Voilà le chapitre 4 comme promis, bonne lecture :)


Le petit groupe constitué par Clarke, Lexa et les guerriers de cette dernière s'approchait de la capitale de jour en jour. Clarke récupérait rapidement. Sa blessure à la jambe ne la gênait presque plus et sa côte cassée lui faisait de moins en moins mal. Elle était toujours mal à l'aise en présence de la Commandante, mais au moins leurs rapports s'étaient-ils améliorés et elle avait cessé de la rejeter systématiquement comme elle le faisait auparavant.

Ce jour-là, Clarke nota que la végétation semblait devenir petit à petit moins épaisse. La forêt lui paraissait moins sombre, signe que les arbres étaient moins nombreux et plus éparses. Alors qu'ils arrivaient à l'orée d'une forêt, du mouvement se fit entendre non loin d'eux. La blonde se crispa et porta la main à la dague que Lexa lui avait donnée pour se défendre en cas de besoin. Cette dernière leva alors la main en signe d'apaisement.

- Tout va bien, nous n'avons rien à craindre.

Comme pour confirmer ses dires, un chevreuil émergea à cet instant d'un bosquet. Il arriva dans la clairière, visible aux yeux de tous, et sembla à peine noter leur présence. Le groupe s'arrêta sur un geste de la Commandante et l'animal se mit à brouter l'herbe tendre qui lui était offerte sans se soucier d'être épié. Au bout d'un moment il releva enfin la tête et c'est seulement à cet instant qu'il sembla s'inquiéter de voir des humains si proches. D'un bond il retourna se réfugier dans les fourrés et disparut. Lexa talonna son cheval et le groupe la suivit sans qu'un ordre ne soit nécessaire.

Après quelques instants, Clarke brisa le silence.

- Nous avions vu un cerf à deux têtes quand nous venions d'arriver sur Terre. Les animaux touchés par les radiations sont nombreux ?

- On en voit de moins en moins, répondit la brune sans regarder son interlocutrice. Ça va bientôt faire cent ans que la dernière bombe nucléaire a explosé, les effets les plus néfastes des radiations n'existent presque plus à présent.

- Vous ne semblez pas avoir été touchés par ces effets, fit remarquer la blonde.

- Nous faisons en sorte d'empêcher le maintien des malformations qui ont pu apparaître au fil des années.

A ces mots prononcés d'une voix froide et détachée, Clarke se rappela de ce que leur avait raconté Jaha après son séjour dans la Zone Morte. D'après lui, les Natifs tuaient les enfants qui naissaient malformés. Les parents qui refusaient de se plier à ces règles s'exilaient pour échapper à ces méthodes qui pouvaient paraître barbares mais qui étaient pour les Natifs un moyen de ne pas mettre en péril l'avenir de leur peuple et ainsi d'assurer leur survie.

- Vous ne pouvez pas faire d'échographie je suppose ?

- De quoi ?

Cette fois Lexa s'était tournée vers la blonde et l'incompréhension pouvait se lire sur son visage. Si Clarke s'était écoutée elle aurait souri, attendrie par cette moue presque enfantine.

- C'est une technique médicale qui permet d'examiner le bébé avant qu'il ne naisse. Grâce à ça on peut détecter certains problèmes et ainsi interrompre la grossesse avant qu'elle n'arrive à terme. Peut-être que ma mère a encore un appareil, et sinon nous avons des ingénieurs qui pourraient peut-être en fabriquer un.

- Et en quoi cela nous aiderait-il ?

- Vous pourriez interrompre les grossesses.

- Le résultat serait le même, il faudrait tuer l'enfant.

- Non, ce n'est pas pareil.

- En quoi est-ce différent alors ?

- Le bébé n'a pas encore de conscience quand il est dans le ventre de sa mère.

- Comment peux-tu en être aussi sûre ?

- Je n'ai aucune certitude mais-

- Peu importe qu'un enfant soit conscient ou pas, il reste un être vivant. Ne crois pas que nous tuons ces nouveau-nés par plaisir, nous le faisons uniquement pour survivre.

- Je sais, mais…

La brune n'eut même pas besoin de l'interrompre une nouvelle fois, Clarke s'arrêta d'elle-même. Elle poussa un bref soupir.

- J'imagine que c'est l'un des points sur lesquels nos peuples ne pourront jamais être d'accord.

Lexa ne répondit pas et regarda à nouveau droit devant elle.

Un silence pesant s'était installé depuis quelques minutes. La plus jeune était mal à l'aise, elle craignait d'avoir d'une certaine façon vexée la Commandante. Pourtant, Lexa lui prouva le contraire en prenant la parole.

- A t'écouter on croirait que l'alliance existe toujours.

Clarke réalisa qu'elle disait vrai. Elle lui proposait l'aide du Peuple du Ciel comme si rien ne s'était passé. Elle était prête à partager leur technologie avec les Natifs, et ce malgré la trahison de la brune.

A vrai dire, elle n'avait pas réfléchi au devenir de l'alliance même après tout ce temps. Après que Lexa l'ait informée du marché qu'elle avait conclu avec Emerson, sa seule préoccupation avait été de trouver un autre moyen de sauver ses amis, et une fois de retour à Camp Jaha elle avait préféré partir et s'isoler pour ne plus avoir à penser à ce qu'il s'était passé et à ce qu'elle avait fait. Pas un seul instant elle n'avait pensé à ce qu'allait devenir l'alliance entre les Natifs et son propre peuple. D'ailleurs que s'était-il passé au cours des trois derniers mois qu'elle avait passés seule en forêt ? Ça non plus elle ne s'en était pas inquiétée.

