Chapitre 4 : Menaces

Le sourire ne m'avait pas quitté depuis que j'étais parti de chez Black. Un nouvel espoir s'était infiltré en moi et je ne pouvais pas lutter contre. C'était vraiment malsain de placer autant d'espérance en cette fichue question, mais autrement, pourquoi Bella l'aurait-elle posée ? Elle savait que je n'étais pas encore parti et elle avait quand même demandé à Black quelle était sa couleur préférée. Peut-être était-ce pour le tester ? Voir s'il la connaissait aussi bien que je prétendais moi-même la connaître ?

Mec, où sont passées tes couilles ? T'es en train de te transformer en gonzesse, là !

Le pire c'est que c'était vrai. Avec toutes ces questions, je pourrais presque me faire passer pour une bonne femme. Je réfléchissais beaucoup trop. Il fallait que les choses se fassent en douceur et surtout, d'elles-mêmes. Je ne devais pas forcer la main au destin, autrement je me retrouverais là comme une pitoyable merde, en plan, et Bella sera mariée à cet indien qui me servait de patron en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Pas que j'étais raciste, non, mais c'était à cet indien en particulier que je vouais colère et … haine ? Non, pas de haine. J'avais les boules parce que Bella était sa future femme, mais je ne le haïssais pas en tant que tel. Il était juste le mec chanceux qui se tapait la femme que j'aimais. Y a-t-il plus ironique comme situation ?

« Décroches pas, décroches pas

C'est quelqu'un que t'aimes pas

T'entends pas, il te prend la tête à chaque fois.

Décroches pas, décroches pas

C'est quelqu'un que t'aimes pas

T'entends pas, il te prend la tête à chaque fois.»

Je jetai un rapide coup d'œil étonné à mon cellulaire qui sonnait. Emmett. Je regardai rapidement l'heure et vit qu'il était 18h12. Pourquoi diable m'appelait-il à cette heure-là ? En général, il me foutait la paix une fois les 17h passées. Allez savoir pourquoi d'ailleurs. Mais c'était Emmett et tant qu'il ne m'emmerdait pas trop, je laissais couler toutes ses lubies étranges. Je décidai donc de ne pas répondre et me bornai à fixer la route. La sonnerie du portable finit par se couper et après une dernière œillade à l'appareil, je retournai à la route, mes pensées dérivant à nouveau vers Bella.

« Décroches pas, décroches pas

C'est quelqu'un que t'aimes pas

T'entends pas, il te prend la tête à chaque fois. »

Emmett. Encore. Soupirant, je pris le téléphone et décrochai.

- Je peux savoir pourquoi tu viens m'emmerder, Emmett ? J'aimerais bien rentrer chez moi tranquillement, tu vois ? dis-je sans lui laisser le temps d'en place une. Alors tu sais quoi, ça attendra demain, ok ? Salut.

- Edward attends, hurla-t-il dans le téléphone au moment où j'allais raccrocher.

Il ne m'appelait jamais Edward. Jamais.

- Quoi encore ? demandai-je, irrité par son acharnement.

- Eddy, on a un gros problème, répondit Emmett, grave.

- Un gros problème ? Quel genre de problème ? m'enquis-je, ma curiosité piquée au vif par le sérieux de mon ami.

- Quelqu'un est entré dans les locaux dans la nuit, et a fouillé dans les dossiers.

- Tu plaisantes, là, j'espère ? Avec toute la sécurité dont le bâtiment dispose, quelqu'un a pu entrer sans se faire repérer ? raillai-je, soulagé que ça ne soit rien de grave.

- Edward maintenant tu vas arrêter de faire l'imbécile et tu vas écouter attentivement ce que je vais te dire, répliqua Emmett avec agacement. Quelqu'un s'est bien introduit dans nos locaux sans qu'on ne le repère. C'est Jasper qui a découvert l'infraction. La serrure de la salle des dossiers a été fracturée. Ça nous a prit la journée à Jazz et moi pour faire le bilan de tous nos dossiers et de la liste de nos employés pour voir si rien ne manquait.

