Et voilà le chapitre, plutôt bien je trouve, toujours aussi long mais sinon ce ne serait pas drôle, hein? C'est l'équivalent d'un chapitre de Harry Potter, normalement (je dis bien "normalement") bref, à vous de lire!


La pluie est plus forte.

"C'est toi."

...

J'ai du mal à penser. Comme si mes fonctions nerveuses s'étaient soudainement altérées. Impossible de formuler une idée concrète.

L'image d'Eyeshield 21 s'est imprimée dans ma rétine; j'ai l'impression qu'il me fixe intensément du regard, avec des yeux que je n'arrive pas à voir avec sa visière. Et pourtant il me colle littéralement à la peau. Il ne me lâche plus.

"C'est toi."

C'est faux. C'est impossible. Depuis quand je suis un sportif? Je l'ai jamais été.

Non, jamais.

Ça ne peut pas être moi. Et premier national...

C'est de la pure science-fiction.

Ils se trompent. Ils ont fait erreur sur la personne... non, ça aussi c'est absurde. À les voir m'écraser du regard comme ils le font, c'est évident qu'ils le pensent, qu'ils en sont convaincus.

Mais Eyeshield 21 ne peut pas être moi.

Je ne peux pas être cet Eyeshield 21. Je ne suis pas du genre à aller sur un terrain de sport, ni face à des brutes. Je ne suis pas aussi inconscient. Je ne suis pas aussi téméraire. Ni aussi déterminé. Non. Je suis Sena. Sena Kobayakawa, nouveau lycéen, adepte des jeux vidéos de shoot them up et j'ai d'assez bonnes notes en EPS.

Je ne suis pas un footballeur aguerri.

"C'est toi."

Non. Ça j'en suis sûr. Ce qui veut dire... évidement...

"Sena?"

Je restais encore immobile à remettre mes idées en place.

J'aurais dû m'en douter.

Je savais rien qu'à les voir qu'on ne faisait pas partie du même monde. En particulier ceux-là.

"Est-ce que ça va?"

Je le savais, qu'ils étaient tous les trois de ceux qui m'ont toujours fait rendu la vie impossible.

"Héo?"

"Oui, c'est bon." je leur réponds tout à coup d'un air neutre.

"Euh.. t'es sûr?"

Et ceux-là ont décidé de me mener en bateau, s'ils ne l'ont pas déjà fait auparavant. Et ils doivent bien s'éclater maintenant. À moins que ce ne soit cet Hiruma qui aie eu l'idée, pour rire, ou peut-être pour me forcer à jouer pour eux, quitte à me faire mettre en pièces pour leur compte.

"C'est bon, ça va!..." je réponds, agacé, prêt à partir quand subitement deux personnes sont arrivées par la droite.

"Eh, dites, ça fait longtemps qu'on vous attend! Vous faisiez quoi dehors?"

"Hein? Ben, rien..." répond le blond.

"Ben alors magnez-vous, vous allez pas rester là avec un temps de chiotte pareil! C'est un coup à attraper la crève!"

"Euh, c'est ça, on vient.."

"Mais dites-voir, qu'est-ce que vous faites à Deimon, vous deux?"

"Rassure-toi, on est pas venus tout seuls! Allez, magnez-vous!"

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Ouf, c'est pas trop tôt! J'espère qu'ils ne sont pas déjà tous en train d'attendre au local... Et Sena qui ne connait personne! J'espère qu'il s'est débrouillé avec son emploi du temps! Ah, la là...

"Anezaki Mamori?"

Je sursaute. "Oh, Shin-san? Bonsoir! Qu'est-ce que tu fais dehors?"

Je le rejoins et lui fait partager mon parapluie.

"Nous nous sommes perdus, Sakuraba et moi."

"Sakuraba? Je ne le vois pas.."

"J'arrive, c'est bon! Désolé, Shin nous a perdus et on est entrés par le mauvais côté, en plus. Ça va?"

"Oh, oui, ça va, je sors d'une réunion, ils ont un peu traîné, je suis à la bourre. Les autres devraient déjà tous être au local, nous sommes les derniers."

"Ah! Il est où?"

"C'est juste là, venez!"

"Oh... c'est ça?"

"Oui, je sais, c'est un peu curieux comme Q.G. et on sera probablement serrés à l'intérieur, mais ça devrai le faire, vous verrez!"

"Oh non, c'est juste le néon qui m'a étonné..."

BLAM

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Une porte claqua. Un garçon assez petit sortit en trombe du local et couru tête baissée vers la porte principale, sous les yeux des trois arrivants qui donc le virent s'en aller vers leur gauche.

"Sena?"

Mamori était toute pâle.

"Ben... Qu'est-ce qu'il y a?" fit Sakuraba.

La porte se rouvrit, laissant voir les autres personnes présentes. Les Devil Bat au complet sortirent, suivis de Mizumachi ainsi que Kakei, des Poseidon, Takami des Ojou et quelques autres encore comme Kid, par exemple, qui du fond de la pièce rattrapait rapidement les autres, tous interloqués.

"Mais qu'est-ce qui lui prend?" demanda Takami à tout hasard.

"Que se passe-t-il?" Demanda Shin en regardant directement Hiruma.

"On n'en sait rien!" répondit calmement Akaba, des Spiders, ses yeux étrangement magmatiques reflétant une incompréhension bien commune. "Il n'avait déjà pas l'air d'aller bien, depuis tout à l'heure il nous a fuit du regard.."

"Est-ce que vous savez ce qu'il a?" grogna Ikkyu, paumé et agacé par l'attitude d'un joueur qu'il croyait plus mature. Pour toute réponse, Hiruma regardait devant lui, soupirant, mettant sa nonchalamment sa mitraillette sur l'épaule. Il avait les yeux dans le vague, tournés vers la direction qu'avait emprunté Sena et où il avait déjà disparu.

"C'est pas normal, me dites pas que c'est cette compêt' qui lui met la pression!"

"Boah, tu penses, c'est dans la poche ça! Hiruma, tu sais quelque chose?"

"Ohé?"

"Hiruma."

C'était Mizumachi et il avait l'air très bizarre. Le blond armé, gonflant son chewing-gum, se tourna lentement vers lui. Le Poseidon hésitait.

"J'ai vu son carnet."

"Quoi?" Hiruma laissa sa bulle crever, resta un instant pensif et fit, désinvolte: "Tu fouilles ses affaires maintenant?"

D'autres garçons allaient y mettre leur grain de sel avant que Mizumachi ne reprenne, insistant: "J'ai vu le mot de ses parents."

La situation avait l'air grave, un silence pesant s'installa, perturbé uniquement par la pluie diluvienne qui les trempait tous peu à peu.

"Je ne sais pas si... si ce que j'ai lu est exact, ou comment il faut le comprendre, alors j'aimerais bien que tu l'explique toi-même."

Hiruma se rendit à l'évidence. Avec l'application avec laquelle on le regardait à présent, nul doute qu'il leur faudrait des réponses, sinon:

"Je vais le chercher." fit simplement Shin en esquissant un pas de côté.

"N'y penses même pas. Déjà tu es chez lui, dans sa petite ville natale, tu n'as donc aucune chance de le rattraper. Et quand bien même tu arriverais à le rejoindre tu lui ferais plus de mal que de bien."

"Comment? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?" dit Takami, l'unique personne qui trouva quelque chose à dire.

"Hiruma.. est-ce que Sena va bien?"

Les têtes se tournèrent puis se baissèrent. C'était Riku. Il était arrivé un peu avant Shin et les autres, Yukimitsu l'ayant ensuite fait entrer par les vestiaires pour se sécher. Il n'avait eu le temps de voir Sena que quelques secondes avant que celui-ci ne se rue dehors. Sans que personne ne voie rien venir. Le petit coureur avait simplement bégayé, par moments, qu'il était un peu fatigué, en réponse à des questions sur son humeur sombre. Donc personne n'avait pu et n'aurait pu anticiper sa fuite soudaine. Et rien n'indiquait ce qui pouvait l'expliquer.

