutes comme ça…

Pas en devant bouger autant, pas avec autant de sable et de poussière qui volaient autour des combattants. Le coeur serré et le ventre noué sous le coup d'une soudaine peur horrifiée, Keith ne parvint pas à se rassoir, si bien que Pablo, inconscient des troubles respiratoires d'Hiroki, faisait alterner son regard entre l'un et l'autre. Puis, à force d'observer le comportement angoissé du Poisson et la respiration soudain hachée de la Vierge, il pâlit à son tour:

-Il est malade?!

La bouche sèche, Keith ne put que hocher la tête, immobilisé par l'horreur. Les yeux écarquillés par l'effroi, Pablo se tendit à son tour et finit par se lever. Les yeux toujours fixés sur l'arène, Keith souffla:

-On doit intervenir.

Mais comme il faisait mine de bouger, Pablo agrippa fermement son poignet:

-Non, on ne peut pas.

-Il est en danger, il a besoin de quelques minutes pour se calmer et utiliser son…

-On ne peut pas intervenir, il ne peut pas être vu en position de faiblesse face à tant de monde.

Asséna Pablo, horrifié d'avoir à prononcer de telles paroles:

-Alors quoi, on reste là et on le regarde mourir à petit feu? Tout ça pour un spectacle ridicule?

-Ce tournoi nous permet de montrer notre force aux autres Chevaliers. Si on intervient, Hiroki passera pour un faible et les autres jugeront qu'il n'est pas digne de porter l'armure de la Vierge ni même aucune armure. Ne pas intervenir c'est lui rendre service. (Il jeta un oeil à sa montre) Il ne reste plus qu'une minute trente, ça va aller.

-Il ne va pas tenir.

-Il doit tenir.

Tous les muscles tendus, le Néo-Zélandais se mordit la lèvre mais ne parvint pas à se rassoir, pas alors qu'à chaque seconde qui passait le visage d'Hiroki se liquéfiait un peu plus. Le Japonais peinait à bloquer les coups, haletait un peu plus à chaque seconde qui s'écoulait du sablier. Pourtant il ne pouvait pas abandonner, pas alors que tout le monde le regardait, pas alors que tant d'espoir et de responsabilité pesaient sur ses épaules. Non, hors de question d'être de nouveau la honte de tous, de plier tant son propre désespoir était grand. Une lueur de volonté nouvelle éclaira son regard sombre et il parvint à esquiver un nouveau coup de poing. Il glissa le long du bras du Bélier, se coula dans son dos et joignit les mains à toutes vitesse:

-Tema Koufuku!

Tous se dressèrent dans les gradins, abasourdis par la soudaine puissance qui émanait du corps si frêle du Japonais. Le coup était parfaitement maitrisé. Juste assez de force pour que l'explosion envoie valser son adversaire, mais pas assez pour que l'attaque devienne mortelle. Une violente déflagration fit voler du sable qui aveugla un instant les spectateurs, et quand la fumée retomba lentement sur le sol, tous poussèrent une exclamation. L'attaque était parfaitement maitrisée, mais la réaction de Kiki avait été plus rapide encore. Plus maitrisée malgré sa position peu avantageuse, tournant toujours le dos à Hiroki. Et le Crystal Wall se dressait encore entre eux, éclairant les gradins de ses subtils reflets irisés.

Un sourire quasi amusé sur les lèvres, le Bélier se retourna, si vite que certains parmi les Bronzes ne le virent même pas bouger. A peine entendirent-ils son cri de riposte:

-Stardust Revolution!

Keith serra les poings et Hiroki leva les bras devant son visage. Trop tard pour tenter de parer l'attaque, il était bien trop près. Plusieurs lueurs vives semblèrent le transpercer, le heurter de plein fouet, et il fut projeté plusieurs mètres en arrière. De nouvelles exclamations s'élevèrent dans les gradins et plusieurs autres spectateurs se levèrent sous le coup de l'excitation. C'était donc là la force des Chevaliers d'Or! Ils pouvaient tous sentir la différence de niveau qui les séparait encore largement de l'élite de leur ordre: quelle rapidité, quelle puissance!

Sans attendre, Kiki s'était de nouveau jeté en avant, certain d'avoir compris la tactique du Japonais et d'avoir trouvé une parade. Un premier coup heurta l'épaule d'Hiroki, puis un mur d'énergie pure l'en empêcha:

-Kan!

Un puissant bouclier de lumière engloba le corps meurtri de la Vierge, bloquant instantanément les tentatives de Kiki qui se recula, conscient qu'il ne pourrait pas percer une telle défense sans s'y casser les dents. Une lueur lucide éclaira son regard et il bondit, certain de son coup. Les spectateurs levèrent les yeux, bouche bée face à la puissance des deux hommes. Sûr de lui, Kiki tendit les mains:

-Crystal We-

Il se tut quand son regard croisa celui d'Hiroki. Quand il vit ses mains quasi jointes. Quand il vit le sourire rusé du Japonais étirer ses lèvres ensanglantées et qu'il le vit souffler:

-Tenbu Horin.

Avant même que l'attaque ne quitte les mains du Japonais, Kiki sut qu'il avait perdu. Il était trop près, lancé à toute vitesse droit vers celui qu'il pensait être sa proie mais qui s'était avéré être un prédateur peut-être plus rusé que lui. Alors il esquissa un sourire amusé, autant par la force tranquille d'Hiroki que par sa propre naïveté confiante. L'attaque le heurta de plein fouet et il s'écrasa sur le sable, à plusieurs mètres de là, au pieds des gradins. Les yeux révulsés, le corps parsemé de quelques spasmes, le Bélier était vaincu, incapable de se sortir de cette situation avant la fin du temps réglementaire. Hiroki leva les yeux vers le chronomètre, vit les cinq dernières secondes s'écouler, puis poussa un soupir soulagé quand la voix du Pope assura sa victoire.

Sous les exclamations et applaudissements de la foule, il libéra d'abord Kiki de l'emprise de l'attaque avant de chercher fébrilement son puff et de le porter à ses lèvres aussi discrètement que possible, certain que personne ne l'avait vu faire. Il avait beau avoir gagné, personne ne devait savoir, personne ne devait pouvoir lui reprocher sa faiblesse physique.

Deux Chevaliers relevèrent et soutinrent le Bélier le temps qu'il reprenne pied, et Hiroki s'avança jusqu'à lui d'un pas légèrement hésitant. Il s'inclina longuement et tendit la main en haletant:

-Merci pour ce combat.

Il craignait d'avoir vexé son aîné, de l'avoir poussé trop loin et de - pire - l'avoir humilié. Mais contre toute attente, Kiki éclata d'un rire sincère et empli d'une certaine fierté, et il se saisit de la main de la Vierge avec des remerciements francs:

-Merci à toi, tu m'as rappelé de toujours tendre vers l'humilité plutôt que vers un excès de confiance en soi! Bravo, beau combat!

Soulagé mais toujours livide, Hiroki hocha la tête et il regagna les gradins en soutenant le Bélier pour prouver à tous que tout allait bien et que personne n'était blessé. Mais quand Kiki se fut rassit auprès de sa jeune apprentie, il eut de nouveau la sensation horrible d'étouffer, de ne pas avoir le temps de se saisir de son puff et de s'en servir en secret. Le Japonais sursauta presque quand deux mains fermes agrippèrent ses bras:

-Keith?

Le visage fermé et tendu par l'angoisse passée, le Poisson souffla en l'entrainant un peu plus loin, là où personne ne le verrait:

-Pourquoi as-tu autant attendu?

-Je n'ai pas fait exprès, j'ai vraiment été surpris par sa puissance et sa rapidi-…

-Je ne parle pas du combat, je parle de ton asthme.

Hiroki se raidit légèrement, regarda autour de lui pour s'assurer que personne ne les avait entendus, et croisa le regard inquiet de Pablo. Un soupir las lui échappa et il prit le temps de porter le puff salvateur à ses lèvres une nouvelle fois avant de répondre:

-Je ne voulais pas me montrer si faible aussi vite.

-Tu as préféré littéralement risquer ta vie pour un simple duel d'entrainement? Est-ce que simplement expliquer aux autres ce dont tu souffres est si terrible?

-Tu ne peux pas comprendre. (Sa voix s'était faite un peu plus grave) Tu ne peux pas comprendre à quel point je peux me sentir diminué, faible, honteux. Tu ne peux pas comprendre parce que tu es en bonne santé, et tu ne peux donc pas imaginer à quel point c'est effrayant d'avoir autant de responsabilités tout en sachant pertinemment qu'une simple crise pourrait me tuer.

Keith se tut, conscient que pour une fois qu'Hiroki s'exprimait avec autant de force il devait le laisser faire. Le Japonais souffla, reprit lentement son souffle:

-Tout le monde attend que nous soyons forts, puissants, et je ne peux pas leur montrer un tel visage. Je ne peux pas laisser ma maladie se mettre de nouveau entre les autres et moi. Je ne veux plus qu'elle soit un obstacle et m'empêche de réaliser ce qui me tient à coeur. (Toujours soutenu par le Poisson, il soupira) Je ne veux plus de ces regards, de ce mélange de mépris, de honte et de malaise. Je ne veux plus qu'ils me regardent comme quelqu'un d'impuissant et d'inutile. J'ai ma place ici, et je veux le prouver. Et pour ça je dois cacher ma faiblesse.

-Alors pourquoi m'en as-tu parlé, à moi?

Le Japonais hésita une seconde, baissa les yeux, incapable de soutenir le regard soudain inquisiteur de Keith:

-Je ne sais pas. Peut-être parce que je sentais que tu avais besoin de t'ouvrir un peu et qu'il n'était pas juste que tu sois le seul à le faire. (Léger silence, le temps de trouver ses mots) Et puis… Je ne sais pas, j'étais sûr que ton regard ne changerait pas.

Le Poisson sourit, touché de cette confiance qu'ils avaient pu développer en si peu de temps:

-Je suis certain que le regard des autres ne changera pas non plus.

