Avertissement : Après la lecture très instructive d'une critique du « Fan Fiction Rant »de Robin Hobb sur .free, dont par ailleurs j'aime beaucoup l'œuvre, je ne pense pas que le créateur de Torchwood soit contre les fanfictions, ils ont même l'air d'encourager le côté collaboratif et interactif du web.
Et je trouve que le monde de la fanfiction recèle de perles qui méritent d'être lues et enrichissent l'univers de l'histoire originelle, comme un grand jeu de rôle à l'échelle du monde. Ce n'est pas pour autant qu'elle vient déposséder l'auteur de son droit de paternité, d'ailleurs Russel T. Davis a tué des personnages qui ne ressusciteront jamais malgré tous les efforts des fans. La fandom est juste une réalité parallèle et je ne pense pas que quelqu'un aurait une moins bonne opinion de l'histoire originale à cause d'une fanfiction. En tant qu'auteur, ils doivent accepter qu'une histoire c'est une interaction entre deux imaginaires. Est-ce notre faute si nous avons à dispo des outils qui nous permettent de rendre ce processus plus explicite? Pour finir, je pense que si l'un ou l'une de nous voulait devenir écrivain, il/elle s'inventerait son propre univers pour cela. La fanfic c'est juste pour se détendre...
Mais assez parlé, la suite :
L'équipe était de retour dans la salle de réunion. Toshiko était debout, près du grand écran, en train de présenter ses nouveaux résultats.
- ... j'ai donc réussi à traduire les glyphes, ou du moins à obtenir une approximation de traduction. Leur langage est très imagé et il est difficile de savoir quels mots doivent être traduits de façon littérale et quels mots peuvent avoir un autre sens dans la culture de référence. Le nom de cet objet est Noweba, ce qui signifie sommeil. Il semblerait que ce soit un appareil médical d'une race extra-terrestre. Il permet de mettre un corps en état de stase. Par exemple une personne malade ou blessée. Ils la mettaient en stase jusqu'à pouvoir la guérir ou la soigner.
- Comme nous et la cryogénie. Nous conservons les corps de tous les agents de Torchwood pour le jour où nous pourrons les réveiller dans le futur, dit Jack.
- Nous pas tout à fait. Leur procédure est moins exceptionnelle. Imaginons que quelqu'un se fracture la jambe dans un coin très isolé, le premier docteur est à des kilomètres. Au lieu de faire endurer la route au blessé et de risquer de le perdre en chemin, ils le placent en stase et l'acheminent plus facilement au centre de soin le plus proche.
- C'est quelque chose qu'ils utilisaient souvent donc? Demanda Suzie, tout à coup intéressée.
- Oui c'est une procédure aussi courante que l'anesthésie générale sur Terre, répondit Toshiko sans se rendre compte que Suzie l'écoutait à peine quelques minutes auparavant.
Ce n'est pas que la jeune scientifique était inintéressante, mais elle avait cette façon de présenter les choses en partant de l'origine et en déroulant tout son processus de pensée avant de donner les résultats de ses recherches en conclusion. Une habitude particulièrement agaçante en temps de crise. Il fallait donc soit prendre son mal en patience et n'écouter que la fin de ses monologues ou, comme le faisait Owen, lui faire accélérer le pas par quelques piques et bâillements bien placés. En pensant à Owen, Suzie lui jeta un regarde en coin. Le docteur était affalé sur sa chaise. Il fixait la table et faisait distraitement tourner un stylo autour de son pouce. Elle posa sa seconde question :
- Si je comprends bien, ils devaient avoir un moyen de retirer la boule qui n'implique pas d'ouvrir le crâne du patient?
Owen releva la tête, vaguement interpellé. Toshiko le regarda avant de répondre, comme si elle avait peur de heurter sa sensibilité.
- Oui bien sur, apparemment il y a un second appareil qui commande la Noweba. A l'origine elle est plus petite, quasi de taille microscopique. Je ne sais pas quelle est la morphologie de ces extra-terrestres mais pour un être humain il faudrait injecter la bille dans la moelle épinière, la faire remonter jusqu'au cerveau d'une façon ou d'une autre avec ce second appareil qui pourrait ressembler à une sorte de seringue et de télécommande. Après quoi la personne est momifiée. Enfin pas vraiment, pas au sens où nous l'entendons nous car ici une momification implique d'enlever les organes internes et d'embaumer...
