Bonjour, Bonsoir ! Excusez le léger retard pour ce chapitre mais quelques imprévus dans les deux dernières semaines m'ont ralentie dans ma rédaction et je n'ai terminé que ce matin… Voici donc la suite du Bal masqué. Bonne Lecture !

Just1ne : Neji est effectivement présent (je crois bien que j'ai oublié de mentionner la présence des Hyûga au tout début, mea culpa) et je vous réserve aussi la surprise de l'apparition d'un cinquième –et dernier- Prince dans ce chapitre ! Naruto aura un (tout petit peu de) répit dans celui-ci mais j'aime un peu trop le torturer pour le laisser s'échapper aussi facilement huhu.

You : Karin s'en est pris plein la tête oui mais un Naruto en colère est très difficile à contenir. Par contre, il n'aurait jamais osé frapper un Prince (pas l'envie qui manque je te l'accorde) du moins pas en n'étant pas chez lui…

Harley A. Warren : J'ai bien revu certains points pour la suite dans le but de vous éclairer un peu sur l'environnement de cette histoire, merci encore pour tes éclairements.

Je tiens aussi à souligner que : « stylée des contrées sophistiquées », qui est utilisé pour désigner la robe de Karin, a effectivement un caractère 'Raciste' (je préfère dire discriminatoire mais soit). Cependant, et je le dis pour tous, il ne s'agit en aucun cas de ma propre opinion sur le sujet (dans le monde irl) mais de celle des personnages (selon leur ligne de pensée dans cet univers). Je tenais simplement à le noter pour éviter toute confusion sur ce point de vue qui m'a été soulevé. Vous découvrirez bien rapidement dans ce chapitre et le suivant les idées fort péjoratives de chacun concernant les étrangers et la discrimination ouverte qui leur est portée.

Chapitre 3

Ou comment se faire oublier…et sur scène être ramené.

L'inévitable finit par arriver : la tête de Naruto tourna soudainement d'un côté après avoir reçu de la main de sa mère une gifle sèche qui résonna en écho dans toute la pièce. De nombreux regards se tournèrent dans leur direction, sans doute alertés par le cri de surprise qui s'était échappé de la bouche de Karin, alors que ceux des principaux concernés s'affrontaient dans un lourd silence. Naruto était plus que choqué. Jamais, au grand jamais, sa mère n'avait osé lever la main sur lui auparavant, et Kami-sama savait très bien à quel point il avait été un enfant turbulent, alors pourquoi maintenant ? La gifle en elle-même n'avait pas été très douloureuse, pourtant, cela n'empêcha pas les grands yeux bleus de se brouiller de larmes rageuses, retenues certes mais bien présentes.

Aucun mot ne fut échangé, seuls les visages -fermé pour l'une et défiant pour l'autre- se faisaient face dans une tension palpable. Si la vue des larmes contenues de son fils parvint sans mal à broyer le cœur de Kushina, l'honneur et les tiers présents dont les yeux et les oreilles avaient tout compris de la situation depuis son début, l'empêchaient de s'excuser ou même de s'expliquer. Naruto avait fauté, il avait insulté devant tous la Lignée qui les recevait et bien qu'elle soit pour le moins en accord avec cette révolte face à tant d'hypocrisie et d'opportunisme, elle ne pouvait que se réjouir d'être au moins considérée par les Princes. Trop longtemps coupé du monde sur leur île mystérieuse, le peuple du Tourbillon avait rapidement cessé d'exister sur les liste d'invitation des grandes fêtes des pays du continent et y figurer à nouveau annonçait haut et fort la possibilité de refaire leur place dans le monde. Aucun écart ne serait donc toléré et cela même s'il parvenait de son propre fils, avait-elle décidé à contre cœur.