Hiruma avisa rapidement Riku, puis jeta un oeil à ses coéquipiers avant de s'adresser aux invités surprise (censés à la base faire une fête d'encouragement à l'improviste):

"Venez à l'intérieur, on va finir douchés. Vous autres," il désignait ses partenaires "Rentrez chez vous."

La plupart s'exécutèrent, ne restant que Musashi, Kurita et Yukimitsu.

"Alors quoi?"

"Pour savoir; qu'as-tu lu dans son carnet?"

Toutes les têtes se tournèrent vers Mizumachi.

"Un.. un mot des parents, adressé au proviseur."

"Je vois c'que c'est... Bon."

Hiruma inspira, puis regarda attentivement son auditoire et articula lentement:

"Vendredi dernier, on a retrouvé Sena inconscient, dans une rue déserte, sur le chemin du lycée. Il n'avait pas assisté à un seul cours, on l'a retrouvé en après-midi. Il a été tabassé à mort et ne s'est réveillé que le soir, à l'hosto', avec un trauma crânien. À son réveil, il ne se souvenait de rien qui se soit passé après ses années de collège."

"...Quoi?.."

Ce fut le seul mot qu'on entendit. Pendant ce temps, "tabassé" s'imprégnait dans toutes les têtes. Puis ils commencèrent à réaliser le reste. 'il ne se souvenait de rien' mit un peu plus de temps à faire son chemin dans les esprits. Se souvenir? Hiruma les regardait changer d'expression au gré de leurs pensées, les décryptant tous un à un. Mais s'il ne faisait rien, les autres continueraient d'essayer d'interpréter ses mots sans jamais être sûrs d'avoir compris. Renfrogné, il inspira et conclut:

"Sena est amnésique."

La nouvelle les glaça.

"Qui a fait ça?"

Hiruma croisa le regard acéré de Shin. Il ne fut pas le moins du monde impressionné. "On n'en sait rien. C'est forcément de la part d'une des équipes qu'on va affronter dans les prochains matchs éliminatoires. Mais ça peut-être n'importe laquelle."

"C'est pas vrai..."

"C'est dégueulasse, oui!" s'exclama Mizumachi en jetant violement sa veste sur une table.

"Et sa mémoire, elle ne lui est pas revenue depuis?"

"D'après les autres, rien du tout, pas même une impression de déjà-vu. Et aujourd'hui il a eu trop de pression, il a pété les plombs."

"Comment ça?"

"C'est le tournoi qui lui fiche les boules?" fit Ikkyu, incrédule.

"C'est là que ça devient plus subtil et compliqué." Hiruma fit une pause, mesurant la longueur de la tâche qui l'attendait. "Le Sena que j'ai trouvé, avant que qui que ce soit ne le connaisse, n'aurai jamais, pour rien au monde, tenté un sport comme le foot US."

"J'te d'mande pardon?" demandèrent les yeux grands ouverts de Kakei.

"J'insiste. C'est un fait. Sena n'a jamais vraiment fait de sport avant le foot US et son but premier dans la vie, depuis qu'il a su marcher, aura été de courir plus vite que tous ceux qui voulaient lui faire la peau."

"Meeerde.."

"Il a grandi dans un mauvais quartier?"

"Pas du tout. Il a toujours été bonne pâte, craintif et toujours un peu plus petit que la moyenne de sa classe, donc il était systématiquement la cible de toutes les petites brutes, chaque année jusqu'au lycée. Et comme il ne savait pas se défendre, il évitait les ennuis en fonçant le plus loin possible, que ce soit pour fuir ou pour obéir. C'est pour ça qu'il a toujours eu peur qu'on lui fasse mal et de fait, les gros bourrins qu'il pouvait voir dans les équipes de foot ne l'ont pas motivé des masses."

"Alors comment il s'est retrouvé dans votre club? Il a bien fallu que quelque chose l'y pousse!" assura Riku.

"Il était tenté par le poste de secrétaire, au départ." Hiruma ne se laissa pas interrompre par les exclamations d'intense stupeur. "Oui, c'est la motivation de Kurita et la possibilité de s'intégrer et de se faire de vrais amis qui a du le tenter. Sauf que juste après, il est tombé face aux trois frangins qui à l'époque étaient de vraies petites racailles. De seconde zone, je vous l'accorde, mais assez d'eux trois pour lui refaire le portrait. Ils ont essayé d'ailleurs et Sena a du mettre à profit ses années de savoir-faire pour se faire la malle. J'ai tout vu, j'ai chopé les trois couillons et les ais tenu à l'écart avant de les recruter, tout en faisant savoir à Sena qu'il serait running back et pas autre chose. Et vous imaginez bien qu'il n'a pas su refuser."

L'auditoire ne pu s'empêcher de sourire gentiment, timidement. Tous pouvaient s'imaginer sans peine Hiruma braquant son canon sur le visage terrorisé du p'tit gars.

"Voilà, après il s'est habitué et il est lentement devenu le Sena que vous connaissez maintenant."

"Comme ça? Paf?"

"Non, évidement!" fit Riku à Sakuraba. "Le connaissant, ça a du se faire lentement, au fil des matchs."

"Exactement. Il n'a pas cessé d'évoluer jusqu'à Teikoku Gakuen, en fait. Mais certains changements qu'il a eu sont presque imperceptibles." Hiruma, voyant qu'ils insisteraient de toute façon, soupira et décida de développer.

"C'est vrai qu'au départ il était noyé de trouille mais il a toujours eu la notion du travail d'équipe et ça l'a empêché, plus que la perspective que je le tue, de se faire la malle en plein match. Il avait conscience qu'on comptait sur lui et que finalement il était le seul à pouvoir occuper le poste de running back. Il l'a admit au premier match qu'on a eu contre vous" (il désigna Shin du menton) "Et en même temps, il a commencé à s'y faire. Évidement, Sena craignait encore de se faire latter par les défenseurs adverses, ça s'est encore vu une toute petite fois face aux Cameleons* mais il a réussi à passer au dessus. C'est en se forçant à jouer qu'il a commencé à aimer jouer. Il a beaucoup pris sur lui."

Les autres joueurs se concertaient de temps en temps du regard, surpris, même impressionnés. Ils pensaient connaitre à peu près Sena mais ne se l'étaient pas imaginé ainsi. Sentant qu'il tenait le bon bout, le quarterback continua. "Ça a été très dur, d'ailleurs, d'affronter ses peurs et ça s'est fait au fil des mois, donc vous imaginez le travail. Vous imaginez aussi à quel point il a changé. Donc vous vous doutez aussi que le Sena qu'on vient de récupérer est aux antipodes de celui avec qui on jouait et qu'il ne comprend rien de ce qui lui arrive et de ce qu'on lui raconte. Ça a commencé à lui foutre les jetons et interroger le fuckin' singe et les trois frangins n'a pas du arranger les choses. C'est déjà assez dur de se retrouver en terre inconnue, mais savoir du jour au lendemain qu'on joue dans un des sports les plus dangereux en lycée et qu'on est premier national dans sa catégorie, ça parait totalement improbable. Y'a des gens qui d'viennent fous pour moins que ça. Alors vous êtes biens gentils, mais maintenant il va falloir nous laisser faire tout seuls. C'est déjà mal parti alors il a pas besoin de voir d'autres amis lui rendre visite alors qu'il ne soupçonnait même pas leur existence."

"Quoi?"

"Mais attends!"

"Y'a pas de mais qui tienne. C'est un vrai môme et il ne sait plus à qui accorder sa confiance, alors plus y'aura de gens qui viendront prendre de ses nouvelles, moins il ira bien."

