NA: Bonjour, bonjour ! Nous retrouvons maintenant tous les tributs réunis dans la même pièce, ça risque de faire des remous ! Et en fait... wais, non, j'ai vraiment rien d'autre à dire là-dessus. Merci à tous de vos reviews, c'est ce qui m'encourage à écrire, donc n'arrêtez pas ;)
Dalila : Heeey, merci de ta review ! Nouvelle lectrice \o/ Il n'y aura pas de pdv d'Ainslee, mais le prochain chapitre si ^^ Je crois que c'est le genre de personnage, sois tu adores, sois tu peux pas supporter XD. Perso, j'avais toujours voulu créer une prostituée qui aime sa job, donc... tada ! Bref, voici la suite, en espérant que tu aimes :)
Camille : Merci pour ta review ! :D Je suis contente que tu aimes les changements que j'ai apporté, je n'étais pas sûre de la réaction des lecteurs, parce que bon, je me donne beaucoup de liberté quand même. Mais quand Ljay et moi en avions discuté, on trouvait vraiment que c'était nécessaire de montrer que les Jeux ont évolué, au cours des années. Contente que tu aimes les tributs ! Meridi a cet effet pour tous je crois, XD. Je pense que je la fais un peu trop caricaturale, mais elle va devenir plus humaine éventuellement. J'espère. En tout cas, tes favoris sont pris en note ! Hâte de savoir ce que tu penseras de ce chapitre :)
Clameun : Tant que tu ne fais pas de crise cardiaque ;)
Palmagaron : Contente de te revoir ! :D Et merci de ta review ! C'est vrai que le chapitre 2 était moins excitant, mais c'est toujours comme ça avec les voyages en train, plus durs d'innover quand ils ne font que rouler XD Je suis contente que tu aimes bien Blue, elle peut paraître très naïve et tout, mais je crois que c'est surtout car elle est une optimiste, c'est ce qui lui donne de la force, et c'est pas nécessaire une mauvaise chose. Pour Eli... C'est vrai qu'il y a quelques similarités avec Drew, mais je crois qu'on découvrira assez vite qu'ils sont bien différents sur d'autres points ;) ...Honte à moi, je ne sais pas qui est Claire Underwood o_o Bref, hâte d'avoir de tes nouvelles avec les prochains chapitres ! (wink, wink)
Junette : Merci de ta review 3 Et je regarde pas Doctor Who, c'est pas ma faute ! o_o C'est un générateur de nom qui me l'a proposé, ok ? u_u Normal que tu aies du mal avec les noms, ça viendra... oh, tu devrais les retenir d'ici à ce qu'on ait un vainqueur... je pense... XD Et les lecteurs sont peut-être les horribles gamins du Capitole, mais moi je suis l'horrible Haute-Juge, c'est pas mieux ! XD (et j'adore ça aussi :3)
Eeeet voici la liste des tributs :
D1F: Blue-Beryl Miraejan - 16 ans
D1M: Jaspe Glerish - 13 ans
D2F: Nutmeg Gway - 12
D2M: Wakiza Naoelo - 18 ans
D3F: Meridi Spilen - 16 ans
D3M: Filir Akis - 17 ans
D4F: Cham Oleane - 18 ans
D4M: Kilawin Biric - 16 ans
D5F: Ainslee Chem - 15 ans
D5M: Eli Winthrop - 17 ans
D6F: Andy Oliwese - 17 ans
D6M: Nioh Deral - 15 ans
D7F: Moira Awski - 18 ans
D7M: Anko Harllek - 14 ans
D8F: Thalie Mixenn - 14 ans
D8M: Kox Alhoy - 14 ans
D9F: Ketil Corbi - 13 ans
D9M: Mak Jassian - 18 ans
D10F: Alyen Mounti - 15 ans
D10M: Millot Lodor - 12 ans
D11F: Katinka Sozon - 16 ans
D11M: Jetil Claasen - 16 ans
D12F: Suri Skytt - 14 ans
D12M: Eckstein Fekor - 17 ans
Comme d'hab, le prochain chapitre va sortir dans une semaine :) L'arène approooche ~~ Enjoy et laissez une petite review pour me donner votre avis ! :3
PRÉMICES: LA PREMIÈRE ÉDITION
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"You said don't lie so I made the truth
Seemed like a lie to even you
Control your fear. It's clear
That you do not know where you're going to
Oh, I'm guaranteed to lose my mind
It's dangerous to speak and sigh
You might know what I'm trying to hide"
–Resolution by Matt Corby
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Jetil Claasen, 16 ans, District 11
L'atmosphère est plus que tendue. Certains discutent entre eux à voix basses, mais la plupart s'observent en chiens de faïences. Je n'ai aucune idée de quoi faire. Qu'est-ce que tu dis à des gens que tu es sensé froidement tuer le lendemain ?
La garçon du Cinq, comme l'indique le numéro imprimé sur son tee-shirt, ricane silencieusement à une remarque que fait la fille du Sept. Les deux semblent s'entendre à merveille, à se demander s'ils ne se connaissaient pas avant aujourd'hui.
Mes jambes tressautent nerveusement et je passe une main sur mon crâne, oubliant que j'ai rasé mes cheveux il y a trois jours. Katinka me lance un regard énervé. Je hausse les épaules et tente un timide sourire, vite couvert par mon ventre gargouillant. À ma gauche, la fille du Douze couvre son rire d'une main chétive.