Une décision qu'elle regretta aussitôt quand elle lut sans mal toute la douleur du monde passer dans le regard bleuté de Naruto, toute sa colère aussi. Elle savait pertinemment qu'elle n'était pas entièrement dirigée contre elle mais aussi en partie aux deux têtes couronnées non loin, l'illusion était parfaite : son fils la détestait. Elle y crut dur comme fer et son cœur se serra davantage en le voyant finalement reculer d'un pas, ses yeux toujours dardés dans les siens. Puis, le contact se rompit brusquement. Sans un regard ni même une révérence pour les hôtes de la soirée, le blond se détache du groupe de royauté pour fendre la foule, passant sans vraiment le réaliser sur la piste de danse en bousculant quelques danseurs pour se diriger vers la sortie. Il ne souhaitait maintenant qu'une chose : se faire oublier et disparaître.


Mikoto avait amené la Kage du Tourbillon depuis quelques instants maintenant, la soustrayant ainsi aux regards des Princes juchés sur leur demie-hauteur pour tenter de la réconforter. Sasuke avait profité du mouvement pour s'isoler en privé avec sa nouvelle proie à qui il n'avait cessé de faire du charme sans aucune discrétion. Shisui s'était avancé pour suivre les deux femmes du regard et contempler en silence les danseurs quand il sentit sur sa nuque le regard insistant de son Prince.

« Qu'y a-t-il ?, finit-il par demander sans même se retourner.

-Je m'interroge sur la mouche qui t'a piquée, répondit calmement la voix du Prince de l'Esprit. Je ne me surprends plus du comportement de mon frère -aussi regrettable et indomptable est-il- mais venant de ta part…je suis déçu. Tu n'as jamais été aussi belliqueux, Shisui, et ce même envers des étrangers. Pourquoi maintenant ? Ou pourquoi lui ?

Lui, oui, car Itachi était peut-être masqué mais il n'en était pas pour autant aveugle : Shisui avait craché tout son venin contre un seul des représentants de la Lignée Uzumaki et cette personne n'était nulle autre que l'Héritier. Pourquoi agir comme une telle brute alors qu'il était certainement le plus diplomate de tous les Uchiwa ?

-Pourquoi Shisui ? De quoi as-tu peur ? Tu t'es senti menacé ?

-Je n'ai peur de rien !, tonna d'abord la voix de l'interrogé en retournant son masque de loup vers lui. Et encore moins d'un Prince de pacotille qui ne représente absolument rien pour moi, encore moins une menace !

La voix soudain grondante et le regard colérique à son attention confortèrent Itachi dans l'idée que ce n'était plus l'homme qui s'adressait à lui mais bien la bête tapie au fond du chakra de son cousin. Le Loup était depuis toujours le symbole de Shisui mais plus que cela -et très peu de personne le savait même parmi les Uchiwa- il était également l'incarnation de sa Seconde Nature. Il était la forme que son chakra avait pris à son Éveil et avait cohabité jusque-là avec le simple homme qu'il était sans faire de remous*. Savoir que la seule apparition d'un Prince étranger avait suffi à le faire bondir de son sommeil l'intriguait autant que cela l'inquiétait. Qui était donc le Prince Uzumaki pour que le grand Loup légendaire se sente menacé ? Ou du moins, dérangé. Qui était-il vraiment…?

-Dans ce cas tâche de retenir un peu plus ta langue en présence d'invité de marque. Ils méritent autant de distinction à titre de Lignée que nous en avons de notre propre peuple, lui rappela simplement Itachi en échappant un soupir las, de toute évidence, il ne serait pas facile de reprendre le flambeau avec un Conseiller aussi instable… »


Le long couloir sur lequel avait donné les portes de la salle de bal déboucha enfin sur ce que Naruto prit pour une simple verrière et c'est en s'en approchant qu'il réalisa son erreur. Il ne s'agissait pas d'une verrière comme les autres, plutôt d'une vue imprenable sur des jardins intérieurs ! Quel meilleur endroit y avait-il pour se faire oublier et passer le reste de la soirée en solitaire à l'abris des regards ? Il y pénétra à pas prudent, comme redoutant qu'on ne le surprenne sur le fait et referma doucemet la porte de verre coulissante derrière lui.