-Je n'ai pas envie d'avoir l'air faible, d'être couvé et toujours mis en arrière…

-Hiroki, ça n'arrivera pas. Tu viens de nous prouver que tu pouvais clairement te défendre seul. Et puis, si personne n'est au courant, personne ne pourra t'aider si tu as un problème et que je ne suis pas là. Tu n'es pas obligé de le crier sous tous les toits, mais je crois que nos frères d'armes méritent de le savoir.

La Vierge passa la main dans ses cheveux et hocha lentement la tête. Il détestait cette idée, il haïssait d'avance les regards emplis de mépris et de gêne qui ne manqueraient pas de peser sur ses épaules, de se ficher dans son dos. Il n'avait jamais réussi à oublier ceux de sa propre famille, des gens du village… Ni leur regard ni cette forêt dont il n'avait toujours pas parlé à Keith ni même à personne de son entourage. Pourtant, même s'il détestait cette idée, cet entrainement était la preuve dont il avait besoin, la gifle qui montrait qu'il ne pourrait plus s'en sortir seul. Et puis, il devait bien la vérité à ses frères, ceux qu'il suivrait sur le champ de bataille. Il ne pouvait pas se permettre de continuer de leur cacher un élément aussi important. Tant que le regard du Poisson ne changeait pas, tant qu'il gardait un soutien véritable il pourrait supporter les regards qu'il haïssait tant. Un soupir las franchit ses lèvres, si bas que Keith ne l'entendit presque pas:

-Tu as raison, il faut qu'ils sachent.

Keith sourit, sincèrement soulagé et heureux que son ami ait décidé - après presque une semaine de tentatives balayées par le Japonais - d'enfin se confier auprès de ses autres frères d'armes:

-Je crois que c'est la meilleure solution. Nous avons tous vu que ta puissance ne manquait de rien, je suis sûr qu'ils comprendront et réagiront comme moi. (Il se mordit la lèvre et une grimace penaude passa sur son visage) Au fait… Désolé, j'en ai parlé à Pablo… Il a remarqué que quelque chose n'allait pas et je n'ai pas pu lui mentir…

-Ce n'est rien: ça m'apprendra à vouloir jouer au cachotier et ça me servira de leçon. Je leur dirai tout ce soir. (Il inspira profondément, un sourire épanoui sur les lèvres) Merci.

Ils échangèrent un sourire complice et, alors que la respiration d'Hiroki retrouvait un rythme normal et apaisé, les cris de la foule étouffèrent la réponse du Poisson comme ils se dirigeaient de nouveau vers l'arène:

-C'est normal.

Le second duel avait déjà commencé quand ils regagnèrent leur place dans les gradins. Et au grand damn du Pope - et de certains de leurs frères d'armes - il opposait David à Victor. Ariane avait dû retenir un soupir las et presque désespéré en voyant le nom du Sagittaire suivre celui du Lion. Elle savait que des douze Chevaliers d'Or, ces deux ci faisaient partie de ceux qui ne pouvaient pas se supporter. Elle aurait clairement préféré éviter de les mettre face à face aussi vite, espérant qu'entre-temps ils auraient pris le temps de se parler et de mettre une entente polie en place. Hélas, elle avait l'horrible impression que plus le temps passait, plus les deux jeunes hommes trouvaient des raisons de ne pas se supporter.

Le chrono indiquait déjà qu'une minute s'était écoulée, et les deux Ors semblaient se déchaîner sur le sable de l'arène. La vivacité et la rapidité de David aurait pu mettre n'importe qui en difficulté, mais Victor semblait toujours arriver à se décaler pile quand le poing du Lion allait le heurter. Toutefois, cela ne voulait pas dire que le Sagittaire menait la danse. Jamais il n'avait le temps de lancer une véritable attaque tant David ne cessait de bouger, ne lui laissait aucun répit ni même l'occasion de finaliser une attaque. Une seule consigne particulière avait été donnée: interdiction de faire l'usage de flèches d'or. L'armure divine d'Athéna étant retenue avec la Déesse en Enfer, il était hors de question de prendre le risque de perdre l'un de leurs Chevaliers d'Or aussi bêtement. Pas de flèche donc, mais feu vert pour tout le reste tant que le contrôle restait de mise.

Pour l'instant, aucun n'avait réellement réussi à toucher l'autre ni à le mettre complètement en difficulté. Et vu la vigueur avec laquelle ils combattaient, sans essayer de ménager leur adversaire, c'était dire si leur puissance était claire. David plongea de nouveau en avant, déterminé à frapper une bonne fois pour toute sans avoir eu à utiliser son cosmos. C'était son but premier, montrer que même sans attaque spéciale il pouvait toucher l'ennemi. Et même s'il espérait ne pas devoir l'utiliser immédiatement, il se tenait prêt à lancer un Lightning Bolt s'il le fallait. Mais alors qu'il croyait que son poing allait enfin rencontrer son adversaire, le Sagittaire bondit et, profitant de la force de ses ailes, il se trouva bien plus haut que ce que le Lion avait prévu. Victor esquissa un sourire assuré en tendant les mains:

-Kheiron's Thyella!

David écarquilla les yeux, et tendit rapidement le poing, pressé par l'urgence et l'envie de frapper le premier:

-Lightning Bo-…

Mais un grand vent frappa le Lion de plein fouet, l'empêchant de terminer et le propulsant en arrière. Son dos heurta violemment la muraille de la cour et il en eut le souffle coupé pendant de longues secondes. A genoux dans le sable, le visage livide et les yeux écarquillés par la douleur, David redressa la tête en poussant un grognement enragé, une lueur dorée éclairant son regard. Gardant prudemment ses distances, le Sagittaire n'avait pas cessé de sourire de cet air narquois qui le rendait fou de colère. Les poings serrés et les pupilles rétrécies, David se jeta en avant en poussant un cri d'effort, mais comme il venait de lever le poing, Victor plissa les yeux:

-Shadow Arrow.

L'arrêt de tout mouvement fut si violent que, paradoxalement, David faillit s'effondrer. Le bras immobilisé en l'air, incapable de bouger les jambes ni même une seule autre partie de son corps hormis les lèvres et les yeux, il gronda:

-Qu'est-ce que?!

Il se figea quand un rapide regard vers la droite lui fit comprendre la raison de son immobilité soudaine. Là, fichées dans son ombre, plusieurs reflets de flèches sombres le maintenaient fixé au sol, incapable de bouger ni de se dégager. Il ravala une insulte qui lui brulait les lèvres, cherchant à toute vitesse un moyen de s'en dégager, mais il écarquilla les yeux quand un éclat de lumière attira son attention vers son adversaire. La foule fut parcourue d'un frisson et le Grand Pope se leva, la bouche entrouverte. Sans se départir de son sourire assuré, Victor venait de faire apparaitre une flèche d'or dans sa main droite. David tiqua:

-Tu fous quoi là?!

-Je profite de l'occasion.

David sentit son coeur s'emballer, sa respiration s'accélérer. Puis il se força à s'empêcher de paniquer. Jeta un nouveau coup d'oeil à son ombre, aux ombres des flèches invisibles. Et alors il sut quoi tenter. Certains firent mine de se lever, inquiets et fascinés à la fois par l'apparition de cette flèche dorée, mais personne n'osa s'adresser directement au Sagittaire hormis Ariane:

-Victor, les flèches d'or sont interdites dans cette compétition!

-Ne vous en faites pas, Grand Pope, (Lentement, sans cesser de sourire, il plaça l'encoche de la flèche au centre de la corde qu'il tendit en visant précautionneusement) cela servira de leçon d'humilité.

Tous se raidirent, réalisant avec horreur que si la flèche ne faisait même qu'effleurer le Lion, personne ne pourrait le sauver. Et il souffrirait le martyre pendant douze longues heures avant d'expirer de la manière la plus stupide qui soit. Le Pope tendit le bras, les sourcils froncés et une once de cosmos enflant dans sa paume:

-Ca suffit!

Les yeux plongés dans ceux emplis d'angoisse et de colère de David, Victor souffla:

-Esquive ça.

Des cris s'élevèrent dans les gradins, et le Pope écarquilla des yeux horrifiés quand elle comprit qu'avec son âge et sa simple puissance d'ancien Chevalier d'Argent elle ne pourrait jamais rivaliser avec la Sagittarius Arrow. La flèche partit, si vite que personne ne la vit avant qu'elle ne se soit fichée dans le mur. Si vite que le mouvement de David avait été imperceptible. Malgré son immobilité, il avait réussi à lancer un Lightning Fang en dirigeant son poing vers le sol, réduisant les flèches invisibles en poussières. Puis il s'était jeté sur le côté, avait évité la flèche et avait tendu l'autre poing. Droit vers Victor qui écarquilla des yeux horrifiés quand il réalisa que David - métamorphosé par la colère - était beaucoup trop près, qu'il ne parviendrait jamais à éviter son attaque:

-Lightning Plasma!

L'attaque lumineuse frappa le Sagittaire de plein fouet et il fut projeté en arrière, allant rouler dans le sable sans parvenir à se protéger correctement. L'amour propre en miettes, Victor se releva difficilement en tenant son bras droit contre lui, le visage déformé par une grimace de colère pure. Cet espèce de salopard savait qu'il avait besoin de ses deux bras pour attaquer, non? Alors il avait délibérément visé des endroits vitaux! Les yeux brillants, David se rua en avant en tendant le poing en arrière, décidé à frapper une nouvelle fois. Mais la voix du Pope l'arrêta:

-Ca suffit! Le duel est terminé!

Ils avisèrent le chronomètre et remarquèrent trop tard que la dernière seconde venait de s'écouler, faisant s'arrêter le duel sur une vague égalité. Le Lion sembla lutter contre lui-même, garda les yeux fichés dans ceux de Victor, puis grogna:

-Les règles étaient claires: t'avais pas le droit de faire ça, espèce de taré.

Il se détourna et, heureusement, ne vit pas le sourire qui accompagna la réponse de Victor:

-Oh ça va, il fallait bien que je m'entraine.

-Ouais bah tu feras autrement qu'en me tirant dessus.

-Je comptais tirer à côté en fait, vu que ton côté couillon semble souvent l'emporter.

