Titre : "The escape of Ruki-sama !"
Chapitres : 3/8
Auteur : Foxx
Genre : Angst... hôpital psychiatrique ? (C'est un genre ça ?)
Disclaimer : Attentions, certaines scènes peuvent être choquantes, dérangeantes, ou difficiles pour les personnes sensibles. Vous êtes prévenus.
Le soleil descendait lentement à l'horizon, laissant les premières lueurs du crépuscule éclairer le réfectoire de l'hôpital. Le temps était orageux, et les nuages épais qui s'amoncelaient dans le ciel ne faisaient qu'ajouter à l'atmosphère électrique qui régnait dans la cantine.
Pour les infirmiers, le repas du soir était toujours une épreuve. Ceux des patients qui avaient des troubles du sommeil étaient la plupart du temps épuisés et extrêmement nerveux, mais les autres malades n'étaient pas en reste et l'ambiance pouvait très rapidement dégénérer. Seule la table du fond restait généralement d'un calme sinistre, un adolescent lançant parfois son assiette par terre dans un geste de désespoir vain, sans poser davantage de problèmes.
Ce soir était un des soirs où les surveillants pressentaient un repas difficile. Les quelques personnes "à risque" de l'hôpital étaient comme à l'ordinaire soigneusement placés en bout de table ou à des endroits plutôt isolés afin de limiter les problèmes. Atsuaki Takeshima, qui en faisait partie, s'était pourtant assis avec une moue provocatrice juste en face d'un garçon plus jeune que lui, connu par les malades pour avoir été mis en isolement à plusieurs reprises pour violences.
L'énervement d'Uruha était palpable ; à tel point que Kai et Aoi, d'ordinaire incapables de s'inquiéter de ce genre de choses, n'osaient pas ouvrir la bouche et attendaient leur repas en silence. Reita, le regard fixé sur son voisin, guettait le moindre signe d'explosion de la bombe à retardement qu'Uruha pouvait parfois devenir lorsque les contrariétés s'accumulaient.
"Putain, merde !" s'écria soudain ce dernier, dévisageant les infirmiers qui l'observaient attentivement depuis son entrée dans le réfectoire. "C'est bon, j'vais pas tuer quelqu'un, vous allez me lâcher oui ?!" L'un des surveillants s'approcha de l'adolescent aux cheveux châtain, qui s'était levé, reculant sa chaise avec fracas.
"Mais foutez-moi la paix bordel !" cria Uruha d'une voix indignée et pleine de rage, incapable de rester calme devant tous ces adultes qui l'observaient avec un mélange de pitié et de prudence. "Vous allez me laisser tranquille merde !" L'infirmier qui s'était approché s'immobilisa et l'adolescent marcha jusqu'à lui, son assiette dans les mains, avant de la lancer violemment sur le sol.
"M'approchez pas," menaça Uruha en dépassant l'infirmier, le frappant au passage d'un coup d'épaule. "Putain, m'approchez pas ou je casse tout." Il adressa un regard sombre au surveillant près de la porte puis quitta la pièce, le bruit de ses pas s'évanouissant rapidement dans le couloir.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?" chuchota Ruki à l'oreille du blond assis près de lui, après avoir attendu quelques secondes que le réfectoire reprenne une activité à peu près normale. Reita détourna le regard, semblant hésiter un instant quant à ce qu'il devait ou non dire, puis il se pencha pour répondre le plus discrètement possible.
"D'après ce que j'ai compris, Uruha supporte mal la présence d'autres personnes autour de lui. Ça l'énerve très vite, et il peut devenir violent. Ils l'ont mis en isolement plusieurs fois, mais c'est loin d'être le pire ici. Il faut le laisser reprendre son souffle tranquillement et les infirmiers le savent, d'ailleurs tu remarqueras qu'à part un surveillant, personne ne s'occupe de savoir ce qu'il est parti faire." Ruki hocha lentement la tête, assimilant ces nouvelles informations. Uruha lui avait certes parut un peu nerveux la première fois, mais pas au point d'une telle démonstration de colère.
Le brun leva les yeux, observant Reita avec curiosité. Il aurait presque voulu demander au blond ce qu'était son problème à lui, mais ils se connaissaient sans doute trop peu pour qu'il obtienne une réponse. Ruki avait conscience de faire parties des rares personnes dont le problème était évident : la boulimie vomitive laissait des traces, même s'il était d'apparence plutôt maigre - ce qui ne correspondait pas vraiment à l'idée que la majorité des personnes se faisaient des boulimiques.
"Ruki-kun," appela une petite voix qui le fit sursauter. "Tu n'es plus à la table du fond ?" Ruki se retourna pour découvrir Aoi, assis à côté de lui, qui avait légèrement repoussé sa capuche en arrière pour le regarder. Le brun secoua la tête en guise de réponse, mais Aoi ne le quitta pas des yeux pour autant, comme s'il cherchait à deviner les raisons pour lesquelles le nouvel arrivant mangeait désormais avec eux.
"Anorexie ?" s'enquit finalement à voix basse le garçon aux cheveux noirs, retirant totalement sa capuche. Ruki secoua à nouveau la tête et Aoi acquiessa avec un regard compréhensif, un sourire à peine visible étirant le coin de ses lèvres.
"Pour les boulimiques, les anorexiques comme moi ont au moins la chance d'être maigre je suppose," commenta-t-il finalement en reportant son attention sur son assiette. Ruki écarquilla les yeux et baissa la tête, ignorant tant bien que mal la remarque plutôt acerbe que venait d'avoir son voisin de table.
