Merci à Pandichoux pour ta review. Pour les autres, j'espère avoir répondu à tout le monde. Merci pour les mises en alerte, en fav, vous êtes des amours mais ne vous relâchez pas :)

Ceci est une pure fiction, donc si je me plante sur des détails, soyez indulgents

Ah oui, dernière chose, pas de bêta, donc la correction c'est bibi qui la fait. S'il en reste, j'en suis désolée (la prochaine fois, j'écouterai pas de film en même temps)

Bonne lecture


4

Alors que la voiture roulait en direction du squat dans lequel Harry avait laissé ses affaires, celui-ci n'arrivait pas à en croire sa chance.

Cinquante mille livres sterling pour un mois à ne rien faire. Pour le jeune homme, c'était une occasion inespérée de se faire facilement un peu d'argent. Il avait eu beau chercher l'embrouille – parce qu'il y en avait forcément une – et ne l'avait pas vue. Pourtant Harry pouvait se targuer de savoir flairer les ennuis assez rapidement. Il s'en était toujours félicité et cela lui avait évité plusieurs problèmes par le passé, même s'il en avait eu d'autres.

Avec Walden McNair, il avait senti le danger mais avait mis les pieds dedans et le regrettait amèrement. Pour l'heure, sa dette n'était toujours pas payée et cet enfoiré avait rajouté dix mille livres en plus des six milles déjà données. Comme s'il pensait que Harry était un distributeur d'argent.

D'ailleurs, le jeune homme avait du mal à comprendre le chef de la pègre londonienne. Un jour il laissait vingt-quatre heures et le lendemain il accordait une semaine alors qu'il savait parfaitement qu'après avoir tabassé le malheureux, il lui faudrait plus d'une semaine pour réunir la somme.

Dans tous les cas, la victime n'était pas certaine de survivre ou de finir en un seul morceau. Harry avait eu un peu de chance mais savait que cela ne durerait pas. Jusqu'à ce jour, il n'avait pas vu McNair et espérait que cela durerait. Se cacher tout en continuant son métier était difficile et surtout très fatiguant.

Quand Harry repensait à sa petite sieste dans la voiture de Rogue, il se sentait bête de s'être laissé aller au sommeil. D'habitude, son esprit n'était aussi apaisé qu'en de très rares circonstances. Ce qui ne lui était pas arrivé depuis... des mois, peut-être même des années. Au centre, il s'était reposé, toutefois ses nuits n'avaient pas été très longues.

Après sept ans dans la rue, Harry avait appris à ne dormir que par à-coup, histoire de veiller sur ses biens. Depuis, c'était devenu un réflexe. Il se réveillait régulièrement. Cela lui avait servi lors des nuits les plus froides où il était sous un pont. Au moins, il avait pu rester en vie.

C'était tout du moins son humble avis.

Un frisson le prit, lui rappelant qu'il était trempé. Le chauffage diffusé n'était pas assez chaud pour parvenir à sécher ses vêtements et cela ne faisait qu'accentuer la différence de température entre sa peau et ses vêtements mouillés.

– Un miracle que vous ne tombiez pas malade, fit Rogue.

– J'ai dit que j'me désaperai pas, répliqua Harry en gardant pour lui qu'il ne tombait que très rarement malade.

Se mettre à nu devant plusieurs personne était une chose que le jeune homme n'appréciait pas. Se déshabiller devant un client, il n'en avait que faire, mais pas en public et pas alors que les autres resteraient vêtus des pieds à la tête.

– Je ne faisais qu'une constatation. Si vous pouviez éviter de montrer sur vos grands chevaux, je vous en saurais gré. D'autant qu'il n'y a pas la moindre raison de s'énerver.

Une chose était certaine, Harry n'allait pas supporter longtemps l'air pédant que se donnait l'homme en face de lui. C'était comme s'il souhaitait lui montrer qu'il avait une certaine éducation par rapport à Harry, qu'il voulait s'élever à un niveau supérieur et dévaloriser son interlocuteur.

– Pourquoi vous me voulez moi ? s'enquit Harry, préférant changer de sujet.

Énerver son bienfaiteur ne ferait que pousser ce dernier à revoir sa copie et à décider de ne pas continuer avec lui.

– Il me semble vous avoir assuré que je vous expliquerai tout plus tard.

Harry grimaça mentalement. Lui qui avait espéré avoir des réponses...

– Quand ?

– Lorsque nous serons chez moi.

– Et c'est où chez vous ?

– Dans le nord.

Rogue esquivait habilement. Craignait-il que les réponses à ses questions n'obligent Harry à finir par changer d'option ? Cependant, son absence de réponse donnait à Harry l'envie de revenir sur sa parole.

– Z'êtes pas causant vous.

– Drury Lane, annonça le chauffeur.

– Vous pouvez m'laisser là ? J'vais aller chercher mes affaires. Pas envie que vous vous fassiez attaquer, surtout pas avec les belles pompes que vous portez.

Des chaussures qui devaient valoir leur prix. Noires, en cuir, cousues main. Des petites merveilles que Harry ne pourrait jamais s'offrir.

– Vincent et Grégory vont vous accompagner, histoire que vous ne nous fassiez pas faux bond.

– J'ai topé, se récria Harry, sidéré à l'idée que l'on puisse l'accuser de vouloir mettre les voiles.

Il devait être honnête, cette pensée l'avait effleuré alors que le véhicule s'était engagé dans Drury Lane. Maintenant, c'était impossible, pas avec les deux armoires à glace qui allaient l'encadrer.

Au moment d'ouvrir la portière, il s'arrêta net et la referma aussitôt, le cœur battant la chamade et les membres tremblants.

– Tout va bien ? demanda Rogue.

Pour un peu, Harry aurait presque cru déceler de l'inquiétude mais il mit cela de côté. Rogue n'avait aucune raison d'être inquiet pour lui.

