Titre : Christmas spirit
Auteur : Meloe
Disclaimer : I don't own Lie to Me or any of the characters. No copyright infringement intended.
Genre : Romance, humour.
Résumé : Artificiel, mercantile, hypocrite… Voilà ce qu'évoquait Noël pour lui. Et pourtant, aujourd'hui, Cal n'était pas loin d'admettre que ce Noël-ci pourrait bien être l'un des plus beaux de sa vie.
Saison/Spoiler : Saison 3, Smoked (3x08). Pas de vrais gros spoilers normalement, plutôt des mentions de perso et évènements.
A/N: Hum, ok je suis désolée de vous annoncer qu'étant donné le nombre franchement important de musiques de Noël (sincèrement, je ne pensais pas qu'il en existait autant) que j'ai écouté pour me mettre dans l'ambiance pour finir d'écrire cette fic… j'ai tout fait pour lutter contre, mais soyez tout de même avertis : les chapitres suivants risquent fortement de frôler la guimauve. L'auteure impute toute responsabilité à l'esprit de Noël et attends vos reviews avec la même impatience que les cadeaux au pied du sapin !
Chapitre 4 : Christmas party
I do like Christmas on the whole... In its clumsy way, it does approach Peace and Goodwill. But it is clumsier every year.
E.M. Forster
« Lightman, s'écria Torres en entrant en trombe dans son bureau, dépêchez-vous !
- Quoi ? demanda-t-il en avisant l'air paniqué de la jeune femme.
- C'est Loker, expliqua-t-elle en s'élançant dans le couloir, et Foster, ajouta-t-elle dans un souffle. »
Il lui emboita rapidement le pas, légèrement soucieux du ton affolé de sa collègue. Arrivé dans la salle de réunion, il s'attendait au pire, rendu franchement inquiet par les respirations saccadées et les longues foulées de Torres, mais il ne s'attendait certainement pas à la vue qui l'accueillit. Laissant son regard parcourir la salle – lourdement décorée – et ses deux occupants, il comprit que les inspirations irrégulières de la jeune femme n'étaient rien d'autre que des éclats de rire étouffés. Il lutta vaillamment, tentant de ne pas rejoindre Torres qui avait abandonné toute idée de maturité et s'était écroulée de rire à même le sol, et opta à la place pour l'air satisfait et le sourire victorieux de celui qui pouvait dorénavant se permettre de dire…
« Je t'avais prévenu… La neige artificielle était clairement une mauvaise idée, remarqua-t-il en avisant ses collègues recouverts de poudreuse synthétique.
- Tu n'aide pas vraiment, Cal, lui fit remarquer Gillian en tentant de se défaire de la pellicule de poudre blanche qui la recouvrait de la tête aux pieds.
- Ne te plains pas, au moins tu as un avant goût de ce à quoi tes cheveux ressembleront dans une vingtaine d'années, plaisanta-t-il en parcourant les décorations du regard. Vous par contre, Loker…
- Quoi ? maugréa celui-ci. Les cheveux blancs ne me vont pas ?
- Oh, ils vous conviennent parfaitement, rétorqua Cal en le détaillant du regard, ils ont au moins le mérite de s'accorder avec votre humeur. Maintenant si vous vouliez bien me faire le plaisir de débarrasser le plancher… Et vous serez gentil de ne pas traîner vos… Pellicules avec vous dans tous les bureaux, lui enjoignit-il.
- Très drôle, pesta Loker en lançant un regard désolé à Gillian avant de sortir.
- Pas un mot, lui enjoignit Gillian en levant un doigt menaçant dans sa direction. »
Une directive qu'il s'efforça de suivre – non sans mal – tout en attrapant l'un des balais entreposés près de la salle. La poudre artificielle n'était pas franchement facile à ramasser et une fois son travail terminé, il dut se résoudre à laisser une fine couverture blanche recouvrir le sol. Pire que des confettis, jugea Cal en époussetant son pantalon.
« Je n'aurais jamais fini à temps, se lamenta Gillian en finissant de ranger les cartons de décorations.
- La soirée ne commence pas avant vingt heures et il n'est même pas dix-sept heures, pointa Cal.
- Il reste tant à faire, continua-t-elle sans tenir compte de son intervention, les guirlandes, le buffet, la musique…
- Il est encore temps d'annuler, remarqua-t-il avec espoir.
- Hors de question, répondit fermement son amie. J'ai déjà renvoyé Anna, Charles et Sarah chez eux, réfléchit-elle à haute voix. Loker et Torres se sont enfermés dans l'ascenseur…
- Pardon ? demanda Cal, interloqué.
