C'est parti pour le chapitre quatre!
Bonne lecture!
Chapitre 4
Même morte, elle était belle. Elle l'avait toujours été, très belle. C'était gratifiant de la voir ainsi, pendouiller, contre son gré. Elle n'avait jamais été une femme à se laisser faire. Mais maintenant, morte, elle n'avait pas d'autre choix. Elle obéissait.
Dans la vie, il y a ces petites choses agréables qui vous réconfortent quand vous en avez besoin. Pour certain, c'était un feu de cheminée crépitant, pour d'autres il s'agissait d'une tasse de chocolat chaud lors d'une soirée d'hiver. Pour Sherlock Holmes et John Watson le meilleur remontant du monde, c'était Mrs Hudson. Lorsque leur logeuse les avait vus rentrer complètement trempés par la pluie et ébouriffés par le vent elle s'était jetée sur eux en les réprimandant pour ne pas s'être couvert un peu plus car par ce temps, bon sang les garçons vous allez attraper la mort ! Ensuite, elle s'était précipitée dans la cuisine pour mettre de l'eau à chauffer pour le thé. Puis elle leur avait ordonné de vite se débarrasser de leurs vêtements mouillés pour prendre une douche bien chaude. Ils avaient dû protester et lutter quand elle avait essayé de les pousser ensemble dans la salle de bain, John lui rappelant que non, il n'était pas gay, encore moins en couple avec Sherlock et qu'il était par conséquent hors de question qu'ils prennent leur douche ensemble. Elle avait fini par céder, pas que l'idée des deux colocataires sous la douche lui paraisse étrange, non elle ne voyait pas où se situait le problème avec ça, mais plutôt parce que leurs vêtements commençaient à goutter furieusement sur son parquet et qu'elle ne voulait pas se retrouver avec un sol gondolé.
C'est dans un bien meilleur état qu'ils se retrouvèrent au salon, assis dans leurs fauteuils respectifs, une tasse de thé fumante et merveilleusement bienvenue à la main.
-Vous devriez faire plus attention à vous les garçons, comment voulez-vous enquêter de manière efficace si vous tombez malade.
Mrs Hudson s'était installée sur le canapé, grattouillant Arsenic derrière les oreilles d'un air songeur.
-Vous savez, le petit -fils de mon amie Betty, rappelez-vous, elle habitait le quartier et a déménagé l'année dernière, et bien son petit-fils s'est retrouvé deux semaines à l'hôpital à cause de…
Ni John ni Sherlock ne voulaient savoir ce qui était arrivé au petit-fils de cette femme dont ils n'avaient pas le moindre souvenir. C'est John qui prit la situation en main, il utilisa la meilleure méthode qu'il connaissait pour arrêter sa logeuse dans son monologue, c'est-à-dire la couper en plein milieu d'une phrase dans l'espoir de la relancer sur un sujet plus intéressant.
-Merci beaucoup, Mrs Hudson, pour avoir gardé Arsenic durant notre absence.
Elle lui adressa un sourire chaleureux.
-Oh, mais tout le plaisir est pour moi voyons ! J'ai toujours aimé les chats; j'avoue avoir peu paniqué quand vous m'avez annoncé que vous en adoptiez un. Les animaux en appartement…si vous saviez les dégâts que le chien de Mrs Turner a causé chez elle…
Sherlock fusilla son ami du regard et John lui adressa un petit sourire d'excuse. La méthode n'était pas toujours efficace.
Malheureusement pour John, dès le lendemain matin, les prédictions de Mrs Hudson s'avérèrent exactes : il était malade. Le médecin en lui n'avait pas mis longtemps à faire le diagnostique. Yeux gonflés, gorge qui pique et tête prête à exploser, John descendit au salon d'une démarche peu assuré et manqua de trébucher sur une petite balle en plastique qui contenait une clochette. Il l'avait acheté en se disant qu'il fallait bien quelques jouets pour occuper le chat pendant leurs absences. Grave erreur, Arsenic ne s'intéressait à cette chose bruyante qu'entre deux et cinq heures du matin. A croire que les chats étaient programmés pour perturber le sommeil de tout être humain vivant sur leur territoire.
Sherlock était déjà levé, assis en tailleur sur le canapé, il était plongé dans d'épais dossiers posés sur la table. John voulut le saluer mais sa gorge protesta; il se contenta d'un grondement.
-Thé, dans la cuisine. Encore chaud, répondit Sherlock sans même lever les yeux vers lui.
John essaya de le remercier, mais le résultat fut tout aussi infructueux. Tant pis. Sherlock était l'unique détective consultant du système solaire, à sa connaissance, il devait bien pouvoir traduire le petit grincement qu'avait produit sa gorge comme un « merci ».
-Je t'en prie. Ajoute du miel, ça calmera tes cordes vocales.
Pour sûr qu'il en était capable.
