Warnings: Un peu de violence.
Disclaimer : Kingdom Hearts, univers comme personnages, ne m'appartient nullement. Je ne tire donc aucun bénéfice de cette histoire.
Note de l'auteur:
Chapitre en retard parce que j'essaye de faire traîner les choses. Le chapitre 4 a du mal à se laisser écrire parce que je suis bloquée sur la correction de l'avant dernier chapitre de Pour manger des glaces en Enfer. Qui est bien partie, d'ailleurs, pour ceux qui sont intéressés.
Enfin, voici un chapitre fort en action, j'espère qu'il vous plaira...
Bonne lecture.
Chapitre 3
A Scream In The Dark
Les Ombres
« Roxas ! »
BAM ! BAM ! BAM !
Cette nuit-là, les hurlements poussés par les villageois furent tels que malgré les somnifères et la fatigue, Roxas fut réveillé en sursaut. Il lui fallut un certain temps afin de comprendre que les cris n'étaient pas des réminescences de cauchemars induits par les cachets, ni les cris enjoués de son frère alors qu'il rentrait finalement de sa quête interminable, mais provenaient bel et bien de l'extérieur. Quelqu'un tapait frénétiquement sur sa porte d'entrée, désespéré.
« Roxas ! Réveille-toi gamin ! Roxas ! » Hurla une voix bourrue depuis l'entrée.
BAM ! BAM ! BAM !
L'adolescent sursauta, secouant la tête vivement afin d'en chasser les résidus d'une brume de fatigue. Un frisson lui parcouru l'échine et il se frotta doucement ses bras couvert d'une chair de poule persistante, se jurant intérieurement de couper la climatisation.
« Cid ? » lança-t-il, la voix rendue rauque par le sommeil.
Toujours affublé de son modeste pyjama -un short et un t-shirt blanc à manches bleues en étoiles- il sauta hors de son lit. Il enfila prestement ses baskets noires et rouges sans même prendre le temps de sortir des chaussettes, et fila jusqu'à la porte d'entrée, anxieux. Il l'ouvrit si brusquement qu'elle rebondit contre le mur de l'entrée, lui cognant légèrement l'épaule au passage et lui arrachant un petit grognement de douleur.
Face à lui se trouvait un Cid Highwind trempé de sueur, un petit filet de sang coulant le long de son front et maculant le col de son t-shirt miteux. Il était à bout de souffle, des cernes épaisses et sombres trahissant son épuisement, et seule sa lance imposante –qu'il n'avait pas touchée depuis la disparition des monstres, se souvenait Roxas- le gardait encore debout. Une large et sanglante blessure lui barrait le flanc, sa veste de cuir en lambeaux recouvrant à peine la plaie béante, qui laissait voir l'esquisse d'un muscle à vif. Roxas ne l'avait encore jamais vu en si mauvais état.
« Gamin, les monstres sont passés à l'attaque ! » Haleta le cheminot en poussant l'adolescent dans la maison, refermant la porte derrière eux. « La mairie est totalement dévastée: mes gars repoussent les bestioles, mais elles sont trop nombreuses ! Les ingénieurs essayent de réparer le système de sécurité, et on a besoin du plus de renforts possible pour les garder en état jusqu'à ce qu'ils arrivent à le remettre sur pied. Montre-moi le stock de secours. »
Roxas, quelque peu choqué, se contenta de hocher la tête silencieusement, faisant signe d'une main hésitante à l'homme blond de le suivre.
La maison des frères Teave disposait d'un grand sous-sol, compensant dans un sens la taille réduite de la maison en elle-même. Aussi s'étaient-ils proposés, quelques années auparavant, de constituer une réserve de munitions pour les cas d'extrême urgence. La plupart des villageois avaient été réticents face à l'idée de confier des armes potentiellement dangereuses à de si jeunes enfants, mais au final, de nombreux adultes s'étaient laissés convaincre. Ils avaient réussi au final à constituer une provision assez impressionnante qui s'était révélée particulièrement utile au fil des ans, lors de l'âge d'or des ombres.
Roxas évitait à présent soigneusement d'y descendre, ne souhaitant pas faire ressurgir des souvenirs écœurants emplis d'yeux noirs et de voix désincarnées. Seule sa paranoïa grandissante l'avait empêché de se débarrasser du stock, à la manière de ses voisins, qui s'étaient vite empressés de vendre aux voyageurs le reste de leurs stock d'armes.
Tâtonnant un des murs menant à l'escalier, à la recherche de l'interrupteur, il sentait son invité inattendu s'agiter derrière lui, s'appuyant plus lourdement encore sur sa hallebarde, vacillant légèrement. Une odeur rance de sang, de sueur et de peur retourna l'estomac du garçon blond, et il redirigea prestement toute son attention sur la pièce qu'il venait d'éclairer, le front plissé par l'angoisse. Il descendit l'escalier avec une grande prudence, ignorant les grognements impatients de Cid les marches étant vieilles et promptes à s'affaisser sous leur poids combiné, et la dernière chose dont il avait besoin était bien d'une cheville tordue, peu importaient quelques secondes perdues!
