Ohlala...
J'ai voulu poster cet été. Promis, juré. Mais bizarrement, le site ne me laissait pas faire.
Désolée, encore et encore.
Enjoy!
Elle avait réussi à atteindre une sorte de grange avant le lever du jour. Elle s'y était introduite comme une voleuse, avait essayé de se réchauffer tant bien que mal et avait fini par s'endormir.
Elle fut réveillée par les rayons de soleil qui filtraient à travers les planches composant les murs. Toujours en silence, elle s'échappa de la grange avant que quelqu'un d'autre ait l'idée d'y jeter un œil. Elle ne voulait pas être découverte. Elle ne voulait pas être trouvée. Elle savait pertinemment que dès que Robb se rendrait compte de sa disparition, il enverrait des hommes à sa recherche, et si elle voulait rejoindre son père sans encombre, elle ferait mieux de se dépêcher et de mettre le plus de distance possible entre elle et Winterfell dans la journée qui arrivait.
Elle se leva donc, faisant craquer ses articulations endolories, récupéra son sac et sortit tel un fantôme.
Le chemin entre la grange et le village était court. En moins d'une heure, elle apercevrait les maisonnettes, si elle marchait tranquillement. Mais les cauchemars de la nuit passée lui revenant en mémoire, elle pressa le pas, le cœur serré.
Durant sa courte période de sommeil, Roxanna avait vu son père se faire mutiler par le régicide, elle l'avait vu mourir sans rien y pouvoir, et s'était réveillée plusieurs fois en sursaut. L'idée de le perdre lui était insupportable, il fallait qu'elle le rejoigne le plus vite possible, car si quelque chose venait à arriver et qu'elle se trouvait loin, elle s'en voudrait toute sa vie.
C'est donc en courant presque qu'elle atteignit le village, au bout d'une demi heure. Elle chercha la taverne, et s'engouffra dedans. La chaleur, la bonne odeur de viande grillée et de vin lui fit gargouiller l'estomac, et elle se rappela avec regret qu'elle n'avait pas le moindre argent. Résignée, elle se dirigea vers le comptoir, et adressa la parole au tavernier.
-Port-Réal, c'est par quelle route ? réclama-t'elle d'une voix ronchon.
Un instant, l'homme la dévisagea. Puis, il éclata d'un rire franc devant la brunette, qu'il devait trouver insignifiante. Elle se renfrogna quand elle l'entendit répondre :
-Si t'y arrive en un seul morceaux, je te donne tout ce que j'ai. Mais je prends pas beaucoup de risque, s'exclama-t'il, des larmes au bords des yeux.
-Alors ou pourrais-je trouver quelqu'un qui me dirait par ou aller ? continua-t'elle, plus grognon que jamais.
-Tu veux vraiment y aller ? Le sud, c'est par là (il pointa une direction du doigt). Si tu arrive à échapper à tous les violeurs, voleurs, meurtriers qui croiseront surement ta route, c'est que les Sept t'ont bénie. Mais honnêtement, j'en doute. Si tu y vas seule, je te donne à peine trois jours. Tu as de la nourriture ?
Roxanna lui jeta un regard penaud.
-Parfait. Je t'en donne donc un et demi. Maintenant, fiche le camp, j'ai pas le temps de m'occuper d'une gamine comme toi.
La jeune femme fit un pas en arrière, vexée, mais ne put s'empêcher d'obéir. Une fois dehors, elle ruminait sa rage. Le tavernier avait raison. Sans nourriture, sans protection, elle ne tiendrait pas bien longtemps. Bien entendu, elle s'était dit qu'elle pourrait se défendre seule, avec le petit couteau qu'elle gardait sur elle. Après avoir vu la taille des hommes qui l'avait regardée avec insistance dans le bâtiment, elle n'en était plus aussi sûre. Quand au reste, elle avait pensé qu'elle pourrait chasser sur la route, avec le peu de choses qu'elle savait. Mais maintenant, elle devait se rendre à l'évidence : elle n'avait pas réfléchit, et si elle ne se débrouillait pas mieux, elle risquait fortement de rester coincée ici jusqu'à ce que Robb la retrouve. Le problème, c'est qu'elle ne faisait confiance à personne, et donc qu'elle ne pouvait pas se trouver un compagnon de voyage qui la protégerait et lui trouverait de quoi manger. Et surtout, elle n'avait pas d'argent. Peut être le problème majeur de son escapade, d'ailleurs.