John posa deux tasses sur un plateau, les remplit avec précaution et ajouta une assiette garnie de quelques scones (Mrs Hudson en remplissait une boîte deux fois par semaine).
Il lutta pour déposer son chargement sur la table base tellement celle-ci était recouverte de documents.
-Qu'est-ce que c'est ? Parvint-il à articuler après avoir bu une longue gorgée de thé qui lui brûla la langue et s'être raclé la gorge à plusieurs reprises.
-Le rapport de l'enquête. Lestrade me l'a apporté ce matin.
John fronça les sourcils. Il n'était pas dans les habitudes de Lestrade de venir leur déposer un dossier trop tôt dans la matinée, encore moins un samedi.
-Quelle heure est-il ?
-Midi passé, marmonna Sherlock toujours concentré sur une photo de la victime.
Il regarda son ami ahuri, incapable de se souvenir de la dernière fois où il avait dormi aussi longtemps.
-Je n'ai pas voulu te réveiller, tu ne m'aurais été d'aucune utilité de toute façon.
John essaya de ne pas avoir l'air vexé, mais à quoi bon prendre cette peine de toute façon Sherlock ne le regardait pas.
Sauf qu'il avait tort, son ami se détourna de ses dossiers pour l'examiner d'un air interrogateur.
Il perçoit mes pensées, ce n'est pas possible autrement…
-On habite ensemble depuis longtemps, je n'ai pas besoin d'entendre ce qu'il y a ta tête pour déduire ce que tu penses, John.
Le médecin sentit ses joues chauffer sans vraiment savoir pourquoi, sans doute une poussée de fièvre, c'était l'explication la plus logique. Il préféra néanmoins porter son attention sur le feu qui crépitait dans la cheminée plutôt que sur Sherlock. Il sentait le regard du détective sur lui et la chaleur de ses joues qui continuait d'augmenter. John passa distraitement sa main sur son front. Pas particulièrement chaud. Mais il était très dur de se rendre compte de sa propre fièvre.
Sherlock se détourna de lui le visage fermé et commença à rassembler les dossiers.
-Tout ça ne m'a rien appris de nouveau. Ils n'ont retrouvé aucune emprunte sur les lettres et comme je l'avais prédit les cheveux retrouvés sur les mains de Lucy Cunningham appartiennent bien à son ex.
-Donc ils vont arrêter Browner.
-L'interroger et étudier son alibi. S'il a une preuve tangible de son innocence, je pense qu'il pourra passer à côté d'une erreur judiciaire. Mais tu as vu le type, n'importe quel agent sera convaincu de sa culpabilité rien qu'en entrant dans son appartement.
Le médecin était d'accord. Cet homme faisait le parfait coupable sous tout point de vue.
-Apparemment Lestrade n'a pas apprécié que nous lui fassions un interrogatoire avant Scotland Yard.
Oh! Mais quelle surprise ! Tu m'étonnes ça pourrait être considéré comme une entrave à la justice.
-On a de la chance que Lestrade ne nous arrête pas pour complicité envers un suspect ! croassa John.
Sherlock haussa les épaules. Jamais Lestrade ne les arrêterait, il avait trop besoin d'eux.
-Tu ferais mieux de te reposer, conseilla Sherlock en s'étirant. Tu as une mine affreuse.
Uniquement pour le contredire et parce que ,non, John ne voyait aucun problème avec sa mine, il passa le plus clair de l'après-midi à tourner en rond dans l'appartement cherchant désespérément une tâche ménagère qu'il n'avait pas la force de faire à exécuter (chose qu'il ne faisait presque jamais quand il se sentait bien) en ignorant les soupirs exaspérés de Sherlock qui expérimentait mieux vaut ne pas savoir quoi dans la cuisine.
Il fallut l'intervention de Mrs Hudson munie d'une lourde marmite de bouillon de poule et d'un remède maison absolument infecte contre le rhume (comment diable avait-elle pu prévoir qu'il allait tomber malade !) pour le forcer à s'asseoir dans son fauteuil. Il y demeura somnolent toute la journée du dimanche, Arsenic confortablement installer sur ses genoux, à écouter Sherlock faire délicatement glisser l'archer sur les cordes de son violon.
John était toujours un peu faible quand il partit travailler le lundi au matin et il détestait ça. En tant que médecin, il s'était toujours senti coupable de se présenter malade devant un patient. Les gens n'aiment pas voir leur docteur en mauvaise santé, à croire que pour diagnostiquer leurs problèmes ils devaient être des machines immunisées contre tous les maux du monde. De plus, John avait été soldat. Dans le feu de l'action, quand il devait soigner au mieux un homme mutilé par une bombe, les petites faiblesses de son corps comme la faim la fatigue ou la maladie perdait tout intérêt à ses yeux. Il avait appris à faire abstraction de sa fébrilité.