Une vieille étagère en fer était vissée au mur de béton, croulant sous le poids de vieilles provisions poussièreuses. Des rations de survie s'entassaient dans des cagettes en bois à moitié dévorées par les mites, et une lanterne crasseuse reposait en équilibre au bord de la planche. Une petite montagne de cartons de déménagement était précairement installée à côté des escaliers, à peine illuminée par la lumière blafarde de la vieille ampoule qui se balançait rythmiquement au bout d'un unique fil dénudé, accrochée à un plafond presque entièrement recouvert de moisissures verdâtres. « Munitions », « Lights-Guns », « Soins », indiquaient quelque étiquettes, l'écriture tremblante et enfantine rendant difficilement lisible le reste.
Attrapant un carton rempli de potions, éthers et d'élixirs, Roxas pointa du doigt un vieux coffre de bois noir.
« Sers-toi là dedans, il devrait encore y avoir quelques munitions solaires… » Fit-il à l'attention de Cid en glissant quelques fioles de soin dans les poches de son short.
Alors qu'il déposait le carton dans ses bras sur la dernière marche de l'escalier, prêt à rejoindre Cid pour un ultime récapitulatif des faits actuels, un éclat au coin de son œil captura son attention. Appuyée sur le mur du fond, dissimulée sous une épaisse couche de poussière et de toiles d'araignées, se trouvait sa vieille demi-blade, lourde et longue épée dont se servaient ceux qui pratiquaient l'art du combat de Dawnside.
Hésitant, il jeta un coup d'œil à son ainé qui fouillait frénétiquement dans le vieux coffre à la recherche d'une arme adaptée. Il s'essuya nerveusement les mains sur ses cuisses, avançant d'un pas incertain vers sa vieille lame. Elle lui serait peut-être utile, se dit-il avec un haussement d'épaules final, tendant la main pour s'emparer de l'épée. Le froid du métal lui tira un frémissement incontrôlable. Elle pesait un certain poids, bien plus lourde que les battes de struggle en bois dont se servaient les enfants de l'île, mais cela n'empêchait nullement Roxas de la manier sans effort apparent, ses bras minces cachant somme toute une force assez respectable, gagnée au fil des ans à force de sueur et de muscles courbaturés. Il se souvenait encore du jour où Sora avait acheté cette même lame, dans un rare éclat de maturité, inquiet quant à la protection de son petit frère tandis que les monstres redoublaient de violence. C'était bien avant que leur sous-sol ne devienne une réserve commune, se souvenait Roxas, et ils avaient alors été vulnérables, vivant seuls. Des proies faciles pour ces ombres qui se faufilaient partout à la manière de rats affamés, peu affectés par les barrières physiques qu'offraient les portes et les murs.
Roxas rapprocha la lame de son visage, observant pensivement les gravures délicatement inscrites sur le métal soigneusement poli. La garde de la demi-blade était simple, striée de longues lignes horizontales qui évitaient qu'elle ne glisse dans la main de son porteur et assuraient une prise ferme. Le fil de la lame était certes bien moins acéré que celui d'une blade entière -qui étaient reconnues comme étant les plus redoutables des armes blanches, mais elle n'en était pas moins redoutable, bien plus efficace que les simples couteaux qu'on distribuait aux autres enfants de l'île en guise de défense. Elle était de la taille du bras de Roxas, en ce point semblable à une épée simple, mais gardait la caractéristique particulière des blades, particulièrement larges et lourdes, qui avaient l'avantage de conférer un pouvoir unique à leur détenteur. Roxas ignorait certes le nom de sa lame et ne pouvait donc libérer le plein pouvoir de celle-ci, mais le marchand qui leur avait vendu, à l'époque, les avait assuré qu'elle était imprégnée du pouvoir de la lumière, la rendant particulièrement efficace auprès des monstres.
D'un geste sûr et précis, le garçon aux cheveux blonds fit tournoyer la lame autour de son poignet, en testant son équilibre. Malgré le manque d'entraînement de ces dernières années, la familiarité de l'arme eut raison de lui, et il s'empara fermement de la vieille épée, attachant solidement le harnais autour de ses hanches maigres avant de la glisser dans son fourreau, décidé.
Repoussant du pied un carton rempli de vieilles boites de conserve rouillées, Roxas rejoint le cheminot penché par dessus le grand coffre d'ébène, entraperçevant les vieilles armes à feu de son frère.
« Petit, on aura pas le temps de tester les guns, cette fois-ci. » Grogna l'homme blond en lui lançant un petit lightgun et une boîte de munitions solaires. « Ces saletés doivent sûrement déjà être dans la maison. »
Il prit la tête de file, se servant copieusement dans le carton de potions au passage, Roxas à sa suite.
Assez étrangement, aucune bête n'avait encore pénétré dans la maison, et le garçon fronça légèrement les sourcils, méfiant. Les monstres pouvaient rentrer dans les maisons par les moindres interstices, fondant en une flaque noire qui ramperait au travers de n'importe quelle fissure, traversant sans peine portes, murs et barricades.