La petite brune se mit donc à errer sans but dans le village, sentant la panique monter en elle. Si elle ne trouvait pas de solution, elle ne retrouverait jamais Père, et elle devait être près de lui ! Elle savait aussi que si Robb la retrouvait, il serait fou de colère. Mais à vrai dire, elle s'en moquait un peu. S'il voulait faire la guerre au Sud, soit. Grand bien lui fasse. Mais elle n'avait que faire de ces querelles politiques, elle voulait seulement rejoindre la personne qui comptait le plus pour elle, être à ses côtés et l'aider coute que coute.
Elle ne regardait même plus ou elle allait lorsqu'elle heurta une charrette de plein fouet, bien plus haute qu'elle. À moitié assommée, les fesses par terre, un homme lui cria :
- Tu peux pas regarder ou tu vas ? Sale gamine…
Il continua de grommeler, pendant que Roxanna se remettait péniblement debout. Elle se frottait la tête, quelque chose germant dans son esprit. Sans trop comprendre, elle fit le tour de la charrette, une fois, puis deux.
- Vous partez ou ?
- Ca te regarde ? Sale môme, tu vas ficher le camp oui !
Penaude, elle s'éloigna de quelques pas, lorsqu'une porte s'ouvrit et la fit sursauter.
- Aller, je suis prête on peut y aller !
- Pas trop tôt… grogna l'homme.
Une jeune femme rousse, très jolie, venait de balancer ses affaires négligemment dans la charrette, et s'assit dessus, à l'arrière. Elle sortait de ce qui ressemblait à un bordel.
« Surement une putain, se dit Roxanna. S'il ne veut pas me dire ou il va, elle le fera peut être ».
- Où partez vous ? répéta-t'elle, cette fois ci pour la jeune femme.
La rousse sembla étonnée que l'on s'adresse à elle, chercha du regard son interlocuteur, et lorsque ses yeux tombèrent sur Roxanna, elle lui répondit gentiment :
- Dans le Sud. Depuis le départ de Stark, les hommes sont partis aussi, la clientèle se fait rare. Alors je suis le mouvement.
Sentant son cœur battre à tout rompre, la jeune femme se sentit victorieuse jusqu'au moment ou la charrette s'ébranla et se mit à avancer. Elle se précipita à l'avant du cheval qui la tirait, le forçant à s'arrêter.
-Quoi encore ? s'écria hargneusement l'homme qui conduisait.
-Emmenez moi avec vous.
-Parfait. Et tu payes comment ? répondit-il avec un sourire carnassier et de travers.
Roxanna eu une seconde d'hésitation, cherchant quelque chose à lui offrir. Cette seconde suffit au conducteur pour faire s'écarter son cheval et repartir de plus belle.
Paniquée, la petite brune ne savait plus quoi faire. Une idée lui traversa l'esprit, et elle força la charrette à s'arrêter de nouveau.
-Ecoute moi bien toi, si tu continue je te donnerai une bonne correction, tu as compris ?
À peine avait-il finit sa phrase qu'elle s'entendit répondre avec horreur :
-Je suis une femme, monseigneur, je suis sûre que l'on peut trouver un arrangement…
Et elle s'inclina en une révérence extrêmement raide. Son cœur battait à tout rompre, sa tête lui criait de fuir mais elle restait là, immobile, courbée. Elle sentait le regard de l'homme, lubrique, la détailler, chercher ses courbes sous sa robe, et les larmes lui montèrent aux yeux. Elle entendit qu'il descendait de la charrette, qu'il s'approchait d'elle, lentement. Avec répulsion, elle sentit ses mains la forcer à se relever, la toucher. Lorsqu'il les passa allégrement sur ses fesses, les malaxant consciencieusement, elle ne broncha pas. Il passa sa langue sur ses lèvres, et elle fixait un point imaginaire, au dessus de son épaule.