Heureusement pour lui, la journée fut plutôt calme. Quelques patients, des rhumes pour la plupart et avant le déjeuner une mère de famille à bout de nerfs qui arriva avec ses jumeaux souffrant tous les deux d'une grosse angine ce qui ne les avait pas pour autant empêché de hurler dans la salle d'attente à s'en faire exploser les cordes vocales encore en état.
Sa pause fut la bienvenue, le médecin espérait pouvoir profiter du déjeuner pour se reposer après avoir rapidement avalé un sandwich. Mais ses beaux projets de sieste inconfortable furent entravés par l'arrivée de son supérieur.
Grand, athlétique et chauve. Une cinquantaine d'années et un regard brillant comme celui d'un gosse dans une confiserie, Thomas Jones ressemblait plus à un coach de fitness qu'à un médecin.
-Salut Watson !
Il n'attendit pas la réponse et s'affala dans le fauteuil réservé aux clients.
-Jones.
Depuis qu'il avait commencé à travailler dans cette clinique, John s'était très bien entendu avec lui. C'était un homme simple avec beaucoup d'humour, un excellent médecin et, à en croire des collègues, un pathétique joueur de poker.
Thomas attrapa un des rares bibelots qui ornait le bureau de John (une sphère transparente dans laquelle on pouvait admirer avec difficulté une gravure de London Eyes) et le lança d'une main à l'autre. John n'avait jamais compris la fascination des médecins pour les décorations de bureau, c'était sûrement une façon de rassurer les patients comme pour dire venez, entrez cet endroit n'est pas si morne j'ai tout fait pour le rendre accueillant ! Pour John et sa rigueur militaire, ces objets n'étaient rien d'autre que d'encombrants nids à poussière. Mais c'était Sarah qui lui avait offert cette horreur. Il pouvait très bien s'en débarrasser maintenant.
-La forme ? demanda Jones qui semblait trouvait l'horreur en question très divertissante.
-Ça peut aller.
Son supérieur se redressa brusquement sur son fauteuil en posant l'objet entre eux. Il fixa John droit dans les yeux avec un regard sérieux. Son visage n'était pas adapté aux regards sérieux. Mais John ne fit aucun commentaire, Thomas avait beau être extrêmement sympathique, il était capable d'oublier de payer ses heures supplémentaires uniquement parce qu'il était vexé. Mais tout bien réfléchi John n'avait pas fait la moindre heure supplémentaire depuis longtemps. Alors il s'autorisa à sourire.
-Rentre chez toi.
Son sourire se fana.
-Tu ne vas quand même pas me virer parce que j'ai voulu me foutre de toi !
Jones fronça les sourcils, il n'avait apparemment pas remarqué que John avait l'intention de se payer sa tête. Mais bien sûr, il n'avait rien dit et cet homme n'avait pas pu deviner ses pensées avec l'esquisse d'un sourire. Il n'y avait que Sherlock pour faire ça.
-Non, non ce n'est pas ce que j'ai voulu dire Watson. On a peu de monde aujourd'hui, tu peux rentrer sans que cela ne crée un surplus de travail. Et puis…tu devrais prendre quelques jours de vacances. Voir une semaine, ou deux.
John le dévisagea ébahi. Il venait tout juste de se voir mettre au congé forcé par son patron sans même savoir pourquoi. Thomas dut comprendre son interrogation silencieuse car il s'empressa d'ajouter :
-Ne t'en fais pas il n'y a aucun problème avec toi, ni avec ton travail. C'est juste que tu as l'air fatigué ces derniers temps.
-Je ne le suis pas.
C'était vrai. Outre son récent état d'homme enrhumé, John n'avait pas eu à venir travailler après une nuit blanche depuis bien longtemps. Et il réalisa que cela était uniquement dû au fait que Sherlock n'avait pas eu de grosses enquêtes pendant la période en question. Certes, il s'agissait toujours de moment où son ami était insupportable, cependant pas au point de l'empêcher de dormir; pas toujours.
-Il n'y a pas que ça John.
Il hésita, cherchant ses mots.
-J'ai parfois l'impression que tu t'ennuies ici. Je ne suis pas le seul d'ailleurs.
John eut un rire nerveux. Il ne pouvait pas s'ennuyer, pas en travaillant. Dans ces moments-là, Sherlock pouvait s'ennuyer, mais il n'aimait pas imaginer l'inverse.
-J'adore mon métier, tu le sais très bien.
-Je n'ai pas dit le contraire, tu es fait pour être médecin. Cependant je crois que travailler en clinique…ça ne te réussit pas de rester enfermé.
-Tu es en train de suggérer que je me réengage, ironisa John.
Mais sa tentative d'humour n'était pas partagée, Jones l'ignora complètement.
-Tu sais, j'ai fait de la psycho avant d'être médecin.
-Une année, et d'après ta secrétaire tu ne l'as jamais finie…
-J'étais plutôt bon, je sais écouter les gens.
