Chapitre 4 : Je sais

SS

« Ça suffira pour le moment. J'ai mal aux bras, nous continuerons demain. » décide-t-elle, en me relâchant.

Je ne peux m'empêcher d'être amusé.

« Vous manquez d'endurance, Lovegood. »

« Pourquoi vous ne m'appelez plus 'Luna', comme tout à l'heure ? J'ai bien aimé, ça faisait intime. »

« Luna, savez-vous que votre franchise est déconcertante ? »

« Ah oui ? »

« Oui. »

« Désolée, je dis ce que je pense. C'est plus simple ainsi, non ? »

« Je ne sais pas. En ce qui me concerne, c'est un luxe que je ne peux plus me permettre. »

« Je sais. »

« Que savez-vous au juste ? »

« Je sais que vous êtes épuisé de prétendre tout le temps. C'est pour ça que je vous ai amené ici. »

« Alors la plante, c'était… ? »

« Un leurre, j'ai pensais qu'elle arriverait à vous intriguer suffisamment pour que vous acceptiez de me suivre. »

« Je vois… » que je me suis fait mener par le bout du nez comme un imbécile.

« Je n'avais jamais amené personne ici, vous savez. Mais vous, j'ai senti que je pouvais. »

Cette conversation me met de plus en plus mal à l'aise.

« Pourquoi ? »

« Parce que vous me faites penser à moi, après le décès de ma mère. J'ai l'impression que vous ne voulez plus vivre et que vous attendez que la mort vienne vous chercher. »

Oui.

« Vous faites erreur »

Elle secoue la tête.

« Non. Je sais. »

Elle pose sa main sur mon épaule.

« Vous ne savez rien du tout. » je réponds, en évitant de croiser son regard.

« Vous comptez les jours, n'est-ce pas ? »

« Pas du tout. » je murmure, en baissant davantage la tête.

«Chacun semble durer une éternité. »

« Non. » je m'oblige à articuler.

« Vous vous sentez au bord d'une abysse. »

La vérité de ses propos est telle que les mots de déni se bloquent dans ma gorge. Ma voix semble s'être éteinte, je ne peux que secouer la tête.

« Vous avez envie de sauter le pas mais vous ne pouvez pas. »

« Vous faites erreur, » je murmure d'un ton désespéré.

« Ce n'est pas grave. Tout va s'arranger maintenant. » répond-t-elle, en déposant un baiser sur mon front.

Quand elle me serre dans ses bras, je me laisse aller contre elle, vaincu.

Je suis incapable de bouger, comme stupéfié.

« Ça va s'arranger, ça va aller maintenant. » répète-t-elle inlassablement, en caressant mes cheveux.

Je ne peux que fermer mes yeux envahis de larmes.

XXX

LL

Nous restons ainsi jusqu'à ce que nous endormions dans les bras l'un de l'autre.

Lorsque j'ouvre les yeux, l'aurore est en train de poindre. Mon compagnon de champignon s'éloigne de moi, en évitant de croiser mon regard.

« Merci, j'ai beaucoup apprécié. » dis-je, en lui adressant un sourire.

Il lève les yeux vers moi et hausse un sourcil.

« Beaucoup apprécié quoi, que je trempe votre robe ? »

« Non, d'avoir pu partager tout ça avec quelqu'un. Est-ce que vous voulez revenir demain soir ? »

Il semble hésiter.

« Il n'est pas obligatoire que vous pleuriez sur moi à chaque fois. Nous pouvons faire autre chose si vous préférez. »

Il laisse échapper un ricanement.

« Oui, je crois que je préférerais que nous fassions n'importe quoi d'autre. »

« Ça peut s'arranger. »

« Je suppose que vous aimez le soleil également. » dit-il, en observant les trois soleils se lever.

Je hausse les épaules.

« S'il y a un gros nuage qui cache un des soleils, il y a toujours les deux autres au cas où. »

« Merlin, Luna, est-ce grave si je commence à trouver que ce que vous dites a du sens ? » demande-t-il, sourire en coin.

« Ce que je dis a toujours un sens, Monsieur le Directeur. »

« Monsieur le Directeur ! J'ai passé ma nuit à pleurer sur sa robe et elle m'appelle 'Monsieur le Directeur' ! »

« Ça ne vous plaît pas ? »

« Non, ici et ici exclusivement, j'exige que vous m'appeliez Severus. »

« Je ne peux pas. »

« Pourquoi ?! »

« Parce que j'oublie souvent où je suis. Je risque donc de confondre. »

« Très bien, alors appelez-moi 'Severus' lorsque nous sommes seuls et 'Monsieur le Directeur' quand vous voyez d'autres personnes autour de nous. Et quand je dis 'd'autres personnes' cela n'inclut pas les 'chouravettes' et autres joyeusetés. »

« Chourasquette » je corrige.

« Peu importe, est ce que vous pouvez faire ça ? »

« Oui je crois, Severus. »

« Et si vous vous trompez, cela passera pour de l'arrogance et j'en profiterai pour retirer 200 points à Serdaigle. »

« Vous voyez que vous êtes amusant. » je réplique, en souriant.

XXX

SS

Si quelqu'un m'avait prédit un jour que je pleurerais toutes les larmes de mon corps dans le giron de Luna Lovegood, j'aurais envoyé cette personne à Ste Mangouste et me serait débrouillé pour qu'elle soit internée à vie.

Je ne sais pas comment elle a réussi à accomplir ce prodige. Je n'ai jamais laissé personne m'approcher de si près et encore moins me consoler. J'ai toujours su rester de marbre et garder une distance de sécurité entre le reste du monde et moi. Elle seule, est parvenue à abattre mes barrières.

