Etant absente demain, je vous présente le chapitre 3 avec un petit jour d'avance ! Maintenant il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture, et on se retrouve en bas de la page pour mon habituel blabla ^^


Chapitre 3

Quand des frères et sœurs se battent, c'est toujours le plus jeune qui finit par pleurer

Plusieurs années s'étaient écoulées depuis le dernier chapitre. Kagura était née sans complication et avait bien grandi. Le petite fille avait désormais deux ans, savait marcher et s'exprimer à l'aide de nombreux mots qu'elle avait appris, et tenait d'ailleurs un langage un peu trop fleuri pour une petite fille de son âge. Mais ici nous ne nous intéresserons pas Kagura. Pas à Kagerou non plus. Allons plutôt du côté de Kamui, assis sur l'un des murets entourant leur terrain vague.

Le muret n'était pas très confortable. Il était rocailleux et ébréché à de nombreux endroits. D'ailleurs, Kamui était sûr qu'il pourrait le faire s'effondrer avec quelques bons coups de pieds bien placés. Mais sa mère lui avait interdit d'essayer, parce qu'après ça ne ressemblerait plus à rien. Pour lui, ça n'avait jamais ressemblé à rien, mais c'était son foyer, et il l'aimait bien comme ça. Alors il avait obéit. Même s'il était sûr que le muret n'attendrait pas de recevoir des coups de pieds pour s'effondrer.

Il avait ramené ses genoux contre sa poitrine, les avait entouré de ses bras et posé son menton dessus. L'air était lourd. Il faisait chaud et humide, ce n'était pas très agréable, mais c'était partout pareil. Respirer lui semblait également moins naturel qu'à l'accoutumé. Mais il était bien ici, perché sur son muret inconfortable, à contempler la ville et ses immeubles à quelques kilomètres de là.

Pour n'importe quel terrien, le paysage qui s'offrait à lui s'apparenterait à celui d'un monde post-apocalyptique, avec ses immeubles penchés, ses terres infertiles et son ciel chargé de lourds nuages jaunâtres. D'ailleurs, c'était peut-être bien ce qu'il était, ce monde. Peut- être avait-il déjà connu la fin, et que ce qu'il en restait n'était que les cendres. Cendres sur lesquelles les Yato avaient bâti leur royaume. Mais Kamui n'était pas un terrien. Pour lui, ce paysage n'avait rien de particulier. C'était juste le monde dans lequel il était né, et il ne connaissait rien d'autre.

Son regard fixait avec fascination les nuages jaunes au-dessus de la ville. C'était un phénomène assez rare, annonciateur d'un temps particulièrement mauvais. La majorité des Yato les fuyaient, ces nuages, mais Kamui aimait bien les observer. Mis à part les cheveux flamboyants et les iris bleus qu'il partage avec sa sœur et sa mère, c'était la seule couleur que ce monde teinté de gris était en mesure de lui offrir. Ce n'était pas un joli jaune lumineux, mais un jaune terne, sale, qui lui rappelle les déchets qui jonchent les rues de la ville. Ca changeait un peu du gris, et c'était suffisant pour que ses yeux s'y accrochent. Alors il restait assis sur son muret, à contempler longuement les nuages jaunâtres engloutir un à un les hauts immeubles de la ville. On ne voyait déjà plus le sommet de La Tour, le bâtiment le plus haut de la ville, là où résidait celui que l'on appelait « Roi des Yato ».