Trop de questions envahissaient soudain sa tête, et elle n'avait aucune réponse et ne savait même pas par où commencer, aussi choisit-elle de ne rien demander pour l'instant et de chasser ces pensées de son esprit, elle y réfléchirait plus tard. Il serait temps de parler de tout ceci avec Lexa une fois qu'ils seraient arrivés à Polis. Avec Lexa ? Une fois encore elle se maudit d'envisager l'éventualité de discuter avec la brune. Elle aurait dû la haïr après ce qu'elle avait fait, mais elle n'y parvenait pas. Ou plutôt elle la haïssait, mais elle n'arrivait pas à faire taire les autres sentiments qu'elle éprouvait à son égard, et elle savait que si elle ne les réprimait pas rapidement, ces sentiments la mèneraient tôt ou tard à pardonner. Or, le pardon était la dernière chose que méritait Lexa.

- Clexa -

Après une courte halte pour se restaurer, la Commandante décida de repartir rapidement. Clarke fut étonnée par ce subit empressement, mais elle ne fit aucune remarque et suivit les ordres comme le reste du groupe. Avec le temps, elle avait appris à reconnaître les décisions qui pouvaient être discutées ou pas, et il n'y aurait pas de négociation pour celle-ci.

Pendant l'après-midi la blonde avait réclamé une pause pour prendre un peu de repos, mais Lexa la lui avait refusée. Clarke devenait soupçonneuse. Pourquoi vouloir tout à coup accélérer alors que la brune lui avait dit elle-même qu'ils avançaient plus vite qu'elle ne l'avait imaginé ? Quelque chose n'allait pas, et elle comptait bien découvrir quoi.

- Tu as l'air pressé tout à coup, fit-elle remarquer.

- J'ai mes raisons, répondit sereinement la brune, gardant le regard fixé droit devant elle.

- Quelles sont ces raisons ?

- Toujours aussi curieuse. Voilà une chose qui n'a pas changé chez toi.

Sa phrase terminée, Lexa se tourna vers Clarke et lui offrit un sourire amusé. Cette dernière, bien que prise au dépourvu, ne se laissa pas distraire.

- Pourquoi vouloir soudain avancer plus vite ?

- Clarke, détends-toi. Bientôt tu découvriras pourquoi, mais d'ici là tu n'as pas à t'inquiéter.

- Pourquoi tu ne veux rien me dire ? Qu'est-ce qu'il y a de si grave pour que tu me le caches ?

- Il n'y a rien de grave, s'impatienta la brune. Plutôt que de te concentrer sur une chose sur laquelle tu n'as aucune prise, concentre-toi plutôt sur ce qui t'attend.

Sur ces mots, Lexa talonna sa monture et lança un mot bref en Trigedasleng, sans doute pour encourager l'animal. C'est seulement à cet instant que la blonde s'aperçut que pendant qu'elles discutaient, le groupe avait atteint un terrain plus accidenté et qu'ils arrivaient maintenant en vue d'une pente escarpé qu'elle n'avait pas remarquée jusque-là.

La Commandante, qui avait pris un peu d'avance en lançant son cheval au trot, se retourna sur sa selle et découvrit alors l'air préoccupé affiché par Clarke.

- Ne t'en fais pas, les chevaux ont l'habitude de monter ce genre de collines. Accroche-toi bien et il fera le reste.

Elle n'attendit pas plus et entama la montée en tête du groupe, suivit par quelques guerriers, les autres restant derrière Clarke pour veiller sur elle. Cette dernière déglutit difficilement et choisit de suivre les conseils qui lui avaient été donnés. Sa monture s'engagea dans la pente et dès les premières secondes, la fille du Ciel se demanda si ce n'était pas l'escalade d'une montagne plutôt que celle d'une colline qu'ils débutaient. Elle fit de son mieux pour rester droite, mais bien vite, en cavalière débutante qu'elle était, elle se courba sur l'encolure de son cheval et s'accrocha du mieux qu'elle put pour rester en selle.

Après ce qui lui sembla durer des heures, elle parvint enfin au sommet de la colline. Elle avait dû se rattraper précipitamment à plusieurs reprises pour éviter une chute, et ce faisant elle avait fini par s'emmêler dans le harnachement de son cheval. Occupée à se défaire du piège dans lequel elle s'était enfermée elle-même, elle ne prêtait aucune attention à ce qui l'entourait, tout ce qui l'intéressait à présent était de savoir que le calvaire de la montée était terminé.

Elle tirait sur les rênes pour se dégager, donnant des indications contradictoires à sa monture qui ne tarda pas à s'affoler et à renâcler. Quand enfin elle parvint à se libérer, l'animal s'ébroua come pour lui montrer qu'il n'était pas un simple objet et qu'elle devait le traiter mieux qu'elle ne le faisait.

- Je fais ce que je peux, répondit-elle d'un ton excédé.

Pour toute réponse, le cheval lâcha un long hennissement.

- Clarke… commença Lexa.

A cet appel, le regard de la blonde passa directement de son cheval à celle qui venait de parler. Elle s'attendait à des réprimandes, mais elle découvrit la Commandante en train de fixer quelque chose droit devant elle. Intrigué, elle fronça les sourcils.

- Bienvenue à Polis.

A ces mots, Clarke tourna vivement la tête dans la direction que fixait la brune, et alors elle écarquilla les yeux, ébahie par ce qu'elle découvrait. Après quatre jours de voyage, ils étaient enfin arrivés à destination : Polis. Voilà pourquoi Lexa avait voulu accélérer.

- Alors ? Tu regrettes toujours que je ne t'ai rien dit ? Avoue que la surprise aurait été gâchée.

La jeune fille ne répondit pas, perdue dans la contemplation de la ville. Ce fut tout juste si elle entendit ce que venait de lui dire la brune. La capitale s'étalait sous ses yeux, immense et resplendissante. On était bien loin des camps de Natifs qu'elle avait pu voir jusqu'à présent ce qu'elle admirait à cet instant ressemblait bien plus aux villes du Moyen-Âge ou de la Renaissance qu'elle avait pu voir dans les livres d'histoire, à la différence près que le tout semblait moins harmonieux. Les styles architecturaux étaient divers et variés, comme si plusieurs civilisations s'étaient données rendez-vous dans une seule et même ville, et c'était peut-être vraiment le cas.

