Encore une fois merci pour votre soutien.

On entre dans la deuxième phase de la fic, maintenant. Bonne lecture!

Partie 2

Confidences

L'horreur glaça Bucky jusqu'à la moelle tandis qu'il voyait le ballon frapper -non, fracasser- la tempe de la jeune femme. Un ballon fait spécialement pour les types comme lui, pour des gens hors du commun, comme les Avengers. Un ballon renforcé de métal, fabriqué par les soins de Tony. Un ballon parfait pour résister à des dieux comme Thor, et absolument fatal si l'objet était lancé avec une force surhumaine, comme en ce moment, sur un être aussi fragile qu'une jeune femme ordinaire.

Bucky entendit le coup à la tête résonner et vibrer jusque dans son propre corps.

Et l'horreur ne s'arrêta pas là. La force de l'impact fut telle que la tête de Léa fut projetée à la renverse et heurta violemment une des barres de fer du mur. Puis elle s'écroula au sol, dans un tintement de ferraille alors que tombaient de ses mains le bouclier, l'arc et les ailes qu'elle transportait.

Bucky eut l'impression que cette scène se déroula au ralenti, mais tout se passa en une fraction de seconde. Puis ce fut le chaos, tout le monde se précipita, horrifié, vers le corps inerte qui gisait sur le sol. Bucky s'était défigé et il secoua lentement la tête, refusant d'admettre ce qu'il avait vu, ce qu'il avait fait.

La fête était finie. Et elle s'achevait dans la tragédie.

Quelqu'un cria à FRIDAY d'appeler le Docteur Cho.

Bucky osa s'avancer. Il tenta de se frayer un chemin pour constater de plus près les dégâts qu'il avait causés.

Il y avait tellement de sang... sa vue se brouilla, il chancela...

« Bucky! »

Steve l'attrapa par les épaules et le secoua. Il sentait que son ami perdait les pédales. Il fallait qu'il s'éloigne, qu'il prenne du recul sinon il craquerait et il y aurait deux catastrophes à gérer en même temps.

« Bucky, ne reste pas là. Va-t'en d'ici. Retourne à ton appartement. »

Il ne protesta pas. Tout le monde le regardait de travers et, tout à coup, il ne supporta pas qu'on le fixe ainsi et qu'on lui renvoie le mépris qu'il éprouvait déjà pour lui-même.

Il regagna ses quartiers dans un état second et s'affaissa au pied de son lit. Il se sentait nauséeux, étourdi.

Il avait pourtant l'habitude de voir de telles horreurs. Il en avait tellement commis des horreurs... Et justement, il croyait en avoir fini avec ces atrocités. Il pensait que plus jamais il ne verserait le sang d'un innocent.

Mais il avait commis un meurtre. Encore.

Au cours des soixante-dix dernières années, Bucky avait tué avec des couteaux, des fusils, des revolvers, des matraques, des haches, des machettes, des pistolets, des mitraillettes, des bazookas... Il avait même tué à mains nues. Et maintenant il pouvait ajouter à sa liste de sinistres exploits le meurtre par ballon de volleyball.

Si la situation n'était pas aussi tragique, il y aurait eu matière à plaisanter.

Dégoûté, traumatisé, il passa les heures qui suivirent à se maudire.

Pourquoi avait-il lancé ce fichu ballon? Pourquoi avait-il répondu à la provocation de Thor?

Une stupide prise de bec avait tourné au drame à cause de lui.

Quand Steve entra dans son appartement, quelques heures plus tard, il trouva un Bucky au trente-sixième dessous, misérable. Assis dans un coin de sa chambre, dos contre le lit, les coudes sur les genoux relevés, il fixait le mur blanc devant lui, le regard hagard, vide.

Steve s'approcha lentement de lui. Dans ces moments d'"absence", un rien pouvait faire démarrer son ami au quart de tour et le transformer en machine à tuer. Il s'installa près de lui avec précaution, mais Bucky ne donna aucun signe qu'il avait noté une nouvelle présence à ses côtés.