Kamui ne comprenait pas vraiment en quoi les Yato avaient besoin d'un roi. Dans ce monde, c'était la loi du plus fort qui s'appliquait. Lorsqu'une personne avait un problème, elle n'espérait même pas recevoir l'aide de quelqu'un d'autre. C'était chacun pour soi. Papi le lui avait dit, une fois. « Kamui, dans ce monde, tu ne peux compter sur personne, à part ta famille. Tu ne dois compter que sur toi-même ». Il ne l'écoutait pas souvent, son père, mais cette fois-là, il avait pensé qu'il avait terriblement raison. Quoiqu'il en soit, cela ne lui expliquait pas la raison d'être d'un Roi pour les Yato. Dans les histoires que Mami lui raconte le soir avant d'aller au lit, le roi est quelqu'un qui est chargé de guider les autres, et tout le monde lui obéit. Selon les histoires, c'est une bonne personne qui se souci des plus faibles et des plus pauvres. Dans d'autres histoires, c'est un vieux bonhomme laid comme un pou et terriblement égoïste, qui n'hésite pas à écraser les faibles et les pauvres pour s'enrichir davantage. Le roi des Yato s'apparenterait plutôt au second exemple. Sa mère lui en avait parlé un peu de ce roi tout récent. C'était un homme incroyablement fort, qui prenait plaisir à se battre et à écraser les autres. Lorsqu'il souhaite quelque chose, c'est par la force qu'il l'obtient. Et ceux qui se dressent sur son chemin se font tuer. Quasiment tous les Yato lui obéissaient. Non pas par respect, mais par crainte. Quand sa mère lui avait expliqué ça, il avait été un peu déçu. On lui avait raconté que leur ethnie était redoutée dans tout l'univers de par leur force. Il n'arrivait pas très bien à se représenter l'univers, mais il avait alors été très fier d'être un Yato. En y pensant, c'était assez risible. Les gens qui vivaient ailleurs dans l'univers craignaient donc une bande de poules mouillées qui lèchent les bottes d'un type qui tape un peu plus fort qu'eux ? Une histoire à dormir debout.

Puis, après lui avoir parlé du roi, Kagerou lui avait raconté une histoire hautement plus intéressante. C'était il y a deux semaines. « Tu sais, peu avant ta naissance, Papi s'est dressé contre lui ». Kamui n'en avait pas cru ses oreilles. Ils se seraient battus tous les deux à force égale, et ce pendant trois jours et trois nuits, sans relâche. Finalement, aucun vainqueur n'avait pu être déterminé. Umibouzu s'absentait souvent plusieurs jours, pour aller chasser des aliens, pour son travail. Alors quand il était rentré, Kamui s'était empressé d'aller lui demander pour quelle raison il s'était battu contre le roi Hôsen. « Parce qu'il voulait quelque chose qui m'appartenait, et que je n'étais pas disposé à lui laisser ». Naturellement, il lui avait posé la question « Qu'est-ce que c'était ?». Umibouzu avait eu un drôle de sourire. Il lui avait ébouriffé les cheveux, et chuchoté à l'oreille « Une femme ». Il ne comprenait pas encore ce que cette réponse impliquait. Mais il était très fier d'être le fils du grand Umibouzu, et il espérait bien devenir aussi fort un jour.

Kamui sursauta lorsqu'il senti une goutte tomber sur sa main, et serra les dents quand il en senti une deuxième sur sa joue. Les nuages étaient maintenant au-dessus de lui, et n'allaient pas tarder à déverser leur eau sale. Voilà de quoi lui faire abandonner ses rêveries. D'autres gouttes se joignirent aux premières. Il enfouit sa tête entre ses genoux, bénéficiant d'une bien maigre protection contre cette pluie dévastatrice. Sa peau est rougie là où les gouttes ont atterri. Ca le picote douloureusement. Il tire sur ses manches pour protéger ses mains, mais ses doigts sont encore exposés. Ca y est, la pluie se déverse sur lui en des milliers de gouttes qui lui brûlent la peau. Il étouffe un gémissement de douleur. Il pourrait rentrer à la maison, mais il ne veut pas. Pas après ça. Il n'a pas non plus envie d'aller s'abriter ailleurs. La pluie lui fait mal, mais le soulage. Alors il tient bon. Il mordille nerveusement sa lèvre inférieure tandis que ses yeux s'emplissent de larmes.

Puis la pluie s'arrête de tomber, d'un seul coup. Non, c'est faux. Il ne la sent plus sur lui, mais il l'entend encore frapper le muret, le sol, et toutes les choses qui se trouvent autour de lui. Alors il relève la tête, et voit un parapluie couleur kaki juste au-dessus. Il la refourre aussitôt dans ses genoux. Pas question qu'il le voit pleurer.

Umibouzu s'installe silencieusement à côté de son fils sur le muret, tout en veillant à le protéger des pluies acides. Père et fils restent de longues minutes assis côte à côte, l'un la tête entre les bras et les genoux, l'autre à regarder les immeubles de la ville se faire napper par les nuages souillés.