- Au but Tosh, commanda le Capitaine avec un sourire. Suzie le remercia intérieurement.
- Oui pardon, donc une fois la momification complète, pour inverser le processus il faut reprogrammer le tout dans l'autre sens et récupérer la bille.
- Donc ça marcherait?
- Peut-être Jack, je ne sais pas.
- Mais, insista Suzie, lorsqu'Owen a retiré le Noweba du cerveau de l'ambulancier il s'est mis à revivre.
- Oui bien sûr, accepta Toshiko, mais il faudrait le tester convenablement, sur un animal proche de l'être humain...
- Mais en théorie, finit Owen d'une voix sombre, si nous avions l'autre partie de cette camelote, je n'aurais pas tué ce mec.
- Tu ne pouvais pas savoir, répondit Tosh avec compassion.
- Et même si tu l'avais su Owen, continua Jack, as-tu déjà recousu un corps coupé en deux? Je ne crois pas. Même avec une salle bourrée de chirurgiens, l'opération aurait été impossible. Tu as vu à quelle vitesse il s'est vidé de son sang? J'ai connu un gars, un jour il a sauté sur une bombe, son corps a été déchiré en deux. Le temps de cligner des yeux, il était mort.
Suzie savait mieux que d'essayer de consoler Owen. Les seules fois où elle avait essayé, elle s'était reçu des insultes comme seul salaire. Elle se leva pour prendre la parole.
- J'ai suivi la piste que Ianto m'a donnée sur cet ancien dossier de Torchwood Londres, commença-t-elle.
- Où est-il celui-là d'ailleurs? Demanda Owen.
- La dernière fois que je l'ai vu, il avait fini de nettoyer la salle d'autopsie et se dirigeait vers les douches, répondit Tosh.
Jack eu un petit sourire à cette réponse.
- Peut-être a-t-il besoin de quelqu'un pour lui frotter le dos?
- Non ! Trois fois non Harkness! Clama Owen en faisant mine de se boucher les oreilles. Je ne veux pas entendre ce genre de chose.
Suzie sentit que la situation pouvait dégénérer rapidement.
- Comme je disais, reprit-elle d'une voix forte, j'ai remonté la piste d'Ohanko Ramsey, 31 ans, officiellement technicien spécialisé à L-3 Communications à Halifax.
Elle afficha sur l'écran le visage d'un jeune métisse aux cheveux châtain, pommettes plates, yeux bridés et mâchoires carrés.
- Ses aïeuls étaient peut-être des indiens Micamacs, qui sait. Dans tous les cas il a quitté les Etats-Unis il y a 7 ans après une légère condamnation pour trafic de contrefaçons et migré en Ecosse. Son patronyme montre que certains de ses ancêtres étaient écossais. Londres s'est en effet intéressé à son cas, mais au lieu de l'appréhender et de résoudre la situation, il semblerait qu'ils en aient fait l'un de leurs indics. Il a fait profil bas pendant quelques mois mais à la chute de la Tour, il a vite additionné deux et deux et comprit où était sa chance. Apparemment son petit commerce n'a jamais été plus florissant. Il devait déjà avoir un réseau car il n'y a aucune mention de ses affaires sur le web ou ailleurs, mais son compte en banque est alimenté chaque mois bien plus que ce que son job devrait lui rapporter. Il cache cela sous la mention "vente en ligne" type Ebay ou autre, qui ne sont réglementées qu'à partir du moment où elles représentent une part trop significative du revenu moyen d'une personne.
Suzie aimait être précise dans ses recherches. Son esprit scientifique lui interdisait les approximations et lorsqu'elle se trouvait face à une question ou un challenge, elle allait jusqu'au bout.
- Tu as réussi à le localiser?
- D'après ce que j'ai trouvé, il vit toujours en Ecosse, répondit-elle.
- Un lien avec l'ambulancier? Demanda encore Jack.
- Pour l'instant la seule chose que j'ai c'est que feu Llyod a fait une partie de ses études grâce à un programme gratuit de la ville d'Halifax, destiné à pallier à la pénurie d'ambulancier..
- .. la ville où travaille Ramsey. Conclut Jack. Bon travail Suzie, il y a surement un lien.
A cet instant la porte de la salle s'ouvrit et Ianto Jones apparut, aussi impeccable que la première fois que Suzie l'avait vu. A part peut-être une petite tâche brune suspecte sur le bord de sa manche. Il sentait le shampoing et le gel douche et ne ressemblait en aucun cas à un homme qui vient de nettoyer des tâches de sang habillé en costume trois pièces.