"Justement," fit Riku en se levant avant les autres.

"Hé, ça ira, laisse plutôt ses amis proches s'en charger." tenta Akaba pour calmer le jeu.

"De toute façon il a toujours Mamori en dernier recours." fit simplement Hiruma.

"Très juste. Sauf que je connais Sena et Mamori depuis le primaire, moi aussi."

Tout le monde regarda Riku, sidéré. Sauf Shin qui avait juste l'air très très étonné.

"J'ai déménagé assez tôt mais il se souvient de moi et nous nous sommes séparés en très bon termes."

"C'est ça, c'est très bien," fit Hiruma qui devait déjà le savoir (qui sait? Se disaient les autres) "Mais ça n'empêche que là, actuellement, il ne veut voir personne. Tu repasseras au plus tôt demain après-midi, le temps qu'il mette un peu d'ordre dans ses idées."

Mais Riku n'écoutait pas, il s'apprêtait à sortir, gromellant: "Ouais et pendant ce temps, Sena est livré à lui-même et se prend une douche froide qui va le rendre malade. Je sais pas à quoi tu penses pour l'aider, mais j

BRAM

Cette fois-ci, il s'agissait bien d'une détonation. Tous les joueurs, se demandant accessoirement comment les autres Devil Bat supportaient ce régime, se tournèrent lentement vers l'auteur de ce tir visant la porte. Ce dernier s'était déjà rassis et torturait le clavier de son PC portable de ses ongles pointus.

"Il est hors de question que tu y ailles. Mais si tu es déterminé à aller le chercher, ce qui ne serait de toute façon pas payant, j'emploierai la manière forte."

"Tu... tu quoi?"

"Je te garderai ici toute la nuit s'il le faut."

"Non, c'est bon, ça va, merci. Je repasserai demain."

"Sage décision."

"Tu l'as trouvé?"

C'était Shin. Qui avait deviné que Hiruma localisait téléphone de Sena. Ce qui était curieux: Shin était l'ennemi naturel de la technologie.

"Je vous rappelle que ça ne vous regarde pas."

"Et tu comptes y aller, toi, après nous avoir interdit de..."

"Vous êtes encore plus stupides que ce que j'imaginais. Évidement que non, je vais pas y aller! N'importe qui de normal me fuirait comme la peste alors vous imaginez bien que je suis la dernière personne à qui il irait se confier. Non, je vais donner sa position à ses parents." Articula-t-il comme si les autres nécessitaient de faire un énorme effort de mémoire pour se rappeler l'existence, puis la définition du mot.

"Oh..."

"... bon, alors qu'est-ce qu'on fait?"

"Vous rentrez chez vous et vous n'ébruitez pas ce qu'on vous a raconté. Faites exactement comme si vous ne saviez pas. Officiellement, tout ce qu'on a dit, c'est que Sena a reçu un coup sur la tête qui l'empêche de pratiquer un sport quelconque pendant une durée minimale d'une semaine. Vous n'êtes pas censés en savoir plus et nous n'avons pas épilogué sur le sujet quand vous êtes venus ici."

"D'accord."

"On pourra prendre des nouvelles?"

"Je vous dirai quand il sera guéri."

Silencieusement, tout le petit comité se dit intérieurement qu'ils demanderaient des nouvelles aux autres Devil Bat pour savoir si le petit coureur faisait des progrès.

La personne en question, effectivement, essayait de pulvériser son record de vitesse (qu'elle ignorait toutefois mais qu'elle pouvait supposer) sans pour autant y arriver. Sena courait de toutes ses forces sous une pluie battante qui emplissait l'air de crépitements et d'embruns, et trempait ses vêtements. Sena regardait à peine où il allait, cependant sa trajectoire était nette. Bien qu'il n'aie pas d'idée précise sur l'endroit où il désirait se rendre, il filait bien droit, effectuait des virages secs et précis, sans aucune hésitation, projetant des gerbes d'eau chaque fois que ses chaussures frappaient le bitume.

Il fuyait le plus loin possible de tous ces gens, tous ces athlètes qui le traînaient dans leur monde alors que le petit collégien savait qu'il n'y avait pas sa place. Et pourtant ces personnes si intimidantes étaient décidées à l'y embarquer, que ce soient ses parents, son ami Monta ou les trois dangereux... Tous ceux qu'il avait vu attendaient de lui qu'il se jette dans la fosse aux lions. Mais il n'était pas fait pour ça, il n'avait jamais voulu ça. Comment il aurait pu vouloir entrer dans leur monde? Il n'avait pas la force nécessaire. Il n'était même pas fait pour un tel sport. Sena n'avait rien à faire là, n'importe qui aurait pu le dire. Il aurait voulu fuir, loin, très loin, dans un endroit où on n'essayait pas de lui apprendre qui il était censé être.

Malheureusement, il ne savait pas où se rendre, pour cela. Il fuyait, encore, avec la certitude sournoise, étouffée mais bien présente au creux de son estomac; que les ennuis qu'il tentait de garder à distance le rattraperaient, où qu'il aille.

C'était un véritable cauchemar.

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

"Chérie? Sena n'est pas là?"

"Non, il n'est pas encore rentré. J'ai réussi à appeler un de ses amis qui m'a dit qu'ils faisaient un petit goûter mais ils ne m'ont pas dit quand ils rentreraient."

"Hmm... ça fait longtemps?"

"Une demi-heure, peut-être plus..."

"Je vais rappeler."

Il commença à composer le numéro quand quelqu'un sonna à l'entrée. Il reposa le combiné et alla ouvrir.

"Youichi? Qu'y a-t-il?"

"Sena ne vous a pas appelé?"

"Hein? Non... On pensait qu'il était avec vous. Qu'est-ce qu'il se passe?"

"Il y a un problème?" fit la maman en arrivant avec son tablier.

"Ce serait assez compliqué à expliquer mais Sena est parti, il va avoir besoin que vous passiez le prendre."

"Comment?"

Le téléphone sonna. Le père alla rapidement décrocher et entendit son fils au bout du fil.

"Sena! Tout va bien? Où es-tu?"

"Je... Je sais pas..."

Hiruma, comprenant la situation, avait déjà chargé leur destination sur le GPS familial tandis que la mère revenait, prévoyante, avec une grande serviette.

"D'accord, ne t'en fais pas, on vient te chercher. Surtout ne bouge pas."

"D'accord..."

"On arrive aussi vite qu'on peut."

"... je suis désolé..."

"C'est pas grave, ne t'en fais pas. À tout de suite."

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Sena attendit environ deux secondes avant de raccrocher. Il était appuyé contre un mur de magasin, très loin des rues qu'il connaissait, à peine à l'abri des sceaux d'eau qui tombaient, imprégnant jusqu'à ses mollets avec les éclaboussures. Il avait repris son souffle mais était exténué. Moralement surtout. Il avait couru jusqu'à n'en plus pouvoir, aussi vite qu'il le pouvait, aussi loin qu'il le pouvait, autant que ses jambes le lui permettaient. Il était fatigué de tout. Il n'arrivait plus à penser, juste à être mélancolique de tout ce qu'il avait pu vivre. C'était à regret qu'il s'était décidé à appeler ses parents, mais finalement ils n'étaient pas responsables de tout ça. Une fois la panique décantée, il fit à nouveau la part des choses: ses parents n'avaient pas attendu de lui qu'il fasse un miracle pareil: ils n'étaient pas allés jusqu'à dire qu'il devait être premier de tout le Japon, où quoi que ce soit.

