Chapitre IV : les retrouvailles

La salle était la plus grande de la grotte, un puits de lumière comme seul éclairage en ce milieu de journée, plusieurs grandes tables rondes y étaient placées. La salle était bondée, tous les membres de l'Armée du Phénix y étaient attelés et regardaient à présent la survivante. Hermione suivait Zabini, effrayée par tant d'attention. Soudain, une jeune fille se leva, tremblante. Son regard fixé sur Hermione, chancelante d'émotion, elle hurla. La Gryffondor tourna la tête, avisa la jeune fille et tomba à genoux sur le sol de la grande salle, tout en maintenant le lien visuel avec l'autre jeune fille. Oh comment Hermione avait pu espérer ce moment, c'était beaucoup trop inespéré. Elle était vivante, Ginny était vivante et là devant elle, à portée de main, à portée de bras. La tornade rousse se précipita, la saisit tout d'un coup, et tomba avec Hermione sur le sol, se serrant aussi fort qu'il était possible. Un silence respectueux se fit dans la salle, tous avisaient, émus, la situation, les retrouvailles entre deux meilleures amies, séparées par la vie pendant si longtemps. Le Serpentard, fâché de s'être fait coupé l'herbe sous le pied dans son annonce, rompu ce moment de quiétude.

- « Bon, comme vous avez pu TOUS remarquer, Weaslette m'a foiré mon entrée. Je vous présente donc Hermione Jean Granger, symbole de la liberté, amie de l'Élu, Miss-je-sais-tout, et Rat de bibliothèque notoire. »

Hermione et Ginny, toujours enlacées, se levèrent toute deux et Ginny lui prit immédiatement la main, ne voulant plus la lâcher, ni la perdre de vue. Hermione releva sa tête et regarda tous les visages bienveillants qui lui faisaient face, tous un. Drago Malefoy. Le blond avait changé, il avait perdu toute rondeurs adolescentes, des cernes violettes rongeaient son visage pourtant il avait l'air apaisé contrairement à la dernière fois que la jeune fille l'avait aperçu, peu avant de disparaître. Il la fixait, son visage était de marbre, son regard imperceptible. Hermione rompit le lien visuel, l'ignorant, pour se tourner vers le reste de l'assemblée où elle reconnu de nombreux individus : Neville Londubat, George, Bill, Arthur, Molly Weasley, Luna Lovegood : sa famille. Elle se jeta dans leurs bras, comme un enfant revenu au bercail après de longues années, tous voulurent la toucher, avide de contact, de ce contact qu'ils avaient tous tellement rêvés. Les autres membres de l'Armée respectèrent ce moment de retrouvaille avant de venir saluer la jeune fille.

Hermione ne vit donc pas logiquement, Drago Malefoy se rapprocher dangereusement de Zabini, un masque de froideur sur le visage.

- « Tu comptais me l'annoncer quand Zabini ? » dit mielleusement le jeune homme, le calme avant la tempête.

- « Bah c'était une surprise ? tu n'es pas content Drago ? » s'exclama innocemment le jeune métis.

- « Si très, mais tu sais après ce que je t'avais confié, j'aurais pu imaginer que en tant que MON meilleur ami, tu viennes me l'annoncer directement. Histoire que je m'y prépare. » continua le blond.

- « Je n'étais pas sûr qu'elle survive, je ne voulais pas te faire de fausses joies. Désolé mon frère, j'ai pensé bien faire. »

- « Dis lui de venir me rejoindre plus tard, elle aura besoin d'explications » soupira, contrit, Malefoy.

Et il tourna les talons, sans un regard sur la jeune femme, celle dont le retour avait été tant espéré, jusqu'à l'annonce de sa mort quelques années plus tôt. L'échange n'avait cependant pas échappé à une certaine rousse, seule fille d'une fratrie qui avait pu dès son plus jeune âge acquérir des compétences notables dans l'espionnage. Souriant espiègle ment, elle décida de garder cette information pour plus tard, se concentrant alors sur le retour de son amie.

- « Bon, ce n'est pas que ces retrouvailles m'ennuient mais il est temps de libérer Granger, pour expliquer le contexte de sa libération à chacun, Théo lève toi veux-tu ? »

- « Bien sûr, Rasseyez vous tous et Granger vient par là s'il te plait »

Elle se leva péniblement, encore tremblante d'émotions et se plaça à coté des garçons qui étrangement l'encadrèrent, protecteurs.

