Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire maintenant ? S'ils s'étaient rendus à Garmish, il aurait pu contacter la Toile et faire prévenir Arne, mais là... Il passa avec exaspération sa main dans les cheveux comme s'il voulait s'en arracher la moitié. Saleté de gamine !

A quoi ça sert de vouloir aider les gens qui ont des envies suicidaires ? Des groupes de mercenaires comme ceux qui les avaient attaqués, dans le Duché de Balder, ils n'en connaissaient pas. Près des frontières de l'Empire, c'était une autre histoire, mais pas ici. Il y avait bien une guilde d'assassins mais ils auraient agi en plus petit nombre et plus proprement. On pouvait trouver quelques bandes de pillards qui regroupaient des militaires qui avaient mal tourné, mais là, organisés comme ça, agissant en pleine cambrousse... et avec des tuyaux ! Non, le Duc de Lunebourg prenait trop à cœur l'amour de l'ordre de l'Empire de Kralle pour que ce genre de troupe sévisse dans son domaine. Leur plastron en cuir aurait pu faire penser à des hommes du Nord mais ça serait sauter un peu trop rapidement aux conclusions. Et puis la famille Lunebourg avait le vent en poupe en ce moment ; avec la perspective de leur prochain poste de Prince Électeur, si le Temple lui avait retiré son soutien, il en aurait été le premier averti... Il fronça les sourcils en imaginant qu'il aurait pu lui-même tuer la jeune noble, et même s'il ne la portait pas dans son cœur, l'idée était plutôt désagréable. Et inutile ! Au moins vivante, elle pouvait servir de moyen de pression. Enfin, en tout cas, lui, s'il avait dû la capturer, il aurait évité de mettre un foutoir pareil ! Aucune chance en effet que les quatre autres gardes du corps s'en soient sortis et le chaperon de la fille avait l'air en sale état quand il avait sorti cette dernière du carrosse.

Il trébucha dans une ornière de la route forestière et réalisa qu'il était lui aussi absolument épuisé. En se retournant, il constata qu'Alexandra n'avait pas l'air de dormir. Un de ses bras tenait fermement la taille d'Elfriede alors que son autre main, dans un geste étrangement doux, lui maintenait la tête contre son épaule.

Il se souvenait parfaitement de son rapport sur elle : Alexandra Schäferhund. Évidemment, ce n'est pas tous les jours qu'on croise une énigme comme elle dans les rangs d'une garde rapprochée, même auprès d'un prince ou d'un duc. Tout d'abord, elle était incroyablement jolie... hum, belle même. Jolie, c'était plus pour Lysette ou Annah. Si son équipement ne laissait pas vraiment deviner ses formes, son visage empruntait aux traits épurés des statues de vierges guerrières qu'on trouve dans les temples de l'Ordre des Gardiens. Et pourquoi une aussi belle femme, de cet âge, de si bonne famille, même après une formation d'armes, n'était pas mariée à un beau parti ou à la tête d'un bataillon ? Normalement, en même temps que son frère jumeau, elle aurait du aller directement dans la garde impériale et faire une belle carrière militaire en se couvrant de gloire, comme son père... c'était évident. Mais la Toile n'en savait rien. Ou ne voulait pas dire ? Après tout, il n'était qu'un pion de seconde zone... Pourtant, Arne l'avait prévenu de redoubler de vigilance, il devait savoir qu'il se préparait quelque chose. Vigilance, tu parles ! Qu'est-ce que la vigilance aurait changé à ce fiasco ?