Un décès dans la famille
Titre : A death in the family
Auteur : Norah Rose
Traductrice : Azweig
Statut de l'histoire : terminée (14 chapitres)
Statut de la traduction : en cours (5/14 chapitres)
Note de l'auteur : Salut tout le monde ! Juste une note rapide pour remercier toutes les personnes qui lisent et laissent leurs impressions. Je prends beaucoup de plaisir à écrire cette histoire et je travaille dur pour la rendre aussi intéressante que possible et l'améliorer. Si quelqu'un désire me parler de choses et d'autres, vous pouvez me retrouver sur Twitter. Merci de votre lecture !
Note de la traductrice : Je reprends avec ce chapitre le rythme de publication, à défaut d'un chapitre tous les lundis. J'aime beaucoup ce chapitre, c'est une espèce de mise-en-bouche très intéressante à ce qu'il va suivre. Bonne lecture !
Chapitre 04
John avait grandi dans un petit village, à deux heures de Londres. Ce village était assez éloigné de la ville pour être considéré comme la campagne. Les bas coteaux était recouverts d'herbe verte et grasse et les maisons étaient toutes considérablement éloignées les unes des autres. Les parents de John n'avaient jamais quitté la maison dans laquelle il avait grandi.
Le père de John avait aimé cette terre. John avait, étant enfant, partagé cet amour pour cette terre calme et paisible mais la guerre l'avait changé de bien des manières. A présent, il avait besoin de l'agitation de la ville. S'assoir sous le porche d'entrée et contempler le coucher de soleil en fin de journée ne lui suffisaient plus. Il avait besoin d'une dose de danger, d'un peu d'excitation.
Le trajet en voiture avait été singulièrement silencieux, avec un Sherlock parlant uniquement pour faire des observations sur les divers paysages qui défilaient sous leurs yeux. Parfois John lui répondait et ils discutaient pendant un moment avant de se réinstaller confortablement pour fixer le paysage à travers la vitre, silencieusement. Parfois John hochait simplement la tête en signe de réponse à une déclaration de Sherlock.
Malgré le fait que c'était un trajet en voiture plus long que ce à quoi ils étaient habitués, le temps passa rapidement et bientôt la voiture s'arrêta en face de la vieille maison de John.
Elle était grande, sur deux étages, mais pas récente. Elle paraissait ancienne et accueillante. Elle donnait l'impression d'être confortable, avec sa porte rouge, posée dans un écrin de collines vallonnées. Sherlock jeta un rapide coup d'œil et commença à faire des déductions sur les dates de fondation de la maison et sur son style architectural d'époque.
Il avait raison sur toute la ligne, comme d'habitude, mais John ne réussit pas à y faire vraiment attention. La voix de Sherlock s'estompa en arrière-plan alors que les souvenirs de son enfance dansaient devant ses yeux. Après que la crue soudaine des souvenirs ait diminué, John sortit de la voiture. Il avait eu une belle enfance ici, mais la pensée que son père ne serait pas à l'intérieur pour l'accueillir lui laissa un arrière- goût amer.
« Rien ne vaut la douceur de son foyer » marmonna John alors qu'il s'approchait des escaliers, Sherlock sur ses talons.
John donna un coup hésitant à la porte d'entrée. Il attendit un moment, essayant de contrôler le tremblement de ses mains. Il avait peur. Peur de rentrer à la maison après autant de temps, peur de voir l'état dans lequel serait sa mère à l'intérieur, peur de ne pas pouvoir être maître de sa douleur une fois qu'il foulerait le sol qu'avait foulé il y a peu de temps encore son père… Une main ferme sur son épaule le sortit de ses pensées. Sherlock lui fit un léger signe de tête et John comprit ce qu'il signifiait sans qu'un seul mot ne soit prononcé.
C'était sa bonne vieille maison, après tout. John ouvrit la porte, maudissant sa mère intérieurement pour ne jamais la verrouiller, bien qu'il lui ait toujours dit de le faire, et entra dans la maison, Sherlock suivant silencieusement derrière lui.
« Maman ? » appela-t-il, traversant lentement le sombre hall d'entrée. Une lumière était allumée au bout du couloir, dans la cuisine. John pénétra dans la pièce pour trouver sa mère, assise à la table de la cuisine, entourée de fleurs et de plats de nourriture. Elle pressait un mouchoir contre son nez et ses yeux étaient rouges comme si elle avait pleuré des heures sans s'arrêter. Ce qu'elle avait fait, John le savait.
