Et nous continuons avec un chapitre sur la rentrée... Rien d'extraordinaire dans celui-ci... Mais nécessaire cependant. Je pose ici les bases de la rentrée à Poudlard, c'est indispensable. Rassurez-vous, la suite est bien meilleure en terme d'arc narratif, ne vous arrêtez pas ici ^^
Bonne lecture et... review...
AD ÆTERNAM : Chapitre IV
Rentrée à Poudlard
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Harry s'enfonça confortablement contre la banquette moelleuse, tandis que le compartiment vibrait dans un grondement sourd. Un sifflement strident déchira la gare bondée, puis l'énorme locomotive rouge et noire cracha d'épais volutes de fumée, et la lourde mécanique se mit lentement en action. Derrière les vitres tremblantes, il vit la grande arche en fer forgée de la voie 9 ¾ s'éloigner peu à peu, tandis que les passants pressés sur les quais devenaient aussi petits que des têtes d'épingles.
« Alors Harry, comment s'est passée la dernière semaine de vacances au Chaudron Baveur ? ».
Posant son regard émeraude sur Ron qui chassait Pattenrond de ses genoux, Harry soupira :
« Comme l'été dernier quand Fudge m'y a assigné, ça s'est bien passé mais j'aurais préféré rester au Terrier. C'était dans tous les cas beaucoup mieux que si j'avais dû retourner chez les Dursley, j'ai eu le droit d'aller me balader un peu sur le Chemin de Traverse pour acheter des affaires ».
« D'après mes parents, Dumbledore n'a rien voulu savoir » grommela Ron. « Il était persuadé que tu serais plus en sécurité à l'auberge que chez nous, comme s'il y avait un risque que des loups-garous apprivoisés vienne nous attaquer... Le Terrier est sécurisé, il aurait simplement suffit de mettre une protection supplémentaire et on aurait pu s'amuser avant la rentrée. Et Snape ? Tu sais pourquoi c'est lui qui a dû venir te chercher après ce qui s'est passé à la Coupe du monde de Quidditch ? ».
« Non » soupira Harry. « Je n'en ai aucune idée, il n'a pas voulu me répondre ».
Lorsque le Maître des Potions l'avait sauvé de justesse des griffes acérées des loups sauvages, ils avaient transplané dans la ville la plus proche puis utilisé le réseau de poudre de Cheminette pour atterrir chez une famille Weasley ensommeillée. Averti, Dumbledore était ensuite apparu dans les flammes vertes de la cheminée au beau milieu du salon des Dursley, en demandant au Serpentard de mettre Harry en sécurité au Chaudron Baveur, avec la complicité de Tom le propriétaire.
« Il t'a sauvé la mise deux fois » fit remarquer Hermione, les sourcils froncés. « Je sais bien que c'est un professeur mais… c'est bizarre, non ? ».
« Bizarre qu'il sauve l'étudiant qu'il déteste le plus à Poudlard ? » s'esclaffa Harry. « Ça tu peux le dire… En même temps… je n'imagine pas une fraction de seconde que Snape soit venu de sa propre initiative me débusquer dans une forêt avec deux gros loups. Sauver le fils de son ennemi d'enfance, vous imaginez… ça a dû lui a brûler les doigts... ».
« Harry, ne dit pas ça » soupira Hermione en sortant un livre de son sac.
Le Gryffondor leva les yeux vers le ciel nuageux qui défilait de l'autre côté de la vitre.
Il avait l'impression qu'il pouvait y superposer l'affreuse tête de mort apparue lors de l'attaque des campings.
La Marque des Ténèbres… le signe de Voldemort, lui avait expliqué Hermione dans ses lettres après s'être renseignée auprès des parents de Ron. La signature de l'un des plus dangereux Mage noir que le monde sorcier ait jamais porté...
Son cœur se serra. Pourquoi avait-il seulement fallu qu'il s'étonne du lourd tribut humain payé par des sorciers et sorcières venus des quatre coins du monde pour assister à un match d'anthologie ? Pourquoi avait-il dû en être surpris ? Le chaos démesuré de cette nuit, les destructions organisées par les rangs serrés de Lord Voldemort, les flammes gigantesques brûlant les tentes et les arbres, les cris terrorisés et désespérés… Il y avait eu quelques morts ce soir-là, et de nombreux blessés.
Et ces loups monstrueux qui l'avaient pourchassés lui et Snape… Il n'en avait de souvenir que leur toison musclée et argentée, suffisant pour lui rappeler la sensation de peur qu'il avait ressenti. La voix grave de Snape tournait en boucle dans sa tête… Vous étiez traqué par ces bêtes depuis le début, M. Potter... Les loups avaient des colliers autour du cou, alors à qui appartenaient-ils ? A celui qui l'avait traqué dans la forêt. Il repensa à tout son parcours de jour comme de nuit entre ces arbres à l'humeur si changeante, et un frisson nerveux lui remonta le long du dos.
De quelle sorte de loups s'agissait-il exactement ? Snape avait refusé de lui répondre. Harry essayait de se convaincre qu'en fin de compte, il n'en savait peut-être rien du tout. Il essayait de se persuader que s'il en avait su quelque chose, son professeur se serait fait un plaisir de le lui dévoiler, il ne manquerait jamais une occasion de l'effrayer et le tourner en bourrique. L'idée même que l'homme ait préféré garder des détails horrifiques pour lui-même en vue de le préserver était tout bonnement absurde et ridicule.
« Je me demande comment Snape m'a retrouvé dans cette forêt » fit-il machinalement après un long silence de réflexion. « Je ne lui ai pas posé la question ».