Cid, une main plaquée sur son flanc blessé, ouvrit d'un coup de dents une potion aux reflets verts, crachant le bouchon au sol. Avalant la mixture régénératrice en une gorgée, il fit un signe de la main à l'adolescent, lui ordonnant de rester en retrait. Roxas observa avec soulagement la plaie béante se refermer lentement, le sang séché restant la seule preuve de son existence précédente.
Le flacon vide roula au sol sans un second regard de la part des deux hommes, dont l'attention était portée sans faillir sur l'extérieur. Le dos plaqué contre le mur de l'entrée, le mécanicien blond ouvrit prudemment la porte, jetant un bref coup d'œil à la rue vide avant de redresser son arme, tendu comme un arc. Roxas l'imita sans mot dire, se collant à la porte à présent grande ouverte tout en retirant la sécurité de son gun. Le poids du pistolet dans sa main était presque rassurant, familier, et le jeune Teave se trouva soudain à réprimer un sourire mi-amer mi-excité, cinq sens à l'affut.
Leurs regards se croisèrent, et une compréhension mutuelle s'installa instantanément, les rendant plus confiants. Les habitudes avaient la vie dure, après tout, et une décennie ne s'oubliaient pas en quelques mois. Ce fut donc de façon parfaitement synchrone que les deux blonds pointèrent leurs armes vers l'extérieur, chacun visant un direction différente.
Les deux monstres qui rampaient discrètement sur la façade de la maison n'eurent pas le temps de se séparer entièrement du crépi orangé, à moitié fondus en une flaque d'immondice noire. Deux balles dorées resplendirent un instant à la lumière de la lune avant de se désintégrer silencieusement, à la manière des monstres qu'elles venaient detranspercer. Les bêtes explosèrent dans une multitude de gouttelettes noires, pluie macabre, un ignoble bruit de succion accompagnant leur fin soudaine. Les deux humains soupirèrent simultanément de soulagement, abaissant prudemment leurs armes encore fumantes.
« La plupart des ingénieurs se regroupent autour du générateur de l'école. » L'informa finalement Cid, l'air sombre, alors qu'ils reprenaient leur marche. « Les ombres étaient en train de l'envahir quand je suis parti. Mes gars devraient les défendre, à l'heure qu'il est… »
Le sang de Roxas ne fit qu'un tour. L'école n'était-elle pas le bâtiment le mieux protégé de la ville ? Comment diable les monstres avaient-ils pu pénétrer jusque dans son enceinte ?
« M-mais… Et le système de protection ? Pourquoi est-ce que le générateur de secours ne s'est pas déclenché ?
- Ils ont commencé par réduire en charpie le réseau souterrain. Le générateur principal a surchargé sans explication, et les panneaux solaires ont explosé… Le système n'a pas supporté l'afflux d'énergie et a court-circuité.
- C- C'est impossible ! » balbutia Roxas, abasourdi. « Les monstres ne sont pas assez intelligents pour… »
Il se stoppa, soudainement frappé par une réalisation terrible. Le générateur de la station de bifurcation… Ses soupçons se confirmaient-ils ? Etait-il possible que cette fois-ci, les ombres soient vraiment contrôlées par quelqu'un… ?
Le cheminot soupira, passant une main ensanglantée dans sa courte chevelure blonde couverte de crasse. La rue était sombre, les quelques vieux lampadaires, qui trônaient entre deux maisons de pierre, totalement privés d'électricité. Après avoir trébuché pour la troisième fois sur une dalle descellée, Roxas finit par regretter l'absence de lumière. Il aurait dû emporter sa vieille lanterne, au risque de la briser dans un combat. Ca valait toujours mieux que de se s'embrocher sur sa propre épée en trébuchant bêtement...
Une exclamation surprise de Cid le fit sursauter et il dégaina sans plus d'hésitation sa demi-blade, genoux pliés à 90 degrés et épaules jetées en avant en une pose défensive.
Face à eux se dressait le monstre le plus gros qu'il ait jamais été donné de voir aux deux hommes. Le dos courbé, il faisait la taille de Roxas, ses grands yeux jaunes au même niveau que ceux du garçon. Bien malgré le péril de la situation, l'adolescent devait bien avouer que la bête était loin d'être monstrueuse, avec sa tête ronde et pouponne affublée de deux antennes recourbées, frissonnant de temps à autre comme si captant un message inaudible. Ses mains tout comme ses pieds étaient petits, presque délicats, et son ventre rebondi lui donnait l'aspect d'une peluche géante, comble du ridicule pour un être si sanguinaire. N'aurait-il su quel était le plat de prédilection de la créature, Roxas serait facilement tombé dans le piège.
« Bon sang de Lune ! » Jura Cid dans sa barbe, les yeux écarquillés par la surprise. « C'est qu'il est gros, c'lui-là ! »
Roxas ne lui répondit pas, plaçant sa lame horizontalement contre son flanc, comme si prêt à dégainer une seconde fois. C'était une des postures basiques de l'art du combat de Dawnside, mettant à profit l'élan afin de donner des coups plus rapides et puissants.
La bête cligna des yeux, comme si humant une odeur alléchante, et les deux petites antennes sur son front s'agitèrent légèrement.