-Désolé, hein. J'ai rien mangé depuis ce matin ! dis-je d'un grommellement.
-Suri non plus, elle a rien mangé. Même pas ce matin, non, non. Coreen elle a dit qu'on n'avait rien. Je te jure, rien de rien ! C'est ça qu'elle a dit !
-Ah…
-Fais pas attention, elle est complètement débile, intervient le garçon au moignon, du Douze lui aussi, en levant les yeux au ciel.
-Pas besoin de le dire comme ça ! le réprimande la fille du Six qui se tient à quelques mètres de nous.
Elle ressemble à un vrai garçon manqué avec ses courts cheveux blonds et ses manières définitivement peu féminines.
-Ouais, pardon. À l'intelligence moindre, rétorque Moignon.
-Espèce de… ! s'exclame-t-elle en s'avançant d'un pas, avant d'être arrêtée par Suri qui s'accroche au bras de son partenaire de district.
-T'as pas le droit de dire du mal d'Eckstein ! Eckstein il est gentil ! Il m'a protégée, j'vous jure, il m'a protégée ! C'est un prince ! C'est ça que je pense, oui, c'est ça que je pense !
-Bravo pour avoir manipulé la pauvre fillette, connard, marmonne Garçon Manqué en s'éloignant.
-J'aurais pas dû l'aider, grogne Eckstein en repoussant Suri avec une grimace. Maintenant elle me lâche plus. Hey, l'idiote, va voir ailleurs si j'y suis, ok ?
La porte d'ascenseur s'ouvre soudain, attirant l'attention de tous. Des adultes se glissent dans la salle commune, traînant derrière eux des charriots remplis de nourriture. Je me lève d'un bond, plus que prêt à manger. Je suis le premier à me servir une fois que les plats sont placés sur la longue table de buffet.
Je remarque à peine les adultes, qui partent aussi silencieusement qu'ils sont venus. On n'entend que les bruits de la nourriture en train d'être mangée alors que presque tous engouffrent leurs assiettes.
La bouche pleine, j'attrape une carafe d'eau pour m'aider à avaler ma trop grosse bouchée. Au même moment, Suri tend la main et je l'accroche accidentellement, l'aspergeant d'eau.
Je prends immédiatement des serviettes en marmonnant des excuses. Tous les yeux se tournent vers nous alors qu'elle éclate en sanglot. Je tente maladroitement de l'essuyer, ma main effleurant ses seins du même coup. Bien malgré moi, mon regard se fixe sur leur généreuse forme.
-Hey, pervers ! Tu la lâches, oui ?! s'interpose Garçon Manqué en me poussant brutalement.
Je m'étale au sol, le souffle coupé. Elle prend Suri dans ses bras, me fusillant du regard avant de l'amener dans l'une des salles de bain. Soupirant, je reste couché au sol quelques secondes, essayant de récupérer. Elle est maigre comme un clou, mais elle manque pas de force !
-Besoin d'aide ? demande une voix masculine au-dessus de moi.
J'ouvre les yeux, rencontrant ceux du garçon du Trois. Il me tend la main, m'aidant à me relever.
-Merci. Je sens que je me suis fait une ennemie…
-Non, vraiment ? répond le garçon, se mordant les lèvres pour s'empêcher de rire.
-Haha, c'est hilarant.
-Un peu. T'as pas de chance aujourd'hui, hein ?
-Est-ce qu'il y a un seul d'entre nous qui a eu de la chance, aujourd'hui ?
-Bon point, concède-t-il amèrement. Espérons que la malchance ne dure pas.
Ouais. Espérons.
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Alyen Mounti, 15 ans, District 10
-Première querelle, on dirait, murmure Millot à mes côtés.
Je hoche la tête nerveusement, les doigts blancs tant je serre mon assiette. Le noir du Onze se relève avec l'aide du garçon du Trois. Je n'en reviens pas. C'est peut-être naïf, mais je ne croyais pas que nous pourrions nous attaquer entre nous. Je pensais… enfin, j'imaginais qu'à moins d'être en danger de mort, aucun d'entre nous ne voudrait user de violence envers les autres.
Elle l'a jeté au sol si facile. Son expression était outragée, presque enragée. Comment peut-elle déjà ressentir autant de haine pour une personne qu'elle vient à peine de rencontrer ?
Et si elle peut le faire, d'autres le peuvent. Ça veut dire… que nous sommes tous en danger. Que je suis en danger. S'il y en a qui jouent le jeu, qui suivent les règles…
Je déglutis, ayant complètement perdu mon appétit. Millot me tapote le bras gentiment. J'ai vraiment l'impression que c'est lui le plus vieux de nous deux, depuis ce matin. Ou en tout cas, il cache bien sa peur. Mieux que moi.
-Et pas la dernière, ricane la fille du Sept à ma droite, réagissant à la remarque de Millot. Si y'a pas d'autres querelles, ça va être dur de se tuer demain.
-Exactement ! s'exclame la fille aux mèches roses du Un en se levant d'un bond.
Tous se tournent vers elle, certains indifférents, d'autres curieux. Elle se met à faire les cent pas dans la pièce, se préoccupant peu de bousculer des gens au passage. Elle semble chercher ses mots.
-C'est quoi ton problème ? Arrête de gigoter et raconte ! grogne le tribut au moignon à la place d'une main qui semble vouloir se mêler de tout.
-Je sais que ça va paraitre fou, mais… On pourrait tous sortir de l'arène en vie !
