L'effervescence du cachet de baldenoëline
Noël approchait, le bal avec.
Dans les couloirs, tout le monde s'échangeait sous le manteau l'argent des paris, c'était à qui remporterait le pactole en prédisant le couple le plus improbable et tous priaient pour gagner, excepté les deux jumeaux qui avaient parié en or des fées que Mac Gonagall et Neville quitteraient leurs cavaliers respectifs pour s'avouer leur amour devant tout le monde à la fin de la soirée. Le bal avait échauffé les esprits les plus pervers, tordus et retors de chaque maison. Des couples inattendus se formaient et les bruits de couloirs en annonçaient de plus inattendus encore. Par exemple, il était de notoriété générale que Rusard, cette fouine vicieuse et Pince, la bibliothécaire aux doigts crochus, allaient y aller ensemble et on se plaisait à imaginer ce que cela donnerait. Quelques premières et deuxièmes années en firent même des cauchemars, devant aller par la suite demander une potion de sommeil à Pompom – d'ailleurs, nombre de suppositions couraient sur son hypothétique cavalier – pour éviter d'en faire de nouveau.
Tout le monde savait implicitement, évidemment, que Rogue aurait la déesse de Poudlard, mais personne ne saurait qui aurait la perle de Poudlard – c'est ainsi qu'on surnommait Apocalypse et la Marey - et nombre de garçons lui avaient demandé pour se faire refouler.
Elana refusait de répondre aux questions portant sur ce sujet, Ron grognait à qui voulait l'entendre qu'il n'irait pas au bal puisqu'Hermione avait un autre cavalier que lui, Harry et Ginny avaient prévu d'y aller ensemble, Silnoë rougissait et balbutiait dès qu'on parlait de ce sujet, Malefoy se vantait à qui voulait l'entendre qu'il y allait avec la femme-oiseau, Fred y allait avec Angelina et son jumeau disait qu'il avait quelqu'un en vue mais refusait de dire qui. Deux jumeaux de Serdaigle, Nores et Okyus Noores* y allaient ensemble, tout le monde le savait, et d'autres couples plus ou moins étranges et plus ou moins crédibles se formaient dans l'école de magie. Même les créatures magiques, invitées exceptionnellement par Dumbledore, se mettaient de la partie ; Ayssu et Shoukl, deux feux follets, acquis à leur cause, batifolaient dans les couloirs en importunant les élèves pour leur demander des choses aussi variées et absurde que de leur caresser le poil dans le sens contraire des aiguilles d'une monde d'arrière à à droite ou d'aller leur chercher de la bave céleste de veracrasse rose fluo, alors que si les veracrasses bavaient bien et abondamment, leur bave n'était absolument pas constellée d'étoiles et qu'aucune de ces créatures par ailleurs charmantes (cherchez l'incohérence) n'étaient roses.
Beaucoup de jeunes sorcières, par ailleurs, se plaignaient de ne pas avoir assez d'argent pour s'acheter trois robes de bal les mettant en valeur, ce à quoi on rétorquait, la plupart du temps, qu'elles étaient après tout sorcières de une, des filles de deux, et donc étaient fort capables de modifier trois robes basiques. Les garçons qui leur disaient ça finissaient avec une belle marque rouge sur la joue…
Elana, Apocalypse et Silnoë, elles n'eurent aucun mal à obtenir ce qu'elles voulaient. Ca avait du bon d'être riche et douée, dans des conditions pareilles, et même tout le temps, d'ailleurs.
Pas pour autant qu'elles non plus ne s'inquiétaient pas sur leur tenue, les parures qui allaient avec, leur coiffure et leur maquillage, bref, elles craignaient comme toute autre que leur mise ne plaise pas. Même Elana l'impassible, morte-vivante de rigueur dans les enterrements, s'inquiétait tout autant qu'une autre, même si elle le cachait fort bien.
Dans toute cette effervescence, les élèves se mélangeaient totalement sans prendre gare aux maisons respectives, conversaient sur le déroulement de l'évènement qu'ils attendaient tous, sous le regard bienveillant du directeur qui voyait enfin ce qu'il avait toujours tenté de faire se produire, sans qu'il n'ait – presque – rien fait, et parlaient, poussés par leur soudaine proximité, presque forcée, de nombreuses autres choses.
Les inventions des deux jumeaux avaient de plus en plus un succès fou. Dans ce climat hostile, sombre, il était temps de rire un peu, et même les serpentards ne dédaignaient pas le plaisir que leurs petites merveilles pouvaient apporter à tout un chacun.