– Ouais, pas de problème. C'est juste qu'il fait froid et que...

Il montra sa tenue encore bien humide. L'excuse était parfaite pour masquer son trouble et en partie vraie.

La réalité était tout autre. Harry avait vu McNair et ses deux sous-fifres de l'autre côté de la rue. Ils entraient dans l'immeuble dans lequel Potter avait laissé ses affaires. Le jeune homme n'avait rien de très important hormis la photo de ses parents qui se trouvait toujours dans la poche arrière de son pantalon.

Encore une fois, Harry ouvrit la portière et sortit prudemment du véhicule. Le froid l'assaillit et il se mit à claquer des dents. Il fut rejoint par les deux gorilles. Avec la présence de McNair dans les lieux, le fait que Vincent et Grégory soient à ses côtés, cela avait quelque chose de rassurant. Au moins il ne serait pas seul lors de la confrontation. Parce qu'il y aurait une confrontation, c'était inévitable, et cela se terminerait en bain de sang.

Dans son dos, la portière claqua, le faisant se retourner brutalement face à Rogue qui observait la bâtisse d'un œil circonspect.

– Et aller, marmonna Harry pour cacher son trouble.

Si Rogue était présent, ils seraient en situation de force face à McNair et ses sbires. Harry se sentait encore un peu plus en sécurité. Vincent et Grégory étaient assez costauds pour arrêter les deux gardes du corps de Walden.

Restait à savoir qui sortirait en vie de cet immeuble.

– Bon, le chauffeur veut pas venir non plus ? Histoire qu'on s'éclate ?

Un léger sourire lui répondit et Rogue commença à marcher. Une chance que la pluie ait cessé de tomber, ne subsistait qu'une petite bruine collante et très désagréable. Harry ne put s'empêcher d'enfoncer sa tête dans ses épaules, cherchant à échapper au froid qui le transperçait. Certes il n'était jamais malade, cependant il y avait un début à tout. Cela faisait de longues heures qu'il se trouvait dans ses vêtements humides et un rhume pouvait pointer le bout de son nez sans prévenir.

Ils entrèrent dans le bâtiment et Harry mit tous ses sens en alerte. Il fureta à la recherche de la moindre ombre suspecte, du moindre bruit qui n'aurait pas lieu d'être dans un endroit censé être vide.

– Vous êtes à quel étage ? ironisa Rogue.

– Très drôle, chui mort de rire. Rez de chaussée. Au fond à droite.

Harry aurait voulu laisser le trio y aller en premier. Au moindre coup de feu, il pourrait toujours prendre la tangente. Sauf qu'une main un peu brutale le poussa en avant. Un simple coup d'œil dans son dos lui apprit qu'il s'agissait de Rogue.

Ses baskets couinaient bruyamment dans le couloir jonché de détritus et aux murs recouverts de tags en tout genre. Dans chaque pièce dépourvue de portes, on pouvait voir des lits de camp, des matelas posés à même le sol. Le tout dans un désordre flagrant. Il y avait des SDF, des junkies, des prostituées. Le pire de la lie humaine se retrouvait ici.

Et puis il s'arrêta devant « son appartement ». C'était un trois pièces totalement vide qu'il partageait avec deux ou trois autres personnes dont un toxicomane qui avait voulu lui refiler de la drogue. Harry avait failli accepté avant de se rappeler que son dealer ne devait pas être très net et qu'il pouvait lui donner tout et n'importe quoi.

Harry entra, cherchant la présence de McNair. Il fut surpris de ne voir personne. Il rassembla ses affaires qui tenaient dans un sac à dos et se demanda quoi faire du sac de couchage miteux qu'il avait réussi à sauver de la benne. Le laisser ou le jeter ? Dans un mois, il en aurait peut-être encore besoin.

– Pendant que nous y sommes et avant que vous ne risquiez la pneumonie, ce serait une bonne idée que vous vous changiez.

– Vous tenez vraiment à me voir à poils, hein ? Et ça se dit hétéro.

Il fut dépité de ne voir aucune rougeur traîtresse sur les joues de Rogue. Cet homme était donc insensible ? Non, pensa Harry, il avait réussi à lui faire perdre momentanément ses moyens en lui caressant la cuisse dans la voiture.

– Je doute que ce que vous cachiez sous ces épaisseurs soit très différent de ce que possèdent tous les hommes de cette planète. À moins que vous ne soyez en réalité une femme et dans ces cas-là, le spectacle aura de fortes chances de me convenir davantage, répliqua Rogue.

– Connard, souffla Harry vexé.

– Votre vocabulaire est d'une pauvreté, c'est affligeant.

– J'vous emmerde ! gronda Harry en retirant son sweat qu'il laissa tomber par terre.

Il fouilla dans son sac pour en sortir de quoi se vêtir chaudement. Quelques minutes plus tard, il était fin prêt. Il fit un rapide tour du propriétaire et allait partir quand un bruit de talons tout proche le fit reculer. Moins de dix secondes plus tard, la tête ridée et flasque de McNair entra dans son champ de vision.

– Tiens tiens, Jack, fit ce dernier avec un grand sourire. Nous étions à ta recherche.

– Et vous êtes ? intervint Rogue fraîchement.

– Un ami de Jack.

Harry vit les deux gorilles se camper derrière leur patron, bras croisés et manteau ouvert de telle façon à dévoiler l'arme qu'ils portaient à la ceinture. Le jeune homme déglutit nerveusement et serra la bretelle de son sac.

– Un ami de Jack ? Intéressant.

Le visage de McNair se tordit un instant avant d'esquisser un sourire sardonique.

– Vous êtes ?

– Une personne pressée qui souhaiterait quitter cet endroit assez rapidement.