-Tu veux rire ? se moque la fille aux dents crochues du Trois. C'est pas parce que tu te prends pour une fille du Capitole qu'ils vont t'épargner, tu sais ?
-Hein ? s'interrompt la tribut, ne semblant pas comprendre la remarque. Non, non. Aucun rapport. Écoutez, c'est simple. C'est si simple que j'ai envie de pleurer. Je l'ai réalisé en faisant mon entrevue.
-Dis, merde. On n'a pas toute la nuit ! intervient Wakiza, le seul dont j'ai retenu le nom jusqu'à maintenant.
-Il suffit de ne pas se tuer ! crie-t-elle presque.
-Pardon ? répond une voix masculine derrière moi.
-Mais oui ! Pensez-y. Ils disent que nous devons nous affronter à mort. Mais même s'ils nous mettent un couteau dans la main, c'est pas comme s'ils peuvent porter le coup à notre place. Alors si on refuse tous de se battre, ils ne peuvent rien faire. Éventuellement, ils seront forcés de nous relâcher. Si on ne fait rien, ils seront impuissants !
J'écarquille les yeux, complètement prise par surprise. Est-ce vraiment… possible ?
-Réveilles-toi, idiote, intercède le gamin du Huit. Ils pourraient envoyer… Je sais pas, genre… Des corbeaux pour nous crever les yeux. À moins qu'on ne tue le tribut à notre gauche, tu sais ? Ou… bon, l'exemple est faible, mais je veux dire… Suffit d'une menace qui fait suffisamment peur, et on leur mange dans la main.
-Pas nécessairement ! Quoi qu'ils nous envoient, plutôt que de se battre entre nous parce qu'on a peur de l'affronter, suffit qu'on se batte ensemble contre l'ennemi, contre le Capitole ! S'ils envoient des corbeaux, en reprenant ton exemple... à la place de poignarder notre voisin de gauche, on poignarde le corbeau. On travaille ensemble !
-Faut avoir une sacrée confiance en les autres, raille Dents Crochues.
-Et pourquoi pas ? riposte la fille avec un large sourire. Nous venons tous des districts. Nous avons vécu la rébellion, nous avons soufferts ensemble. Nous avons tous perdu quelqu'un. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous faire confiance ?!
-Y'a tes cheveux, déjà, intervient à nouveau le gamin. T'es une groupie du Capitole, ou quoi ? Excuse-moi, mais je suis assez convaincu que mon district a beaucoup plus souffert que le tien. Et ne parlons pas du district Deux, où carrément la moitié étaient des partisans du Capitole.
-Mais tout ça, c'est de l'histoire ancienne ! Là, maintenant, à l'instant présent… Peu importe ce que nous avons fait durant la rébellion, peu importe la couleur de nos cheveux ou la richesse de notre famille… Ce qui compte, c'est que le Capitole veut notre peau. Et ça, ça nous rend automatiquement des alliés.
Avant même de m'en rendre compte, je hoche la tête avec énergie. Et je ne suis pas la seule. Elle a peut-être tort, mais… C'est la seule lueur d'espoir que nous ayons aperçu de la journée. La seule solution qui pourrait nous sortir de cette histoire en vie, pour la plupart d'entre nous.
Alors… pourquoi pas se faire confiance ?
C'est à notre tour de faire une rébellion.
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Kilawin Biric, 16 ans, District 4
-Elle va être la première à crever dans l'arène si elle continue comme ça, pas vrai ?
Je tourne un regard placide en direction du tribut au moignon qui vient de me rejoindre dans mon coin isolé de la grande salle. Il se laisse tomber à côté de moi, croisant les jambes et appuyant sa tête contre le mur avec un soupir.
-Fais du bien de s'asseoir. L'entrevue a été pas mal… agitées pour moi, t'sais ? Mais pour en revenir à nos moutons… j'ai toujours adoré cette expression, ricane-t-il, pas du tout déstabilisé par mon manque de réaction. Elle peut bien faire ce qu'elle veut, la petite fan du Capitole. Mais moi, je suis pas con. Faut pas se faire d'idées, on va devoir s'entretuer, d'une manière ou d'une autre. Pas vrai ?
Je lève un sourcil sans répondre. Déjà que manger m'a fait un mal de chien avec ma mâchoire, il peut oublier que je tente de parler.
-T'es pas bavard, vieux.
Je sais.
-Bref, continue-t-il sans se décourager. Même si sa solution ne tient pas debout, elle a un point. Ça serait… malin d'avoir des alliés, dans l'arène. D'avoir quelqu'un pour surveiller tes arrières, pour monter la garde pendant que l'autre dort… Tu vois mon point. Et je me suis dit… Pas possible que je fasse confiance aux tributs du Un ou du Deux. Et pas trop envie d'avoir des gamins de douze ans sous mon aile. Mais… J'ai pensé qu'on pourrait faire une alliance entre vrais rebelles. Ceux qui se sont battus contre le Capitole y'a deux ans, tu me suis ?
Je lève mon second sourcil.
-J'ai fait mes recherches, tu vois ? J'ai bien observé tout le monde, et j'ai discuté avec la plupart des plus vieux… Ça m'a permis de repérer ceux qui sont comme nous. Ceux qui ont vraiment souffert de la révolte, les survivants. Si on se tient ensemble dans l'arène, les autres n'auront aucune chance contre nous !