Steve était toujours patient dans ces moments-là. Il attendait sagement que son ami réagisse, il ne tentait jamais de le sortir de force de cet état second. Ça finissait toujours mal sinon. Il avait eu quelques épisodes de ce genre auparavant, provoqués par un cauchemar ou par un élément quelconque de son environnement qui lui avait rappelé les tortures qu'il avait subies. Parfois, il tombait dans un état catatonique juste parce qu'il avait croisé son reflet dans une glace.

Bucky avait fait beaucoup de progrès ces derniers mois, mais Steve doutait qu'un jour il finisse par assumer et se pardonner totalement et complètement ce qu'il avait fait au cours des soixante-dix ans qui venaient de passer. Il se détestait. Et ce qui s'était produit aujourd'hui n'allait sûrement pas aider son estime de soi à remonter la pente.

Steve avait l'habitude d'accompagner son ami dans ses mauvais jours, d'être là pour le soutenir, mais aujourd'hui c'était une première; Bucky avait commis une faute grave. C'était un accident, mais tout de même tragique. Steve ignorait comment il allait gérer la situation. Il craignait une rechute plus longue, voire permanente, dans les enfers de la culpabilité et du remords, car cette fois Bucky n'avait pas l'excuse d'être contrôlé par HYDRA. C'était le Bucky libre de penser et d'agir qui avait commis cette faute. Et il s'en voudrait probablement pour le reste de ses jours.

Longtemps après son arrivée, Steve entendit la voix rauque de son ami marmonner un truc qu'il n'aurait sûrement pas entendu sans le sérum de super soldat qui courait dans ses veines.

« Elle n'a pas souffert trop longtemps? Est-ce qu'au moins elle est morte sur le coup? Oh, pitié, dis-moi qu'elle est morte sur le coup...»

Le capitaine tourna la tête vers son interlocuteur, abasourdi. Lui, il fixait toujours le mur, le rideau noir de ses cheveux encadrant un visage terne et amorphe.

« Morte sur le coup? » répéta-t-il

Son ami acquiesça vaguement.

Steve ouvrit grand les yeux, se tourna complètement vers lui, catastrophé que ses pensées noires soient nourries depuis des heures par une fausse interprétation.

« Bucky, tu te trompes, Léa n'est pas morte, voyons! »

Au moins l'affirmation eut le mérite de détourner le regard de Bucky du mur. Il considéra Steve longuement. Ce dernier pensait qu'il se sentirait soulagé, mais il se trompait.

« Quelle est l'étendue des dégâts alors? » demanda-t-il d'un air lugubre.

Le regard assombri de Steve se passait d'explications.

« Je vois. » comprit-il, retournant à sa contemplation du mur.

« Elle est dans un coma forcé. » précisa Steve. Bucky ne se sentirait sans doute pas mieux après ce compte-rendu, mais il avait le droit de savoir la vérité.

« Il y a eu une hémorragie interne et externe, du sang s'accumulait dans le crâne. Il y a une fracture ou deux aussi... » Bucky ferma les yeux. Fort. Et Steve entendit le cliquetis des plaques de métal de son poing qui se refermait sur lui-même. « Mais les méthodes médicales d'aujourd'hui sont étonnantes. Et Thor a transmis beaucoup du savoir médical asgardien à Helen Cho. » ajouta-t-il d'un ton optimiste. « Je n'y comprends pas grand-chose, c'est trop... futuriste pour moi, mais Helen est une as dans son domaine. Secondée par Bruce en plus, ils vont la tirer de là, tu verras. »

Bucky parut sceptique à ce sujet.

« Personne ne t'en veut, Buck. » continua-t-il. Il fallait que cet apitoiement cesse. « On sait tous que c'était un accident. Et ça aurait pu être n'importe lequel d'entre nous. Léa se trouvait juste au mauvais endroit au mauvais moment. Je suis certain que c'est ce qu'elle te dira dès qu'elle se réveillera.

-Si elle se réveille.

-Buck...

-Elle m'a encore souri aujourd'hui. » enchaîna-t-il avec un rire sec. « J'ai encore eu droit à ce fichu sourire. »

Steve ne savait pas trop où il voulait en venir, mais il le laissa parler. Les moments où il se confiait étaient tellement rares qu'il les accueillait toujours avec gratitude, surtout maintenant. Un tel accident aurait en temps normal totalement fermé Bucky sur lui-même. Il se serait isolé dans son désarroi.