Ils avaient récemment inventé une nouvelle friandise ; l'Ice Scream. Il s'agissait d'une petite boule de sucre glacé qui flottait dans l'air, qui prenait différents parfums et pouvaient passer d'une seconde à l'autre de la fumée de pimprelat au yssoro**.
Selon les couleurs, l'ingéreur de cette petite gourmandise facétieuse pouvait se mettre à hurler des inepties, hurler l'avenir, hurler le passé, hurler ses sentiments, hurler des compliments, hurler des insultes, hurler des bêtises, hurler des connaissances de tous les domaines, hurler dans une autre langue, ou encore hurler des cris d'animaux. Génial, non ? Ils avaient déjà prévu d'en changer l'apparence pour en planquer dans le buffet du bal.
En ce moment, le brouhaha berçait le petit déjeuner que certains, malencontreusement guère à leur place, tentaient de prendre en paix. Elana observa, impassible mais d'un œil rieur, la petite Silnoë qui conversait joyeusement avec George Weasley.
- Et alors ! L'équipe Isara aurait dû gagner ! s'exclama la jeune fille, courroucée.
- Isara est douée mais l'attrapeur Gregory et son frère, de l'équipe Oeion sont de sacrés combattants, répliqua son voisin.
- De quoi parlent-t-ils ? demanda Ron à Fred.
- Elle l'a initié à une variante du Quidditch qui se pratique chez elle.
- Aaaaaah.
Pendant l'instant de réflexion du plus jeune fils des Weasley, la conversation avait été réglée par le résultat (futur) du prochain match des deux équipes, et avait dérivée sur les pires pimbêches de l'école.
- Kat Angorski, annonça avec déférence et sérénité le jeune homme. Une petite polonaise de Serdaigle aux cheveux lisses et bruns, qui descendent un peu plus bas que les épaules et aux yeux violets, qui passe son temps sous sa forme de chat.
- Il parait qu'un sortilège a mal tourné et l'a transformé en chat. Maintenant, elle peut se servir de sa forme humaine, et ne s'en prive pas, mais est plus habituée à la forme animale. Il parait, en tout cas, lança Fred.
- Presque toute l'école est passée sur elle…ou sous elle, corrigea George juste après, les sourcils froncés.
- Vraiment ?
- Oui. Au dernier recensement, seuls les professeurs, Hagrid, Ron, Harry et Malefoy qu'elle n'a pas réussi à séduire n'y ont pas touché.
- Toi aussi ? murmura-t-elle d'un ton menaçant.
- Moi, mon frère et Percy, rajouta-t-il en bombant le torse.
- Aha ! lança son jumeau. Il ne sait pas à quoi il s'expose ! C'est une demi-elfe, dit-il à son petit frère sur le ton du secret.
Alors que celui-ci blêmissait, la légende du caractère emporté des elfes n'étant plus à faire, la jeune fille, furieuse, devenait de plus en plus pâle, au détriment de ses joues qui elles devenaient de plus en plus rouges, comme deux taches de sang. Sa chevelure en broussaille tempêtait alors qu'il n'y avait pas le moindre souffle de vent, et ça ne présageait rien de bon. On murmurait sous le couvert que sa mère était une des plus puissantes, voire la plus puissante des elfes des esprits, et tout le monde savait que ces créatures dont les colères étaient terrifiantes, et par ailleurs à part ça dépourvues de sentiments, froides et sans scrupules, n'avaient rien à envier aux Dryades. George, lui, continuait de manger en affectant de ne rien voir. Avait-t-il déjà été confronté aux colères de son amies et savait comment les calmer ou feignait-t-il l'indifférence la plus totale car il savait ce qui allait se passer ? A moins qu'il ne fût tout simplement un idiot, un imbécile, un abruti qui ne se rendait pas compte du danger. Si elle l'attaquait, les personnes alentours étaient prêtes à parier qu'il ne s'en tirerait pas juste avec une baffe ou une côte cassée. Elle le mettrait en charpie, oui !
Ladite furie sortit soudain de sa léthargie apathique de rage et s'éclipsa en un instant pour réapparaître de l'autre côté de la table. L'air froid et distant, glaciale, mais le feu de la colère des elfes flambant dans ses prunelles vert feuille, elle posa dans des gestes mesurés et secs sa main sur l'épaule de son ami.
- Toi.
- Oui ? demande-t-il calmement.