- « Comme vous le saviez, Blaise, les jumeaux Wilsons et moi avions une mission la semaine dernière, nous devions trouver des documents chez les Carrow. On pensait trouver des plans des manoirs de riches familles afin de libérer plus d'otages pour les prochaines missions. »

- « Quelle ne fût pas notre surprise, alors que nous allions rebrousser chemin d'entendre un faible tintement de chaîne émanant d'une des cellules. Nous avons ouvert la porte et avons trouvé cette demoiselle, enchaînée, faible mais vivante alors que Voldemort avait depuis des années déjà annoncé sa mort. »

- « Nous l'avons libéré, mais les Carrow sont revenus du bal de Noël et nous avons donc dû les affronter, et la sœur rageusement a envoyé un sortilège de magie noire qui a encore plus affaiblie notre Granger préférée et l'a plongée dans le coma pendant la semaine. »

- « Voulant maintenir la surprise, je l'ai cachée dans ma chambre et comme un gentleman qui se respecte, j'ai quand même dormi au sol, vous pouvez me plaindre » continua d'une voix piteuse le pauvre métis qui cherchait un peu de réconfort dans le regard de l'assemblée mais n'en trouva aucun.

Hermione assistait à l'échange, retenant un rire. Ils étaient complémentaires, poursuivant les phrases de l'autre de manière fluide, on aurait dit des frères. « Ce que la famille n'offre pas on le trouve dans l'amitié » se dit la jeune fille, pensant immédiatement au Trio d'Or. Complémentaires, ils l'étaient également, avant la disparition de ses deux meilleurs amis, morts depuis longtemps, pris à l'aube de leur vie par un mage noir, vile et cruel.

Blaise l'interrompit dans ses pensées nostalgiques pour lui demander son propre parcours. Hermione, qui n'avait vu personne depuis quatre longues années, se senti timide devant l'Armée.

- « Alors, après la bataille de Poudlard, je suis retournée me cacher dans la forêt de Dean, seule. Très rapidement, des mangemorts et raffleurs m'ont retrouvé et j'ai essayé de faire face. Ils étaient une dizaine et malgré que j'ai réussi à assommer certains, ils étaient trop forts. J'ai fuis en courant dans les bois mais je suis tombée dans un piège moldu qui m'a soulevé et fait prisonnière. »

Elle reprit sa respiration pour continuer, Ginny l'encouragement silencieusement et elle sentit la main de Blaise dans son dos qui l'incitait à continuer.

- « Dans un premier temps, après ma capture je me suis retrouvée dans le Manoir Jedusor, torturée et exposée au fil des bals mondains, mais très vite les Carrow ont pu me récupérer et je continuais de lutter, bravant toutes les tortures et atrocités. Ils essayaient de me briser, physiquement et psychologiquement mais je gardais foi, j'espérais chaque jour que quelqu'un vienne me sauver » dit elle en souriant à ses sauveurs qui le lui rendirent.

- « Après ça, ils ont trouvé mon point faible. » Elle soupira, cherchant du courage. « Un jour, après une énième torture, les Carrow et Bellatrix sont rentrés dans ma cellule et m'ont jeté dessus une tête humaine…. Celle de Ron. Et là j'ai lâchée prise, j'ai attendue la mort avant que finalement j'entende dans le couloir deux éléphants dans un magasin de porcelaine. »

- « Mais Hermione, Ron n'est pas mort ! » l'interrompit doucement Ginny, étonnée.

- « Ils m'ont lancés son crâne, il grouillait d'asticots, je sais ce que je dis Gin' » continua fermement la Gryffondor.

- « Mais non, ils t'ont dupés ! ils ont dû vouloir te briser psychologiquement. Ron est ici, enfin pas maintenant mais il est ici ! il est juste en mission en France, il rentre demain soir »

Ce fût trop d'émotions pour Hermione, avant que quiconque ait pu entamer un mouvement vers elle, elle s'effondra, inerte, Zabini l'a maintenant dans ses bras. « Putain, je vais encore devoir lui laisser ma chambre » pensa t'il rageusement.


Elle se réveilla à nouveau plongée dans l'obscurité mais cette fois ci dans des draps frais. Elle était effectivement de retour dans la chambre de Zabini. La jeune femme pensa qu'il devait être plus tard dans la journée car la chambre était sombre, elle se releva. L'odeur de lavande avait disparue, remplacée par un parfum plus viril qu'elle n'identifia pas. « Où suis-je ? » pensa la lionne. Alors que ses yeux s'habituaient, elle nota un mouvement à sa droite, sursauta et s'éloigna le plus loin possible de la forme, Drago Malefoy qui la regardait, scrutant son âme avec un sourire en coin.