- Et … ?

- Ton dossier a disparu, lâcha-t-il avec colère. Y a plus rien te concernant dans la boîte. Absolument rien. Ce petit enculé a non seulement pris ton dossier mais a effacé tous les fichiers te concernant, que ça soit dans les différents postes que t'as occupé, ou bien dans le reste. C'est comme si t'avais jamais bossé ici, Eddy. T'es inexistant.

- Quoi ? Putain de merde, mais qu'est ce que c'est que ce bordel ? m'énervai-je tout en me garant subitement sur le premier emplacement libre. T'as une idée de qui aurait pu faire un truc pareil ?

- On a parlé de ça aussi avec Jazz. Longtemps. Et on voit qu'une seule réponse possible.

- Laquelle ? questionnai-je, furieux.

- Doit y avoir un rapport avec ton boulot actuel. Black est sur le point de mettre en taule un des barons de la mafia italienne. Des menaces ont été proférées contre sa future femme. Je suis même certain que t'as été suivi sans même t'en rendre compte. Ça sent mauvais tout ça Eddy. Très mauvais.

- Et qu'est ce que tu veux que j'y fasse, si c'est bien ce à quoi Jazz et toi vous pensez ? La mafia, bordel Emmett. C'est pas rien, fis-je tout en passant ma main sur mon visage.

- Tu vas arrêter toute cette merde, déclara soudainement Emmett, catégorique. Je vais appeler Black pour lui expliquer la situation. On perdra peut-être le plus gros contrat que l'on ait jamais eu, mais il est hors de question que ta vie devienne un véritable enfer à cause des emmerdes que Black trimbale.

- Il en est hors de question ! contrai-je avec force. Tu ne vas pas l'appeler car je ne vais pas me défiler comme une lavette. Je vais retourner à la villa et expliquer calmement la situation. C'est un des risques du métier, Emmett, tu le sais aussi bien que moi. Si on était pas amis, tu prendrais pas la chose autant à cœur, je le sais. Arrête de te biler, tout va bien aller, ajoutai-je tout en remettant le contact.

- C'est cette fille, n'est-ce pas ? demanda le colosse avec lassitude. C'est pour elle que tu le fais, pas vrai ? Eddy, te fais pas de faux espoirs. Elle va se marier avec Black. Ne te fais pas de mal volontairement. Des filles, y en a plein dans ce monde. Te focalise pas sur elle.

- Cherche pas à comprendre, s'il te plaît, rétorquai-je tout en m'insérant dans la circulation pour faire le chemin dans le sens inverse. Fais juste semblant de me comprendre et ça ira très bien.

- Ok disons que je crois à tes soit disant raisons de rester au service de Black. Je te laisserais faire seulement si tu viens crécher à la maison quelques temps. Histoire que tout ça se calme. Deal ? s'enquit-il avec un soupçon d'anxiété.

- Deal, acquiesçai-je à contre cœur. J'irais chercher mes affaires quand je reviendrais de la villa.

- Laisse. Jazz et moi, on va le faire. Occupe-toi d'expliquer la situation à Black et entre bien dans les détails histoire qu'il comprenne dans quel merdier il t'a foutu. Compris ?

- Ouais, ouais, ça marche. On se voit tout à l'heure, fis-je avant de raccrocher.

Putain, quelle merde ! C'est pas en étant surveillé quasi continuellement par un homme de main de ces mafiosos de merde que j'allais pouvoir reconquérir Bella. Je donnai un coup de poing dans le tableau de bord, sous le coup de la colère. Bordel, quand est-ce que j'allais être tranquille ? Dans ma jeunesse, c'était pareil. Toujours épié, pour voir si je ne faisais pas de conneries. Ma mère s'inquiétait continuellement pour moi, à l'époque, après que Bella soit partie. J'étais devenu encore plus incontrôlable qu'avant ; plus violent et plus agressif que je ne l'avais jamais été. J'ai même été jusqu'à faire six mois de prison pour agression. Ça m'avait assagi sur le coup. Et puis, cette haine et cette colère que je conservais au fond de moi ont refait surface et je n'arrivais plus à me canaliser. Alors je suis parti. Ça faisait maintenant plus de sept ans que je n'avais pas revu ma mère et son connard de petit ami. Et à vrai dire je ne m'en portais pas plus mal. Ma mère était morte pour moi, il y a maintenant dix ans. On pourrait m'annoncer sa mort demain matin que je n'en serais pas plus ému. C'était terminé, et je ne voulais pas revenir sur ce point. Fin de la discussion.