- Tu viens au bal avec moi.
Ce n'est pas une question, encore moins une sollicitation ou une supplique, ni un ordre, mais une affirmation. Le roux se met à se tortiller sur son siège, maintenant bien plus épouvanté qu'il y a une minute encore, et surtout tout gêné et timide. Ron esquisse même un sourire, malgré l'atmosphère digne du cercle arctique, lorsqu'il voit son grand frère et persécuteur fétiche rougir comme un collégien amoureux. On est pourtant bien loin du compte.
- Mais… tente-il.
- TU VIENS AU BAL AVEC MOI ! se mit-elle à hurler d'une voix suraiguë.
- D'a-d'accord, mais a…arrête ça, Sissi, s'il…te plait, bégaya le sorcier peu rassuré.
La jeune fille reste un instant immobile, puis hocha la tête silencieusement et quitta la grande salle à une vitesse surnaturelle. Réellement surnaturelle. Elle marchait normalement, bien qu'à grands pas, mais parcourait le triple de distance qu'elle aurait dû parcourir.
Elle referma la porte de la salle commune des gryffondors, à cause de l'habitude d'y rejoindre ses amis, se moquant des récriminations de la grosse dame qu'elle avait, c'est vrai, un peu pressé. Après avoir poussé un long soupir, ses yeux se fermèrent et elle glissa presque machinalement le long du mur, toute rouge en ressassant ce qu'elle avait fait, lorsqu'elle entendit le portrait se remettre à se plaindre encore plus que contre elle, criant son indignation d'une voix perçante. Avant que la jeune sorcière ne puisse envisager de courir se mettre en sûreté dans le dortoir des filles, le passage pivota et un des jumeaux surgit, essoufflé. S'agissait-il de Fred ?...Ou George ? Il la prit par les épaules en plantant ses yeux bleus dans ceux de jade de la jeune fille et se mit à la bombarder de questions avant qu'elle ne puisse déterminer son identité.
- Tu vas bien ? lui demanda-t-il, la voix tremblante et frémissante. Tu es sûre ?
- Enfin ! se défendit-elle, gênée. Pourquoi j'irai mal ?
- Hein ?
Il se redressa, étonné. La jeune fille le regarda un petit instant sans bouger, puis le saisit par la main timidement, pour le mener sur un sofa sur lequel ils se serrèrent l'un contre l'autre sans même s'en rendre compte.
- C'est Fred et la brune qui traîne avec toi, balbutia-t-il. Ils m'ont dit que tu te mettais dans des états pareils à cause d'une maladie et que tu risquais de faire une attaque… Ils avaient l'air si sérieux…
A sa grande surprise, alors qu'il s'attendait à ce qu'elle vocifère, vomisse des injures et casse des objets, elle éclata de rire.
- J'ai bien une maladie ! aboya-t-elle entre deux éclats de rire. C'est d'être hybride elfe !
Interloqué, le sorcier, qui en avait pourtant entendu parler par les rumeurs, ne pouvait croire ce qu'elle disait. Ainsi, c'était vrai. Elle semblait pourtant tout à fait ordinaire et avait des notes tout juste suffisantes en classe…!
- …Vraiment…? murmura-t-il, abasourdi.
- Tiens, regarde, dit-elle d'un ton rieur en dévoilant ses oreilles pointues et un peu trop longues.
- Dis-moi… reprit-il doucement après quelques minutes de silence gêné. Tu étais sérieuse tout-à-l'heure ? Tu veux aller au bal avec moi ?
Après un moment qui prit l'apanage de l'éternité aux yeux du garçon qui attendait impatiemment sa réponse, elle se troubla, détourna le regard et acquiesça silencieusement.
- Yeah ! fit-il en jubilant. Bon, eh bien j'attendrai alors.
Il se leva, posa un instant ses lèvres sur celles de la jeune fille et partit finir de prendre son petit déjeuner. Cette dernière, cramoisie et incapable de faire un geste, ne réagit pas lorsqu'il franchit la porte, et pas davantage quelques minutes plus tard, lorsqu'Elana la franchit à son tour, dans le sens inverse. La jeune fille s'approcha lentement.
- Alors ?
Elle n'ajouta rien de plus mais fit face au fauteuil devant le mutisme de sa camarade. Un coup d'œil à cette dernière, et elle eut la réponse à sa question. Un sourire se dessina sur ses lèvres.
La rousse se leva en titubant, probablement toujours sous le choc, et monta les marches ensorcelées qui menaient au dortoir des filles, suivie machinalement par Elana.
