Rentrée dans son dortoir après avoir jeté un sort de silence à ses semelles, Bellatrix souffla le mot de passe à la porte et s'empressa de monter à son dortoir. Il était presque minuit et demie, et les filles devaient dormir depuis longtemps. Elle s'avança vers son lit à baldaquin et écarta la lourde teinture en velours vert, pour trouver une forme allongée dessus. Réprimant un sursaut, elle secoua le corps sans ménagement. Brandissant sa baguette, elle formule un « lumos » dans sa tête, quand la forme s'agite et se relève.

- Bellatrix Black, toujours aussi douce et agréable, n'est-ce pas ? Dit une voix sarcastique.

- Élisabeth ! Bon sang de Merlin, qu'est-ce que tu fiches dans mon lit ? Répondit Bellatrix avec emphase.

Tout en parlant, elle jeta un « assurdiato » dans le dortoir, afin qu'elles ne réveillent pas les filles. Élisabeth se releva, et s'assit au fond du lit de Bellatrix avec familiarité.

- Je me demandais quand est-ce que tu allais revenir, je ne savais pas où tu étais partie, et de ton lit, on entend moins les autres, répondit évasivement Élisabeth.

- C'est à toi que je devrais poser la question, dis donc. Tu n'étais pas dans le Poudlard, ni au dîner, ni dans la salle commune après le repas, rétorqua vertement Bellatrix.

- Je suis arrivée tard, expliqua son amie. J'étais dans les Carpates, avec mes parents, et je me suis à peine souvenue que c'était la rentrée. Eux s'en fichent, j'ai dû transplaner seule quand j'ai réalisé.

- Mais tu n'as pas ton permis, opposa perplexe Bellatrix.

- Je l'ai passé cet été, en dehors des cours. Je dois aider mes parents pour des recherches archéologiques, et Dumbledore a donné son accord, répondit laconiquement Élisabeth.

- Quel genre de recherches ? Coupa Bellatrix, étonnée.

- Sur l'origine du monde sorcier, quand est-ce que les premiers sorciers sont apparus, comment la magie s'est manifestée, sous quelle forme, enfin tout cet acabit. Tu sais qu'ils sont dans leur monde, termina Élisabeth avec flegme.

- Mmm… c'est intéressant, répondit Bellatrix. S'ils sont apparus avant les moldus, surtout, non ?

- Ça fait partie de leur questionnement, acquiesça Élisabeth, pur-sang elle aussi.

- Et s'ils concluent que les sorciers sont antérieurs aux moldus ? C'est que quelque part, ils auraient davantage leur place dans la société que les moldus ? Demanda Bellatrix, bâillant.

- C'est possible, répondit Élisabeth. C'est un peu ce que les moldus eux-mêmes appellent darwinisme le plus fort, le mieux équipé pour survivre, opère des mutations, transmet ces mutations à sa descendance pour perpétuer la race. Le plus faible, celui qui ne se sera pas adapté à son milieu, s'éteindra de lui-même.

- La sélection naturelle, murmura Bellatrix comme pour elle-même.

- Oui. A la différence que les moldus cohabitent avec nous, et que nous sommes en infériorité numérique. Mais on pourrait estimer que dans les années à venir, décennies, etc, les sorciers soient les mieux équipés pour survivre, et que la race moldu s'éteigne d'elle-même, de fait.

- Mon père affirme que le monde moldu pollue le monde sorcier, et nuit à sa survie. Culturellement, surtout, mais que cela peut s'étendre à d'autres domaines. Souiller la pureté de notre sang, et mener à l'extinction de notre espèce, souligna Bellatrix, une interrogation dans la voix.

- Je ne sais pas vraiment si on peut envisager un scénario pareil avec aussi peu de preuves, répondit Élisabeth, rationnelle, scolaire. Bellatrix sourit c'était bien Élisabeth, l'adepte des gros bouquins, qui parlait. Mais, reprit son amie, c'est une des trajectoires qu'envisagent mes parents.

- Apparemment l'idée circule pas mal au Ministère, ajouta Bellatrix. Et dans les sphères Sang-Pur, bien sûr. Je ne sais pas trop quoi en penser, mais je commence à trouver exagéré de devoir constamment se cacher, s'habiller en moldu dès que l'on va en ville moldue, s'interdire la magie presque partout. Bien sûr, on est en infériorité numérique mais ça n'implique pas forcément qu'on doive éviter toute magie. Ceux qui ne peuvent pas pratiquer, eh bien, c'est comme cela, on y peut rien, et tant pis pour eux. Je suis sûre qu'on pourrait trouver un moyen d'intégrer la magie chez les moldus, s'ils le voulaient. Le champ des possibles est si grand…rêva tout haut Bellatrix.