-Quel rapport ça peut bien avoir avec moi ?
- Tu n'as jamais pensé à ouvrir ton propre cabinet ?
John resta bouche bée. Il ne s'attendait pas à une telle question et surtout n'avait aucune réponse. C'était une idée qui lui avait vaguement traversé l'esprit au début quand il avait commencé ses études de médecine. Mais il avait très vite oublié car il lui aurait fallu une clientèle et de nombreuses années de travail à l'hôpital, perspective qui déjà à l'époque lui déplaisait. Puis l'armée s'était imposée à lui et l'idée s'était envolée.
-Tu me pousses à te faire de la concurrence ?
Il plaisantait mais le cœur n'y était pas.
-Ecoute John, je t'apprécie et tu es un excellent élément. Mais, ne te vexes pas, ça ne te réussis pas de devoir respecter des horaires imposés. Surtout au vu de tes…activités.
John comprit tout de suite que les activités mentionnées avaient un nom, elles s'appelaient Sherlock. Sherlock et ses enquêtes qui requéraient sa présence à des heures et des lieux totalement aléatoires rendant impossible d'avoir un rythme régulier dans sa vie. Et Thomas avait raison, son travail à la clinique ne pouvait plus lui convenir car justement il demandait de la régularité dans les jours et les horaires de travail.
-C'est vrai que ça te ferait un lourd investissement, au début. Mais réfléchis-y John. Tu es un excellent médecin et les gens t'apprécient, tu n'aurais pas de difficulté pour constituer ta propre clientèle. Sans parler du fait que tu as une certaine notoriété, combien de patients sont déjà venus ici en demandant à être examiné par « Le Docteur John Watson, le compagnon de Sherlock Holmes » !
John tiqua à la formulation.
-En plus avoir ton propre cabinet te permettrait d'aménager tes horaires et avoir d'autres médecins qui travaillent pour toi afin de te libérer encore plus de temps. Ça fait longtemps que tu n'as pas mis ton blog à jour.
Il n'était pas sûr d'avoir bien compris ce qu'il venait d'entendre.
-On le lit tous ici, se justifia Jones en haussant les épaules. Vraiment, pense à ce que je viens de te dire. Quoi qu'il en soit rentre chez toi et prends quelques jours, un médecin malade n'est pas efficace.
Il se leva laissant derrière lui un John totalement perdu. Il s'arrêta devant la porte et se retourna pour ajouter :
-Tu devrais venir à une de mes soirées poker un de ses jours, amène Sherlock si tu veux.
John hocha distraitement la tête, à des kilomètres de là. Il aurait voulu lui dire que son idée de devenir indépendant était mauvaise, qu'il ne pourrait jamais gérer son propre cabinet. Mais c'était trop tard, l'idée commençait déjà à faire son chemin dans son esprit.
L'heure du déjeuner venait juste de passer quand John rentra à Baker Street. Sherlock était, comme à son habitude, allongé sur le canapé, les yeux fermés, perdu loin dans ses pensées.
-Tu ne devineras jamais ce que m'a dit mon patron ! s'exclama le médecin.
Il n'était pas sûr que cela suffise à tirer Sherlock que ses réflexions, mais si celui-ci n'ouvrit pas les yeux, il répondit tout de même.
-Il t'a ordonné de rentrer.
Facile. Il n'était pas quatorze heures et Sherlock le savait malade, si les rôles avaient été inversés, John aurait pu deviner ça sans problème.
-Tu peux faire mieux, taquina-t-il joueur.
Sherlock ouvrit lentement un œil courroucé pour l'observer, comme un chat qu'un bruit de pas aurait perturbé dans son sommeil. John songea que le détective ressemblait de plus en plus à Arsenic. Ou alors les chats ne se comportaient pas comme ça et c'est la présence de Sherlock qui avait rendu l'animal aussi arrogant. Pour ce qu'il en savait ça pouvait très bien être le cas.
-Tu as pris des vacances, continua Sherlock.
-On m'a forcé à prendre des vacances.
-Je le savais. C'est ce que je voulais dire.
John eu la satisfaction du doute, à tel point qu'il ne demanda pas à Sherlock ce qui lui avait permis de le déduire. En tout cas, son ami semblait ravi. Il balança ses jambes que John avait toujours trouvées beaucoup trop longues et élancées par-dessus le canapé pour se relever d'un bon. John rajouta une note mentale sur sa liste des mystères de Sherlock Holmes se disant qu'au final si Sherlock ressemblait tant à Arsenic c'est que peut-être dans une autre vie il avait été un chat. Cette fascinante idée lui fit également remarquer que son esprit avait créer une liste sur Sherlock sans son accord.
-Parfait. Tu vas pouvoir t'investir un peu plus sur l'enquête. Elle est plus intéressante que prévue, j'irais même jusqu'à dire qu'elle vaut un sept.
