Chapitre 4 : Elle est pas seule sur terre – Narcissa Malfoy

Toute son enfance, Narcissa avait vécu dans l'ombre de ses deux sœurs.

Bellatrix était ténébreuse, caractérielle, exigeante. Elle était la première née, leur père aurait tant voulu avoir un garçon que cela avait sans doute influencé son caractère. Elle était perfide, manipulatrice, et extrêmement douée. Narcissa se souvenait encore des Optimaux qu'elle avait toujours à Poudlard, surtout en sortilèges, matière dans laquelle elle excellait. Elle était incroyablement douée, et elle nourrissait de sombres desseins, elle voulait s'élever dans les plus hautes sphères, être reconnue pour son talent. Parfois, elle faisait peur à la petite fille que Narcissa était alors.

Andromeda était totalement différente. Elle était très intelligente également, elle avait même été à la maison Serdaigle, un choc pour le reste de sa famille. Elle n'était pas aussi noire qu'eux. Elle n'était pas aussi manipulatrice qu'eux. Les études, les livres et les enseignements de Poudlard l'intéressaient bien plus. Sans compter qu'elle ne partageait pas du tout leur vision du monde, elle ne pensait absolument pas que les sang-purs étaient supérieurs aux autres sorciers. Son mariage avec un né-moldu avait signé sa trahison, et Narcissa ne l'avait plus jamais revue.

Elle, elle n'était que la petite dernière. Celle dont on n'avait pas vraiment voulu, d'autant qu'elle n'était pas non plus un garçon. Elle était l'accident, qu'on n'avait pas pu éviter. Elle était le vilain petit canard. Avec son visage de poupée et son émotivité, elle avait été malmenée dans cette maison où on ne jurait que par la force d'esprit. Elle avait dû apprendre à se forger une carapace, à être moins naïve. Elle avait dû courber l'échine sous les coups de son père, apprendre à se méfier de sa sœur qui ne cherchait qu'une occasion pour qu'elle soit punie. Elle avait dû prouver qu'elle avait sa place dans cette famille impitoyable.

Quand elle était allée à Poudlard, elle avait vécu dans l'ombre de sa sœur. Tout le monde la connaissait. Il était même impossible de ne pas la connaître. Quand elle posait son regard sur soi, on priait pour qu'elle n'ait pas de mauvais coup derrière la tête, qu'on ne soit pas sa prochaine cible. Narcissa avait vécu en étant sans cesse comparée à elle. Avec la honte de ne pas être comme elle, et la peur d'être prise à son tour pour cible. Elle n'était pas sûre que sa sœur l'épargne à cause de leurs liens du sang.

Elle n'avait jamais pu exprimer sa vraie personnalité. Elle avait seulement pu essayer de rester digne, de faire honneur à son nom, à la famille qu'elle représentait. Elle avait essayé de se faire le plus discrète possible tout en récoltant de bonnes notes et des compliments de la part des garçons. Bellatrix disait que tout ça n'était que futilité, et qu'elle se comportait comme une chienne à tous les aguicher et à se maquiller pour eux.

Ça n'était pas vrai. Elle cherchait simplement à se faire remarquer. A faire un beau mariage. Pour être une femme respectable. Conserver son rang élevé dans la hiérarchie sociale. Elle n'était pas idiote, elle savait bien qu'elle n'aurait pas le choix de son époux, ses parents avaient déjà reçu plusieurs propositions, son jeune âge ne la sauverait pas toujours. Elle n'avait qu'un seul avantage par rapport à ses sœurs : sa beauté. Il fallait bien qu'elle l'utilise à bon escient, et au maximum.

Elle allait mettre le grappin sur un homme riche, un homme qui la couvrirait de cadeaux et d'argent. Avec lequel elle ne serait jamais dans le besoin. Elle lui ferait un enfant si ça pouvait lui faire plaisir, pour assurer sa descendance, s'il tenait tant que ça à profiter de son corps, ce dont elle ne doutait pas vraiment, et elle vivrait tranquillement dans son manoir. Du moins, c'était ses objectifs de l'époque.

Quand elle était encore jeune, encore pure, encore innocente. A l'époque, elle pensait que c'était tout ce qui lui apporterait du bonheur, un enfant dont s'occuper, un manoir, la richesse. Un mari peu présent, occupé par ses affaires. A l'époque, elle n'avait vécu qu'une amourette avec un Serdaigle que sa sœur avait horriblement puni pour avoir approché une sang-pur de Serpentard. Elle s'en était mordu les doigts pendant des jours et n'avait plus jamais osé le regarder en face. Elle avait finalement épousé Lucius Malfoy peu de temps après sa sortie de Poudlard.