Papa espérait juste qu'il reste son fils et il l'aimait toujours. Maman aussi. C'est ce qui l'avait poussé à les appeler, au final, regrettant juste de ne pas pouvoir simplement rentrer lui-même à la maison, sans les inquiéter davantage, sans s'attirer plus l'attention, plus de questions. Il soupira, ferma les yeux. Ses jambes tremblaient. Néanmoins elles l'avaient porté très loin. Il en était vaguement étonné et fier. Dans l'état ensommeillé dans lequel il se trouvait, il arrivait à se dire qu'après tout, c'était la première fois qu'il leur en demandait autant, mais pourtant il avait le souvenir que ses jambes le brûlaient assez rapidement, en particulier quand il devait fuir en catastrophe alors qu'aujourd'hui, elles semblaient plus endurantes que ses poumons. Malgré toutes les pensées accablantes qui le tenaillaient, il avait l'agréable impression de se sentir plus fort. Mais après tout... il avait grandi, non? On ne grandi pas un peu, en quatorze mois, quoi qu'il arrive? Quoi qu'on fasse, on grandi un peu en un an.

C'était probablement ça.

Il soupira encore, fatigué et toujours essoufflé. Sa gorge était nouée. Il avait le coeur au bord des lèvres et aurait donné n'importe quoi pour s'effondrer sur quelque chose de mou. Chaud et sec. Silencieux.

Un sanglot remua sa poitrine. Il se retint, se refusa à en laisser échapper un autre. Il fit tout ce qu'il pu pour se vider la tête. Il n'avait pas envie de pleurer. Il n'avaient envie de rien, si ce n'est de s'enfoncer dans un épais sommeil où tout s'arrêterait, où il arrêterait d'avoir peur, d'avoir mal et surtout de penser. Et après, très longtemps après, quand il ouvrirait les yeux, le monde serait redevenu normal. Et il aurait tout oublié de l'ancien.

Il se laissa aller paisiblement à cette rêverie, sentant tout son corps tiraillé et glacé s'alourdir. Sa mélancolie semblait stagner, coaguler doucement dans son esprit: restant présente mais cessant de bouillir en lui. L'épuisement moral détendait peu à peu ses muscles tandis que son esprit se laissait enlacer, éreinté, dans les bras de Morphée...

"Sena? Sena!"

Il reconnu son nom et se retourna lentement. Ses parents étaient là, sa mère venait de sortir de la voiture. Il se laissa emmener sur la banquette arrière tandis qu'elle le séchait. À bout, il se laissa faire sans un mot et ne mit qu'une minute à s'assoupir.

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Le lendemain il se leva tard, lentement. Son corps engourdi se réveilla à son propre rythme et avec une douce volupté, tandis que son esprit, malgré ses efforts, se clarifia très rapidement, remettant tous ses nouveaux souvenirs bien en place dans sa mémoire et en évidence. Sena avait beau se concentrer pour les éviter, ils étaient là. Les mots du grand blond étaient là et l'attendaient, tous sourires, souvenirs prêts à être explorés, visités, passés en revue.

Il avait ainsi la sensation curieuse que son propre corps le trahissait, quelque part. Sa tête était prête à tourner à plein régime et ses muscles, comme échauffés par sa course folle d'hier, étaient prêts à repartir comme s'ils en redemandaient. Il ne s'était jamais connu une aussi grande forme. Très curieux. Ce devait être la nourriture équilibrée de la cantine (?), et probablement la nuit réparatrice qu'il venait de passer. Mais il se sentait trahi tout de même: il aurait voulu avoir l'esprit trop moulu pour réfléchir et se souvenir, mais ses neurones semblaient prêt à lui livrer dans les détails tout ce qu'il voulait éviter. Lui rappeler que des gens le voulaient dans le Colisée et qu'il y brille. Et le pire c'est que son corps semblait l'y encourager. Comme si vos pieds vous emmenaient malgré vous vers une broyeuse géante.

Sena se frotta les yeux, secoua la tête pour chasser cette sombre métaphore et avisa l'heure. Il était tard. Quel jour?..

Mercredi.

Seulement mercredi, ou déjà?... Le temps semblait aller assez lentement, avec tout ce qu'il avait vécu. Et pourtant, son cours immuable lui donnait un aspect inéluctable, engendrant chez le garçon un désir irrépressible de l'arrêter, pour avoir le temps de respirer et de faire le point, longuement.

Mais bien sûr, c'était tout à fait irréalisable.

Il parti vers la salle de bain et, plus pour essayer de se calmer que pour se rafraîchir, il s'aspergea le visage d'eau glacée. Ce n'était pas spécialement agréable mais en respirant profondément, il se sentit un peu plus calme.

Ce fut à ce moment qu'il vit clairement son reflet dans le miroir.

Jusqu'à ce jour, il n'y avait jamais fait réellement attention.

Cette personne lui ressemblait. Mais il connaissait trop bien son propre visage. Ce n'était pas celui-là.

Son coeur s'accéléra, sa respiration perdit de sa régularité mais il ne pouvait pas bouger, ni détacher son regard de ce visage en face de lui, cette personne qui le fixait d'un air inexpressif, cette personne qui semblait le sonder du regard, comme si son propre reflet lui sonnait les cloches; "Eh, mais tu es un imposteur! Qui es-tu?!" alors que lui était tout simplement apeuré. Tant et si bien qu'en reculant, effrayé, il buta sur un petit meuble. Un pot en plastique et des brosses à dent tombèrent. Sena se figea, le coeur battant.

"Tout va bien?"

C'était son père, très soucieux, au rez-de-chaussée, prêt à monter si besoin. Il su immédiatement qu'il ne voulait pas lui parler.

"Oui-oui, c'est rien, j'ai fait tomber un truc."

"Ah... d'accord. Ça va?"

"O-oui!"

"Bon, Riku a appelé, il passera te voir après le repas."

Riku?

"...D-D'accord!"

Riku... Il allait venir!... Riku allait venir!.. Il ne savait plus où donner de la tête, tournant dans tous les sens comme une collégienne, ce qui lui aurait valu une place de choix dans le carnet d'Hiruma. Il était tellement sidéré de savoir qu'il allait revoir son ancien ami qu'il ne savait même pas s'il était heureux ou non. Probablement parce qu'il était très anxieux. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas vu, Riku avait probablement changé depuis... Et est-ce qu'il était au courant?...

Sena n'en avait pas la moindre idée. Peut-être qu'il avait appris la nouvelle par ces gens qui étaient venus au club, il les connaissait peut-être, oui. En tout cas si Riku connaissait ces gens et avait appris pour l'accident ça expliquerait sa venue aujourd'hui. Sena lui avait menti au téléphone: Riku venait demander des comptes...

Il se senti beaucoup plus mal à l'aise. Qui sème le vent, comme dit le dicton... après tout, il avait eu le choix: il avait été libre de dire à Riku la vérité. Même si cela l'ennuyait beaucoup, Sena lui devait un minimum de franchise, d'honnêteté. En se redressant et relevant la tête, il revit son reflet dans le miroir. Il fut presque tenté de baisser les yeux. Son propre reflet l'intimidait. Ses propres émotions se retrouvaient métamorphosées par ce visage semblable, mais tellement différent de celui qu'il avait avant...

Ce visage là l'impressionnait autant que ceux des gens qu'il avait rencontré au local. Un visage fin, allongé, et des yeux qui avaient... grandi, mûri... Ce visage-là s'appropriait ses émotions et les faisaient toutes autres. Comme si ce visage exprimait surtout la vivacité, une réelle force de caractère qui se voulait inébranlable, comme si ces traits n'étaient pas conçus pour exprimer la peur, mais seulement, au besoin, la terreur. Et encore. Une terreur atténuée par la férocité.

Son visage ressemblait à celui de ces grands guerriers que rien n'affecte, ces athlètes qui n'ont jamais la tête baissée.

Ce visage ne lui appartenait pas. Mais comment diable une telle transformation avait-elle pu lui échapper? Subitement, il repensa aux photos de l'album. Il quitta sans cérémonie la salle de bains et se précipita dans sa chambre, fébrile, empressé. Il sortit sans ménagements l'album photo et regarda la première page.