« Sûrement grâce à la Trace ainsi qu'au sortilège de localisation » répondit Hermione. « La Trace est une sorte de signature magique placée sur les sorciers mineurs. Si jamais un mineur fait usage de la magie, le Ministère en est immédiatement alerté. C'est comme ça qu'ils ont su que tu avais gonflé ta grande-tante l'an dernier, Harry, ou lorsque Dobby est venu chez toi l'été de notre deuxième année ».
« Je n'ai jamais lancé de sort à tante Marge » protesta le Gryffondor.
Son amie leva les yeux au ciel, peu convaincue.
« C'était sûrement un informulé ».
« Je ne connaissais même pas la formule. Et je ne la connais toujours pas ».
« C'était de la magie accidentelle, mais même dans ce cas-là elle est repérée du fait du sortilège de la Trace ».
« Et pour Dobby ? C'est lui qui a fait léviter le gâteau de tante Pétunia, pas moi ! ».
« J'ai lu que ce système de Trace est souvent brouillé dans des situations où les sorciers mineurs sont à proximité de sorciers adultes, près d'êtres magique, ou dans des lieux si chargés en magie qu'on ne peut pas y déceler l'usage illicite de la sorcellerie par un jeune sorcier. Rappelle-nous à quel moment tu t'es servi de ta baguette exactement, une fois que tu t'es enfui de ce château-fort ? ».
« Quand j'ai produit des étincelles pour essayer de faire venir le Magicobus » répondit Harry. « Je me souviens que trop bien de ce grand moment de solitude ».
« Ce type d'étincelles est sûrement trop faible pour être considéré comme un agissement illicite. Quel a été le sort suivant ? ».
« J'ai lancé plusieurs sorts d'orientation au cours de la journée, un Lumos puis un Petrificus totalus contre ce satané Pitiponk. J'ai croisé Snape peu après ».
« Oh, alors je pense que c'est le sortilège de Pétrification qui a permis au professeur Snape de te localiser. Il est plus puissant que de simples sorts d'orientation, et surtout c'était la nuit, une majeure partie de la faune magique devait être en train de sommeiller. Sauf ces bêtes sauvages qui vous ont pourchassés. Mais tout de même, je m'étonne que ce soit le professeur Snape qui ait pu te retrouver. Il n'est pas membre du Service des usages abusifs de la magie au Ministère. Comment a-t-il pu y avoir accès ? Le Service devait avoir d'autres chats à fouetter que s'occuper d'un cas de disparition parmi le chaos de la Coupe du monde».
« Les Aurors ? » proposa Ron.
Hermione parut clairement dubitative, caressant le pelage de feu d'un Pattenrond ronronnant.
« Les Aurors devaient être tous mobilisés, au premier rang de la gestion de la crise ».
« Un Auror ? Qu'est-ce qu'un Auror ? » demanda Harry.
« Ces sont des membres du Ministère de la Magie chargé de la sécurité des sorciers » fit Hermione. « C'est pour ça que je me demande pourquoi le professeur Snape est venu en personne à ton secours ».
Et elle avait de quoi être intriguée étant donné que lui et Harry n'étaient pas dans les meilleurs termes...
« Nous savons juste qu'il est de mèche avec Dumbledore » lâcha le Gryffondor.
« Je t'avoue que la raison de son implication dans ta sécurité me dépasse, mais c'est la seconde fois en un été qu'il est intervenu pour te sauver la mise, Harry ».
Le garçon soupira.
« Même si me brûle la langue de l'admettre, s'il n'était pas apparu aux bons moments pour me tirer du pétrin, je me serais fait capturer par Queudver et ses copains, et j'aurais probablement fini dévoré par des loups-garous déchaînés ».
Hermione ouvrit son journal.
« Au moins, nous serons en sécurité à Poudlard » déclara-t-elle.
Loin devant, en tête de locomotive, le train siffla trois fois.
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Ce matin-là de rentrée à Poudlard, une bonne humeur générale s'était emparée des étudiants. L'excitation et la surprise du dîner de la veille ne s'était pas essoufflée, et tout le monde commentait avec enthousiasme la nouvelle de l'année. Sous le plafond enchanté et lavé de l'orage de la nuit, dans le brouhaha animé de la Grande-Salle, Harry, Ron et Hermione savouraient leur tout premier petit-déjeuner.
« Réhabiliter le Tournoi des Trois Sorciers, c'est vraiment l'idée la plus folle et en même temps la plus géniale qu'ait pu avoir ce vieux cinglé de Dumbledore ! » s'exclama Ron, le sourire aux lèvres, en étalant une portion généreuse de confiture sur un pancake frais. « Rendez-vous compte ! Le Tournoi des Trois Sorciers, non mais qui aurait pu se douter que quelque chose d'aussi épique se tramait ? Trois écoles de magie, trois champions, et mille Gallions à la clef, sans compter une gloire éternelle... ça fait rêver, non ? ».
« Et comment ! » renchérit Dean Thomas, un garçon élancé au teint mat. « C'est le plus vieux et le plus célèbre des tournois sorciers organisés entre les écoles du monde de la magie ! Il a plus de sept cents ans d'existence ».
« Le plus vieux et le plus célèbre certes, mais aussi le plus dangereux » contra Hermione sur un ton docte. « Le professeur Dumbledore a dit que les champions devront faire preuve d'audace, d'habileté, de courage, mais aussi d'aptitude à réagir face au danger... Vous ne l'avez pas écouté quand il a parlé du nombre important de morts ? ».
Un vieux volume rouge et poussiéreux dans une main, une tartine de beurre dans l'autre, elle paraissait moins enjouée que ses camarades.