- Capitaine? Le détective Ceri Hopkins en communication. Apparemment ils auraient trouvé un nouveau corps momifié.
Jack saisit le combiné et une rapide conversation pris place. Puis il rendit le téléphone à Ianto.
- Une victime à Canton, femme, apparemment âgée, mais les toubibs ont du mal à déterminer quoique ce soit vu l'état du corps. Je leur ai dit de ne toucher à rien. Si ce qu'on vient de dire est vrai, cette personne est encore en vie.
Il jeta un regard circulaire à son équipe.
- Bien, Owen, Toshiko, avec moi. Suzie, tu reste à la base pour surveiller la Faille.
- Mais Jack ...
Suzie détestait rester au Hub quand tout le monde sortait avec une mission. Toshiko par exemple appréciait de pouvoir travailler tranquillement dans un univers connu, même si elle se shootait à l'adrénaline comme tous les membres de Torchwood.
Objectivement, ils n'avaient pas réellement besoin que quelqu'un soit là en permanence, il y avait assez de technologie autour d'eux pour surveiller la faille depuis le fin fond de la campagne Galloise si nécessaire, mais Jack avait cette habitude étrange de vouloir que quelqu'un "monte la garde".
- Pas de discussion, commença Jack,
- Si je puis me permettre, interrompit Ianto, je reste à la base, je peux surveiller la Faille.
Encore une fois Suzie l'avait oublié ! Le capitaine dévisagea le jeune Gallois. Toshiko et Owen les avaient déjà quittés pour récupérer leurs équipements. Jones resta impassible devant l'œil scrutateur du leader de Torchwood. Cependant, lorsqu'au bout d'une minute Jack n'eut pas répondu, il leva son sourcil droit d'un air respectueusement interrogateur.
Jack prit une longue inspiration, ses yeux se plissèrent et Suzie sentit tout le poids de ce terrible regard peser sur leur nouvelle recrue.
- S'il arrive la moindre chose, tu nous contactes immédiatement.
- Oui Monsieur.
- Si un équipement fait des siennes, tu ne touches à rien!
- Noté.
- Tu ne t'approches en aucun cas des archives.
- Vous avez des archives physiques à Cardiff? Demanda le jeune homme avec intérêt.
- Je n'ai pas fini, continua Jack.
Il s'approcha de Ianto, empiétant encore une fois sur son espace personnel. Jack aimait impressionner ses interlocuteurs par sa présence.
- Si jamais tu essayes de profiter de la situation pour accomplir je ne sais quel dessein de revanche contre Torchwood, je t'exécuterai moi-même, murmura-t-il si bas que Suzie faillit ne pas l'entendre.
Elle vit Ianto se tendre puis se relâcher, comme un exercice souvent répété. Peut-être était-ce le cas. Les survivants d'une catastrophe ont parfois besoin de techniques de relaxation pour faire face à des situations de stress. Il ne céda pas de terrain à Jack et lorsqu'il répondit, se fut avec une voix plus dure que d'habitude.
- Cela peut paraître étrange à un homme comme vous Monsieur, mais la revanche n'est absolument pas une de mes préoccupations actuelles.
Jack hocha la tête. Puis il se détourna du Gallois et fit signe à son agent en se dirigeant vers la porte.
- En avant soldat, l'appela-t-il. Nous avons un mystère à résoudre.
La jeune femme jeta un dernier regard à Ianto qui se tenait encore plus droit que d'habitude, si cela était humainement possible, avant de suivre son Capitaine.
La brigade du détective Hopkins fit appel à eux cinq fois dans la journée. Les corps commençaient à s'empiler dans la salle d'autopsie. Jack finit par répondre seul aux appels de la police. Owen insista pour examiner chacune des personnes amenées et essayer de les identifier. Lorsque Tosh, qui était retournée à ses traductions, leur expliqua qu'un garde-fou empêchait quiconque de momifier une personne en bonne santé, Owen se donna pour mission de découvrir toutes traces de blessures ou tous symptômes de maladie. Suzie quand a elle, soumettait le Noweba à une batterie de tests.
A 18h30, la jeune femme leva les yeux de sa paillasse. Il fallait qu'elle parle à Jack. Elle enleva ses lunettes et les déposa sur son bureau, saisit le dossier qu'elle avait imprimé quelques minutes auparavant et prit la direction du bureau. Quand elle y entra, Toshiko était déjà là, en grande discussion avec leur charismatique leader.