Lui, avec les gobelets de boissons.

Lui.

Il en avait douté, mais si le contexte lui était inconnu, la personne qui y était présentée, là, c'était bien lui. Il sortit la photo de sa pochette et revint devant le miroir.

Il regarda la photo. Il y avait la tête timidement rentrée dans les épaules, l'air mal assuré, il se mordait légèrement la lèvre inférieure et osait à peine sourire. Il regarda ensuite son reflet.

Il avait perdu cet air candide. Son regard, surtout, n'était plus le même. Il faisait plus... vieux?

Non. Lycéen.

Et après... Est-ce que c'était son cou, la base de ses épaules, ou sa mâchoire peut-être? Oui, il avait la nette mais confuse impression que son visage s'était allongé, ou affiné.

Il avait toujours été très... voire beaucoup trop modeste. C'est pourquoi il était gêné de se regarder dans le miroir, d'autant plus que son reflet ne trahissait pas ce sentiment.

En fait, il avait l'impression confuse que ce reflet le représentait lui... mais en mieux.

Cet embarras pris fin quand sa mère l'appela pour le repas. La surprise le fit rougir violemment et l'expression qu'il vit dans la glace, l'espace d'un court instant lui fit savoir que son reflet, bien qu'il soit différent (plus beau?) était tout de même capable de refléter de vieilles expressions, pour lui séculaires; comme la gêne ou la honte, quand on le prenait par surprise.

À la fin du repas il débarrassa ses couverts, ayant presque oublié que son ami d'enfance allait passer, jusqu'à ce que sa mère ne le pousse du coude.

"Eh, ce serait pas Riku-kun, dans la rue?"

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Je riais intérieurement à l'idée saugrenue de jeter des cailloux à la fenêtre de Sena quand j'ai vu la porte d'entrée s'ouvrir. J'étais encore au milieu de la route.

Nous sommes restés silencieux à nous regarder, nous dévisager comme de très anciens amis qui se retrouvent sans savoir quoi dire, avant que Sena n'aie un pauvre sourire à m'offrir:

"Tu as changé..."

La dure réalité de l'amnésie en elle-même m'est revenue en tête. Il est facile de se souvenir que Sena a eu un accident, et les mots de "perte de mémoire" sont très clairs. Mais il n'est pas toujours évident de se faire à l'idée qu'il a oublié ce qu'il a fait, ce qu'il a vu, ce que j'ai vu de lui... Le fait même qu'on s'est revu depuis pas mal de temps déjà.

"Tu viens?"

~~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~~

Riku et moi, nous marchons vers l'un de nos coins favoris quand nous étions plus petits; une sorte de circuit (ou plutôt une balade) tournant autour de l'eau où nous courrions après l'école. Ça aussi, ça a changé. La végétation n'est plus tout à fait la même par endroits (pour autant que je sache) mais je reconnais toutefois mon asile. Nous nous y baladons plutôt paisiblement, en approchant d'un petit coin plus tranquille encore où nous avons projeté de nous arrêter pour mieux discuter. C'était là que Mamo-nee nous rejoignait parfois avec un petit goûter fait par ses soins.

"Comment tu te sens, aujourd'hui?"

Riku est prudent. Il hésite à entrer dans le vif du sujet. C'est gentil. Mais bizarrement, c'est exactement ce genre d'attention qui a tendance à me rendre nerveux.

"Tu vas probablement pas me croire, mais je pête le feu."

"Sena... j'ai appris, hier, ce qui t'étais arrivé." Il ajoute, l'air grave. Je le regarde, un peu troublé et je souris. Cette fois je ne nie pas l'accident. Il se fait des idées.

"Non, je suis sérieux... je veux dire..." Je me reprends le temps de trouver les mots. "Hier, j'ai volontairement couru jusqu'à l'épuisement. Je voulais faire le vide. Je sais, j'ai vraiment pété un plomb, je sais pas trop ce qui m'a pris, mais voilà. Je me suis retrouvé à environ... combien il a dit, déjà?... Je ne sais plus trop, une dizaine de kilomètres passés en vitesse de pointe. Après que papa et maman m'aient ramassé, je suis plus tombé dans le coma qu'autre chose. Pourtant, aujourd'hui... Je pète la forme."

"Ah bon? T'es sérieux?"

"J'ai jamais été dans une forme aussi olympique. Et j'en suis le premier perplexe. Je ne..." J'essaye de calmer les battements de mon coeur tandis que Riku attend. J'inspire, j'hésite puis je lâche; "Je me reconnais même plus!..."

Il a fallu que je m'arrête de marcher pour le dire.

"Ce n'est même plus moi, je me disais par moments que je... que je n'allais jamais réussir à m'arrêter. Je ne sentais pas mes jambes, au départ. Il a fallu un temps fou pour qu'elles commencent à me brûler. En fait.. je sais même plus si j'ai arrêté parce que je tenais plus debout ou parce que je n'arrivais plus à respirer."

Riku revient lentement vers moi alors que je contemple le sol. Puis je le sens poser doucement une main entre mes omoplates pour m'inviter à avancer. C'est une sensation bizarre, peu familière.

"Rien que ce matin, je ne me suis pas reconnu dans le miroir."

"À ce point?"

"Ouais."

On s'assied. Ou plutôt je me laisse tomber sur mon coccyx. Le sol et l'herbe sont mous.

"Et de quoi tu te souviens?"

"Rien." je dis franchement. "Rien du tout. Pour moi, je suis toujours au collège."

"Woh... et... tu... euh, tu as appris quelque chose?"

Je le regarde en faisant une drôle de tête, tout en sachant à présent que mon visage étrange rend en plus une toute autre expression. (mais laquelle?)

"Je sais pas. Pour être honnête, je sais plus ce que je dois croire. Ça dépasse l'entendement."

Je regarde l'eau du fleuve couler devant nous. Riku m'a mit une main sur l'épaule et la frotte.

"T'inquiètes, ça ira."

"Mouais... et ça ira quand même si je ne guéris pas?"

Riku ne s'énerve même pas.

"Ah, c'est sûr qu'en partant comme ça, tu ne risques pas de te souvenir de grand-chose. Enfin, je suis pas médecin... mais il faut espérer! Ça fait combien de temps que tu essayes? Quatre, cinq jours?"

"Hmm... C'est le cinquième, aujourd'hui."

"Eh ben alors, pourquoi tu désespères déjà? Rien n'est joué!"

"Oui..."

Je ne réponds pas. C'est pas tant ça qui me préoccupe. J'aimerais bien retrouver la mémoire, comme ça tous les problèmes seraient probablement résolus. Cette situation plus que précaire prendrait fin, tout aurait un sens, j'arriverais à reprendre un certain contrôle sur les choses qui m'arrivent. Toutes ces absurdités cesseraient. Mais je n'ai pas envie d'avoir à assumer tout ça.

J'ai des jambes de coureur, je le sens, j'aime cette aisance que j'ai à courir, comme si cela ne représentait plus un effort. J'aime même ce visage flippant, je le trouve... plutôt classe. Voire carrément.

Mais les responsabilités que ça implique me font dire que je préfère y renoncer immédiatement. J'ai envie de vivre, moi. Pas de passer mon temps à me faire écraser, briser les os par des brutes assoiffées de violence.

"Hé, ne perds pas espoir, d'accord? Je suis là. Mamori aussi. Tu me promets que tu te laisseras pas abattre?"

"... d'accord. Je ferais de mon mieux."

Riku me sourit et me donne quelques tapes dans le dos avant de mettre ses coudes sur ses genoux pliés devant lui, de sorte à ce que ses mains pendent au milieu dans une posture décontractée.

