Dobby prit une grande inspiration, en plein milieu du Chemin de Traverse. Le matin-même, il avait reçu une lettre de Dumbledore, qui lui demandait s'il voulait bien rejoindre Poudlard et y travailler. Evidemment, cette perspective réjouissait l'elfe, car il adorait cet endroit paisible qu'était le château. Il avait déjà eu la chance de le visiter à plusieurs reprises, mais toujours en étant esclave des Malefoy. Cette fois-ci, c'était libre qu'il y entrerait. Il avait des droits et comptait bien les appliquer.
Donc, c'était sans hésitation qu'il avait répondu un grand oui à la demande du directeur de Poudlard. Mais, maintenant, alors qu'il devait quitter son "lieu d'habitation" où il avait passé un bon moment, il se sentait presque découragé.
Il n'avait pas envie de quitter ses habitudes. De regarder les enfants acheter leurs baguettes et leurs plumes, le matin, ou les vieilles dames qui sirotaient un thé en discutant. Il aimait observer les gens, et surtout les sorciers.
Il reprit de l'assurance dans ses pensées : quel était le meilleur endroit au monde où il pourrait contempler des sorciers à longueurs de journées ? A Poudlard, bien sûr !
Dobby saisit alors sa petite valise violette, remplie de petits pulls à sa taille confectionnés par Miss Granger, et se prépara à transplaner. Il eut juste le temps d'apercevoir les pavés sous ses pieds et de percevoir le bruit ambiant des rues avant d'être aspiré par un tourbillon de couleurs. Pendant une petite seconde, il ne fit que remuer dans tous les sens, puis, il tomba sur le sol.
Il reconnut le chemin des diligences, encore vide. Dumbledore lui avait dit 17H et après avoir consulté sa montre, il remarqua qu'il était en avance de quelques minutes.
Dobby arrivait à Poudlard en plein milieu de l'année. Les vacances de Noël étaient déjà passées et les élèves avaient déjà repris le cours scolaire depuis quelques semaines déjà. Aussi, un parterre fin de neige était solidement accrochée au sol, qu'il contempla avec stupeur. L'elfe de maison avait rarement vu de la neige, excepté quand il devait soigner les plantes dans le jardin enneigé. Il n'avait jamais fait attention à la blancheur de cette dernière et se surprit à l'adorer.
Quand il releva finalement sa grosse tête, il sursauta vivement quand une créature lui apparut juste devant ses yeux. Il lâcha un petit couinement apeuré et tomba à la renverse, faisant tomber sa petite mallette dans le tas de neige.
Puis, il se souvient qu'il s'agissait des Sombrals. Dobby avait eu la chance de pouvoir les découvrir par les dires des Malefoy quand ils en parlaient dans un repas. Lucius avait expliqué à son fils qu'on pouvait voir un Sombral que quand on avait déjà vu la mort de nos propres yeux.
Dobby n'avait jamais vu la mort, mais il pensa qu'il pouvait voir les fameux cheveux squelettiques car c'était un elfe de maison. Il se rappela de le demander à Dumbledore une fois arrivé au château.
Après s'être relevé avec difficulté, enlevé les quelques flocons sur ses grandes oreilles et ramassé sa valise, trempée, Dobby grimpa les quelques marches et entra dans la Diligence.
Il passa le reste du voyage, assis sur une des banquettes rouges, à fixer le paysage embrumé au dehors. Il ne cessait de se dire qu'Harry Potter s'était déjà assis ici, et peut-être même avait-il déjà regardé le paysage, comme lui. Ou alors, il parlait avec ses amis, sur le chemin.
Dobby aussi aurait aimé avoir des amis avec qui parler.
Puis, plus vite qu'il ne l'aurait pensé, les Sombrals s'arrêtèrent et firent dégringoler Dobby de son siège. Ce dernier se frotta la tête, saisit sa mallette et sortit.
Avec bonheur, il reconnut la silhouette de l'immense château magique. La nuit était déjà tombée, aussi, aucun élève n'était encore présent dans les jardins.
Soudain, Dumbledore transplana à côté de lui, le faisant une fois de plus sursauter.
"Oh, je te prie de m'excuser." dit le vieil homme en plus posant une main sur son épaule frêle.
Dobby hocha la tête, un peu intimidé par l'homme devant lui. De sa taille, Dumbledore était très imposant et dégageait une aura protectrice qui le mettait mal à l'aise. Mais ses doutes furent balayés quand le directeur étira son visage ridé d'un sourire amical.
"Bienvenue dans ta nouvelle maison, Dobby."
"Merci, Monsieur. Dobby est très heureux d'être à Poudlard." répondit-il malgré les battements frénétiques de son petit coeur contre sa poitrine.