Elle ouvrit la porte, laissant passer son amie qui la remercia d'un signe de tête, puis s'effondra sur son lit en gloussant hystériquement. La brune alla s'asseoir sagement sur le sien, attendant la fin de la « crise de l'adolescente prépubère amoureuse ayant eu son premier baiser », puis finit par faire souffler un vent glacial sur elle pour la calmer. La jeune fille resta pantelante, allongée en croix sur ses draps en bataille, puis se redressa péniblement, encore rouge et surexcitée.
- On a quoi, là ?
- Potions.
- Oh. Vaut mieux que je prenne des vêtements qui ne craignent pas trop, alors.
Elle se leva pour farfouiller dans la valise ouverte au pied du lit, qui semblait vomir son contenu incommensurablement mal rangé, quelques vêtements traînant éparses tout autour. Elle en sortit une petite robe d'un rose-rouge passablement usé.
- Celle-ci fera parfaitement l'affaire, avec ma paire de vieilles converses, bavardait-elle gaiement avec elle-même en extirpant deux baskets blanc-gris du bordel de sa malle. Oh, attends. Refresço ! s'exclama la sorcière en pointant sa baguette sur la robe défraîchie, lui faisant retrouver ses couleurs d'origine.
Elle ôta rapidement le top noir et le pantalon doré qu'elle avait enfilé en hâte avant d'aller manger, puis se présenta en sous-vêtements de soie blanche devant son amie. La rousse attrapa prestement la robe, mais avant qu'elle ne puisse s'en couvrir, la brune eut le temps d'apercevoir une forme de la couleur d'une feuille morte en automne qui se mouvait sur le corps de l'hybride. Celle-ci, comprenant qu'elle avait vu, baissa le morceau de tissu qu'elle avait érigé en barrière au regard de la calme adolescente, découvrant un étrange tatouage sorcier représentant un magnifique renard au pelage flamboyant, qui ne semblait pas seulement bouger mais aussi avoir une vie propre.
- C'est… tenta-t-elle d'expliquer, rougissant face au regard intéressé de son amie, c'est un tatouage totem, une très vieille sorcellerie oubliée dont on ne connaît pas trop les origines. C'est une véritable entité magique, qui représente le moi profond de la personne. Par exemple, ma mère, c'est un…
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Assise à sa table, Hydra lisait calmement une lettre aux caractères alambiqués imprimés magiquement sur un rouleau de papier vélin argenté aux reflets parme, et répondait à qui le demandait que le grand oiseau qui s'en prenait maintenant férocement au contenu des assiettes de ses voisins pour l'avaler goulûment était un aigle des commodores.
Elle reposa la lettre. Ainsi, sa cousine allait arriver à Poudlard très prochainement… Un sourire sadique se peignit sur ses traits légèrement anguleux. Vite désarçonné par une certaine inquiétude.
D'accord, elle connaissait la raison de toutes ces arrivées tardives. Beaucoup de grandes familles, de grandes familles puissantes, manifestaient ainsi leurs appointances avec Dumbledore et le ministère pour leur lutte contre le mage noir, et leur envoyaient la fine fleur de leur puissance militaire en renfort, ainsi que leurs jeunes espoirs à Poudlard pour assurer leur protection et un apprentissage qui pourrait servir sur le terrain.
Elle connaissait fort bien le pouvoir étrange de sa cousine, l'ayant vu plusieurs fois lors de ses fréquentes escapades en Russie pour aller la taquiner, mais ne voyait guère en quoi il pourrait servir pour leur lutte.
Au moins, maintenant, elle pourrait se vanter en lui disant qu'elle n'était plus la seule à avoir des ailes !
Repoussant le rouleau, qu'elle referma à l'aide du ruban mauve qui se tortillait juste à côté, elle envoya l'aigle rejoindre la volière et se mit à se soucier de bien autre chose que la situation catastrophique qui régnait en maître sur le monde magique. Un pli soucieux vint orner son front lisse et les commissures de sa bouche fine se mirent à trembler. Ce soir, c'était son premier match, contre Serdaigle.
- Quelle angoisse… ! gémit-elle, alertant les autres convives.
