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A peine la porte du téléporteur fut-elle fermée qu'ils se retrouvèrent déjà à l'endroit où John avait l'intention de passer le déjeuner avec Elizabeth. Quand la porte s'ouvrit, elle comprit tout de suite où elle se trouvait : un air frais lui fouettait le visage, une odeur âcre d'huile et de graisse comme dans un garage … le hangar à Jumpers ! Interloquée par ce choix, elle se retourna vers John :

J : « Quoi ? »

E : « Non rien … je voyais ça plus … »

J : « … Romantique ? » dit-il amusé.

E : « Pas du tout … Ne me dites pas que vous comptez me faire sortir de la citée ? »

J : « Non. »

Bien sur, ce « non » tintait faussement aux oreilles d'Elizabeth. Elle aurait voulu rétorquer, lui dire ce qu'elle pensait de ce caractère de cochon mais tout s'évanouit quand il ouvrit la porte arrière du jumper 3 : à l'intérieur, des guirlandes de fleurs étaient suspendues au plafond, une nappe, ainsi que des couverts, étaient dressés … même des ballons gonflages jonchaient le sol ; et le final : quelques bougies donnaient une ambiance romantique à la scène.

E : « Mais … »

John s'approcha derrière elle et lui murmura à son oreille un « joyeux anniversaire Elizabeth » avant d'entrer.

E : « Je vous ais déjà répété que ce n'était pas mon anniversaire !!! »

J : « Pourquoi continuer à le nier ? »

E : « … »

John décelait, non plus de la colère dans l'attitude d'Elizabeth mais de la gêne. Il n'insista pas alors mais tint quand même à sa surprise, maintenant qu'ils y étaient.

J : « Bon … euh … asseyez-vous. »

A quoi bon résister, de toute manière, John arrivait toujours à ses fins, d'une manière ou d'une autre … et elle savait … elle savait qu'il ne se contenterait pas de déjeuner avec elle ici … elle savait qu'il allait l'emmener ailleurs … elle détestait quand il faisait ça ! Elle qui se réclamait si forte avec tant de hargne … devant lui, elle n'avait plus d'assurance, son autorité tombait aux oubliettes … pourtant, il n'était pas différent des autres hommes sous son commandement … alors pourquoi n'arrivait-elle pas à avoir le dessus sur lui …

D'un geste, il ferma la porte arrière du jumper, plongeant celui-ci dans une ambiance tamisée aux lueurs dorées … Elizabeth s'assit alors, non pas sur la nappe dressée à même le sol mais aux coté du pilote, devant.

J : « Mais … »

E : « Je sais très bien que vous comptez m'emmener quelque part, alors, finissons-en ! Arrêtons de tourner autour du pot !! »

Son ton était un mélange d'agacement mais aussi d'empressement : une sorte d'excitation de ce que pouvait lui réserver John. Le connaissant, il n'avait pas du faire les choses à moitié : peut-être avait-il dressé une table plus somptueuse sur la cote ? Peut-être avait-il mis de plus grandes décorations ?

Sans un mot de plus, John s'assit aux cotés de Liz et ouvrit à distance le sas par lequel s'échappaient les jumpers de la citée. Par apposition de ses mains, il illumina la console et quelques secondes pus tard, des vibrations retentirent, un bruit sourd naquit.

E : « Que diront les autres ? Ils savent que … »

J : « Oui, j'en ais parlé à Ronon. »

E : « Que lui avez-vous dit ?? » dit-elle étonnée.

J : « La vérité : que nous partions tous les deux pour une petite balade. »

E : « Vraiment ? »

J : « Vraiment. On y va ? »

E : « Oui. »

Elle avait bien sur en tête beaucoup d'autres questions, mais même si ces dernières pressaient pour sortir, Elizabeth garda les lèvres closes ; elle aurait voulu l'asséner de questions mais elle se retint et quand le jumper sortit de la citée, elle oublia ses questionnements pour contempler la citée vu du ciel. Toujours fourrée dans son bureau, elle n'avait que rarement l'occasion de sortir de la citée et encore moins en jumper. Jamais très à l'aise dès qu'elle n'avait pas les pieds qui touchaient terre, John sentait en elle une légère crispation au vu de la hauteur vertigineuse qu'il prenait.

Eblouie par les reflets du soleil qui semblaient danser sous elle, elle en perdit toutes notions … et quand John osa sa main sur la sienne, elle sursauta.

E : « Qu… Quoi ? »

J : « Du calme … Je me demandais … vous voulez prendre les commandes ? »

E : « Du jumper ? Oh non merci … je ne suis déjà pas très rassurée en temps normal, je préfère encore voir un pilote chevronné aux commandes. »

J : « Merci du compliment. »

E : « De rien ... surtout si vous m'amenez à bon port … d'ailleurs, je ne suis pas experte en topographie mais … est ce que nous ne nous éloignons pas des cotes ? »

J : « Si. »

E : « Mais … »

J : « Vous ais-je dit que nous allions sur les cotes ? »

E : « Non mais … vous ne comptez quand même pas faire flotter le jumper sur l'eau durant notre déjeuner ? »

J : « Absolument pas. J'ai ma petite idée sur la question. Ne vous inquiétez pas. »

E : « M'inquiéter ? Mais je n'arrête pas avec vous !! »

J : « Très drôle. »

Le voyage dura encore 40 bonnes minutes avant qu'Elizabeth ne s'impatiente vraiment ; et comme pour répondre à ses prières silencieuses, elle aperçut à l'horizon un point noir grossissant au fils des kilomètres avalés par le jumper. Et comme pour répondre à la question qu'elle s'apprêtait à poser …

J : « Oui c'est ici que nous nous rendons. »

Elizabeth leva un sourcil et sourit légèrement devant la joie non dissimulée qu'elle perçu dans la voix de John. Ce dernier fier du petit effet de surprise, bombait le torse et jubilait intérieurement de lire dans le regard de Liz, cette petite pointe de curiosité et d'excitation liée à l'inconnu.