La capitale était entourée par des murailles qui en assuraient la protection, mais le relief en lui-même constituait déjà des fortifications. En effet, la ville était cernée de toute part par des collines semblables à celle au sommet de laquelle ils se trouvaient actuellement. La seule ouverture existante se faisait sur une immense rivière, si grande que la rive opposée semblait se trouver à plusieurs kilomètres. Clarke fut étonnée par un tel paysage mais dû admettre que l'endroit avait été très bien choisi pour y bâtir une capitale.

Le port était assez moderne, mais il ne semblait pas accueillir de navires de guerre, uniquement de petits bateaux de pêche. Soit la flotte n'était pas ici pour l'instant, soit il n'y en avait pas. La jeune fille se promit d'essayer d'en savoir plus. Il y avait quelques bâtiments qui se détachaient des autres par leur dôme imposant et elle devina qu'ils devaient avoir une particularité qui les différenciait des autres, sans doute une fonction politique.

Après le dessin, la seconde passion de Clarke était la lecture. C'était son père qui lui avait donné cet amour des livres dès son plus jeune âge, et elle avait dévoré tous ceux qu'elle avait pu trouver sur l'Arche. Ainsi, elle put voir que l'architecture était principalement anglo-saxonne, mais qu'il y avait également des bâtiments qui présentaient un style baroque italien ou français. D'autres semblaient venus tout droit d'Amérique du Sud, et d'autres encore auraient été dignes de se trouver dans les villes des grands maharajahs. Certains semblaient également être d'inspiration arabe, mais la diversité était telle que Clarke fut incapable de reconnaître tous les styles présents. Ce qui étonna la jeune fille fut de constater que les différentes architectures existantes n'étaient pas séparées les unes des autres pour former des quartiers mais qu'elles se mélangeaient, formant ainsi un patchwork de couleurs et de styles.

Polis était un concentré de cultures venues de tout horizon et Clarke, qui n'avait jamais rien vu de semblable, était ébahie.

- C'est… absolument magnifique.

- Je me dis la même chose à chaque fois.

Trop occupée par cette toute nouvelle ville qu'elle découvrait et absorbée par la contemplation de celle-ci, Clarke ne remarqua pas que c'était elle que Lexa était en train de fixer en disant cela. Cette dernière détourna finalement le regard, mal à l'aise alors que personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit.

- Allons-y, nous n'allons pas rester ici éternellement.

Ils se remirent en route et descendirent l'autre versant de la colline, tâche qui s'avéra à nouveau laborieuse pour Clarke.

Une fois arrivés en bas, les fortifications ne se trouvaient plus qu'à quelques dizaines de mètres et la porte était déjà ouverte pour les laisser entrer. Quand ils la franchirent, les gardes saluèrent respectueusement la Commandante dans un garde-à-vous impeccable. Clarke nota que leur armure semblait moins lourde et moins imposante que celle des Natifs qu'elle avait vus jusqu'à présent. C'était un ouvrage simple, qui ne s'encombrait pas de fioritures, mais qui restait néanmoins tout aussi efficace à les protéger.

Quand ils furent à l'intérieur des murs de la ville, la porte fut refermée sans perdre de temps. Sur un simple geste de Lexa, le groupe s'arrêta un instant. Elle se tourna vers l'un de ses guerriers, celui qui semblait être le plus haut gradé d'après ce qu'avait cru comprendre Clarke, et le fixa avec un regard dur et un air sévère :

- Restez près de Clarke et soyez vigilants. Je ne tolérerai aucun débordement, est-ce que c'est clair ?

L'homme se contenta d'un hochement de tête en guise de réponse et après l'avoir fixé pendant encore quelques secondes, la Commandante se remit droite sur sa selle et reprit son chemin comme si de rien n'était, suivie par le reste du groupe. Clarke fronça les sourcils, intriguée par ce que venait de dire la brune. Ils étaient dorénavant à l'abri des murs, qu'aurait-il pu lui arriver ? Et qu'entendait Lexa par débordement ? Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage, prise par surprise par les gens qui approchaient presque en courant et qui étaient toujours plus nombreux.

Plongée dans ses pensées, elle n'avait pas remarqué la foule qui s'était formée non loin de la porte dès leur arrivée et au milieu de laquelle le groupe se trouvait maintenant. Leur progression avait été nettement ralentie, d'une part parce que les gens présents refusaient de s'écarter pour les laisser passer, d'autre part parce que Lexa et ses guerriers ne faisaient rien pour les obliger à dégager le passage. Au contraire, ils semblaient les saluer. La Commandante affichait son air grave habituel, mais elle laissait les citoyens lui prendre les mains, l'arrêter pour lui dire quelques mots qu'elle écoutait attentivement et auxquels elle répondait parfois, ou encore caresser son cheval et flatter son encolure. La fille du Ciel fut stupéfaite de voir que Lexa était traitée comme une déesse vivante. Le nom de Heda était appelé de toute part, et Clarke pensa que si elle avait été à la place de l'intéressée elle n'aurait pas su où donner de la tête. Pourtant, Lexa semblait calme et sereine, comme toujours. De toute évidence elle était habituée à ce genre d'accueil et ne s'en formalisait pas. Les citoyens paraissaient extatiques de revoir leur Commandante, et ce alors que la séparation avait duré tout au plus deux semaines. L'agitation était-elle la même à chaque retour de la brune ?

Une fois le calme retombé et l'effusion de joie des premiers instants passée, les regards furent davantage attirés par cette jeune fille qu'aucun n'avait jamais vue auparavant et qu'ils découvraient pour la première fois. Clarke fut immédiatement mal à l'aise. Elle n'aimait pas être le centre de l'attention, et à cet instant elle se sentait épiée et observée comme un animal de laboratoire. Rapidement, elle s'aperçut que la rumeur qui avait commencé à se propager parmi la foule depuis quelques minutes ne concernait plus uniquement Lexa puisqu'elle était elle aussi le centre de toutes les attentions à en croire les dizaines de regards braqués sur elle et les murmures qui s'échangeaient d'un voisin à l'autre. Elle nota plusieurs personnes qui semblaient particulièrement intriguées par ses cheveux, et c'est à cet instant qu'elle se rendit compte que parmi tous les gens présents, aucun n'en avait d'aussi clairs que les siens. La chevelure de certains était châtain et pouvait éventuellement présenter des reflets plus clairs, mais personne n'avait de cheveux blonds comme les siens, et elle réalisa alors seulement à cet instant que de tous les Natifs qu'elle avait connus jusqu'à présent, seule Anya possédait cette particularité.