'-Faim… Donnez-nous le cœur… ?' Fit l'ombre de sa petite voix aigue et désincarnée, penchant la tête sur le côté.
Roxas eu un mouvement de recul, une expression douloureuse faisant son apparition sur son visage.
Il semblait qu'il avait toujours cette capacité-là, au final. Il se souvenait très bien de ce… pouvoir dont la Déesse l'avait honoré à la naissance. La faculté de comprendre ces bêtes. Une malédiction, à ses yeux, qui lui avait longtemps valu des regards mauvais et des paroles méfiantes. Pendant longtemps, le petit Roxas Teave n'avait pas compris en quoi pouvoir comprendre la langue de ces créatures perpétuellement affamées pouvait lui porter préjudice. Quelle naïveté.
« Petit… » Commença Cid, l'air inquiet, avant de se couper brusquement, secouant la tête d'un air résigné tandis qu'il lachait un soupir las.
Roxas, le cœur assombri par l'irritation et la douleur, fit glisser son pied vers la créature, modifiant légèrement sa posture comme pour inviter celle-ci à s'approcher. Et elle répondit à l'invitation sans tarder, presque fiévreusement. Avec un petit gémissement affamé, elle s'élança brusquement vers les deux humains, ses mouvements erratiques et nerveux non sans rappeller ceux d'une marionette dont les fils auraient été coupés.
'Hmm… Un cœur… lumineux ? Délici-. Faim.'
« Cid, couvre-moi. Il en arrive par derrière… » Lança Roxas en direction de son compagnon, ses yeux ne quittant pas un instant la créature en train de charger.
Le cheminot ouvrit de grands yeux surpris en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule. Trois petites ombres glissaient effectivement le long des dalles de pierres, silencieuses et vives. Il ne les avait pas vues arriver. Il existait donc bien un avantage à cet étrange pouvoir, de toute évidence. C'était un moindre soulagement.
Roxas bloqua l'attaque de l'ombre du plat de sa lame, l'acier grinçant légèrement au contact des griffes noires accérées. Il se risqua à lui donner un coup de pied en plein ventre, profitant de l'inattention de la bête. Les attaques physiques de ce genre finissaient généralement par traverser leur cible sans les toucher, les bêtes ayant la capacité de se fondre et de se reconstituer à volonté. Il fallait donc être prudent et se servir avec sagesse de l'effet de surprise: technique que Roxas avait maitrisée depuis bien longtemps. La bête, enivrée par l'odeur de son cœur jeune et pur, n'eut pas la présence d'esprit de se dématérialiser, et couina pitoyablement sous le coup, projetée en arrière.
L'adolescent leva son lightgun d'une main tremblante, faisant sauter à nouveau la sécurité, et tira un coup rapide en prenant à peine le temps de viser, le recul lui engourdissant légèrement les doigts. L'ombre, bien qu'étourdie, creusa un trou dans ses propres entrailles afin d'éviter la balle de lumière, qui alla se loger avec un bruit sourd dans un mur derrière la bête, la laissant sans une égratinure.
Roxas jura, reculant de trois pas alors que la bête se jetait de nouveau sur lui, serpentine. Deux coups de griffes cherchèrent à le faucher au niveau du torse et il dut se pencher brusquement en arrière afin de les éviter, destabilisé.
Sa main droite, tenant fermement sa demi-blade, vint bloquer un coup de dents dirigé vers son flanc, et il effectua un demi-tour sur le côté de la bête, lui assenant un coup sur son simili de crâne du manche de son gun. La créature tituba un court instant, désorientée, et se reprit bien vite, mais son faux pas suffit à donner l'avantage à Roxas: il abattit sa lame une fois, deux fois, tranchant le ventre noir et rebondi de l'ombre sans mal, et fit une roulade improvisée sur la droite afin d'éviter les coups aveugles de la créature blessée. Agenouillé sur le sol derrière celle-ci, stabilisant sa posture de la main droite, il leva son gun une nouvelle fois, en retira la sécurité et tira deux balles lumineuses à bout portant.
'MAITRE- !' hurla le monstre avec la force du désespoir, son ton pitoyablement larmoyant.
Et enfin, dans une explosion de gouttes noires qui eurent tôt fait de s'évaporer à la lueur de la lune, la bête mourut.
Roxas réprima une petite grimace de remord, se forçant à vider son cœur et son esprit de tout sentiment superflu. L'adrénaline et la peur faisait légèrement trembler ses membres, et il rengaina sa lame tout en se redressant. Son souffle était court, et son cœur battait avec tant de vigueur dans sa poitrine qu'il était certain que tous les monstres de la ville auraient pu le traquer sans mal s'ils l'avaient voulu.
Un coup d'oeil par dessus son épaule lui appris que Cid venait également d'abattre son dernier ennemi d'un coup de lance bien placé, faisant tournoyer l'arme imposante sans difficulté apparente. Les deux combattants échangèrent un regard résigné avant de reprendre leur marche vers l'école, redoutant une rencontre avec d'autres de ces ennemis si longtemps disparus.