Kamui se sent honteux, que son père le voit dans cet état. Il doit avoir l'air tellement vulnérable, tellement misérable, avec ses vêtements troués par la pluie, et sa peau brulées à de nombreux endroits. Il attend que ses larmes aient séché avant de relever la tête, puis lorsqu'il est sûr que sa voix ne le trahira pas, il demande à son père, l'air de rien, « t'es rentré quand ?». Umibouzu jauge son fils du regard, en essayant de ne pas avoir l'air trop inquiet. Il sait combien Kamui, malgré son jeune âge déteste ça. « A l'instant ». Puis de nouveau, le silence. Umibouzu n'a pas compris. Il rentrait de trois jours de voyage, et au moment de franchir le pas de la porte, il l'avait vu assis tout seul dehors, sans parapluie alors que les nuages jaunes se faisaient de plus en plus menaçants au-dessus de lui. Il avait eu l'intention de l'appeler, mais la pluie avait été plus rapide. Pourquoi n'avait-il pas bougé ?

« Kamui, que s'est-il passé ? » lui demande-t-il. L'enfant lève ses yeux vers l'adulte, hésitant. Il était partagé entre la honte, la culpabilité, et le besoin de se confier. Umibouzu voit bien que son gamin est troublé. Alors il lui sourit, doucement, et son visage paraît tout de suite moins dur. Il n'est plus le grand Umubouzu, juste un père avec son enfant. Le petit rouquin commence avec un « Je… » timide, toujours hésitant. Puis il se lance, avec des mots maladroits, il raconte ce qu'il s'est passé, revoyant défiler devant ses yeux la scène.

Ils étaient en train de se disputer avec Kagura, il ne savait même plus pourquoi. Pour des broutilles, comme d'habitude. La fillette avait agrippé sa tunique et lui répétait sans cesse « méchant ! méchant ! méchant ! » avec un ton accusateur. A ce moment, Kagerou avait dû leur demander de se calmer. Mais il ne l'écoutait pas vraiment. Tout ce qu'il entendait, c'était les « méchant ! » de sa sœur, et il en avait assez, il voulait qu'elle le lâche et lui fiche la paix. Alors il l'avait poussé. Pas très fort, parce que sa petite sœur n'a que deux ans et est encore fragile, alors il faut faire attention. C'est ce que lui répète sans arrêt Kagerou quand ils jouent ensemble. Alors il l'avait poussé, mais vraiment, il avait fait attention. Mais la petite fille était tombée par terre, et s'était violemment cognée la tête. Le choc avait retentit dans toute la maison. Kagerou s'était précipité aux côté de sa fille, et lui avait demandé si ça allait. Pas de réponse. Ses paupières ouvertes ne dévoilaient plus que le blanc des yeux. Cette vision effraya Kamui qui avait fait un pas en arrière. Kagerou avait pris Kagura dans ses bras, difficilement, parce que son corps était devenu raide d'un seul coup, comme une poupée en plastique, sans articulations. Elle l'avait porté jusqu'à son futon. Il avait voulu les suivre, mais Mami s'était tournée vers lui et lui avait dit, d'un ton autoritaire « Sors ». Kamui savait qu'elle voulait juste lui dire de sortir de la chambre, de ne pas être dans ses jambes. Mais ce qu'il avait fait lui faisait peur, et il avait fui hors de la maison. Puis il s'était installé sur le muret et n'avait pas bougé. Quelques minutes plus tard, il avait vu sa mère emmener sa sœur quelque part, certainement chez le docteur. Kagura avait déjà repris connaissance à ce moment-là. Il s'était senti rassuré. Il avait peur de l'avoir tué.

Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé lorsqu'elles étaient revenues. Kagerou était ensuite allée le voir à son muret. Elle lui avait dit « Tu ne veux pas rentrer ? ». Il sentait dans les oscillations de sa voix qu'elle était gênée. Il lui avait fait « non » de la tête. Elle lui avait ensuite dit que Kagura allait bien, mais que par sécurité elle devrait éviter de chahuter pendant quelques jours, et se reposer. Il avait simplement acquiescé, sans oser la regarder. Kagerou était restée debout derrière lui quelque secondes, eut l'air de vouloir dire quelque chose, mais se ravisa. Puis elle était retournée à l'intérieur de la maison.

Il ne savait pas depuis combien de temps il était assis sur ce muret. Les articulations de ses genoux étaient douloureuses, et ses pieds étaient engourdis. Umibouzu avait attentivement écouté son récit, sans l'interrompre une seule fois. Kamui se sentait soulagé de lui en avoir parlé, et en même temps, maintenant, il redoutait sa réaction.