Steve espérait que ce premier instant de confidence ne serait pas le dernier.

« Hier, Stark a eu la bonne idée de faire subir un entraînement à tout le monde durant votre absence.

-Oui, je suis au courant de ses dernières lubies.

-Elle avait tout fait pour m'éviter depuis qu'elle avait surpris... » Il eut une moue pleine de honte. «… notre conversation. Mais Stark -je sais pas s'il l'a fait exprès pour me narguer, en tout cas, ce serait son style- m'a nommé entraîneur et elle s'est retrouvée dans mon équipe. M'éviter est devenu difficile à ce moment-là.

-J'imagine. » dit Steve avec un petit sourire en coin.

Il attendit que Bucky poursuive. Celui-ci semblait repasser la journée d'hier dans sa tête et son expression amère s'accentua.

« J'ai été odieux. Encore une fois. Mais elle a encore et toujours souri. Elle m'a même apporté une gourde d'eau fraîche, bon sang! Et plus elle souriait, plus je lui en voulais. C'est complètement stupide d'être si agacé juste par un sourire. »

Steve médita là-dessus quelques instants.

« Je pense que tu es jaloux.

-Jaloux?

-Tu l'envies d'être si avenante, si légère, d'être toujours de bonne humeur, et ça se traduit chez toi par un comportement de goujat.»

Bucky haussa son épaule en chair.

« Peut-être que tu as raison.

-J'ai raison. Parce que c'était comme ça que tu agissais, dans notre temps. C'était toi le joyeux luron toujours positif de notre duo.

-Vraiment?

-Vraiment. Et même si tu ne t'en souviens pas, je crois que tu sens cette part de toi qui a disparue, tu la vois en Léa, ça te rend nostalgique, ça te manque, inconsciemment. C'est pour ça que sa présence t'agace tant. »

Bucky réfléchit. Les paroles de son ami étaient logiques.

« Il y a d'autres souvenirs qu'elle a éveillés aussi.

-Ah bon?

-Lors de cet entraînement, elle a changé d'équipe. Elle s'est retrouvée chez les débutants.»

Steve eut droit à un petit ricanement qui allégea les traits de son ami.

« Elle est vraiment... nulle.

-Ce n'est pas une guerrière-née, en effet. » dit Steve, riant à son tour.

« Je n'ai pas pu m'empêcher de l'observer du coin de l'oeil. J'ignore pourquoi. »

Steve retint une remarque moqueuse. Lui avait sa petite idée de la raison pour laquelle Bucky n'arrivait pas à détourner le regard de leur nounou, mais ce n'était pas le moment de le confronter à ce propos. Parce ce que ce serait bien une confrontation; il nierait tout en bloc. Ce Bucky-ci n'était pas le Bucky de ses vieux jours qui assumait totalement quand il avait un faible pour la gent féminine et revendiquait son statut de don Juan.

« Son entraîneur a... » les traits sombres réapparurent. « C'est une crapule. Je ne l'ai jamais apprécié et j'ai enfin compris pourquoi hier. »

Un euphémisme; Bucky le détestait. Bradley avait un visage à deux faces, à son avis, et il s'était toujours méfié de son humeur en apparence conviviale.

« Et il y a un peu de bon sens qui se cache sous l'armure de condescendance de Tony parce qu'il a congédié le type après ce qu'il a fait à Léa. »

Steve fronça les sourcils, intrigué, et déjà irrité. Qu'est-ce qu'on avait fait à sa chère nounou?

« Que s'est-il passé?

-Moi j'ai été odieux comme prof, mais je ne l'ai pas attrapé par la gorge, au moins.

-Il a fait ça? » s'exclama Steve, scandalisé. « C'est quoi son nom?

-Bradley. Un type qui travaillait aux Archives, ou un truc du genre.

-Je vois qui c'est. C'est un ancien agent de terrain recyclé aux affaires internes.

-Le type lui a fait quelques prises de lutte, du genre de celles qu'on ne peut décemment pas faire subir à de nouvelles recrues. Il y a des limites à apprendre à la dure, tout de même. Et les moeurs d'aujourd'hui ont peut-être changé, je n'arriverai tout simplement jamais à m'adapter au fait qu'un homme puisse s'attaquer à une femme en toute impunité, même dans un contexte pédagogique.