L'air qui picota aussitôt son nez embaumait plusieurs essences florales mais tout était si concentré que le Prince en vint à se demander si rester plus longtemps ne risquait pas de le priver de son odorat pendant un temps ? Il n'avait jamais su apprécier à sa juste valeur les merveilles de la végétation, sans doute, se contentant largement de la simple odeur saline de la mer et de la vue des vagues se fracassant sur les récifs acérés bordant son pays. La multitude de couleur s'étalant devant lui eut pourtant raison de son nez délicat pour y attirer plutôt son regard céruléen. Il se laissa ainsi guider à travers les allées, devant bien reconnaître que les jardins étaient tout simplement immenses et magnifiques !, quand un autre genre de fleur attira son attention.

Loin devant, dans un espace dégagé qui aurait aisément pu servir de lieu de réunion si on oubliait l'absence total de chaise ou de table, se tenait quelque chose. Ou plutôt, quelqu'un. Une femme -que disait-il- une Dame au comportement si particulier qu'il ne put que s'arrêter dans sa marche pour l'épier discrètement. Sur cette scène improvisée, elle se mouvait, ses bras se déployant telles les ailes d'un oiseau gracieux alors que son corps ondulait comme un serpent hypnotique. Naruto aurait pu la rejoindre, au mieux lui proposer de l'accompagner dans sa danse, au pire, lui signaler que l'orchestre dans la salle de bal saurait surement jouer un air agréable pour elle quand il remarqua, justement, qu'aucune mélodie ne lui parvenait. Encore plus -agréablement- étonnant, deux bancs de pierre étaient disposés derrière lui comme les sièges privilégiés de ce spectacle improvisé.

Le Prince s'y assied, notant seulement à cet instant qu'il ne reconnaissait aucun des pas empruntés par la belle et remarqua également la singularité de sa…robe ? Ou plutôt de ses…haillons ? Non, en réalité, il s'agissait d'un savant ensemble de voile tissés les uns aux autres dont certains étaient si longs qu'ils auraient pu envelopper la Dame de deux tours complets. Ils se balançaient ici et là, tantôt frôlant la chevelure claire, tantôt effleurant le sol en suivant le dos délicieusement arqué. En silence, il observait sa danse et les mouvements aériens des voiles diaphanes de ses habits. Peu soucieux du fait qu'il puisse effectivement distinguer bien plus de son corps que de son costume, il fut distrait par un froissement de tissu sur sa droite.

« Elle est belle n'est-ce pas ?

Un silence gêné suivit la déclaration alors que le blond écarquillait les yeux de surprise et de malaise en relevant la tête vers l'inconnu. Venait-il vraiment d'être surpris à reluquer la femme d'un autre ?

-Euh…oui elle est…

Devait-il seulement répondre ou se taire pour la forme ? Ses yeux se reposèrent instinctivement sur la femme en mouvement, ses habits étaient outrageusement osés mais lui seyant pourtant si bien. De là ou il était, il percevait mal ses traits mais aucun doute quant à la couleur particulière de ses cheveux : ils étaient aussi blonds que les siens. N'était-ce là déjà pas suffisant à la rendre singulière et appréciable à regarder ?

-Votre femme est ravissante.

-Ma femme ?, répéta alors l'inconnu avant qu'un bref rire ne lui échappe.

-Elle…ne l'est pas ? murmura finalement Naruto après un silence, baissant les yeux de honte d'avoir demandé une chose si indiscrète.