- Pour le décorer, indiqua Gillian en levant les yeux au ciel. Franchement, Cal…
- Tu aurais pu préciser, lui rétorqua celui-ci, c'est une image dont j'aurais définitivement pu me passer, maugréa-t-il.
- En parlant d'image, sourit Gillian. Il reste tous les stickers de Noël à fixer sur les parois vitrées des salles, pointa-t-elle en lui tendant une pochette cartonnée. Tu peux t'occuper de ça, pendant que je me charge des décorations de dernière minute dans le hall.
- Tu te rends compte que tu utilise l'affirmatif plus souvent que l'interrogatif quand tu me demande quelque chose, lui fit-il remarquer en penchant la tête. Ce n'est pas moi l'expert du langage, mais…
- Et l'experte du langage te répondrait que c'est un signe linguistique signifiant qu'elle sait que tu lui as promis…
- D'embrasser l'esprit de Noël, je sais grogna Cal en soupirant dramatiquement. Ça tombe bien, coller des Pères Noël et des bonhommes de neige sur les vitres était juste ce qu'il manquait pour finir d'enterrer ma réputation…
- Ravie de voir que tu t'y emploie avec tant de bonne volonté, le taquina Gillian en riant. »
Il secoua légèrement la tête devant l'enthousiasme – l'entêtement et le manque flagrant de considération pour sa fierté – de son amie et s'employa à sortir les stickers de leur pochette. Il observa Gillian finir de fixer un bouquet de houx au mur avant de quitter la salle, non sans lui avoir jeté auparavant un regard dans lequel l'enthousiasme le disputait à la satisfaction. Et elle pouvait être satisfaite, jugea Cal en portant un regard résigné sur la panoplie de flocons, trains de Noël et autre absurdités qu'il venait d'étaler devant lui.
Tentant de se rappeler que Noël n'était pas l'équivalent d'une séance de torture, il fixa une douzaine de ses fichus autocollants sur les parois vitrées des salles du bâtiment. Une tâche que la présence de certains de ces collègues eut vite fait de rendre difficile, très difficile. Ainsi, Torres, qui avait apparemment fini de décorer l'ascenseur, s'arrêta un instant pour l'observer coller une tête de père Noël - barbe blanche et bonnet rouge à pompon inclus – sur la vitre de la salle de réunion, au terme de quoi la jeune femme se permit de suggérer qu'il suive le même dress code pour la party de ce soir. S'il n'avait pas eut un dédit stickers coincé entre ses dents, Cal lui aurait bien répondu qu'étant donné les remarques qu'il avait essuyé depuis le début de cette satanée frénésie de Noël, il était davantage tenté de se déguiser en père fouettard qu'autre chose. Quoiqu'après réflexion, Loker n'était jamais bien loin de Torres et il pouvait tout à fait imaginer le haussement de sourcils suggestifs qu'une telle remarque ne manquerait pas de susciter chez le jeune homme.
Lequel le surpris quelques minutes plus tard en train d'accrocher une ribambelle de flocons de neige, dont la couleur s'approchait suspicieusement du rose, et proposa son aide d'un air d'innocence étudiée qui ne lui plut pas le moins du monde. Décidant de garder un œil sur l'affreux, Cal accepta néanmoins, la longueur de l'autocollant le rendant difficile à appliquer correctement sans l'aide d'une tierce personne. Ce que Loker prit bien sûr pour une invitation à parler.
Se retenant de lever les yeux au ciel devant le bavardage sans but de son collègue, Cal tenta cependant de modérer ses remarques. Pas au nom d'une quelconque trêve de Noël, non. Simplement parce qu'il savait Gillian capable de lui annoncer que sa carte blanche serait encore valide une année supplémentaire s'il ne se prêtait pas correctement au jeu. Et il avait dans l'idée que cette foutue opération EDEN incluait une large panoplie de notions idéalistes, allant de l'écoute de son prochain à la tolérance. Soit, soupira-t-il résigné en reportant son attention sur Loker.
« Il parait que Londres est magnifique en hiver, remarqua celui-ci.
- La pluie ajoute certainement une dimension glissante aux rues enneigées, répondit-il avec l'impression de pointer du doigt l'évidence.
- Vous avez ramené des cadeaux de Noël ? demanda Loker, sans se laisser démonter.
- Pas pour vous, lui rétorqua-t-il.
- Je m'y attendais, répondit le jeune homme avec bonne humeur. Mais pas pour moi, signifie que vous en avez ramené pour quelqu'un d'autre… Torres, évidement, tenta-t-il en affichant un air faussement blessé.