Ses yeux brillèrent de nouvelles larmes contenues lorsqu'elle bondit de sa chaise et attira John dans un câlin. Il s'autorisa à fermer les yeux un moment et profita de son étreinte. Sa maman s'éloigna bientôt et saisit doucement son visage entre ses mains, traçant de petits cercles sur ses joues avec ses doigts.
« John, mon chéri. Tu te portes à merveille. » Ses yeux étincelèrent de larmes, néanmoins elle sourit tandis qu'elle portait son regard sur Sherlock.
« Vous devez être Sherlock. » dit-elle, reniflant une fois avant de délaisser John et se tourner pour examiner Sherlock de bas en haut.
Avant que John comprenne ce qui allait se passer, elle l'avait entraîné dans une étreinte. Karen Watson était une femme minuscule, presque plus petite que John d'une tête. Son petit visage était complétement confus lorsque, à la plus grande surprise de John, Sherlock leva les bras pour l'envelopper de son étreinte. Ses cheveux clairs, maintenant presque entièrement gris à cause de l'âge, contrastaient de manière flagrante avec le manteau sombre et la chemise d'un violet profond de Sherlock.
John resta ébahi à cette vue. Quelque part au fin fond de son esprit, il était frappé par l'idée qu'étreindre Sherlock devait être vraiment une expérience grandiose. Sherlock semblait vouloir attirer Karen aussi proche que possible, et il était plutôt grand.
« Je suis Karen Watson, » dit sa mère. « Je suis si contente que vous soyez ici avec John. Oh, il m'a tellement dit de choses sur vous. Des choses tellement adorables, » Elle attrapa fermement Sherlock par la taille et marmonna contre son torse, les larmes mouillant son tee-shirt. « C'est bien qu'il vous ait. John a besoin de quelqu'un. »
« Maman » souffla John, s'avançant d'un pas vers elle. Elle s'éloigna de Sherlock et essuya les larmes qui avaient coulé de ses yeux bleus clairs.
« C'est vraiment bien que vous soyez là l'un pour l'autre. » répéta-t-elle, son expression s'illuminant nettement alors que son regard se reportait sur John. « J'ai toujours, » elle renifla, observant le sol. « J'ai toujours espéré que tu trouverais quelqu'un, John. Quelqu'un qui durerait, à vrai dire. »
« Nous sommes amis, maman. » répondit John. Il avait eu à éclaircir ce point à chaque fin de coup de fil qu'elle lui avait passé. Malgré le fait qu'il lui ait dit et répété, à elle, sa propre mère, encore et encore, qu'il était hétéro, elle ne semblait pas le croire totalement.
« Oui, je sais » dit-elle. « Bien sûr. » Elle fit une pause et tordit ses mains nerveusement. « Bien, » continua-t-elle d'une voix forte pour briser la tension. « Vous devez être affamés les garçons ! »
« Un peu, » répondit John, reconnaissant pour le changement de sujet.
« John, j'ai entièrement rangé la chambre d'ami. Le lit est très grand si… »
John lui lança un regard perçant et le sourire de sa mère s'élargit d'une manière très peu innocente. « Et ta vieille chambre est également propre, bien entendu. Le lit est assez petit mais… C'est toi qui décides. Vous pouvez vous installer et je ferai quelque chose à manger. »
« Merci maman » murmura-t-il, posant chaleureusement sa main sur son épaule pendant un instant avant d'attraper Sherlock par le coude et de l'entraîner à l'extérieur vers la voiture.
Dès qu'ils eurent fermé la porte de la maison, John soupira profondément. « Elle est dans un sale état, » dit-il, en passant une main dans ses cheveux avec exaspération. « Je savais qu'elle le serait. Désolé à propos du, euh… câlin. »
« C'est bon, » répondit Sherlock, ses yeux s'assombrirent d'une manière que John ne comprit pas vraiment. « Elle te ressemble. » dit-il, étudiant du regard les traits du visage de John.
« Eh bien, c'est ma mère, non ? Je lui ressemble. »
« C'est vrai. » approuva Sherlock. Il semblait encore légèrement hébété.
« Je sais que le toucher n'est pas, ah, ton truc… » dit John « Je lui dirai de ne plus le faire. Ma mère est très tactile. Elle a toujours été ainsi. Harry est un peu comme ça en fait. Je dois lui en toucher un mot également. » John pressa fermement ses lèvres dans une tentative d'arrêter son propre babillage.
« John » dit Sherlock, à voix basse. « Ca m'est égal. Le toucher. Ce n'est pas un problème. C'est un signe émotionnel courant. Une manière de gérer la douleur. Ça va. »
John fixa Sherlock dans les yeux pendant un instant. Il semblait toujours le surprendre aux moments les plus étranges. Il s'éclaircit la gorge lorsqu'il réalisa le temps que le contact visuel avait duré. « D'accord… Les affaires. » Dit-il, se retournant pour extraire sa valise de la voiture.