-Si seulement… »

Confus, l'Héritier scruta attentivement les traits de l'homme à ses côtés. Pouvait-il s'agir d'un simple prétendant ? Mais alors, pourquoi vanter une telle beauté alors qu'il aurait pu s'en approcher pour tenter de la courtiser et clairement le laisser à l'écart de son initiative et de son intérêt. Les sourcils froncés, le blond en vint même à se demander quelles étaient les chances que cet individu ne soit que de passage, profitant « en toute innocence » de la vue qui s'offrait à eux. Le prenait-on pour un voyeur ? Il se redressa à cette pensée, piqué dans son fierté et s'apprêtant à éclaircir les choses à voix haute quand celle de son vis-à-vis se fit à nouveau entendre.

« Du plus loin que je me souvienne, elle a toujours aimé danser et moi la regarder. Comment pourrait-il en être autrement avec un tel talent ?

Un sourire étonnement doux s'était peint sur les lèvres fines et Naruto se surprit à penser qu'une aura étrangement sereine se dégageait d'un visage aussi calme, posé et presque…amoureux ? Il l'observa à son tour, lui plutôt qu'elle cette fois, et le blond eut un mouvement de recul incontrôlé quand deux yeux tombèrent dans les siens. Était-ce possible de détenir une couleur si belle ? Un bleu si pur et à la fois si doux. Rien à voir avec le saphir brut de son propre regard mais les orbes turquoises qui le tenaient en joue le figèrent sur place.

-Vous la connaissez…bien ?

Après la longue observation silencieuse qui avait suivie, le blond sembla retrouver l'usage de la parole et ne put s'empêcher de questionner davantage l'inconnu sur la Dame qu'ils observaient de concert.

-On peut dire cela, oui.

Le ton évasif employé esquivait consciemment la question, laissant Naruto douter à nouveau des motifs de son interlocuteur. Pourquoi l'avait-il rejoint, pourquoi ici et surtout pourquoi elle ? Qui était-elle ? Plus important encore, d'où venaient-ils ? Si le Prince doutait qu'ils se connaissent réellement –ou du moins qu'il ne s'agisse pas uniquement d'une obsession malvenue de l'inconnu- un point lui apparaissait clairement comme leur étant commun à tous deux.

-Pardonnez mon indiscrétion mais…vous n'êtes pas…d'ici ?

Leurs vêtements, autant que la distinction particulière de leurs cheveux détonnaient grandement avec l'ensemble de ce qu'il avait vu jusque-là au courant de la soirée. À coup sûr, ils ne venaient pas du pays et ses doutes se confirmèrent par des mots brefs et légèrement maussades de son homologue.

-En effet, je viens d'un pays voisin. Je peux en dire autant de vous, n'est-ce pas ? »

Il ne semblait y avoir aucun jugement dans l'énoncé, seulement une constatation à laquelle Naruto hocha lentement la tête. Oui, il était aussi étranger que lui, sans doute tout autant que cette femme et ne s'en cachait pas, préférant penser qu'entre ceux d'une même espèce -pour ainsi dire- il n'y avait aucune raison de ne pas se soutenir. Le sourire discret mais compatissant qui répondit au hochement de tête le conforta dans cette idée, cet homme était beaucoup plus ouvert d'esprit que la majorité des gens présents qui ne s'arrêtaient qu'aux distinctions d'apparence pour aussitôt qualifier –pour ne pas dire critiquer- d'étranger.

Cela n'impliquait rien de plus : aucune marque au fer, aucun vêtement désigné à porter en obligation, non. Il s'agissait d'un simple jugement, d'une étiquette sociale que les habitants de ce grand pays aimaient un peu trop leur assigner et une fois cela fait…soit on les fuyait comme la peste, soit on les pensait aussitôt simples ou arriérés. La vérité était qu'avec leurs esprits si étroitement fermés au monde extérieur, ils étaient les plus à plaindre et c'est aussi ce que semblait penser l'homme à ses côtés.