- Pas vos affaires, lui annonça Cal.
- Votre protégée, se moqua Loker en le fixant.
- Oh bon sang, grogna Cal en se passant une main sur le visage. Vous vous rendez compte que vous vous comportez comme un gamin de dix ans ? lui demanda-t-il sans prendre la peine de masquer son exaspération.
- J'ai gardé mon âme d'enfant, sourit celui-ci, alors ?
- Non, répondit Cal en levant les yeux au ciel. Torres n'a rien non plus mais si vous y tenez tant, je peux toujours vous offrir une magnifique lettre de licenciement, lui proposa-t-il en penchant la tête.
- Pour Foster, dans ce cas, conclut Loker en ignorant sa menace. Intéressant.
- Ce qui est intéressant, lui rétorqua Cal avec humeur, est la longueur de ce sticker. Je parie qu'il ferait un excellent bâillon, conclut-il en fixant sans ciller son collègue. »
Plutôt satisfait d'avoir enfin cloué le bec à Loker, Cal s'appliqua à finir de fixer la farandole de flocons avec l'aide de celui-ci. Il était sur le point de se féliciter, particulièrement étant donné que Loker n'avait pas bronché depuis au moins quinze secondes consécutives, quand Gillian se fit un plaisir d'intervenir à temps pour lui ôter tout espoir d'assoir de nouveau son autorité.
« Rassurez-vous Eli, annonça-t-elle en les rejoignant, il faut que je co-signe toute lettre de licenciement. Vous ne risquez rien, ajouta-t-elle avec un sourire. »
Note à soi-même, décida Cal, ne plus jamais – en aucun cas et quoiqu'il arrive – remettre en question le statut de son partenariat avec Gillian et surtout, surtout, ne plus jamais lui laisser carte blanche.
« De quoi parliez-vous ? demanda-t-elle en lissant d'une main l'autocollant qu'ils venaient de fixer.
- De vos...
- Décorations, intervint Cal en coupant Loker.
- Elles sont charmantes, n'est ce pas ? demanda Gillian. Mais je refuse de m'attribuer tout le mérite, Cal m'a beaucoup aidé, ajouta-t-elle avec un sourire à l'intention de ce dernier.
- Je n'en suis pas certain, maugréa celui-ci, je me suis davantage senti comme un marin démêlant les innombrables nœuds de ces foutues guirlandes qu'un, je ne sais pas…
- Lutin ? proposa Loker, les yeux pétillants.
- Vous…
- Oh, j'y pense, le coupa Gillian, je n'arrive pas à fixer le parfum que vous avez apporté, Loker. Peut-être que vous y arriverez mieux tout les deux, conclut-elle en tendant une vasque colorée au jeune homme.
- Pas de problème, approuva celui-ci, on s'en charge.
- Parfait, et n'oubliez pas de finir de vous préparer, les premiers invités ne devraient plus tarder. »
Décidément, songea Cal en avisant l'air ravi de ses deux collègues, les choses avaient de plus en plus tendance à se décider autour de lui sans qu'il ait son mot à dire. Et ça devenait agaçant, décida-t-il alors que Loker revenait avec l'échelle de service, sifflotant au son d'une des comptines de Noël qui résonnaient dorénavant dans les bureaux, signe que Gillian avait finalement mis la main sur le stock de disques de saison qu'il avait malencontreusement égaré.
« Je vous tiens l'échelle, proposa finalement Loker en s'arrêtant devant lui.
- Débrouillez-vous tout seul, lui rétorqua-t-il avec humeur.
- Impossible il faut quelqu'un pour tenir l'échelle et quelqu'un pour monter fixer le parfum.
- Demandez à Torres, lui lança Cal en tournant les talons.
- Impossible, répéta Loker, Foster a été plutôt explicite, lui fit-il remarquer avec un détachement feint. »
Le regard noir dont il gratifia Loker ne sembla pas déranger celui-ci le moins du monde et Cal dut se résoudre à venir prêter main forte à l'affreux. Pas que les suppliques et menaces voilées du jeune homme aient eut un quelconque effet sur lui, non, le fait est qu'il tenait plutôt à éviter d'avoir à affronter Gillian et une énième leçon sur l'art et la manière d'embrasser l'esprit de Noël.
« Allons-y dans ce cas, céda Cal en grimpant sur l'échelle. Est-ce que vous comptez au moins m'éclairer sur ce que je suis censé accrocher ? demanda-t-il en désignant le vase coloré.
- C'est du parfum, lui répondit Loker en masquant un sourire.