- ...ça n'a tout simplement aucun sens, disait-elle, les sourcils froncés. Les personnes touchées n'ont aucun lien entre elles. J'ai demandé à Jones de faire une recherche détaillée sur leur passé, il n'y a pas de recoupement, ou rien qui n'ait un sens. Ils sont de sexes différents, d'âges différents, habitent dans tous les quartiers de Cardiff, n'ont aucune activité en commun. C'est comme s'ils étaient atteints de façon aléatoire!
- Voyons Tosh, je te connais trop bien, si tu cherches je suis sûr.. Commença Jack avec un sourire bienveillant.
Mais Tosh ne l'écoutait pas. Elle murmurait à elle -même "aléatoire, aléatoire, tous les quartiers de Cardiff.."
Elle sourit.
- J'ai une idée!
Elle fit signe à Jack de ne pas bouger et sortit en trombe du bureau, manquant de très près le chambranle de la porte. Le Capitaine la suivit du regard, un air d'affection agacé peint sur le visage.
- Jack, l'interpella Suzie.
- Suzie ma chère, je sens que toi aussi tu as de bonnes nouvelles, dit-il en lui adressant son sourire enjôleur.
Les premiers mois après son arrivée à Torchwood, Suzie avait trouvé ce sourire très attirant. Jack flirtait sans arrêt et elle avait pensée que peut-être... mais elle n'avait rien fait et lui non plus. La nouveauté perdit petit à petit de son éclat. Jack flirta de moins en moins jusqu'à ce qu'il ne reste entre eux qu'une forte camaraderie, de celle qu'on trouve entre des soldats qui combattent sur le même champ de bataille. Rien de personnel. Rien qui ne concerne l'extérieur de Torchwood.
- Une bonne nouvelle, peut-être pas, mais certainement un élément nouveau, reprit-elle. Après une série de tests, j'ai découvert que le Noweba récupéré dans le corps de Llyod émet une sorte de champ d'énergie. Rien de connu sur Terre, mais certains équipements extra-terrestres détectent un champ autour de l'objet. Ce qui est normal : la boule doit agir sur le corps de l'hôte d'une façon ou d'une autre. Là où ça devient étrange, c'est que je suis sûre qu'au fur et à mesure de la journée, ce champ s'est renforcé.
Jack l'écoutait avec attention, les deux coudes plantés sur son bureau. Elle lui tendit son dossier et désigna plus précisément une courbe tracée en rouge.
- En fait je pense qu'il y a un lien entre le nombre croissant de corps momifiés et la force de cette énergie. Si je devais extrapoler, je dirai que plus le nombre de personnes en stase est grand, plus le potentiel des Noweba augmente.
Jack prit un air pensif.
- Mais augmente dans quel but? Demanda-t-il.
Suzie sourit :
- Je ne sais pas encore, mais je vais le découvrir!
A cet instant, Tosh revint, une carte dans les mains. Elle la déposa sur le bureau, obligeant ainsi Suzie à se lever et Jack à éloigner ses coudes.
- Regardez, dit-elle.
Suzie observa la carte. Des post-it multicolores avaient été placés, apparemment de façon aléatoire. Des plages horaires étaient inscrites sur chacun d'eux.
- Le Stade du Millénium, Canton, Gabalfa, City Road à Plasnewyyd, Adamsdown, Splot. Récita-t-elle en traçant un parcours avec son index.
- Il utilise les bus, remarqua Jack.
Tosh hocha la tête.
- Notre suspect attaque des gens de façon aléatoire, mais il utilise le réseau de bus de Cardiff pour se déplacer! Cela veut dire que je dois pouvoir croiser les images du circuit vidéo de la ville. Ca risque de prendre du temps, mais si nous pouvons trouver sa trace, il suffira de le suivre de bus en bus.
- Parfait, déclara Jack, bon travail. Tosh lance ta recherche et rentre chez toi, Suzie va te coucher et dit à Owen de faire de même. Demain va être une grosse journée.
La japonaise n'attendit même pas la fin de la phrase pour retourner à son bureau. Suzie rassembla ses papiers.
- Au fait, demanda encore le Capitaine, une idée d'où est Ianto? Ce garçon a une capacité à disparaître particulièrement étonnante.
Suzie haussa les épaules.