-Je ne te contredirai pas là-dessus. » approuva son ami.

« Et à un moment, il l'a plaquée au sol, et... Et je t'ai vu. »

Steve perdit le fil.

« Tu m'as vu?

-Oui. J'ai vu le Steve maigrelet, haut comme trois pommes, se faire tabasser dans une ruelle par un de tes nombreux détracteurs de l'époque. Je me suis souvenu d'avoir vu rouge. J'avais foncé dans le tas et je les avais tous... fait saigner du nez.

-C'est le moins qu'on puisse dire! » dit Steve avec un sourire nostalgique. « Je me souviens de ça aussi. J'étais toujours dans le pétrin et tu me sauvais toujours la mise. »

Après quelques instants à se remémorer cet épisode de sa vie, il reprit son sérieux, questionneur. « Quel est le rapport avec Léa? Si tu me dis qu'elle te rappelle le gamin que j'ai été, tu as besoin de lunettes, mon vieux. J'étais un paquet d'os et elle, elle a... »

Il s'interrompit parce que sa pensée prenait une tournure indigne d'un gentleman.

« Une silhouette voluptueuse. » décrivit Bucky sans aucune gêne.

Steve cligna plusieurs fois des paupières. Son ami n'avait pas l'habitude d'user d'un vocabulaire sensuellement poétique et c'était un peu perturbant.

Il y avait quand même du vrai. Léa n'avait pas le physique de soldate requis pour bosser avec les Avengers, ça c'est sûr, mais ce qu'elle n'avait pas en muscles, elle l'avait en chair.

« Ce n'est pas l'aspect physique qui m'a rappelé le Steve-d'avant-sérum. » poursuivit Bucky. « Cette bataille de ruelle s'était terminée à l'hôpital, tu te rappelles?

-Oui. » dit Steve, surpris par la précision de ses souvenirs. D'habitude, il se souvenait de certaines scènes, mais jamais en détail. C'était Steve qui devait toujours compléter le tableau que la mémoire de Bucky se contentait d'esquisser en brouillon. « Je m'étais tapé une sacrée crise d'asthme cette fois-là. J'étais loin d'avoir une santé de fer, disons-le.

-Voilà. Une crise d'asthme. C'est ça le déclencheur de ce souvenir: Léa a perdu le souffle, elle a fait une crise d'asthme.

-Léa est asthmatique? »

Il avait consulté les profils de tous les employés engagés -question de rigueur vu les espions d'HYDRA qui se faufilaient partout- et il ne se souvenait pas d'avoir lu ça dans son dossier médical.

« Elle cache bien son jeu. » dit Steve. « Mince... Toutes les fois où Tony empêchait FRIDAY de contrôler les ascenseurs juste pour le plaisir de la voir monter les courses au troisième étage, essoufflée comme un buffle... On se moquait d'elle parce qu'elle n'avait pas la forme et... »

Bucky roula des yeux. Steve serait toujours Steve; un grand coeur sur deux pattes; Capitaine America, le pourfendeur des oppresseurs, au secours de la veuve et de l'orphelin; redoutable quand on s'en prend à la liberté et la paix, mais incapable de tuer une mouche.

« C'était de la moquerie gentillette. Elle-même riait de la situation. » dit Bucky, qui trouvait que son compagnon n'avait vraiment aucune raison de se sentir coupable, comparé à ce que lui avait fait à Léa...

« N'empêche... » soupira Steve. « Alors, Léa est responsable d'avoir éveillé un souvenir de ta vie, si j'ai bien saisi.

-Oui.

-Et le type qui lui a fait ça? Il a saigné du nez lui aussi?

-Comment tu sais que je suis intervenu? »

Il avait envie de dire "parce que tu en pinces pour elle", mais se retint.

« Parce que tu es Bucky; un mufle, mais un mufle qui ne laisserait jamais une dame se faire malmener.

-Je ne crois pas que Natasha et Sharon seraient du même avis.

-C'est au Soldat de l'Hiver à qui elles ont eu affaire. Pas à mon pote de toujours. »

Bucky eut un petit haussement de lèvres timide.

« Alors? Il a saigné du nez avant d'être fichu à la porte?