Mis à part les regards intrigués qu'elle avait remarqués parmi les citoyens, Clarke nota bientôt d'autres regards plus méfiants, voire méprisants ou même belliqueux. Elle avait beau porter les vêtements natifs que Lexa lui avait donnés, ses cheveux l'avaient trahie, et de toute évidence une partie des gens présents n'appréciait pas l'idée d'accueillir une étrangère. Alors que jusque-là ce n'était que des chuchotements et des messes basses qui circulaient dans la foule, cette fois une femme prit la parole et parla d'une voix forte de façon à être entendue de tous :

- Chon yu bilaik ? Haukom yu kamp raun hir ? (Qui es-tu ? Pourquoi es-tu ici ?)

- Shof op, ordonna l'un des guerriers du groupe. (Tais-toi.)

- Skaikru laik veida. (Le Peuple du Ciel est un envahisseur.)

- Shof op !

- Ripa ! cria un homme parmi la foule. (Meurtrière !)

Le guerrier qui était intervenu se tourna vers la Commandante et celle-ci donna son ordre d'un simple mouvement de tête. Aussitôt, deux hommes descendirent de leur cheval et s'approchèrent des deux citoyens qui venaient de s'en prendre à Clarke – la blonde n'avait pas besoin de parler la langue locale pour comprendre que leurs propos n'avaient rien d'amicaux.

- Gon we o wan op ! cria le citoyen alors que l'un des guerriers s'approchait de lui. (Pars ou meurs !)

Il y eut un mouvement de foule et la panique s'empara des gens présents quand l'homme fut jeté au sol par un premier coup de poing, rapidement suivi d'un deuxième, puis d'une pluie de coups. La femme qui avait pris la parole la première subit le même sort que son acolyte. La première fois qu'une situation semblable s'était produite, peu après que l'alliance ait été formée, Clarke était passée par l'intermédiaire de Lexa pour mettre fin à la punition qu'elle jugeait injuste et disproportionnée. Mais cette fois-ci elle ne prit pas la peine de demander quoi que ce soit.

- Arrêtez !

En un bond elle fut descendue de sa selle avec une agilité dont elle-même ne se pensait pas capable, et elle se dirigeait vers les malheureux qui étaient roués de coups. Elle bouscula le premier guerrier puis écarta le second et se plaça entre eux et leurs victimes. Les deux hommes parurent stupéfaits par une telle intervention et en restèrent bouche bée. Quand ils se tournèrent vers la Commandante, Clarke suivit leur regard, et elle vit aux mâchoires crispées de la brune que cette dernière n'appréciait pas qu'elle défie une fois de plus son autorité. Néanmoins, elle ne fit aucun commentaire, tout du moins pas à son attention. Elle prit la parole d'une voix forte et autoritaire pour s'adresser à tous ceux présents à cet instant :

- Clarke est ici en tant qu'invitée. Comme vous venez de le constater, elle n'est pas notre ennemie.

Lexa marqua une courte pause pendant laquelle elle balaya la foule d'un regard perçant avant de reprendre :

- Si l'un d'entre vous s'en prend encore à elle, il ne sera pas épargné cette fois. Je ne suis pas aussi indulgente qu'elle.

Un silence de mort s'abattit sur l'assemblée et la brune le laissa durer pour asseoir son autorité.

- Maintenant circulez ! Retournez à vos occupations.

Les citoyens ne demandèrent pas leur reste. En moins d'une minute ils avaient tous quitté les lieux, ne laissant que le petit groupe et quelques gardes qui s'étaient approchés quand la situation avait dégénéré.

Clarke remonta sur sa monture avec plus de difficultés qu'elle n'en avait eues pour descendre – sans doute l'adrénaline l'avait-elle aidée quand elle était intervenue un peu plus tôt. Ils reprirent leur route et bientôt, Lexa, qui se trouvait au départ en tête du groupe, ralentit pour se laisser dépasser par ses guerriers et ainsi se placer aux côtés de Clarke.

- Tu n'aurais pas dû faire ça.

- Empêcher tes molosses de frapper ces gens ? Permets-moi de penser que c'était la chose à faire.

La brune afficha un air perplexe, et la fille du Ciel devina alors qu'elle n'avait pas compris le mot molosse. Pour autant elle ne prit pas la peine de lui expliquer et la Commandante ne sembla pas s'en formaliser puisqu'elle poursuivit.

- N'importe qui aurait pu s'en prendre à toi, tu t'es rendue vulnérable en te mêlant à la foule. Je n'ai pas demandé à mes hommes de rester près de toi pour rien.

Clarke comprit à cet instant que ce n'était pas de la contrariété qu'avait affiché Lexa lorsqu'elle était intervenue pour empêcher les deux Natifs d'être battus à mort, mais plutôt de l'inquiétude à l'idée qu'il ait pu lui arriver quelque chose. Elle fut touchée, mais pour autant elle ne perdit pas de vue son objectif de lui faire entendre raison.

- Comment peux-tu espérer qu'ils m'acceptent ou au moins qu'ils tolèrent ma présence si je refuse de me mêler à eux et que je laisse ce genre de choses se produire sans réagir ? Ces deux personnes ne méritaient pas une telle punition.

- Tu ne sais pas ce qu'ils ont dit à ton sujet.

- Non, et ça m'est égal. Chacun de nos deux peuples a ses raisons d'avoir des animosités envers l'autre, mais ce n'est pas en répondant par la violence que nous résoudrons le problème.