- Tosh lui a montré où se trouvent les archives physiques. Je crois qu'il y est encore. C'est plus ou moins son métier non?
Jack acquiesça et Suzie sortit. Arrivée à la porte elle se retourna. Parfois leur leader était terriblement prévisible. Il avait allumé l'un de ses écrans de surveillance et parcourait les flux vidéo des archives à la recherche du Gallois.
Le lendemain en arrivant au Hub par les quais, elle fut surprise de trouver Ianto en train de nettoyer le bureau poussiéreux qui était sensé leur servir de couverture. Pour l'occasion il avait tombé la veste et remonté ses manches presque jusqu'aux coudes.
- Bonjour Miss, lança-t-il avec un grand sourire.
Suzie pensa qu'il devait être en train de répéter son futur rôle, pour lorsqu'un badaud passerait la porte.
- Jones, répondit-elle en guise de bonjour, couche-tard et lève-tôt à ce que je vois. A moins que tu n'ai passé la nuit à la base?
Le sourire du jeune homme diminua un peu.
- Vous m'avez démasqué : je couche avec le chef pour être recruté. Répondit-il sans sourciller.
Un pince sans rire celui-là...
- Ne dis pas ça si Jack est dans les parages ou il va le prendre comme une invitation.
- Quelle invitation? Demanda le Capitaine en entrant à son tour, vêtu de sa traditionnelle veste militaire. Ah, Ianto! Je vois que tu as pris l'Office de Tourisme en main. Personne n'a mit à jour les dépliants informatifs depuis au moins 5 ans.
- Une invitation à vous préparer un café, Monsieur, répondit l'intéressé.
Suzie remarqua qu'en présence de leur chef, l'attitude du jeune homme changea subtilement. Il se tenait plus droit, plus impassible et plus … révérencieux.
- Très bonne idée, répondit Jack en dépassant le bureau. Noir, fort et sans sucre pour moi.
Il ouvrit la porte secrète à l'aide de son bracelet et continua sa route. Suzie le suivit et entendit le Gallois faire de même. Jack était déjà hors de portée de voix.
- Tu sais, dit Suzie sans se retourner, tu n'as pas réellement besoin de l'impressionner. Fais bien ton job et ça suffira. Il flirte outrageusement, mais si on ne l'encourage pas les choses en reste là.
Le jeune homme ne répondit pas. Elle se demanda s'il l'avait entendu mais n'insista pas. Elle avait dit ce qu'elle avait à dire, si Jones décidait d'être stupide, c'était son problème.
...
Quand Toshiko arriva, ils sirotaient chacun leur café à leur place habituelle. La scientifique japonaise lança un bonjour distrait et prit résolument la direction de son bureau. Ianto la suivit avec une tasse de café qu'il déposa à portée de sa main, agrémenté d'un petit biscuit et d'un nuage de lait. L'odeur chaude et réconfortante de la boisson chatouillait les narines de Suzie et elle se dit qu'elle pourrait facilement s'habituer à une présence silencieuse qui prendrait soin d'eux de cette façon.
- Je l'ai ! Déclara Tosh victorieusement.
Jack et Suzie la rejoignirent à son poste. La japonaise naviguait à travers une quantité impressionnante d'images en noir de mauvaise qualité.
- Hier à 22h26 il a prit le train depuis Cardiff Central vers ... Treforest Estate.
- Il y a une zone industrielle juste à côté de la gare de Treforest. Fit remarquer Ianto.
- Est-ce qu'on peut le suivre après qu'il soit sorti de la gare? Demanda Jack.
- Deux secondes, répondit Tosh.
Ils suivirent ensemble la progression de leur suspect. Il était difficile de l'identifier avec certitude, mais la japonaise sautait d'une caméra à l'autre avec aisance sans jamais le perdre. L'homme sortit de la gare et pris une direction sans hésitation malgré la manque d'éclairage des alentours. Ils virent le paysage bucolique de Treforest laisser la place à des bâtiments de tôle. Enfin l'homme pénétra dans un des bâtiments.
- Tosh, une adresse?
La jeune femme pianota sur son clavier.
- Je l'envoi au GPS du SUV immédiatement, répondit-elle.
- Ok, vous venez avec moi, Ianto tu surveilles la base, Suzie où est Owen?
- Il n'est pas encore arrivé, il voulait continuer à examiner les corps.
- Tant pis on se passera de lui. En avant tout le monde, je veux ce gars en cellule avant la fin de la matinée!