Il s'interrompt, reprenant son souffle, et se tourne vers moi complètement, les yeux pétillants.
-Alors, t'en penses quoi ? Je peux te laisser du temps pour y réfléchir, si tu veux. Alors ? Oui ou non ?
Sans même avoir à y penser, je secoue la tête négativement. Peu importe ce qu'il arrive, je préfère être seul. La seule personne en qui j'ai confiance, c'est moi. Et ça ne changera pas de si tôt.
Il reste silencieux quelques secondes, les lèvres pincées, puis soupir à nouveau.
-T'es sûr ? Sûr et certain ?
Je hoche la tête de haut en bas lentement. Il fait une légère grimace, puis hausse les épaules et se remet debout.
-Tant pis, alors. Bonne chance dans l'arène, vieux. Si on se rencontre là-bas, que le meilleur gagne.
J'acquiesce affirmativement et il s'éloigne, rejoignant vite le baraqué du Neuf, celui qui vient de la prison. Je promène mon regard d'un côté à l'autre de la pièce, observant chacun des jeunes. La fille aux mèches roses, Blue, est entourée par un groupe de plus en plus large. Ils parlent tous avec animation, de grands sourires aux lèvres. Leur soulagement est presque palpable.
Les imbéciles. Comme si le Capitole et les ''Juges'' n'ont pas déjà pensé à l'éventualité que des tributs décideraient de faire ça. Ils ont définitivement trouvé un moyen de nous forcer à nous entretuer. Je ne sais pas comment, mais je ne doute aucunement de leur ingéniosité.
À ma droite, la fille du district Trois tente pathétiquement de séduire le tribut du Deux qui lui porte à peine attention. Il y a aussi quelques tributs qui se tiennent en solitaire, comme moi. C'est mieux ainsi. Moins chacun se connaîtra, plus il sera facile de tuer. C'est bien beau de faire des alliances, mais au bout du compte, quand tout le monde autour est mort, il n'y a pas le choix de s'entretuer, qu'on soit devenus amis ou non.
J'ai bien hâte de voir ce que ça va donner. J'espère que ce sera si révoltant que les districts cesseront de se laisser marcher sur les pieds. La rébellion, ce n'était qu'une bataille. La guerre ne se terminera que quand les districts auront pris le pouvoir.
C'est une promesse.
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Filir Akis, 17 ans, District 3
J'écoute Blue asséner arguments sur arguments, encore incertain. Elle a de bons points, mais pourtant… Est-ce que ça pourrait vraiment être si simple ?
En même temps… Peut-être que certains habitants du Capitole sont assez cruels pour souhaiter nous voir nous entretuer… Mais je ne peux pas croire que c'est tous ce qu'ils veulent. Si nous arrivons à gagner assez de temps, à tous rester en vie ensemble, en nous soutenant… Peut-être que cela permettrait de donner le temps aux gens du Capitole de changer d'avis et d'annuler ces Hunger Games. Et puis, refuser de jouer le jeu, c'est vraiment le meilleur moyen de se rebeller dans notre situation, non ?
-Qu'est-ce que t'en penses ? me demande Jetil en croisant les bras.
Je hausse les épaules.
-Moi, je crois que ça vaut au moins la peine d'essayer. De toute manière, j'avais pas l'intention de sauter sur la première personne à portée de main une fois dans le jeu. Je suis incapable de m'imaginer tuer quelqu'un, tu sais ? Alors… pourquoi pas, non ?
-Ouais, t'as raison.
-Et si ça fonctionne pas…
-On n'aura qu'à crever, dis-je avec un petit rire amer.
-Bravo pour l'optimisme !
-Donc… tu crois qu'on devrait suivre Blue ?
-Franchement, je me sentirais aussi plus en sécurité avec un gros groupe que seul, répond Jetil. Et ce groupe-ci est définitivement le plus gros.
-Bon point. Je te suis, alors. Je vois pas trop quoi faire d'autre, toute façon.
Il sourit, m'envoyant une claque dans le dos, puis se dirige vers Blue pour lui annoncer la bonne nouvelle. J'espère que je ne regretterai pas mon choix. Mais pour le moment, c'est mon seul espoir. Dès qu'il a terminé de parler, Blue me lance un sourire étincelant qui me fait presque rougir. Elle est… vraiment jolie.
-Filir ? J'ai besoin de te parler ! ordonne Meridi de sa voix faussement aigüe.
Je lève les yeux au ciel, exaspéré. Depuis qu'elle m'a vu jeter la table à la fenêtre du train, elle s'est mise dans la tête que j'étais digne de la protéger, ne doutant une seule seconde que je serais honoré d'être en sa présence. Quelle écervelée.
-Quoi ? dis-je d'un grognement.
Elle me fait signe de la rejoindre, tapant du pied bruyamment, mais je refuse de bouger d'un poil. Finalement, elle se décide enfin à se déplacer.
-Wakiza ne veut pas rejoindre notre alliance… Pour le moment. Mais t'inquiète, je crois que je l'ai assez charmé pour qu'il n'ose rien me faire dans l'arène. Ton honneur de mâle ne sera pas mis à l'épreuve contre lui.
-…Notre alliance ?
-Je sais, je sais, répond-elle d'une voix hautaine. Tu n'arrives pas à croire ta chance. C'est promis, ta mort sera sans douleur. Et ta famille sera généreusement récompensée par mes parents pour m'avoir fait gagner.
-Tu veux rire ?
