NdA : J'ai enfin fini ce chapitre 3 qui dormait depuis si longtemps ! Encore désolée pour le délai. J'espère updater plus rapidement la prochaine fois (je pars en vacances la semaine prochaine, ne vous affolez pas s'il faut attendre un peu, ce ne sera pas quatre mois cette fois, promis !).

Je me suis aussi rendue compte en refaisant un tour sur l'Encyclopédie Harry Potter qu'il n'était pas sûr que Rodolphus ait été à Poudlard en même temps que Bellatrix…j'ai toujours pensé qu'ils devaient être du même âge du fait qu'ils étaient mariés mais ce n'est pas forcément le cas…désolée pour ce hiatus temporel, mais j'ai besoin de Rodolphus ! Autre "erreur": Salem ne reçoit apparemment que des sorcières mais je n'ai pas de nom pour une académie d'hommes et finalement c'était aussi une solution de facilité.

Bonne lecture et merci pour votre patience !

Chapitre 3 : un prédateur naturel

Quand Harry s'éveilla le lendemain matin, il comprit immédiatement que rien de tout cela n'avait été un rêve. Il mit ses lunettes sur son nez et se dirigea à tâtons jusqu'à la salle de bains. Les autres garçons de son dortoir dormaient encore. Après s'être lavé et habillé, il rejoignit la Grande Salle. Il était 6h30, ce qui lui assurait un calme relatif pendant encore une demi-heure au moins. En tout cas, c'était ce qu'il pensait. La table des Serpentards n'était pas déserte. Il envisagea un moment de faire demi-tour mais il comprit qu'il ne pourrait pas l'éviter éternellement.

-Black.

Elle leva la tête vers lui.

-Prott.

Bonne approche, Harry ! La journée commence bien. Il s'assit.

-Je pensais être seul.

Retour du sourire moqueur.

-Tu pensais mal, Prott. Je suis toujours debout à 6h et j'arrive ici aux alentours de 6h30.

-Et ? Tu parles aux araignées en attendant le petit-déjeuner ?

-Aucun intérêt. Tu as des passe-temps très originaux, Prott, bien qu'ineptes.

Harry était mal à l'aise. Qu'elle fût Bellatrix lui importait peu à présent. Il avait toujours en tête ses mots de la veille et il ne pouvait s'empêcher de penser que les moindres indications sur son temps pouvaient conduire à une catastrophe. Elle pourrait tenter de neutraliser ses parents avant même sa naissance. Il la fixa et elle lui rendit son regard. Elle n'essayait pas de lire ses pensées, elle voulait juste le déstabiliser. Il devait reconnaître que ses yeux étaient déconcertants : il n'arrivait pas à comprendre ce qu'elle pensait et cela accentuait son malaise. Au moment où il sentit qu'il allait devoir détourner le regard, il entendit le bruit d'autres élèves qui arrivaient et cela lui fournit l'excuse dont il avait besoin pour reporter ses yeux sur un autre point de la pièce que les orbes noires de Bellatrix. Il ne savait si son soulagement était visible mais quand sa tête reprit sa position initiale, il ne put que constater que le sourire moqueur s'était accentué.

-Tu as bien résisté Prott. J'aurais parié que tu ne tiendrais pas si longtemps. Tu peux les remercier.

-Salut, Bella !

-Hey, Rodolphus.

Lestrange n'adressa pas la moindre salutation à Harry qui ne parla pas davantage.

-Je crois qu'il ne t'aime pas beaucoup, commenta Bellatrix très sérieusement. Remarque, on peut le comprendre. Tu n'as pas non plus cherché à faire connaissance. Et en plus, le monsieur m'aime beaucoup.

-Ca, je ne vois pas ce que ça a affaire avec moi. Tu ne me connais pas. Moi non plus d'ailleurs.

Bellatrix resta silencieuse un instant et face à ce regard indéchiffrable, Harry souhaita de nouveau être ailleurs.

-Tu n'as pas tort, Prott. Mais Rodolphus est surtout vexé que je l'aie délaissé pour toi. Nous avons les mêmes idées, nos familles se connaissent depuis toujours, tu imagines la suite. Il manque la robe rigoureuse et bienvenue dans le dix-neuvième siècle victorien si ça dit quelque chose à un américain.