Suzie saisit ses équipements et suivit Jack vers les parkings du Millénuim, Tosh sur ses talons. Elle s'assit à l'avant à côté du Capitaine qui avait pris les commandes. Il laissait rarement quelqu'un d'autre conduire. A l'arrière la japonaise était concentrée sur sa tablette, Suzie savait qu'elle devait faire défiler la bande vidéo la plus proche de leur cible pour vérifier si leur homme était encore à l'intérieur de son hangar. Le SUV démarra en trombe.
- Combien de temps d'ici à Tresforet? Cria Jack pour couvrir le crissement des pneus sur le sol du parking.
- Avec le trafic, il nous faudra une trentaine de minutes, répondit Suzie en forçant également sa voix.
- Dans les zones industrielles, les travailleurs sont matinaux, fit remarquer Toshiko en s'agrippant au siège de devant d'une main et en pianotant sur sa tablette de l'autre. Les ateliers et les bureaux risquent d'être pleins.
- Si on ne veut pas que cette mission se transforme en grand Retcon Party, il va falloir être discrets, appuya Suzie en se cramponnant à la poignée de porte.
Jack souriait d'un air maniaque. Slalomer entre les conducteurs Gallois à l'heure de pointe était l'une de ses définitions du sport.
- Je révise mon estimation, lança Suzie, à cette allure nous y serons dans quinze minutes.
Elle eut un moment de faiblesse et ferma les yeux quand Jack décida de dépasser une camionnette alors qu'un camion arrivait à leur rencontre à vive allure. Des bruits furieux de klaxon lui confirmèrent qu'elle était encore en vie.
Peu à peu le trafic diminua et ils furent à quelques kilomètres de Treforest. Jack ralentit son allure jusqu'à s'arrêter sur le parking de la gare.
- Notre cible est encore à quelques centaines de mètre, fit remarquer Suzie.
- Vous m'avez demandé d'être discret. Quoi de plus discret qu'une voiture garée sur un parking?
Les deux femmes durent reconnaître qu'il avait raison. Ils embarquèrent un équipement minimal et suivirent Tosh.
Le corps de Suzie était en effervescence. C'est ce qu'elle aimait dans les missions. Cet éveil du corps et de l'esprit. Pendant quelques heures, elle vivait plus intensément, repoussait ses limites. Elle avait l'impression que rien ne pouvait l'arrêter.
- Nous y sommes, leur dit Toshiko à voix basse.
Ils prirent position silencieusement. Petit répit : les employés des firmes alentours étaient manifestement dans leur bureau à cette heure de la matinée. Jack sortit son Webley et le pointa vers le ciel. Ses deux agents suivirent son exemple. Il leur indiqua silencieusement de faire le tour du hangar et d'essayer de voir ce qu'il s'y passait. Suzie prit la gauche, Toshiko la droite. Jack resta posté devant la porte principale. Tout était calme. Une légère brise soufflait dans les buissons environnant.
Au bout de quelques mètres, Suzie découvrit une seconde issue. Elle activa son émetteur d'un léger tapotement.
- Il y a une deuxième porte de mon côté. Je rentre?
- Négatif, répondit Jack. Je veux savoir ce à quoi on a affaire.
Suzie obtempéra et reprit sa route. Quelques secondes plus tard c'est la voix de Tosh qui s'éleva dans son oreillette.
- Il y a une fenêtre en hauteur, murmura-t-elle.
Elle entendit la respiration de sa collègue changer.
- J'y suis. Il y a des ... corps allongés au centre.
- Combien? Demanda Jack.
- J'en compte cinq.
- Et notre cible?
- Je ne sais pas. Tout est immobile. Les seules personnes que je vois sont couchées.
- Suzie, où se situe la porte arrière?
- Six mètres depuis mon point de départ.
- On se rejoint là-bas.
Suzie retraça sa route dans le sens inverse jusqu'à l'entrée secondaire. Elle l'examina : verrouillée mécaniquement. Pas de cadenas secondaire. Un coup brutal sur le point de verrou suffirait. Elle sentit Jack s'approcher à sa droite et lui signala silencieusement ses informations, puis se positionna à droite de la porte. Toshiko à gauche. Toutes deux l'arme pointée vers le ciel, prête à toutes les éventualités.
