Chapitre 4 : retour en arrière
« NON !!! » La main d'Elladan effleura la tunique de Legolas. Le jeune prince glissa, et avant qu'Elladan ou Elrohir aient pu faire quoi que ce soit, il tombait. Elrohir regarda rapidement son frère, formulant une question muette : que faire ? Le temps qu'Estel cligne des yeux, les jumeaux avaient eu la même idée. Ils sautèrent à la suite de Legolas. Cela faisait moins d'une seconde que leur ami était tombé, mais déjà il avait dépassé, à une vitesse vertigineuse, le pic rocheux qui marquait la mi-hauteur de la falaise. Ils devaient faire vite. Les jumeaux atteignirent l'eau presque en même temps que Legolas.
Lorsqu' Elrohir sentit contre son corps la violence conjuguée de la force de la chute et du courant, il manqua de s'évanouir. Il ne le fallait pas. L'un d'entre eux inconscient était déjà dangereux pour les deux autres. Un second serait mortel pour tous les trois. Elrohir commençait à étouffer, et il n'avait toujours pas atteint le fond de la rivière. Enfin il sentit les galets sous ses pieds nus. Il poussa de toutes les forces qui lui restaient sur les pierres, et remonta en trombe. Mais déjà il voyait devant ses yeux fermés danser des étoiles. Il sentit qu'il n'atteindrait pas la surface. Non. C'était trop bête de mourir ainsi, sans même avoir eu le temps d'aider Legolas. Il ouvrit les yeux, et leva la tête. Le soleil brillait loin au dessus de lui, illuminant sa vue troublée de reflets d'or. Il voulait revoir le ciel et les étoiles, et mourir à la bataille plutôt qu'inutilement noyé. L'élan qu'il avait pris était entièrement consommé, et il nageait maintenant, les bras lourds et la tête en feu. Il commençait à ressentir une douleur aigue dans le haut de sa poitrine. Sa vue se brouilla, et il ferma les yeux, cessant de lutter. L'eau glacée lui donnait une étrange sensation, il sentait sa tête comme emprisonnée dans un étau de glace. À bout de force, la volonté annihilée par la force de l'eau qui tourbillonnait autour de lui, il se laissa mollement entraîner par le courant.
La tête d'Elladan creva la surface de l'eau. Il chercha immédiatement Legolas, et l'aperçut, le haut du corps étalé sur un rocher, pas très loin de la rive, désespérément inerte. Il voulut nager vers son ami, mais son bras droit refusa de lui obéir, et il réprima un gémissement de douleur. Il ne s'était pas même rendu compte qu'il s'était blessé, tout occupé à penser à Legolas. Elladan fut brutalement projeté sur le rocher où gisait son ami, et s'accrocha à la roche. Seulement à ce moment il se demanda où était son frère.
Dans un sursaut d'énergie, Elrohir ouvrit les yeux. Enfin la surface. Il sentit à peine l'air frais et le soleil sur son visage, et, respirant enfin, saisit un roseau avant de s'évanouir pour de bon.
Elladan se tourna sur le rocher, tentant d'apercevoir son frère, mais il ne vit que l'eau en furie. Il soupira, et priant pour que son frère ne soit pas blessé, se mit en devoir de tenter d'apaiser la rivière. Après tout, son père en avait la domination, et peut-être qu'elle lui obéirait aussi...
Il n'avait prononcé que quelques mots, qu'à sa grande surprise, l'eau se calma rapidement. Il ne savait pas qu'au même moment, à Imladris, son père, pressentant inconsciemment un danger, usait de son pouvoir en demandant à Bruinen de s'apaiser.
Le gros rouleau qui maintenait Legolas plaqué sur le rocher diminua si vite de taille que le jeune prince glissa ; et avant qu'Elladan n'aie pu le rattraper, il était à nouveau entraîné par le courant. Il se laissa glisser à la suite de son ami, et laissa la rivière l'emporter. Repliant son bras droit contre son corps, il tenta de nager vers Legolas. Il le rattrapa, et le saisit à la taille de son bras valide. Soudain, il sentit que le courant ralentissait encore, et tendit les jambes vers le fond de l'eau, pour voir si il n'avait pas pied. Ses orteils heurtèrent des galets. Il se redressa, et, mi-traînant mi-portant Legolas, il tenta maladroitement de rejoindre la terre ferme. Dès qu'il fut entièrement hors de l'eau, il allongea doucement Legolas au sol. Le jeune prince ne respirait pas. Elladan fut pris de panique, et secoua son ami. Il s'arrêta lorsqu'il aperçut une tache rouge qui s'élargissait sur l'abdomen de Legolas, qui laissa échapper un soupir, avant d'ouvrir brusquement les yeux et d'asseoir en toussant violemment. Elladan, surpris et tout heureux, serra impulsivement les épaules de son ami, qui lui répondit d'une tape dans le dos. Mais lorsqu'il le lâcha, Legolas retomba sur le dos, les yeux fermés. Il crut que l'instant passé n'avait été qu'illusion, et soupira. Il avait été stupide de croire que son ami avait pu rester en vie. Il se pencha vers lui, et posa son oreille sur sa poitrine. Il entendit un faible bruit sourd. Etait-ce encore une illusion, un écho de son propre cœur dans le corps sans vie de son ami ? Mais Legolas ouvrit à nouveau les yeux, et tenta de se redresser. Elladan le força à se rallonger, ne sachant toujours pas s'il rêvait ou si son ami était mort. Voyant le visage hésitant d'Elladan, Legolas demanda :
« Y a-t-il quelque chose qui te tracasse, Elladan ? »
Le jeune Elfe sursauta à la voix de son ami, et le regarda d'un air hébété.
« Eh bien, qu'as-tu ? Es-tu blessé ? Tu es très pâle…
- Heu…je craignais que… tu sois … mort…
- Eh, je suis vivant. Mais où est Elrohir ? »