"L'écoute pas, ici faut guérir," intervint Reita d'une voix monotone. Le brun hocha distraitement la tête, essayant de s'en convaincre, mais son regard avait du mal à quitter ses cuisses qui paraissaient tellement grosses, aplaties par la chaise sur laquelle il était assis.
* * *
La soirée s'annonçait mal. On avait dit à Ruki de dormir avec les autres, dans la chambre de Kai et Reita - les infirmiers semblaient persuadés que les malades finiraient par se surveiller entre eux si on évitait de les laisser seuls. Uruha était resté introuvable, mais le personnel savait de toutes façons certainement où il était ; les pensionnaires ne pouvaient eux que prendre leur mal en patience en attendant d'avoir des nouvelles.
Le plus affecté de la chambrée était sans doute Reita. Il avait repris sa place habituelle sur le lit, face à la fenêtre, observant la cour intérieure plongée dans la pénombre de la nuit, la pluie tombant de plus belle. Kai était assis entre le côté de son lit et le mur, sur le sol, quasiment invisible pour Ruki dans la position où il se trouvait. Aoi, lui, semblait indifférent aux problèmes d'Uruha ; il se contentait d'observer ses jambes longues et pâles, assis en tailleurs, le visage caché comme à l'ordinaire sous une large capuche noire.
Après un silence qui parut interminable, le jeune anorexique aux cheveux noirs se leva, dévoilant ses hanches saillantes sous son boxer, à peine cachées par son sweat shirt noir. Aoi s'étira, les lèvres plissées en une moue ennuyée, avant de poser ses mains par terre pour faire quelques exercices sportifs.
"Je devrais peut-être faire ça aussi," marmonna Ruki, attirant l'attention du brun. Celui-ci se releva, les mains dans les poches du seul vêtement qu'il portait encore excepté son boxer, toisant le nouvel occupant de la chambre comme s'il tentait d'estimer ce qu'il restait de graisse sur son corps déjà mince.
"Ouais," lâcha simplement Aoi, tournant le dos à son interlocuteur pour se concentrer à nouveau sur ses exercices. Piqué au vif, le brun se releva du lit où il était assis, attrapant l'autre malade par l'épaule pour le forcer à lui faire face.
"Tu parles, je suis sûr que je suis aussi costaud que toi," fit-il avec une grimace mal assurée. Aoi haussa un sourcil avant de se dégager, enfilant une paire de jeans et des chaussures.
"Tu veux qu'on vérifie ? Compte pas sur moi pour te ménager, c'est pas parce que t'es malade que j'vais te traiter comme les infirmiers le font," rétorqua l'anorexique se dirigeant vers la porte. "Je vais courir, suis-moi si tu l'oses." Ruki fronça les sourcils, attrapant son sweat-shirt d'une main avant de suivre son adversaire, ignorant les protestations de Reita qui tentait des les raisonner. L'adolescent le guida à travers les couloirs pendant quelques minutes, puis ouvrit une petite porte donnant sur l'extérieur que les surveillants ne prenaient jamais la peine de verrouiller.
"Si tu veux te dégonfler..." commença Aoi sur un ton volontairement méprisant. Ruki haussa les épaules et poussa son adversaire en arrière pour sortir le premier, cachant au mieux le frisson qui le parcourut lorsqu'il s'avança sous la pluie. Aoi lui adressa un sourire narquois, sortant à son tour, avant de commencer à courir à un rythme plutôt rapide. Le brun mis sa capuche afin d'être mouillé le moins possible et suivit son adversaire, bien décidé à ne pas laisser tomber avant lui.
La lune, cachée derrière d'épais nuages, éclairait à peine les alentours. La clinique, située en campagne, ne profitait pas de la lueur des lampadaires et Ruki devait plisser les yeux pour parvenir à ne pas perdre Aoi de vue, sans compter la pluie et le sol boueux qui semblait se dérober sous ses pas. Soudain, l'adolescent poussa un cri, sentant une branche lui fouetter le visage, puis il trébucha et son genou heurta quelque chose de dur. Ruki jura, prit appuis dans la boue pour se relever puis recommença à courir, sans même prêter attention au fait qu'Aoi l'avait semé. La course dura encore quelques minutes, puis il ralentit son allure, incapable de reconnaître précisément où il était mis à part le mur blafard de l'hôpital qui se trouvait à quelques mètres sur sa droite.
"Ahhh..." gémit Ruki en se laissant tomber à genoux, essoufflé. Il avait vomit entièrement son premier repas de la journée et n'avait pas avalé grand chose au dîner, si bien que la tête lui tournait déjà. L'adolescent baissa la tête, les mains posées sur ses cuisses dont il pouvait sentir l'épaisseur, de loin supérieure au diamètre des bien belles jambes d'Aoi.
"Ha, alors ?" s'exclama une voix derrière lui, d'un ton qui cachait mal une profonde satisfaction. "Tu as perdu. Je te l'avais dit. Tu n'y arriveras pas tout seul, tu sais." Ruki rétorqua par un grognement, trop fatigué pour répondre à la provocation. Le souffle d'Aoi semblait aussi rapide que le sien, peut-être même plus, et sa respiration paraissait laborieuse, presque asthmatique.
Ruki ferma les yeux, prenant une longue inspiration avant de se lever. Il avait si froid qu'il grelottait désormais, sans même s'en être rendu compte, incapable de se réchauffer sous la pluie après l'effort qu'il venait de faire. Le brun se retourna pour chercher Aoi du regard mais celui-ci avait disparu, laissant l'adolescent trouver seul le chemin du retour.