Le chemin jusqu'à l'école était étrangement silencieux et désertique, si ce n'était pour les quelques villageois fuyant en direction des côtes, le visage pâle et les membres tremblants. Pas un seul monstre n'avait croisé leur chemin depuis la bête géante, et leurs nerfs étaient à vif, restés sur leur garde pendant si longtemps qu'ils s'en sentaient d'autant plus paranoïaques.
« C'est trop calme… » Murmura le garçon blond, anxieux, une main empoignant fermement la garde de son épée. Cid émit un grognement d'approbation, son regard glissant d'une habitation à une autre.
La nuit était chaude et l'air, étouffant. La lune, ronde et pleine, semblait les narguer depuis le ciel, et Roxas se demanda avec une amertume mal étouffée comment la Déesse pouvait laisser ses enfants mourir sous les griffes des monstres, dormant paisiblement dans son cocon de roche blanche. Elle leur avait donné un bref espoir : pendant une courte année, ils avaient été heureux. Ils n'avaient plus eu ni à se soucier de la barrière qui entourait leur village, ni à se demander tous les soirs avant de se coucher si l'énergie accumulée durant la journée par les panneaux solaires serait suffisante pour tenir la nuit. Ils n'avaient plus eu à garder de lightgun sous l'oreiller, ni à donner à des enfants à peine assez grands pour prononcer le mot 'monstre' des couteaux de la taille de leurs avant-bras. Ils avaient enfin pu goûter à un rythme de vie normal, se prenant à espérer une paix durable. Et pourtant, malgré toutes ces promesses d'un avenir meilleur, ils étaient revenus. Au moment même où la race humaine commençait à baisser sa garde et à vivre, cet infime espoir s'était retrouvé écrasé, comme s'il n'était rien de plus qu'un insecte agaçant.
Une boule se forma dans la gorge de Roxas et il serra les dents, sentant des larmes de frustration poindre aux coins de ses yeux pour la première fois en deux ans.
N'était-ce pas pour cela qu'elle lui avait enlevé son frère ? Afin d'assurer la protection de ses enfants ? Afin de terminer à jamais ce cycle de terreur qui semblait n'en plus finir ? Ils l'appelaient tous 'Héros de la Keyblade'. Ils l'avaient placé sur un piédestal trop haut alors que leur élu ne savait même pas comment épeler correctement le nom des trois dieux-lunes. Ils l'avaient envoyé à la mort, et tout ça pour rien ?
Une grande main chaude vint s'abattre sur son épaule, réconfortante, mais il ne se retourna pas, refusant de montrer son visage ainsi tordu par la douleur au seul homme qui avait su se montrer paternel envers lui et son frère.
« Gam- Roxas… Ne t'inquiète pas pour Sora... Il reviendra nous débarrasser de cette vermine une bonne fois pour toute, tu verras. »
Roxas espéra de tout son cœur que la prédiction de Cid se réalise un jour. Il pria, ses mains si serrées sur ses armes trop froides, son visage d'enfant si marqué par le désespoir, que le cheminot implora à son tour toutes les créatures de pouvoir de cette terre, souhaitant simplement que les prières du garçon parviennent à leur Lune endormie.
Et Roxas n'avait jamais autant haï sa Déesse que ce soir-là.
L'école n'était plus qu'une scène de désolation.
Le toit, arraché, gisait en pièces au beau milieu de la cour, écrasant l'un des chênes centenaires sous des kilos de tuiles et de poutres. C'était l'arbre dans lequel Sora se cachait, lorsqu'il savourait les petits gâteaux au miel volés à la cuisine de la cantine. Assis sur la dernière branche, à l'abri des regards sous le feuillage épais et assez confortablement installé pour tenir quelques heures, il ingurgitait les gâteaux sans même les savourer, les joues couvertes de miettes et les yeux brillant de plaisir... Enfin, jusqu'à ce que Roxas ne le retrouve, bien entendu, et ne lui donne la correction de sa vie, le forçant à s'excuser auprès de la cuisinière bien malgré ses larmes de crocodile et ses regards pitoyables de chiot battu.
Chassant ces vieux souvenirs doux-amer de sa tête en la secouant légèrement, Roxas porta son regard sur le bâtiment en lui-même qui, bien que démoli, gardait encore sa forme première. Les murs, s'ils étaient encore vaillamment dressés, arboraient de longues fissures fraîches, comme si une bête énorme avait foncé tête la première dans l'école, à la manière d'un bélier géant, de manière répétée. La porte de verre, qui lui avait toujours parue démesurément grande et solide dans son enfance, était brisée en mille morceaux transparents, éparpillées sur le sol poussiéreux à la manière d'un rêve éclaté. Le petit dessin de bienvenue, que les enfants de toute une génération avaient dessiné dans un projet commun avec le plus grand soin, et qui avait alors servi de décoration de fortune, gisait pitoyablement par dessus les débris, couvert de larges tâches sombres qui brillaient sinistrement à la lueur de la lune.
Etait-ce… des traces de sang ?
Roxas réprima un violent haut le cœur, se détournant de nouveau de la scène macabre tout en fermant les yeux. Il n'y avait plus aucun monstre ici, c'était un fait. Le seul point étrange était l'absence de cadavres...