Me suis-je laissé faire parce que l'histoire de sa vie fait écho avec la mienne ? Ou parce que j'ai senti qu'elle n'allait pas me juger ? Tout le monde attend quelque chose de moi. Sauf elle. Elle, elle a compris que je ne pouvais plus rien donner.

C'est la seule qui a remarqué à quel point j'étais mal. Avec elle, j'ai senti que je pouvais lâcher le poids qui pesait sur mes épaules pendant quelques heures.

Je devrais être horrifié de m'être ainsi dévoilé à quelqu'un, mais je me sens étrangement indifférent. Je semble avoir acquis un étrange ange gardien en la personne de Luna Lovegood.

Luna, au bord de la folie, qui submerge tant bien que mal. Moi, au bord du gouffre, qui continue uniquement par devoir. Nous faisons un curieux tableau.

XXX

Le soir, je la retrouve une fois de plus devant mon bureau.

« Oh bonsoir, Severus. »

« Laissez-moi deviner, vous ne pensiez pas que j'allais revenir ? »

« Non, pas du tout. » dit-elle, en me tendant sa main.

« Je crois bon de vous rappeler que nous ne pouvons toujours pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard. » dis-je, en attrapant sa main.

« Ah non ? »

« Non. » je murmure, en fermant les yeux.

XXX

LL

Je sens qu'il va mieux. Ce n'est sans doute pas suffisant mais c'est un début.

Nous nous retrouvons une fois de plus dans la forêt endormie.

« Luna, est-ce que vous avez la possibilité de créer quelque chose à partir de rien, simplement à la demande ? » demande-t-il.

Je hausse les épaules.

« Je peux essayer. Que voulez-vous que je fasse ? »

« Peu importe. »

Je ferme les yeux et repense, tout à coup, au 'merci' de la lettre de Severus. Lorsque je rouvre les yeux, j'aperçois une petite créature jaune et poilue qui nous regarde avec de grands yeux émerveillés et un petit sourire.

« Qu'est-ce que c'est sensé être au juste ? »

« C'est un 'merci'. »

Severus hausse un sourcil. J'éclate de rire.

« Vous savez que vous utilisez vos sourcils constamment ! »

« Ah oui ? »

« Oui, c'est très divertissant. »

« Si vous le dites… »

« Severus, est-ce que vous aimez voler dans les airs ? »

« Je me débrouille tolérablement bien sur un balai. » répond-t-il, en haussant les épaules.

Je secoue la tête.

« Ce n'est pas ce que je vous ai demandé… Vous savez, quand j'étais enfant je rêvais souvent que je pouvais voler. Vous n'avez jamais fait ce genre de rêve ? »

« Non, je ne crois pas avoir jamais fait le moindre rêve. »

« Dans ce cas, prenez ma main. »

« Ça devient une manie. » proteste-t-il en s'exécutant.

Je ferme les yeux et m'imagine volant dans les airs avec Severus à mes côtés. Je ris lorsque je sens mes pieds se décoller du sol et jette un regard à l'homme à l'autre bout de ma main. Celui-ci affiche une expression de stupéfaction que je ne lui avais jamais vu auparavant.

Nous nous élevons dans les airs et dépassons la cime des arbres. Lorsque nous passons à travers les nuages, Severus serre ma main.

« Tout va bien, je suppose que nous allons nous arrêter quand nous serons à la bonne altitude. » dis-je, en lui adressant un sourire.

« Vous 'supposez', voilà qui est rassurant. »

Lorsque nous arrivons au-dessus des nuages nous nous arrêtons doucement.

« Vous voyez. Je crois que vous pouvez lâcher ma main maintenant. »

« Pas question ! » s'exclame-t-il, en serrant ma main de plus belle.

« Vous n'allez pas tomber. »

« Qu'est-ce que vous en savez ? »

« Je le sens. »

« J'espère que vous aurez au moins la décence de venir me rattraper avant que je m'écrase sur le sol. »

« Vous n'allez pas tomber. »

Celui-ci ferme les yeux et lâche ma main. Il n'est pas descendu d'un millimètre.

« Vous voyez ! »

« Et maintenant ? » demande-t-il, réticent.

« Maintenant, on essaie de voler. »

« Comment ? »

« Je ne sais pas, essayez quelque chose et si ça ne marche pas, essayez autre chose. » dis-je, en haussant les épaules.

« Vous êtes extraordinaire, Luna, vos explications sont extrêmement précises, une grande carrière d'instructrice de vol vous attend. »

« Vous croyez ? »

« Non. » soupire-t-il. « Parfois, je dis des choses et je pense le contraire. C'est une forme d'humour qui s'appelle de l'ironie. »

« Ah bon, c'est étrange. »

« Devons-nous voler comme superman ou battre des bras comme les oiseaux ? » soupire-t-il.

« Je ne sais pas qui est ce superman et encore moins comment il vole. Mais je pense qu'il faut juste que vous pensiez à ce que vous voulez faire. »

'Je veux voler en cercle autour de Severus'

« Vous voyez, c'est facile. ».

Il semble hésitant.

« Prenez ma main. »

Il s'exécute.

« Où voulez-vous aller ? » je demande.

« Par là. » dit-il, en pointant son doigt.

Nous planons aussitôt dans cette direction.

« Je crois que j'ai compris. » murmure-t-il, avec un petit sourire. « Pouvons-nous allez plus vite ? »

Nous accélérons.

« Encore. » murmure-t-il.

Nous prenons de plus en plus de vitesse

XXX

« Alors, Severus, est-ce que vous aimez voler dans les airs ? »

« Oui, oui, je crois que j'adore ça. »