J'arrivai rapidement devant la villa et Mike, mon collègue, me jeta un regard surpris. Il sortit de la cabine qu'il occupait pour surveiller les allées et venues autour de la maison et vint à ma rencontre.

- Edward ? Mais qu'est ce que tu fais là ? s'enquit-il, curieux.

- Je dois parler au patron, répondis-je d'une voix dure.

Il parut effrayé par mon ton dur et froid, mais je m'en fichais. Repenser à cette période de ma vie m'avait foutu en rogne. De même que l'idée que quelqu'un ait pu fouiner dans mon passé. Je n'aimais pas ça du tout. Une fois la grille ouverte, je me garai dans un crissement de pneus devant la porte et sortis prestement de la voiture, martelant de coups la porte. Bella vint ouvrir quelques minutes plus tard et m'observa un instant avant d'ouvrir la bouche.

- Edward, ça ne va pas ? demanda-t-elle, visiblement inquiète.

- Où est ton futur mari ? répondis-je, d'une voix glaciale.

Je n'arrivais pas à changer mon ton. J'en étais incapable. Mes mains tremblaient d'une rage mal contenue et tout ce que je désirais en ce moment était un putain de sac de sable dans lequel je pourrais me défouler. Mais avant, il fallait que je parle à Black. Bella me fixait étrangement, abasourdie par mon soudain changement de comportement. Puis, ses yeux tombèrent sur mes poings tremblants. Elle amorça un pas dans ma direction, mais je mimai le recul.

- Edward ? répéta-t-elle, tentant de me sonder de ses prunelles chocolat. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Bella, laisse-moi rentrer, la priai-je, enfonçant mes poings dans mes poches.

Elle s'effaça de l'entrée alors que je pénétrai dans la maison. J'entendais la douche couler et je supposais que c'était l'indien qui se trouvait dans la salle de bain. J'allais me diriger vers la cuisine lorsque Bella me saisit le bras. Me retournant, je la regardais profondément, admirant une fois de plus la beauté si singulière de son visage. Dieu, cette femme était vraiment superbe ! Elle semblait vraiment inquiète pour moi, et un frisson de plaisir me secoua. Elle ne comprenait pas la situation, je pouvais le lire dans ses yeux. Mais je ne comptais pas non plus lui expliquer dans quelle merde je me trouvais. C'était mon problème et je devais la protéger de toute la cruauté du monde extérieur. Elle n'avait pas à savoir ce qui allait me tomber dessus, si je ne laissais pas tomber cette affaire. Mais plutôt crever que d'arrêter cette mission. S'il le fallait, je prendrais les balles à la place de Bella, parce que je l'aimais à en mourir et que c'était tout ce que j'étais capable de lui offrir. Je lui avais déjà tant pris par le passé que je devais bien faire quelque chose pour me racheter. Et si je devais me faire buter en voulant la sauver, il était clair que je le ferais.

- Edward, murmura-t-elle à nouveau, posant sa main sur ma joue.