Une grimace irritée assombrit le visage de David qui resta complètement immobile, tendu comme la corde d'un arc. Ariane se tendit à son tour, consciente qu'un mot de plus lancerait la bataille, mais Victor ne semblait pas s'en rendre compte. A moins que ça ne soit son but. Il se rapprocha du Lion jusqu'à poser le bras sur ses épaules:

-Et en plus tu-…

David se retourna et projeta violemment son poing fermé dans le visage du Sagittaire. Une vague d'exclamations surprises et choquées s'éleva des gradins quand Victor recula de plusieurs pas et porta les mains à son nez en sang. Les yeux exorbités par la colère, il observa un instant ses mains ensanglantées puis il gronda en relevant la tête, foudroyant David - qui s'était déjà mis en garde - du regard:

-Oh t'aurais pas dû faire ça.

-Allez viens, on va régler ça une bonne fois pour toutes.

En un clin d'oeil, les deux Ors roulèrent sur le sol, en venant directement aux mains, frappant du poing fermé en visant le visage, les flancs, chaque parcelle de corps qu'ils pouvaient trouver, négligeant complètement leur cosmos pour plutôt frapper directement et se défouler autant que possible. Pendant une folle seconde, personne ne dit rien. Puis des cris s'élevèrent, encourageant les deux hommes, cherchant à voir un combat qui n'avait manifestement aucune limite. Le temps qu'une poignée d'hommes aille séparer les deux adversaires du mieux qu'ils pouvaient, Victor avait déjà asséné un violent coup de tête au Lion qui l'avait gratifié à son tour d'un coup de coude au visage avant de récolter un coup de poing au niveau de l'oeil. Et quand ils parvinrent enfin à les séparer, il fallut s'assurer que David ne se dégagerait pas vu la manière dont il se débattait comme un forcené:

-Tu fais chier, putain!

-C'est toi qui fait chier!

Rétorqua Victor en crachant le sang qui avait envahi sa bouche. Mais tous se turent quand la voix - comme soudain amplifiée - du Pope les fit violemment sursauter:

-Messieurs, votre comportement est déplorable, indigne de la Chevalerie d'Athéna. (Elle darda ses yeux gris soudain nuageux sur eux et ils rentrèrent la tête entre les épaules, honteux) J'espère que vous vous rendez compte du spectacle que vous venez de donner, et si non vous aurez tout le reste de l'après-midi pour y réfléchir. Allez immédiatement à l'infirmerie, escortés puisque manifestement vous ne pouvez pas vous contrôler pendant plus de trois minutes, et restez tous les deux hors de ma vue jusqu'au souper si vous ne voulez pas que je sévisse davantage.

Une vague de malaise se répandit dans les gradins improvisés, et ni David ni Victor n'essayèrent de plaider leur cause. David aurait voulu crier que le Sagittaire était en faute puisqu'il avait brisé la seule règle de leur duel, et Victor aurait voulu argumenter et prouver que le coup de poing était le point de départ de cette débandade. Mais heureusement pour eux, ils eurent l'excellente idée de se taire et de se fusiller discrètement du regard. Ariane ne les regarda pas disparaitre de sa vue, trop en colère pour faire comme si rien ne s'était passé, trop honteuse pour pouvoir simplement sourire et lancer la suite des duels. Elle se rassit en poussant un soupir las et irrité, luttant pour ne pas simplement sonner la fin de cette mascarade. Au bout d'une longue minute rompue par des murmures intrigués et inquiets, elle leva de nouveau la main:

-Voilà, mes frères et soeurs, l'exemple parfait de ce que vous ne devez jamais faire. Nous ne pouvons hélas pas tous nous entendre, mais il est hors de question que ce genre de comportement puéril et agressif devienne la norme. J'espère m'être bien faite comprendre. (Elle avisa les airs mortifiés de honte de certains d'entre eux et estima qu'il était temps de passer à autre chose. La remarque avait été faite, ils allaient devoir s'y adapter) Sur ce, passons au duel suivant.

Keith et Pablo se saluèrent poliment et se mirent en garde, analysant la position de l'autre, cherchant les points faibles et comment tirer profit de leurs propres points forts. Keith savait que Pablo était rapide, et il savait que lancer ses roses ne serait pas chose aisée. De plus - au vu de l'enjeu pacifique de ce duel et pour des raisons de sécurité évidentes - il lui était interdit d'utiliser sa Bloody Rose et chacune de ses attaques pouvait s'avérer mortelle pour le Capricorne au vu du taux de poison relativement élevé de son sang. Bien sûr, une fiole d'antidote était à la disposition de Pablo et lorsque le combat serait terminé il n'aurait qu'à en avaler le contenu pour être de nouveau pleinement opérationnel, mais malgré lui, Keith ne voulait pas prendre de risques.

De son côté, Pablo réalisait bien qu'attaquer exclusivement à l'aide d'Excalibur signifiait prendre des risques inimaginables. Il savait depuis le premier jour que le sang du Poisson pouvait s'avérer mortel et il ne voulait pas prendre le risque de se retrouver cloué sur un lit de l'infirmerie en train de prier pour survivre. Toutefois, il savait bien qu'il ne pourrait pas vaincre Keith à simples coups de Jumping Stone, il n'avait pas le choix, il devrait prendre ce risque tout en se retenant un minimum.

Dès qu'il eut pris sa décision, sans plus attendre de voir ce que Keith préparait, Pablo leva le bras et l'abaissa vivement, si vite que certains spectateurs ne le virent même pas faire:

-Excalibur!

Un rayon de lumière fusa à toute vitesse vers le Poisson qui eut à peine le temps de se jeter sur le côté. Profitant de l'occasion et espérant que l'attaque obligerait Pablo à rester immobile, Keith tendit les bras à son tour:

-Royal Demon Roses!

Cinq roses rouges foncèrent directement vers le Capricorne. Vers l'endroit où il se trouvait au moment de l'attaque. Elles se fichèrent dans le sol et exhalèrent leur dangereux parfum sans personne pour en ressentir les effets. Parce que Pablo avait déjà bougé. A peine avait-il lancé l'attaque qu'il avait déjà bondit en avant, le bras tendu. Et il était juste là, devant lui, les jambes légèrement pliées pour se donner une meilleure impulsion au moment de frapper. Keith écarquilla des yeux horrifiés, conscient que d'aussi près il n'aurait jamais autant de chance que le Capricorne de faire de véritables dommages physiques à son adversaire. Il fallait tenter un coup de poker, et vite!

Les deux attaques se croisèrent et les spectateurs durent choisir entre observer le coup porté par Pablo et celui porté par Keith. Le coup d'Excalibur entailla profondément le bras droit du Poisson et plusieurs pièces de son plastron volèrent dans toutes l'arène. Mais cela n'avait pas empêché Keith de lancer une nouvelle fois des Piranhan Roses, trop proches pour que Pablo puisse les éviter, si bien qu'une bonne partie du côté gauche de l'armure du Capricorne fut détruite par l'attaque. A peine gêné par la perte de son épaulière et de ses protèges bras, même pas distrait par la longue griffe qui zébrait sur sa joue, Pablo avait continué de bouger, d'aller en avant alors que Keith se reculait autant qu'il le pouvait. Sans lui laisser une seule seconde de répit, le Capricorne leva la jambe, à toute vitesse:

-Jumping Stone!

Bien, avec ce coup, il était sûr d'envoyer son adversaire dans le décor, impossible d'éviter un coup pareil en étant si près! Mais Pablo écarquilla des yeux horrifiés quand il réalisa que son pied n'avait heurté que le vide. Qu'il n'y avait personne devant lui. Qu'en plus d'avoir bougé, Keith était devenu momentanément invisible. Il baissa les yeux, remarqua les quelques roses rouges qui ornaient le sol à l'endroit même où le Poisson se tenait quelques millisecondes auparavant, et quand un léger bruit de métal attira son attention, derrière lui, il était trop tard.

Profitant de l'effet du parfum des roses, Keith avait rapidement camouflé sa présence, juste le temps de se glisser dans le dos du Capricorne et de tendre ses bras ensanglantés, tirant avantage de ses blessures:

-Crimson Thorn!

Le sang du Poisson forma des dizaines de flèches rouges carmines qui fusèrent à toute vitesse vers lui, si vite qu'il n'eut aucune chance d'en éviter. A peine parvint-il à se faire seulement érafler par la première "flèche". Pablo refusa de se laisser abattre, espérant que les effets de l'attaque ne feraient pas effet immédiatement… Mais dans la seconde, sa vue devint trouble et son coeur se mit à battre à toute vitesse. Le sang pulsa dans ses oreilles, si fort qu'il n'entendait plus les encouragements et les cris des spectateurs. Il trébucha, tomba à genoux sur le sol flou… Mais il parvint à relever la tête, à regarder le temps qu'il leur restait. Un peu plus de trente secondes s'il voyait bien. Il avait l'opportunité de se donner à fond, de montrer qu'il n'abandonnait jamais, et il n'allait pas décevoir ces espérances. Luttant de toutes ses forces contre la soudaine fièvre qui le prenait, refusant de penser au sang qui s'échappait de son nez, il se releva péniblement, fixa son adversaire des yeux. Il avait l'impression que la terre entière tanguait, qu'il ne parvenait pas à rester debout sans manquer de s'effondrer.

Il vit vaguement Keith désigner quelque chose du doigt, le vit baisser sa garde.

Il inspira profondément, souffla.

Les trois coups lumineux heurtèrent Keith de plein fouet, l'envoyant rouler sur le sol en étouffant un cri à la fois surpris et douloureux. Le Poisson tenta de se relever, avisa les deux longues coupures qui barraient ses cuisses. Si Pablo s'était donné à fond il lui aurait tranché les jambes sans aucune difficulté malgré les effets du poison sur son système nerveux. Il restait dix secondes, encore dix secondes à tenir debout. Encore dix secondes pour se relever. Mais ses jambes hurlèrent quand il essaya de pousser dessus, de se relever. Si bien que quand la fin du combat fut sonnée, Pablo était appuyé sur un mur, livide, et Keith avait encore un genou au sol.