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Silnoë rit. A chaque cours de potions, c'était amusant de constater la flagrante timidité qui empêchait les deux tourtereaux de vivre un cours à peu près normal. Invariablement, leur professeur leur donnait une jolie potion bien compliquée, puis passait le cours dans un de ses bouquins, qu'il tenait à l'envers, pour observer « discrètement » Apocalypse. Cette dernière faisait de même, renversait trop de quelque chose dans le chaudron, et devait tout recommencer, en tournant le dos à Rogue, le visage d'un bel écarlate brillant. En ce moment, ils faisaient une potion d'Enterlement – et ne sauraient ce que ça faisait que quand Rogue les aurait fait goûter – et c'était la troisième qu'elle recommençait.
Elle dérangea de son œuvre d'un léger coup de coude Elana et lui montra en se retenant de rire le comportement des deux polichinelles. Le maître des potions tenait, encore une fois, un volumineux grimoire à l'envers, ne tournant pas la moindre page depuis le début du cours, seuls, ses yeux noirs dépassaient du haut qui se révélait être le bas du livre, et suivaient, brillants et presque intimidés, les moindres gestes de la jeune fille. Celle-ci lui tournait le plus fréquemment le dos mais était bien obligée de regarder les instructions au tableau, et à chaque fois elle devenait vermillon et semblait à deux doigts de la syncope. Elle devait user de la plus grande précaution pour calmer les tremblements de ses mains et de la plus grande concentration pour bien verser, ni trop, ni pas assez, et du bon ingrédient.
Jusqu'au moment où Rogue, totalement concentré à sa tâche, c'est-à-dire espionner sa belle, baissa sans s'en rendre compte son vieux bouquin de devant son visage. Ses yeux percutèrent violemment ceux de Lips, qui sursauta, poussa un petit cri, rougit encore plus et laissa tomber tout le contenu de sa fiole d'un coup dans le chaudron.
Celui-là dégagea, dans une petite explosion, un nuage de fumée verte qui l'enveloppa. Lorsqu'elle réapparut, ce fut entourée d'un dôme transparent, qui ressemblait à une gigantesque demi-bulle de savon, qui prenait des reflets verts à la lumière.
- Vous voyez ? dit Rogue de sa voix grave et presque cruelle. Il semblait tout de même un peu perdu. C'est cela que vous devriez obtenir, si vous réussissiez vos potions, bande d'incapables.
Incapable de s'en empêcher, et semblant être la seule à s'apercevoir du comique de la situation, Silnoë éclata d'un rire bruyant et incontrôlable. Elana se mit à sourire, puis à rire elle aussi, et après ce qui apparaissait comme un coup de départ, leurs amis se mirent à rire les uns après les autre, de Rogue qui lisait son livre à l'envers, comme de Apocalypse, qui se laissa tomber sur sa chaise, lessivée par ses efforts.
Même si ce n'était pas immédiatement visible lorsqu'on voyait Poudlard, tout le monde était tendu et la situation explosive, bien qu'elle rapprochât les élèves comme les professeurs. Ils avaient énormément besoin de se soulager, et c'est ce qui arrivait…
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Hydra, morte de trouille, entra dans les vestiaires. Pour se détendre, et pendant qu'elle se changeait, elle laissa traîner son regard sur tous les mâles présents, et à moitié nus. Cependant, LE PREMIER MATCH qui clignotait devant ses yeux ne l'aidait pas à se détourner du problème.
Elle caressa du bout des doigts son balai, un Nimbus 2001 qu'elle avait elle-même modifié et dont les branches avaient été remplacées par de longues plumes noires. Au milieu d'elles, une autre, légèrement différente, appartenait à son aile droite, et une petite bourse de cuir noir avait été fixée à sa base.
La jeune fille se frotta les tempes. Ouh, ça n'allait pas aller, elle mourait de peur… Elle marmotta une vague prière sibérienne et finit d'enfiler sa tenue de joueuse, puis releva la tête. Et eut la surprise de voir un petit blondinet habillé en vert et argent la regarder avec un sourire de connaisseur.
- Vachement bien foutue, Sinistros, dit-il d'un ton sardonique. C'est une grande perte pour la gente féminine que tu le caches sous du tissu somme toute parfaitement inutile.
La jeune fille sourit, et sans faire attention aux sous-entendus graveleux qui perçaient dans la voix sarcastique et traînante du Serpentard, elle se leva pour être face à lui.
- Et si on faisait un pari, Drago ?
- Dis toujours ? demanda-t-il, intéressé.
- Si on gagne ce match grâce à moi, glissa-t-elle malicieusement, tu devras m'appeler par mon prénom.
- Marché conclu. Et dans le cas inverse, tu devras danser sur une barre, en tenue de danseuse du ventre, devant Dumbledore.