-Quoi, tu veux autre chose ?
Elle joue avec sa queue de cheval, pensive.
-Mmh, c'est vrai que tu es un adolescent plein d'hormone. Un baiser, ça te suffit ? J'en accorde pas à tout le monde !
-Mais j'en veux pas de ton baiser ! Et j'ai aucune intention de me sacrifier pour toi ! T'es dingue ou quoi ? Tu t'es vue dans un miroir, au juste ? Et c'est vraiment comme ça que tu demandes de l'aide ? En toute sincérité, connasse, si y'a une seule personne que j'aimerais tuer, c'est toi. Alors fous-moi la paix. Et je te souhaite sincèrement de pas croiser mon chemin dans l'arène, parce que j'hésiterai pas.
Je lui fais un salue moqueur et pars rejoindre Jetil sous les regards ébahis de ceux qui nous entourent, plus que satisfait de lui avoir enfin cloué le bec.
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Moira Awski, 18 ans, District 7
-Fiou, c'était beau à voir, ça ! siffle Eli d'un air impressionné.
J'acquiesce avec enthousiasme, me régalant du spectacle. La petite princesse tourne les talons brusquement et s'enfuit d'un pas faussement contrôlé dans la chambre qui lui ait attitrée.
-Oups, je crois que son orgueil en a pris un coup !
-Non, vraiment ? rigole mon nouveau meilleur ami.
-Elle le mérite. Ses techniques de drague font honte à ma profession, commente Ainslee d'un sourire languide.
-Ah ouais, Moira, écoute ça ! Ma partenaire de district, je te jure que c'est vrai, c'est une pute ! Depuis combien de temps déjà ? demande-t-il en se tournant vers la rousse.
-Deux ans, depuis la rébellion. Et je préfère dire une experte du plaisir, merci.
-Sérieusement ?
-Une experte du plaisir, géant ! rigole Eli de plus belle, parlant en même temps que moi.
Je peux voir quelques tributs qui nous observent avec désapprobation. Quoi, ils veulent qu'on se morfonde en silence ou qu'on éclate en sanglot à l'idée de ce qu'il va se passer demain ? Non merci ! Je préfère m'amuser autant que possible. Je vais tout faire pour survivre, mais au cas où… C'est mieux de partir en riant qu'en pleurant.
-Ça paye. Et j'ai un certain talent inné dans ce domaine alors je me suis dit… pourquoi pas ?
-Toi, ma chère, je te nomme officiellement ma déesse, dis-je avec ferveur. Attends que je raconte ça à Darek, il ne va jamais me croire ! Me retrouver dans les Hunger Games avec une experte du plaisir, c'est fort.
-Darek ? demande-t-elle d'un ton désinvolte.
-Mon copain. Il dit toujours que je ferais une prostituée de classe.
-Je peux t'apprendre quelques trucs supplémentaires, si tu veux ?
-Je veux pas manquer ça ! s'exclame Eli en sautillant presque sur place.
-Volontiers ! Mais avant, dis-moi. C'est quoi le truc le plus bizarre qu'on t'a demandé de faire ? Je veux tous les détails !
Eli et moi l'écoutons avec une fascination morbide, portant peu attention à ce qui nous entoure. Moi qui croyais que j'étais assez ouverte sexuellement… J'aurais vraiment aimé la rencontrer dans d'autres circonstances. Elle et Eli. C'est dur de réaliser que nous allons possiblement être morts tous les trois d'ici quelques jours. Mais Derek m'attend à la maison, alors… Je dois survivre.
Je refuse d'être naïve comme les idiots du groupe de Blue. Je suis prête à faire ce qu'il faut pour rester en vie. Peu importe ce que ça prend. Et si ça fait de moi une horrible personne, tant pis. J'ai supporté bien des insultes dans ma jeunesse pour des choses dont je n'avais aucun contrôle, comme être orpheline. J'ai une cuirasse d'acier.
-C'est quoi cette expression sur ton visage, Moira ? me demande Eli d'une voix espiègle, me sortant de mes pensées.
-C'est l'expression de moi qui réfléchit à la meilleure façon de te trucider.
-Arf, dur, dur ! Mon cœur, Moira, tu l'as brisé en mille morceaux !
-Tout le plaisir est pour moi !
Ainslee laisse échapper un gloussement avant de se lever.
-Bon, les chatons, je vous laisse. J'ai un lion à dompter, déclare-t-elle mystérieusement avec un clin d'œil.
Nous la regardons disparaître dans l'une des salles de bain, d'où l'hystérique et la débile mentale ne sont toujours pas sortis, d'ailleurs. J'en fais la remarque à Eli, qui hausse les épaules.
-C'est peut-être elle la perverse, en fin de compte.
Ma grimace dégoûtée le fait éclater de rire.
-Mon frère a fait la même tête quand je lui ai annoncé que j'étais gay. L'amour fraternel, hein ?
-Je pourrais pas dire.
Il hoche la tête avec compréhension, comme s'il sait déjà que je suis orpheline alors que je ne lui ai rien dit. Drôle de garçon.
-Ok, maintenant, commence-t-il en se penchant sur son siège. Discutons stratégie. On est tous les deux intelligents, mais ce qu'il nous manque, c'est des muscles. Une idée de qui serait la meilleure personne à recruter ? Parce que, pour être franc, être en bonne forme physique n'a jamais été mon truc.
Je masque à peine mon sourire. Je suis définitivement tombé sur un bon allié.