- J'avais entendu la première fois, lui rétorqua-t-il. A ma connaissance le parfum ne se conserve pas en vasque mais en flacon, du moins depuis l'antiquité, amenda-t-il en penchant la tête. ça ne m'étonnerait pas que vous en soyez resté à cette période…
- Très drôle, rétorqua le jeune homme en levant les yeux au ciel. C'est un parfum de Noël, expliqua-t-il, la gelée contenue dans le vase diffusera les senteurs toute la soirée, conclut-il.
- Un miracle d'utilité, nota Cal en grimaçant alors qu'il se saisissait de l'objet en question. »
Loker retira la fine pellicule protectrice qui recouvrait la gelée contenue dans la vasque avant de la lui tendre, quelques morceaux venant déborder et couler sur les bords de l'objet alors qu'il le lui passait. Rendu glissant par la maladresse de son collègue, le vase s'avéra difficile à tenir en main et encore plus à fixer. Alors qu'il venait tout juste de réussir à planter le clou, prendre le marteau en main et maintenir cette foutue gelée en place, une violente secousse se chargea d'anéantir tous ses efforts, envoyant clou, vase, échelle, marteau et homme au sol dans un vacarme assourdissant. Essuyant d'une main rageuse la gelée qui maculait son visage, Cal se releva d'un bond, avançant sur Loker à grands pas. Une démarche que la substance visqueuse dont il était recouvert rendit légèrement moins impressionnante qu'il ne l'aurait voulu, nota Cal avant de déraper sur une le sol rendu glissant.
« Loker, gronda-t-il hargneusement en se relevant. Vous étiez censé tenir cette foutue échelle pas la renverser !
- Je ne l'ai pas fait exprès, se défendit celui-ci en haussant une épaule.
- Je jure que je vais finir par vous offrir cette lettre de licenciement, promit Cal en esquissant un pas dans sa direction.
- Cal, l'interpella Gillian, derrière lui, il est plus de dix-neuf heures et Loker est officiellement passé d'employé à invité, lui indiqua-t-elle. Oh mon Dieu, s'exclama son amie alors qu'il se retourna vers elle. Qu'est-il arrivé ?
- Loker est arrivé, rétorqua Cal en jetant un regard noir en direction du jeune homme qui avait sagement reculé hors de sa portée. Voilà ce qui est arrivé.
- Je suis désolé, s'excusa Loker avant de s'éclipser rapidement. »
Il retint un soupir, carra les épaules et ferma les yeux un instant, tentant de se convaincre que pourchasser Loker à travers les bureaux du Lightman Group n'était pas la bonne chose à faire. L'humidité de sa chemise, sur laquelle cette foutue gelée parfumée avait coulée, et l'odeur du produit en question ne firent qu'ajouter à son exaspération et il se promit de déduire la facture – salée – du pressing de la paie du jeune homme.
C'est la main de Gillian, posée sur avant bras, qui le ramena à la réalité et il rouvrit finalement les yeux. L'occasion pour lui de se rendre compte qu'il n'avait pas été le seul mis à mal par la maladresse de Loker. Une large flaque de gelée odorante maculait dorénavant une bonne partie du sol du hall, quelques morceaux de verre brisé parsemant le tout. Et c'était sans compter l'odeur… S'il y avait une chose dont il était sûr c'est que les flagrances de… qu'était-ce, d'ailleurs ? se demanda-t-il. Sapin, cannelle, une touche de clou de girofle peut-être, analysa-t-il. Bref, que ces flagrances accompagnerait leur soirée d'un bout à l'autre.
« Cal ? demanda Gillian, une note d'incertitude dans la voix.
- Tu ne veux toujours pas co-signer cette fichue lettre de licenciement ? lui demanda-t-il en penchant la tête.
- Toujours pas, s'excusa-t-elle en retenant un sourire. Cal, ce n'était qu'un accident malencontreux… Eli voulait bien faire. Il voulait simplement aider à installer l'esprit de Noël, conclut-elle avec conviction. »
Un malencontreux accident ? Sérieusement, c'était facile à dire. Premièrement il était plutôt convaincu que l'accident en question n'avait rien de malencontreux. Deuxièmement, il était au moins aussi sûr que Loker ne s'était pas, contrairement à ce que semblait croire Gillian, embarqué dans la fameuse campagne de Noël de son amie. Plutôt le contraire, même, songea-t-il en observant les dégâts. Horrible Événement Labélisé Loker. HELL. Oui, ça collait, décida-t-il avec un sourire en coin.