Ç'en fut trop pour moi. Je l'attrapai par les bras et plaquait férocement mes lèvres sur les siennes. Elle gémit contre mes lèvres, mais enroula néanmoins ses bras autour de mon cou. Avec une sorte d'urgence, je forçai le barrage de ses lèvres, trouvant sa langue par la même occasion. Bella se montrait étrangement réceptive à mes assauts et en redemandait, même. Je la saisis par la taille et la faisait reculer, jusqu'à rencontrer le mur. Me collant contre elle, je le serrais contre moi, simplement. J'avais besoin de ce contact avec elle, c'était vraiment une nécessité. Ma colère semblait retomber en sa présence et c'était une excellente chose. Je ne voulais pas que Bella me voit perdre les pédales, car si elle ne voulait pas de moi maintenant, nul doute qu'après m'avoir vu dans un de mes accès de folie, elle n'oserait même plus me regarder, tellement je lui ferais horreur, ou bien pire ; peur. J'ôtai un peu brutalement mes lèvres des siennes et plongeai ma tête dans son cou. Collant ma tête à la sienne, je ne faisais rien d'autre que de la tenir dans mes bras. La tension qui contractait mes muscles redescendit lentement jusqu'à partir totalement. Bella, elle, caressait doucement ma nuque de ses doigts fins et ne pipai mot. Un de ses mains descendit le long de mon dos, provoquant en moi un long frisson. Puis elle se mit à tracer des symboles n'ayant ni queue ni tête dans mon dos. Comme si elle voulait me réconforter. C'était un instant bouleversant de tendresse, et ça me rappelait combien j'étais bien dans ses bras. Combien je la voulais à mes côtés pour le reste de ma vie. Resserrant mon emprise sur sa taille, je me collai davantage à elle, si tant est que cela fût possible, tandis qu'elle noua plus étroitement ses bras autour de mon cou. Sa tête se posa sur le haut de mon torse et je posai le menton dessus. Son parfum de freesia emplit mes narines. Une vague violente d'amour se déversa sur moi et j'avais besoin de le partager avec elle. De lui montrer à quel point elle comptait pour moi. Que tout ça n'était pas un jeu. Et je n'avais qu'une manière de lui montrer ça.

Reculant légèrement ma tête, je posai deux doigts en dessous de son menton pour que je puisse à nouveau contempler son visage. Son si beau visage, avec ses prunelles dans lesquelles je me noierais sans problèmes. Je manquai de m'étrangler sous l'émotion et penchais doucement ma tête. Elle avait le temps d'anticiper ce qui allait arriver, et si elle ne le voulait pas, elle pouvait facilement se dégager. Pourtant, elle ne le fit pas et je souris contre ses lèvres. L'embrassant avec douceur et respect, je ne prenais que ce qu'elle m'offrait. Curieux contraste avec mon comportement d'à peine quelques secondes auparavant. Ce fût un baiser doux et sensuel à la fois. Comme si nous nous cherchions sans réellement nous trouver. C'était un peu le reflet de notre situation actuelle, à vrai dire. Le style « Je t'aime, moi non plus » était ce qui pouvait décrire au mieux la relation bancale que nous entretenions. Bella me surprit grandement lorsqu'elle entrouvrit les lèvres pour venir caresser les miennes de sa langue. Je lui permis instantanément l'accès et nos langues se retrouvèrent aussitôt, se caressant amoureusement. J'étais le plus tendre possible, essayant de faire passer mes sentiments par ce baiser qui était au-delà de toutes mes espérances. Elle recherchait mon contact, bon dieu. Elle le recherchait.

Masen, t'es vraiment sur la bonne voie, mec ! Tu peux pas t'arrêter en cours de route, il faut que tu continues !

Ouais, c'était aussi ce que je pensais. Mais comme tout le monde le sait, les bonnes choses ont une fin. Et une porte claquée nous interrompit dans notre moment d'intimité. Black revenait vers la cuisine et nous nous trouvions dans une position compromettante. A ma plus grande surprise, Bella se détacha de moi doucement, un peu chancelante. Je la stabilisai d'une main et je ne pus m'empêcher d'avoir un petit rire. Elle me lança un regard irrité puis esquissa un mince sourire avant de passer devant moi et se diriger vers la cuisine. Je la suivais lentement, sans me presser, encore trop bouleversé par ce qu'il venait de se passer entre nous. J'avais l'impression que nous avions passé une étape. Restait à savoir laquelle. Chaque instant passé avec elle me semblait être un casse-tête à résoudre. J'avais toutes les clefs en mains, il me fallait juste être rusé pour parvenir à mon but. Mais je n'eus pas le loisir de m'attarder davantage car l'indien fit son apparition dans la cuisine.