Un bruit suspect fit sursauter les deux hommes, et ils se retournèrent brusquement, armes dressées. Roxas ajusta sa prise sur son lightgun, une main sur la garde de sa lame.
« Qui est là ? » grogna Cid en redressant sa lance.
Une toux rauque et douloureuse, en provenance de la rangée d'arbres qui bordait la cour, les fit se détendre légèrement. C'était bel et bien une voix humaine.
« … Cid ? »
Adossée à l'écorce d'un arbre, une main plaquée sur son abdomen, se trouvait la jeune institutrice Tifa Lockart, le visage maculé de terre et de sueur. Ses cheveux blanchis par la terre sableuse étaient collés à son front par ce qui ressemblait à s'y méprendre à du sang coagulé.
Roxas se précipita à ses côtés, passant un bras tremblant autour de ses épaules afin de l'aider à se tenir debout.
« Mademoiselle… que s'est-il passé ici ? » murmura-t-il, la voix réduite par l'émotion.
Il sortit un élixir de la poche de son short, balayant la petite cour dévastée du regard, à la recherche de la bête qui avait ainsi blessé la jeune femme. La cour, tout comme l'entrée, était étrangement vide de tout signe de vie, humains comme monstres.
La jeune femme accepta la petite bouteille ronde avec gratitude, avalant le liquide jaune-orangé d'une traite. Cid se planta entre ses deux protégés et l'école, son lightgun levé bien haut et ses doigts tremblant légèrement de nervosité sur sa lance.
« … Je suis venue vérifier que le système de protection de l'école était toujours actif dès qu'on est venu me prévenir de l'attaque… » Soupira la jeune femme brune en soulevant sa main tremblante de sa plaie, l'observant se résorber progressivement. « Le maire pensait pouvoir nous faire évacuer ici en attendant le lever du jour… »
Roxas écarta quelques cheveux afin de vérifier sa blessure au front, les sourcils froncés en une expression concentrée.
« Le générateur de secours a surchauffé… Je ne sais pas comment, ne me demandez pas… » Ajouta-t-elle à l'intention de Cid, face à son regard interrogateur. « Ils étaient déjà là, comme s'ils nous attendaient. J'ai réussi à en éliminer un bon paquet, mais ils devaient au moins être un millier... Je jure n'avoir jamais vu autant de ces bêtes de toute ma vie… »
Roxas échangea un regard abasourdi avec l'homme aux cheveux blonds. Les monstres étaient certes connus pour se déplacer en groupe, mais il était très rare d'en voir plus de dix à la fois. Un millier de monstres réunis en un seul endroit semblait tout bonnement inconcevable.
« Ils étaient en train de saccager l'école, comme s'ils cherchaient quelque chose… quelqu'un… Et puis tout à coup, ils se sont tous arrêtés… Un peu comme s'ils écoutaient quelque chose, et puis ils se sont tous précipités en direc- »
Une énorme explosion coupa court aux explications de l'institutrice, le bruit si puissant qu'ils se trouvèrent sourds un bref instant. Une lumière orange, vive, claire et brûlante, les aveugla et ils se retrouvèrent projetés au sol par le souffle qui suivit, la température grimpant abruptement. Une odeur de chair et de bois brûlés vint envahir leurs narines, et ils purent presque goûter les cendres contre leur palais. Plusieurs minutes durant, si longues qu'ils crurent qu'elles n'en finiraient jamais, ils restèrent plaqués au sol tremblant, paralysés par une force mystérieuse. Roxas sentit un picotement étrangement familier au bout de ses doigts, comme précurseur d'un pouvoir infiniment grand, mais la peur sans nom qui lui prenait les tripes empêcha toute réflexion à ce sujet, et la sensation eut tôt fait de s'évanouir. Etait-ce la fin de leur monde… ?
Aussi soudainement qu'elle avait commencé, la déflagration mourut, laissant le village tout entier dans un silence assourdissant, l'obscurité presque totale aux yeux aveugles des survivants.
« Que… Qu'est-ce que c'était ? » Osa finalement lacher Roxas, la voix rauque et basse et le visage plus pâle encore que la lueur blâfarde de la lune.
« On aurait dit que ça venait de la place de la Gare. » Les informa Cid, une pointe de panique transparaissant dans sa voix.
Des hurlements se firent tout à coup entendre, emplis d'une terreur indicible, et Roxas jura n'avoir jamais entendu de cris plus épouvantables. Ignorant les appels surpris de Cid et Tifa, il sauta sur ses pieds, ses jambes trouvant la force du désespoir. Il courut en direction de la rue principale, plus rapide qu'il ne l'avait jamais été, si rapide qu'il n'entendait plus que le battement erratique de son propre cœur et sa respiration laborieuse, les clameurs infernales et désespérées glissant sur ses oreilles sans réellement atteindre son esprit.