« Tu devrais peut-être aller te changer, proposa Gillian, je vais m'occuper de limiter les dégâts ici, lui assura-t-elle.
- Hors de question, l'arrêta-t-il. Loker va s'occuper de nettoyer tout ça. Loker ! cria-t-il.
- Ici, répondit l'intéressé en gardant ses distances.
- Trouvez un balais serpillère et nettoyez moi ce bazar, lui intima-t-il.
- Hum, d'accord, approuva celui-ci, mais ça risque de ne pas servir à grand-chose si vous continuez à traîner des morceaux de gelée avec vous, remarqua-t-il en pointant du doigt sa chemise.
- Je vais me changer, rétorqua Cal en quittant la pièce, contentez-vous de nettoyer tout ça, lui lança-t-il avant de quitter la pièce. »
Pas mécontent d'en avoir enfin fini avec ces satanés autocollants et reconnaissant d'avoir l'occasion d'établir un périmètre de sécurité entre lui et Loker, Cal se dirigea vers l'ascenseur, un air satisfait plaisamment affiché sur ses traits. Ses employés – invités, rectifia-t-il en se rappelant la remarque de Gillian – n'allaient pas tarder à arriver et il lui restait tout juste le temps de descendre récupérer une chemise propre dans le coffre de sa voiture. Ne voyant nul trace de son amie, ni des deux affreux, il se résolut à actionner le sucre d'orge qui semblait avoir remplacé le bouton d'appel de l'ascenseur. Un regard aux alentours lui confirma que personne ne l'avait vu faire et il maudit doublement Loker – car il n'y avait aucun doute que la décoration hideuse qui ornait la cabine soit le résultat d'un esprit dérangé – lorsqu'une légère pluie de neige artificielle salua son entrée.
Le même esprit dérangé, décida-t-il en ouvrant le coffre de sa voiture, qui avait apparemment trouvé de bon goût de remplacer sa chemise de rechange habituelle – d'un blanc immaculé – par ça. Il se saisit du simulacre de chemise et le tint à bout de bras devant lui, tentant de se convaincre sans trop d'espoir que ce n'était rien d'autre qu'une hallucination, un surplus de fatigue… Mais rien n'y fit et deux minutes plus tard – et autant de pincements douloureux pour s'assurer que non, il ne rêvait pas – le tissu brillait toujours du même rouge éclatant. Rouge Noël, vraiment, analysa Cal. Il n'y avait pas d'autre moyen de qualifier ce qui avait un temps été sa chemise.
Comment Loker, car il n'avait aucun doute quant à la culpabilité de ce dernier, et Torres, car la remarque de la jeune femme quant à un certain dress code était sûre de lui garantir une place sur la liste des suspects, avaient-ils bien pu se procurer les clefs de sa voiture ? se demanda-t-il en fronçant les sourcils. Secouant la tête avec résignation, Cal décida qu'il n'aurait probablement pas la réponse à cette question de sitôt et qu'il pouvait tout aussi bien s'estimer heureux qu'ils n'aient pas décidé de coudre une bordure de fourrure blanche sur le col et les poignets du vêtement.
Songeant qu'une chemise rouge restait préférable à l'odeur que dégageait celle sur laquelle Loker avait en toute innocence renversé ce foutu parfum de Noël, Cal passa l'offensant habit avec une grimace avant de quitter le parking. Qu'était-il censé faire de ce fichu esprit de Noël, déjà ? se demanda-t-il en fronçant les sourcils. Parce que présentement, il penchait davantage en faveur d'un désossement méthodique et minutieux dudit esprit, et de Loker, ajouta-t-il avec détermination. C'est finalement ce dernier qui lui fournit la réponse alors qu'il sortait de l'ascenseur, esquissant à peine un pas avant de se heurter à quelqu'un.
« Vous devez l'embrassez ! s'exclama Loker d'une voix enthousiaste. »
Surpris, Cal releva la tête pour se retrouver nez à nez avec Gillian. Il repéra les deux affreux derrière elle et décida qu'il était tout bonnement impossible que le Père Noël ait fournit des dons de télékinésie au jeune homme. Suivant le regard gêné de son amie, il découvrit au-dessus de leurs têtes l'objet de ses pires cauchemars. Du Gui. Du foutu Gui.
Cal crispa la mâchoire un instant, toute sa bonne humeur envolée, et fixa Loker d'un regard furieux. Celui-ci ne sembla pas perturbé le moins du monde par la colère de son patron et Cal pesta, songeant que c'était là les conséquences de cette satanée carte blanche : son autorité était en miette et sa réputation s'envolait joyeusement par la fenêtre au son des cloches des comptines de Noël qui résonnaient dans le hall.