- Edward ? Avez-vous oublié quelque chose ? demanda Black, surpris de me voir à nouveau chez lui.

- Je dois vous parler. C'était urgent, déclarai-je d'un ton que je voulais grave.

Bella releva la tête, et je sentais son regard peser sur moi. Mais pour ne pas griller le peu de crédibilité que j'avais auprès de l'avocat, je me bornai à le fixer lui.

- Allons discuter de ça ailleurs, vouez-vous ? proposa-t-il, m'invitant d'un geste de la main à m'engouffrer dans le couloir.

Je passai devant lui et jetai un rapide coup d'œil à Bella qui nous fixait, confuse. Je ne tentai même pas de lui lancer un faible sourire. Je n'en étais pas capable. Durant notre petit moment ensemble, j'avais oublié ce fardeau qui pesait sur mes épaules. Et le retour à la réalité n'en était que plus difficile. Je me dirigeai vers le bureau et nous pénétrâmes dans la pièce quelques minutes plus tard. Je pris place dans un des fauteuils moelleux sans prêter davantage attention à l'indien. Il brandit une bouteille de scotch devant moi et j'acquiesçai silencieusement. Sans un mot, il sortit deux verres et nous servit. Me tendant la boisson, il prit ensuite place et me fit face.

- Alors, Edward, qu'avez-vous de si important à me dire ? s'enquit-il, sérieusement.

- J'ai eu Emmett, mon supérieur, au téléphone, avant de revenir ici. Il ne m'a pas annoncé de bonnes nouvelles.

- Ah oui ? demanda-t-il, les sourcils froncés. Quelles sont-elles ?

- Quelqu'un s'est introduit dans nos locaux. Plus précisément dans une salle où nous stockons tous nos dossiers ainsi que les informations confidentielles.

- Continuez, m'intima Black, ne comprenant pas vraiment où je venais en venir.

- Il se trouve que mon dossier a disparu, annonçai-je. Emmett, et mon coach, Jasper, ont passé la journée a tout reclasser, à vérifier qu'il ne manquait rien. Et il est apparu que toutes les informations me concernant ont été effacées ou volées. Il n'y a pas une trace de mon passage dans cette agence.

- C'est très étrange, concéda Black. Vous savez qui a fait ça ?

- Ils pensent que tout ça a un rapport avec la mission que vous m'avez confié. Vous vous dressez face à des criminels qui ont le bras très, très long, monsieur Black. Et il se pourrait bien qu'il y ait des retombées. Notamment sur moi.

- Vous êtes ici pour me dire que vous arrêtez de travailler pour moi, n'est-ce pas ?

- A vrai dire, je viens ici pour vous assurer que quelques soient les risques, je reste. Vous m'avez engagé pour protéger votre femme, et c'est ce que je vais faire. J'ai un engagement auprès de vous, et je compte bien le respecter.

- N'avez-vous donc personne à protéger d'une éventuelle menace ? questionna-t-il, et je devinais qu'il cherchait à savoir si une femme partageait ma vie.

- Je n'ai pas votre chance, monsieur. Personne ne m'attend chez moi lorsque je rentre, le soir. Maintenant, il y a Emmett, qui a insisté pour que je vienne emménager chez lui le temps que tout ça se calme.

- Pas de petite-amie ? s'étonna l'indien. Moi qui vous pensait bourreau des cœurs, sourit-il. Quoi qu'il en soit, votre supérieur a eut une excellente idée. Il n'est pas prudent de rester seul chez vous en ce moment. Je tiens également à vous présenter mes excuses pour cette situation. Vous n'avez rien demandé et vous voilà dans de sales draps. Je suis sincèrement désolé.