Rogue lui désigna la porte devant laquelle les deux gardes de McNair se trouvaient toujours. Harry jeta un coup d'œil dans son dos et découvrit que Vincent et Grégory étaient tout aussi menaçants, voire davantage.

– Je ne suis pas certain de pouvoir accéder à votre requête. Tout du moins, Jack et moi avons une petite discussion à terminer. Je ne vous retiens donc pas.

– Oh.

Potter sentit son estomac devenir de plomb à la simple pensée de Rogue le laissant aux mains de McNair.

– Voilà qui est fâcheux, reprit Rogue. Messieurs, selon vous, si je laisse notre ami ici, ai-je des chances de le revoir en vie ? Non, fit-il en voyant ses propres hommes secouer la tête, c'est bien ce qu'il me semblait. Je crains de devoir insister et vous demander de nous laisser passer. S'il vous plaît.

Cette fois, McNair ne sembla pas vouloir se montrer poli. Harry ne le connaissait pas mais il savait reconnaître les signes. Les yeux sombres de leur adversaire s'étaient plissés et la mâchoire s'était durcie.

– Écoute-moi bien, l'aristo. Je sais pas où tu te crois mais tu vas décarrer tes miches d'ici et plus vite que ça ou alors...

Les deux types posèrent une main sur leur arme et se firent menaçants.

Mais à la grande surprise de Harry, Severus sourit et s'approcha d'un pas. Il n'avait pas l'air d'avoir peur, pas comme lui qui tremblait et n'était pas loin de se faire dessus.

– Je crains que vous n'ayez pas saisi, Monsieur. Je pars avec Mr Daniel's, que vous soyez d'accord ou non. Et avant que vous n'ayez l'idée stupide de dire à ces messieurs de nous tuer ou tout moins de nous blesser assez gravement, sachez que vous risquez la peine maximale car vous vous en prenez à un membre du gouvernement. Pour ma part, j'ai ce qu'on appelle l'immunité diplomatique et que mes hommes sont couverts également. Pensez seulement à vouloir nous prendre en otages et il se peut que ce soit la dernière chose que vous ferez dans votre misérable et pathétique vie ! Maintenant dites à ces deux rigolos de nous laisser passer ou je vous promets que je lance toutes les polices de ce pays à vos trousses. Je n'ai qu'un seul geste à faire, un mot à dire.

D'un geste, McNair obligea ses hommes à s'écarter. Il était furieux au delà des mots.

Harry n'en croyait pas sa chance. Il était libre de passer mais en plus, il était en vie. En passant devant les deux sbires de McNair, il ne put retenir une révérence et fit un baiser à son adversaire en prenant bien garde de rester entre Vincent et Grégory.

– Putain, comme vous les avez fait mouiller leur slibard, s'extasia-t-il une fois dehors. C'était... putain, c'était wouhaou ! Et quand vous avez parlé de l'immunité diplomatique...

Severus se tourna vers lui, lui empoigna les cheveux et le poussa contre un mur. La peur refit surface et l'espace d'un instant, Harry se demanda si rester avec McNair n'aurait pas été mieux pour sa sécurité.

– Écoute-moi bien Potter, je ne sais pas ce que tu leur as fait et je m'en fiche, mais refais ça encore une fois et il y a de fortes chances que je te laisse dans ta merde. Clair ?

– Oui m'sieur, bredouilla Harry.

– Bien. Nous y allons.

Vincent ou Grégory – le jeune homme ne savait pas qui était qui – ouvrit la portière. Rogue et Harry reprirent leur place, ainsi que les gardes du corps.

– Aéroport, ordonna l'homme froidement avant de se murer dans le silence.

Harry se retint de lui demander s'il était agent secret ou de la police. Son aplomb et sa façon de changer de vocable était surprenant. Il pressentait que poser seulement la question lui vaudrait un aller simple entre les bras de McNair, chose qu'il refusait tout net.

De façon générale, Harry garda le silence, prudent, conscient que toutes les questions qu'il poserait seraient mal perçues.

Après de longs embouteillages dans Londres, ils arrivèrent à l'aéroport. Harry pensa naïvement que le chauffeur allait les déposer devant la porte. Il fut surpris en voyant la voiture pénétrer sur la piste et se garer près d'un jet privé frappé d'armes inconnues. Il ne se rendit pas compte que le véhicule s'était arrêté ni que la portière était ouverte.

– Comptez-vous camper là ? le railla Rogue. Je souhaiterais partir assez rapidement.

– Hein ?

– Venez !

– C'est à qui ça ? laissa échapper Harry sans parvenir à se retenir en désignant l'avion d'un signe de tête.

– À moi. Maintenant trêve de bavardages et montez. Rapidement si possible !

Rogue avait l'air un peu nerveux à regarder partout. Harry se hâta donc de monter l'escalier qui menait à une porte ouverte et siffla d'admiration devant le luxe du jet. Les sièges étaient en cuir et le reste en bois vernis.

– Eh beh.

– Asseyez-vous, l'invita Severus en prenant place dans l'un des fauteuils à l'allure confortable. Vincent, faites dire au pilote de décoller.

Le garde du corps s'inclina respectueusement et se dirigea dans la cabine pendant qu'on refermait la porte.

– Mr Potter, asseyez-vous et veuillez attacher votre ceinture, nous n'allons pas tarder à partir.

Pas tout à fait remis de sa surprise, Harry obéit. Il fourra son sac sous l'un des sièges et fit ce qu'on lui avait demandé à savoir attacher sa ceinture. Le fauteuil était moelleux à souhait. Une vraie merveille pour les fesses de Harry habituées à quelque chose de dur. Le jeune homme se détendit significativement. Peu importait où il allait, si le reste était aussi parfait que cet avion, tout lui allait.