Reportant son attention sur Gillian, il prit un instant pour observer son amie. La rougeur un peu plus prononcée de ses joues dénotait de sa gêne quant à la situation, les mouvements nerveux de ses mains parlaient pour leur part de son malaise et le mordillement intermittent de sa lèvre dénotait lui… Minute, réfléchit Cal, mordillement ? Stress ou désir, analysa immédiatement son esprit scientifique. C'était simple, nota-t-il malgré lui, le mordillement de la lèvre inférieure droite trahissait le stress, celui de la lèvre inférieure gauche en revanche… Et c'était bien le côté gauche de sa lèvre que Gillian malmenait ainsi. Désir, lui souffla sa formation.
Suivant le tour que ses pensées avaient prises, ses yeux se fixèrent d'eux même sur les lèvres de son amie et la réaction de celle-ci ne manqua pas de suivre, laissant à Cal tout de loisir de l'observer humidifier ses lèvres. Se rappelant de justesse de respirer, il prit une profonde inspiration, jeta un dernier regard en direction du végétal qui n'avait pas bougé de place et pendait toujours au-dessus de leurs têtes, et décida que le meilleur moyen de ne pas laisser la gêne s'installer était d'y aller franchement. Et qui n'avait jamais rêvé d'un baiser hollywoodien sous une branche de gui ? se demanda-t-il avec un léger sourire. Le prétexte était là, tout prêt, et… Gillian était bel et bien devant lui, la tête légèrement levée, dans l'attente du traditionnel baiser.
Une tradition à laquelle il se conforma avec plaisir – et pendant de longues secondes, ou était-ce des minutes ? – sous le regard ravi de Loker et Torres. Oubliant la présence des deux affreux, Cal ne put s'empêcher d'être soudain extrêmement reconnaissant à l'opération EDEN d'exister. Parce que ça ne faisait désormais plus aucun doute, Gillian était bel et bien l'esprit de Noël incarné et l'embrasser avait définitivement un avant-gout de paradis.
Oui, un avant goût parce que ce fut tout ce à quoi il allait apparemment avoir droit, analysa Cal en sentant Gillian s'éloigner. Une action dont la cause poussa Cal à réaliser plusieurs faits importants dans les quelques secondes qui suivirent. La première, décida-t-il en sentant le bouquet de gui s'effondrer sur sa tête, concernait Loker et la propension inquiétante du jeune homme à faire en sorte que les décorations finissent sur lui au lieu de rester sagement fixées à leur place. Ce qui laissait d'évidents doutes planer sur les capacités de ce dernier à bricoler. La seconde, concernait quant à elle l'objet de la lettre de licenciement qu'il comptait assigner au jeune homme : mauvais timing. Une lettre qu'il aurait d'ailleurs pu songer à dupliquer et à faire suivre à Reynolds si celui-ci n'avait pas déjà cessé de travailler avec eux, décida Cal en observant l'agent apparaître, essoufflé, à la porte des escaliers qui menaient à leur étage.
« Bonsoir, salua celui-ci en prenant une inspiration profonde. Je ne m'étais jamais rendu compte de la hauteur de cet étage jusqu'à aujourd'hui, reconnut-il. L'ascenseur doit être en panne, les avertit-il avant de s'interrompre devant les regards gênés qu'échangèrent les quatre personnes devant lui. »
Cal ne savait trop à quoi attribuer le regard étonné de l'agent, aux portes grandes ouvertes de l'ascenseur, dont il n'avait pas quitté le seuil, où à la guirlande de gui qui gisait très ostensiblement entre lui et Gillian. Quoiqu'il en soit, le silence qui tomba sur la curieuse assemblée lui permit de réaliser qu'outre trouver un moyen de faire payer à Loker ses bévues répétées, il était également résolu à renouveler l'expérience, et il ne parlait pas de se prendre une branche de gui – ou un parfum de Noël d'ailleurs – sur le coin de la tête. Une résolution dont il n'eut pas vraiment le temps de pondérer les implications, Charles, Anna et Sarah débarquant à leur tour des escaliers, ostensiblement à bout de souffle, juste à temps pour entendre Reynolds pointer du doigt l'évidence…
« Vous avez du gui dans les cheveux, remarqua finalement l'agent en masquant sans grand succès un sourire.
- Rassurez-moi, c'est le FBI qui travaille ainsi à aiguiser vos capacités d'observation ? lui aboya Cal en guise d'accueil.