« J'ai eu le temps de passer à la Bibliothèque tout à l'heure pour emprunter ce livre, et je viens de lire qu'il y a eu de nombreux blessés graves et de morts plutôt horribles. C'est extrêmement risqué, en 1792 un Cocatris que les candidats devaient capturer a pu s'échapper de l'arène et s'est sauvagement attaqué aux directeurs des écoles respectives. Et c'est d'ailleurs en raison du nombre de personnes tuées que le Tournoi a cessé d'être organisé ».
« Attaqués par un quoi ? » fit Harry, sûr d'avoir mal compris.
« Un Cocatris ».
« Qu'est-ce donc que cette chose-là ? ».
« C'est un animal magique incroyablement dangereux » les éclaira Hermione. « On le rattache à la grande famille des Basilics, il est le fruit d'un œuf de serpent couvé par une poule. On raconte qu'il possède une grande tête de coq, de larges ailes de chauve-souris ainsi que d'un redoutable et puissant corps de serpent. Croyez-moi, vous n'aimeriez vraiment pas vous retrouver nez à nez avec pareille créature dans une forêt ! ».
« Oh, il y a des tas de bestioles que personne n'aimerait croiser au détour d'un fourré » fit observer Harry, parfaitement informé.
« Quelle drôle d'allure cela doit avoir » commenta Fred
A ses côtés, George se leva du banc pour voir l'illustration par-dessus l'épaule de Hermione. Il laissa échapper une exclamation tout à fait dédaigneuse :
« Peuh ! Ce n'est rien d'autre qu'un stupide poulet rabougri ».
« Un poulet qui peut te déchiqueter la gorge d'un coup de patte ! ».
« Il suffit de l'affriander avec des graines, et le combat est plié en moins d'une minute ».
« En tout cas, j'ai hâte de recevoir les deux autres écoles, Beauxbâtons et Durmstrang ».
« Beauxbâtons ? C'est en France ? » demanda Harry.
« Dans les Alpes françaises » précisa Hermione sur un ton rêveur. « L'Académie de magie de Beauxbâtons est mondialement réputée pour son raffinement et ses excentricités. Il se murmure qu'elle est suspendue entre les sommets et sapins enneigés des hautes montagnes, et il paraît même que le château est décoré par des orfèvres reconnus en sculptures de glace et ornements précieux. Je suis sûre que j'aurais adoré y allé si je n'avais pas été choisie à Poudlard ».
« Et Durmstrang ? Ça ne m'évoque rien ».
En face de lui, le visage de Ron se fit plus grave.
« L'Académie de Durmstrang est une école mystérieuse et plutôt secrète, mon père m'a un jour raconté qu'elle était assez bercée dans la Magie noire, si tu vois ce que je veux dire. Ce ne sont pas des rigolos là-bas ».
« Tu sais, on peut étudier et exercer de la Magie noire sans devenir soi-même un mage noir » fit Hermione. « Cela ne fait pas d'eux pour autant des gens infréquentables, il faut peut-être savoir maîtriser des facettes plus sombres de la magie pour pouvoir exercer de la bonne magie dite Magie blanche ».
« La maîtrise de la Magie noire est plutôt mal vue, et ce n'est jamais une bonne chose y compris lorsqu'on veut simplement la connaître comme tu dis. Dans la plupart des cas, ceux qui le font finissent par mal tourner ».
« Je suis certaine que le professeur Dumbledore a des connaissances en matière de Magie noire, et pourtant il s'agit de l'un des plus grands sorciers de ces dernières décennies luttant contre le Seigneur des Ténèbres et ses partisans, et contre les mages noirs en général ».
Peu convaincu, Ron grommela et enfourna dans sa bouche une cuillerée pleine de confiture.
« Tu n'auras qu'à poser la question à Maugrey Fol Œil tout à l'heure, on a deux heures de cours de Défense Contre les Forces du Mal. C'est un expert, un grand chasseur de mages noirs, il a sûrement un avis sur le sujet ».
L'Auror Alastor Maugrey avait fait sensation la veille quand les étudiants l'avaient découvert en pénétrant dans la Grande Salle avec un sens de la théâtralité particulier, au moment même où Dumbledore annonçait l'organisation du Tournoi des Trois Sorciers. Sur son visage buriné, taillé à la serpe et marqué par les cicatrices, son curieux œil magique tournoyait en tous sens, aux aguets. Et sa démarche claudicante et conquérante, accentuée par sa jambe de bois, avait suffit à persuader chacun qu'il n'était sûrement pas le genre d'individu à provoquer, sauf à vouloir terminer avec un membre en moins.
« J'ai hâte de commencer ses cours » se réjouit Harry avec impatience.
Et effectivement, leur premier cours avec l'Auror fit sensation...
Alastor Maugrey avait des manières rustaudes, parfois brutales, mais paraissait être indéniablement un excellent professeur. Sous leurs yeux éberlués, il lança coup sur coup les sortilèges Impardonnables sur une araignées cobaye. Il avait répété le spectacle aux classes supérieures ; un moyen de leur faire comprendre à tous qu'il leur inculquerait des connaissances théoriques et pratiques de Défense Contre les Forces du Mal. Et rapidement, ses méthodes
En Métamorphose, Harry retrouva le professeur McGonagall qui leur promit sur un ton sévère une année chargée, tandis que Sibylle Trelawney leur assura quant à elle qu'ils prédiraient tous ensemble de nombreux événements, et que l'ombre de catastrophes planait sur l'école. Pour Harry, même un Augurey, le phénix irlandais qu'il avait croisé avec Snape, serait sûrement plus précis dans ses prévisions funestes que leur professeur aux airs d'insecte déluré...