Les yeux de Sherlock pétillaient. Des semaines que John ne l'avait pas vu comme ça et ça lui fit chaud au cœur. Oui, il était fatigué. Oui, il aurait bien voulu se reposer. Mais au fond de lui, il devait l'admettre, ça, les enquêtes, c'était mieux. Plus amusant.
Il se demanda même s'il n'était pas possible de créer le poste de médecin consultant de Sherlock Holmes. Ça pourrait lui convenir comme métier. Puis il repensa à Jones et sa foutue idée d'ouvrir son propre cabinet. Il avait cogité dans le métro, tout le trajet, sans pour autant être en mesure de se décider. En premier lieu, il avait souri, Thomas Jones était un peu fou, il avait des idées tordues et cette situation avait dû être drôle à imaginer. Puis il y avait eu cette sensation qui lui avait mis le doute. Cette sensation, c'était comme un tiraillement discret mais néanmoins présent tout au fond de lui qui ne voulait plus le quitter. Ses battements de cœur étaient un peu plus rapides, de ceux qui se manifestent quand on pense à un projet lointain. A ce moment-là, John le savait, il allait réellement penser à concrétiser cette idée folle, comme l'avait immédiatement nommé son cerveau.
Encore lorsqu'il avait passé la porte de l'appartement, il mourait d'envie d'en faire part à Sherlock. Mais maintenant, devant le fait accompli, il hésita. Le détective ne voyait son travail que comme un désagrément particulièrement inutile qui empêchait John d'être toujours présent quand il voulait et où il voulait sur une scène de crime. Alors oui, cette nouvelle situation pourrait donner plus de liberté au médecin mais pas tout de suite. Il y aurait des démarches, beaucoup. Ce n'était certainement pas Sherlock qui allait l'aider avec ça. Et puis quand bien même Sherlock s'intéresserait à son problème peut-être lui dirait-il qu'il ne s'agissait là que d'une idée stupide et qu'il valait mieux l'abandonner. Oublier une penser parasite c'était possible, mais plus quand celle-ci se transformait en envie. Non, décidément il valait mieux ne rien dire à Sherlock.
-Tu voulais me dire quelque chose.
Mais comment lui cacher quoi que ce soit. Il préféra rebondir sur un autre sujet en espérant que cela suffise.
-Je me disais…tu veux interroger la sœur aujourd'hui ?
Il sut tout de suite que cela ne berna pas le détective une seule seconde mais celui-ci répondit quand même en grimaçant :
-Lestrade ne voulait pas que j'aille lui parler ce week-end mais aujourd'hui ça devrait être bon. Il a dit quelque chose sur la sœur traumatisée, les âneries habituelles.
Sherlock avait froncé le nez comme un enfant boudeur et c'est exactement ce que John voyait, un gosse désireux d'obtenir des réponses sans considération pour la peine qu'il s'apprêtait à causer aux autres.
-Je sais que ce concept peut te paraître étrange, mais il existe dans ce bas monde des frères et sœurs qui tiennent réellement les uns aux autres.
Sherlock grommela, presque inaudible pour une oreille non entraînée, John réussit à saisir une remarque sur la faiblesse de l'espèce humaine et de ses préoccupations.
-Cette femme était sans nouvelles de sa sœur depuis plusieurs jours, c'est normal qu'elle soit bouleversée !
Il était amer. Le médecin n'aimait pas devoir expliquer à Sherlock toute la normalité des émotions. Parce qu'il était persuadé que, dans le fond, il les comprenait parfaitement.
-Tu restes parfois des mois sans nouvelles de Harry et tu ignores ses appels une fois sur deux. Tu n'en es pas ravagé pour autant.
John eut froid. Et mal, un peu. Parce que Harry était un sujet sensible, que John n'aimait pas en parler, encore moins qu'on lui en parle. Et surtout parce que Sherlock avait raison. Lui et sa sœur étaient en mauvais terme, elle avait souvent essayé de renouer les liens, c'était John qui refusait. C'était John qui ignorait ses appels. C'était John qui à chaque fois faisait taire la petite voix qui disait que ce n'était pas elle à l'autre bout du fil, mais un policier ayant appuyé sur un contact d'urgence pour lui annoncer un accident suite à une conduite en état d'ivresse. Enfin, c'était John qui parfois en s'endormant songeait que s'il parvenait à garder le contact peut-être que sa sœur ne replongerait pas si souvent dans ses vis. Dans ses cas-là, il se faisait la promesse d'appeler Harry le lendemain, passait une nuit troublé et au réveil les faibles traces de courage qu'il avait pu avoir la veille c'étaient envolées.
Sherlock devait être conscient du trouble qu'il venait de causer chez son ami car il parut soudain contrit.