Il croisa quelques villageois, certains allongés au sol, gémissant de douleur, rampant difficilement loin du foyer, et d'autres, brûlés bien au-delà de toute recognition, inanimés. Morts. De hautes flammes oranges léchaient les quelques maisons encore entières, le bois crépitant s'écroulant sur lui-même à la manière de château de cartes flamboyants. Les autres n'avaient supporté le choc, résuites à des tas de ruines ou brûlant à petit feu, charbon en forme de bâtiment plus que l'inverse.
Il n'y avait toujours aucun monstre en vue, comme si la scène de désolation avait non pas été provoquée par ces bêtes aux yeux jaunes, mais par une quelconque punition divine qui aurait détruit la menace au même instant. Roxas jura entre ses dents, sentant toute la haine qu'il avait pour cette Déesse oisive revenir au centuple dévorer son coeur. Et alors qu'il avançait, plus véloce que jamais, le visage maculé de sueur et de suie, suivant les cadavres jusqu'à l'origine du drame, il se rendit compte du quartier où ses pas le menaient. Où se trouvait exactement le centre de l'explosion.
Sa maison.
Son cœur manqua un battement, et il faillit trébucher, bouleversé. Ses pas ralentirent, et il se stoppa finalement, l'horreur de la situation le frappant de plein fouet.
Non! Pas sa maison. Pas son seul sanctuaire! Son dernier souvenir de son frère. Il lui avait promis de la tenir propre et en bon état jusqu'à son retour. Il lui avait promis ! Qu'allait dire Sora en rentrant ? Qu'allait-il dire en voyant toutes ces maisons détruites ? Leurmaison détruite ?
La gorge serrée et les yeux mouillés par de nouvelles larmes irrépressibles, Roxas reprit sa course qui se fit désespérée, le forçant presque à piétiner des cadavres sanglants. Le village était dans un état effroyable et l'adolescent aurait pu jurer que quelqu'un avait lancé un sort de feu démesurément puissant en son plein centre s'il n'avait pas su la quantité d'énergie impossible qu'un tel acte eut demandé. Les rues étaient pavées de gros débris en flammes, se consumant rapidement dans une odeur de mort. Il dut sauter par dessus plusieurs poutres noires afin de continuer son chemin, toujours plus rapide, toujours plus désespéré.
Et enfin, au coin de la dernière rue, au centre de la fournaise, se trouvait sa maison…
… Intacte.
Le crépi orange était toujours aussi clair, la seule trace d'usure étant la légère moisissure qui avait trouvé résidence juste au dessous des tuiles couleur terre de sienne. Les fenêtres adornées de petits rideaux blancs étaient toutes fermées, pas une seule trace de suie ne venant salir leurs vitres impeccablement entretenues. La porte en bois brut, que ni Cid, ni lui n'avaient pris la peine de fermer en partant, était grande ouverte, impeccablement vernie. Un léger éclat semblait flotter tout autour de la bâtisse, miroitant à la lumière de la lune à la manière d'une fine couche d'eau. Et tracé en lettres noires sur cette barrière miroitante, comme si grossièrement tracée par du sang d'ombre, se trouvait leur symbole, ce cœur grotesque et pourpre orné de longs piques menaçants.
Le souffle court et la bouche pendante, Roxas observa un moment la maison de son enfance, les membres tremblants. Que s'était-il passé ? Que s'était-il-
Ses genoux cédèrent sous son poids, soudainement sapé de toute sa force, et il se trouva prostré au sol, les yeux pleins de larmes, tentant en vain de reprendre une respiration normal à travers ses sanglots étouffés. Un poing vint s'écraser au sol, plein de frustration. Pourquoi ?
Les autres habitations du quartier étaient en ruines, frappées de plein fouet par la déflagration. Celles voisines à la sienne avaient été si dévorées par les flammes que la seule chose qui restait d'elles était une couche de cendres aussi noires que les monstres responsables du drame. Et pourtant, elle était intacte, comme si toute l'attaque n'avait été qu'un mauvais rêve.
Roxas porta une main tremblante à sa bouche, écrasant un gémissement d'incompréhension. Une vague de soulagement l'envahit, suivie par la pire des sensations de culpabilité qui lui souleva le coeur, remplissant sa bouche de bile acide.
Il resta ce qui lui sembla une éternité dans cette position, coupé du monde, ignorants les cadavres carbonisés et les blessés hurlant de douleur autour de lui. Le ciel était clair à l'Est, et il comprenait mieux pourquoi les monstres avaient tous disparu : la seule chose qui pouvait réellement les détruire était la lumière du soleil.
A travers la brume de son incompréhension, il entendit vaguement des bruits de pas frénétiques derrière lui, suivit par une exclamation de choc étranglée. Deux bras familiers vinrent entourer ses épaules tremblantes et la voix douce de son institutrice chuchota quelques mots réconfortants dans son oreille. Ses joues étaient sèches, ses larmes refusant de couler et il adressa un regard plein de frustration à l'homme blond derrière lui. Les somnifères qu'il avait précédemment pris faisaient toujours effet et, l'adrénaline passée, il sentait tout son épuisement s'abattre de nouveau sur lui à la manière de grandes vagues déchainées sur la côte.
De nouveaux hurlements se firent entendre au lointain, mais il ne s'en troubla pas, le sommeil venant progressivement, le laissant se détendre petit à petit dans l'étreinte maternelle de Tifa, le souffle erratique.