-Ça suffit, je paye son voyage aussi, laisse la tranquille maintenant, dit paisiblement la rousse.
L'homme garda son regard de carnassier quelques secondes, puis souffla avec regret, et lâcha enfin Roxanna, qui se mit à respirer à nouveau. Le sang afflua à ses tempes, elle vit des points blancs danser devant elle, et se sentait partir lorsqu'on lui cria :
-Bon, tu montes ou tu attends l'Hiver ?
Le regard toujours vide, luttant pour reprendre son souffle, la jeune femme se hissa péniblement à côté de la rousse en réprimant une envie de vomir. Elle allait balbutier des remerciements lorsqu'elle entendit :
-Tu me revaudras ça quand on arrivera.
Le ton n'était pas méchant, juste sans appel. Ce voyage était peut être gratuit pour l'instant, mais tôt out tard il faudrait bien le payer. Elle reçue une petite tape bienfaisante sur l'épaule, puis s'allongea. Et tout fut noir.
0o0o0
Le voyage se déroulait sans encombre. L'homme grommelait continuellement, s'arrêtait seulement quand il dormait. Roxanna essayait de rester le plus loin possible de lui.
Elle avait commencé à parler à l'autre jeune femme. Elle avait appris qu'elle s'appelait Rose, et elle la trouvait très douce. Elle était un peu plus vieille qu'elle, et avait compris qu'elle était l'une des préférées de Theon, quand il se lassait de trousser les servantes de Winterfell.
Rose lui avait aussi demandé qui elle était. Roxanna n'avait menti sur rien, si ce n'est sur le fait qu'elle voulait se rendre dans le Sud pour aider son seigneur et Père. Elle avait raconté que le Nord commençait à lui déplaire, et qu'elle rêvait d'ouvrir une auberge dans Port-Réal. Rose n'avait rien demandé de plus. Roxanna l'aimait bien.
La plupart du temps, le voyage se déroulait en silence, ce qui laissait pleinement le temps à la jeune femme de se rendre morte d'inquiétude et de remords. D'inquiétude, pour son père d'abord. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que sur cette charrette, loin de tout, sans informations, quelque chose avait pu lui arriver sans qu'elle n'en sache rien. De remords ensuite, pour son frère. A présent qu'elle était loin, Robb n'irait pas la chercher, elle le savait. Il devait lui en vouloir si fort de l'avoir abandonné à nouveau, que souvent, la petite brune sentait sa gorge se nouer sous le coup de la tristesse. Peut être allait-il déclencher une guerre. Peut être avait-il déjà levé le ban du Nord. Peut être avait-il peur, et qu'il cherchait à se réconforter auprès d'elle, avant de se souvenir qu'elle l'avait trahi, et qu'elle n'était plus digne de sa confiance…
Mais son père l'emportait sur tout. Elle devait le rejoindre, quoiqu'il arrive, et de jour en jour, alors que le climat devenait plus doux, elle se dit qu'enfin, elle se rapprochait du but.
0o0o0
Lorsqu'elle arriva devant la grande porte de Port-Réal, Roxanna ne put réprimer le frisson qui lui grimpa le long de l'échine.
L'homme jeta les jeunes femmes en dehors de la charrette, sans ménagement, avant de continuer sa route dans la ville. Sans ménagement également, Rose saisi Roxanna par l'épaule et l'entraîna dans un dédale de ruelles.
-Mais qu'est ce que tu fais ? grogna la petite brune, cherchant à se dégager.
-Je t'avais prévenu que ce serait pas gratuit. Alors maintenant, tu me suis et tu la ferme, répondit-elle en resserrant sa poigne.
Telle une poupée de chiffon, Roxanna n'opposa plus la moindre résistance et se laissa traîner. Elle avait un mauvais pressentiment. Les cloches du septuaire sonnaient à tout rompre, d'une manière bien sinistre. Les gens murmuraient autour d'elle, semblaient inquiet. D'autres plutôt réjouis. Avant qu'elle n'ait eu le temps de découvrir quoi que ce soit, Rose reprit la parole.