- Absolument, confirma Reynolds avec bonne humeur, d'ailleurs, si vous tenez tant que ça à entendre mes déductions en tant qu'agent…
- On s'en passera, le coupa-t-il en levant les yeux au ciel.
- Par ici, leur signala Gillian en menant toute la troupe vers le hall. »
Cal suivit son exemple et lui emboîta le pas, prêt à affronter la soirée. Et affronter était bel et bien le maître mot, jugea-t-il quelques heures plus tard. Loker avait de nouveau réussit à renverser quelque chose, son punch cette fois, sur Torres qui sous l'influence dudit liquide ne s'en rendit pas vraiment compte et se contenta d'entonner joyeusement It's beginning to look a lot like Christmas. Une performance à laquelle le reste de l'assemblée eut vite fait de se joindre. Lui inclut, reconnut-il en cédant devant l'insistance de Gillian qui, ignorant ses protestations – et celles de ses tympans – s'assura qu'il se joigne au chœur de voix dissonantes.
C'est sur cette cacophonie que se termina leur soirée, au plus grand soulagement de Cal qui s'empressa de mettre Loker et Torres dans un taxi avec l'ordre express de ne plus entendre parler d'eux avant l'année prochaine. Ce à quoi les deux énergumènes répondirent en leur souhaitant un joyeux Noël, c'est du moins c'est ce qu'il cru comprendre du baragouin que les deux jeunes gens leurs crièrent.
Une action qui le poussa néanmoins à réaliser qu'il n'avait toujours pas proposé à Gillian de passer Noël avec lui et Emily. Quoiqu'il n'était plus franchement sûr qu'elle accepte, réfléchit-il en repensant au comportement de son amie toute la soirée durant. Elle n'avait pas maintenue une distance excessive entre eux et son comportement à son égard n'avait pas changé le moins du monde depuis leur baiser. Quoiqu'il puisse difficilement s'en étonner, réfléchit-il, ce n'était après tout pas la première fois qu'ils s'embrassaient et force était de reconnaître que les deux dernières n'avaient pas changé grand-chose à leur relation. La première, il y a de lointaines années de cela, avait été attribuée à l'influence de l'alcool et ils n'en avaient plus jamais reparlé, la seconde était pour sa part imputable à leur dernière mission sous couverture. Difficile d'en vouloir à Gillian de maintenir leur statu quo, songea-t-il.
Statu quo ou pas, il lui restait toujours à l'inviter, décida Cal en balayant les alentours du regard. Après quelques minutes à parcourir les bureaux, il trouva finalement son amie dans le hall occupée à ajuster l'une des guirlandes ornant le sapin. Elle dut d'ailleurs sentir sa présence, puisqu'elle se retourna alors qu'il approchait, un sourire vainqueur aux lèvres.
« C'était une soirée réussie, lui fit-elle remarquer avec un sourire.
- Hum. Tu avais peut-être raison de vouloir l'organiser, admit-il. Même Reynolds est venu, pointa-t-il en fronçant les sourcils.
- Je t'assure qu'il ne t'en veut plus, Cal, lui dit-elle en posant une main sur son avant-bras droit.
- Il devrait pourtant, reconnut-il.
- C'est ce à quoi servent les amis, pointa Gillian avec un sourire.
- A pardonner l'impardonnable ? demanda-t-il, sceptique.
- A accepter nos erreurs et oui, à les pardonner, confirma-t-elle. C'est ce que Reynolds a fait, tout comme toi avec Loker.
- Je n'ai pas pardonné à Loker, rétorqua-t-il. Tu sais ce qu'on dit, la vengeance est un plat…
- Que tu ne mangeras pas, répondit fermement Gillian. Tu te rappelle avoir promis d'embrasser l'esprit de Noël…
- Ce que j'ai fait, lui fit-il remarquer en laissant son regard descendre sur ses lèvres.
- Exact, confirma-t-elle avec un léger sourire. Et c'est valable jusqu'au jour de Noël même. Si tu as pardonné à ton père, tu peux certainement pardonner une petite maladresse à Loker, conclut-elle. »
Il se demanda un instant s'il était le seul à attribuer un double sens à cette conversation, songeant qu'il ne voyait en effet aucune raison de ne pas continuer à embrasser son esprit de Noël favori. Pour ce qui était de la petite maladresse de Loker, il verrait en temps voulu. Pour l'instant il y avait plus urgent, comme par exemple convaincre Gillian de venir passer Noël chez lui.
« Certainement, lui confirma-t-il finalement, celle-ci attendant toujours sa réponse.
- Bien, approuva-t-elle sans lâcher son bras.