La victoire - serrée, mais la règle spécifiait que le dernier debout l'emportait - de ce combat d'une intensité rare revenait au Capricorne. Les spectateurs applaudirent les deux combattants, admiratifs de leur détermination et de cette manière de se donner tout en se retenant assez pour ne pas causer de dégâts irréparables. A peine certain d'avoir réussi à rester debout assez longtemps, Pablo trébucha et manqua de s'effondrer sur le sol, à moitié évanoui. Keith le rejoignit, le redressa et lui fit vivement boire l'antidote. Bien vite, le visage du Capricorne reprit des couleurs humaines et il put de nouveau voir clairement. Un sourire fatigué mais ravi à la fois étira ses lèvres et il souffla:

-Ca c'était du combat.

Le Poisson sourit, heureux que l'antidote fasse rapidement effet et que son frère d'armes ne soit pas en danger:

-C'est à moi de te dire ça.

Le combat mêlé de respect et de détermination avait très positivement marqué le Pope, non seulement elle mais de nombreux spectateurs estimaient que c'était pour l'instant le plus serré des trois. La tendance de celui opposant Kiki à Hiroki s'était inversée si vite qu'ils n'avaient pas eu le temps d'admirer les capacités de la Vierge à leur juste valeur, et celui opposant David à Victor avait été un véritable fiasco alors qu'il aurait pu servir de modèle pour tous.

Après avoir remercié les deux participants et s'étant assurée qu'ils étaient immédiatement entourés par des soigneurs pour s'occuper de leurs plaies - relativement béguines au fond, elles ne mettraient pas longtemps à cicatriser - Ariane invita les deux nouveaux participants à s'avancer sur le sable de l'arène de fortune. Ainsi, Jørgen et Sigmund se levèrent à leur tour et descendirent des gradins. Il ne restait déjà plus que quatre noms dans l'urne, plus que trois combats attendus de tous. Elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil vers Aliénor, toujours assise dans les gradins, les bras croisés sur l'or de son plastron, les yeux plissés pour mieux suivre et analyser l'action. Chaque combat était une occasion pour elle d'observer ses frères d'armes et de se situer par rapport à eux. Et certainement que le combat opposant le Verseau à la Balance servirait de leçon supplémentaire.

Les deux participants se saluèrent poliment, et tous pouvaient déjà voir dans leur maintien que le Danois paraissait plus droit, plus paisible, là où Sigmund jetait déjà quelques coups d'oeil incertains sur les côtés. Les consignes de ce combat étaient de nouveau très claires: il n'avait pas le droit d'utiliser les armes de son armure, à l'exception du bouclier et de l'épée (après tout, Pablo avait pu attaquer à l'aide d'Excalibur, le Pope n'aurait décemment pas pu lui interdire le port d'une épée). Hors, il n'était absolument pas à l'aise avec ces armes, préférant recourir à son cosmos plutôt que de les utiliser. Il savait bien évidemment s'en servir, mais son honneur lui empêchait d'en profiter pleinement, d'embrasser cet avantage génial. Il n'arrivait pas à changer d'avis, il avait tout bonnement l'impression de tricher. Que le Capricorne utilise Excalibur ne le gênait pas, c'était là son attaque principale, mais que lui, possesseur d'autres attaques, puisse pour autant utiliser des armes supplémentaires… Non, rien à faire il détestait ça. La seule arme qui ne le faisait pas rechigner restait le bouclier, outil de défense et ne servant donc pas à attaquer "lâchement".

De son côté, Jørgen rayait immédiatement Koltso de son éventail d'attaques: hors de question de gagner en immobilisant son adversaire. Non, il voulait prouver à son armure qu'il ne valait pas moins que ses précédents porteurs, ceux qu'elle avait tant aimé et qu'elle continuait de pleurer dans son coin, restant toujours plutôt froide et distante avec lui, comme si elle ne voulait pas s'attacher une nouvelle fois et risquer de souffrir. Oh mais il allait lui prouver, il se battait maintenant autant pour le montrer aux autres que pour le lui montrer à elle.

Ils se mirent en garde, puis alors que le début du combat venait d'être donné, Sigmund jeta un dernier regard à l'épée qu'il serrait dans sa main gauche puis la lâcha. L'épée se ficha dans le sable avec un chuintement discret et la Balance se remit en garde, faisant comprendre d'un simple regard respectueux qu'il ne s'en débarrassait pas parce ce qu'il n'estimait pas en avoir besoin face au Verseau. Il ne voulait simplement pas l'utiliser. Intrigué, légèrement perdu, Jørgen tiqua et jeta un regard hésitant vers le Pope, comme pour chercher ses conseils. Mais Ariane se contenta d'esquisser un semblant de sourire compatissant: elle avait parfaitement compris quels doutes animaient la Balance, et elle ne le forcerait pas à utiliser cet atout s'il n'en avait pas envie.

Hésitant, Jørgen se tourna de nouveau vers son adversaire, les sourcils légèrement froncés sous le coup du doute. Sigmund lui adressa un hochement de tête rassurant et lui fit signe d'attaquer en premier, conscient que son action avait dû perturber le Verseau. Jørgen hocha la tête et attaqua, d'abord physiquement pour tester la rapidité et la force de son adversaire. Au bout d'un échange d'environ une minute, il en avait assez fait pour déduire que là où la vitesse l'avantageait lui, la force qui lui faisait encore défaut se retrouvait chez Sigmund. La Balance était moins agile que lui, certes, mais il compensait ce manque grâce à une résistance et à une endurance sans pareille. Il faudrait tout jouer sur la rapidité.

Comme s'il avait compris que le Verseau allait passer à l'attaque, Sigmund cala ses pieds dans le sable et tendit les bras:

-Rozan Sho Ryu Ha!

Les spectateurs poussèrent des exclamations et plusieurs se levèrent quand un véritable dragon se manifesta soudain sous leurs yeux ébahis. Jaillissant du poing levé de Sigmund, le dragon darda ses yeux rougis sur Jørgen et fonça sur sa proie en poussant un rugissement qui fit vibrer le sol. Le Verseau leva les bras, tenta d'invoquer une attaque qui le protègerait, mais le dragon le heurta avant même qu'il n'ait pu essayer de parler. Il roula sur le sable, le visage noirci par la poussière et la bouche en sang. Grimaçant sous le coup de la douleur, Jørgen réfléchissait à un plan d'action, toujours accroupi sur le sol, et il sursauta presque quand une voix s'éleva des gradins:

-Allez, Jørgen!

Debout sur les gradins, le coeur serré, Marius avait porté les mains à ses lèvres en porte-voix et encourageait son frère d'armes en difficulté. Avisant l'air soudain incertain de la Balance et conscient de l'angoisse que lui causait toujours le regard des gens, Oleg se leva à son tour:

-Donne tout, Sig'!

Boostés par les encouragements de deux Chevaliers d'Or, les spectateurs poussèrent des cris à leur tour, encourageant les deux combattants à faire de leur mieux. S'étant assuré que plus personne ne les regardait, le Cancer gratifia Marius d'une claque sur la tête en feulant:

-P'tit con, va! Pas de favoritisme!

Le Scorpion rit doucement et se frotta la tête avec un air faussement penaud. Il savait qu'intervenir ainsi était stupide, que c'était risquer de perturber injustement Sigmund… Mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Il savait très bien que son coeur se serrait uniquement quand Jørgen était frappé et qu'il ne pouvait pas refouler ce comportement passionné parfois malvenu. Encore moins depuis qu'ils avaient partagé ces souvenirs confus qui les liaient au passé parfois trop mystérieux de leurs armures. Les yeux fichés sur le Verseau qui s'était relevé et faisait de nouveau face, Marius souffla pour lui-même:

-Allez, te laisse pas faire.

Comme s'il l'avait entendu, Jørgen leva la main droite et un vent glacé parcourut les gradins avant de se rassembler dans sa paume. Les yeux brillants, Marius observa les flocons se former dans sa main, et quand le Verseau attaqua, tous étaient comme figés, hypnotisés par la beauté glacée de cette technique:

-Diamond Dust!

La vague de froid fusa à toute vitesse, frappa le bouclier que Sigmund avait eu le temps de brandir. Et ceux qui crurent que le Verseau avait manqué sa cible comprirent vite que c'était tout le contraire. Le bouclier avait gelé sur la main et l'avant-bras de son porteur, rendant une bonne partie du bras inutilisable. Rendant donc les attaques plus lentes et sans doute moins puissantes. Déterminé à ne pas se laisser abattre, Sigmund fronça les sourcils et concentra toute sa force, tout son cosmos dans son bras valide, projetant un dragon de lumière et de cosmos vers son adversaire:

-Rozan Ryu Hi Sho!

Mais cette fois, le Verseau ne se laissa pas surprendre. A peine avait-il gelé le bouclier qu'il avait déjà fait descendre la température autour de son corps et concentrait son cosmos devant lui. Quand le dragon de lumière se dressa devant lui, il avait déjà levé les bras:

-Freezing Shield!

Un grand éclat de lumière aveugla presque les Chevaliers présents quand le dragon s'écrasa contre l'énorme bouclier de glace qui se dressait entre lui et Jørgen. Tous crurent que le dragon allait l'emporter, que la glace ne tiendrait pas. Mais la vague de froid toujours plus intense s'échappait sans cesse des mains du Verseau. Et le dragon disparut avec un flash et un rugissement éteint. Il était temps, le bouclier de glace commençait à montrer des signes de faiblesse manifestes. Sans attendre que son adversaire ait pu reprendre ses esprits, trop heureux que le Freezing Shield ait contenu une telle attaque pour manquer sa chance, le Verseau se jeta sur le côté, leva les bras joints:

-Aurora…

Un frisson remonta le long de la colonne vertébrale du Scorpion et il déglutit difficilement quand il réalisa qu'il reconnaissait l'attaque. Qu'elle ne lui était pas tout à fait inconnue.

-Execution!

Le Verseau abaissa les bras et un puissant vent glacé s'échappa de ses poings joints. Il alla directement frapper la Balance qui tenta de lever son bouclier presque inutilisable devant lui. Le sable sous ses pieds était devenu glace, et quand il perdit l'équilibre, il sut qu'il avait perdu. Il glissa et fut projeté plusieurs mètres en arrière. Quand il se redressa en position assise, une fine couche de givre recouvrait ses joues rosies et le temps était écoulé. Des applaudissements surexcités résonnèrent dans la cour et Jørgen tendit la main à la Balance avec un air légèrement inquiet:

-Ca va? Je ne t'ai pas fait mal?