- Beaucoup de sorciers seraient scandalisés à l'idée que des moldus puissent utiliser la magie sans que cela soit un don de naissance, comme pour nous. Certains considèrent qu'il s'agit d'un cadeau, d'un talent, donné sur des bases que l'on ne sait pas définir, mais un don tout de même, affirma Élisabeth.

- Finalement je suis assez de cet avis là, décréta Bellatrix. Ca serait un peu..contre-nature de faire ça, transmettre de la magie à des moldus par le sang. Et horriblement complexe. Non, mais par contre, se terrer comme des rats, alors qu'on a.. quelque chose de plus, qu'on possède une puissance qu'ils n'ont pas, ça n'a pas de sens, termina-t-elle.

- C'est en effet ce que pensent la plupart de nos familles, confirma Élisabeth. Mais ta famille à toi est quand même un peu..surannée, dit-elle, regardant Bellatrix en coin, pour vérifier que son mot ne provoquait pas de fureur chez elle.

- Tu dis ça parce que ta famille à toi ne fait pas partie des 28 familles Sang-Pur, ricana Bellatrix. Mais oui, ils peuvent être parfois un peu limités. En fait, ils parlent beaucoup, mais n'agissent pas vraiment. On en discute pendant les grandes réunions de famille, mais à part râler, ils ne font pas grand-chose. Et pourtant, père a une position avantageuse au sein du gouvernement, dit-elle pensivement.

- L'aspect politique n'est pas le seul qui rentre en compte, répliqua Élisabeth. Il manque un porte-parole, un leader charismatique, quelqu'un qui sache réunir des gens autour de lui pour donner de l'importance à ces idées. Actuellement, c'est l'immobilisme du gouvernement qui est surtout critiqué. Mais ils préfèrent ça à prendre des décisions qui sèmeraient la discorde entre sang-mêlés et sorciers. Ce que je peux comprendre, précisa Élisabeth.

- Eh bien moi je ne comprends pas. C'est leur rôle, de prendre des décisions. Qu'ils assument leurs réformes jusqu'au bout, et on les critiquera peut-être moins. Ou bien, on saura mieux pourquoi on les contrôle, ajouta Bellatrix en haussant les épaules.

Élisabeth lui jeta un regard en coin, l'air de dire « Tu n'apportes rien de nouveau au débat », puis se déplaça jusqu'à son propre lit. Bellatrix put s'étendre entièrement dans son lit, à sa grande satisfaction. Elle allait se relever pour se changer, quand Élisabeth prit la parole :

- Et toi, ton été, sinon ? Tu es restée au Manoir ?

- Oui, répondit Bellatrix, sans développer plus. Mais cela n'effraya pas Élisabeth :

- Et sinon ? Tu as revu des gens de Poudlard ? Dit-elle en regardant Bellatrix.

- Régulus, évidemment. Et Sirius. Rosier et Nott à une réception. Et puis voilà, ça suffit bien.

- Ah. Oui, c'est certain.. Ajouta Élisabeth. Bon, eh bien bonne nuit, dit-elle sans cérémonie.

- Bonne nuit, répondit rapidement Bellatrix, étonnée de la dernière réplique d'Elisabeth. Celle-ci ne parlait jamais pour ne rien dire, de cette sorte, d'habitude. Écrasée de fatigue, elle s'endormit dans la minute, toute habillée. Son sommeil fut, comme de coutume, lourd et sans rêves.