- Il n'y a pas mort d'homme, plaisantai-je. Comme je vous l'ai dit, c'est un des risques du métier alors ça ne m'inquiète pas plus que ça. Emmett tenait juste à ce que vous soyez au courant.

- Si jamais cela vient à se reproduire, tenez-moi au courant, d'accord ? demanda-t-il tout en avalant une gorgée de scotch.

- Je vous le dirai, promis-je tout en me levant. Et bien, je crois qu'il est temps pour moi de rentrer. Je vous ai assez ennuyé pour aujourd'hui, souris-je poliment. A demain, monsieur, ajoutai-je tout en tendant la main.

- A demain matin Edward, répondit-il, serrant ma main tendue. Faîtes attention à vous, me conseilla-t-il gravement.

- Ne vous en faites pas, je suis un grand garçon, raillai-je avant de sortir de la pièce. A demain madame Black, lançai-je à Bella lorsque je passais devant elle.

Quittant la villa pour la seconde fois de la journée, je roulais en direction de l'appartement d'Emmett. Tout ça était une merde à laquelle je n'étais pas préparé. Pourquoi fallait-il que tout se complique au moment où ça allait à peu près ? Je m'inquiétais davantage pour Bella. Ces menaces ne devaient pas être prises à la légère et je craignais que malgré ma protection, il ne lui arrive quelque chose. Un sourire vint jouer sur mes lèvres lorsque notre moment d'intimité me revint en tête. Bon dieu, j'étais tout chamboulé à ce souvenir. Ce moment nous avait été dédié. Comme si on avait été coincés dans notre bulle d'amour, rien qu'elle et moi. Ç'en était d'autant plus perturbant que je ne savais absolument pas ce qu'elle pensait à propos de ça. Pourtant, dans ses gestes, la situation semblait claire. Tout était si confus que je me perdais en suppositions et en « et si … ». C'était vraiment un casse-tête ce truc. L'amour en lui-même était un casse-tête constant. Peut-être même l'était-ce davantage parce notre situation était déjà complexe à la base.

Masen, vérifie que tes couilles soient encore dans ton caleçon. On sait jamais !

Je soupirais tout en me garant devant l'immeuble où habitait Emmett, et accessoirement, l'endroit où j'allais vivre jusqu'à nouvel ordre. Je grimpais rapidement les deux étages qui me séparaient du colosse, et cognait vivement à la porte. Le géant m'ouvrit et son expression me cloua le bec. Il était grave, et sombre. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Je l'observais, complètement éberlué. Pourquoi faisait-il une tête pareille ? Avait-il découvert quelque chose à mon appartement ? Il me fit signe d'entrer et lorsque je passais le seuil, l'atmosphère me sembla changer brusquement, bien plus oppressante. Je feignis de ne rien remarquer et me dirigeai vers le salon, sans un mot. Je vis Jasper faire les cent pas, jetant des regards fréquents à l'enveloppe marron, posée sur la table basse. Dessus, mon nom était écrit en lettres d'imprimerie. Je m'avançai rapidement et en regardait le contenu, sous les yeux attentifs de mes deux amis. J'en sortis une photo en premier lieu. Une photo de Bella et moi, prise le jour même. Un frisson d'effroi me parcourut l'échine. Nous sortions de la boutique de lingerie à ce moment là. Ma tête était entourée d'un petit rond rouge, ciblée. Je déglutis péniblement. Ainsi, leurs craintes étaient fondées. Je vis qu'un autre papier trainait dans l'enveloppe. C'était une note qui m'était adressée.

« Monsieur Masen. Nous savons qui vous êtes et nous savons où vous trouver. Nous savons tout de vous. Ne vous mêlez pas de nos affaires, et abandonnez la protection de Mademoiselle Swan. Vous vous épargnerez bien des soucis. Ceci n'est pas un conseil, mais un ordre. Désobéissez et vous devrez répondre de vos actes. »

- Au moins, ça a le mérite d'être clair, ris-je d'un rire qui sonnait affreusement faux. Et merde, soupirai-je. Qu'est ce qu'on fait ? leur demandai-je, la tête entre mes mains.