Les yeux bleus dévièrent à nouveau vers la silhouette dansante, un peu plus en retenu cette fois de peur d'être pris pour un rival trop sérieux, mais dû se rendre à l'évidence que l'homme du désert ne faisait déjà plus attention à lui. Tout comme Naruto, il n'avait d'yeux que pour la danseuse au corps souple et hypnotique, ne s'en détachant que de très longues minutes plus tard quand le rythme de la musique muette changea. Il rapporta alors son attention sur son compagnon de banc.

« Pardonnez ma mauvaise compagnie, je suis très peu bavard quand j'ai…une telle beauté sous les yeux, sourit-il comme pour s'excuser.

Ce à quoi Naruto aurait volontiers répondu s'il n'avait pas vu la principale concernée tourner la tête précisément dans leur direction en lui faisant soudainement détourner le regard. Ils venaient d'être grillés et à en voir du coin de l'œil que la silhouette se rapprochait à grands pas, il ne doutait pas qu'ils se feraient sévèrement apostropher pour un tel manque de tenu.

-Ne trouvez-vous pas que le soleil aurait à pâlir d'une telle couleur…et le ciel à jalouser un tel bleu, poursuivit-il sans se soucier du trouble grandissant du Prince à ses côtés ou du fait qu'il aurait pu croire -presque légitimement- qu'il était le sujet de son éloge.

Crispé sur son siège, Naruto tentait d'évaluer les possibilités : prendre la fuite et abandonner à son sort l'inconnu, affronter la colère de la Demoiselle en risquant, au pire, une seconde gifle. Au mieux…faire taire l'étranger en arrivant à ne pas sembler grossier ? En supposant que le rouquin puisse lui porter un minimum d'attention plutôt que de détourner les yeux et…

-Oh…elle nous a repérés, soupira ce dernier alors en ne semblant pas plus alarmé que cela par l'approche de la femme blonde.»

Le regard aux sourcils froncés que lui adressa la Dame n'aida en rien l'Héritier à se sentir plus détendu, au contraire, elle semblait presque attendre quelque chose de sa part et il se leva aussitôt d'un bond pour la saluer –et s'excuser- d'une inclinaison du torse.

« Je vous demande pardon, je ne voulais pas vous manquer de respect, Madame.

Le fait de l'avoir longuement observé à la dérobé, d'avoir évoqué aux côtés du rouquin des faits, des souvenirs lui appartenant alors qu'il ne la connaissait même pas, de ne pas l'avoir salué plus tôt… Sans doute Naruto était-il trop à cheval sur les convenance cette fois mais il s'en voulait grandement de ne pas avoir fait montre de plus de réactivité alors quand la femme haussa cette fois ses sourcils, il crut bien qu'elle allait s'en amuser. Mais…

-Madame ?, répéta-t-elle plutôt avec surprise, semblant vexée. Vous êtes bien loin des salutations qui me sont réservées…qu'est-ce que ça signifie Gaara ?

La danseuse tourna son regard acéré vers l'homme qui l'avait rejoint un peu plus tôt, surprenant le blond non seulement par la découverte du prénom de ce dernier mais également pas la familiarité qui semblait exister entre les deux. Ainsi donc, ils se connaissaient réellement ? Et plus que de simple vu à en croire l'échange de regard qui suivit. Le dénommé Gaara se leva dans un soupir, l'expression presque blasée alors qu'il redressait péniblement le dos avant de prendre la parole.

-Pardonnez mon égocentrisme du moment d'avoir désiré, en tout bien tout honneur, une simple conversation à vos côtés, sans égard à nos titres respectifs…Prince Uzumaki.