« Je vous laisse, je dois filer à la Bibliothèque » lança Hermione quand la cloche sonna la fin de la première journée de cours. « Je vous rejoins dans la salle commune ».
Dans l'agitation qui monta dans la salle, la voix flûtée de Flitwick leur rappela qu'ils commenceraient la pratique dès le prochain cours.
« Encore ? Hermione, on a peine commencé que tu retournes déjà te fourrer dans les livres ! » fit Ron. « Si c'est à propos du Tournoi des Trois Sorciers, tu n'as qu'à attendre que les autres écoles arrivent à Poudlard. Tu auras tout le temps de leur demander et d'échanger avec eux ».
Hermione prit soin de vérifier que personne ne risquait de l'écouter, et rétorqua à voix basse :
« Ce n'est pas à propos du Tournoi, c'est à propos des loups-garous apprivoisés que Harry et le professeur Snape ont dû fuir. Le professeur Lupin n'a pas pu m'éclairer quand je lui ai demandé des précisions par lettre, je pense trouver des réponses à la Bibliothèque ».
« Qu'as-tu exactement derrière la tête ? ».
Mais Hermione se contenta de leur adresser un regard énigmatique avant de s'engouffrer hors de la salle à la suite des autres étudiants.
« Elle trouvera sûrement là-bas » fit Ron en haussant les épaules. « Harry, il faudrait qu'on aille se renseigner sur l'équipe de Quidditch dans le hall du château, les dates des épreuves de sélection ont dû être affichées tout à l'heure. Je me demande qui est le nouveau capitaine des Gryffondors ».
« J'avais oublié qu'Olivier Dubois n'était plus là ! J'espère que le nouveau capitaine ne nous assommera pas de discours longs et pénibles ».
« Je suis surpris que Dumbledore ait décidé de ne pas suspendre les matches de Quidditch en raison du Tournoi des Trois Sorciers. Mais ce sera une année chargée en événements. Tu crois que si le champion de Poudlard fait partie d'une équipe il devra renoncer au sport ? En tout cas c'est une bonne chose pour nous ».
Harry acquiesça énergiquement et s'engagèrent dans les escaliers mobiles.
Arrivé dans le hall, ils tombèrent sur Angelina Johnson, une grande jeune fille dynamique les aborda, le sourire jusqu'aux oreilles. Elle était resplendissante.
« Salut, vous deux ! Vous avez passé de bonnes vacances ? » lança-t-elle sur un ton enjoué, avant d'enchaîner sans leur laisser le temps de répondre « Devinez quoi ? Je sors du bureau de McGonagall, elle m'a nommée capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor !».
« Félicitations ! » s'écrièrent en chœur les deux garçons.
« Merci, merci. Je ne pensais pas être choisie, c'est un honneur pour moi ».
« Tu as les épaules d'une meneuse » fit Harry. « Cette année va être géniale ! ».
« Les épreuves de sélection ont lieu ce weekend pour que l'on choisisse notre nouveau gardien. Le reste de l'équipe conserve la même composition, nous sommes tous de bons éléments. J'aimerais que tu sois présent ».
« Je serai là ».
« Ron, préviens les jumeaux qu'ils doivent eux aussi venir aux essais. Dis-leur que je ne tolèrerai ni retard ni absence ».
De l'autre côté du hall, arpentant le sol entre les groupes d'étudiants dispersés de son pas rapide, Harry aperçut Snape.
Abandonnant Ron et Angelina sur leurs pronostics du nouveau gardien, il s'avança vers le directeur de Serpentard. Sentant naître en lui une pointe d'appréhension absurde, il s'assura que sa cravate rouge et or était convenablement nouée, et le col de sa chemise symétrique. Il ne tenait pas à recevoir une remarque désobligeante, songea-t-il avant de haussa les sourcils aussitôt que cette pensée lui eu traversé l'esprit. Depuis quand se souciait-il de ce que Snape pouvait lui dire ? L'homme le détestait...
La donne avait-elle un peu changé depuis que le Professeur l'avait secouru par deux fois ? Non, bien sûr que non... Oui, mais... même s'il agissait à la demande de Dumbledore, Snape avait néanmoins consenti à livrer bataille pour le défendre contre trois présumés Mangemorts galvanisés. Sans oublier qu'il s'était aventuré dans une forêt pour le sauver d'une mort aussi certaine que douloureuse. Pourquoi lui était-il venu à sa rescousse ? Pourquoi pas quelqu'un d'autre ? Il avait en tout cas risqué sa vie pour la sienne, fut-ce à contrecœur... Et ça, Harry ne pouvait pas faire comme si de rien n'était...
Balayant ces pensées perturbantes, il se glissa entre un groupe de Serdaigles et rattrapa le Maître des Potions
« Professeur Snape ! ».
Devant lui, l'homme se retourna lentement, posant sur lui des yeux noirs comme un puits sans fond.
« M. Potter, que me vaut l'honneur de votre présent ? » déclara-t-il en se drapant dans ses robes noires.
« Je voulais vous parler » dit Harry avec nervosité.
Le bref silence qui s'ensuivit le fit hésiter.
« Je n'ai que peu de temps à vous accorder, alors venez-en aux faits ».
« Désolé » bredouilla Harry. « Je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire pendant les vacances, mais je tenais à ce que vous sachiez que je vous suis très reconnaissant de m'avoir sauvé la vie. Je veux vous remercier car sans vous, je ne serais plus ici. Merci ».