Après avoir récupéré leurs valises et renvoyé la voiture, John mena Sherlock à l'étage jusqu'à la chambre d'ami, qui se trouvait directement face à sa propre chambre d'enfant.
« Nous y voilà, c'est ici. » dit John, désignant d'un signe la chambre d'ami. Elle était confortable et décorée sobrement, comme le reste de la maison. Les murs étaient d'une couleur fauve lumineuse et un dessus-de-lit jaune pastel recouvrait le grand lit. Un lit géant, plutôt. Il était immense.
« Nous ? » demanda Sherlock, jetant un coup d'œil à John.
John toussota imperceptiblement de manière forcée et essaya de sourire à la confusion de Sherlock. « Euh, tu… Tu y es. Je serai, » Il indiqua du doigt la porte de la chambre d'en face. « Je serai juste là. »
« Ta mère a dit que le lit était petit. » dit Sherlock, pragmatiquement.
« Il l'est. »
« Ce lit est grand. »
« Oui, » John porta rapidement une main à sa bouche et observa fixement le sol comme s'il était en train de regarder quelque chose de fascinant.
« Tu ne restes pas aussi dans cette chambre ? » Les questions de Sherlock étaient distantes, comme s'il ne comprenait sincèrement pas ce qui était en train de se passer. Et n'était-ce pas la chose la plus exceptionnelle, vraiment, au sujet de Sherlock ? Il était si intelligent, si terriblement génial, mais en même temps si douloureusement ignorant.
« Sherlock, nous n'allons pas partager un lit, » répondit John, espérant couper court à la discussion.
« Mais l'autre lit est petit… » Dit-il, contemplant le grand lit de la chambre d'ami.
« Oui et je vais aller ranger mes affaires là-bas, maintenant. » John quitta la chambre avant qu'un autre mot puisse être prononcé. Il ferma la porte de sa chambre dès qu'il y fut. Il s'appuya contre la porte un moment, respirant profondément, les yeux fermés. Il les ouvrit et se rappela immédiatement le temps qu'il avait passé dans cette chambre étant enfant.
Il avait été un gamin étrange. Il avait toujours aimé les animaux. Bizarrement, ils avaient été ce qui l'avait poussé à être médecin à l'origine. Il avait recueilli toutes sortes d'étranges animaux de la campagne et les avait soignés jusqu'à ce qu'ils soient en bonne santé. Sherlock aurait été probablement très fier de lui. C'était exactement le genre de choses qu'il s'efforçait de faire au quotidien dans son travail et avec Sherlock.
La chambre était toujours remplie de cages vides qui avaient autrefois hébergé toutes sortes d'animaux, et il apparût que sa mère n'avait en réalité pas du tout rangé cette chambre. Depuis que John avait déménagé, ses parents n'avaient que très peu touché à sa chambre ou à celle d'Harry.
Sa mère avait toujours été extrêmement sentimentale. John avait le sentiment qu'elle avait préféré laisser les chambres en l'état, comme si John ou Harry pouvaient revenir vivre ici à tout moment. Ils avaient rigolé lorsqu'ils étaient revenus à la maison et retrouvés leurs anciennes chambres, semblables à ce qu'elles avaient toujours été, mais maintenant que sa mère aurait la maison entière pour elle seule, cela paraissait triste et un peu pathétique.
La chambre ferait l'affaire cependant. Ce serait parfait. Il ne rêvait pas de partager un lit avec Sherlock. C'était une idée grotesque. Complètement insensée. Tout simplement ridicule. Oh, comme les gens jaseraient.
Mais, bon sang, son vieux lit était vraiment petit.
Je ne sais pas vous mais moi j'adore Karen Watson! Petite note culturelle de traduction au sujet des funérailles en Angleterre et aux États-Unis (peut-être même possiblement dans d'autres pays anglophones ou non) : lorsque Karen est décrite dans la cuisine « entourée de plats de nourriture » cela fait référence au fait que chaque invité aux funérailles, ou tout simplement des voisins ou des amis, apportent de la nourriture à la famille du défunt et généralement la mise en terre est suivie d'un grand repas (scène que certaines ont peut-être déjà vu dans des séries télévisées). Je trouve que c'est une belle tradition, se rassembler autour d'un bon repas pour célébrer et partager un moment ensemble, beaucoup plus conviviale et chaleureuse que la tradition française. A bientôt !