- Tu as bien lu le mot, Eddy. Tu vas appeler Black pour lui dire que tu as changé d'avis. Tu arrêtes ce boulot et pas plus tard que maintenant, déclara Emmett, très sérieusement.

- Il me semble déjà t'avoir dit de ce que je pensais de cette idée, Emmett. J'ai dit à Black que je n'arrêterais pas, et je ne vais pas le faire. Demain, je me présenterais à la villa comme si de rien était, et tout ira bien, vous verrez.

- Edward, souffla Jasper. Prends au sérieux cette menace, s'il te plait. Tu sais bien qu'on te soutiendra quelle que soit ta décision, mais par pitié, fais attention à toi.

- Je sais ce que j'ai à faire, Jazz. T'inquiète, assurai-je avant de me diriger vers la porte d'entrée.

- Où tu vas, Eddy ? interrogea anxieusement le colosse.

- J'ai une arme dans la boîte à gants. Je vais la chercher. On sait jamais, pas vrai ?

Emmett esquissa un sourire tandis que Jasper acquiesçait. C'était ma manière à moi de leur montrer que j'avais bien compris, que ça soit leurs paroles, ou bien la menace de ce fichu bout de papier. Je n'étais pas stupide au point d'ignorer ce truc. Je savais que tout ça était bien plus réel que je ne voulais l'admettre. Et ça me foutait les jetons que ça soit pour moi, ou bien pour Bella. Je descendis rapidement les deux étages et sortis dehors. Je repérai rapidement ma Volvo malgré l'obscurité, mais me statufiai la seconde suivante. Quelqu'un tournait autour de la voiture. Merde. Je me cachais derrière la première voiture qui se trouvait à ma gauche. Par une heureuse chance, l'endroit n'était pas éclairé. Emmett habitait un quartier dit mal famé, et donc la préfecture ne jugeait pas utile d'investir dans des lampadaires pour qu'ils soient détériorés dans les semaines qui suivent. En un sens, ils avaient tout à fait raison. Et je les bénissais en ce instant pour ne pas avoir installé de lumière. Autrement, il m'aurait été beaucoup plus difficile d'approcher l'homme qui tournait autour de ma voiture sans me faire repérer. J'étais encore en tenue de travail, ce qui voulait dire que j'avais mon arme de service sur moi. La sortant discrètement, je la chargeais alors qu'un klaxon retentit au loin, ce qui passa totalement inaperçu. Courant à moitié plié derrière les voitures, je m'approchais de plus en plus de l'endroit où se trouvait l'homme. Il semblait trifouiller au niveau de la roue avant, mais je ne voyais pas bien dans le noir. Je décidai, par ailleurs, que c'était maintenant ou jamais. Je passais par derrière et pointait mon arme sur sa tête alors qu'il était encore accroupi.

- Je peux t'aider, peut-être ? demandai-je d'une voix dure.

L'homme se raidit brusquement, s'apercevant enfin de ma présence. Il esquissa un mouvement vers l'intérieur de sa veste, mais j'appuyais le bout de mon arme sur sa tête.

- A ta place, j'éviterais, lui conseillai-je. Relève-toi, ordonnai-je.

Il s'exécuta sans un mot et je pus analyser sa corpulence. Dans le noir, je ne distinguais pas clairement son visage et à vrai dire, ça ne m'importait pas vraiment. Il faisait à peu près ma taille, si ce n'est qu'il avait une carrure plus imposante que la mienne. Je le tenais en joue et c'était tout ce qu'il y avait à savoir. J'étais certain que même dans le noir, il pouvait très bien voir que je brandissais une arme dans sa direction. De toute manière, au moindre mouvement, je n'hésiterais pas à l'abattre. C'était soit moi qui y passait, soit lui, alors tant qu'à faire, autant que ça soit moi.