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Thalie Mixenn, 14 ans, District 8
C'est donc ça, le Capitole. D'immenses immeubles aux couleurs immaculées, de l'électricité et eau courante, de la nourriture en abondance… Ils ne manquent de rien, ici. Ils croient peut-être que nous nous trouvons chanceux de goûter à cette richesse, mais c'est tout le contraire. En tout cas, moi, ça me dégoûte.
J'ai presque envie de jeter mon assiette au sol, mais je me force à manger. Si le nom de ce jeu est une quelconque indication, j'ai besoin de toutes mes forces pour demain. J'espère que je vais réussir à m'endormir, mais j'en doute. Blue-Beryl a proféré de belles paroles, mais je sais la vérité. Ce n'est pas en s'enfermant dans son monde imaginaire qu'elle survivra.
Je veux survivre. Je veux grandir, devenir une adulte, avoir un mari, des enfants, des petits-enfants… Je sais que la chance n'est pas de mon côté. Quatorze ans, maigre et petite, ni sportive, ni violente de nature...
Mais… qui sait ? Pas question d'abandonner avant la fin.
Les autres tributs se sont presque tous rassemblés en divers groupes. Certains parlent déjà d'alliances dans l'arène. Moi, il n'y a que Kox en qui j'ai confiance. Nous faisons tous les deux partis des Hope, et nous sommes dans les mêmes classes à l'école. Sans être amis, je sais qu'au moins il hésiterait avant de me tuer.
Je le cherche du regard et l'aperçois en train de parler au tribut du Douze, celui au moignon. Kox me remarque et m'adresse un petit sourire, me faisant signe de les rejoindre. Je les approche lentement. Moignon me fait un peu peur. Il doit me dépasser d'une bonne tête, et avec son nez qui semble perpétuellement cassé et ses yeux gris perçants, il met mal à l'aise.
-Hey ! Thalie, voici Eckstein, du district Douze. Eckstein, voici Thalie. Elle fait aussi partie des Hope, le groupe dont je te parlais, nous présente Kox dès que je m'arrête devant eux.
-Hum… salut… dis-je d'une petite voix.
Eckstein me tend son moignon, comme s'il désire me serrer la main. Je fronce les sourcils et commence à lever le bras, incertaine. Il éclate alors de rire, me faisant un clin d'œil.
-T'inquiète, je le fais à tout le monde que je rencontre, explique-t-il alors que Kox se marre à côté de moi.
Je me sens rougir de la tête aux pieds et baisse les yeux, fixant mes souliers.
-Alors… Kox me dit que tu as perdu tes parents durant la rébellion ? demande le tribut d'une voix presque douce.
Je hoche la tête, ma gorge nouée rien qu'à y penser. Même si j'ai eu la chance d'être adoptée par une famille riche du district par la suite, ma mère et mon père me manquent. C'est comme un vide qui s'est créé en moi, un manque qui ne cesse jamais.
-Toutes mes condoléances, dit-il sincèrement.
-Merci.
-Écoute, j'en parlais à Kox. J'aimerais que nous formions une alliance ensemble, dans l'arène. Avec… avec les vrais rebelles, les vraies victimes de la révolte. Parce que la fille-là, Blue, elle a un point. Entre nous, on peut se faire confiance. Elle, avec ses airs de gamine gâtée, je ne pourrais jamais lui faire confiance pour surveiller mes arrières. Mais toi, et Kox… Je crois que oui. Qu'est-ce que t'en penses ?
-Je… je sais pas trop…
-Dis oui ! s'exclame Kox en m'attrapant la main. J'avais déjà l'intention de rester avec toi, dans l'arène, tu sais. Mais je crois vraiment qu'on peut faire confiance à Eckstein. Et il sait se battre, en plus !
-Est-ce qu'il y en aura d'autres ? Ou c'est juste nous trois ?
-Pour le moment, juste nous trois, répond Eckstein. J'ai parlé aux deux tributs du Quatre, mais ils ne sont pas intéressés. Le prisonnier, Mak, dit qu'il va y penser et qu'il me donnera sa réponse d'ici la fin de la soirée. Et sinon y'a Katinka, la fille du Onze, mais elle a refusé.
-Allez, Thalie ! Si tu viens pas avec nous, tu te retrouveras soit seule, soit avec les débiles qui croient à ce que Blue raconte. C'est vraiment ce que tu veux ?
Je secoue la tête et croise les bras. Je ne fais pas totalement confiance à Eckstein mais… c'est mieux que d'être seule.
-D'accord. Je suis avec vous.
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Blue-Beryl Miraejan, 16 ans, District 1
J'avale ma bouchée douloureusement, la bouche trop sèche, le nœud dans ma gorge trop grand. Jetil raconte une anecdote de son enfance, gesticulant avec enthousiasme. Je force un rire et triture une mèche de mes cheveux.
Ils me regardent tous comme si… comme si je suis leur sauveur, la solution à tous leurs problèmes. Que tant qu'ils m'écoutent, tout ira bien. Ils comptent sur moi, maintenant. Ils viennent à peine de me rencontrer, mais ils croient en moi. Et… je ne sais pas quoi faire.
Je n'ai pas menti, quand j'ai dit que si nous travaillons ensemble, le Capitole ne pourra rien faire. Je le crois réellement. Mais j'ignore ce qu'il va nous arriver dans l'arène. J'ignore même ce que c'est exactement, l'arène. Un grand terrain plat avec des barrières qui nous forcent à rester à l'intérieur ? Comme les gladiateurs dans les livres d'histoire ?