Snape ne cilla même pas, restant imperturbable. Il continua de l'observer. Son regard inquisiteur acheva de mettre le garçon mal à l'aise.
« Merci » dit-il simplement, conscient de l'avoir déjà dit une fois.
Son professeur baissa les yeux sur lui et l'examina de la tête au pied avec intensité. Il était toujours aussi impassible. Harry sentit ses joues se colorer. Pourquoi par Merlin l'homme ne réagissait-il pas ? C'était du Snape tout craché, ça. Même dans ce genre de moment il persistait à vouloir le ridiculiser. Il s'apprêta à tourner les talons pour oublier cette scène et pour rejoindre la salle commune de Gryffondor et c'est naturellement à ce moment-là que le Maître des Potions se décida à prendre la parole.
« Je dois vous avouer M. Potter, je suis assez stupéfait que vous ayez pris l'initiative de me présenter vos remerciements. Votre père n'aurait jamais fait une telle chose... En définitive, me serais-je trompé sur votre compte ? ».
La question était clairement sarcastique, toutefois malgré la référence classique à son père, Harry resta calme.
« Pourtant professeur, je ne comprends pas que vous soyez venu en personne à mon secours. Après tout, vous me détestez ».
L'homme serra les lèvres et plissa les yeux. La remarque sembla lui déplaire car son visage jusqu'alors neutre arbora une moue désapprobatrice.
« Je ne vous déteste pas » répliqua-t-il, et si Harry fut choqué, il ne le crut pas une seconde. « Et encore une fois, la raison de mon intervention n'est pas votre affaire ».
« Vous agissez sur ordre du professeur Dumbledore ? ».
« Nous agissons conjointement » corrigea-t-il, et il laissa filer un autre silence. « Ces deux loups dans la forêt en avaient après vous, elles étaient contrôlées par un maître, lâchées comme lors d'une chasse à courre. Il n'est pas possible pour le moment de savoir qui est derrière cette traque, bien que j'aie ma petite idée. Cependant je dois vous mettre en garde : vous devriez surveiller plus que jamais vos arrières ».
Snape baissa d'un ton et s'approcha de lui :
« Il se trame quelque chose dans l'ombre depuis plusieurs semaines, et il apparaît évident que vous soyez l'une des cibles privilégiée des partisans du Seigneur des Ténèbres. Ce que vous avez entendu de la conversation des deux individus qui vous ont enlevés lorsque vous êtes arrivés à ce château-fort dans les Highlands confirme mes pressentiments. J'ignore la manière dont il s'y prend, mais je pense qu'il essaye de faire graviter autour de lui des fidèles qui entendent le ramener, disons... à la vie. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit le soir où je suis venu vous chercher chez vos Moldus ».
Harry se rappelait distinctement des mots de son professeur, qui n'avait en outre pas manqué de le rudoyer quant à sa conduite supposée téméraire lors de l'assaut de Privet Drive.
« Si votre kidnapping le soir de la Coupe du Monde relève d'une rencontre au hasard, ce lâcher de loups-garous assoiffés de sang n'en était pas un. Je présume qu'avec votre légendaire intrépidité et inconscience vous avez l'habitude de défier les dangers » il renforça l'emprise de son regard sombre « Cependant vous êtes désormais directement visé, et la montée lente mais sûre de l'influence du Seigneur des Ténèbres en témoigne. Alors je vous le recommande ouvertement : ne tentez pas le diable cette année ».
« Parce que les années précédentes, je tentais le diable ? » se défendit Harry. « Monsieur » rajouta-t-il en voyant Snape le fusiller du regard.
« Absolument, M. Potter. Ce n'est pas une coïncidence si vous ne cessez de vous fourrer dans des guêpiers de façon anormalement plus élevée que la majorité de vos camarades. Après tout, que ne ferait-on pas pour se faire remarquer ? ».
« Je n'ai jamais cherché à me faire remarquer » répliqua le Gryffondor, plus fort qu'il ne l'aurait cru.
« Non, bien sûr que non... Dans ce cas, comment appelez-vous cette manie regrettable de vous mêler des affaires qui ne vous regardent pas ? ».
Harry resta coi, ne sachant que répondre, et Snape esquissa un sourire moqueur en voyant les prunelles émeraudes furieuses.
« Oui M. Potter ? Vous disiez ? ».
Le Gryffondor serra les poings pour résister au désir tentant de lui répondre. Mais il ne voulait pas se montrer insolent cette fois, pas alors que le premier jour de cours s'était à peine achevé, il refusait de lui laisser le plaisir de lui infliger la retenue la plus rapide de l'histoire dès la rentrée. Snape assista au combat intérieur avec un vif intérêt et une lueur triomphante étincela dans ses yeux obsidiennes.
« C'est bien ce que j'avais cru comprendre... ».
Et il fit volte-face dans un tourbillon de cape maîtrisé.
D'humeur plus maussade qu'il ne l'aurait souhaité, Harry secoua la tête et rejoignit Ron et Angelina, qui discutaient toujours Quidditch avec animation. Qu'avait-il espéré… Ce n'est pas parce que Snape avait par deux fois joué les chevaliers sauveurs et qu'il courait maintenant un danger qu'il allait lui témoigner une attitude plus clémente.
Lorsque Hermione s'en revint de la Bibliothèque bien après le dîner, elle retrouva Harry dans la salle commune de Gryffondor où il régnait une ambiance plus festive que studieuse, les seuls sujets de conversations étant le Tournoi des Trois Sorciers et le phénomène Maugrey Fol Œil. Les yeux brillants, échevelée comme si elle avait passé des heures à courir dans les allées de la Bibliothèque, Hermione tenait sous le bras un ouvrage bleu marine. Elle se laissa tomber dans un pouf alors que Harry, assis sur le tapie moelleux devant l'une des cheminées, commençait à somnoler sur son tout premier cours de Métamorphose.