- « Bah alors ? tu comptes visiter toutes les chambres en un minimum de temps Granger ? » railla le blond.

Elle ne répondit pas, resta le fixer, méfiante, farouche. Le garçon ne sembla pas étonné par ce silence et continua.

- « Tu es dans ma chambre, Blaise repart en mission demain et avait besoin de repos. Et moi j'avais à te parler » dit il de sa voix nasillarde et trainante. « Il faut que je t'explique où tu te trouves, nos missions et l'organisation de la grotte. Ne m'interrompes pas de tes habituelles questions, nous ne sommes plus à Poudlard. »

Alors qu'il se levait, lui tournant le dos. Hermione, les yeux dans le vide se remémora la dernière fois qu'elle l'avait vu et la haine dans son regard lors de cette bataille. Elle ne s'y trouvait plus. L'homme en face d'elle était plus apaisé, plus humain. Elle décida pour sa survie de l'écouter sagement tout en restant méfiante et concentrée sur ses gestes et les issues afin de trouver une échappatoire si jamais l'entrevue tournait mal.

- « Après la bataille et la victoire de Voldemort, je suis rentré au Manoir. Et un jour alors que je me promenais dans les couloirs j'ai entendu parler deux mangemorts qui ne s'étaient pas rendu compte de ma présence. Ils discutaient au sujet de l'exécution prochaine : mon exécution. Alors j'ai décidé qu'il était temps de partir, j'ai pris quelques affaires et sans rien dire je suis parti trouver Zabini et Nott les seuls en qui j'avais réellement confiance. Nous avons fuis tous trois et Blaise s'est rappelé la grotte que son aïeul avait modifié lors d'une précédente guerre. Cette dernière, secrète se transmettait de père en fils. Son père étant décédé, Blaise est le seul à être au courant de l'existence et de l'emplacement. Nous y avons donc emménagé. Elle se modifie selon les volontés de Blaise et nous l'avons organisé un peu en souvenir de Poudlard : il y a une grande salle que tu as pu apercevoir tout à l'heure, une salle commune, une bibliothèque, une salle de réunion et un dortoir. En ce qui concerne les missions, elles sont de plusieurs types : libérations, vols, pillage, on résiste comme on peut en attendant de trouver la solution pour enfin Le tuer. »

Alors qu'il parlait, même s'il tentait de rester de marbre, Hermione vit à certains moments passer dans ses yeux bleus gris, des vagues de tristesse. Il ne précisa pas le sort qu'avait pu réserver Voldemort à ses parents restés sous ses ordres. Sans imaginer les réflexions de la jeune femme il continua toujours d'un ton morne comme si finalement, cela ne le concernait pas, lui le funeste Héritier de la Dynastie Malefoy, aujourd'hui presque réduite à néant.

- « Au niveau de l'organisation, les corvées sont divisées et réparties et tournent selon les semaines. Il y a cependant différentes catégories : les guerriers qui partent en mission, et ceux qui restent s'occuper de l'intendance et de l'organisation de la grotte. Dans un premier temps, je vais te placer dans la deuxième catégorie et j'espère que tu te remettras vite Granger pour pouvoir nous accompagner te battre. » dit il en souriant faiblement.

Le jeune homme, sur ces dernières paroles, se leva prestement, sans laisser l'occasion à la jeune femme de poser la moindre question et alors qu'il avait poser sa main sur la poignée de la porte en bois, Hermione l'arrêta, crachant haineusement ses propos.

- « Pourquoi Malefoy ? Pourquoi fais tu tout ça ? Pourquoi nous aides-tu ? Toi qui a passé des années à nous réduire à néant ? »

- « Les gens changent. » éluda le blond, sortant définitivement de son havre de paix qu'il avait laissé à sa pire ennemie. Enfin c'est ce qu'elle croyait.

Hermione resta pantoise, perdue dans ses pensées, elle se promit alors de tout faire pour découvrir les raisons de ce revirement. Elle ne resta pas seule très longtemps, sa famille de cœur vint lui tenir compagnie, heureux d'avoir retrouvé l'une des leurs, qu'ils ne laisseraient plus jamais partir.