-Nous devrions aller interroger Alix Cunningham. Dave Browner est innocent et elle peut posséder des informations précieuses que la police ne penserait pas à aller chercher. Je pense qu'elle pourra faire abstraction de sa peine pour nous aider si c'est pour venger sa sœur.
John hocha la tête sans dire un mot, son regard accrocha quelques seconde de plus que nécessaire celui de Sherlock. Aucun ne détourna les yeux. Le détective était désolé, il ne le dirait jamais, mais il l'était. John ne lui en voulait pas, car il avait raison. Il n'avait fait que dire à haute voix une phrase trop souvent criée par la conscience du médecin qui s'efforçait de l'étouffer aussitôt.
Quand ils montèrent dans le taxi John avait fait du cabinet médical le dernier de ses soucis.
Dave Browner avait raison en disant que la sœur de la victime ne lui ressemblait pas. Blonde comme Lucy était brune, il y avait dans le visage d'Alix une froideur qu'on aurait bien eu du mal à imaginer sur les doux traits de Lucy Cunningham.
Quand la porte de l'appartement s'était ouverte, John s'était fait la réflexion que la femme en face d'eux n'était pas plus vivante que celle retrouvée pendu. Elle était coiffé, maquillé, présentable dans toutes les circonstances malgré la tristesse. En bonne anglaise, pensa John. Cependant, ses yeux étaient vides, rouges et humides, mais vide. Le médecin l'avait déjà vu ce regard, c'était celui qu'avaient parfois les membres de la famille de victime de guerre. Ceux qui venaient de subir une perte et pensaient ne jamais être capables de surmonter le chagrin.
Alix les avait dévisagé, Sherlock s'était présenté et elle avait haussé les sourcils, vaguement surprise, très peu impressionnée. Quand le détective lui avait annoncé qu'ils aidaient la police à trouver le meurtrier de sa sœur, ses yeux avaient retrouvé une petite étincelle de vie et elle avait fait un pas en arrière pour les laisser entrer.
Une artiste. C'est ce que déduit immédiatement John en entrant chez elle. Le salon était plutôt petit mais chaleureux, quoique étrangement décoré. Il flottait dans l'air une odeur étrange, de celle qui envahit l'atmosphère après l'utilisation d'un fer à souder. John sut qu'il avait raison en remarquant le petit établi recouvert de fils d'étain dans un coin de la pièce. Il jeta un regard discret à la jeune femme qui lui servait le thé, elle faisait ses bijoux elle-même. Il avisa son bracelet fait à base de fils électriques recyclés et ses boucles d'oreilles, d'étranges torsades d'étain tordues en forme de petites clés, ou de fleurs, ou de John ne savait quoi d'autre il était incapable de l'identifier. Mais il avait raison : une artiste. Le regard de Sherlock avait suivi le même chemin que le sien et son esprit probablement le même raisonnement.
-Merci de bien vouloir nous accueil Miss Cunningham, je sais combien votre perte a dû être douloureuse.
John remercia mentalement Sherlock pour son tact. Vingt minutes de taxi jusqu'ici, temps passé à faire rentrer cette notion dans la tête du détective. John avait cru échoué alors il avait employé les grands moyens. Lestrade te pense incapable d'être diplomate, Sherlock. Alors fais un effort, prouve lui qu'il a tort. Ça avait marché, car Sherlock aimait contredire.
Alix n'avait répondu à Sherlock que par un hochement de tête. Elle était assise sur le bord de son établie, elle regardait par la fenêtre, la tasse de thé dans sa main penchait dangereusement vers le sol.
-La police vous a-t-elle déjà fait part de ses…déductions ?
-Ils suspectent Dave de l'avoir tué. Et ils ont raison.
Son visage était fermé, ses yeux étaient froids, mais le venin que crachait sa voix était palpable.
-J'ai de fortes raisons de croire qu'il est innocent.
Alix posa brusquement sa tasse sur l'établi. Elle en renversa la moitié mais n'en tient pas rigueur et se mit à faire les cent pas dans la pièce.
-Vous avez déjà rencontré cet homme monsieur Holmes ?
-Nous avons été chez lui.
-Donc vous avez vu son appartement, et vous lui avez parlé. Qu'avez-vous pensé de lui ?