Sigmund secoua la tête, faisant voleter quelques flocons de ses cheveux:

-Tout va bien, ne t'en fais pas. J'espère que ça va aussi?

-Oui, merci. Et merci aussi pour ce combat.

-Merci à toi.

Il y eut un léger silence, le temps que Sigmund soit de nouveau sur pieds, puis, alors qu'Ariane appelait les deux concurrents suivants, le Verseau souffla en tendant l'épée de la Balance à son propriétaire:

-Pourquoi ne t'en es-tu pas servi? Ton épée aurait réduit mon Freezing Shield en miettes.

Sigmund haussa les épaules et rangea l'arme à sa place:

-Je ne trouvais pas ça très glorieux.

-Pourtant ça fait partie de tes atouts, il n'y a pas de honte à s'en servir.

-Peut-être, mais moi je ne m'y fais pas.

-Personne ne t'en voudrait, même moi j'aurais trouvé ça normal.

-Ce n'est pas normal que je sois le seul à devoir compenser mon cosmos avec des armes.

Le ton souriant de Sigmund s'était fait un peu artificiel, comme s'il s'efforçait de masquer poliment son envie d'en finir avec cette conversation. Mais il était l'adulte ici, et il se tourna bien vite vers Jørgen en souriant:

-Mais c'est gentil.

Le Verseau hocha la tête, comprenant vaguement que l'Allemand n'ait pas envie d'avoir recours à d'autres moyens qu'il jugeait peu glorieux. Et puis, il était son aîné, il n'avait pas à essayer de le convaincre ou de le faire changer d'avis. Il devait connaître sa place en tant que plus jeune. En remontant vers leurs places - pas assez blessés pour avoir besoin de soins - ils croisèrent Tarek et Marius qui descendaient vers l'arène. Un large sourire enfantin sur les lèvres, le Scorpion leva la main vers Sigmund:

-Beau combat, les gars!

La Balance le remercia puis l'encouragea pour son propre affrontement, et quand il se tourna vers Jørgen, les yeux de Marius pétillèrent presque:

-Je compte sur vous pour regarder le mien, hein?

Un sourire complice sur les lèvres, le Verseau répondit à la poigne de son frère d'armes:

-Montre-nous ça.

-Je vais me gêner!

A vrai dire, il se la jouait détendu, mais il devait avouer qu'il aurait préféré éviter de tomber contre Tarek. C'était bien simple, il ne parvenait pas à savoir à quoi le Taureau pouvait bien penser, il ne parvenait pas à deviner ses intentions ni même ses sentiments. Ils étaient diamétralement opposés. Là où lui explosait d'émotions et étalait franchement - parfois trop - ses pensées sur la table, Tarek restait principalement silencieux, les lèvres scellées, n'ouvrant la bouche que pour poser quelques questions générales et plutôt banales - comment dire quoi en grec, comment le traduire en anglais, comment l'interpréter,… - qui ne le rendaient pas plus bavard pour autant.

Oh pas méchant, ça non, Tarek lui avait d'ailleurs filé sa ration de dessert la veille au soir, donc c'était un frère. Mais bon, lui qui aimait tant savoir ce que les gens pensaient, il devait avouer qu'avec le Taureau, il était tombé sur un os, et un sacré os! Les seules variantes qu'il avait observées sur le visage hâlé du Syrien, c'était l'ennui, la curiosité et une légère irritation face aux tensions incessantes entre certains d'entre eux. Un sourire étira les lèvres du Grec qui fit machinalement craquer son épaule: ça allait être un vrai challenge. Et il en avait besoin, ça faisait trop longtemps qu'il n'avait pas pu se défouler correctement.

De son côté, Tarek observait son vif adversaire d'un regard toujours aussi posé et concentré, manifestement imperturbable. Il savait que la vivacité du Scorpion risquait d'être un problème, qu'il était certainement moins rapide que lui et qu'il devrait absolument en tenir compte pour éviter de sortir trop abîmé de ce duel. Impossible de penser à utiliser la Titan's Nova ici: même contrôlée, l'attaque risquait de fortement endommager les lieux et il n'était pas certain que le Pope apprécierait vraiment. Il devrait se contenter d'utiliser sa Great Horn, et du mieux qu'il le pouvait. Ariane leva la main et déclara le début du combat. Et le premier grain de sable avait à peine touché le fond du sablier que Marius avait bougé. Si vite que personne ne comprit comment il s'était retrouvé dans le dos de Tarek en un clin d'oeil.

Des exclamations surprises s'élevèrent comme le Scorpion se retournait lentement, ce large sourire teinté d'une légère moquerie sur les lèvres. Et au bout de son index, un ongle rouge d'une longueur démesurée luisait sous un soudain rayon de soleil. Tarek fronça les sourcils et jeta un regard brulant vers l'arrière alors qu'il réalisait pleinement qu'il avait perdu le premier round. Que ces deux petites piqures qui marquaient son armure étaient la preuve qu'il n'avait rien vu venir. Une légère brulure enfla au niveau des blessures et il comprit qu'il devait faire vite s'il voulait le mettre hors d'état de nuire avant d'être immobilisé par le venin.

Un sentiment de frustration le prit à la gorge quand il réalisa que, contrairement au Scorpion qui possédait un éventail d'attaques et de techniques, lui ne pouvait en utiliser qu'une seule et qu'il n'avait pas le droit à l'erreur. Parce que c'était bien connu, aucune attaque ne marchait deux fois sur un Chevalier. Aucune sauf peut-être cette saloperie de Scarlet Needle. Les yeux éclairés d'une étrange lueur orangée, Marius se mit légèrement en garde, lui faisant signe d'attaquer à son tour, comme pour lui laisser l'opportunité de porter un coup. De montrer sa valeur.

Sans attendre, le Taureau fit un pas paisible en avant, calmement, analysant la situation avec autant de détachement que possible. Le corps entier de Marius était tendu comme la corde d'un arc, sans cesse en mouvement et ce même quand il avait l'air d'être immobile. Le surprendre serait très difficile, à moins de jouer sur son côté distrait. A moins de parvenir à lui faire prendre confiance, tant et si bien qu'il finirait par ne plus se méfier. Quand il ne fut plus qu'à quelques mètres du Scorpion, Tarek leva le poing et frappa.

Son poing effleura à peine une mèche de cheveux, fouetta simplement l'air quand Marius se décala d'un pas, sans cesser de sourire. Les yeux bleus soudain plissés, le Scorpion tendit de nouveau le bras. Mais Tarek surveillait cette main droite, ne la quittait plus des yeux depuis que les premières piqures l'avaient frappé. Il parvint à l'intercepter et à la repousser, certain d'avoir là sa chance. Mais le petit soupir moqueur que poussa le Scorpion le fit tiquer. Il eut à peine le temps d'apercevoir un éclair rouge s'échapper de l'index gauche de Marius que les quatre piqûres suivantes le heurtaient de plein fouet. Sans qu'il n'ait pu essayer de les éviter.

Tarek fut repoussé de plusieurs pas en arrière, le visage soudain brûlant et le front perlant de sueur glacée. Le souffle court, il détailla la position du Scorpion, chercha une nouvelle faille, une ouverture. Son champ de vision fut parcouru d'une sorte de voile flou pendant une longue seconde et il crut qu'il allait tomber à genoux quand ses jambes se mirent à flageoler sans qu'il ne puisse résister. Les paroles de Marius lui parvinrent comme venant de très loin:

-Je sais à quel point c'est pénible comme sensation, je peux t'offrir une capitulation honnête si tu le souhaites.

Tarek leva des yeux brulants de frustration vers lui et gronda, luttant pour ne pas tomber à genoux, pour ne pas plier. Pas tout de suite. Pas avant d'avoir eu sa chance. Il se pencha en avant, s'appuya d'une main sur le sable et faucha les jambes de Marius d'un simple mouvement de la jambe droite. Crut qu'il avait réussi à faucher ses jambes. Sauf que Marius avait déjà bondi, avait posé le pied sur l'épaule du Taureau pour se propulser plus haut encore. Et avant même d'avoir touché le sol, opérant un demi-tour quasi acrobatique en l'air, il frappa trois nouvelles fois. Toujours avec la même précision terrible. Il atterrit accroupi sur le sol et se retourna de nouveau vers son adversaire, tombé à genoux sur le sol cette fois sous le coup des attaques combinées.

Le coeur battant, la vue trouble et le corps en feu, Tarek se releva du mieux qu'il pouvait, luttait pour que ses jambes bougent et lui obéissent. Il n'avait pas encore perdu, il n'avait pas encore perdu. Il avait encore juste assez de temps pour tenter quelque chose. Il avait reçu neuf piqures, neuf sur quinze. Il devait frapper maintenant, son corps ne pourrait pas supporter une nouvelle dose de venin. Le Taureau se leva, mais ne se retourna pas, conscient que s'il faisait un mouvement trop brusque il risquerait de s'évanouir. Dans les gradins, les spectateurs étaient partagés, à la fois épatés par la vitesse et le cosmos du Scorpion et mal à l'aise pour le pauvre Tarek qui ne parvenait clairement pas à tirer son épingle du jeu. Inconscient de ce qu'il préparait, Marius lança une nouvelle fois:

-Tu peux encore arrêter ça, tu sais?

-J'en ai pas fini.

Une lueur amusée éclaira le visage hâlé du Scorpion qui se mit de nouveau en garde, curieux de voir ce que Tarek pouvait bien lui préparer dans un état pareil. Il n'hésita pas, il avait encore un peu de marge avant que ses piqures ne deviennent véritablement dangereuses, il pouvait se permettre d'en distribuer encore une ou deux. Mais alors qu'il se ruait de nouveau en avant, le Taureau se contenta de lever le bras, le coude tendu vers l'arrière. Lancé trop vite pour pouvoir espérer s'arrêter, Marius écarquilla les yeux:

-Merde.