Peu à peu, Bellatrix se réhabitua au rythme des cours et des activités, des matchs de Quidditch et des sorties à Pré-au-Lard. Les jours défilaient et elle n'avait que très peu de temps pour se consacrer à autre chose que des devoirs les professeurs avaient mis les bouchées doubles, et désiraient harasser leurs élèves jusqu'à Noël sans indulgence. Bellatrix essayait vainement de s'améliorer dans les matières qui lui posaient problème, y mettant une bonne volonté jusque-là jamais investie, mais seule elle avait du mal à se motiver, et encore moins fixer son attention plus d'un quart d'heure. La mort dans l'âme, elle comprit qu'elle aurait besoin d'aide, et se fit aider par Élisabeth, toujours et encore première de promotion. Bellatrix la soupçonnait d'y prendre goût, rien que pour montrer à son amie qu'elle n'était pas aussi indépendante qu'elle le clamait. Mais Élisabeth cachait ses sourires amusés, et Bellatrix évitait d'y penser. Cependant, pour des matières aussi spécifiques que l'étude des runes-que Bellatrix avait choisi pour éviter la médicomagie, qu'elle trouvait barbante-, Élisabeth ne suffisait pas. Elle se vit donc dans l'obligation d'aller demander de l'aide à Dolohov, qu'elle surprit un jour dans la salle commune de Serpentard, seul. Hors de question de faire ça devant tous ses copains.

- Hé, Dolohov. J'aurais besoin de toi, pour, hem, l'étude des runes. C'est..Je sais que t'es très bon, alors maintenant que je t'ai passé de la pommade, tu ne fais pas d'histoire et tu m'aides pour l'examen de jeudi ? Demanda Bellatrix, l'air de rien, extraordinairement concentrée sur ses chaussures noires. Tiens, il me faudrait les cirer, songea Bellatrix avec indifférence.

- ., répondit lentement Dolohov, un grand sourire aux lèvres. Il n'allait pas laisser passer ça, tout de même. La Black à genoux, c'était un spectacle assez exceptionnel. Pour qu'elle s'adresse à lui, elle avait dû épuiser toutes les autres options. Il n'avait pas spécialement d'avis sur elle : il la trouvait incroyablement exaspérante la plupart du temps, mais savait que derrière cette façade peu farouche se cachait le poids de l'éducation Black et de la fierté subsidiaire. Bien sûr, elle se servait impunément de sa beauté, et était certainement une manipulatrice-née, mais tout cela n'avait pas d'impact sur lui. Il la savait talentueuse, persévérante, et peu de filles montraient ces qualités, c'est pourquoi il la respectait plus ou moins. Mais là, l'occasion était trop belle. Et cette envie de remonter ses notes ne lui ressemblait pas. Le père Black devait être passé par là.

- Joue pas au con, Dolohov. Tu m'aides, on en parle plus. Point. Tenta Bellatrix avec nonchalance.

- Et qu'est-ce que j'y gagne ? Répondit-il avec un sourire ironique qui énerva Bellatrix au plus haut point.

- Ma gratitude éternelle. Sérieusement Dolohov, qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce qui marche avec toi ? Comment est-ce que je pourrais te corrompre ? Des entrées chez les plus grandes réceptions Sang-Pur ? Des gallions pour t'habiller avec des robes sans trous ? Je n'ai pas non plus d'amie célibataire et partante à te présenter, alors quoi, Dolohov ? Qu'est-ce qui t'anime ?

- Je me fiche de tout ça. Disons simplement que je suis bon, et que pour cette fois, je t'aide sans contre-partie, dit-il en détachant bien ses syllabes. Mais souviens-toi, Black : tu me dois une faveur, un service, et j'imagine que je devrais t'aider jusqu'à la fin de l'année, alors disons que j'ai le droit de te demander n'importe quoi, n'importe quand, conclut-il avec délice.

- Non, répondit fougueusement la Black. C'est bien trop large. Un service, un.. grand service, et voilà tout. Tu n'as pas envie de devenir meilleur en DFCM, Dolohov ? Tes réflexes sont bien lents !

- Critiquer les gens qui s'apprêtent à t'aider n'est pas exactement le meilleur moyen pour arriver à tes fins, Bellatrix, dit-il d'une voix onctueuse. Je travaillerai mes réflexes tout seul, je te remercie. Contente-toi d'être plus sympa avec moi, tiens. Devant les autres aussi, ajouta-t-il.

- Ahahaha, s'exclama la sorcière. C'est la meilleure ! Tu assumes enfin ta répartie minable, Dolohov ?

- Tu sais Bellatrix, les choses ne se passent comme ça que parce que tu le veux bien. C'est stupide de ta part. Tu pourrais obtenir bien plus de ces garçons si tu ne te comportais pas comme une furie en permanence, termina-t-il avec voix tranquille.

- Obtenir ? Et de quoi, par le sang de Merlin, pourrais-je avoir besoin que ces Serpentards pourraient me donner ? Rétorqua-t-elle, curieuse tout de même.