Lorsque l'appareil commença à reculer puis à rouler sur la piste, Harry s'accrocha aux accoudoirs. C'était la première fois qu'il prenait l'avion et n'était pas des plus rassurés. Son angoisse s'accentua au moment où l'engin prit de la vitesse et où le nez s'éleva soudain.

– Vous ne risquez rien, tenta Rogue nonchalamment installé dans son fauteuil.

– Vous en avez de bonnes vous. On parle de crashs d'avions régulièrement.

– C'est le moyen de locomotion le plus sûr. Il y a moins d'accidents d'avions que de voitures.

Si c'était censé le rassurer, c'était peine perdue car Harry enfonça presque ses ongles dans les accoudoirs, plaqué en arrière et le souffle bloqué dans sa poitrine.

Puis l'avion se stabilisa et Potter put respirer.

– Vous voyez. Ce n'est qu'un décollage.

– Ouais. C'est ce qu'on dit. Vous êtes qui ? fit-il brutalement en se rappelant que Rogue ne souhaitait rien lui dire. Vous allez me le dire maintenant ?

– Souhaitez-vous manger quelque chose ? éluda son interlocuteur.

Il fallut que l'estomac de Harry entendre manger pour qu'il se mette à gargouiller fortement. Potter maugréa une réponse que lui-même ne comprit pas bien. Il se rappela justement que son dernier repas remontait à la veille, au déjeuner qu'il avait pris sur le pouce entre deux clients.

Une hôtesse de l'air habillée d'un tailleur violet et chaussée de talons vertigineux apparut et déposa devant Harry une assiette fumante de ce qui devait être un steak et des petits légumes.

– Faut que je pisse, elles sont où les chiottes ? Si y en a ici.

– Bonté divine, votre langage ne cesse de se détériorer. Au fond de l'appareil sur votre droite.

Harry batailla un instant avec sa ceinture et se leva avant de trottiner, cramponné aux sièges ou au mur, vers le fond de l'appareil. Contrairement à ce qu'il aurait pu penser, cela ne secouait pas. C'était même aussi stable que la terre ferme. Finalement, voler n'était pas si mal. Tout du moins s'il n'y avait pas cet infernal bourdonnement.

En revenant à sa place, Harry constata que l'assiette était toujours là et que Rogue mangeait. Vincent et Grégory étaient installés, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière avec une part devant eux.

– Mangez avant que cela ne refroidisse.

– Vous me direz rien tant que j'aurais pas bouffé, c'est ça ?

– C'est l'idée, admit Rogue. Nous avons une heure de vol.

– Vous êtes flic ou de la CIA ? Du FBI.

– Rien de tout cela. Maintenant, taisez-vous et mangez.

Las, Harry entama son steak cuit parfaitement et mangea ses légumes. Il devait reconnaître que c'était divin. Habitué à manger des choses qui venaient souvent des ordures, il avait le sentiment d'être un prince ou un roi.

Une fois son assiette terminée, il s'obligea à ne pas lécher la sauce parce que ce n'était pas poli, on avait beau dire, il avait des manières. Il remarqua être le premier à avoir fini. Rogue prenait son temps et les deux autres mangeaient tout en lisant le journal.

– Un dessert, monsieur ? lui souffla l'hôtesse en retirant son assiette.

– Heu... ouais. Merci, ajouta Harry à la cantonade alors que la jeune femme était déjà partie.

Elle revint avec une part de fondant au chocolat. Pour un peu, Harry en aurait bavé. Le chocolat était un met qu'il n'avait pas mangé depuis des années. Il en avait goûté une fois ou deux chez les Dursley et ce goût sucré lui avait semblé être la meilleure chose qui puisse exister au monde.

Il ne fallut pas longtemps pour que la malheureuse part de gâteau soit engloutie.

– J'pourrais m'habituer à ça, souffla-t-il en regardant autour de lui.

Personne ne lui répondit. Il se cala confortablement dans son fauteuil et ne bougea plus.

– Bien, fit soudain Rogue une fois qu'il eut terminé de manger. Je pense qu'il est plus que temps de répondre à vos questions Si toutefois vous en avez toujours. Ou alors, je vous laisse dormir. Vous me semblez bien parti pour une autre petite sieste.

– Vous allez vraiment me répondre ? questionna Harry, suspicieux.

– Eh bien oui. C'était entendu. Je vous écoute.

– Vous êtes qui ? On va où ? Et vous me voulez quoi ?

– Si ce sont là vos seules questions. En ce qui me concerne, je vous ai déjà répondu. Nous allons à Poudlard et je pensais avoir répondu à cette question-là aussi.

Harry fit mine de ne pas avoir entendu le sarcasme.

– C'est quoi Poudlard ?

– Une ville située à la frontière anglo-écossaise. Un petit État pour être précis.

– Vous avez fini de vous payer ma tête ? râla le petit brun, les bras croisés. Y a rien à la frontière ! Pas de pays !

C'était du moins ce qu'avaient révélé ses cours de géographie au collège.

– Oh. Vous savez donc tout sur tout. Voilà qui est fort intéressant – Harry nota sans peine l'ironie suintant de la voix de Rogue. Sachez que Poudlard existe bel et bien et depuis de très longues années. Il s'agit d'une Principauté, un territoire gouverné par un prince. Il n'en existe que quatre reconnues comme telles, les Principautés du Liechtenstein, d'Andorre, de Monaco et de Poudlard.

L'homme but une gorgée d'eau et reprit :

– Poudlard n'est pas un vaste territoire. Un peu plus grand que Monaco...

– Ouais, super, répliqua Harry qui pressentait la leçon d'histoire arriver. Vous, vous avez quelle fonction ? Parce que pour avoir le droit au jet et aux gardes du corps...

– Il s'agit de Son Altesse Sérénissime le prince Severus Rogue, intervint Grégory en levant les yeux de son journal.

Harry eut un instant d'arrêt, le temps que l'information fasse son chemin dans son esprit. Et puis il éclata de rire.