Le visage relevé pour mieux regarder son vis-à-vis en pleine déclaration, la surprise qui se lut dans les yeux bleus n'aurait pu être plus grande et trahit sans mal une totale incompréhension. D'abord, il savait qu'il était Prince, ensuite, il affirmait qu'il n'en avait cure –ou du moins s'était-il gardé de le dire- et finalement…c'était ça une simple conversation pour lui ? Naruto fronça les sourcils. Il avait cette désagréable impression que ce Gaara s'était ouvertement moqué de lui : savoir qu'il était Prince sans même le saluer, ou au moins se présenter lui-même, en supposant une conversation banale mais très malaisante pour le blond. Est-ce tous les invités s'étaient concertés pour lui pourrir cette soirée ?! Il n'eut pas le temps de se questionner davantage, pas plus que celui de se prononcer d'ailleurs, que l'homme reprenait en lui tendant la main, ses yeux dans les siens.

-Permettez-moi de vous présenter ma sœur, la Princesse et prétendante au titre de Sultane, Temari du pays du vent.

-Votre s… P…Princesse ? Mais alors vous…

-Je m'appelle Gaara Sabaku et je suis le Prince Héritier du pays du vent. Je vous prie d'excuser mon manque de convenance, mon Prince, mais je n'avais nulle envie de vous incommoder de votre fonction pour un simple moment de détente… »

Le regard du Prince nouvellement annoncé, autant que le ton de sa voix –outre une lassitude impossible à ignorer- paraissaient sincères, mais que pouvait bien en penser Naruto ? Ne venait-il pas de lui prouver qu'il pouvait aisément endormir sa confiance de sa seule présence auprès de lui et de quelques mots, se jouer de lui en distordant la vérité à sa guise. Sa sœur qu'il avait prise pour une simple Dame de la Cour, une pour qui il aurait même pu avoir un intérêt à courtiser, et ce vers quoi l'intervention de Gaara devait porter, n'était autre que la Princesse de leur pays… Il s'était fait avoir et en beauté, ne trouvant rien à répliquer sinon quelques bafouillements idiots et une légère rougeur aux joues quand son regard détailla, très rapidement, un peu mieux la femme devant eux.

« Il est bientôt temps de nous revoir, Naruto Uzumaki, prononça-t-il d'un ton mystérieux en tirant à lui un petit sablier pendu au bout d'une fine chaîne dorée fixée à la ceinture de ses habits pour le scruter un instant. Mais pas encore…il nous faut d'abord quitter cette fête et prendre le chemin du retour.

-Aurevoir…?, se hasarda alors le blond sans pour autant comprendre un seul mot de ce qui venait d'être dit.

-À bientôt oui. »

En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, le duo du vent s'éloignait, laissant derrière eux une brise aux effluves du parfum de la Princesse Temari, suave et exotique, qui tira un sourire mutin des lèvres de Naruto. Ces deux-là s'étaient bien payés sa tête mais contrairement à ce qu'il avait pensé, il ne s'en sentait pas tant offusqué, il en était même presque amusé. Cette rencontre, aussi brève et incongrue fut-elle, avait allégé le poids de ses dernières mésaventures sur ses épaules en lui faisant momentanément oublier les Princes détestables de la soirée.

Il se leva du banc sur lequel il était resté assis après le départ de Gaara et de sa sœur pour se délier les jambes et méditer sur leur brève discussion. L'étranger n'avait pas fait grand cas de sa propre appartenance au groupe des 'autres', comme il avait entendu dire une fois, qui distinguait radicalement ceux ne possédant rien des traits typiques et traditionnels. Il avait même semblé à Naruto que c'était cette différence chez lui qui avait décidé le Prince Sabaku à venir à lui. Si entre eux ils n'avaient aucun mal à s'accepter en étant encore plus différents les uns des autres qu'en comparaison des habitants 'normaux', pourquoi ceux-ci se refusaient-ils encore à les reconnaitre comme égaux ? Nagato l'avait bien prévenu, pourtant, au retour de ces nombreux voyages, des pensées critiques et bien plus que déplacées de certains pays par rapport aux étrangers mais jamais il n'aurait cru mesurer à quel point cette aversion était profonde et injustifiée.