- Je ne te parle ni d'amitié, ni d'amour, puisque ce sont des termes que tu ne connaîtras manifestement jamais, répondit-il avec cynisme. Mais je crois savoir que tu as des ambitions en terme de magie noire, et mieux ne vaut pas être seul dans ce bateau-là, posa Dolohov.

- Je ne suis ni seule, ni perdue, Dolohov. Elle pensait à Régulus. Ne fais pas l'erreur de me sous-estimer parce que je suis du sexe opposé au tien, termina-t-elle.

- Ça n'a rien à voir avec ça. Mais si tu veux soutirer des informations à Karkaroff, il va falloir trouver autre chose que te mettre en sous-vêtements, ricana Dolohov.

- Tais-toi, Dolohov. Tais-toi immédiatement et montre moi ton devoir de runes. Je n'ai qu'une heure avant de retourner en potion, dit-elle en déballant ses parchemins.

Ils travaillèrent efficacement pendant quarante minutes, et Bellatrix se félicita d'avoir fait appel à lui. Elle alla jusqu'à la remercier, consciente qu'il avait fait des efforts de pédagogie et qu'il s'était mis à son niveau sans condescendance. Elle allait se relever pour ranger ses affaires, quand la moitié des Serpentards déboulèrent dans la salle commune, manifestement sortis du réfectoire plus tôt que prévus. Le groupe de Rosier, Nott, Rogue, etc, se dirigea vers eux et ils s'apprêtaient à commenter l'étonnant duo, lorsque Dolohov prit ses affaires et disparut en une fraction de seconde. Évitant leurs regards moqueurs, elle les salua rapidement et descendit manger à son tour. Elle serait tranquille, puisqu'il était déjà 13h30 et que le cours de potion commençait à 14 heures. Arriver en retard en potions ne la pénaliserait pas Slughorn l'appréciait, et elle avait potassé le livre de potion en avance. En effet, la plupart des tables étaient vides, mais elle aperçut Cissy et ses amies qui s'apprêtaient à partir. Elles s'étaient assez peu vues depuis la rentrée, mais sa sœur semblait aller bien. Elle se dirigea vers elle, et les amies de Cissy se tendirent lorsqu'elles virent Bellatrix arriver. Apparemment, Cissy leur a parlé de moi, constata Bellatrix. Elle aimait sa sœur, c'était une certitude mais Cissy avait du mal à accepter son autorité, et Bellatrix faisait rarement preuve de tact, ce qui amenait très vite les larmes chez sa sœur, ce qui exaspérait d'autant plus Bellatrix, etc.

- Salut, Cissy, dit Bellatrix en l'embrassant sur la joue. Comment ça se passe pour toi ?

- Bien, Bella ! Avec Margaux et Katie, c'est plus facile. J'aime beaucoup la botanique ! Mais je suis nulle en potions, déclara sa sœur avec tristesse.

- Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne pas, rit Bellatrix, et Cissy se mit à sourire. Après tout, nous sommes toujours en contradiction, alors il fallait bien ça.

- Oui, et puis Androméda était bonne partout, alors ça se compense bien, répondit sa sœur en se mordant la langue, de peur que Bellatrix ne la dispute de mentionner sa sœur devant ses amies. Mais c'était la vérité : et sa grande sœur lui manquait énormément, quoi qu'elle ait pu faire. Et cela, Bellatrix le savait, et le ressentait tout autant mais elle avait appris à mettre une carapace sur ses émotions, et tandis qu'Androméda était reléguée dans un tiroir de son esprit, elle prenait les choses moins à cœur.

- Oui, Cissy, répondit sa sœur avec un sourire presque nostalgique, ce qui étonna Cissy mais elle ne commenta pas. D'ailleurs, la lueur qui s'était allumée dans le regard de Bellatrix eût tôt fait de disparaître, et son masque froid se recomposa tout de suite.

- Bon, ben, on a divination, dit Cissy pour masquer le silence qui s'était installé. J'ai reçu des lettres de maman, aussi, ajouta Cissy avec un grand sourire. Elle m'a dit qu'elle était fière que je sois à Serpentard ! Mais peut-être que j'aurais dû aller à Poufsouffle, dit sa sœur avec un ton hésitant.