-Ca y'est, nous y sommes.
Et sans autres formes de procès, elle rentra dans un bordel, toujours en traînant Roxanna derrière elle, qui cette fois ci se débattait comme une folle. Rose la balança dans une chambre, qu'elle ferma à clé, laissant la petite brune seule. Elle eut comme première idée de tambouriner à la porte et de hurler qu'on lui ouvre jusqu'à ce que quelqu'un le fasse, mais elle était quasiment sûre que personne ne l'entendrait ou ne ferait attention à elle. Elle chercha donc une fenêtre. Elle en trouva une, trop haute cependant, et trop petite pour qu'elle puisse y passer. Ses deux seules options venaient de tomber à l'eau, et se sentant désespérée, n'ayant pas d'autre choix que d'attendre, elle s'assit par terre.
Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, Rose revint la chercher. Sentant la colère monter en elle, Roxanna s'apprêtait à exiger des explications mais la rousse lui coupa la parole avant même qu'elle ne puisse dire un mot.
-J'ai parlé avec celui qui gère cet endroit. Tu peux rester, et tu seras protégée, tant que les clients ne te voient pas. J'ai bien compris que c'était pas ton truc… En tout cas, pour le voyage, tu me rembourseras en travaillant pour moi. Ici, on est nourries, logées, mais toi, tu seras ma bonne à tout faire quand je ne verrais personne, c'est bien compris ?
Avec un hochement de tête, Roxanna acquiesça.
-Parfait. Tu peux sortir si tu veux, mais ne songe même pas à t'enfuir. Sans argent et sans protection, t'iras pas bien loin. Après, si tu veux mourir, c'est ton problème…
Puis elle referma la porte.
Pendant un instant, Roxanna resta immobile, à écouter son souffle dans la pénombre de cette petite pièce. Puis, elle se décida enfin à bouger. Avec une précaution presque ridicule, elle ouvrit la porte de quelques centimètres pour s'extirper à l'extérieur, sans faire un seul bruit. Elle se faufila dans les couloirs, telle une ombre, son cœur manquant un battement à chaque fois qu'elle reconnaissait une voix d'homme un peu trop près d'elle. Quelque chose lui faisait penser que si Rose avait pu obtenir du gérant qu'elle ne s'occupe que du ménage, c'est bien parce que si quelqu'un d'autre l'apercevait, elle serait obliger d'écarter les cuisses pour n'importe qui.
Lorsque la jeune femme fut enfin dehors, elle respira un grand coup. Et cela lui déplut instantanément.
Dans le Nord, l'air était frais, il sentait bon la terre humide et la végétation. Ici, dans le Sud, l'air ne la rafraîchissait pas. Il était sec, nauséabond, des odeurs pestilentielles affluait vers elle, et elle due réprimer une envie de vomir. Et quelle chaleur… Elle se sentait déjà en nage, elle avait l'impression de tout faire au ralenti, d'être aussi molle qu'étaient devenues les jambes de Bran. Sa décision était prise : elle ne savait pas encore comment, mais elle trouverait Père, et elle le ramènerait dans le Nord le plus vite possible.
Roxanna entreprit malgré tout de se dégourdir les jambes, et donc de se balader comme si de rien était dans les rues. Elle observait les étales, les gens, les animaux… Elle se mit à détester cette ville très rapidement : aucun calme n'y régnait, tout le monde se bousculait, on ne trouvait le silence nul part. Son humeur s'en fit ressentir, car à mesure qu'elle s'aventurait un peu plus loin dans Port-Réal, son agressivité augmentait également. Elle atteignit même un pic lorsque quelqu'un la bouscula, et que la jeune femme se retrouva par terre.
- Mais qu'est ce qu'ils ont tous ?! dit-elle, avec un regard incendiaire à tous ceux qui la croisaient.