– Elle est trop bonne celle-là. Le prince. Ben voyons et moi je suis la reine d'Angleterre. Non mais sans déconner, ricana-t-il.

Le fait que son interlocuteur soit ce qu'il prétendait était hautement risible. Il n'avait pas le comportement d'un prince, surtout pas après ce qu'il avait dit à McNair.

– Il ne s'agit nullement d'une plaisanterie, assura Rogue, prenant Harry au dépourvu.

– Vous êtes vraiment prince ? répéta Potter, abasourdi.

– Oui.

– Oh bordel de Dieu. Putain, la vache !

Une flopée de jurons tous plus fleuris sortirent de ses lèvres, faisant secouer la tête du prince. Mais Harry était trop surpris pour y prêter la moindre attention.

– Vous êtes prince, dit-il pour la deuxième fois.

– Cela commence à devenir légèrement lassant.

Potter se reprit.

– Et je dois vous donner du quoi ? Majesté ?

– Altesse, simplement.

– Oh, Votre Altesse, répliqua Harry en se levant pour esquisser une révérence grotesque.

– Vous êtes pitoyable, Potter. C'en est navrant.

Ledit Potter se fendit d'un large sourire, hilare. Juste avant de se rappeler qu'il était lié à l'homme par un contrat pour une durée de un mois. Il se souvint également de ce que cet homme lui avait dit, qu'il souhaitait se marier avec lui. Pour le coup, il n'avait plus envie de rire du tout. Parce que cette histoire commençait à sentir mauvais.

– Ok, c'est quoi l'embrouille là ?

– Il n'y a aucune embrouille, Mr Potter.

– Vous êtes prince et vous avez dit que vous vouliez m'épouser. Je suis pas débile, je sais que dans ce monde-là, les personnes dans votre genre n'épousent pas leur propre sexe, d'un parce que ça se fait pas et de deux, les pédés et les lesbiennes, ça a jamais pu faire d'enfants comme les hétéros. À c'que j'sache, vous êtes un mec et moi aussi. Vous êtes pas gay. Alors pourquoi vouloir vous marier avec moi ? Surtout que je suis très loin d'être de votr' monde, comme vous avez pu voir.

– C'est un fait. Vous avez entièrement raison.

– Alors ? insista Harry quand il se rendit compte que la réponse qu'il attendait ne vint pas. Pourquoi ?

À sa grande surprise, il vit Rogue s'agiter un instant et jeter un coup d'œil à travers le hublot puis soupirer.

– L'explication est... assez étrange et je doute fortement que vous y croyiez.

– Dites toujours. Je suis pas que con non plus. Je peux piger.

– Il ne s'agit pas de comprendre ou non et personne ne remet en doute votre intelligence. C'est simplement que cette histoire est...

– Crachez le morceau Altesse.

Il pouvait tout entendre, ou presque.

– Après votre réaction à propos de mon titre, j'ai peur que vous nous fassiez une attaque, mais soit. Navré par avance pour le passage historique, c'est nécessaire.

Les iris émeraudes se fermèrent. L'histoire, Harry avait toujours eu cette matière en horreur. Ses professeurs n'avaient jamais été à la hauteur de ses espérances. Ils débitaient un cours, des dates et des noms sans la moindre passion.

– Poudlard a été bâti vers l'an mil par quatre personnes. Je vous épargne les noms, cela ne vous dirait absolument rien. Ils étaient des... une sorte de sorciers, de mages. Ils maîtrisaient les éléments.

– La magie, ça existe pas.

C'était ce que son oncle obèse lui avait seriné toute son enfance. Il revoyait encore Vernon Dursley crier, quand un dessin animé passait à la télévision, qu'il fallait changer de chaîne parce que tout cela, ce n'était que des bêtises, que la magie n'existait pas. Harry avait préféré ne jamais le contredire.

– Eh bien sur ce point, je n'irais pas vous reprendre. Cependant depuis quelques semaines, je me pose la question. Ils ont disparu, morts, en laissant derrière eux une personne qui possède leurs pouvoirs. De que je sais, cette personne est morte, assassinée par d'autres. Sans doute à cause de ses pouvoirs, ce point reste obscur. Toujours est-il que des siècles plus tard, mon ancêtre s'est installé à Poudlard, a fait bâtir un château et un domaine. Tout ceci a prospéré.

– Ouais, super, mais... je vois toujours pas.

Ces histoires de magie et autre avaient tendance à le fasciner autant qu'elles le rebutaient.

– J'y viens. Il y a quelques semaines, certains changements se sont produits. Apparemment, Poudlard serait en train de mourir.

– Hein ?

C'était certain, Rogue était fou. Du moins, c'était ce que Harry pouvait affirmer après avoir entendu ce qu'il venait d'entendre. Une ville ne pouvait pas mourir.

– Je vous avais dit que c'était...

– Faut penser à consulter mon vieux. Parce que là, vous en avez pour des années de thérapie avec un bon psy.

– Peut-être avez-vous raison, admit le prince avec calme.

– Que oui !

– Et encore, vous n'avez pas tout entendu.

– Ah parce qu'il y en a encore ? Bordel. Vous allez m'annoncer quoi ? Que je suis censé sauver votre patelin ?

Si c'était ça, l'avion pouvait faire demi-tour. De un, parce que toute cette histoire était de la pure folie. De deux, parce que si tout était vrai – et il en doutait fortement –, il n'était pas concerné.

Il chercha dans les onyx quelque chose qui pourrait lui faire comprendre sans les mots qu'il n'était pas là pour cela. Toutefois, Severus ne le regarda pas un seul instant. Il avait tourna la tête vers le hublot.

– Vous plaisantez, s'écria Harry. C'est une putain de blague !