-Je pense que c'est un homme qui a souffert d'un évident manque affectif, pas dans son enfance, non, je dirais bien après la fin de ses études. J'ai vu des documents chez lui, il est banquier et ses croyances occultes ont commencé alors qu'il travaillait déjà. Un jeune banquier prometteur rencontre une femme dont il tombe fou amoureux. Jeune mais ambitieux, il fait des projets à long terme bel avenir bien calculer. Puis une rupture, douloureuse, je présume, pour lui. Il se réfugie dans une secte spirituelle. Pour oublier, compenser ou encore trouver une véritable réponse à ce chamboulement, peut-être même pour ses trois raisons à la fois. Je ne pense pas me tromper en disant que c'est après cela qu'il a rencontré votre sœur. Nouveau projet, nouvel avenir, mais il est dur de quitter une secte et je ne parle pas d'une éventuelle pression exercée sur lui mais de sa volonté propre car après tous une autre rupture peut survenir. C'est quelqu'un qui a besoin de points fixes dans sa vie. Il n'en avait plus après sa rupture alors il en a cherché un nouveau désespérément, parmi des gens prêts à accueillir les personnes les plus désespérées pour les guider dans leurs idéaux. Les croyances d'un homme, surtout quand elles sont peu communes, peuvent être effrayantes. Votre sœur a eut peur de lui dès la seconde où elle a remarqué ce qu'il était vraiment. Ai-je fait beaucoup d'erreurs ?
Alix le regarda estomaquer. John aussi. Le détective venait de lui déballer la vie d'un homme qu'il n'avait vu qu'une fois dans sa vie pendant quelques courtes minutes. Le médecin connaissait ses méthodes et il les appliquait continuellement. Pas uniquement sur les enquêtes mais aussi au quotidien, pour s'entraîner. Dans l'appartement de Dave Browner il n'avait vu que deux choses : un homme à première vue des plus ordinaire qui vivait reclus du monde pour laisser libre cours à ses croyances et un environnement propice à la paranoïa. Mais comment Sherlock avait-il pu en déduire une rupture aux conséquences désastreuses ?
C'est la question qu'Alix posa au détective avant même que John n'ait pu remettre de l'ordre dans les informations qu'il possédait.
-Donc il y a bien eu une rupture ?
Sherlock était manifestement fier de lui.
-C'est en tout cas ce qu'il a raconté à Lucy quand ils ont commencé à se fréquenter. Il lui disait sortir d'une terrible relation trois ans auparavant et qu'il commençait à peine à s'en remettre. Je ne sais pas si c'est vrai. L'enfoiré, il a immédiatement compris que Lucy se laisserait attendrir par un homme qui souffre.
Il aurait été impossible de dire si c'était la colère ou la tristesse qui commençait à envahir Alix. Ce qui était sur, c'est que la carapace de froideur qu'elle avait eue en leur ouvrant la porte commençait à s'effriter.
Dans un sens, c'était une bonne chose, car l'émotion avait un effet déclencheur sur les gens, ça les faisait parler. Alix possédait peut-être une information cruciale à l'enquête sans même en avoir conscience. Mais Sherlock le savait, elle ne serait pas objective. Car cette femme était profondément convaincue de la culpabilité de Browner. La haine était un procédé chimique intéressant, capable d'aveugler le plus impartial des hommes. Alix haïssait Dave. Si Sherlock lui posait des questions trop directes son esprit chercherait automatiquement à inculper cet homme. Il devait obtenir des informations autrement, les faire glisser dans une conversation.
-Parlez-nous de votre sœur.
John lui jeta une œillade sévère que Sherlock lui rendit. Le message du détective était clair : je m'occupe de la faire parler, tu te soucies de ne pas trop la secouer.
-Vous devriez vous assoir Alix.
John avait pris un ton très professionnel, doux et rassurant.
Elle obéit et se laissa couler dans un fauteuil.
Il y eut un moment de silence où Alix resta égarée dans les souvenirs de sa sœur. John ne savait pas si elle allait parler, mais comme Sherlock ne la relançait pas, ils attendirent.
-Lucy n'a jamais eu d'ennemi, murmura-t-elle au bout de quelques minutes.
John hocha la tête pour l'inciter à continuer.
-Aussi loin que je me souvienne, elle n'a jamais eu de problème avec personne, c'est quelqu'un de gentil. Je connais la plupart de ses amis, des gens bien. Aucune de ses connaissances n'aurait eu l'idée de lui faire du mal !
Par aucune, John entendait très bien aucune sauf lui.
-Vous avez essayé de l'appeler, les jours qui ont précédé sa mort.
Sherlock utilisait toujours la même méthode, pas de question, une conversation.
-C'est ma sœur, on s'appelait presque tous les jours. Si elle avait cru que quelqu'un lui voulait du mal elle m'en aurait parlé.
-Mais elle a été menacée par Browner.
Les sourcils d'Alix se froncèrent.
-Vous parlez des lettres trouvées par la police ?
-Quand les a-t-elle reçus ?
-Je n'en ai pas la moindre idée, en fait elle ne m'en a pas parlé. Je ne suis même pas sûre qu'il les lui ait réellement envoyés, Lucy ne serait jamais restée sans rien faire. Il a dû les déposer chez elle après…après.
Si elle croyait cet homme coupable, elle ne parvenait pas à dire qu'il avait tué sa sœur. Sherlock le lui fit remarquer.
-Ça reviendrait à admettre que quelqu'un l'a tué. Personne, vous m'entendez, personne même lui n'avait de raison de faire une chose pareille.