Pour un premier contact avec l'extérieur de l'île qui servait de pays à leur Lignée et au peuple du tourbillon, la désillusion était grande et fort décevante. Pas de quoi lui donner envie de sortir à nouveau, pire !, le pousser à ne tout simplement jamais revenir au pays du feu si c'était pour devoir à nouveau faire face à ces visages hautains et dédaigneux d'une simple couleur de cheveux ! Pouvait-on avoir à ce point l'esprit fermé sur la diversité ? Et surtout, pourquoi ? Préserver le traditionalisme ? Naruto n'y comprenait décidément rien. L'intérêt d'un peuple fort ne résidait-il pas justement dans sa diversité, dans sa polyvalence et ses différences ? À titre de prochain souverain, il le voyait ainsi mais sans doute aurait-il davantage à apprendre en s'intéressant d'un peu plus près aux responsabilités que sa mère désirait lui attribuer depuis quelques années déjà…

L'esprit vacillant entre ces nombreuses questions sans réponse, les pas de l'Uzumaki le conduisirent loin sur le sentier principal des jardins, tout au fond du paradis verdoyant au clair de lune, jusqu'à un mur en treillis recouvert de lierre sauvage. La singularité du mur attira l'attention du Prince qui en vint à se demander pourquoi tous le pourtour des jardins n'était pas érigé de la même manière. C'est en y regardant de plus près qu'il distingua de discrets rails coulissants comme ceux des shojis traditionnels. Si cela se trouvait, il venait de découvrir la sortie et n'aurait qu'à remonter le long du couloir pour revenir à la salle de bal. Il tendit la main dans l'espoir de sentir sous ses doigts le cadre de la porte pour la faire glisser quand…

« Halte !

Naruto sursauta, très peu habitué à se faire interpeller de la sorte, alors qu'une voix intérieure lui soufflait judicieusement de fuir. Voix qu'il n'écouta évidemment pas car qu'avait-il à craindre ? Il était dans une réception, tout à fait à sa place puisqu'il avait été…

-Votre invitation s'il-vous-plaît.

…invité avec sa famille et avait refourgué le carton au héraut offusqué en début de soirée. Il grimaça en retenant de son mieux un soupir, décidément, cette soirée ne lui apporterait rien de bon.

-Je…je l'ai égaré ?, tenta-t-il avec même un sourire –faux certes mais qu'il voulut innocent- pour excuser la 'perte' en question.

L'homme l'observa un long moment, comme semblant hésiter mais quand ses yeux se posèrent sur les cheveux blonds et les pupilles beaucoup trop bleues…

-Veuillez me suivre s'il-vous-plaît.

-Vraiment ? Pour un simple bout de papier ?, s'insurgea le blond qui se doutait bien des véritables raisons de cette altercation : s'il avait eu les yeux et les cheveux sombres vêtu d'un kimono aux couleurs fades on l'aurait très certainement laissé en paix.

-La Lignée Uchiwa est très prisée, Monsieur, et il est de mon devoir de m'assurer de leur sécurité alors ne soyez pas impoli ou je devrai aviser les Princes de votre intrusion dans leur Domaine, le menaça-t-on avant que la réponse ne lui parvienne du tac-o-tac.

-C'est justement lui qui m'a invité !

Lui ? Mais à qui pensait-il exactement ?

-C'est ce que nous allons voir. »


Il était seul désormais : Sasuke avait fait une sortie remarquée en exhibant comme un trophée la jeune Uzumaki à son bras et Shisui s'était littéralement volatilisé juste après leur altercation. Itachi avait bien accordé une valse à sa mère et –par simple courtoisie- en avait fait de même avec Kushina mais de nouveau seul sur son siège surélevé tel le roi qu'il n'était toujours pas, le temps semblait s'étirer à n'en plus finir. Le Prince tentait bien de se distraire comme il le pouvait, son regard passant inlassablement sur l'assemblée à la recherche d'une attraction digne d'intérêt quelconque…en vain. Du moins jusqu'à ce qu'il n'aperçoive deux des gardes de la famille fendre la foule en se dirigeant droit vers lui, une crinière blonde maintenant reconnaissable entre tous coincée entre eux deux.