« J'ai cherché longtemps mais ça y est, j'ai trouvé avec l'aide de Mme Pince ! Où est Ron ? ».
« Monté au dortoir avec les autres. Je t'attendais » répondit Harry, trop heureux de se débarrasser de son cours.
« Je me suis basée que la description que tu m'en as donnée, par rapport à la forme que prends le professeur Lupin, et leur échine dorsale. J'ai pu réduire une liste d'espèces avant de procéder par élimination, les bêtes qui vous ont pistés sont une race de loups qui toutefois ne s'apparentent pas vraiment à la famille des loup-garous puisque leur morsure ne te transforme pas en l'un d'eux. Je pense qu'il peut s'agir de Lycaons argentés, typiquement reconnaissables par la toison argentée et cuirassée qu'ils arborent. Regarde, il y a même une illustration ».
Sur la page concernée, le dessin esquissé au trait noir faisait froid dans le dos. L'animal avait des membres fins et déliés, d'aspect vigoureux, avec des pattes puissantes et dotées de griffes acérés.
« S'il n'y avait pas son dos argenté, je ne l'aurait pas reconnu, on n'y voyait presque rien dans la forêt à cause de la pénombre. Mais... je crois qu'ils avaient la même allure que celui-ci ».
Hermione frissonna.
« Je n'ose même pas imaginer ce qu'il se serait passé si le professeur Snape ne t'avais pas retrouvé à temps... Le résumé dit que les Lycaons argentés ont la particularité de pouvoir être contrôlés par certains sorciers, à défaut d'être domptés ».
« Dompter un loup fou furieux, on se demande comment ils font » marmonna Harry d'un air sombre.
« Justement Harry, ce n'est pas n'importe quel sorcier ordinaire qui peut gérer et dominer le comportement des Lycaons argentés. La relation qui lie ce loup à son maître est fondée sur de la Magie noire... Leur présence dans cette forêt ne devait rien au hasard ».
Les épaules tendues, Harry ne répondit pas et dirigea son regard vers le feu dansant dans la cheminée, les yeux de Hermione posés sur sa nuque avec inquiétude.
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Les cours commencèrent sur les chapeaux de roue, permettant à Harry de ne pas trop songer à ce qu'il s'était passé après la Coupe du monde, et dissipant ses préoccupations La reprise du travail fut difficile pour nombre d'entre eux comme chaque année, et les professeurs leur distribuaient déjà des devoirs. En Potions, si Snape était aussi désagréable que d'accoutumée, Harry ne pouvait s'empêcher de remarquer une sorte de retenue dans son attitude: il surprenait parfois ses regards indéchiffrables dont il était sûr qu'ils n'avaient rien à voir avec les cours... Savait-il quelque chose de plus concernant l'attaque de Privet Drive et de la Coupe du monde ? Mais Harry ne voulait pas s'y appesantir, évitant un maximum les interactions avec le Professeur.
Le mois de septembre passa à une vitesse folle jusqu'à l'arrivée des délégations étrangères pour le Tournoi des Trois Sorciers, en octobre.
Le château se mit sur son trente-et-un pour offrir à ses futurs invités un accueil honorable. La Grande Salle tout d'abord était entièrement décorée aux couleurs des quatre maisons de Poudlard. Les armoiries étaient fièrement arborées derrière la table des professeurs sur une immense banderole. Dans les galeries et les couloirs ensuite, les armures brillaient impeccablement, et les tableaux soigneusement cirés. Même les cadres les plus sombres et les plus poussiéreux semblaient avoir retrouvé leurs couleurs d'antan et paraissaient plus lumineux que jamais.
Le soir venu, alors que le jour commençait à tomber, les grosses cloches de Poudlard sonnèrent à la volée. Les sons clairs se répercutèrent sous les toits, sur les murs, entre les tourelles, le long des couloirs, sous les arches. Harry, Hermione et Ron se tenaient pressés sous le cloître, avec vue plongeante sur le parc. Sous le porche, dans la cour et dans le parc, une foule dense s'était pressée, l'air était chargé de rires et de conversations.
« Regardez ! » lança Ron en pointant l'horizon du doigt. « Qu'est-ce que c'est ? ».
Dans le ciel qui s'assombrissait, des lumières tremblotantes qui semblaient se déplacer vite se rapprochaient de plus en plus, faisant bruire la foule d'impatience. Bientôt, l'on distingua une forme sombre de grande taille. Lorsque la chose volante fut suffisamment près du château, tous s'aperçurent qu'il s'agissait d'un carrosse couleur bleu pâle aux dimensions démesurées. Des lanternes jaunes bringuebalantes étaient accrochées dessus, et il était orné des gigantesques armoiries de l'école représentant des baguettes en or croisées lançant des étoiles.
« Beauxbâtons ! » s'écria Ron. « C'est la délégation de Beauxbâtons ! ».
Ceux qui avaient parié sur l'arrivée de la délégation française par les airs lancèrent des exclamations de joie, avant d'être rappelés à l'ordre par les professeurs mécontents de cette cohue. Mais ce qui suscitait le plus d'agitation étaient les fantastiques et flamboyants animaux qui le tiraient dans les airs. Dotés d'incroyables ailes, les chevaux géants étaient d'un blanc nacré, leur crinière or flottait au vent. Ils étaient magnifiques.
« Ce sont des chevaux ailés » murmura Hermione.