« C'est lui ! » hurla une voix enragée à quelques mètres.
Il releva avec grande difficulté son visage, clignant des yeux lentement afin d'éclaircir sa vision floue. Une foule de villageois aux visages haineux, couverts de cendres et de suie, se tenait là, blades et guns en main. Cid émit une exclamation dédaigneuse.
« Qu'est-ce que vous foutez-là ? Vous vous pointez une fois que c'est terminé, et vous vous permettez d'insulter un des seuls gamins qui est resté se battre ? » Aboya-t-il, jetant sa lance à ses pieds dans un geste dégoûté.
« Il est celui qui a apporté le malheur sur notre village ! » s'époumona une femme hystérique, un enfant terrifié pressé contre son sein. « Il a conduit les monstres jusqu'à nous ! »
« Qu'est-ce que vous racontez ! » s'insurgea Tifa en resserrant sa prise sur Roxas. « C'est Roxas ! Le frère de l'élu de la Keyblade ! »
Loin de l'apaiser, sa constatation ne fit qu'enrager d'autant plus la foule, qui pointa ses armes en direction du petit adolescent blond, assoiffée de vengeance.
« Sa maison est la seule encore intacte ! »
« Il n'a même pas une égratignure ! »
« La marque des démons est sur sa porte ! »
« Ce monstre peut leur parler ! Nous aurions dû nous douter qu'il était de mèche avec eux ! »
« C'est à cause de lui que Sora n'est jamais rentré ! Il avait bien compris qui il était réellement ! »
La dernière boutade frappa Roxas en plein visage, et il eut l'impression d'avoir plongé dans un bain glacé. Une colère froide montait du fond de ses entrailles.
« Comment osez-vous- » Gronda-t-il, furieux, la voix rendue rauque et tremblante par ses pleurs secs. « Comment osez-vous dire ça de mon frère… »
Mais la foule enragée ne l'écouta pas, son murmure se perdant dans leurs hurlements écorchés. Et lorsque Tifa se redressa, lâchant le garçon fébrile pour lancer un regard meurtrier aux villageois, ses poings couverts de sang tremblant à ses côtés, leur rage sembla exploser à la manière du sort de feu qui avait détruit leur commune.
Comme un seul homme, ils s'élancèrent vers l'adolescent qui se redressait sur des jambes vacillantes. Les deux adultes tentèrent en vain de les repousser, surpris par la violence dont étaient capables ces gens avec qui ils partageaient leur pain quotidien depuis si longtemps.
Roxas ne resta pas passif face à cette agression, habitué aux provocations de la bande de Seifer (Il n'était qu'à moitié étonné de ne voir ni le chef du comité de discipline ni ses larbins parmi ses attaquants). Il distribua coups de pieds, de poings et parades rapides en alternance, ses mouvements fluides et précis, et tournoya sur lui-même avec une énergie comme seule une poussée d'adrénaline née de la rage et du désespoir pouvait donner. Il fit s'écrouler au sol un homme adulte d'un coup de genou dans l'estomac, et un autre tomba inconscient d'une pression bien placée sur la nuque, mais la réalité eut tôt fait de le rattraper: il était seul face à des hommes et des femmes bien plus expérimentés que lui, seul face à des dizaines de combattants aguerris.
Un gun surgit de nul part vint s'écraser contre sa mâchoire. Avec un grognement de douleur, il cracha une gerbe de sang sur les pavés noircis par la déflagration, s'étant mordu sous le choc l'intérieur de la joue. Il tituba un bref instant, déstabilisé, mais parvint à repousser son agresseur d'un coup de coude à l'entrejambe, sans pitié malgré le couinement pitoyable de douleur.
Légèrement désorienté par le coup dont il avait été victime précédemment, la mâchoire douloureuse, il se trouva bien vite submergé par les villageois furieux. Un hurlement de peur retentit dans son dos et un objet lourd et froid semblable à la garde d'une blade vint s'écraser contre sa nuque. Le crâne iradié par une douleur sourde qui dévora son esprit, il s'écroula au sol, une lumière blanche derrière ses paupières l'aveuglant, et il se trouva paralysé sur l'asphalte ardent. Son cœur battait frénétiquement dans sa cage thoracique, à la manière d'un oiseau effrayé, et ainsi pressé contre le sol couvert de suie, il pouvait sentir la peau de sa joue brûler au contact du sol chaud. Ses sens déjà engourdis par son sommeil précédent et ses médicaments eurent tôt fait de le trahir. Il ne sût dire, plus tard, si le chuchotement moqueur contre sa joue était une hallucination ou bien la menace mesquine d'un des villageois.
« Un traître comme toi ne mérite que la mort, Ciel. »
« ROXAS ! »
Et enfin, le silence.
A suivre.
Note de fin de chapitre:
Le prochain chapitre aura le droit à l'apparition tant attendue de notre Axel. Joie! Cx Quant à sa date de sortie, il n'y en a pas vu que le chapitre n'est toujours pas écrit en entier, malheureusement. Désolée.