Ses poumons se vidèrent d'un coup quand le coude de Tarek heurta son plexus solaire de plein fouet et l'arrêta immédiatement, si violemment que son attaque ne fit qu'effleurer le Taureau. Le visage soudain livide, haletant à la recherche d'air, Marius baissa complètement sa garde, paniquant presque tant l'air peinait à parvenir à ses poumons. Sans attendre une seconde que son adversaire puisse retrouver pied, le Taureau leva l'avant-bras, frappant directement de son poing vers le visage du Scorpion qui fut repoussé de plusieurs pas en arrière. Un craquement sourd résonna dans l'arène et les spectateurs grimacèrent quand Marius porta les mains à son nez ensanglanté en poussant un cri étouffé et en reculant de plusieurs pas pour imposer une certaine distance de sécurité entre Tarek et lui. Il ne savait plus respirer, il ne voyait plus rien, son nez et son front lui faisaient un mal de chien,… Mais il ne fallait pas se laisser distraire, il fallait absolument réa-…

Profitant de l'occasion, luttant malgré le venin qui courait dans ses veines, Tarek croisa vivement les bras sur sa poitrine, se retourna, leva la jambe et frappa avec une précision terrible. Son pied cueillit le Scorpion dans le ventre, le projetant plusieurs mètres en arrière, et sans attendre qu'il ne puisse réagir ou même toucher le sol, il décroisa les bras et les tendit en avant:

-Great Horn!

L'attaque lumineuse s'échappa de ses mains et frappa Marius de plein fouet, le faisant retomber violemment sur le sable et rouler jusqu'aux marches des gradins, à moitié inconscient. Et la fin du duel fut sonnée, remporté par Tarek à la dernière seconde.

Soufflés par un tel retournement de situation - après tout, le Scorpion avait bien joué avec Tarek pendant deux bonnes minutes, le mettant en difficulté sans avoir l'air de faire de véritables efforts - les spectateurs mirent une bonne seconde à s'en remettre et à applaudir les deux opposants, impressionnés par leurs puissances respectives. Les jambes flageolantes à cause du poison, Tarek trébucha et posa un genou sur le sol, le visage trempé de sueur et le coeur battant si fort dans ses tympans qu'il n'entendait pas les applaudissements. Il devait aller relever Marius, il devait aller le féliciter et le… Quelqu'un - il ne parvint pas tout de suite à voir qu'il s'agissait de Pablo - l'aida à se saisir de la fiole d'antidote et il se sentit bien vite mieux, soufflant avec bonheur quand son corps retrouva une température normale et qu'il n'eut plus l'impression de brûler vif.

Conscient que le poison ne permettait pas encore à Tarek de se déplacer auprès de son adversaire vaincu, Jørgen descendit les quelques marches qui le séparaient de l'arène et souleva Marius du mieux qu'il pouvait:

-Hé, tout va bien?

Le nez en sang, le front rougi par le coup, un bleu impressionnant se dessinant déjà sur sa pommette et un sifflement s'échappant de ses lèvres, Marius lui sourit franchement, pas l'air vexé ni déçu le moins du monde:

-Tu m'as vu? C'était plutôt cool hein?

Le Verseau leva les yeux au ciel et se redressa, soutenant le Scorpion - qui retint un feulement douloureux quand ses côtes se rappelèrent à lui - par le bras:

-Plutôt irresponsable, si tu veux mon avis.

Les yeux brillants, Marius laissa échapper un petit rire rauque:

-Irresponsable mais cool.

-Si ça te rassure. (Il avisa une nouvelle fois le visage en sang de son frère d'armes et grimaça) Je crois qu'un tour à l'infirmerie s'impose.

-Quoi pour ça? Nan t'inquiète mon nez va bien je vais juste le remettre en place et…

-Je pensais plutôt à tes côtes mais bon.

Ils échangèrent un regard déjà complice et Marius cessa de nier et de faire le fier. Il crevait littéralement de mal et objectivement une visite à l'infirmerie ne pouvait qu'être positive. Ils se retrouvèrent aux côtés de Tarek et les deux adversaires se sourirent franchement avant de se serrer la main, ravis d'avoir quand même pu se donner à fond malgré tout. Soulagé d'avoir réussi à montrer sa puissance - et à gagner un combat qu'il avait cru perdu d'avance - malgré l'impossibilité d'utiliser toutes ses attaques, Tarek souffla avec un léger sourire:

-Bien joué.

Impossible de ne pas féliciter ainsi son frère d'armes, d'autant plus qu'il était parfaitement conscient qu'avec une simple dose de poison supplémentaire dans les veines il n'aurait certainement pas pu se défendre ainsi. A peine aurait-il eu la force de bouger, il en était certain. Le Scorpion sourit franchement et répondit sincèrement à sa poignée de main:

-Toi aussi!

Tous deux se dirigèrent calmement vers l'infirmerie, épaulés par Pablo et Jørgen. Ariane les regarda s'éloigner pendant une seconde, puis se tourna de nouveau vers les spectateurs qui attendaient l'annonce du dernier duel. Et bon sang, elle ne parvenait pas à croire que le destin lui faisait de nouveau un tel coup bas:

-Le dernier combat opposera Oleg du Cancer à Aliénor des Gémeaux.

Opposer David à Victor était déjà une erreur monumentale, si elle avait pu elle aurait changé les noms, tout plutôt que de mettre ces deux idiots l'un en face de l'autre. Mais là… Là c'était pire que tout. Aliénor contre Oleg, l'un de ces qui avait le plus de mal à digérer la présence d'une femme parmi leurs rangs. Ca ne pouvait décidément pas être pire.

Mais les spectateurs ne semblaient pas s'en rendre compte, rendus surexcités à la simple idée d'enfin voir de quel bois le Chevalier des Gémeaux se chauffait. Personne n'était dupe, tout le monde savait que ce duel serait sa seule chance de leur prouver à tous qu'elle avait sa place parmi eux. Dans quelques jours à peine les Ors auraient quitté l'Irlande, et d'ici là il fallait qu'ils montrent à tous quelle était l'étendue de leur force. Et bien que tous étaient évidemment fascinés par les onze autres, il ne servait à rien de se leurrer: la plupart d'entre eux attendait depuis le début des duels que la jeune femme rousse mette les pieds sur le sable et se donne à fond à son tour.

Tous en étaient conscients, surtout la principale intéressée. Et pourtant, malgré l'annonce désespérante du nom de son adversaire, Aliénor s'avançait fièrement, la tête haute et le visage toujours fermé vers le centre de l'arène. Elle n'était pas stupide, elle savait qu'elle devait absolument les impressionner, les épater pour prouver qu'elle avait le droit d'être ici. Elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle jeta un coup d'oeil vers le côté, détaillant le visage taillé à la serpe d'Oleg qui la fixait d'un regard à la fois gourmand à l'idée de l'affronter et déterminé, aussi déterminé qu'elle. Quelle dommage de tomber sur lui: elle savait qu'il serait plus énervé encore une fois qu'elle l'aurait humilié. Mais tant pis pour lui, ça serait plus facile pour elle que de se retrouver face à un autre de ses frères d'armes. Elle n'aurait aucun scrupule.

Quelques applaudissements résonnèrent quand ils se retrouvèrent face à face dans l'arène, mais peu osèrent briser le silence, conscients qu'ils assistaient à un moment clé de l'histoire de la Chevalerie d'Athéna. Les yeux dangereusement plissés, le géant feula si bas qu'elle fut la seule à l'entendre:

-J'espère que tu m'en voudras pas, mais je compte pas me retenir juste parce que t'es une gamine.

-Marrant, j'allais dire la même chose.

Répliqua-t-elle en soutenant son regard acéré. Le Cancer retint un grognement à la fois impatient et rageur. Peu de consignes les concernaient: interdiction évidente d'utiliser l'Illusion Démoniaque et, si Oleg pouvait faire usage du fameux Seki Shiki Mekai Ha, il avait pour ordre de ramener Aliénor le plus vite possible et de ne pas la laisser trop longtemps dans le monde des morts. Malgré son envie de faire confiance à son frère d'armes, Aliénor n'appréciait pas cette lueur malsaine et rusée qui éclairait les yeux du Cancer. Oh mais elle ne se laisserait pas surprendre. Elle frapperait la première et l'empêcherait de la toucher. Il voulait un beau combat? Elle allait lui en donner un. Un combat où elle se donnerait à fond, sans se retenir.

Le signal tomba, et Oleg se rua immédiatement en avant, le poing tendu. Elle devait avouer qu'il bougeait bien, vite, fort. Mais pas aussi vite qu'elle. Un éclair de concentration illuminant ses yeux verts quand elle glissa le long du bras d'Oleg. Plus vive que l'éclair, elle se jeta sur le côté, s'accroupit et frappa du poing droit dans le ventre du Cancer. Le géant poussa un grognement irrité mais ne recula pas. Au contraire, il tenta de frapper une nouvelle fois. Mais Aliénor avait déjà bougé, si vite que seuls les reflets roux de ses cheveux permettaient de voir qu'elle s'était déplacée. Oleg cherchait à la provoquer physiquement, à retarder le moment où ils devraient tous les deux utiliser leur cosmos. Il voulait prouver qu'il était plus puissant qu'elle, physiquement parlant. Mais il ne parvint pas à la toucher, à peine parvint-il à l'effleurer.

A l'inverse, chacun de ses coups à elle était d'une précision terrible. Elle était patiente, attendait qu'il frappe violemment pour riposter d'un endroit qu'il ne voyait pas bien. Et alors qu'à chaque coup son visage à elle se fermait un peu plus, la grimace de colère et d'irritation qui étirait les lèvres d'Oleg s'élargissait. En poussant une injure, énervé par cette espèce de feu follet qu'il ne parvenait pas à toucher, le Russe recula de plusieurs pas et invoqua plusieurs esprits qui se réunirent autour de lui. Observant avec un plaisir malsain le regard d'Aliénor soutenir le sien malgré le danger qu'elle courait, il tendit le bras:

-Seki Shiki Konso Ha!