« Non, vraiment ? » fit Harry qui ne parvenait pas à en détacher les yeux.
« Je pense qu'ils sont de la race des Abraxans, qui sont originaires de France. Mais il faudra que j'aille vérifier à la Bibliothèque, ou alors demander aux représentants de Beauxbâtons ».
Tout autour d'eux les étudiants de Poudlard se répandirent en applaudissement pendant que l'énorme carrosse amorçait leur dernière descente en direction de l'herbe du parc. Malgré leur vitesse prodigieuse, ils ne s'échouèrent pas, mais atterrirent en douceur dans un bruit de galops et de hennissements. Puis le silence revint sur la foule qui retenait son souffle, scrutant les portes du fiacre, et dévisageant, éberluée, les lumineux chevaux ailés.
Les portes s'ouvrirent et une jeune fille vêtue d'une robe bleu clair en descendit avant de s'écarter avec déférence. Elle fut suivie par une femme de la même taille que Hagrid. Très grande, elle n'en demeurait pas moins élégante, habillée aux couleurs de Beauxbâtons et arborant de splendides bijoux. Ses cheveux sombres étaient attachés en chignon sur son cou. Tout le monde en resta muet de stupeur. Tout le monde, sauf Dumbledore qui s'avança jusqu'à elle et la salua d'un galant baisemain.
Les occupants du carrosse étaient assez nombreux, des filles et des garçons dans les dernières années d'étude tous habillés en bleu pastel. Ils se déplaçaient avec légèreté et élégance et se mirent en rang près de leur directrice, la tête haute et le regard droit. Ils portaient fièrement leurs armoiries sur la poitrine. Dumbledore et Mme Maxime discutèrent quelques instants avant que les étudiants les plus attentifs pointèrent la main en direction du lac, plus loin dans le parc.
Un mât venait de fendre la surface tranquille du lac.
Il en émergea un grand vaisseau, toutes voiles flottantes. Il s'agissait d'une imposante frégate, semblable à l'un de ses bateaux d'il y a plusieurs siècles écumant les mers du Nord. L'on eut dit un navire fantôme. Une étrange brume flottait autour, aucune lueur ne filtrait à travers les hublots aveugles, et les bouts des voiles étaient déchirés. Le vaisseau glissa jusqu'aux rives du lac, et du pont tomba une lourde et énorme ancre qui coula au fond de l'eau. Des silhouettes noires jetèrent une passerelle sur la berge, et rapidement une délégation se mit en ordre de bataille vers le château.
A ses côtés, Harry sentit Ron et Hermione frissonner.
« Durmstrang » murmura-t-il, à la fois nerveux et impatient.
Les étudiants de Durmstrang arrivèrent d'un pas conquérant aux portes de Poudlard. Sous les porches, des rangs d'étudiants reculèrent, intimidés.
La présence de la délégation de l'académie de Durmstrang en imposait, distillant une curieuse tension dans les airs.
« Ils sont imposants » murmura Hermione.
Leurs étudiants étaient plus nombreux que ceux de Beauxbâtons, il y avait bien plus de garçons que de filles. La plupart étaient massifs, vêtus de longues capes de fourrure épaisses et d'un couvre-chef de la même matière qui devait sûrement se révéler fort utile pour affronter des températures glaciales. Tous avaient des uniformes rouges sang et des bottes en cuir. De la même sorte que leurs homologues français, il y avait cette assurance fière dans leur posture et leur regard. Sur leur torse, se dessinait l'emblème de Durmstrang : un crâne pourvu de cornes aussi longues que pointues, surmonté de deux animaux ressemblant vaguement à des hippogriffes.
Ils se disposèrent en double-rangée tels une force de dissuasion. L'homme qui menait la délégation avait une fourrure grise. Grand et mince, ses cheveux et son bouc étaient noirs. Le regard inquisiteur, il alla saluer Dumbledore comme s'il retrouvait un vieux camarade avant d'inviter un étudiant à s'avancer.
« Krum ! » souffla Harry. « C'est Krum, de l'équipe de Bulgarie ! ».
« J'y crois pas » bégaya Ron.
Sous les yeux éberlués de la foule, l'oiseau de proie se détacha du groupe et s'inclina devant Dumbledore.
Quand il fut temps de se rendre dans la Grande Salle pour le dîner, les plus acharnés se bousculèrent sans ménagement pour essayer d'approcher le joueur international, tandis que des groupes de filles gloussèrent à son passage.
Les quatre tables avaient été magiquement rallongées pour permettre aux nouveaux arrivés de s'y installer, tout comme la table des professeurs qui comportait plusieurs sièges supplémentaires. Lorsque tout le monde fut assis et que le brouhaha général sa calma, Dumbledore monta jusqu'à son pupitre pour prendre la parole. A côté de lui avait été tiré un haut meuble recouvert d'une cape.
Dans une Grande Salle attentive, le directeur prononça un discours d'accueil puis il esquiva un geste vers le bout de la table des professeurs afin de présenter les deux autres membres du jury chargés d'évaluer les performances des champions respectifs, outre les directeurs des trois écoles.
Le premier, Ludo Verpey, était le dirigeant du Département des jeux et sports magiques. A la mention de son nom, il se leva, son visage rose et rond rayonnant, carrure de sportif néanmoins un peu tassée, et leva le bras pour saluer toute la Grande Salle. Des salves d'acclamations l'ovationnèrent, et on eu brièvement l'impression de se retrouver dans un stade. Ce qui n'était guère surprenant, songea Harry, puisqu'il venait subitement de se souvenir que Verpey avait été le commentateur durant la Coupe du monde. Son enthousiasme et sa technicité lui avait permis de vivre et de suivre le match de l'Irlande contre la Bulgarie comme si lui-même s'était trouvé juché sur les balais des équipes. L'ancien batteur se rassit, enchanté, aux côtés du second homme, Bartemius Croupton.