- Mais enfin gamine, ça t'arrive de sortir de chez toi ? T'entends pas les cloches du septuaire sonner ? Le Roi est mort, sa Main complotait déjà contre son fils avant même que son corps ne soit froid ! Ce sale Stark, il est au cachot maintenant !
Le vieillard qui venait de lui annoncer cette nouvelle poussa un cri d'amusement, puis s'en alla en courant, surement pour prévenir ceux qui ne savaient pas encore.
Abasourdie, Roxanna resta à terre quelques instants, jusqu'à ce qu'on lui marche sur la main. La douleur la rappela à l'ordre, et elle se releva, commençant à comprendre l'horreur de la situation.
Son père avait trahi la dernière volonté du Roi ? Son père était un traître ?
Non. Non, c'était impossible, le vieillard avait du lui mentir. C'était un coup monté, rien de plus, son père n'était en rien l'homme qu'on venait de lui décrire.
Avec déni, elle secoua la tête comme pour dire non à quelqu'un en face d'elle, puis se mit à errer dans les rues, essayant de retrouver le bordel. Elle ne voulait pas rester dans un endroit ou les gens lui mentaient ouvertement.
Malgré ça, malgré sa conviction que tout ce qu'on pouvait bien lui raconter était faux, elle commençait à avoir peur, alors que les cloches du septuaire continuaient de sonner d'une manière de plus en plus lugubre.
0o0o0
Les jours qui suivirent ressemblaient à un cauchemar dont Roxanna ne parvenait pas à s'éveiller.
Plus le temps passait, et plus les rumeurs s'avéraient fondées : elle entendait de riches marchands, des hommes de grande famille, des internes à la cour du château, raconter comment lord Stark, quelques heures à peine après la mort de Robert Baratheon, avait accusé le Roi Joffrey de n'être qu'un bâtard, et ordonné de quitter le Trône de Fer sur le champ.
Pire encore, tout le monde semblait maintenant détester son père. Ils parlaient tous de cet homme honorable comme d'un vulgaire traître. Et Roxanna, le soir, dans son lit, se répétait continuellement que son père était un homme bien. Un homme d'honneur, un homme d'honneur, un homme d'honneur…
Mais plus le temps passait, moins sa conviction était forte. Pourquoi, sinon pour avoir le royaume à lui tout seul, aurait-il accusé le Roi Joffrey de n'avoir aucune prétention sur le trône ?
La jeune femme était perdue, elle ne savait plus quoi faire, et plus quoi penser. Son modèle, celui qui avait toujours guidé ses actions pour qu'elles fassent le bien, venait de perdre de sa superbe. Sa belle image dorée se ternissait un peu plus au fur et à mesure que les jours s'enchaînèrent. Et puis, à un moment, Roxanna cessa tout bonnement de penser à quoique ce soit.
Il était bien trop douloureux de se dire que tout ce en quoi elle avait cru n'était que le fruit de son imagination. Et il était bien trop douloureux de se dire qu'elle avait peut être tort, mais que dans ce cas là, elle doutait injustement de son père.
Elle résuma ses journées à des actes simples : comme à Winterfell, elle préparait la toilette de Rose, nettoyait sa chambre, et patientait dans le cagibi d'à côté (la pièce qui lui servait de dortoir) pendant que la rousse amassait de l'argent.
Rose avait remarqué le changement d'attitude de la petite brune, et elle semblait s'en inquiéter. C'est pourquoi elle avait dit à Roxanna qu'elle lui laissait un jour de libre par semaine, afin de s'aérer et de voir du monde, ce qui n'intéressait pas le moins du monde la jeune femme.
Elle avait l'impression que cela faisait des mois que l'annonce de la trahison de son père avait eu lieu, et pourtant, lorsque Rose la flanqua dehors en lui criant qu'elle n'avait le droit de revenir seulement si elle avait changé de tête, Roxanna se rendit compte que cela faisait à peine quelques jours, deux semaines tout au plus.
Comme la dernière fois, ne sachant trop que faire, elle déambula dans les ruelles. Cependant, quelque chose semblait différent.