-Ca t'irait bien, Black. Physiquement en tout cas, parce que verbalement tu es trop émancipée.

-Oui, et plus que toi, ce qui serait sûrement un problème. Surtout que tu ne porterais pas spécialement bien la robe malgré ta tenue de sorcier. No offense.

-None taken. Je ne me suis jamais senti très féminine. Ce dialogue devient stupide.

-Je ne te savais pas capable d'autant de lucidité, Prott. Cela force l'admiration.

A la fin du petit déjeuner, Harry suivit Bellatrix vers le cours de métamorphose. Par habitude, il faillit s'asseoir aux côtés des Gryffondor.

- Ta place est ici, Prott.

- Hmmm ? Oui, oui. Euh…je ne prends pas la place de Rodolphus en m'asseyant à côté de toi ?

- Ca, c'est mon problème…rétorqua Bellatrix avec une moue renfrognée.

- Pas uniquement, Black. Tu oublies qu'il ne dort pas très loin de moi. J'aimerais me réveiller en vie : je ne suis pas sûre que le rôle de fantôme me siée particulièrement.

- Non, tu ne prends pas sa place, soupira Bellatrix.

- Un peu de silence jeunes gens ! Ainsi que vous vous en êtes rendu compte au banquet hier soir, nous accueillons parmi nous un nouvel élève, Henry Prott, qui nous vient directement des Etats-Unis. Espérons que son éducation a été profitable. M. Prott ?

- Monsieur ?

- Nous travaillons actuellement sur les portoloins. Par quel sort obtenez-vous un Portoloin M. Prott ?

- Euh, Portus, monsieur ?

- En effet. Voudriez-vous nous montrer et transformer cette botte en Portoloin pour…disons la Grande Salle ?

Harry grimaça, il connaissait la théorie, Hermione lui avait fait étudier tout cela mais il n'avait jamais tenté de créer un vrai Portoloin.

- Euh…je ne pense pas que…

- Essayez donc.

Harry hocha la tête en soupirant. Il pointa sa baguette sur la botte et lança « Portus ! ». Rien ne se passa.

- Bien, M. Prott. Qu'est-il censé se passer, Mlle Black ?

- La botte devrait briller en bleu pour indiquer que le sort a fonctionné.

- A votre tour.

- Portus !

Un halo bleu entoura la botte brièvement. Bellatrix adressa un sourire triomphal à Harry. William Pearce se tourna vers la classe et encouragea les élèves à essayer chacun leur tour le sort seul puis sur les bottes que le professeur de métamorphose leur avait fournies. Harry se détendit un moment, regardant autour de lui. Il fut rassuré de constater que très peu d'élèves parvenaient à transformer leur botte en Portoloin; Bellatrix était particulièrement douée. La botte de Rodolphus avait pris feu et Harry dut se mordre la lèvre pour ne rire : au moins son incompétence partielle à lui était-elle inoffensive. Tout en se concentrant distraitement sur l'objet devant lui, il réfléchit à sa situation. C'était une chose de pouvoir s'adapter au mieux à l'époque mais il ne fallait pas pour autant oublier qu'il devait rentrer chez lui le plus tôt possible. Avec le retourneur de temps, on pouvait réapparaître tout de suite après l'heure à laquelle on était parti…c'était ça qu'il lui fallait : mettre au point une potion, un sort, un objet, n'importe quoi qui lui permît de revenir à son époque quelques secondes ou minutes après l'avoir quittée. Ainsi, il pourrait reprendre son entraînement et partir à la recherche des Horcruxes. Harry soupira. Tout cela était bien facile à envisager mais la réalisation, en revanche…

- Le soupir ne fait pas partie des améliorateurs de sort, Prott.

Il lui lança un regard noir.

- Méfie-toi, Black, à te voir me parler sans cesse, ton soupirant pourrait perdre patience.

Ce fut au tour de Bellatrix de plisser les yeux. Manifestement, Rodolphus était un sujet sensible. Ce n'était pas son problème; Harry retourna à ses réflexions. Pouvait-il aller voir Dumbledore et lui demander de l'aide ? Dumbledore aiderait n'importe qui mais il ne voulait pas savoir de quelle époque Harry venait et Harry se doutait bien qu'une potion de bond dans le temps n'avait pas les mêmes ingrédients qu'une potion de retour dans le temps. Apercevant son professeur du coin de l'œil, Harry leva sa baguette et articula un « Portus » dans sa tête. Contre toute attente, la botte s'illumina sous son sort non-verbal mais cette réussite n'eut pas l'effet attendu.