E : « Comment avez-vous pu tomber sur ça au milieu de l'océan ? »

Elle sentit alors le jumper ralentir, les secousses devenant plus faibles … elle pu alors constater que le petit point noir à l'horizon était devenu une petite île en forme de croissant de lune sur laquelle paraissait une végétation dense, bordée d'une plage de sable blanc. Si elle ne savait pas où elle se trouvait, elle jugerait être en vacances dans une des nombreuses îles de l'archipel des Bahamas ! Et au fur et à mesure que le jumper s'approchait de l'île, elle apercevait des petits détails comme la couleur turquoise et cristalline de l'eau, les kilomètres de plage … un endroit de rêve en somme.

Mais, tout à coup, un soubresaut du jumper la tira de sa contemplation … puis un deuxième … Pas vraiment paniquée, mais pas non plus rassurée, elle jeta un œil à John, lui épargna le sempiternelle « Qu'est ce qui se passe ? », pour scruter le moindre mouvement trahissant l'angoisse chez le jeune homme. Mais comme tout bon militaire qui se respecte, l'attitude de John ne trahissait en rien ce qu'il ressentait … impassible, il scrutait l'horizon, jetant quelques coups d'œil à droite et à gauche … il savait qu'Elizabeth stressait mais pour rien au monde il ne risquerait sa vie …

Mais le sort s'acharna : après quelques turbulences, un bruit strident se fit entendre … si strident que Liz s'en boucha les oreilles en plaquant ses paumes de main dessus.

E : « Mais … »

Elle n'eut pas le temps de dire autre chose que le jumper piqua du nez … Une sensation de vertige pris la jeune femme : comme lorsque l'on prend un grand 8 dans une descente vertigineuse, notre estomac remontant jusqu'à notre gorge, Elizabeth se sentait partir vers l'avant … son regard fixé vers cette plage qui se rapprochait dangereusement ; plage qu'elle admirait quelques minutes plus tôt et qui, à présent, la terrifiait. Elle jeta un œil à John … et là, elle comprit. Quelque chose de grave se passait … il s'était voulu rassurant mais son regard le trahissait à présent : ses yeux cherchaient quelque chose, un moyen de s'en sortir … mais l'océan se rapprochait … à cette vitesse, se crasher dans l'eau revenait à s'écraser sur du béton … autant dire qu'ils n'y réchapperaient pas …

Un frisson s'empara d'elle alors : une idée stupide, une idée idiote lui traversait l'esprit : qu'adviendrait-il d'Atlantis ? Elle ne pouvait pas mourir maintenant, elle avait trop de choses à faire, à voir … non ce n'était pas son heure … bien que non croyante, elle priait intérieurement un Dieu qui serait assez miséricordieux pour l'épargner elle et John … pour les garder en vie … oui elle priait.

John, lui, était impuissant : qu'était-il en train de se passer, pourquoi les commandes ne répondaient-elles plus ? Et ce bruit strident, qu'est ce que s'était ?? Mais pourquoi Rodney n'était-il pas là quand il fallait !!!! Et Elizabeth … lui qui tenait à lui faire passer un bon anniversaire, ils vivaient surement les derniers instants de leur vie … et il ne lui avait même pas dit …

E : « John … JOHN !!! »

J : « Ca va aller … Allez à l'arrière du jumper ! »

E : « Mais … »

J : « ALLEZ !!!!!!!! »

Et tandis que John essayait de reprendre les commandes et de redresser l'appareil, Elizabeth, avec du mal, se leva avant de tomber à plat ventre par terre … après avoir rassuré John qu'elle allait bien, elle rampa jusqu'à l'arrière : les décorations que John s'était évertué à soigneusement attacher, volaient à présent dans une anarchie la plus complète : la vaisselle se brisa, les bougies s'éteignirent, les guirlandes tombaient une à une ; et quand John s'assura qu'elle y était bien, il lui ordonna de s'attacher avec les sangles, ce qu'elle fit.

E : « John … Et vous ?? »

J : « Je … Accrochez-vous Elizabeth. »

Puis il se retourna un bref instant … juste le temps pour lui de croiser le regard effrayé d'Elizabeth … il allait faire quelque chose de stupide, elle le savait …

E : « John NON !!! »

J : « Je suis désolé. »

Puis d'un geste franc, il pressa le bouton qui ferma la porte du sas arrière, séparant le devant du jumper avec l'arrière.

E : « NOOOONNNNNN !!! »

Le jumper semblait prendre de la vitesse ; à présent, la seule chose qui freinerait sa descente ne serait que l'impact de ce dernier avec le sol … John fit une dernière manœuvre désespéré, en sachant que le crash serait inéluctable : il redressa un peu l'appareil avant que celui-ci ne heurte violemment la surface de l'océan et ne rebondisse quelques mètres plus loin … avant de glisser sur l'eau pour n'être arrêté que par le sable …

Comme la carcasse d'un animal mort, le jumper gisait, fumant, sur la plage … plus aucun bruit, plus aucun mouvement … plus rien.

a suivre .......