- Bien. Je ne vais pas prendre la peine de te dire qu'au moindre mouvement suspect, je te bute. Je suppose que tu le sais déjà, donc passons, continuai-je d'une voix faussement détendue. Que faisais-tu sur ma voiture ? Qu'est ce que tu as installé à la roue avant ? questionnai-je alors qu'il restait muet. Qui t'envoie ? demandai-je à nouveau. Qu'est ce que tu fais ici ?

L'homme resta désespérément silencieux.

- Je pense que tu n'as pas bien compris la chose, mon petit. Tu es devant moi, et c'est moi qui tiens le flingue. Alors soit tu réponds, soit je te colle une balle dans tes bijoux de famille dans la seconde qui suit, rétorquai-je, menaçant. Je te le demande une dernière fois ; qui t'envoie ?

- Je … je ne sais pas, bégaya-t-il, et j'identifiai à sa voix qu'il était bien trop jeune pour faire ce genre de boulot. Bordel. Un enfant !

- On m'a contacté par téléphone, continua-t-il d'une voix un peu tremblante. Je ne connais pas mon employeur. Je ne l'ai d'ailleurs jamais vu.

- Qu'est ce que tu faisais sur ma voiture ? l'agressai-je à nouveau.

- Je … j'installai une puce qu'ils m'ont fournie. Avec ça, ils auraient pu vous suivre à la trace.

- Oh, intéressant. Et tu n'as vraiment aucun contact avec tes supérieurs ? réitérai-je, avec espoir.

- Ils vont simplement me passer un coup de fil tout à l'heure pour s'assurer que la puce est bien en place.

- Parfait. Et bien tu vas leur passer un petit message de ma part. Tu leur diras que je les attends le pied ferme et qu'ils ont beau prétendre me connaître, on ne provoque pas Edward Masen comme ça. Tu leur diras aussi d'aller se faire mettre, et puissamment, d'accord ? Et bien sûr, avant de repartir, tu vas m'enlever cette merde de ma voiture. Je me suis bien fait comprendre ?

L'ombre acquiesça vivement et s'accroupit presque aussitôt. Je le vis chercher la dite puce et la sortir quelques secondes plus tard. Il me la montra bien que je ne voyais pas grand-chose et la fourra dans sa poche.

- Allez, tire-toi maintenant. Et n'oublie pas de transmettre mon message, raillai-je tout en l'observant détaler en courant.

J'ouvris la voiture sans plus me soucier de cet idiot et en sortis rapidement ma seconde arme que je conservais dans la Volvo, en cas de secours. Je pris également les deux chargeurs et fourrait le tout dans les poches. Fermant la voiture, je remontais à l'appartement, découragé. Les ennuis ne faisaient que commencer …


Voilà le quatrième chapitre, et j'espère sincèrement qu'il vous plaira. Moins de lemon, désolée pour celles qui en voulait. Mais il faut bien que l'histoire se construise, n'est-ce pas ? En attendant, je voulais vous prévenir que j'avais fait une petite faute dans l'article précédent, qu'Isatis m'a gentiment fait remarqué. Si jamais vous voyez que je marque Edward Cullen, c'est une erreur de ma part. Mon personnage s'appelle bien Edward Masen. C'est juste l'habitude de voir Edward Cullen qui reste.

Quoi qu'il en soit, vous êtes quelques unes à m'avoir demandé si je comptais faire des chapitres du point de vue de Bella. La question m'a déjà traversé l'esprit et donc je voulais juste faire un rapide sondage pour savoir si vous vouliez que je fasse l'intégralité de la fiction du point de vue d'Edward, ou quelques passages comme ce chapitre par exemple, des deux point de vue ?

Le prochain chapitre arrivera ... en fait je ne sais pas quand. J'ai de la chance, pour l'instant, je ne suis pas surchargée de travail à la fac, et donc, normalement le prochain chapitre arrivera le week-end prochain. Mais je ne promets rien. Merci aussi à toutes celles qui me laissent ces adorables reviews que je me fais un plaisir de lire !

Cécyle.