Ils ne nous ont pas exactement décrit en détail comment le jeu va se dérouler, ni quelles sont les règles. Mis à part que nous devons nous entretuer, bien sûr.
Évidemment, je ne veux tuer personne. Mais… je ne suis pas prête à être celle qui doit prendre toutes les décisions. Je ne veux pas avoir leur vie dans la paume de ma main. Ce n'est pas… Je voulais juste partager ce que j'avais réalisé, c'est tout.
Et maintenant… Maintenant je ne peux plus montrer une once de doute.
-Blue ?
Je relève la tête avec surprise et remarque qu'ils m'observent tous avec des mines concernées.
-Pardon, je pensais juste à… Je reviens. Pas de conneries en mon absence les enfants, hein !
Ketil sourit timidement. Elle me rappelle tellement Topaz, avec les mêmes cheveux blonds et l'admiration qui brille dans ses yeux. Oui, je dois être forte. Pour elle, Jaspe et Millot. Les plus jeunes.
Dans la salle de bain, je me regarde longuement dans le miroir. Les mains tremblantes, je touche l'une de mes mèches roses. Ça me parait déjà une autre vie, un autre univers. Il y a quelques heures à peine, je disais que je voulais vivre au Capitole, je tentais de copier leur accent, je chantais les bienfaits de notre métropole.
Comme j'étais naïve. Écervelée. Immature. Pourquoi… Pourquoi mon district est-il partisan du Capitole ? Sommes-nous si lâches que nous avons préféré nous ranger du côté des vainqueurs plutôt que de ne nous battre pour nos droits, pour ceux des autres districts ?
Comment est-ce possible que je n'ai jamais entendu mes parents dirent quoi que ce soit contre le Capitole ? Pas une seule parole, pas un seul froncement de sourcil mécontent. Je suis dégoûtée d'eux. Et de moi.
La porte s'ouvre brusquement et j'essuie en vitesse les larmes qui menacent de déborder. La tribut du Onze me fixe quelques secondes, son visage de marbre. Puis elle soupire et commence à se laver les mains sans me porter plus d'attention.
-Hey, tu es… J'ai oublié ton nom, dis-je avec un petit rire.
-C'est Katinka, répond-elle sans détourner le regard de sa tâche.
-Ah. Moi c'est Blue. Blue-Beryl, en fait.
-Ok.
J'ouvre le robinet aussi, glissant mes mains sous le jet d'eau chaude.
-Hum… J'ai remarqué que tu te tiens plutôt seule, là-bas. Tu n'envisages pas… dans l'arène…
-J'ai l'intention de faire ça solo, me coupe-t-elle doucement.
-Tu serais la bienvenue de te joindre à nous. Je veux dire, le plus on est, le moins le Capitole peut nous faire de mal, tu ne crois pas ?
Elle se tourne enfin vers moi, fermant le robinet d'un coup sec.
-Écoute, je suis sûre que tu es une fille bien avec que de bonnes intentions et tout, et tu es une excellente actrice, je te l'accorde. Mais je peux bien voir que tu paniques autant que tout le monde. Tu t'accroches à ta théorie parce que tu ne vois pas d'autres moyens de garder ton calme, mais ne m'entraîne pas dans ton idiotie. Je ne veux pas être là quand tu te rends compte que tu avais tort et que tu perds la tête. Et franchement, tu ne devrais pas donner de faux espoirs aux gamins non plus. Ils ne vont qu'en souffrir trois fois plus dans l'arène.
Elle incline la tête légèrement et quitte la pièce comme si de rien n'était, me laissant clouée sur place.
Plus que jamais, j'ai envie de pleurer. Mais je ne le ferai pas. Elle se trompe, c'est moi qui ai j'ai raison. Je dois avoir raison. Je ne vais pas mourir. Personne ne va mourir.
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Meridi Spilen, 16 ans, District 3
-Qu'est-ce que tu regardes ?!
Le morveux du Un détourne les yeux et je m'éloigne bruyamment, me laissant tomber dans l'un des canapés. Ils me traitent tous comme si je suis une bête de foire. Je n'ai rien fait ! Je veux dire, c'est évident qu'ils méritent tous d'être ici, ils ne sont que des… des paysans !
Mais moi… Moi je viens d'une famille riche, réputée. Des partisans du Capitole.. Alors c'est normal que je réclame d'être libérée, non ? C'est normal que je mérite de gagner bien plus qu'eux ! Moi… Moi, je vais accomplir de grandes choses, dans ma vie. Bien plus que n'importe lequel d'entre eux.
Je ne comprends pas. Pourquoi je suis ici, pourquoi je suis traitée ainsi, pourquoi mes parents ne m'ont pas libérée encore, pourquoi personne ne veut m'adresser la parole.
Et Filir… qui a osé m'insulter devant tout le monde. Wakiza, qui a ri à mes avances comme si j'étais ridicule, comme si j'étais un insecte, une moins que rien… Ce n'était pas censé se dérouler ainsi. J'allais trouver un allié qui me protégerait dans l'arène, j'allais montrer à tout le monde que je suis la meilleure, j'allais retourner dans mon district, dans ma maison, auprès de mes parents…
Maintenant je suis seule et… et j'ai peur.