« Kamui, lui avait-il dit, Tu es déjà très fort, malgré ton jeune âge. Et cette force va encore s'accroitre au fil des années. Mais cette force que tu as est une épée à double tranchant. Si tu n'arrives pas à la contrôler, tu finiras par te blesser toi-même, ou les êtres qui te sont chers, comme tu l'as fait aujourd'hui.

-Je suis désolé. Je voulais pas. »

Que ce soit Kamui ou Kagura, les deux avaient énormément d'énergie à revendre. Et cette énergie, ils la dépensaient en jouant ensemble. Mais à chaque fois, ça finissait par une petite Kagura en pleurs parce que son frère lui avait fait un bobo. Il savait bien que ce n'était pas du tout l'intention de Kamui, il voyait bien aussi les efforts qu'il faisait pour contrôler ses gestes lorsqu'il jouait avec elle.

« Kamui, à partir de demain, je vais t'apprendre à te battre. Je pensais attendre encore un ou deux ans avant de t'apprendre quelques trucs, mais il me semble nécessaire de commencer dès maintenant.

Kamui ne comprenait pas où son père voulait en venir. S'il apprenait à se battre, est-ce qu'il ne risquait pas de devenir encore plus dangereux pour Kagura ? Car se battre, c'est faire mal aux autres non ?

-Papi, si tu m'apprends à me battre, je ne risque pas de lui faire encore plus mal ?

-Non. L'entraînement te permettra de mieux connaitre ton corps, ta force, et tes limites. Tu auras un meilleur contrôle sur toi-même. Ce sont des choses indispensables pour un combattant.

Le gamin retrouva le sourire. Passer un peu de temps avec son père, et en plus pour apprendre à se battre, ça lui plaisait.

-Papi, je vais devenir encore plus fort que toi !

-Personne ne peut surpasser le Grand Umibouzu, sale gosse !

Umibouzu savait bien que tôt ou tard, il devrait lui apprendre. Parce que ce monde est cruel, sans pitié. Mais il appréhendait. Kamui avait hérité des yeux, des cheveux, du visage de sa mère, mais avait-il également hérité de son pacifisme ? Ou deviendrait-il comme lui ?

-Rentrons. Tu vas demander à Mami qu'elle te mette du baume, sinon tu vas garder des cicatrices.

A l'évocation de sa mère, le sourire de Kamui se crispe avant de s'évanouir. Elle lui répétait sans arrêt de faire attention. Il faisait de son mieux, mais ça finissait toujours mal. Sauf que cette fois, ça ne s'était pas fini par un petit hématome. Elle devait toujours lui en vouloir. Et Kagura, qu'allait-elle penser de son grand-frère à présent ? La perspective d'avoir à affronter leurs regards l'effrayait. Alors il ne bougea pas lorsque son père descendit du muret et lui tendit la main.

-Tu sais Kamui, Mami est une femme terrifiante, mais c'est probablement l'être qui t'aime le plus dans ce monde. Quoique tu fasses, elle te le pardonnera toujours. Elle ne pourra jamais te détester. Alors viens. Tu vas t'excuser, et tout seras réglé.

Kamui se retourna vers son père, et hésita, encore. Il jugeait la valeur de ces mots, la véracité de ses paroles. Et il les crût. Alors il posa finalement sa main dans celle plus grande de Papi. Elle était chaude et rassurante. Alors ensemble, main dans la main, ils rentrèrent à la maison.


Bonjour tout le monde ! Dans ce chapitre, nous avons droit à un Kamui un peu déprimé (et oui, c'est une première u.u) ainsi qu'à un petit moment entre père et fils. J'y aborde une problématique qu'on retrouvera dans certains chapitres à venir, c'est à dire la force destructrice des Yato, qui semblent condamnés à détruire et blesser même les personnes qui leur sont les plus chères. D'ailleurs, dans le prochain chapitre, Kagura en fera une nouvelle fois l'expérience, mais cette fois pas en tant que victime... Je ne vous en dit pas plus ^^

Je publierais certainement le quatrième chapitre le dimanche dans deux semaines, comme d'habitude (le 7 septembre donc). J'espère que vous serez au rendez-vous !