La Commandante la scruta du regard sans dire un mot. Elle semblait être en pleine réflexion, et alors que Clarke s'attendait à ce qu'elle réplique, elle n'en fit rien et la laissa seule pour retourner à l'avant du groupe et en prendre à nouveau la tête.

Après quelques minutes de marche dans les rues de la ville au cours desquels quelques citoyens vinrent saluer la Commandante, ils s'arrêtèrent devant une maison. Lexa descendit de sa monture et indiqua à Clarke d'en faire autant. Une fois qu'elles furent toutes les deux à terre, la brune ordonna à ses hommes de s'occuper de leurs chevaux et ceux-ci partirent avec les deux animaux.

- Où sommes-nous ? demanda la blonde.

- Chez moi.

La Commandante ne releva pas l'air stupéfait affiché par la jeune fille et entra à l'intérieur sans même s'assurer qu'elle la suivait. Après un court instant où elle resta immobile, la blonde se ressaisit et s'empressa de suivre son guide et de refermer la porte derrière elle après être entrée à son tour.

- Tu ne vis pas dans un palais ou quelque chose du genre ? questionna-t-elle, toujours aussi étonnée par ce qu'elle venait d'apprendre.

- Pourquoi vivrais-je dans un palais ?

- Tu es la Commandante, répondit Clarke sur le ton de l'évidence.

- Et d'après toi ce titre me place au-dessus des autres Natifs ?

Tout en parlant, la jeune fille se débarrassa de son imposante épaulière qui portait ce foulard rouge signe de son rang

- Oui, d'une certaine façon, dit la blonde d'un ton cette fois moins sûr.

- Ta mère est Chancelière, pourtant elle n'a pas de palais.

- C'est vrai, mais-

La brune l'interrompit sans gêne et changea complètement de sujet.

- Tu vas passer la nuit ici et nous verrons demain où nous pouvons te loger. Un vieillard est mort il y a peu, si sa maison est toujours libre tu pourras l'occuper le temps de ton séjour à Polis.

- Je peux rester avec toi.

Lexa, qui venait de ranger son épaulière dans une armoire et retirait maintenant ses gants, fit volte-face et dévisagea Clarke avec un air surpris. Cette dernière avait parlé sans réfléchir, les mots avaient franchi ses lèvres sans qu'elle les contrôle, et maintenant elle le regrettait. Elle tenta tant bien que mal de se rattraper.

- Je veux dire… D'autres gens ont sûrement besoin de cette maison, alors que moi je ne vais sûrement pas rester longtemps. Je… Je peux rester ici, ce sera plus simple je pense. A moins que ça ne te pose un problème, dans ce cas je peux trouver un autre endroit. Enfin… Oh c'est pas vrai ! pesta la blonde en s'apercevant que plus elle parlait, plus elle se ridiculisait.

La brune ne put retenir un sourire, amusée par le malaise de son interlocutrice qui ne savait visiblement plus où se mettre. Jugeant que son calvaire avait assez duré, elle décida d'y mettre fin :

- C'est à toi de décider où tu voudras résider pendant ton séjour parmi nous, mais sache que si tu veux rester chez moi alors tu seras la bienvenue.

Clarke sembla surprise par cette proposition, mais elle remercia Lexa d'un hochement de tête accompagné d'un léger sourire.

- Suis-moi.

La blonde ne posa pas de question et s'exécuta. Elles empruntèrent un escalier qui les mena au premier étage où elles arrivèrent dans une pièce spacieuse reliée au rez-de-chaussée par un puit de lumière surmonté par une grande lucarne. En lançant un bref regard en bas, Clarke crut reconnaître une salle à manger ou une pièce à vivre, mais elle ne s'attarda pas. La propriétaire des lieux la guidait déjà dans un couloir au bout duquel se trouvait deux portes. Lexa en ouvrit une et laissa son invitée entrer la première.

- Voici ta chambre.

La blonde découvrit une pièce spacieuse et bien aménagée. Il n'y avait pas de décoration et pourtant l'atmosphère était cosy. L'unique fenêtre donnait sur un petit jardin qui se trouvait derrière la maison et n'était donc pas visible de la rue. Il y avait un peu partout des bougies et le mur opposé à la porte accueillait une grande cheminée. Clarke se sentit immédiatement à l'aise.

- J'imagine que tu voudrais te reposer un peu après le voyage. Tu as une salle de bain privée et il y a des vêtements propres dans l'armoire, dit la brune en désignant le meuble en question. Rejoins-moi en bas quand tu seras prête et je te ferai visiter la ville. Est-ce que tu veux que je fasse venir un soigneur pour tes blessures ?

- Non ça ira, merci. Je n'ai presque plus mal aux côtes et mes autres plaies cicatrisent bien, inutile qu'un soigneur se déplace.

- Très bien. Prends ton temps.

Lexa quitta la pièce en refermant délicatement la porte derrière elle, laissant Clarke seule.

La jeune fille se dirigea vers la porte que lui avait indiquée son hôte en lui parlant de la salle de bain. Elle arriva dans une pièce au centre de laquelle se trouvait une grande baignoire en pierre. Il y avait un miroir sur l'un des murs, accroché au-dessus d'un petit meuble où se trouvaient une bassine et une cruche, toutes les deux vides. Dans une étagère la blonde trouva des serviettes et des gants de toilette ainsi que des savons aux senteurs diverses et ce qui semblait être une sorte de crème hydratante. En lançant un regard circulaire à la pièce, elle aperçut deux robinets qui émergeaient du sol et se terminaient au-dessus de la baignoire. Décidée à prendre un bain pour se laver après ces quatre jours de voyage, elle en ouvrit un au hasard pour remplir la baignoire. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle constata que l'eau était chaude. Polis semblait certes plus évoluée que les autres villes natives, mais Clarke n'avait pas l'impression que les Natifs possédaient la technologie nécessaire pour faire chauffer de l'eau. Elle pensa à un système qui utiliserait tout simplement le soleil, mais se promit d'interroger Lexa pour en savoir plus.