"Alors dis-moi, qu'est-ce qui te tracasse le plus?"

"Eyeshield 21."

Pour une réponse spontanée, on est servi. Riku ne comprend pas.

"Bah, comment ça?"

"Ça peut pas êt'moi, c'est tout."

"Et pourquoi pas?" fit-il innocemment.

"Ben... parce que je suis pas assez taré pour faire un sport pareil. Et puis, meilleur du Japon, c'est... je peux pas être le meilleur du Japon, où que ce soit d'ailleurs. C'est utopique."

"Mais justement, c'est ça qui est bien. De toute façon, il en faut bien un, un premier dans chaque catégorie."

"Et le hasard a voulu qu'ici ce soit moi?"

"Eh oui... enfin, pas que le hasard. Tu as du mérite."

"Euh.. quoi?"

"C'est ça le plus incroyable et le pire chez toi, c'est ton degré de modestie. En fait, tu te rabaisse."

"Mais non, je suis réaliste, c'est tout!" j'insiste, la voix partant malgré moi dans les aigus. Riku est à deux doigts de s'esclaffer. Il a du mal à se contenir:

"Mais si, tu te rabaisse constamment, tu n'as strictement aucune confiance en toi! C'est dingue, mais pourtant c'est vrai!"

"Riku..." j'ai gémit faiblement, mais il ne m'a même pas entendu.

"C'est normal que tu ne comprennes pas pourquoi les gens d'ici t'admirent, tu ne t'es pas rendu compte de ta valeur sur un terrain..."

"Mais arrête, j'ai rien à faire sur un terrain de sport!"

"Pourtant tu esquives comme personne. Tu le sais, ça, non?"

"Hein? Euh... je suis plutôt agile parfois, quand il s'agit de me sortir du pétrin..."

"Alors imagines-toi avec un ballon dans les mains. Des types en face qui vont vers toi pour t'arrêter, et que tu dois les éviter avec un pas sur le côté."

Je soupire, lassé par toute cette détermination et cet enthousiasme. C'est comme avec Monta. C'est louable de sa part mais fatigant et inutile.

"C'est justement à cette étape que ça merde. Riku, je suis pas un sportif, c'est tout. Comment je suis censé rivaliser avec des types comme ça? Je peux pas! De toute façon, quand j'ai trop peur j'en perds tous mes moyens et je reste pétrifié."

Bien que je ne le regarde pas, je devine que Riku est songeur. "Peut-être. Mais tu peux quand même y arriver."

Je le regarde sans comprendre. C'est pas un argument, ça.

"Je t'assure, Sena. T'en a les moyens. Non seulement tu cours vite mais tu as cette chose peu commune qu'on appelle le talent."