Jack pris un peu de recul puis enfonça la porte d'un coup de pied bien placé. Un grand fracas traversa le silence du quartier. Les trois agents entrèrent dans le hangar comme un seul homme. Suzie s'assura en quelques coups d'œil que son espace était vide.
- C'est bon! Cria-t-elle.
Les voix de ses collègues lui firent écho.
- Toshiko, ordonna Jack, va voir les corps.
Suzie resta concentrée, son regard parcourait la grande et unique salle du hangar. Elle vit la Japonaise passer devant elle en direction des cinq corps allongés au centre. Son regard fut soudain attiré par une ombre, dans le coin le plus lointain de l'entrepôt, encombré de caisses.
- Là! Cria-t-elle en tendant le bras dans sa direction.
L'ombre bougea vers la porte principale. Elle entendit Jack crier "Stop!". Un mécanisme s'enclencha et la porte se mit à coulisser vers le haut. Elle visa la silhouette qui s'était jetée dans l'ouverture mais manqua. Elle courut et se précipita également à terre pour passer sous la porte, suivie de près par Jack. Elle se releva, souple comme un chat et chercha la silhouette des yeux. Elle vit du mouvement plus loin sur la route et se mis à courir dans cette direction.
- Stop, cria-t-elle. Torchwood ! Arrêtez-vous ou je tire.
L'homme l'ignora et elle ralentit quelques secondes pour viser ses jambes et tirer. Sa cible trébucha, se releva puis repartit en courant en direction des buissons qui bordaient la route menant à la gare.
- Le parking! Cria Jack.
Suzie lui fit signe de prendre la route et s'engagea à la suite de sa proie dans un passage peuplé de ronces. Elle courrait en évitant les branches et les épines, focalisée sur la silhouette noir au devant d'elle. Il fallait l'empêcher de s'enfuir en volant une voiture. Soudain l'homme se retourna et lança quelque chose dans sa direction. Suzie se plaqua contre un tronc à sa droite et l'objet explosa à un mètre d'elle, heureusement sans grande puissance. Quand elle voulut se remettre à courir, l'homme avait disparu.
- Suzie ! Retentit la voix de Jack dans son oreillette.
- Je n'ai rien. Il m'a manqué. J'ai perdu sa trace.
- Je suis au parking, continua le Capitaine. Tosh?
- Jack? Demanda la Japonaise.
- Nous avons perdu la cible, sois sur tes gardes. Suzie, retourne au hangar.
Les quelques secondes de répit avaient permis à la jeune femme de reprendre son souffle. Elle repartit en courant vers l'entrepôt.
A quelques dizaines de mètres de là, elle entendit des coups de feu retentir.
- Tosh? Cria le Capitaine dans son oreillette.
Suzie redoubla d'ardeur et atteignit la porte désormais grand ouverte du hangar. Alors qu'elle passait le seuil, elle fut soudain jetée en arrière et entendit l'éclat d'une explosion. Un souffle chaud la lécha et la plaqua contre le sol. Elle entendit la voix de Jack l'appeler par la radio. Sans y prêter attention, elle roula sur elle-même et se releva en titubant pour apercevoir leur homme se matérialiser à quelques mètres de là, indemne. Sans hésiter ni trembler elle tira, visant la rotule. Sa balle faucha le mollet et l'homme s'effondra. En deux pas, Suzie fut sur lui, son revolver collé contre sa tempe.
- Tu bouges et j t'éclate la cervelle. Menaça-t-elle.
Cheveux châtains, pommettes plates, yeux un peu bridés. C'était bien Ramsey.
Jack arriva derrière elle en courant.
- Jack, cria-t-elle, je le maîtrise, Tosh est à l'intérieur.
Sans quitter l'homme des yeux, elle devina que le Capitaine s"élançait vers le hangar. Elle l'entendit appeler la Japonaise, sans réponse. Puis la voix de Jack s'éleva frénétiquement.
- Owen! Owen, Tosh est blessée!
Suzie fixait Ramsey. Elle vit qu'il transpirait. Ses yeux regardaient en direction du hangar.
- C'est ça, murmura Suzie, ou du moins elle pensa qu'elle murmurait, ses oreilles encore sonnante du bruit de l'explosion. Prie pour qu'il ne lui soit rien arrivé.
- Qui êtes-vous? Demanda-t-il. Sa prononciation trahissait nettement ses origines américaines.
- Torchwood. Répondit-elle avec toute la froideur possible.
L'homme eut un sourire déplaisant.
- Impossible, répondit-il, Torchwood est tombé.