Les esprits se ruèrent sur elle, et quand ils furent assez près, une simple flamme bleue éclaira l'arène. Puis des explosions magistrales retentirent dans l'arène et un nuage de fumée et de sable fit disparaitre le Gémeau de leurs yeux ébahis. Tous s'étaient redressés dans les gradins: personne ne pouvait éviter de telles explosions, c'était impossible! Et puis… Avait-il le droit d'utiliser tant de puissance? N'était-ce pas risqué aussi bien pour Aliénor que pour le public? Malgré lui, Lukas jeta un regard vers le Pope, se demandant quelle réaction elle allait lui offrir. Les mâchoires serrées et les mains blanchies tant elle serrait ses accoudoirs, Ariane ne quittait pas l'arène des yeux, enragée de voir qu'Oleg se donnait à fond et ne se retenait absolument pas. Or, c'était là une des consignes générales, et il la dépassait consciemment.

Un éclat de rire ravi et moqueur s'échappa des lèvres du Cancer:

-Quoi, c'est tout?!

Il ravala son commentaire moqueur qui s'étrangla dans sa gorge sur un gargouillement horrifié. Indemne, absolument indemne, Aliénor avait surgi de la fumée causée par l'explosion et elle se ruait sur lui, le visage toujours aussi clos. Et quand elle leva le bras, sans cesser de courir, il sut qu'il avait fait une erreur monumentale en sous estimant cette gamine. Un rayon de lumière dorée s'échappa de la paume de la jeune femme et le heurta en pleine poitrine. Projeté en arrière de plusieurs mètres et crachant le sang qui avait envahi sa bouche, Oleg poussa un grognement presque animal et leva le bras, déterminé à en finir:

-Essaye d'éviter ça, emmerdeuse!

Une lumière bleutée engloba son index tendu et, sans plus attendre, il gronda:

-Seki Shiki Mekai Ha!

Il poussa un cri vengeur, certain de sa victoire quand le rayon de lumière bleue fonça droit vers elle, la heurta de plein fouet, quand l'âme de la jeune femme s'échappa de… Quand le corps de la jeune femme disparut. Les yeux écarquillés sous le coup de la surprise et de l'horreur combinée, Oleg fronça les sourcils, les lèvres entrouvertes, cherchant une explication à la disparition totale de son adversaire alors que seule son âme aurait dû disparaitre alors que son corps aurait dû être là, vautré dans le sable. Puis un bruit de déchirure le fit se retourner et tous les spectateurs poussèrent des cris ébahis. Semblant surgir d'une autre dimension - et ceux qui en savaient assez long sur les attaques des Chevaliers des Gémeaux savaient que c'était le cas - Aliénor avait bondi en avant, les bras croisés au-dessus de sa tête. Et ses yeux brillaient d'un éclat terrible quand elle clama assez fort pour que les spectateurs sentent des frissons remonter le long de leur échine:

-Galaxian Explosion!

L'attaque heurta Oleg de plein fouet, l'envoyant rouler sur le sable et violemment heurter le mur de l'arène, si fort que les gradins tremblèrent pendant une longue seconde. Si fort que le Cancer perdit presque connaissance sous la violence du choc. Trente longues secondes s'écoulèrent avant la fin du combat, puis le dernier grain de sable toucha le fond du sablier. Aliénor avait remporté le combat haut la main, sans jamais avoir été ne fut-ce que touchée par son adversaire. Personne n'applaudit immédiatement, personne ne réalisa complètement à quel point cette jeune femme était puissante. Il leur fallut cinq longues secondes avant que quelqu'un - personne ne sut même qui avait osé applaudir en premier - n'applaudisse. Alors seulement la foule sembla sortir de sa torpeur et les applaudissements s'élevèrent bruyamment.

Un soupir presque soulagé s'échappa des lèvres du Pope et elle se leva à son tour, remerciant chaque personne d'avoir assisté et participé au spectacle. Lui jetant un regard entendu, Aliénor s'inclina bien bas et se dirigea vers Oleg pour l'aider à se relever. Horriblement vexé, incapable de digérer une défaite aussi humiliante, le Cancer repoussa violemment la main qu'elle lui tendait en grondant:

-Ne me touche pas, saleté de tricheuse.

Aliénor fronça davantage les sourcils (était-ce donc possible?):

-Je n'ai pas triché, j'ai juste été meilleure que toi.

-C'est ça, raconte-toi ce que tu veux si ça te permet de calmer ta conscience de merdeuse.

Gronda-t-il en la fusillant du regard. Il se releva seul et, se dressant de toute sa hauteur, lui tendit la main, conscient que le regard du Pope pesait encore sur eux. Aliénor détailla sa main une courte seconde, leva de nouveau les yeux vers lui, et le Russe ricana:

-Bah quoi, tu fais la fière avec ton cosmos mais sans t'as les boules?

La jeune femme rousse soutint son regard et tendit la main sans ciller. Elle sembla presque disparaitre sous la poigne de fer d'Oleg qui serra si fort sa main dans la sienne qu'elle entendit distinctement un os craquer. Pourtant elle ne fit pas mine de se dégager ni même d'esquisser une grimace de souffrance. Les yeux brulants de colère, le Cancer souffla, si bas que personne n'aurait pu deviner la tension qui se dégageait de ce simple geste qui pouvait presque passer pour amical:

-Ca va, t'es contente? T'as enfin pu humilier quelqu'un, tu te sens fière je suppose? Oh mais te la joue pas trop surtout. T'as fait une énorme erreur aujourd'hui, fillette, et compte sur moi pour te le rappeler non-stop.

-Je n'ai humilié personne, je me suis battue à la loyale et j'ai gagné. Quoi, tu vas en faire tout un plat alors que c'est un simple jeu?

-C'était peut-être un simple jeu pour toi, mais t'en fais pas, je retiens. Compte sur moi pour faire de ta vie un Enfer (Un large sourire mauvais étira ses lèvres), et crois-moi quand je te dis que l'Enfer c'est ma spécialité.

-Ce serait une énorme erreur de ta part.

-Pourquoi? Parce que t'as peur et que tu vas aller pleurnicher près du Pope?

-Parce que si tu fais ne fut-ce qu'un simple mouvement que je pourrais interpréter comme une menace, je t'explose la gueule.

-Ouh le chaton sortirait presque les griffes.

Le regard vert d'Aliénor se noircit:

-Tu as besoin d'une preuve supplémentaire?

-Vas-y, je demande à voir.

Elle soutint son regard pendant une longue seconde, lutta contre son envie de lui donner une seconde raclée, inspira profondément et parvint miraculeusement à dégager sa main de la poigne du Russe:

-Je crois que tout le monde ici en a vu assez. Je n'ai rien de plus à prouver, maintenant si tu veux vraiment perdre ton temps à ruiner ma vie, grand bien t'en fasse. Je ne jouerai pas à ton jeu.

Comme elle se détournait et s'éloignait d'un pas décidé, s'étant assuré que le Pope avait disparu de l'arène - sans doute était-elle partie à l'infirmerie pour remonter les bretelles de David et Victor - Oleg répondit, assez fort pour que les spectateurs restants l'entendent:

-Je m'en doutais, une vraie couillonne pistonnée, tout ce qu'on aime ici!

Les retardataires se tournèrent vers l'arène, intrigués par le soudain haussement de ton. Aliénor se figea quand des murmures surpris et curieux s'élevèrent autour d'elle, quand elle réalisa que tous ses efforts étaient réduits à néant par cette simple parole. Quand elle comprit que tous allaient croire qu'elle cachait encore quelque chose. Qu'elle n'était ici que parce que le Pope avait insisté. Elle poussa un soupir, essaya de se calmer:

-Je suis désolée que tu le prennes comme ça. La prochaine fois je me retiendrai si tu veux avoir une chance de me vaincre. Ou même de me toucher.

-Dis-moi, c'est bien ton armure de base, pas vrai?

A peine revenu de l'infirmerie, Tarek se redressa quand il remarqua qu'Aliénor s'était entièrement raidie. Quand il eut l'impression que ses cheveux se dressaient dans sa nuque et voilaient son visage noir. Parfaitement conscient de ce qu'il faisait, Oleg fit un pas en avant:

-Je sais pas, c'est qu'on dirait presque que tu as tout dû apprendre à l'arrache, un peu comme si t'étais un simple second, un remplacement de l'original.

Il n'annonçait rien de nouveau pour les Ors présents autour de l'arène: lors de cette première soirée en Irlande, Aliénor avait honnêtement dit qu'elle avait dû faire son entraînement en trois ans et demi et qu'elle avait reçu son armure quelques semaines auparavant. C'était plus une information qui ajoutait du mérite à la puissance de la jeune femme, peu de Chevaliers pouvaient se vanter de posséder une telle puissance et une telle maitrise après seulement trois ans d'entrainement (intensif, certes, mais cela ne diminuait pas son talent). Pourtant, une lueur presque inquiète éclaira les regards des spectateurs, et le corps d'Aliénor continua de se raidir.

-Alors dis-moi, princesse: c'est qui que tu remplaces? (Sa voix se faisait un peu plus mauvaise à chaque mot, à chaque phrase) C'est à qui que tu as volé cette armure? C'est à qui que tu as volé son avenir?

Un éclair rouge zébra le regard du Gémeaux et une sorte de décharge secoua le corps tendu d'Aliénor qui se retourna vivement, faisant voler ses cheveux ardents dans son dos quand elle frappa de toutes ses forces. Son poing frappa le Russe directement dans la poitrine et, avec un cri d'effort mêlé de rage pure, elle le projeta en arrière, si violemment qu'un craquement sourd résonna dans l'arène en même temps que des cris choqués et surpris. Tarek se leva d'un bond, immédiatement imité par Sigmund, Keith, Pablo, Kiki et Hiroki. Le visage assombrit par la colère, Kiki hurla pour se faire entendre:

-Aliénor! Oleg! Ca suffit!

Mais la jeune femme ne semblait plus l'entendre, n'entendait plus rien ni personne. Le souffle court, elle s'avançait d'un pas déterminé vers Oleg qui se relevait avec un large sourire mauvais. Son cosmos enfla dans son dos, engloba son corps, fit presque flotter ses cheveux, et les spectateurs sentirent des frissons terribles les secouer: face à une telle furie, le Cancer n'avait aucune chance. Quand Aliénor leva de nouveau le poing, Oleg parvint miraculeusement à l'arrêter, tentant sa chance pour frapper à son tour… Pour n'être que bloqué par la main d'apparence si frêle du Gémeaux.