Toute son attention désormais rivée sur le trio atypique, Itachi posa son regard d'encre sur l'Héritier insolent, presque peu surpris de le retrouver là bien qu'il aurait cru qu'il se tiendrait à carreaux après avoir reçu une telle correction de sa mère. Un long silence suivit l'inspection alors que le premier garde ayant interpellé l'étranger faisait un pas en avant pour s'incliner devant lui.

« Mon Prince, cet individu errait sournoisement dans les jardins alors qu'il n'est pas en mesure de me prouver son appartenance à cette soirée : aucune lettre d'invitation n'est en sa possession. »

L'homme avait fini sa tirade en adressant à Naruto un regard accusateur et dédaigneux, pour sûr, il n'appartenait pas aux Uchiwa pour rien, il semblait d'humeur tout aussi désagréables que les Héritiers qu'il avait rencontrés plus tôt. Était-ce un trait de « famille » ou le comportement exécrable de Sasuke finissait-il, à lui seul, à contaminer tout son entourage ? Et puis quoi encore, « errait sournoisement » il se promenait calmement dans une des allées du jardin bon sang ! La colère et l'irritation revinrent au galop face à tant de mésentente, était-ce seulement cela ?, de jugement plutôt… Tout ça parce qu'il était…

« Cet homme est invité, lâcha-t-i alors sans même vraiment le regarder.

-Vous…en êtes sûr, mon Prince, il n'a pas de lettre d'invitation et…

Une main levée en l'air dans un geste agacé fit aussitôt taire le garde qui plia l'échine, très bassement, pour ne pas avoir à affronter le regard courroucé qu'il devinait sans mal sur le visage de l'Héritier du pays. Ses pupilles semblèrent encore plus sombres que quelques instants après mais Naruto ne le remarqua seulement que lorsqu'il reprit la parole, le ton aussi tranchant qu'une lame de sabre attirant irrémédiablement son attention sur sa personne.

-Cet homme est le Prince Uzumaki du pays du tourbillon. Il est MON invité et ce qu'importe l'aversion que nous portons aux particularités de son apparence ! »

Dans son emportement, Itachi s'était levé de son siège, faisant reculer d'un pas prudent l'autre garde encore debout alors que le premier s'empressait de se redresser, prêt à affronter son châtiment pour sa faute. Pourtant, rien ne survint. Absolument rien. Naruto fut d'ailleurs étonné –certes toujours fulminant de cette autre injustice à son égard et bien décidé à faire connaître le fond de sa pensée à ce Prince pompeux- quand il se retrouva soudain face à lui. Ou plutôt, juste à côté, leurs épaules ne se touchant pas encore mais assez près pour qu'il n'ait qu'à tendre le bras pour effleurer sa main. Sans même le regarder, il poursuivit son chemin, laissant deux simples mots dans son sillage qui figèrent l'homme blond.

« Suis-moi. »


*Vous aurez plus d'informations/explications en ce qui concerne les symboles et Nature-Seconde Nature dans le prochain chapitre.*

Chapitre 4

[…]-Pourquoi ce soudain intérêt pour ma famille ? N'avons-nous pas déjà assez payé les frais ce soir ?!, s'exclama-t-il vivement avec un regard mauvais pour le Prince.

-Quand j'ai dit que je n'avais jamais entendu parler de la Ligné Uzumaki, ce n'était ni pour me moquer, ni pour vous insulter, soupira l'aîné. Ce nom m'était vraiment inconnu et jusqu'à ce que je découvre tout ce qui vous concerne, vous deviendrez un intérêt particulier à mes yeux…à commencer par vous : le Prince Héritier de la Lignée.[…]