- Pas nous. Maintenant ferme-la!
L'arme de la jeune femme n'avait pas relâché sa pression d'un millimètre. Derrière eux, la conversation entre Jack et Owen continuait et elle essayait de l'ignorer.
Elle entendit malgré tout des bribes "pas d'équipement", "le SUV à cinq minutes en courant", "elle se vide de son sang".
Le cœur de Suzie battait à tout rompre. Jack allait trouver une solution. Toshiko ne pouvait pas mourir. Rien que cette idée lui donnait des frissons. Elle détestait la mort. Quelque chose dut se traduire sur son visage car Ramsey se mit à ricaner. A bout de patience, Suzie lui assena un coup avec son revolver. La tête de l'homme partit vers la gauche et rebondit sur le ciment. Elle l'abandonna là et se tourna vers Jack. Il y avait du sang partout. A terre, sur ses mains, sur sa veste. Il compressait désespérément un morceau de tissu manifestement déchiré de sa chemise contre l'abdomen de Toshiko d'une main et tenait son téléphone de l'autre. Suzie les rejoignit et s'agenouilla à côté d'elle en face du Capitaine et prit le relais pour tenir la compresse des deux mains. Sous la pression renouvelée la Japonaise gémit.
- Owen j'ai besoin d'une solution maintenant !
Suzie n'entendit pas la réponse du docteur.
- Toshiko n'a pas 7 minutes, cria le Capitaine.
- Je ne peux pas aller plus vite, je suis déjà en train de griller toutes les règles du code de la route, hurla Owen de l'autre côté.
Suzie vit Jack chercher autour de lui une solution. Son regard s'arrêta en direction du hangar. Les yeux de Suzie suivirent les siens et elle vit des sortes de seringues, proprement alignées. En deux secondes elle comprit et son âme de scientifique ne put s'empêcher de tressaillir de curiosité. C'était manifestement de la technologie alien, d'un design qui rappelait celui du Noweba.
Le capitaine raccrocha son téléphone et le laissa à terre, puis se leva et enjamba Tosh. L'appareil se mit presque immédiatement à vibrer et clignoter mais Suzie l'ignora. A travers ses doigts le sang de Toshiko continuait à couler. Jack revint, armé d'une seringue. Leurs regards se croisèrent. Ceux de Jack étaient dur et décidé. La jeune femme hocha la tête et lâchant sa compresse, fit délicatement tourner Tosh sur le côté. Celle-ci gémit doucement, vidée de ses forces. D'un geste précis, Jack planta la seringue dans le dos de la jeune japonaise, à la base de la colonne vertébrale et l'actionna. Suzie dut mobiliser toutes ses forces quand Toshiko hurla et se cambra contre la douleur.
Jack, impassible, observait et manipulait la seringue avec attention. Soudain le cri de Tosh s'arrêta et Suzie sentit sous ses doigts la peau de la jeune femme changer de consistance. Avec horreur elle vit son visage s'assécher, ses membres se durcir, ses lèvres se tendre et noircir. Au bout d'une minute, Suzie tenait dans ses bras le corps momifié de leur collègue.
Elle releva la tête, évita de regarder le visage figé de Jack et s'aperçut qu'ils n'étaient plus seuls : une douzaine d'ouvriers et d'employés convergeaient vers eux.
- Super, souffla Suzie.
A cet instant, le téléphone de Jack sonna à nouveau. Le capitaine décrocha.
- Owen, changement de plan, déclara-t-il. J'ai injecté un Noweba à Tosh ...
Suzie entendit le docteur hurler de l'autre côté du combiné.
- C'était ça ou la laisser mourir, répliqua Jack. Maintenant on la ramène au Hub, appelles Ianto et dis-lui de rejoindre Suzie sur le site. Je vais charger quelques corps dans le SUV, mais il faudra de la place pour aux moins trois momies supplémentaires. Et qu'il ramène du Retcon, on a eu un large public.
Note : j'espère que je ne vous ai pas fait attendre trop longtemps. J'écris dès que je peux mais les journées sont courtes. Je crois aussi que je vous embarque dans une histoire plus longue prévue! Pour ceux qui veulent une histoire plus centrée sur Ianto, j'essaye d'amener les choses par petites touches et de rester dans l'esprit de la série. Du coup entre autre je fais pas mal de recherche.
Et n'oubliez pas, les reviews me donnent envie d'écrire ! :)