Les autres membres de l'équipe de Poufsouffle, qui écoutaient le dialogue discrètement, éclatèrent tous de rire. Hydra, après un moment, se laissa aller avec eux, bien qu'elle fût l'objet du pari. Ce garçon avait toujours le talent d'inventer des gages absurdes !
- D'accord. Désolée, je dois y aller. On se retrouve après le match !
- Attends.
Et avant qu'elle n'ait pu esquisser le moindre geste vers la sortie, il passa son bras autour de son cou, l'emprisonnant dans l'angle que faisait son coude, et l'embrassa langoureusement. Lorsqu'après quelques minutes ils arrêtèrent, le souffle court et es yeux brillants, ils étaient seuls. Les coéquipiers de la jeune fille avaient avec beaucoup de tact décidé de les laisser seuls.
Elle jura. Puis détourna son attention vers le zigoto en face d'elle, qui souriait effrontément.
- Pour te porter chance, dit-il, goguenard.
Elle sortit en trombe pour rejoindre ses amis, suivie de peu par son ami qui alla s'installer tranquillement dans les gradins.
Le coup d'envoi retentit.
Alors qu'elle tournoyait dans les airs, elle se dit qu'au moins son effronterie avait du bon ; au moins, elle n'était plus anxieuse.
Elle observa un moment le jeu des deux équipes adverses.
Comme elle l'avait déjà remarqué, et il faut bien l'avouer, Serdaigle avait un jeu impeccable. Précis, très stratégiques, ils misaient moins sur la vitesse que sur le travail d'équipe et la précision. Ceci dit, Poufsouffle était bien meilleur qu'eux dans le domaine du travail d'équipe, se spécialisant dans ça, et n'étant pas une maison où chaque élève était en combat contre les autres, chacun essayant d'avoir les meilleures notes, mais au contraire une maison dont le principe était la fraternisation, et étaient totalement imprévisibles. Chaque joueur changeait de style de jeu selon les manœuvres, et parfois complètement aléatoirement, certains échangeaient leurs fonctions, ou ne se cantonnaient pas seulement dans leur rôle, agissaient dangereusement, faisaient des feintes audacieuses… Elle se sentait parfaitement à sa place dans cette équipe, et dans aucune autre.
Poufsouffle menait déjà de 30 à 10 – non, 30 à 20, mais il ne serait désormais plus question que Serdaigle marque.
Absorbée par l'échange de coups de plus en plus audacieux ou minutés, calculés, elle ne reprit ses esprits que lorsque le tableau des scores afficha celui de 70 à 20. Baladant rapidement ses yeux, elle avisa l'attrapeur de Serdaigle, une jolie jeune fille brune, qui l'observait d'un œil et cherchait le Vif de l'autre. Ouf, aucun problème…
Voyons voir si…
Elle se mit à tournoyer en cercles de plus en plus rapides au dessus du stade, monta brusquement puis se laissa tomber en piqué. L'attrapeuse adverse se mit à la poursuivre immédiatement, cherchant le Vif d'or des yeux. Hydra remonta brusquement, fit un roulé-boulé audacieux pour se retrouver derrière son adversaire, puis la dépassa à la vitesse d'une fusée, déstabilisant totalement la jeune fille, qui s'efforça de continuer à la suivre tant bien que mal, partant en zigzag, se redressa à l'horizontale, se laissa à nouveau tomber, suivie à la trace par la Serdaigle, fit ainsi les montagnes russes trois fois de suite, chaque tour la rapprochant de son objectif, puis dépassa en trombe le poteau du but principal, poteau que l'attrapeuse se prit proprement entre les deux yeux. De grands « Oooooh » saluèrent la manœuvre qui n'avait duré que quelques minutes, suivis d'exclamations de rage de la part des serdaigles, puis Pomfresh courut allègrement, de ses petites jambes, vers le sol, pour y récupérer la brune qui semblait tout de même assez amochée.
- Bravo, Sinistros ! lui lança un des batteurs en lui faisant un clin d'œil.
Elle lui fit le signe de la victoire et repartit vadrouiller dans le stade, désorientant les serdaigles avec son agilité, ses figures spectaculaires et sa vitesse. Au bout d'environ un quart d'heure, où le résultat stagnait à 90 à 30, elle repéra dans les tribunes un petit objet qui scintillait d'un éclat doré reconnaissable entre tous. Elle suivit l'artefact magique qui ondulait paresseusement juste en dessous des spectateurs, puis accéléra d'un coup lorsqu'elle en fut assez proche, pour le poursuivre dans les tours de tissu où elle l'attrapa de justesse et sortit en slalomant entre les piquets de bois.