-Donc vous préférez vous voiler la face et penser qu'elle s'est suicidée.
John aurait frappé son colocataire.
-Je préférerais qu'elle soit en vie !
Elle avait hurlé et maintenant des larmes brillaient dans ses yeux. John se pencha vers elle posant une main apaisante sur son genou, elle se laissa faire. Il ignora le regard de travers que lui lança Sherlock, le détective pouvait bien penser ce qu'il voulait des émotions mais cette femme soufrait et son instinct de médecin le poussait à la réconforter.
-J'aurais dû appeler la police plus tôt, murmura la jeune femme d'une voix brisée.
- Vous ne pouviez pas savoir ce qui allait se produire, assura John.
Elle sécha ses larmes d'un geste brusque, eu un mouvement de recul qui éloigna John et le fixa droit dans les yeux.
-Vous avez déjà eu l'impression que quelque chose d'atroce est en train de se produire alors qu'il n'y a aucune raison à ça, docteur Watson ?
Un instant, il fut troublé. Mais il acquiesça tout de même, car il aurait été bien incapable de prononcer le moindre mot. D'un coup, sa bouche était devenue trop sèche.
Cette impression, il ne la connaissait que trop bien pour l'avoir vécu à plusieurs reprises. La première fois en tant qu'enfant, il attendait un camarade de classe avec qui il empruntait tous les jours le chemin de l'école. Celui-ci n'avait qu'une ou deux minutes de retard quand il avait commencé à s'inquiéter. Ce n'était rien, deux minutes. Mais son camarade n'était pas venu et il avait appris dans la soirée que celui-ci avait eu un grave accident de vélo.
Ensuite, c'était en tant que soldat que l'impression s'était imposé à lui. Bien sûr pendant la guerre, chaque seconde se teintait d'une inquiétude sourde. Mais parfois c'était différent, parfois un homme devait effectuer une mission et il savait au fond de lui qu'il ne le reverrait plus. Un matin il s'était réveillé avec la sensation que ce jour serait le dernier qu'il verrait. Ce jour-là, une balle lui traversait l'épaule.
La dernière fois qu'il avait eu cette impression, c'était en tant qu'ami et ces événements étaient encore bien trop frais dans sa mémoire. Sur le point de monter dans un taxi, il avait soudainement eu très peur sans savoir pourquoi et au lieu de rejoindre Mrs. Hudson qu'il croyait blessée il avait fait demi- tour et était arrivé juste à temps pour empêcher Sherlock de rejoindre Moriarty sur le toit de Saint Barth. Ce jour-là Moriarty s'était envolé et n'avait plus jamais donné signe de vie.
John se forçait à ne surtout jamais penser à ce qui aurait pu arriver sur ce toit parce que cette idée le terrifiait encore. Il avait appris bien plus tard que les agents de Mycroft avaient arrêté trois des hommes de main de Moriarty, tous trois munis d'un sniper, bien prêts à s'en servir et qu'il était dans l'une des lignes de mire. Il ne saurait probablement jamais ce que Moriarty avait prévu et c'était au mieux.
A ses côtés Sherlock dut comprendre où ses souvenirs l'avaient mené car il s'était soudain tendu. Le dernier problème de Moriarty, comme ils avaient nommé l'événement par la suite, était un sujet délicat, très délicat. John ne supportait pas d'imaginer ce qui aurait pu arriver ce jour-là et pour une raison qu'il ignorait Sherlock avait toujours refusé catégoriquement de lui donner la moindre information sur ses plans en cas de confrontation avec le criminel.
-C'est exactement ce qui m'est arrivé docteur Watson, continua Alix sans remarquer le malaise des deux hommes en face d'elle. Je n'arrête pas de me dire que si j'avais réagi plus tôt elle ne serait pas…
-Même si vous aviez appelé la police, ils ne se seraient pas formalisé d'une disparition de moins de quarante-huit heures.
Même si John se voulait réconfortant, ses mots semblaient avoir l'effet inverse sur la jeune femme.
-Ce n'est pas pour ça qu'elle culpabilise, dit soudain Sherlock.
Un silence pesant tomba sur l'appartement. Lourd. Désagréable. Alix palissait à vu d'œil, John regardait son ami sans comprendre et le détective finit par déclarer :
-Elle est morte à cause de vous, n'est-ce pas ?
Voilà, j'espère que le chapitre vous aura plu.
Je vais faire un petit disclaimer : je n'y connais absolument rien sur l'administration et l'ouverture d'un cabinet médical mis à part le fait que ça doit être très compliqué. J'ai fait quelques recherches qui ne m'ont pas beaucoup aidé, alors bien sûr j'ai beaucoup simplifiée le problème.
N'hésitez pas à me laisser une petite review, j'adore avoir votre avis ;)
A Mardi prochain !
Bye!