Une fois la baignoire remplie à sa convenance, elle s'immergea dans l'eau et soupira de bien-être. Elle avait fait en sorte de ne pas utiliser plus d'eau que nécessaire pour ne pas vider la réserve, mais ce bain restait un luxe qu'elle n'avait pas pu s'offrir depuis bien longtemps. Elle se savonna consciencieusement et ce fut un vrai bonheur de pouvoir laver ses cheveux. Après s'être lavée et rincée elle sortit et s'empressa de s'enrouler dans une épaisse serviette. Le simple fait de se sentir propre lui donna l'impression de revivre. Elle se sécha puis utilisa un peu de cette crème qu'elle avait vue parmi les produits. L'odeur de vanille qui s'en dégageait était exquise.

Sa serviette enroulée autour d'elle, la blonde retourna dans sa chambre pour chercher des habits dans l'armoire. Elle fouilla quelques minutes avant de trouver une tenue à sa convenance : un pantalon et une tunique tous les deux de couleur sombre. Une fois habillée elle attacha ses cheveux comme elle en avait l'habitude. Elle alla se regarder dans le miroir et satisfaite, elle descendit au rez-de-chaussée.

Arrivée en bas des escaliers, elle ne vit personne.

- Lexa ?

- Je suis ici.

Clarke suivit la voix de la brune et arriva dans la pièce sur laquelle donnait le puit de lumière. C'était effectivement une pièce à vivre à en croire le mobilier et son agencement. Elle trouva Lexa assise dans un imposant fauteuil aux allures de trône. En voyant ses cheveux mouillés elle devina qu'elle aussi avait pris le temps de se laver.

- Tu es déjà prête ? Tu ne veux pas te reposer un peu ? Nous allons beaucoup marcher, tu sais.

- Je me reposerai plus tard. Pour l'instant je veux découvrir Polis.

- Tu as l'air impatient tout à coup.

- Je le suis, avoua la blonde en baissant les yeux, comme honteuse de se comporter comme une enfant.

- Alors allons-y, lança Lexa d'un ton presque enjoué en se levant vivement.

Elle se dirigea vers le hall d'entrée et ouvrit la porte pour laisser Clarke passer la première tel un véritable gentleman. La blonde la remercia d'un sourire, mais elle eut un temps d'arrêt en voyant que la Commandante ne fermait pas la porte à clé.

- Tu as oublié de fermer.

La brune se retourna vers elle et lui répondit sur le ton de l'évidence :

- Personne ne ferme sa porte ici. Je ne sais même pas où est la clé à vrai dire.

Sans plus tarder, elle reprit son chemin et Clarke la suivit et se plaça à sa hauteur.

- Vous avez de drôles d'habitudes.

- Et tu n'as jamais pensé que c'était ton peuple qui était bizarre ?

Cette réplique cloua le bec de la blonde qui resta alors silencieuse et se contenta de suivre son guide.

Elles croisèrent rapidement des habitants, et immédiatement Clarke se crispa et son regard se fit plus alerte.

- Détends-toi, Clarke. Avec moi tu ne crains rien.

- Tu étais là tout à l'heure, et ça ne les a pas arrêtés.

- Tu semblais moins effrayée à ce moment-là.

- J'imagine que la présence de tes guerriers me rassurait, je me sentais moins vulnérable.

- Pourtant c'est sûrement là que tu l'étais le plus.

La blonde la regarda avec un air intrigué et alors Lexa répondit à son interrogation silencieuse :

- Ceux qui oseraient s'en prendre à toi, qui plus est en ma présence, sont peu nombreux. Ils sont méfiants pour la plupart, mais ça ne veut pas dire pour autant qu'ils sont agressifs. Les gens ici savent se battre, mais ils sont moins belliqueux que les Natifs que tu as pu rencontrer jusqu'à maintenant. La nouvelle de ta présence a sans doute déjà fait le tour de la ville, mais pas seulement. A l'heure qu'il est, je suis sûre que tout le monde sait aussi que tu es intervenue pour protéger deux des nôtres. Pour ça les gens te respecteront, crois-moi.

Sur cette dernière phrase, Lexa offrit un regard serein à son interlocutrice, et alors celle-ci choisit de la croire et de lui faire confiance sur ce point.

Les deux jeunes filles poursuivirent leur route et Clarke constata rapidement qu'en effet, aucun citoyen ne semblait agressif à son égard. Certains regards n'étaient pas ce qu'on aurait pu appeler amicaux, mais pour la majeure partie les gens la regardaient plutôt avec curiosité.

Après une dizaine de minutes de marche, elles arrivèrent sur une grande place où les gens se pressaient. L'après-midi touchait à sa fin et la fille du Ciel devina qu'un marché avait dû se tenir à cet endroit puisque des gens étaient en train de ranger leur étal.

- C'est ici que se tient tous les jours le marché, dit Lexa, confirmant ainsi ses pensées. On y trouve principalement de la nourriture, mais aussi beaucoup de vêtements et toutes sortes d'autres choses. Je t'y emmènerai un autre jour.

Elles poursuivirent leur chemin. De temps à autre, Lexa était arrêtée par des passants et échangeait rapidement avec eux en Trigedasleng. Clarke avait la politesse de ne rien dire, mais elle trépignait. Elle voulait découvrir la ville, et le fait qu'elle ne comprenne pas ce qui se disait l'agaçait de plus en plus. Quand elles reprirent leur marche après avoir été interrompues pour la énième fois, la Commandante nota l'air renfrogné de la blonde.

- Je t'apprendrai le Trigedasleng.

- Pourquoi ? Vous parlez tous anglais, non ?

- Beaucoup d'entre nous, mais pas tous. Ici à Polis nous sommes tous bilingues, mais en dehors des limites de la ville seuls les guerriers parlent parfaitement anglais. Ce n'est pas une langue difficile, et ce sera un bon moyen de t'intégrer.