Mes joues se réchauffent et je détourne le regard, avant d'articuler soigneusement: "Je ne suis pas runner machin-chose. Un point c'est tout.

~~~~~~~~~ § ~~~~~~~~~

C'est peut-être là que j'ai compris. Non, j'ai du le comprendre bien assez tôt. Mais je ne voulais pas l'admettre.

Sena n'a strictement aucune confiance en lui. Il ne s'est jamais mis en avant. Mais du coup, il est tellement humble qu'il n'a presque... non, ce n'est pas qu'il a aucune considération pour lui-même (quoi qu'il doit même pas se juger) mais.. oui, il est tellement neutre envers sa personne qu'il ne s'estime même pas. C'est désolant. Et comme il est gentil, il en devient humble à un point qui le rend littéralement transparent. J'avais espéré l'aider à se mettre en avant au primaire mais j'ai bien vu à mon retour qu'il n'avait pas su se débrouiller tout seul (j'aurais pas cru dire ça un jour mais... merci Hiruma) le choc, d'ailleurs, quand j'ai vu que Sena n'était autre, à l'époque, que le grandiose Eyeshield 21 que je voulais aplatir à tout prix! D'ailleurs je n'ai même pas pu m'empêcher de lui donner des conseils en plein match, c'est tout moi, ça! Quel con! Ha ha, mais bon, en même temps vu ce que j'ai fait de Shin, j'ai pas vraiment mon mot à dire.

"Tu souris..."

"Hein?"

Il m'a tiré presque tout net de ma rêverie.

"À quoi tu penses?"

(J'hésite mais à quoi bon, au final?)

"Je repense à d'assez bons souvenirs..."

(Il ne dit rien. C'est normal: il est aussi d'une politesse exemplaire, l'effronté! Hé hé!)

"Je repense à la fois où je t'ai revu. L'an dernier, pour tout te dire. Tu avais tout du Sena que tu es maintenant. Gentil, comme d'hab', mais toujours aussi bonne pâte surtout. Effacé, je dirais. C'est assez dur à définir en peu de mot, et... en fait ce serait probablement vexant."

Je me tourne vers lui en pouffant. Lui ne me regarde pas mais il a un sourire crispé. Qui me fait marrer encore plus en fait.

"Désolé. Enfin bref, le Sena de maintenant, toi, quoi. Ou celui du collège mais en un peu plus vieux. Toujours sympa et prêt à obéir. Donc il y avait toi, à l'époque, et dans ma tête, il y avait aussi cet Eyeshield..."

L'idée qui m'est venue est la bonne: Sena est beaucoup plus enclin à la conversation si on le détache de cette partie de lui-même. En fait, tant qu'on ne fait pas le rapprochement, je suis sûr qu'il est tout à fait capable de parler d'eyeshield avec quelqu'un. C'est...

Affligeant.

Oui, maintenant que j'y pense, c'est pas curieux, étonnant ou quoi que ce soit. C'est juste affligeant. Reprends-toi mon vieux! Tu vaux mieux que ça!

"C'était mon objectif premier que de l'affronter et mon but direct que d'arriver à le battre. C'est comme ça: les linemen affrontent les linemen, les receveurs affrontent les receveurs, les quarterbacks les quarterbacks, et de fait les running backs affrontent les running backs. Parce qu'il n'y a qu'un running back pour pouvoir en intercepter un autre."

(C'est beau.)

(Euh...)

"Non, en fait," je bégaye, un index incertain levé; "la défense est censé le faire mais... ben là c'était impossible. C'est ça Eyeshield 21: le running back qui court si vite et qui a une telle esquive que la défense ne peut pas l'attraper. Personne n'est censé en être capable. Sauf, de fait, un running back spécialisé lui aussi dans l'esquive, capable de prévoir les mouvements de l'autre. Bien sûr, ce n'était pas toujours comme ça, mais pour moi, oui. J'étais sûr que j'avais les moyens de l'affronter. Et puis tout le monde ne parlait que de lui. Il devenait de plus en plus efficace et déjouait les plus doués, à peine entré dans le monde du sport. C'était un défi que je voulais absolument relever.

Alors... quand j'ai su..."

Ça devient délicat. Je suis obligé de faire le rapprochement...

"Quand j'ai su que mon ami d'enfance se cachait derrière cette visière, ça m'a fait un choc. Mais j'étais vraiment content. Voire même... assez fier."

Je le regarde et me rends compte que mes propos l'ont encore gêné. Qu'est-ce que j'y peux?

"Ne t'en fais pas, moi aussi j'ai été secoué. Mais ce n'est pas une mauvaise chose. Reste calme. Et si tu veux, un jour, je te prouverai que tu es bien celui qu'on prétend que tu es."

Il ne dit rien. Évidement, ça doit faire un choc.

"Et puis tu sais, ils ne vont pas te demander de retourner sur le terrain tant que tu sera amnésique..."

Il me regarde. Les yeux ronds. J'ai une touche, j'ai une touche!

"Ben oui! Ils sont pas idiots, ils ne vont pas te demander d'être au top niveau alors que tu ne te sens pas prêt! Le foot US, c'est aussi une question de mental alors ils ne te feront pas jouer tant que tu te sentiras aussi... enfin tant que t'auras autant les foies..."

Sena sourit, d'un sourire soulagé avant de regarder à nouveau devant lui. Il me répond lentement:

"Tu sais quoi? Ça, c'est la première bonne nouvelle de la s'maine."

Et il s'est laissé tomber, les bras en croix, lâchant un grand, un immense soupir d'aise, muni d'un sourire béat. J'en profite pour le charrier:

"Andouille! Tu sais pas c'que tu rates!" et heureusement il répond, indifférent et souriant:

"Ah, mais j'm'en fous! Je m'en fous! Moi je reste le cul sur une chaise et ça me convient parfaitement !"

On s'esclaffe, je l'embête (j'ai commencé à le chatouiller), et – enfin, merci infiniment – il a ri de nouveau. La joie est revenue sur ce visage candide et naïf.

Sena va mieux. C'est déjà un très bon début.

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Quelque part, une silhouette dans la pénombre écoute. Ou plutôt épie, ce qui est certes très impoli mais l'importance n'est pas là. Elle espionne de loin deux jeunes gens et écoute ce qu'ils se disent, les regarde s'amuser alors qu'ils se croient tout à fait seuls. Cette silhouette sort un téléphone et appelle quelqu'un. Sa voix est masculine.

"Oui. J'y suis."

Un bref silence lui répond.

"Il semble au point, physiquement."

Un autre silence se poursuit.

"Oui. Il est apte. Mais il est hors circuit."

Un court silence, cette fois, l'interrompt.

"Il est amnésique."

Un autre silence retenti, bercé par le vent, faisant bruisser un sac plastique abandonné. L'endroit est on ne peut plus désert.

"Il a perdu la mémoire... Non, il ne remontera pas sur le terrain. Ça a l'air sérieux. On est bon."

Il attendit.

"Très bien."

Il raccrocha, s'en alla,

et ce fut tout.

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

Je me sentais léger jusqu'à ce que Riku s'en aille. Il a dit que je peux compter sur lui, qu'il a l'intention de faire tout ce qu'il peut pour me remettre en selle (en selle? Boah, qu'importe! Riku, ça, c'est un pote!) mais malgré cette aide précieuse qui doit retourner chez elle (c'est qu'elle habite loin, l'aide précieuse) je sens une certaine oppression. Physiquement parlant, une pression sur la poitrine. Puis je me souviens: on est mercredi, je suis censé avoir cours mais papa et maman m'ont laissé dormir jusqu'à très tard... soit. Je rentre donc avec la sensation que Riku et son sourire me manquent déjà et je monte directement dans ma chambre en voyant (à mon grand soulagement) qu'on ne me retient pas. Papa est finalement reparti au travail, ne restait que maman. Que faire, maintenant? Si je suis un bon élève, je fais mes devoirs. Si j'en ai vraiment marre de l'école et que je veux prendre du bon temps, je joue à la console.

J'ai eu un trauma crânien avec perte de mémoire, ça compte comme circonstances atténuantes ou c'est abusé?

En même temps je me dis ça alors que je suis déjà en train de charger ma partie...

Je m'amuse plutôt bien, j'ai la tête vide quand j'ai vu l'heure. Faut que je voie mes devoirs, moi. Mais... mais de toute façon comment je peux travailler là-dessus alors que je n'y comprends rien? Encore, si c'était des cours datant de mes études oubliées, je tenterai peut-être, probablement, oui, j'aurai pu comprendre, mais là, c'est trop long. Jamais je n'arriverai à tenir le rythme, il me faudra beaucoup plus de temps que tous les autres pour apprendre les leçons, et tout ça pour quoi, au final? Pour avoir 8 de moyenne, au mieux... déjà qu'à 12 j'étais très content...

...

Je laisse les covenants tirer timidement sur mon Spartan tandis que je repense... à tout ça. Eyeshield 21... mais comment j'ai pu être quelqu'un comme ça? Il y a des émissions de télé qui peuvent faire des miracles sur les participants, les transformer (en général c'est le but) mais là, l'écart est trop grand. Riku peut dire ce qu'il veut. Moi-même, j'ai beau faire, la simple idée de rapprocher une telle stature de moi me semble hors de propos.

"Alors, ça va mieux?" me demande papa.

"Oui." je fais en hochant la tête, très occupé à manger (d'autant plus que j'ai laissé la console allumée et que j'ai l'intention de finir jusqu'au prochain point de sauvegarde)

"Donc... pour demain, tu penses pouvoir aller à l'école?"

Papa est indécis. Maman aussi, probablement. J'ai réfléchi un moment puis j'ai opiné.

"Très bien. Mamori-san est passée ce matin, elle s'est occupée de faire justifier ton absence. Si un professeur te demande pourquoi tu n'es pas venu hier, tu peux lui montrer ton carnet.

"D'accord."

(Faudra que je pense à regarder ce qu'ils ont mit comme excuse...)

C'est ce que je fais après le repas, ou plutôt après avoir prit le temps de boucler ma mission sur le jeu et de sauvegarder. Pendant que ma console se charge de tout, je cherche mon carnet, posé en fait sur mon bureau et je regarde jusqu'à trouver la page des absences. Hmm... ah, j'aurais pris froid hier à cause de la pluie. C'est crédible, d'autant plus que j'ai failli tomber malade avec les sceaux d'eau qui sont tombés. On peut dire, d'une certaine manière, que j'ai eu de la chance. J'entends mon téléphone vibrer quelque part. Le carnet à la main, je regarde autour de moi, vis une poche légèrement éclairée de l'intérieur: à cause du petit écran sur le dessus du téléphone.

Je le prend, regarde le numéro: c'est Monta. Je l'ouvre.

"Allo?"

"Euh... c'est moi. Alors, ça va?"

"Oui, ça va."

"On t'a vu partir, hier, on se faisait du souci..."

"C'est bon, je vais bien... Euh... ...et toi?"

"Hein? Ah, oui-oui, très bien. Et dis..." (quelle conversation...)

"Oui? Quoi?"

"... je veux pas te harceler avec ça, mais... t'en es où d'Eyeshield 21?"

"De..." je soupire de fatigue et m'assieds sur mon lit. Cette histoire, ça devient vraiment lassant. "écoute, Monta, là, j'ai pas vraiment envie d'en parler..."

Pas terrible; Monta a compris tout de suite où je voulais en venir: ce "héros des temps modernes" n'est pas moi et il commence sérieusement à me courir sur le haricot.

"Attends... Juste... tu te souviens? Cette photo que j'avais mit de côté?"

"Euh... oui?"

"C'est... c'est peut-être le moment de la voir."

"...ah?... d'accord."

"...À demain."

Monta raccrocha subitement. La photo. C'est peut-être, peut-être le moment de la voir. Peut-être... qu'est-ce qu'il faut comprendre? Que je vais encore finir en... qu'en la voyant, je vais... Non, de toute façon ça n'avance à rien d'attendre bêtement que ça se fasse. Bon, où est l'album... Oh, mon sac. Là, voyons ça, oui, il l'avait mise à la fin... Je me sens à nouveau nerveux. J'étais calmé par le passage de Riku et le dégommage d'extra-terrestre sur console, et j'ai la calme conviction qu'Eyeshield 21 est une entité confuse dont je n'ai pas à me préoccuper. L'appel de Monta laisse germer en moi des doutes qui se manifestent par de légers frissons d'angoisse. Et puis quoi encore? J'ai pas à avoir peur d'une photo, une idiote d'image! J'inspire d'un coup, je tourne toutes les pages de l'album, bloque ma respiration et rouvre les yeux.

Monta avait pris soin de mettre la photo à l'envers, je ne vois donc que le dos. Quelle nouille. Je soupire, soulagé et amusé de ma propre bêtise et m'assieds sur mon lit. Je déglutis et, un peu plus posé, je retourne la photo.

...

C'est nous deux. Une photo verticale où nous sommes assis par terre. La petite Suzuna est juste derrière nous, penchée pour que nos trois têtes soient assez proches. La mienne, au niveau des traits est à mi-chemin avec celle que je devrais avoir et celle que je vois en me mettant devant un miroir. Monta et moi sommes en protections, Suzuna en rollers. En tout cas elle a les protections de roller.

Je contemple ma personne avec une consternation grandissante.

Mes vêtements sont écarlates. Ce mot est parfait pour définir le rouge violent dont je suis vêtu.

Sur mes énormes épaulettes, on voit d'un blanc immaculé le numéro 21.

Sur mon casque que je tiens sous le bras, je vois une large visière d'un vert sombre.

Et... j'ai le sourire le plus radieux de tous les temps.

...

Finalement, peut-être que je n'aurais pas du dire à papa que j'étais prêt à retourner en cours.

Le lendemain matin, sur le chemin du lycée...

Je me suis rendu à l'évidence.

Je dois assumer.

Ça va pas être simple. Je n'irai en aucun cas sur le terrain. C'est certain. Mais...

Bordel, si je pouvais TOUT SIMPLEMENT cesser d'être amnésique...

"Oooy, Sena-kuun!"

"Mamo-nee?"

Elle vient me voir avec son gentil sourire, comme si rien n'était arrivé. Je me sens mal dans ma peau. "Je... désolé. Vraiment, navré pour tout ce qu'il se sera passé ces derniers jours!"

"Que.. mais... oh, mais redresse-toi, je ne t'en veux pas!"

"Moi si, je m'en veux pas mal."

"Mais tu n'y peux rien, ce n'est pas ta faute..."

"Je sais.. mais même, au moins ça fait... ça soulage."

"Ah..." Elle m'adresse un grand sourire. "Tu es pardonné!"

Son sourire est éclatant. Il vous réchauffe littéralement de l'intérieur. "Merci. Et dis voir, Mamo-nee, j'aimerais vérifier quelque chose, j'ai du mal à comprendre ce qui est écrit dans mon emploi du temps.. J'ai deux heures, c'est bien ça?"