Les doigts entremêlés, les bras tremblants à cause de la pression qu'ils exerçaient pour tenter de l'emporter sur l'autre et les jambes pliées pour s'empêcher de reculer, les deux adversaires se foudroyaient du regard. Et si Oleg avait presque envie d'éclater d'un rire ravi face à ce point faible qu'il venait de trouver, le visage d'Aliénor était méconnaissable, déformé par la colère pure:

-On dirait que j'ai touché une corde sensible. T'as quelque chose qui pèse sur ta conscience, gamine?

Les yeux brulants de haine, la jeune femme poussa un grognement presque animal. Sous leurs pieds, le sol sembla se fissurer, et comme ils pensaient tous les deux passer à l'attaque, deux bras immobilisèrent Aliénor et la soulevèrent le temps de la forcer à reculer. Et alors qu'Oleg faisait un pas en avant pour profiter de la situation, Kiki et Sigmund se dressèrent devant lui, entre lui et son adversaire difficilement maintenue par Tarek et Pablo:

-Ca suffit, vous deux! Vous croyez que nous n'en avons pas eu assez avec ces idiots de David et Victor?! Sachez vous tenir, bon sang!

Gronda Kiki en foudroyant principalement Oleg du regard, luttant pour l'empêcher d'avancer d'un pas. De nouveau sur le sol mais toujours retenue par Tarek, Aliénor gronda:

-C'est lui qui ne digère pas sa défaite! Il passe son temps à essayer de me discréditer auprès de tous les autres!

-Aux dernières nouvelles, c'est toi qui as décidé de répliquer.

Soufflée par la colère noire - et faussement calme - dans laquelle était le Bélier, Aliénor sembla se calmer immédiatement. Les lèvres entrouvertes sur un souffle irrégulier, elle détailla le visage de Kiki, ceux de ses autres frères d'armes… Remarqua que tout le monde avait les yeux fixés sur elle. Et la honte l'empêcha presque de respirer pendant deux secondes. De son côté, absolument pas honteux, Oleg clama, ravi d'avoir un véritable public:

-Faut la faire enfermer cette malade! On sait tous ce que ça donne un Chevalier des Gémeaux qui perd les pédales comme ça sans raison!

Un éclair rouge zébra de nouveau le regard d'Aliénor mais elle parvint à ravaler son commentaire, concentrée sur la main de Tarek sur son épaule. Consciente qu'elle n'était pas la seule à avoir le même regard à la fois dégoûté et enragé envers le Cancer. Mais malgré elle… Malgré elle, elle repensa à ses prédécesseurs, à ces générations de jumeaux qui l'avaient précédée et ternissait l'armure qu'elle portait ainsi que sa propre réputation. Alors qu'elle venait à peine de la recevoir et que son casier était entièrement… Entièrement… Elle repoussa une nausée horrifiée et se força à respirer lentement, à se calmer. Les sourcils froncés et la voix plus assurée que jamais, Sigmund pointa un index menaçant sur la poitrine d'Oleg, parvenant presque à le faire reculer d'un pas:

-Tu n'as vraiment pas à faire le fier, tu veux qu'on te rappelle l'hérédité de ton signe? Ca rime à quoi de faire peser le poids du passé sur nos épaules, hein? Qu'est-ce que ça t'apporte?

-Je dis juste que…

-Je n'ai pas terminé. (Asséna la Balance en foudroyant Oleg du regard) Ce sont des gamineries inutiles et nous n'avons clairement pas le temps pour ça. Alors maintenant vous allez vous excuser et toi tu vas arrêter avec ces provocations stupides.

Oleg soutint son regard, sembla sur le point de dire quelque chose mais se retint. D'une main ferme, il poussa Sigmund sur le côté et se dressa de nouveau devant Aliénor:

-Je vais pas m'excuser. Et je compte bien trouver ce que tu nous caches.

Les yeux brulants de haine, elle parvint à dire d'une voix aussi calme que possible:

-Je suis vraiment désolée qu'on en arrive là. Mais si tu me cherches encore, je ne te ménagerai pas.

-On verra ça quand je t'aurai démasquée.

Cette fois-ci, ce fut Tarek qui s'interposa. Un bras tendu devant Aliénor, il fit face au géant, presque aussi grand que lui, et gronda:

-Je te conseille de lui foutre la paix et de te concentrer sur notre mission. Conseil d'ami.

Oleg sonda le regard sombre du Syrien, y trouva une détermination sans failles et s'éloigna en poussant un soupir rieur:

-Et dire qu'elle a déjà un bon toutou pour lui obéir au doigt et à l'oeil.

Ils le regardèrent s'éloigner puis un soupir commun s'éleva dans l'arène, désespéré pour l'un, soulagé pour l'autre et enragé pour une dernière. Aliénor ferma les yeux un instant, le temps d'essayer de se calmer, puis elle souffla en s'inclinant, sincère:

-Je suis vraiment désolée, cela ne se reproduira plus.

-Manifestement les promesses ne valent rien ici. (Soupira Kiki en se pinçant l'arête du nez) Mais je compte sur toi pour faire de ton mieux et ne plus jamais répondre à ses provocations.

La jeune femme hocha la tête, les lèvres pincées, mortifiée de s'être autant laissée aller à la colère. Elle ferma les yeux et s'inclina plus bas encore:

-Je suis désolée…

-Pas autant que nous. (Il souffla) Je sais que ça parait injuste, que c'est lui qui passe son temps à te provoquer et que te faire ce genre de reproches n'est pas entièrement correct… Mais tu n'aurais pas dû réagir. Vraiment pas.

Il termina sa phrase en désignant les gradins d'un mouvement du bras. Et quand elle avisa les regards plus effrayés qu'admiratifs que les gens posaient sur elle, Aliénor sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Elle n'avait rien gagné en réagissant de la sorte… Et Kiki savait parfaitement qu'elle avait bien plus à perdre qu'Oleg dans cette joute stupide. Lui avait la chance d'être un homme et ne serait pas jugé aussi injustement qu'elle… Alors qu'elle… Avec une telle armure, une telle puissance et une telle rapidité à céder à la colère… Elle avait tout à perdre. Et elle avait l'impression d'avoir définitivement perdu le peu de respect et d'admiration qu'elle avait durement acquis durant ces derniers jours. Tous avaient sombré dans la méfiance, la jalousie, la peur… Rien de positif.

Quand ils s'éloignèrent tous de l'arène, Tarek lui jetant des regards vaguement attentifs, elle sentit le noeud dans son ventre se resserrer: tout était à recommencer.

$s$s$s$

Le soir tombé, tous se retrouvèrent de nouveau dans leur dortoir commun. Assis à deux bouts opposés de la pièce, Victor et David se foudroyaient toujours du regard, mais ils avaient au moins la décence de le faire en silence. Le Sagittaire avait un énorme pansement sur le nez, un autre sur la mâchoire et un bandage enserrait son biceps, et il se réjouissait d'observer l'oeil au beurre noir du Belge et son arcade sourcilière fendue, ravi d'avoir pu se venger un minimum. De son côté, le Lion regrettait de ne pas avoir frappé un peu plus fort. Juste un peu. Mais si l'animosité n'avait clairement pas diminué, au moins avaient ils l'intelligence et le respect de se taire. Au moins le temps que Hiroki, entouré de Keith et Pablo, prenne son courage à deux mains et se lance:

-Je ne vous l'avais pas dit parce que j'avais peur que votre regard change, que vous ne m'estimiez pas digne de porter l'armure de la Vierge ou même une simple armure… Je ne voulais pas que vous me pensiez faible ou illégitime… (Penaud, honteux de ne pas eu le courage d'aborder le problème plus tôt, le Japonais inspira et s'inclina aussi bas que possible) Je suis désolé. Je promets de ne plus rien vous cacher, c'est promis.

Des sourires complices et sincères lui répondirent, et Kiki fut le premier à intervenir:

-Bon… Du coup je me sens plutôt mal là… (Il se leva et s'inclina à son tour, serrant les mains du Japonais dans les siennes) Je suis vraiment désolé de l'avoir joué aussi physique tout à l'heure. En plus avec autant de spectateurs je suppose que tu as souffert de cet asthme jusqu'à la fin du combat… Oh bon sang je suis désolé, je suis mortifié, sauras-tu me pardonner?

L'air de rien, Hiroki était ravi de ne pas entendre le fameux "si j'avais su, je ne l'aurais pas fait" sortir de la bouche du Bélier. C'était tout bête, mais ça voulait tout simplement dire que s'il était mal à l'aise à l'idée de l'avoir tant poussé physiquement, il reconnaissait sa légitimité, avouait qu'il avait aussi le droit de se battre ainsi malgré sa maladie. Et quand tout le monde prit le temps de lui souffler un mot d'encouragement et de sympathie, il sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Les yeux brillants, il sourit et s'inclina de nouveau:

-Merci à tous.

A peine affecté par son comportement déplorable dans l'arène, Oleg surgit dans son dos et passa un bras amical sur ses épaules:

-Moi je dis que ce genre de révélation doit lui avoir fait énormément de bien! Vivre avec des secrets c'est d'un pénible! (Il jeta un vif coup d'oeil à Aliénor mais se détourna si vite que personne ne le remarqua) Alors je propose qu'on porte un toast à cette équipe!

Quelques rires s'élevèrent dans la pièce, mais tous étaient conscients que cette bonne humeur et cette atmosphère fraternelle restaient une façade pour certains. Et qu'ils ne seraient pas tous liés au moment de leur départ. Mais ils avaient déjà fait de leur mieux, il fallait que cela suffise.

Parce que les choses sérieuses n'allaient pas tarder à commencer.


Et voilà! J'espère que ce chapitre vous aura plu! On commence à en apprendre plus sur les différents personnages, et la mission risque d'être hélas un peu compliquée par les relations entre certains d'entre eux! L'action arrive non pas dans le prochain chapitre mais dans le suivant, et croyez-moi, ça va les changer de ces petits entrainements!

Je tenais encore à vous remercier pour votre soutien!

A bientôt pour la suite! :D