Je croise les bras et les jambes, essayant de cacher les tremblements qui parcourent mon corps. Qu'est-ce que je vais faire… Si je suis seule, sans personne… Je n'ai… je n'ai jamais eu à m'occuper de moi-même, j'ai toujours eu tout ce que je voulais, quand je le voulais.
Si j'avais juste… demandé de l'aide, plutôt que le commander. Est-ce que la situation aurait été différente ? Mais demander, c'est être vulnérable. C'est montrer que je ne suis pas infaillible, que c'est possible de me blesser. Et ça, c'est inacceptable.
Du coin de l'œil, j'aperçois Filir qui me pointe du doigt en rigolant. À ma droite, le garçon du Cinq et de la fille du Sept ne cessent de me lancer des remarques moqueuses dès que je passe près d'eux. Je me lève d'un bond, les lèvres tremblantes, voyant rouge. Comment osent-ils… Comment…
-C'est ça, dis-je d'une voix stridente. Riez de la pauvre fille qui s'est fait rejeter par tout le monde ! Amusez-vous ! J'espère que c'est drôle, vraiment. J'espère que ça fait votre soirée ! Vous avez vu Meridi, tout le monde veut la tuer, c'est à se plier en deux, ha, ha, ha ! La folle qui s'est ridiculisée toute la soirée, elle perd enfin la tête, comme c'est hilarant ! Mais je vous préviens, si vous venez après moi dans l'arène, ça va pas être beau ! Je me laisserai pas tuer si facilement. Et attention à vos arrières, parce que j'hésiterai pas à vous poignardez dans le dos ! Faites donc amis-amis, rigolez entre vous ! Moi, au moins, je serai seulement concentrée sur gagner. VOUS M'AUREZ PAS SI FACILEMENT !
À bout de souffle, je me dirige à grands pas vers le buffet et renverse toute la nourriture d'un revers de la main sous les exclamations de surprise. Immédiatement, quelques-uns des garçons se jettent sur moi, essayant de me maîtriser. Je mords et griffe, donne des coups à l'aveuglette. Je hurle du haut de mes poumons alors que je suis plaquée au sol, que des Pacificateurs semblant sortir de nulle part viennent me maîtriser, que je suis traînée hors de la pièce et dans l'ascenseur.
-VOUS ALLEZ VOIR ! VOUS ALLEZ VOIR, J'VOUS DIS !
S'ils croient… s'ils pensent que je vais me laisser marcher sur les pieds, s'ils croient que je vais être abattue avec seulement ça…
Je suis Meridi Spilen ! Et à la fin de ces Hunger Games, ils seront tous à mes pieds, en sang, à me supplier de les laisser en vie !
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Amber Dawn, Haute Juge, Capitole
-Je dois dire que la réaction de cette jeune fille m'a prise par surprise. Peut-être gagnera-t-elle plus de temps d'écoute que je ne le croyais dans l'arène, après tout.
Ma secrétaire acquiesce, prenant soigneusement des notes. Je m'étire dans mon siège, faisant craquer mes muscles endoloris. Depuis que la décision a été officiellement prise de faire des Hunger Games, je n'ai pas eu un moment de repos. Mais ça en vaut largement la peine.
Demain… Demain, ça commence.
Un frisson me parcourt. Mon rêve se réalise enfin. Qui aurait cru qu'à seulement vingt-ans, j'aurais déjà un poste si important. La révolte a été une véritable bénédiction pour ma carrière.
-Madame… Ne pensez-vous pas qu'il y a un peu trop d'alliances ? s'enquiert ma secrétaire d'une voix hésitante.
-Non, non, c'est parfait ainsi. Ce sont les alliances qui vont amener les cotes d'écoute. Personne ne veut voir un tribut se promener seul pendant des jours. Les interactions humaines, les trahisons, les amitiés, peut-être même les amours ! C'est ce qu'il nous faut. N'oublie pas, c'est une télé-réalité bien avant d'être une punition. Personne n'aime voir une exécution, mais une compétition, par contre…
-Bien sûr, madame, vous avez absolument raison.
-Maintenant, dis-moi, comment avancent les dernières préparations pour l'arène ?
-Nous devrions arriver à échéance sans problème majeur. L'une des bêtes est… inopérable pour le moment, mais nous devrions trouver un remplacement d'ici peu.
-Bien, bien. J'ai vu que les districts rebelles se sont un peu calmés… Surtout, prends bien soin de prévenir notre poste de télévision de faire miroiter les récompenses pour le district gagnant aussi souvent que possible. Et la propagande positive aide toujours. Le président observe nos moindres faits et gestes, ce n'est pas le moment de faire une erreur.
-C'est compris.
-Est-ce que nos commentateurs sont prêts pour demain ? Ils ont été préparés adéquatement ? C'est leur performance qui pourrait déterminer si toute l'opération est un succès ou non !
-Ils sont prêts. J'ai tout de même pris l'initiative d'organiser une réunion plus tard ce soir avec eux, afin que vous puissiez leur donner quelques conseils de dernière minute.
-Excellente idée.
Je me tais quelques secondes, pensive. Il y a tant de petits détails auxquels je dois réfléchir, c'est un défi comme j'ai peu connu de rester en contrôle de la situation, capable d'anticiper les moindres problèmes qui pourraient survenir.
-Concernant Blue et son groupe… dis-je finalement, croisant les mains. Voilà ce que j'aimerais faire…
Je ne me suis jamais autant amusée.