- Que fais-tu demain ? demanda-t-il après quelques secondes de silence, une note d'incertitude perçant dans sa voix.
- Je compte m'octroyer une orgie de chocolat, répondit son amie avec enthousiasme. Toi ?
- Emily sera avec moi, je t'en avais parlé, tu te rappelle ?
- Hum. Où est-elle d'ailleurs ? Je croyais qu'elle serait avec toi…
- Oh, elle devait venir, admit Cal en grimaçant, du moins jusqu'à ce que Lick, Mick… Bref, jusqu'à ce que ce gamin appelle et lui propose un repas dans un grand restaurant.
- Rick, Cal, le repris Gillian en levant les yeux au ciel. Comment expliques-tu que je retienne mieux son prénom que toi ? le taquina-t-elle.
- Tu as le sens des détails, dit-il en haussant les épaules.
- Ce n'est pas un détail, c'est le petit ami de ta fille, pointa-t-elle.
- Au rythme où ils changent… »
Il fut interrompu au milieu de ce qui s'annonçait être une tirade prometteuse par la sonnerie stridente de son portable. Le nom d'Emily apparut justement sur l'écran et il décrocha, se demandant avec une légère inquiétude la raison de cet appel. Une raison qui, il eut vite fait de le découvrir, ne lui plut pas le moins du monde.
« Non, jeune fille, tu ne peux pas passer la nuit chez ce Rick, asséna-t-il fermement. Non. Négatif. Emily Lightman, je veux que tu sois rentré dans moins de… Comment ça pourquoi ?
- Cal, calme-toi, tenta de le raisonner Gillian à ses côtés.
- Tu ne veux plus passer Noël avec ton propre père ? demanda Cal à sa fille, ignorant l'intervention de son amie. Oh, parce que je suis celui qui est irrationnel… Très bien, tu rentres immédiatement… Emily, je jure que si tu me demande une fois de plus pourquoi… Très bien tu veux une bonne raison, voilà une bonne raison, asséna-t-il en cherchant frénétiquement les alentours en quête d'inspiration. Gillian sera avec nous, tu lui avais dit que tu viendrais ce soir, elle tient à te voir, tenta-t-il. Parfait. Une demi-heure, Emily, pas plus. C'est ça. A tout de suite, mon ange, dit-il avant de raccrocher.
- Cal Lightman, l'interpella Gillian en se plaçant devant lui.
- Oui ? demanda-t-il en grimaçant légèrement.
- Je ne suis pas ton alibi, asséna-t-elle en pointant un doigt sur sa poitrine. Encore moins lorsqu'il s'agit de mentir à ta fille.
- Je n'ai pas menti, se défendit-il en levant les mains.
- Non ? Curieux, je ne me souviens pas avoir été invité à passer Noël en ta compagnie, encore moins d'avoir donné mon accord, lui fit-elle remarquer en croisant les bras sur sa poitrine.
- Tu as dit que je devais embrasser l'esprit de Noël jusqu'au 25 même, lui fit-il remarquer. Il n'y a qu'un seul moyen de t'en assurer…
- Et si je refuse ? lui demanda Gillian en haussant un sourcil.
- Tu ne peux pas, lui assura-t-il.
- Non ?
- Non, conclut-il en l'attirant à lui. Parce que je suis adorable, ce sont tes mots même, lui rappela-t-il.
- Il me semble qu'irritant était le mot exact, répondit-elle avec un sourire.
- Nah, adorable, je t'assure.
- Bien sûr, Cal, dit-elle en levant les yeux au ciel. Très bien, céda-t-elle finalement en se détachant de son étreinte. A une condition.
- Le contraire m'aurait étonné.
- Je dois passer récupérer quelque chose chez moi, l'avertit-elle avec un sourire malicieux. »
Il approuva bien qu'il ait dans l'idée qu'elle ne comptait pas se contenter de récupérer une brosse à dent. Une suspicion qui se confirma quand il vit Gillian ressortir de chez elle une demi-heure plus tard, deux sacs à la main. Le premier devait probablement contenir ses affaires personnelles, devina Cal, le second était pour sa part en plastique et ne cachait rien de son contenu. Un contenu dans lequel il reconnut sans mal la panoplie de guirlandes roses fuchsia qu'il avait aidé à exhumer du grenier de son amie la semaine précédente… Ah, si c'était le seul prix à payer pour que celle-ci se joigne à lui et Emily pour Noël, il était plus que d'accord. Et puis, rien ne l'empêchait d'égarer lesdites décorations avant que Gillian n'ait l'occasion de les accrocher.