Celui-ci, directeur du Département de la coopération magique internationale, resta de marbre. Habillé en costume cravate, cheveux et moustache soigneusement taillés, il paraissait extrêmement sérieux et contrastait curieusement avec son voisin de siège.
« Barty Croupton est le patron de mon frère Percy » fit Ron.
« Et Percy ne vous a jamais dit pour le Tournoi ? » s'étonna Harry.
« Non, mais il ne s'est pas gêné pour prendre un air important pendant toutes les vacances d'été. Seuls les parents étaient au courant... Je me demande comment ils ont pu nous cacher un événement aussi énorme ».
« Il n'a pas l'air commode, en tout cas » fit Hermione.
Dumbledore agita sa baguette et le drap recouvrant le meuble à côté de lui s'envola, découvrant une grande coupe en bois. Elle avait l'air ancienne, et semblait incrustée de gemmes scintillantes. Une gerbe de flammes bleues s'en échappa.
La Coupe de Feu, celle qui allait choisir les champions...
Dumbledore leur rappela les règles, et après un repas interminable dans une ambiance festive, il raccompagna la délégation de Beauxbâtons à son carrosse géant ; pendant que celle de Durmstrang disparaissait au compte goutte dans la nuit sombre afin de regagner les rives du lac où était amarré leur navire.
« Impossible de s'approcher de Viktor Krum » se plaignit Ron quand il quitta la Grande Salle avec Harry et Hermione. « Vous avez vu sa garde rapprochée ? Pas surprenant, c'est un joueur de classe internationale, mais tout de même... ».
« Le directeur de Durmstrang a l'air de bien l'aimer » fit Harry.
Igor Karkaroff, aussi intimidant que ses pairs, adoptait une attitude clairement paternaliste avec le sportif, affichant d'entrée de jeu son favori pour le Tournoi. Son regard s'attardait sur tous ceux qui avaient l'imprudence d'importuner Krum ou de se montrer un peu trop insistant.
Les trois Gryffondors se retranchèrent dans un coin du hall près d'une statue, pour observer tout ce beau monde, échappant à la vigilance du professeur McGonagall qui s'échinait à renvoyer les retardataires dans leurs salles communes. Au même moment, Dumbledore qui revenait du parc se rendit vers Karkaroff et fit approcher Snape qui restait en retrait, affichait une moue ouvertement hostile.
« Regardez Snape » murmura Harry. « On dirait qu'il aurait préféré être partout sauf ici ».
Les deux hommes n'échangèrent pas un mot,
Le regard perçant de Karkaroff croisa les prunelles pénétrantes et obsidiennes de Snape. Le Maître des Potions le toisait des pieds à la tête avec cet air si insondable avec lequel il parvenait à mettre mal à l'aise les gens. La tension était palpable. Le combat de regards dura un certain moment. Karkaroff finit par ciller, rompant le contact le premier. Quand Snape fit volte-face, un mince sourire triomphant étirait ses lèvres.
« Attention, il arrive par ici » chuchota Hermione en tirant Harry et Ron en arrière, contre le renfoncement du mur.
« Snape ! » lança soudain Karkaroff.
Le Maître des Potions s'arrêta près de la statue, et les trois Gryffondors se baissèrent, retenant leur respiration. Karkaroff rattrapa Snape à grands pas.
« Tu n'as rien à me dire, Severus ? » lui demanda l'homme d'une voix sucrée.
« Je crains n'avoir en effet rien à te dire, Igor » répliqua froidement son interlocuteur.
Le tutoiement et la familiarité laissaient entendre que les deux hommes se connaissaient, et pourtant ils ne semblaient pas entretenir des relations des plus cordiales.
« Cela faisait longtemps » commenta Karkaroff.
« Heureusement pour moi ».
« Ce qu'il s'est passé à la Coupe du monde... quelque chose a changé ». Le timbre de l'homme se fit plus feutré et il jeta un coup d'œil autour de lui, soudainement soucieux. « J'ai l'impression que ça devient de plus en plus tendu. Il se passe des choses dans l'ombre. Toi aussi tu la sens, n'est-ce pas ? ».
Snape ne répondit pas, ses traits se faisant plus inquisiteurs que jamais.
« On dirait qu'elle est vivante, qu'elle m'appelle. Ça a commencé au depuis cette nuit-là, quelques chatouillements fugaces parfois, à tel point que je pensais alors que mon imagination me jouait des tours. Mais je ne crois pas au hasard ».
« Je ne compte pas parler de cela avec toi ».
« Severus, attends... Tu ne peux pas l'ignorer. Nous devons parler ».
« Je ne suis pas homme à commettre l'erreur de l'ignorer. A présent, si tu n'as rien d'autre à dire de digne d'intérêt, j'ai plus important à faire ».
Et, sans un regard de plus pour Karkaroff, Snape fit demi-tour avant de s'éloigner. Le directeur de Durmstrang resta immobile, ses yeux froids suivant le Maître des Potions jusqu'à ce qu'il disparaisse.
Cachés dans l'alcôve, les trois Gryffondor froncèrent les sourcils. L'échange n'avait pas duré plus de quelques secondes, mais ça avait été suffisant pour en conclure que les deux hommes, du moins Karkaroff, paraissaient s'inquiéter de quelque chose. Que se tramait-il entre ces deux-là ?
