La vie n'est pas un péché. La vie n'est pas le néant. La vie n'est un sursis. Elle vaut d'être vécue. Je veux qu'elle dure pour toujours. La vie n'est pas un péché. Elle ne peut pas l'être. Ta vie n'est pas ton péché, tu dois vivre. Je veux que tu vives. Dis-moi que tu vis, que tu en profites. Dis-moi que ton regard veut se détourner de la fin. Je t'en supplie. Dis-moi que tu n'y penses pas. Je t'en prie, tes rêves ne peuvent pas être des cauchemars, prémonitions de ton avenir. Zero, je t'en supplie. Ne pars pas, ne me laisse pas seule. Zero reste, je ne veux pas que tu partes. Zero ! Je ne suis rien sans toi. Combattre, c'est toi qui me la enseigné. Se méfier aussi. Zero, tu m'as appris tant de choses Tu m'as appris à aimer, à t'aimer. Je t'aime.
Mes pensées vacillent à chaque fois, je veux te voir, je veux t'aimer. Mes rêves sont des cauchemars. Tu meurs à chaque fois… de ma main. La réalité prend le pas sur les rêves, sur notre avenir. Car il est illusoire. Dans notre avenir, tout est faux, et pourtant on continue d'y croire. Tous les jours je me dis que tu ne peux pas tomber, que tu peux résister. Mais tous les jours, je te vois lutter de plus en plus, tu évites de m'approcher en cours, tu refuses que l'on se voit. Zero, je sais pourquoi. Tu veux mon sang, ta soif est grandissante. Tu as mal, tu souffres. Et pourtant, tu ne m'approcheras pas, tu renieras jusqu'à ton amour pour m'éviter, tu t'éloigneras de moi assez longtemps pour que je t'oublie. Mais, Zero, tu oublies notre promesse, je resterais à tes côtés quoiqu'il arrive, je m'approcherais de toi, inévitablement, à chaque fois que tu ne pourras plus contenir ta souffrance et ta soif. Je sais que tu ne résisteras pas, tu me mordras. Ta souffrance s'apaisera. Tu te rapprocheras de moi, un moment, pour t'éloigner ensuite. Comme toujours.
- Zero, je dois te parler. Rejoins-moi dans ma chambre après les cours, s'il te plaît. Et ne te défiles pas !
Je file avant qu'il ne puisse me répondre, il ne pourra pas m'échapper cette fois. La fin des cours s'égraine lentement, trop lentement. Je veux le retrouver tout de suite. La sonnerie salutaire retentit enfin, je me précipite hors de la classe, exécute un « au revoir » hâtif aux autres et je file, comme une fusée, vers ma chambre. J'entre mais pas de Zero à l'horizon. Je pose mon sac sur la table et profite qu'il ne soit pas là pour mettre des vêtements plus décontractés. Le temps me dure de plus en plus, aucun Zero. Il ne m'a rien promis mais il aurait pu venir. On toque à la porte, j'ouvre, c'est Zero, enfin ! Je l'attire dans la pièce. Il ne veut pas rester, je le sens.
-Allez Zero entre maintenant. J'ai à te parler.
-Yûki, tu sais bien pourquoi je t'évite, je ferais mieux de partir avant que...
-Non, tu ne partiras pas.
Je l'invite à s'asseoir sur le lit.
-Zero, je connais ta soif. Bois.
Je tire le col de mon T-shirt et m'approche de lui. Il hésite, bien sûr qu'il ne veut pas boire. Mais sa soif a été trop longtemps refoulée. Il empoigne l'un de mes bras et plaque son autre main dans mon dos. Ses crocs frôlent la peau de mon cou mais il ne me mord pas. A la place, il m'embrasse, un baiser passionné. Mes mains glissent sur son dos. Je l'aime.
-Yûki, je ne t'évite pas parce que j'ai soif mais parce que je t'aime.
-Zero...
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase, ses lèvres se sont emparées des miennes avec une douce violence. Ses mains glissent sous mon T-shirt. Les miennes font de même. J'ai compris. Moi aussi, Zero. Moi aussi, je veux passer une nuit tout près de toi. Rien qu'avec toi. Tes lèvres découvrent mon corps. Elles jalonnent mon cou, mes bras, mon ventre, ma poitrine. Mes mains s'éternisent sur ton torse. La nuit nous cache dans ses méandres d'étoiles, elle cache notre nudité qui ne nous gêne pas. Les baisers ne sont plus suffisants, ils en deviennent agaçant avec leur retenu trop pudique. Nous sommes passés à l'étape supérieure. Le véritable signe de notre amour... le vivre. La douleur du premier instant, je veux l'oublier. Elle n'est rien à côté de ce que nous ressentons l'un pour l'autre. Ton regard au dessus de moi me fait frissonner. Il est si attendrissant, si beau. Ton souffle saccadé, nos corps moites, nos voix entremêlées, nous simplement. Deux amoureux qui se découvrent encore. Un amour qui ne veut plus se cacher, qui explose sous les étoiles bienveillantes. Demain nous serons tous les deux, ensemble, nous nous réveillerons en même temps et nous marcherons pour la première fois main dans la main sans aucune retenu.