- Qu'avez-vous fait ? demanda son enseignant. Harry sursauta : Bellatrix le regardait, sourcils haussés et tous les autres élèves tournaient leurs regards vers lui.

- Rien monsieur.

- Tu as bougé ta baguette, fit remarquer Bellatrix.

- Oui, j'ai lancé la formule. N'est-ce pas ce que nous étions censés faire ?

- Vous avez effectué un sort non-verbal, murmura l'enseignant. J'accorde 10 points à Serpentard pour cette prouesse, M. Prott. Votre éducation a apparemment été profitable. Veuillez noter les instructions qui apparaissent au tableau, ce sont vos devoirs pour le cours suivant.

Alors qu'ils notaient, Harry put se rendre compte que Bellatrix le regardait toujours. Lorsque M. Pearce déclara la fin du cours, elle commenta :

- Occlumencie…sorts non-verbaux, je me demande ce que tu nous réserves d'autre, Prott.

- Vous n'apprenez pas les sorts non-verbaux en 6ème année ? demanda Harry avec une vraie surprise.

- Non. Pas avant le milieu de la 7ème année. Bien sûr, certains d'entre nous sont initiés plus tôt mais ils évitent de le montrer.

- C'est différent à Salem, tenta Harry pour couper court.

Il se souviendrait de cet épisode – une preuve supplémentaire, s'il en fallait, que le niveau ne diminuait pas avec les années, contrairement à la litanie de leurs professeurs. Il n'était pas sûr que l'excuse « Salem » fonctionnât à tous les coups, cependant. A son époque, il n'avait jamais rencontré d'étudiants de Salem et les seuls étrangers auxquels il avait eu affaire étaient ceux du tournoi. Il se rappelait avoir été impressionné par les différences entre les écoles et les élèves. Peut-être ces différences se retrouvaient-elles vraiment entre Salem et Poudlard. Et puis, se disait-il, en étant supposément issu d'une famille de sang pur américaine, on pouvait s'attendre à ce qu'il maîtrisât plus de choses qu'il n'en avait apprises en cours. Il n'y avait que Bellatrix pour s'inquiéter de ce genre de détails. Elle en faisait d'ailleurs une bonne note supplémentaire sur son dossier de futur mangemort potentiel.

- Hey, Black ? Tu pourrais me dire où est la bibliothèque ?

- Tu plaisantes, j'espère ? Nous avons une heure de temps libre avant le déjeuner, tu maîtrises déjà des éléments de 7ème année avancée et tu veux aller réviser ?

- Je me rends compte que je maîtrise mal vos programmes, j'aimerais en apprendre davantage, mentit Harry rapidement.

- Ca, je peux t'aider.

- Oui mais tu as certainement mieux à faire, je ne voudrais pas…

- Oublie, tu n'as pas appris à mentir pendant la nuit, Harry. Tu montes au 4ème, tu continues le couloir et tu tournes à gauche, tu ne pourras pas manquer la bibliothèque.

Et elle tourna les talons pour rejoindre les salles communes, laissant Harry à sa perplexité. Il secoua la tête, renonçant momentanément à comprendre pourquoi elle avait eu l'air vexée et il se rendit à la bibliothèque. Celle-ci n'avait pas beaucoup changé en trente ans. Sa première intuition fut la bonne : la réserve existait déjà en 1968. Il lui faudrait obtenir une autorisation pour retrouver le livre qui l'avait projeté en cette époque. Peut-être l'objet qu'il avait touché n'avait-il rien à voir avec le livre dont il était tombé mais pour en avoir le cœur net, Harry devrait avoir accès à ce livre.