Contrairement à la dernière fois, l'endroit était quasiment désert, presque silencieux. Seule une clameur de foule semblait monter d'un peu plus haut dans la cité, au niveau du septuaire de Baelor. Intriguée, la jeune femme suivit le bruit. Lorsqu'elle atteignit la place, le brouhaha de la population était tellement fort qu'elle en eut le vertige.
Elle fixa le parvis du septuaire, majestueux, et le groupe de personnes qui s'étaient réunies là pour l'occasion (laquelle, elle n'en savait rien). Elle reconnut le Roi Joffrey, la Reine régente Cersei, et aperçut un homme chauve et gras, au coté d'un autre, chauve mais plus mince, et enfin d'un homme fluet au cheveux noir. Sur le bord le plus proche de la foule, elle peinait à reconnaître la dernière personne. Elle était petite, et semblait affaibli mais souriait avec une béatitude proche du ridicule, on distinguait seulement la couleur flamboyante de ses cheveux…
Des cheveux roux.
Sansa.
Instinctivement, Roxanna se mit à avancer dans cette marée humaine, se faufilant entre les gens. Elle était si petite, et si fine, qu'il n'était pas dur de se glisser entre deux personnes, sans trop les pousser. Soudain, la clameur de la foule se fit plus grande, et la jeune femme détourna son regard de Sansa pour suivre les huées des gens.
Son cœur se mit à battre si fort qu'elle en avait mal à la poitrine.
Son père se tenait là, devant tant de monde. D'ailleurs, se tenir était un bien grand mot. Il était soutenu par des gardes, une de ses jambes emballée dans un plâtre répugnant, qui n'avait pas été changé depuis des jours. Lord Eddard Stark avait maigri, il était pâle comme la Lune, il semblait rongé par la fièvre… « Mais il est vivant », songea Roxanna, alors qu'une bouffée de soulagement la rendait un peu plus légère.
Toujours d'instinct, elle changea de direction pour avancer vers son père, et non plus vers Sansa. Elle voyait à peine les gens lui lancer des pierres, ou des fruits pourris. Elle n'entendait quasiment pas le discours qu'il livrait à la foule. Elle savait juste qu'elle avançait, vers lui, et que bientôt ils seraient enfin réunis, que ce cauchemar serait fini. Père ouvrit la bouche, sembla faire une déclaration qui déclencha la fureur de la foule. Cependant, elle n'entendit rien, encore trop heureuse de le voir se tenir là, en vie. Le Grand Septon articula quelque chose à l'adresse du peuple, puis se tourna vers le Roi, semblant attendre sa réponse.
Loin, très loin, à ce qui lui semblait être des lieues, elle vit les lèvres du jeune Roi bouger, s'articuler dans un rictus déplaisant, satisfait. Mais malgré le vacarme qui régnait autour d'elle, elle perçut parfaitement la dernière phrase de son discours.
« Sa tête, ser Ilyn! »
Alors que tout le monde à ses côtés se mit à rugir de contentement, le sang de la jeune femme sembla se glacer. Ne prenant plus aucune précaution pour s'avancer vers l'estrade, elle bouscula les gens avec une force qu'elle ne se soupçonnait pas. Elle avançait vite, mais pas assez.
Avec horreur, elle voyait Ilyn Payne se saisir de Glace.
Elle avança encore de quelques mètres.
Les gardes qui maintenait lord Eddard Stark debout le firent se coucher, le haut du buste dans le vide.
Elle progressait toujours.
Le seigneur de Winterfell leva la tête. Il croisa son regard d'émeraude. Comme elle, il était abasourdi.
Elle était maintenant en première ligne. Si elle tendait la main, elle pourrait l'attraper, le tirer hors de cet enfer.
La lame s'abattit sur son cou.
La jeune femme, qui avait ouvert la bouche pour crier, reçu une giclée de sang chaud et poisseux dans la gorge, sur le visage, dans les yeux.
Toujours la bouche grande ouverte, elle s'arrêta net, figée comme un bloc de glace, tandis que son regard suivait celui de son père, hagard, alors que sa tête venait d'être séparée de son corps.