– À l'aube du millénaire, l'Enfant des quatre reprendra le flambeau de ses pères. Il naîtra lorsque mourra le septième mois. Marqué du signe de l'éclair, Il apparaîtra dans le sang sous le regard de sa mère. À l'aube du millénaire, un autre que l'Enfant aux côtés du Prince verra Poudlard disparaître des terres.

Une prophétie qui fit frissonner Harry et lui donna la nausée. Son repas sembla remonter. Le jeune homme fila aux toilettes et vomit ce qu'il venait d'avaler. Une fois son estomac vidé, il se laissa retomber par terre et se prit la tête entre les mains.

Rogue n'avait pas pu inventer cela en quelques secondes. Pas alors que Harry ne lui avait jamais donné sa date de naissance et personne ne savait qu'il avait une cicatrice en forme d'éclair sur le front. Cicatrice qu'il prenait grand soin de cacher.

Il s'estimait pas très intelligent mais avec toutes ces informations mises bout à bout, l'identité de l'Enfant des quatre était très claire : lui.

– Quel con ! se morigéna Harry. Putain, t'es vraiment con ! T'en avais pas assez avec Peter ? T'avais pas compris ? Faut toujours que tu vois que le pognon ! Le piège était gros et toi, comme un débile, t'as foncé tête baissée dedans. T'es con Potter !

Pas un seul instant il ne fut question de croire qu'il puisse s'agir d'un mensonge éhonté. Parce que Harry y croyait. Il croyait en cette prophétie. Pour la bonne et simple raison qu'il avait entendu une version similaire lorsqu'il vivait aux crochets de Peter. Ce dernier avait engagé, pour s'amuser, une voyante qui avait lu dans la main du jeune homme. Elle lui avait prédit qu'il serait prince et qu'il avait une tache importante à accomplir. Potter avait rigolé et avait oublié.

Cela lui était revenu à la vitesse d'une claque en pleine figure.

Sa tête tapa une à deux fois contre le panneau puis il se leva pour se passer un coup d'eau sur le visage avant de revenir s'asseoir.

– Je comprendrai que vous souhaitiez tout arrêter et...

– Putain, la ferme ! Vous savez, vous auriez été le premier à me balancer ça, je vous aurais dit d'aller vous faire foutre. Sauf que vous êtes pas le premier et que... Bordel, pourquoi faut toujours que ma vie soit un vrai merdier ? !

Maintenant il avait envie de pleurer.

– Je savais qu'y avait embrouille quelque part.

– Quelqu'un vous a parlé de cette... prophétie ? interrogea Severus.

– Plus ou moins. On m'a fait comprendre que j'avais un rôle à jouer avec les têtes couronnées, que je serais prince. C'est une voyante qui m'a dit ça. Comme c'est que des charlatans, j'y ai pas cru. Mais bon, apparemment, c'est pas que des conneries. Pourtant ça sonne comme la pire des histoires à dormir debout que j'ai jamais entendue. Putain, un Enfant des fondateurs – il ricana, un rire quelque peu hystérique. J'sais même pas qui c'est moi, les fondateurs.

– Ce sont ceux qui ont créé Poudlard. Mon père a eu vent de cette prophétie il y a une vingtaine d'années et de l'identité de celui qui siégera à mes côtés. Vous. Il a refusé d'y croire. Vingt ans après... même ce qu'il a refusé s'est révélé être juste. Et tous les signes le prouvent. Par contre il y a quelque chose qui me chiffonne. La prophétie fait mention d'une marque de l'éclair. Vous avez été frappé par la foudre ?

– Non.

Il dévoila son front sur lequel était marquée dans sa chair la cicatrice blanche en forme d'éclair. Il l'avait toujours eue. Personne n'avait été en mesure de lui dire d'où elle venait.

– Je vois.

– Ça veut dire quoi à l'aube du millénaire ? Vous avez dit que Poudlard a été construit en l'an mil. On est en l'an deux mille. Deuxième millénaire. Ils se sont plantés.

– Je pense que cela signifie millénaire après la mort des Fondateurs. Et Poudlard a été bâti vers l'an mil.

Harry se frotta les yeux.

– C'est vraiment un gros merdier votr' truc, asséna-t-il.

– J'en conviens.

Personne ne pouvait dire le contraire, cela serait mentir.

– Et je dois faire quoi, moi, dans c't histoire ?

– Selon la prophétie, apparaître dans le sang, sous le regard de votre mère.

– Super ! maugréa Harry. Ma mère est morte et je vais devoir crever ou être blessé sérieux pour faire c'te connerie de merde. Ma vie est géniale !

Il n'avait pas conscience d'avoir presque hurlé ces mots et lorsqu'il s'en rendit compte, il gémit en fermant les yeux.

– Fait chier !

Il n'avait rien demandé à personne et avait, une fois de plus, la preuve que la chance n'était pas de son côté. Ou que si elle l'était, la malchance la remplaçait assez vite et se montrait virulente. Parfois il se demandait ce qu'il avait fait au destin pour mériter pareil châtiment. Il n'avait rien fait à par naître, ce qui devait peut-être être son tort.

– C'est une lourde tâche qui pèse sur vos épaules et personne, pas même moi, ne vous en voudra de vouloir continuer votre vie loin de tout cela.

– Putain, y r'commence ! s'énerva Harry. Si je me barre, j'aurai sur la conscience la perte de votr' pays ! Y aura p't-être des morts et ça, si je l'apprends dans les journaux, j'pourrai plus jamais vivre avec ça !

Parce que c'était là son plus gros défaut. Il avait un honneur et n'était pas fichu de penser à sa sécurité. La preuve, avec McNair, il n'avait pas fui comme tout individu sain d'esprit aurait fait, il était resté et l'avait attendu, bêtement prêt à accepter la sentence. Il se dit que s'il avait commis un meurtre, avec son honneur débile, il aurait bien été fichu d'attendre la police et de se rendre.