Elle quitta en trombe l'ombre des gradins pour sortir au grand jour, faisant étinceler le Vif d'or qu'elle gardait emprisonné dans sa main.
Un gigantesque mugissement s'éleva alors, et elle sursauta avant de comprendre qu'il s'agissait de leurs supporters, dont la plupart avaient appliqué un sonorus sur leur gorge. Les serdaigles, eux, déconfits, entreprirent de partir en maugréant alors que ses équipiers la portaient exagérément en triomphe en souriant d'un air sadique alors que les autres les acclamaient bruyamment.
- Vi-ve Si-ni-stros ! Vi-ve Si-ni-stros ! scandait la foule qui se pressait autour d'elle.
Fermant les yeux, elle se laissa aller à son moment de gloire en gloussant stupidement.
___
- Apocalypse, où vas-tu ?
- Désolée de vous fausser compagnie, j'ai rendez-vous avec Albus !
La jeune fille dégringola à la hâte l'escalier de pierre et sortit pour rejoindre rapidement le directeur. Elle fit halte devant les deux gargouilles qui causaient gaiement, et sortit, essoufflée, un papier de sa poche.
- Nougat néensang, lut-elle à haute voix.
Un sourire traversa fugitivement son visage. Tiens donc, Dumbledore était amateur de confiseries de flemme Weasley…
Elle attendit un peu avant de frapper à la porte, entendant des voix, puis poussa le lourd battant.
- Bonsoir, Albus, Minerva. Severus.
- Bonsoir, Apocalypse, dirent Dumbledore et Mac Gonagall en même temps.
- Calypso…
La jeune fille, sans quitter des yeux le professeur de potions, s'assit dans le fauteuil que Dumbledore lui indiquait.
- Trèves de bavardages. Votre cousin arrivera trois jours avant Noël, c'est bien ça ?
- Tout à fait. Ils ne pouvaient m'envoyer comme émissaire, représentante et …, ça comportait bien trop de risques et je devais conserver ma couverture.
-Très bien. Par rapport à votre rôle dans…
___
Après un bon quart d'heure durant lequel Dumbledore et elle s'entretinrent de choses auxquelles les deux professeurs ne comprenaient goutte, n'ayant pas été mis dans la confidence, ils passèrent à son intégration dans l'école.
- Tout se passe bien, donc.
- Oui. Les principaux enfants Mangemorts étant partis, je pense que nous n'avons rien à craindre.
Le vieil homme barbu confirma, puis lui confia un sac contenant ses affaires de cours.
- Quelques robes, vos grimoires. Le reste vous sera donné plus tard. Ah, je crois qu'Ollivander est arrivé.
En effet, on entendait distinctement quelqu'un frapper sèchement le vieux bois de la porte. Albus, une lueur malicieuse dans l'œil, ouvrit à un vieil homme fripé et usé qui se dirigea immédiatement vers Apocalypse, dardant ses iris éthérés dans ceux de la jeune fille.
- Ainsi, c'est vous… Très bien, très bien… murmura-t-il comme pour lui-même.
La jeune fille interrogea du regard Albus souriant d'un air affable et innocemment, qui prononça silencieusement le mot « baguette ». Après un moment de silence, elle la sortit rapidement de la poche et la tendit au fabriquant.
Celui-ci la prit, la frotta entre ses longs doigts minces et noueux, la secoua rapidement et manifesta sa désapprobation et sa surprise lorsqu'aucune étincelle n'en sortit.
- 38 centimètres et 7 millimètres, ébène - un bois très dur à utiliser, car possédant trop de caractère et de ténèbres - et à l'intérieur… Oooh.
Il regarda sans un mot Apocalypse, qui le fixait d'un air soucieux. Il ouvrit la bouche, mais avant qu'il ne puisse dire un seul mot, elle l'interrompit.
- Et une mèche des cheveux de ma grand-mère.
- De votre grand-mère, dites-vous ? C'est…intéressant.
Il la contempla encore un moment, intrigué, une étincelle de peur dansant au fond de ses yeux délavés, en frottant la baguette de bois noir entre ses doigts, puis la lui rendit.
- Excellent état. Fabrication artisanale, n'est-ce pas ?
- En effet.