- Bella ! Que c'est gentil à toi de te joindre à nous, ironisa Sullivan Parker. Sullivan était un élève de 7ème année que de nombreuses filles auraient qualifié de beau : des cheveux châtain clair lui tombaient sur les yeux, qu'il avait verts, il était grand et mince, ce qui le rendait particulièrement efficace à son poste de batteur dans l'équipe de Quidditch. Bellatrix le méprisait. Certes, elle méprisait la plupart d'entre eux mais Sullivan n'avait rien d'autre que son physique à offrir et cela ne suffisait pas à Bellatrix. Le Quidditch…une manière artificielle de canaliser les énergies et d'inciter les élèves à une forme d'esprit d'équipe. Elle était censée se rendre aux matches et agiter un drapeau comme si la victoire ou la défaite sur un terrain de jeux avaient une quelconque importance. L'école était un cadre qui ne durait qu'un temps : c'était la suite qui importait. Et par la suite, les qualités sportives de Sullivan n'auraient aucun intérêt. Elle l'ignora donc, comme à son habitude et s'assit bien droit dans un fauteuil près du feu.

- Il a raison, Bella.

- Rodolphus.

- Je dois te parler.

- Je t'écoute.

- Seule.

Bellatrix ne répondit pas, elle savait ce que Rodolphus avait à lui dire et elle refusait de l'entendre. Mais son futur époux ne l'entendait pas de cette oreille et il se plaça devant elle, la dominant de toute sa taille. Evidemment, se dit Bellatrix avec amertume. Nous y voilà.

- Viens avec moi, siffla-t-il.

Elle se leva lentement, trop lentement au goût de Rodolphus qui la saisit brutalement par le bras et l'entraîna dans son dortoir. Il claqua la porte et se retourna vers Bellatrix sans lâcher son bras.

- Lâche-moi, fit-elle froidement.

- Tu n'es pas en position d'exiger quoi que ce soit, Bella. Je sais bien que tu pourrais m'envoyer au tapis d'une seule pensée mais tu connais les conséquences qu'un tel acte aurait, à peine parvenu aux oreilles de ton père.

Le sourire de Rodolphus était l'apanage des lâches : ce rictus carnassier de ceux qui n'ont que la force physique de leur côté.

La force physique et son père. M. Black avait beau être fier de la brillance de sa fille aînée, il ne tolérait aucun manquement à l'honneur – ni à l'idée que les femmes devaient être soumises à leur mari, fût-il futur mari dans le cas de Rodolphus.

- Ton attitude est inadmissible, continua-t-il. Tu ne connais rien de ce type et tu sembles oublier ta place.

- Comment pourrais-je ? ricana Bellatrix. Tu ne manques pas une occasion de me la rappeler. Prott est intéressant à étudier.

- Ca m'est égal. En ce qui te concerne, aucun garçon n'est intéressant à étudier. Ta seule option est de les ignorer, comme tu as ignoré Sully tout à l'heure. Tu peux faire la méprisante mais tes petites joutes verbales avec Prott doivent cesser. Suis-je bien clair ?

Bellatrix dégagea son bras.

- Très clair. Cela ne veut pas dire que je vais t'obéir. Tu n'as pas d'ordres à me donner Rodolphus. Pas encore.

Bellatrix eut le temps de voir la lueur de fureur dans les yeux de Rodolphus avant de sentir la main qui s'était abattue sur son visage. Ce n'était pas non plus la première fois qu'il la frappait. Et un jour, elle aurait sa revanche.

- La prochaine fois, c'est ton père que j'avertis de tes petites manigances, Black.

Il tourna les talons, prêt à quitter le dortoir quand elle l'arrêta.

- Rodolphus. Tu sais que mon avenir est avec toi, à quoi ça te sert, tout ça ? Prott n'est pas une menace, il pourrait au contraire être un allié. Tu as vu ce qu'il a fait aujourd'hui, ce sort non-verbal. La plupart des gosses de cette école ne seront jamais capables de réaliser un Portoloin il peut le faire sans même y penser. Nous avons besoin de recrues comme lui !

- Ce n'est pas à toi d'en décider.

- Ni à toi.

Rodolphus serra le poing avant de se détendre il s'approcha d'elle et porta la main à sa joue, doucement.

- Tu as raison. Bien sûr, tu as raison. Excuse-moi.

Il l'attira à lui et elle se laissa faire, restant passive alors qu'il caressait ses cheveux. C'était dans ces moments-là qu'elle le détestait. Son avenir avec lui était tout tracé : inacceptable, médiocre mais probablement le mieux qu'elle pouvait obtenir selon ses critères. Au moins Rodolpus avait-il un vrai instinct de survie, à défaut d'être excellent en cours.