A ces mots, Bellatrix eut un sourire ironique. Évidemment. Elle n'osait imaginer sa réaction si ça n'avait pas été le cas ! Quant à Poufsouffle… Cissy était déjà bien assez timide et gauche pour en plus devoir fréquenter ces ennuyeux et timorés de Poufsouffle. Androméda avec un moldu, Cissy à Poufsouffle… Bellatrix n'aurait plus qu'à se marier avec Sirius et ses parents connaîtraient une crise cardiaque foudroyante, pensa-t-elle en fronçant les sourcils. Bellatrix avait peu d'attaches, mais qu'elle le veuille ou non, la famille en faisait partie. Et il fallait composer avec.

- Allez Cissy, arrête de dire des bêtises plus grosses qu'un strangulot et va en cours. A la prochaine, dit Bellatrix, et elle tourna le dos et chercha une place où s'asseoir.

- Hé, Bella ! Bella ! Ici ! Lui cria une voix joyeuse. Sirius, bien sûr. Chose étrange, il était seul, sans ses Gryffondors débiles. Elle consentit à aller vers lui.

- Ne m'appelle pas Bella à Poudlard, Sirius. Je sais que tu n'en vois pas la nécessité, mais moi je la ressens…

- Allez Bella, il n'y a aucun des affreux que tu te coltines quotidiennement, là ! Répondit Sirius avec un bon sourire. Il avait l'air en forme, et ses yeux brillaient. Il était agaçant, à être heureux en permanence. Parfois, il se renfermait sur lui-même-ça avait souvent rapport avec sa famille, étonnamment-, et était tout aussi agaçant. Mais là, c'était de la joie. Elle prit ses couverts et commença à manger avec bon appétit le plat qui venait d'apparaître devant elle, sans prendre la peine de répondre à sa dernière réplique.

- Où sont passés tes stupides copains ? Demanda-t-elle par pur plaisir de les insulter.

- Ils ne devraient pas tarder. James a pris une retenue pour avoir tenté d'enchanter les lutins qu'on devait étudier en soin aux créatures magiques, pour leur faire chanter une sérénade à Lily Evans, devant toute la classe. Elle était furieuse, répondit Sirius en guettant la réaction de sa cousine avec délectation.

- Mille tonnerres de Salazar, Sirius ! Pourquoi est-ce que tu restes avec ce débile profond ? Déjà qu'il ressemble à un scroutt à pétard, il s'imagine qu'il arrivera à quelque chose avec un acte aussi ridicule ? Et cette Evans, c'est qui déjà ? Fit Bellatrix en soupirant de mépris.

- Une grande rousse qui travaille tout le temps. Peut-être que tu l'affronteras en duel, précisa-t-il. Elle est sacrément douée..répondit-il en la regardant en coin, comme pour la provoquer.

- Tu sembles admirer cette fille, quelqu'un trouverait enfin grâce à tes yeux ? Demanda Bellatrix ironiquement.

- Non, c'est James qui en est fou. Je la trouve juste intelligente, et agréable. Elle est franche, compléta-t-il devant l'air interrogateur de sa cousine. Comme toi, mais avec plus de tact et de douceur, dit-il en riant à moitié. Tiens, ils arrivent ! James a dû écourter sa punition avec je ne sais quel charme de son invention, supposa Sirius en le regardant arriver.

Bien sûr que sa punition avait dû être écourtée, c'était James Potter après tout ! Songea Bellatrix avec frustration. Et on ose dire que les professeurs sont impartiaux ! Elle maugréa intérieurement en voyant débarquer la clique de Sirius au complet, et étonnamment, la rousse dont son cousin devait parler. Elle avait l'air furieuse, et James affichait un sourire de benêt. Bellatrix s'empressa d'attaquer son dessert pour partir le plus vite possible, mais elle ne partirait pas immédiatement. C'était eux qui s'imposaient, et elle encore un quart d'heure avant le cours de potion. Sirius lui jeta un regard qui signifiait peu ou prou « Tu te tiens bien, tu ne mords personne et tu laisses ta baguette dans ta poche ». Bellatrix lui fit un grand sourire ironique.

- Sirius ! Tu devineras jamais pourquoi j'ai pu sécher toute une après-midi de retenue, dit Potter, comme si ce qu'il allait dire allait littéralement arrêter le temps et faire apparaître Merlin. Bellatrix, fit-il à l'intention de celle-ci, froidement.

- Alors dis-nous, Pottache, pour quelle raison hautement crédible Mc Gonagall ou Flitwick t'ont-ils encore gracié ? Demanda Bellatrix avec un ton faussement intéressé.