- A t'écouter on croirait que tu voudrais que je fasse partie des vôtres.

Lexa ne répondit pas à cette question déguisée et la blonde n'insista pas davantage.

De l'autre côté de la place, elles arrivèrent face à un grand bâtiment dont l'entrée était décorée de colonnes et qui présentait un style antique romain.

- Voici les thermes de la ville.

- Vous avez des sources thermales ? s'émerveilla Clarke.

La brune hocha la tête en signe de confirmation.

- C'est de là que venait l'eau chaude alors, dit la blonde, plus pour elle que pour être réellement entendue.

- Nous nous en servons pour beaucoup de choses, notamment pour faire fonctionner certaines machines grâce à la vapeur.

Alors qu'elles continuaient leur visite de la ville, Lexa donna davantage de détails sur ce point à Clarke. Ainsi, la jeune fille découvrit que si les Natifs étaient loin d'avoir conservé toutes les technologies qui existaient avant la guerre nucléaire et que le Peuple du Ciel possédait toujours pour la plupart, ils n'en restaient pas moins très ingénieux. Ils avaient conservé des technologies efficaces bien que plus anciennes et ils avaient même inventé certaines choses eux-mêmes.

Au fil de leur promenade, la Commandante abreuvait Clarke d'explications en tout genre et répondait à toutes ses questions. Elle lui présenta les bâtiments les plus importants de la ville, lui promettant de lui faire découvrir les autres plus tard, quand elles auraient plus de temps. La blonde eut la confirmation que les constructions présentant une coupole avaient une fonction particulière : l'une d'elles était le bâtiment où étaient prise les décisions politiques et où avaient lieu entre autre les conseils de guerre une autre était réservée aux commerçants, ils pouvaient s'y réunir pour discuter de l'économie de la ville puisqu'ils en étaient les principaux acteurs une autre encore était un lieu de culte. Lexa lui expliqua que même si la majorité des Natifs était athée, chacun était libre de croire en ce qu'il voulait, et elle précisa que presque tous les pratiquants étaient animistes.

Après plus de deux heures de visite, Clarke présentant des signes de fatigue, la brune prit la décision de rentrer. Elles rejoignirent sa maison et la fille du Ciel s'effondra dans un fauteuil dès qu'elles furent arrivées.

- Que veux-tu manger ? demanda la Native.

- Vous n'avez pas une spécialité culinaire à Polis ?

La Commandante la dévisagea avec un air dubitatif en haussant un sourcil.

- Nous ne nous encombrons pas de ce genre de choses, tu sais. La gastronomie n'est pas un domaine où nous autres Natifs sommes très doués. Nous mangeons pour vivre et non pas pour le plaisir de manger.

- Alors fais ce que tu veux.

Voyant que Lexa quittait la pièce, la blonde se leva et la suivit.

- Je vais t'aider, proposa-t-elle.

- Ça va sûrement t'étonner, mais je n'ai pas de serviteurs, lança sur un ton ironique la jeune femme aux yeux verts en arrivant dans la cuisine. Alors ce n'est certainement pas pour que ce soit mes invités qui préparent le repas.

- Je n'ai pas dit que j'allais tout faire, j'ai seulement proposé mon aide.

- Ton aide n'est pas nécessaire.

- Je peux au moins regarder alors ?

- Si tu veux, bien que je n'en vois pas vraiment l'intérêt.

Clarke s'installa sur un tabouret haut et commença à observer la brune qui sortait les ustensiles nécessaires. Ses gestes étaient précis, comme toujours. Tandis que son hôte travaillait à la préparation du repas, la blonde laissa ses pensées s'égarer, et alors une idée lui traversa l'esprit.

- Pourquoi as-tu deux chambres ?

A cette question il lui sembla remarquer un léger mouvement nerveux de la part de la Commandante qui était en train de découper des légumes. Pour autant elle n'interrompit pas ce qu'elle était en train de faire et répondit.

- Il y en a cinq au total. Toutes les maisons de la ville ont plus de chambres que nécessaire pour pouvoir accueillir des gens en cas de besoin.

- Mais il y a des habits dans la mienne. On dirait qu'elle a été occupée.

Cette fois, Lexa stoppa net son geste. La voyant tout à coup crispée, la blonde se demanda si elle n'était pas allée trop loin et commença à regretter son indiscrétion. Pourtant, la Commandante ouvrit la bouche, visiblement prête à répondre à ses interrogations. Tout en jetant un regard en coin à son interlocutrice, elle parla de cette voix basse qu'elle employait lorsque le sujet était particulièrement important et touchait à ses sentiments, cette voix qu'elle avait le jour où elle avait avoué à demi-mots ses sentiments à Clarke.

- Costia vivait ici avant d'être enlevée.

Clarke comprit immédiatement pourquoi ses questions avaient provoqué une telle réaction, et alors elle s'en voulut d'avoir abordé un sujet si sensible.

- Dans les premiers temps c'est dans ta chambre qu'elle dormant. Après sa mort je n'ai pas eu la force de garder ses affaires dans ma chambre, j'ai préféré tout ramener dans la sienne. J'y retourne parfois, mais j'y vais le moins possible. Je ne peux pas m'apitoyer sur mon sort, mon peuple compte sur moi et je ne peux pas leur faire défaut en étant faible.

- Avoir parfois besoin de retrouver les souvenirs que tu as de Costia n'est pas une preuve de faiblesse.

Lexa sursauta légèrement, surprise d'entendre la voix de Clarke si proche d'elle, et dans le même temps elle fit volte-face pour découvrir que la jeune fille avait quitté le tabouret où elle était assise et qu'elle était maintenant juste devant elle. Il lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits, et quand ce fut fait elle prit à nouveau la parole, toujours de cette même voix grave :

- Je n'aurais pas dû t'installer dans sa chambre. J'ai hésité et finalement j'ai choisi celle-ci pour que tu sois plus proche de moi et que je puisse te protéger en cas de besoin. Je ne l'ai pas fait pour que tu la remplaces ou quoi que ce soit, je t'assure que-

- Je n'ai jamais cru que tu l'avais fait dans ce but, la coupa Clarke.