-Non. Mais je lui ai presque cassé le bras.

-C'est de bonne guerre. »

Steve se promit tout de même en secret de se renseigner plus à fond sur le type et de surveiller ses allées et venues pour quelque temps.

« Et Léa?

-Je lui ai donné son inhalateur. Je l'avais vue revenir de pause avec ça et je me demandais pourquoi... Je me suis souvenu comment faire, comment agir... parce que je l'avais fait des dizaines de fois avec toi, à l'époque. »

Steve sourit de plus belle.

« Elle t'a permis de retrouver un vieux réflexe, notre Léa. Je ne suis pas particulièrement heureux qu'elle ait fait une crise d'asthme, mais je suis content qu'elle ait contribué à récupérer un autre morceau de ta mémoire à sa façon. »

Bucky hocha la tête.

« Je me suis même souvenu des milkshakes de ta mère, grâce à elle.

-C'est vrai?

-Après les courses, nous sommes allés à ce café au coin de la rue et elle a insisté pour que je...

-Attends. Temps mort. » interrompit soudain Steve, abasourdi. « Répète-moi ça? Vous êtes allés faire des courses? Et vous êtes allés dans un café après? »

Bucky haussa les épaules.

« Je devais la surveiller. Après une crise de ce genre, il était hors de question qu'elle se retrouve seule à l'extérieur. »

Steve avait envie de dire que ce n'était pas le besoin de la surveiller qui l'avait poussé à sortir, mais plutôt le besoin de la protéger. C'était deux notions fort différentes, mais Bucky n'était pas en mesure de le comprendre. Pas encore, en tout cas. Et de toute façon, il n'avait pas le temps d'essayer de lui expliquer, car il était trop occupé à s'extasier du fait que Bucky avait mis les pieds dehors, sans lui.

« ...et j'ai bien fait parce qu'elle aurait fait une autre crise à ce marché si je n'avais pas été là pour... Pourquoi tu me fixes la bouche ouverte?

- Woh... » lâcha-t-il avant de sourire de toutes ses dents. « Buck, tu te rends compte? Tu es sorti. Tu as mis les pieds dehors! »

Bucky parut embarrassé. Ça n'aurait pas dû être un grand événement. Sortir était supposé être normal. Il n'y avait pas de quoi en faire tout un cas.

« Ça n'a pas été une partie de plaisir. » avoua-t-il, presque honteux. « Du moins, au début.

-C'est quand même magistral, tu ne crois pas? Léa t'a fait sortir d'ici, et vous êtes revenus, sans anicroche. »

Steve était fier de son ami. Il aurait voulu voir ça de ses propres yeux et regrettait de ne pas avoir été là.

« Tu te rends compte du grand pas en avant que tu as fait, grâce à elle? »

Bucky acquiesça et ses traits s'affaissèrent.

« J'ai une drôle de façon de la remercier; la voilà dans le coma à cause de moi.

-Buck... C'était un accident. » lui rappela-t-il.

« Est-ce qu'elle a de la famille quelque part? Il faudrait peut-être prévenir ses proches...

-Il n'y a personne à contacter en cas d'urgence. Sa seule famille, c'est nous. »

Bucky retomba silencieux quelque temps, perdu dans ses songes.

Steve sentit que l'instant de confidence était terminé et il n'abuserait pas de sa chance. Depuis qu'il était arrivé dans cette tour, Bucky n'avait jamais autant parlé avec lui au cours d'une même conversation.

Il tapota doucement l'épaule de son ami et se releva.

« Il est tard. Tu devrais peut-être essayer de dormir. »

Il savait très bien que ça ne se produirait pas cette nuit, mais il fallait tout de même qu'il tente le coup.

« Va au lit. Ça ne sert à rien, ni à toi, ni à elle, de te morfondre dans le remords. »

Il ne répondit rien. Steve n'insista pas.

« Si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver. »

Il laissa son ami seul avec ses pensées. En fermant la porte derrière lui, Steve trouva particulièrement ironique que la première personne pour qui son ami se prenne d'affection depuis soixante-dix ans se retrouve dans le coma. Comme si le destin s'acharnait sur son ami.

Et le destin, il n'avait pas fini de faire des caprices.

A suivre