– D'autant que j'ai topé et que je reviens jamais sur ma parole.

0o0

Poudlard.

L'avion survolait les terres et Harry pouvait découvrir à travers le hublot une ville et un palais qui la surplombait. Grand, majestueux, il ressemblait un peu aux châteaux forts de l'époque moyenâgeuse. Les siècles et les propriétaires successifs avaient pu lui faire perdre cet aspect purement défensif pour lui conférer plus de charme.

– Nous allons atterrir d'ici quelques minutes, lui apprit Rogue. Une fois au palais, je vous monterai vos appartements et ensuite vous ferai une petite visite. Vous aurez des domestiques à votre service. Concernant notre... contrat, je vous en ferai parvenir un exemplaire dès qu'il sera prêt.

– Et concernant la partie... prophétie, on oublie ?

– Durant ce mois, oui. Ensuite, si vous envisagez de rester... nous pourrons nous concentrer sur ce point. Cela vous convient-il ?

Harry acquiesça. Il savait cependant que la prophétie n'allait cesser de tourner dans son esprit.

– Il est évident qu'il est hors de question de continuer votre activité, que ce soit hors du palais ou à l'intérieur. Mis à part cela, vous êtes libre de faire ce que vous souhaitez, dans la mesure où cela ne nuit pas à l'image de Poudlard. Donc pas d'orgies, pas de prostitution...

– Rien en rapport avec le sexe, ça va, j'ai pigé. Et si je veux m'envoyer en l'air, j'ai le droit ?

Après tout, il n'était qu'un homme avec des besoins et il se devait en tant que tel, de les assouvir. C'était normal, Rogue devait comprendre.

– Vous êtes libre de faire ce que bon vous semble. Si toutefois après le délai d'un mois, vous décidiez de rester, il va de soit que ces... escapades seront proscrites.

– Pourquoi ?

Cela n'avait aucun sens de lui autoriser à faire ce qu'il voulait pour lui interdire par la suite. C'était même complètement insensé.

– Parce que vous serez mon fiancé et que je ne tolère pas l'infidélité.

– Quoi ?

La partie mariage arrivait trop vite à son goût. Il avait cru que cela prendrait nettement plus de temps. Un an ou deux et non un mois.

– Vous êtes censé siéger à mes côtés. Le seul moyen d'y parvenir est de faire de vous mon époux. La case fiançailles me paraît de bon aloi. Non ? Je pensais que c'était pourtant clair lorsque je suis venu à vous et que je vous ai proposé ce contrat.

– Ouais mais...

Il ne comprenait pas le plaisir que retiraient les gens de cette caste à se marier sans amour. Rogue n'était pas gay, le côté charnel était donc à bannir puisqu'il paraissait évident qu'il ne tirerait aucun plaisir de l'acte avec un homme. Harry pouvait faire ce qu'il avait à faire et laisser une femme se marier avec le prince.

– La prophétie est claire, l'Enfant des fondateurs doit être à mes côtés. S'il s'agit d'une autre personne, Poudlard sera réduit à néant.

– Vous faites tout ça pour votr' pays, hein ?

– Oui.

– Vous êtes encore plus con que moi. Vous allez chercher un pauvr' type qui baise avec d'autres pour du pognon et vous voulez lui foutre une couronne sur la tête simplement parce qu'il peut sauver Poudlard. Vous êtes prêt à vous marier avec sans le moindre amour. Ouais, vous êtes vraiment con. Ou tordu, au choix.

Rogue se contenta de hausser un sourcil mais ne dit rien.

Quelques minutes plus tard, l'avion se posait sur la piste de l'aéroport de Poudlard. Harry avait été des plus surpris en se rendant compte qu'une petite ville comme ça avait sa piste. Il se rappela avant de poser bêtement la question qu'il s'agissait d'une nation et donc qu'il était normal de pouvoir aller et venir par les airs.

Une voiture les attendait et un chauffeur leur ouvrit la portière en s'inclinant.

– Votre Altesse, fit-il. Monsieur.

Le trajet jusqu'au palais fut relativement long aux yeux de Harry qui avait déjà passé une bonne partie de son après-midi dans une voiture et une heure dans un avion. Les dix minutes de route cahoteuse lui parurent durer bien plus de temps. Il en avait profité pour regarder le paysage.

Une chose était certaine, Poudlard était une jolie nation. Harry appréciait les maisons en pierre, les toits de chaume. Des petits cottages. Le seul petit bémol était la décoration florale. Il n'y avait rien. L'herbe des quelques prés qu'ils avaient vus était inexistante. On aurait dit des champs laissés à l'abandon.

– C'est un peu mort ni végétation. Vous décorez pas ?

Un petit rire sardonique lui répondit, signe que sa question était au mieux inintéressante, au pire stupide.

– Je trouve étonnant que vous ayez remarqué quoi que ce soit.

– C'est p't-être plus grand que le bled dans lequel j'vivais avant, mais là-bas c'était plus vivant que ça. Et pourtant, croyez-moi, ça payait pas d'mine. Les gens préféraient s'occuper de leur jardin et piller les plantes que les employés municipaux mettaient, quand y en mettaient, plutôt que s'occuper des fleurs de la ville.

Il avait vu plus d'une fois sa tante déterrer des bulbes de fleurs pour les ramener dans son jardin. Elle n'était pas la seule d'ailleurs. Ses voisins faisaient de même.

– Il y en avait il y a encore deux mois. Partout. Mais tout est mort du jour au lendemain. À chaque pleine lune, Poudlard se détériore un peu plus. J'ai eu des témoignages affirmant que leur maison se délitait. Comme le palais.

En somme, Harry allait débarquer dans une poubelle. C'était du moins ce qu'il pensait avant que le palais n'apparaisse soudain devant eux. Malgré lui, le jeune homme siffla.