Le silence s'installa entre les deux jeunes filles. La blonde prenait soudain conscience de leur proximité. Elle avait envahi la sphère privée de Lexa sans même s'en rendre compte et elles respiraient à présent le même air. Pourtant, elle ne se sentait pas mal à l'aise. Ses yeux passaient frénétiquement des deux iris émeraude aux lèvres pulpeuses qui lui faisaient face. Le temps semblait s'être arrêté, tout comme leur respiration. Mais soudain, le charme fut rompu. Lexa planta violemment le couteau qu'elle tenait dans le plan de travail sur lequel elle coupait les légumes quelques secondes auparavant, ce qui eut pour effet de ramener Clarke à la réalité. La blonde recula d'un pas, et alors la Commandante en profita pour se dérober à cette proximité qui lui avait parue trop soudaine.

- J'ai besoin de prendre l'air.

La brune quitta précipitamment la pièce et peu après Clarke entendit une porte claquer, mais le bruit ne venait pas de l'entrée et elle en déduisit donc qu'elle était allée dans le jardin.

Seule dans la cuisine, elle relâcha brusquement tout l'air qu'elle avait gardé piégé sous le coup de l'émotion. Elle se passa une main sur le visage, se maudissant d'avoir abordé ce sujet et de s'être ensuite comportée de la sorte. Lexa l'avait déjà embrassée certes, mais il n'en restait pas moins que pour elle, les sentiments étaient une faiblesse qu'elle ne se permettrait certainement plus. Comment avait-elle pu croire qu'elle ne fuirait pas dans une telle situation ? Et surtout qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Elle était venue à Polis pour se ressourcer et tenter de retrouver un certain équilibre et ainsi retourner parmi les siens, pas pour vivre une amourette d'adolescente. Pourtant, n'était-ce pas précisément ce qu'elle était ? Depuis son arrivée sur Terre elle avait mûri bien plus vite qu'elle ne s'en serait cru capable, mais il n'en restait pas moins qu'elle n'était encore qu'une adolescente de tout juste dix-huit ans.

Perdue et désorientée, la jeune fille préféra s'atteler à la préparation du repas pour éviter de trop penser.

- Clexa -

Lexa était dans le jardin, assise à même le sol, en train de scruter l'horizon. Cette maison présentait l'avantage d'avoir un terrain qui surplombait les bâtiments des alentours et donnait sur la rivière. Par-delà le cours d'eau, on pouvait apercevoir la forêt, et plus loin encore, des montagnes. Cette vue suffisait habituellement à apaiser la Commandante dans ses moments de trouble, mais par ce soir-là.

Elle s'en voulait d'avoir perdu à ce point ses moyens. Clarke était la seule et unique personne capable de la mettre dans de tels états, même Costia n'avait jamais eu cet effet sur elle. Pourquoi ? Cette fille du Ciel n'avait rien de plus que les autres, alors pourquoi parvenait-elle à la déstabiliser à ce point, elle la Commandante que tous craignaient ? Elle ne pouvait pas se permettre d'être aussi faible, son peuple comptait sur elle pour les guider et les protéger, prendre les décisions qui s'imposaient et faire les sacrifices nécessaires à leur sécurité. Mais aujourd'hui, elle était incapable de dire si elle aurait été prête à sacrifier Clarke pour son peuple. Toutes ses certitudes, tout ce en quoi elle croyait avait été bousculé depuis que cette fille à la chevelure dorée venue du Ciel avait fait son apparition dans sa vie.

Elle entendit le bruit de la porte mais ne bougea pas, devinant qui était la personne qui venait de la rejoindre à l'extérieur. Elle reconnut son pas caractéristique. Elle l'aurait reconnu entre mille. Elle eut l'impression de suffoquer en sentant son odeur quand elle s'approcha d'elle. Elle ne tourna la tête qu'en entendant que Clarke posait quelque chose à côté d'elle, et alors elle découvrit une bougie allumée – c'est seulement à cet instant qu'elle s'aperçut que la nuit commençait à tomber – ainsi qu'une assiette remplie d'un repas chaud et des couverts.

- J'ai fait ce que j'ai pu. J'espère que ce sera mangeable.

Malgré cette attention, Lexa fut incapable de regarder la blonde en face. Elle avait trop peur de sa propre réaction où même de celle de la jeune fille.

- Mochof, se contenta-t-elle de répondre d'une voix rendue sourde par sa gorge serrée.

Sans même avoir besoin de la regarder, la brune devina sans mal que le visage de Clarke exprimait l'incompréhension qui devait être la sienne face à ce mot inconnu.

- Merci, traduisit-elle.

Aucun autre mot ne fut échangé et Clarke retourna à l'intérieur.

Après quelques instants, Lexa prit l'assiette qui avait été préparée pour elle et goûta une bouchée. Le plat avait quelque peu refroidi du fait qu'elle ait attendu trop longtemps pour se décider à le goûter, mais il était tout de même bon, bien plus que ce qu'elle préparait elle-même en temps normal. Alors qu'elle mangeait, une idée lui vint à l'esprit. Mais immédiatement, elle la chassa, se trouvant ridicule d'avoir pu penser à une telle chose. Elle termina son assiette et la posa à côté d'elle.

Elle observait l'horizon en tentant de chasser cette idée saugrenue de son esprit, et pourtant elle en était incapable, car après tout c'était une évidence : les choses auraient été bien plus simples si Clarke avait fait partie des Natifs et non pas du Peuple du Ciel.


C'est tout pour aujourd'hui !

J'espère que la découverte de Polis telle que je l'imagine et que ce petit moment Clexa à la fin vous auront plu :) Pensez à laisser une 'tite review pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre.

Je vous dis à dimanche et je vous souhaite d'avance un très bon épisode pour jeudi, allez plus que quatre petits jours à attendre... !

A bientôt :)