~~~~~~~~~~§~~~~~~~~~~

C'est l'heure de midi, les trois fuckin' blaireaux attendent que je les libère. Je les retiens en otages depuis ce matin avec interdiction formelle de sortir. Après tout ce sont eux qui ont cafté, c'est surtout à cause d'eux que Sena a pété un plomb avant-hier. Du coup je le leur fais payer (pas trop cher non plus, hein? Même s'ils sont traumatisés maintenant) et je les empêche ainsi d'être vus et de lui parler: en leur faisant sécher les cours de force. Remarquez c'est pas ce qui leur manque le plus:

"Putain, on a faim, merde!"

"T'avais qu'à gérer ta grande gueule."

Je poursuis mes recherches intensives sur mon PC pour mieux connaitre les équipes que nous allions affronter. On entend les bruits des pas des élèves dehors, parfois trop proches de la porte à mon goût. Il y a aussi Suzuna avec nous qui range quelques archives de l'équipe, pour me filer un coup de main. Monta est venu passer prendre un cahier oublié, il l'aide à la tâche. L'un des trois petits cons reprend notre 'discussion':

"C'est pas une raison!"

"Continuez à me faire chier et je tapisse les murs du lycée avec des photos de vous à poil..."

Quelqu'un ouvre la porte. Je regarde.

Merde. C'est le fuckin' chibi.

Il a la tête légèrement rentrée dans les épaules, un peu inclinée et les yeux baissés. On s'est tus. Et là, contre toute attente (comparé à ce que je croyais) il nous regarde. Directement. Il a pas l'air carrément pété de trouille, mais surtout résigné. Pis il nous fait l'honneur de nous adresser quelques mots:

"Vous êtes tous mabouls."

(d'aaaaccord, il a les j'tons!)

"Vous me paraissez tous plus tarés les uns que les autres et la première chose qui me vient à l'esprit quand je vois l'un de vous c'est de me barrer en vitesse."

Il s'arrête. Il va reprendre. On sait qu'il va reprendre. On attend respectueusement le temps qu'il trouve ses mots. Il se mord la lèvre juste avant. Mais parle, bordel, on va mourir d'apoplexie!

"Mais visiblement, il va bien falloir que je fasse des efforts de mon côté si je veux récupérer la mémoire un jour. Alors... ..je vais être obligé de passer un peu plus de temps ici."

Putain de dieu. Il me tue, ce mec.

Toujours aussi pété de trouille, mais il s'adapte vite. Y'm'tue. La bulle de mon chewing-gum crève à ce moment-là.

"Mais ça ne veut pas dire que je vais remonter sur le terrain pour aller faire le zouave, je vous préviens!" qu'il nous fait en pointant le sol de son index, les joues roses. Visiblement c'était le point le plus préoccupant de la journée, mais il a pas eu le temps de massacrer un peu plus son petit effet que la petite hystéro à rollers lui sautait déjà au cou. Regardez-moi ça, la tête qu'il tire...

Mais je dois dire que ça commençait à me manquer.

"Eh..." je fais à cet espèce de peluche vivante (qui subit un câlin que je qualifierai de meurtrier, vu la force employée) je me demande si je fais bien de la ramener vu ma gueule de psychopathe, mais je souris quand même.

"Content d'te revoir."

Il me répond par un léger sourire qui veut tout dire: C'est pas gagné.


* Sena a effectivement eu les jetons contre les cameleons, mais une seule fois: pour ceux qui ont vu l'animé et ont sûrement étés gavés par sa trouille phénoménale, je tiens à préciser que dans le manga, le match se résume à:

(habashira) ce sera une course! Ils vont faire une course!

(Hiruma) Hop-là, une passe!

Bref, après quarante passes réussies exactement pour la même raison et la petite histoire avec les frangins, Hiruma se décide enfin à confier le balon à Sena qui se dit: bon, allez, j'y vais. Habashira jubile, à tel point que c'en est flippant (il veut manger du Sena) bref notre chtit coureur pile, s'arrête, puis regarde mieux. Se rappelle les branlées autrement plus efficaces que Shin lui a administré le match précédent et se dit (en gros) "Ouais mais en fait, c'est bon" XD je déconne: il voit la différence de niveau et après être resté arrêté jusqu'à ce qu'Habashira soit tout prêt, il part comme une balle de fusil et le laisse en plan, comme ça, paf.

Bref: IL N'A PAS ETE PLAQUE UNE SEULE FOIS! (ou du moins pas avec le ballon) ET IL A EU LES CHOCOTTES QUE TROIS MALHEUREUSES SECONDES! (je maudis les responsables de l'animé qui l'ont fait passer pour la pire des chochottes)

C'était long, cet astérisque... 00 navrée, c'est tout moi ça XD


Voilà, c'est fini pour aujourd'hui! ^^ mouahaha je l'aime bien ce chapitre. J'espère que je vous soule pas trop avec ce Sena on ne peut plus sceptique, mais bon, mettez vous à sa place. Vous avez changé d'établissement, vous comprenez rien au programme scolaire et vous avez une quarantaine - bon disons une vingtaine - de personnes supplémentaires dans votre carnet d'adresse, et on vous dit qu'elles sont plus proches de vous que vos "amis actuels" (actuels selon vous) ah, j'oubliais, il y a un trophée dans votre chambre (peut-être deux, je sais plus) d'une discipline dont vous ignorez tout. Prêt à reprendre les commandes et repartir de zéro? ^^

Je suis déterminée, à présent. Je vais faire une suite. Une autre anmésie, parce que c'est drôle et qu'on peut la vivre d'une autre façon. Sadique, moi? Si peu, comparé à d'autres!

YA-HA! ^^