– Eh beh putain, put-il simplement dire.

– Pourriez-vous, pour mes oreilles, avoir la décence de cesser de dire ce mot ? S'il vous plaît.

– Bah quoi ? s'étonna Harry.

Il ne voyait pas le mal à exprimer sa surprise.

– Vous parlez de façon vulgaire. Vous m'avez prouvé que vous aviez plus de dix mots de vocabulaire et que vous étiez intelligent alors...

– Vous voulez que j'parle comment ? râla Harry alors que le chauffeur leur ouvrait la portière. Que je parle comme les gens qui ont un balai dans le fion ?

Il ne prêta pas attention au regard outré du chauffeur.

– Que j'cause comme vous en fait ?

– Comme... moi, répéta Rogue. Aurais-je un balai dans le fion comme vous le dites si bien et de façon si poétique ?

– Bah... vous vous débrouillez pas mal dans votre genre quand vous parlez. Faut voir c'que vous avez dit à l'autre con... troufion de McNair.

– Beau rattrapage, sauf que j'aurais préféré un autre terme encore moins imagé que troufion.

– Bouffon ?

– Mieux.

– Ouais mais ça sonne moins bien que connard ou fils de pute ou...

– J'ai compris, répliqua Rogue en s'éloignant de lui.

Harry ricana, fier de lui. Il avait développé sa panoplie d'injures en fréquentant des filles de joie, et elles en avaient un langage fleuri. Le jeune homme se hâta de rattraper le prince encadré par ses deux gardes du corps.

– C'est sympa ici, fit-il pour faire la conversation. Vachement grand mais sympa. Ils avaient de la thune vos ancêtres et des couilles pour bâtir ça.

Une fois à l'intérieur, Harry siffla de nouveau. Le bruit résonna dans le grand hall.

– Putain, c'est grand ! Ça doit être chiant à entretenir.

– Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ?

– Hein ?

Un domestique pressé apparut sur les entre-faits et récupéra les manteaux et sac des nouveaux arrivants avant de disparaître.

– Hé, mon sac, sale... commença Harry avant d'être interrompu par Rogue.

– Il va le mettre dans votre chambre. Vous n'avez aucune crainte à ce sujet. Vincent, Grégory, je n'aurai plus besoin de vous.

Les deux gardes du corps s'inclinèrent et disparurent au détour d'un couloir.

– Ils vont où ?

– Vaquer à leurs occupations.

– Et ça fait quoi un garde du corps quand c'est pas au service de l'Altesse ?

– Vous irez leur demander vous-même.

Cette idée fut vivement repoussée. Harry n'avait nullement l'intention d'aller voir les deux hommes pour leur demander ce qu'ils faisaient de leur journée. Avec le prince, il se savait en relative sécurité, seul avec eux, c'était comme donner un steak saignant à un chien, il ne serait plus de ce monde. D'autant qu'aucun ne paraissait très sympathique.

– Ou pas, assura Potter.

– Alors venez avec moi. Je vais vous montrer votre chambre et vous présenter à vos domestiques.

Ils gravirent un escalier en pierre blanche et arrivèrent à un étage recouvert d'un tapis bleu sur du parquet authentique. Harry avait toujours rêvé de vivre dans une maison avec un parquet. C'était le summum du chic selon lui. Le long couloir éclairé par des fenêtres donnant sur les jardins aux allures de désert de terre, était une galerie de portraits. Sans doute tous les propriétaires de Poudlard.

– Nous sommes dans l'aile réservée aux invités. Au mur, ce sont les portraits des illustres habitants de certaines chambres. Ils y ont séjourné de longs mois, étant presque considérés comme étant de la famille. Vos appartements sont ici.

Il s'arrêta devant une porte située entre le portrait d'une dame à l'allure revêche et un homme d'une prestance digne d'un roi. Eugénia et Stephan. Pas de nom ni de dates.

Lorsque Rogue poussa la porte, Harry eut un hoquet de stupeur.

Ce n'était pas une simple chambre, c'était une véritable suite digne d'un palace. Il avait deux pièces rien que pour lui dont un petit salon, le tout dans les tons blanc et rouge. Lui qui adorait cette couleur, il était ravi de ce qu'il avait sous les yeux. Le lit double semblait des plus confortables et il mourait d'envie de sauter dessus comme un gosse.

Deux domestiques se tenaient dans un coin et s'inclinèrent en les voyant arriver.

– Votre Altesse, firent-elles d'une même voix.

– Mesdemoiselles, voici notre invité, Mr Potter. Mr Potter, voilà Francesca et Vicky.

Chacune s'inclina à la mention de son prénom. Harry se dit qu'il allait mettre un peu de temps pour ne pas se tromper. Il n'avait pas cette mémoire-là et avait souvent tendance à oublier. Cela dit, les deux filles ne se ressemblaient pas. Elles étaient aussi blanche l'une que l'autre mais Vicky était brune et Francesca blonde comme les blés. Elles portaient la tenue de bonne, une robe grise, un tablier blanc et la coiffe. Rien à voir avec le déguisement très court qu'il avait dû porter une fois pour assouvir les fantasmes basiques d'un de ses clients.

– Je vous laisse vous installer et dès demain... je pense qu'il sera nécessaire de faire refaire votre garde-robe, asséna Rogue en le scrutant des pieds à la tête.

Harry jeta un coup d'œil à la pièce, pressé de découvrir ce qu'il y avait derrière l'une des portes qu'il voyait fermées de part et d'autre du lit. Il n'attendit pas que le prince soit parti pour foncer ouvrir le panneau le plus proche de la fenêtre.

– Nom de Dieu de putain de sa mère en string, beugla-t-il en avisant la salle de spa immaculée.

Dans son dos, il ne vit pas Severus secouer la tête, dépité.


À suivre