- Parce qu'on a un match de quidditch dans une semaine, et que Mc Gonagall estime que les entraînements passent avant des punitions débiles, Serpentarde tarée, répondit James.

- Ça n'est absolument pas une excuse valable, siffla Lily, en lui jetant un regard noir. Peut-être que récurer les statues de l'école t'aurait mis du plomb dans le crâne. Tu m'entends James : plus jamais tu refais un truc pareil. Si mes parents sont mis en courant de ça, je vais me faire étriper. Et je ne veux pas qu'on m'associe à toi, cracha-t-elle, furibonde.

- Vous n'avez pas l'air en phase, les amoureux, commenta Bellatrix avec un sourire mesquin.

- Allez Lily, relax. De toutes façons tout ce qui compte pour tes parents, ce sont les notes non ? Et comme de ce côté-là personne ne pourra jamais t'arracher à tes bouquins…soupira James.

- Mais non, James, non ! Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents aussi tolérants que les tiens ! La réputation, ça te dit quelque chose ? Mes parents sont moldus, et tout ce qu'ils entendront de Poudlard ne pourra que les inquiéter et ça sera un prétexte de plus pour me punir, bon sang ! Cria Lily à bout de nerfs, partagée entre l'envie de déguerpir et celle de lui coller une baffe.

- Tu parles de réputation, Evans, mais tu restes une sang-de-bourbe, et j'imagine que tes parents ne comprennent rien au monde sorcier, contra Bellatrix froidement. Alors qu'ils entendent parler d'un crétin qui enchante des lutins ou pas, ça ne change rien, assura-t-elle. Sirius la foudroya du regard, en même temps que Potter, Pettigrow, Lupin, et bien sûr, Evans.

- Ne t'en mêle pas, sale folle, gronda James.

- Quelle argumentation, Potter ! Toujours aussi brillant et vif intellectuellement d'après ce que je constate, répliqua vertement la Black.

- Est-ce que ça sert vraiment à quelque chose d'argumenter avec les gens de ta sorte, Bellatrix Black ? Demanda doucement Lily. Bellatrix vit qu'elle était peinée, et elle se demanda comment elle-même pouvait la blesser, puisque Lily ne lui accordait aucune importance. En insistant sur le « Black », elle sous-entendait derrière sa famille, son monde, et la Serpentarde fut piquée au vif. C'était donc ça : ces maudits Gryffondors se pensaient clairement supérieurs, et ne prenaient même pas la peine de s'expliquer avec autrui, puisque les Serpentards étaient tout aussi clairement incapables de les comprendre. De plus, elle évoquait les Black avec tellement de nonchalance, sans rien en connaître, que question préjugés, il n'y avait pas que les Serpentards qui étaient à blâmer. Ces fameux Gryffondors, qui se prônaient ouverts et compréhensifs, n'étaient qu'un tas de fumiers prétentieux et stéréotypés, incapables de soutenir une argumentation. C'en était trop pour Bellatrix.

- Les gens de ma « sorte », comme tu sembles les nommer, Lily Evans, ne sont peut-être pas aussi bêtement souriants et naïfs que vous autres Gryffondors, mais savent au moins organiser une pensée cohérente, plutôt que fuir comme vous le faites. On parle de la légendaire lâcheté Serpentarde ? Évoquons d'abord le courage de ces lions, qui préfèrent se cacher derrière des prétextes méprisables, plutôt que d'assumer leurs conneries, fit-elle, rageuse, en regardant James droit dans les yeux. Oui, Evans, ma famille a de l'honneur, un passé, des traditions, et une culture à soutenir tandis que vous, sang-de-bourbe, essayez de vous immiscer dans un monde qui n'est pas le vôtre, et dont vous pensez tout connaître derechef, ajouta-t-elle, mais encore une fois, votre prétention n'a d'égale que votre ignorance, et elle passa un bref regard sur chacun d'entre eux, trop hébétés pour répondre. S'apprêtant à tourner le dos et partir, elle eut juste le temps de sortir sa baguette en une fraction de seconde, et remercia intérieurement ses excellents réflexes. Par un bouclier directement issu d'un « protego » informulé, elle contra le sort de James, un « impedimenta», qui rebondit directement sur lui. Elle leur lança un regard noir, et eu juste le temps de constater la déception de Sirius, et l'incompréhension de Lupin. Une fois hors de vue, elle courut jusqu'en potions. Pile à l'heure.