- Bien. Bien…je pense…
Sans finir de formuler sa pensée, il salua Dumbledore d'un bref mouvement de tête puis sortit précipitamment.
___
- Il te voulait quoi, le directeur ?
- Juste me donner ma robe et mes affaires de cours.
Elana regarda plus intensément son amie, qui semblait se ronger les sangs. Laquelle tentait de détourner son attention de la grande porte en ne s'arrêtant pas de parler.
- …Et Slughorn qui n'arrête pas de nous coller, il essaie tout le temps de m'inviter dans son club…
- Qui est Slughorn ? demanda Lips, intéressée.
- Le vieux à la moustache de morse, il s'occupe des cours de potion des 1ère, 2ème, 3ème et 4ème année… Vu mes liens de parenté, je…
Elle s'interrompit soudain et pâlit, avant de repartir sur un autre sujet, suant l'anxiété à plein nez, estima Elana.
A ce moment-là, un grand coup de tonnerre retentit dans la grande salle et la grande porte s'ouvrit. Une jeune femme aux traits fins, sa chevelure fauve aux reflets mouvants, tressés, luisant, comme enflammée, à la peau dorée qui se teintait de la couleur d'une feuille morte aux flambeaux de la grande salle, ses yeux argentés scrutant attentivement et froidement les élèves interloqués entra avec le maintien d'une reine. Ses oreilles pointues qui montraient aussi clairement sa nature d'elfe que si elle l'avait inscrit sur son front les ébahirent encore plus. Elana, elle, guère étonnée, nota principalement sa ressemblance avec Silnoë.
Cette dernière renversa dans un geste compulsif son verre de jus de citrouille dans son assiette, puis le lâcha. Il alla se fracasser au sol tandis qu'au même moment, la grande elfe se dirigeait vers elle, glissant sur le marbre lisse.
Elle s'arrêta devant la jeune fille, qui se leva et inclina son buste, tandis que la femme inclinait légèrement sa tête rousse en réponse à son salut.
- Mère, murmura la jeune fille.
L'elfe majestueuse prit alors la parole, faisant sursauter les élèves alentours à l'entente de cette voix grave et douce, profonde, celle d'une reine, certes, mais aussi celle d'une mère, une voix qui, bien que ces mots soient presque chuchotés se répercuta dans toute la salle.
- Bonjour, fille.
- Les…les autres viendront aussi ? demanda Silnoë d'un ton étrange, inquiet, presque suppliant.
- Cela, oui. Mais ne t'en fais pas, tu as encore un peu de répit.
Elle quitta sa fille d'un bref hochement de tête puis se dirigea lentement vers la table des professeurs, faisant frémir ceux qui ressentaient son aura imposante, glaciale et brûlante à la fois, s'inclina profondément devant le directeur qui le regardait presque tendrement derrière ses lunettes en demi-lune, puis alla s'asseoir, fière et digne, au bout de la longue table, sans un mot, dédaignant les plats qui se pressaient devant elle.
- Comme vous le voyez, déclara le vieil homme, nous recevons la visite en cet humble lieu - ses yeux pétillaient allègrement en disant cela – de la reine des elfes des esprits qui est également la chef guerrière des armées des elfes. Je vois que ceux qui ricanent, croient encore aux histoire de farfadets et de lutins. Ces merveilleuses peuplades que sont les elfes ne sont en aucun cas des petites fées malicieuses. Ce sont des créatures guerrières, fières et indomptables, qui ont de nombreux pouvoirs magiques.
- Ben ça alors… chuchota Hydra.
Ce n'est pas pour autant qu'elle allait aimer Silnoë ! Que son père fusse Merlin en personne ou pas !
* Prononcer Norèsse et Okihousse Nourz
** Fumée dont l'odeur est hallucinogène et délicieuse, mais dont le goût absolument écoeurant en détruit les effets. L'yssoro est une plante très laide, à l'aspect comme à l'odeur peu engageante, qui fleurit la nuit pour devenir une plante magnifique et surtout délicieuse.
Nota : Je me mets à faire de plus grands chapitres… Je les trouve aussi de mieux en mieux écrits… Oh, bien sûr, ce n'est pas fulgurant, c'est même toujours nul, bien qu'un peu moins que le premier chapitre, mais c'est toujours ça…
Nota 2 : Un chapitre plus centré sur les personnages « secondaires » qui ne le sont pas, comme on commence à le voir et comme on le verra encore plus par la suite… Elana, Silnoë et Hydra. J'aime bien ces persos…