"Tu m'en vois ravi. J'espère que tes nouveaux compagnons te plairont, Dobby. Ils sont à la cuisine pour le moment, en train de préparer le repas de ce soir. Si tu veux bien, tu n'auras qu'à déposer tes affaires dans ta chambre, et tu pourras aller visiter les cuisines après."
Dobby hocha la tête, heureux à la perspective de rencontrer de nouveaux elfes de maison.
"J'aimerai te présenter Mitty." dit Dumbledore en montrant derrière lui d'un geste de son bras. "Elle te fera visiter le château."
Il remarqua alors un petit elfe, femelle, derrière le directeur. Elle tremblait, sûrement à cause de son torchon en guise de vêtements dans cette brise hivernale, et semblait très perturbée. Dobby la trouva très belle.
"Bonjour, Mitty." salua Dobby d'un ton courtois.
La petite elfe sursauta et fit une révérence, peut-être à cause des vêtements de Dobby, qui montrait qu'il était libéré de son sort.
"J'espère que tout va te convenir, Dobby. Harry Potter sera ravi de te voir encore une fois."
A l'entente de ce nom, le coeur de l'elfe rata un battement et il écarquilla davantage ses grands yeux bleus.
"Il est là, monsieur ? Je pourrai le voir, avec Miss Granger et Mr. Weasley ?"
"C'est une surprise. Ils ne savent pas que tu es ici, surtout en elfe libre. Tu es le premier."
Dobby gonfla sa poitrine de fierté et Mitty lui jeta un regard dégoûté.
"A ce propos, tu seras payé. 10 mornilles par mois te conviennent ?"
Dobby assura d'un mouvement bref de la tête que c'était bien, tandis que Mitty écarquillait à son tour ses yeux.
"Bien. Je crois que tout est réglé. Mitty, tu viens t'accrocher à moi pour que l'on rentre au château ?"
L'elfe obéit sans un mot et attrapa, pas très rassurée, un pan de la cape du vieil homme. Dobby fit de même de l'autre côté et le trio s'évapora dans la nuit.
Ils atterrirent dans les cuisines du château. Dobby l'avait compris en sentant la délicieuse odeur de chair à saucisse.
Il remarqua également que Dumbledore avait disparu, mais il n'y fit pas attention : des centaines de petits yeux étaient fixés sur lui.
Mitty courut presque jusqu'à sa place, derrière une grande casserole fumante. Il s'éclaircit la gorge et annonça à tout le monde :
"Bonsoir ! Je suis Dobby. Je viens à Poudlard pour vous donner un coup de main."
"Ce sont des vêtements, que tu as là ?" demanda un autre elfe à la peau un peu plus bronzée.
"Oui. Je suis un elfe libre !"
Pour appuyer ses propos, il mit ses poings sur ses hanches et attendit les remarques cinglantes. A la place, tous les elfes se dirigèrent vers lui avec un grand sourire.
Dobby passa le reste de sa soirée à raconter son histoire. Son asservissement aux Malefoy, que la plupart des elfes connaissaient, puis, sa rencontre avec Harry Potter. A ce moment-là, tout le monde l'applaudit. Puis, enfin, sa vie dans le Chemin de Traverse, et la lettre de Dumbledore.
Il finit au moment où des centaines de pas résonnèrent au dessus d'eux. Il sursauta, mais comprit que c'était le début du festin quand les elfes se rejoignèrent d'un même mouvement. Sans un mot, ils envoyèrent des assiettes d'or de tous les côtés. Des petits panneaux indiquaient les Maisons, les plats, les allergies…
Mitty dirigeaient le tout par de grands gestes qui indiquaient aux autres ce qu'il fallait faire. Au bout d'une vingtaine de minutes, des assiettes en or sales apparurent et un elfe, doté d'un torchon sale, claquait des mains, et aussitôt, les couverts redevenaient brillants
Dobby regardait ce manège avec un émerveillement non feint. L'organisation des elfes était tout bonnement impressionnante.
Le service se finit, trop rapidement à son goût, quand le dernier morceau de tarte au chocolat fut nettoyée. Tous les elfes soupirèrent alors en choeur. Certains, après avoir dit bonne nuit à Dobby, s'en allèrent vers des centaines de grands tiroirs qui leur servaient de chambre.
Un des elfes tendit un thé vert à Dobby qu'il prit entre ses doigts fins. Un autre préparait d'autres desserts pour les élèves qui auraient un petit creux, puis, d'autres, rapportaient des bouillottes pour les placer dans les lits.
Dobby se rendit compte alors que c'était eux, ses amis. Il allait passer le reste de ses journées faire ce travail passionnant, et discuteraient avec des elfes, et peut-être même des élèves.
Et il sourit de toutes ses dents.