A présent que c'était chose faite, à présent qu'elle avait réalisé tout ce qu'elle voulait, elle n'était pas sûre que ce fût le meilleur choix. Elle était seule, terriblement seule. Elle qui avait toujours été dans l'ombre de ses sœurs, elle était à présent dans l'ombre de son mari. Un mari capricieux, colérique, qui n'éprouvait aucun sentiment pour elle.

Elle n'était qu'un bibelot parmi tant d'autres dans sa maison aux allures de musée. Elle n'était qu'un objet qu'il pouvait prendre à sa guise, quand il en avait envie, de la façon dont il voulait, s'arrogeant tout le plaisir de l'acte sans jamais lui en procurer. Elle servait de faire-valoir, dans les grandes réceptions auxquelles il ne l'emmenait que par obligation. Elle était la potiche, l'alibi. Elle était celle qui élevait comme elle le pouvait son héritier, pour en faire un homme aussi froid, dur et implacable que son père.

Toute sa vie, on l'avait manipulée. Toute sa vie, on l'avait utilisée, comme bon semblait à la personne qui prenait son contrôle. Elle était passée des mains de ses parents à celles de sa sœur puis de son époux. Elle n'avait jamais eu son mot à dire. Elle n'était pourtant même pas sûre d'avoir le droit de porter le titre de victime.

Elle n'avait jamais été une brave, jamais été une battante. Elle ne s'était jamais défendue. Elle n'avait jamais protesté. Elle n'avait jamais osé. Elle n'avait pas la force de caractère des gens autour d'elle, et ils l'avaient bien compris. Elle était en partie au moins responsable de sa solitude, dans cette maison qu'elle finissait par haïr malgré le peu d'humanité qu'elle avait essayé de lui donner.

Aujourd'hui, elle en avait marre d'être seule. Elle en avait marre de suivre les directives de son époux qui les menait à la faillite et à la décadence. Elle n'avait jamais porté la marque des ténèbres, elle n'avait jamais voulu s'associer à ce mage noir complètement fou que sa sœur adorait et que son pleutre de mari craignait.

Si elle n'était pas courageuse, il l'était sans doute moins encore. Il n'avait jamais osé s'élever face à celui qu'il appelait son Maître. Il l'avait laissé les traîner dans la boue. Piller leurs biens, investir leur propre demeure. Il l'avait laissé prendre leur enfant, leur fils unique, son petit garçon, pour en faire l'un de ses disciples et menacer de le tuer s'il n'accomplissait pas ce à quoi il était destiné. Et ça, Narcissa ne pouvait le supporter.

Draco était tout ce qui lui restait, tout ce à quoi elle s'était accrochée toutes ces années. Il était sa seule fierté, sa bonne action, la meilleure chose qui soit arrivée dans sa vie. Elle ne voulait pas que son fils meurt. Elle ne voulait pas qu'il suive le même chemin que son père, qu'il tombe dans la même déchéance, dans la même lâcheté. Elle voulait qu'il puisse repartir à zéro, un jour, dans un monde meilleur. Et par-dessus tout, elle voulait qu'il vive.

Il était quelque part, dans ce château. Il risquait sa vie pour des gens qui se fichaient totalement qu'un gamin se sacrifie pour eux. Il risquait sa vie pour un bourrage de crâne qui ne menait à rien. Il risquait sa vie pour une cause qu'il ne comprenait pas, à laquelle sa génération n'aurait jamais dû être associée. Ces combats n'étaient pas de son époque, ils étaient de la sienne, ils étaient si anciens qu'ils ne pouvaient pas se réduire à quelques élucubrations qu'on faisait à un gamin au coin du feu un soir d'hiver, pour avoir un pion de plus.

Lorsqu'elle s'avança, les aiguilles de pin de la Forêt Interdite craquant sous ses chaussures, et qu'elle sentit que le jeune Harry Potter était encore vivant, Narcissa n'hésita pas longtemps. Il savait si son fils était encore en vie. Il saurait l'épargner s'il gagnait, alors que jamais le Seigneur des Ténèbres ne lui pardonnerait ses échecs. Il saurait le sauver si elle lui laissait la vie sauve. Elle saurait défendre son petit garçon devant un tribunal. Potter avait le cœur pur, le cœur bon.

« Il est mort. » Annonça-t-elle sans faillir.

Elle avait fait son choix. Elle n'était pas comme sa sœur. Entre le pouvoir et la vie, elle choisirait toujours la vie. Aussi faible soit-elle. Aussi insignifiante soit-elle. Aussi peureuse soit-elle.


Mes devinettes ne sont pas faciles... trouverez-vous celle-ci ? Le prochain vers est "Elle est pas commode"... Il y en a plusieurs, mais cherchez bien, elle ne fait pas partie des personnages principaux...