- Comprends-moi, Bella. Depuis qu'il est arrivé, tu ne me regardes plus, tu ne me parles plus. Tu me manques.

- Je suis désolée. Prott laisse passer beaucoup de choses avec moi, quand tu es là, il se sent acculé. Je pensais juste que c'était le meilleur moyen de l'étudier, d'en apprendre davantage sur ses origines et ses opinions. Mais ça ne change rien. Pour nous.

Rodolphus lui embrassa le front et quitta le dortoir; elle se rendit compte qu'elle tremblait. Oui, il était son avenir depuis des années mais que pouvait-elle espérer d'un tel avenir ? Ce n'était pas Rodolphus qu'elle voulait, c'était une vraie perspective – qu'on lui reconnût les mêmes qualités qu'un homme. Elle se savait meilleure que nombre d'entre eux et ne voulait pas que son sexe fût un obstacle à sa réussite. Epouser Rodolphus pouvait lui garantir une situation sociale privilégiée, la victoire familiale que son père exigeait – et rejoindre Voldemort lui accorderait la carrière qu'elle voulait. Au moment où elle allait redescendre vers la salle commune, la porte s'ouvrit sur Harry. Il marqua un temps d'arrêt.

- J'ai cru voir Rodolphus…un problème ?

- Cela ne te regarde pas, Prott.

Il soupira.

- Ne le prends pas mal, mais tu es vraiment lunatique. A vrai dire, je voulais m'excuser pour tout à l'heure, je ne voulais pas te froisser et je serais ravi que tu m'expliques le fonctionnement de cette école et toutes les choses que je dois savoir pour survivre dans le coin, acheva-t-il en souriant.

Bellatrix le regarda avec circonspection : les excuses spontanées ne faisaient pas partie de son quotidien et étaient plutôt considérées comme une marque de faiblesse dans son entourage. Cependant, Prott lui offrait là son prétexte pour en apprendre davantage à son sujet.

- D'accord. Pas maintenant, cela dit, je dois rejoindre la salle commune.

Il hocha la tête mais l'arrêta à la porte.

- Tu es sûre que tout va bien ?

- De quoi tu parles ?

- Eh bien…euh…tu as une marque sur la joue.

- Des visions, maintenant…de mieux en mieux, Harry. Tu ne vas peut-être pas faire long feu par ici avant de te retrouver à l'hôpital.

Harry ne répondit pas et la laissa quitter le dortoir. Il s'était à l'évidence passé quelque chose avec Rodolphus : sa dernière réplique était bien en-deçà de ce à quoi elle l'avait habitué en vingt-quatre heures. Il avait côtoyé les Dursley suffisamment longtemps pour savoir à quoi ressemblait une marque de coup. Pourtant, il avait du mal à imaginer Bellatrix se laisser maltraiter. Il devait sûrement y avoir une autre explication.

Il ne la rejoignit pas au déjeuner, préférant manger entouré d'inconnus pour réfléchir aux découvertes qu'il avait faites à la bibliothèque. La plupart des livres se contentaient de théories générales, d'avertissements plats et niais sur la nécessité de ne pas jouer avec les voyages dans le temps. Merci pour le conseil, avait pensé Harry avec amertume. Dans le cas où un imprudent se retrouvait tout de même à une autre époque que la sienne, on lui conseillait vivement de ne pas donner d'indications de son époque, de ne pas faire d'anachronismes (ou de pro-chronismes ?) – en clair, de se fondre dans sa nouvelle époque comme s'il y avait toujours appartenu. Manifestement, aucun des rédacteurs n'avait eu à faire cette expérience. Harry avait rapidement compris qu'il n'apprendrait rien des livres accessibles à tous. Il lui fallait accéder à la Réserve. Il lui fallait voir Dumbledore. Il doutait seulement qu'un seul professeur signât une autorisation d'accès à la Réserve à un nouvel élève dont personne n'avait aucune trace en Angleterre ou aux Etats-Unis et Dumbledore avait certainement mieux à faire que lui accorder un rendez-vous.

En cela, cependant, il avait tort : alors qu'il se levait de table, un jeune garçon lui remit un rouleau de parchemin.

« Henry Prott, veuillez me voir immédiatement. Albus Dumbledore. PS : amenez des pastilles de menthe. »

Harry sourit. Non, tout n'était pas différent en 1968.