Titre : Is written all over your face…
Pairing : HP/DM
Rating : M
Résumé : Au lendemain de la guerre alors qu'il est plutôt heureux dans sa vie un drame vient bouleverser l'existence d'Harry et remettre en question tout ce qu'il est…
Note de l'auteur : Voilà un mois tout rond est passé et je poste le quatrième chapitre… la rencontre improbable entre nos deux héros…un tournant dans l'histoire…
Je vous remercie pour vos reviews supers adorables et je suis désolée si certaine ont reçu deux réponses, avant FF empêchait de répondre deux fois mais apparemment ça ne marche plus comme ça, bref vaut mieux deux réponses que pas du tout non ? ^^ …Je remercie beaucoup aussi les non inscris Garla Sama, Lilas, Scam, emmy et Virginie1 (malgré que tu sois inscrite Virginie impossible de faire partir ma réponse, ton compte refuse les messages privés désolée...)
Merci à MIE sans qui je ne publierai pas ...bises à toi
Bonne lecture…
Avertissement : Cette fic parle d'amour entre messieurs...vous êtes prévenus^^ ...
Quatrième Chapitre
Ce bout de parchemin qu'il tenait entre ses doigts, c'était l'adresse de Potter.
Comment Blaise se l'était-il procurée ? Il n'en avait pas la moindre idée, l'autre n'avait pas voulu le lui dire, c'était bizarre, le brun était si près, presqu'à portée de main et il ne savait plus s'il avait envie de le rencontrer ou non.
Il ressentait une angoisse anormale à l'idée de se retrouver en face de lui, c'était juste Potter pourtant, pas de quoi fouetter un chat. Il décida qu'il n'allait pas s'abaisser à roder autour du Survivant comme un de ses fans de la première heure ou plutôt de la dernière dans son cas. Il roula la feuille en boule et d'un mouvement souple du poignet la flanqua dans la corbeille à papier.
C'était décidé : il n'irait pas. Il avait eu une très mauvaise idée.
En même temps, il n'allait pas garder cette écharpe hideuse ad vitam aeternam il fallait bien qu'il la lui rende.
Il eut du mal à lire l'adresse sur le papier qu'il avait tenté de déplier avec soin.
OoOoOoOoO
Deux semaines auparavant.
Ils marchaient le long de l'avenue pour rejoindre le restaurant à l'occasion de leur énième repas bimensuel.
« Dray ! Blaise ! Dépêchez-vous on crève de faim ! » hurla Théo à l'adresse des deux hommes qui avaient ralenti le pas pour discuter seul à seul quelques instants.
« Entrez sans nous on arrive ! » répondit sur le même ton le métis agacé.
« Décidément, Théo ne pense qu'à son estomac, je crois que si nous ne venions pas il serait tout de même ravi de passer sa soirée dans ce restaurant en tête à tête avec lui même… » commenta-t-il désabusé.
« Tu l'as retrouvé ? » demanda brutalement le blond sans avoir écouté le moindre mot qu'il venait de prononcer.
Son ami soupira il s'était passé plusieurs jours depuis qu'il était allé voir Weasley à son domicile… Il avait juste prévenu Dray qu'il avait des renseignements sur Potter.
« Non enfin pas vraiment, mais j'ai son adresse si tu la veux. »
« Comment te l'es-tu procurée ? »
« Sans importance, tu la veux ou non ? » Blaise n'avait pas envie de parler de Weasley, lui et Draco était comme des chiens enragés lorsqu'on prononçait le nom de l'autre, s'il avait réussi à émouvoir le roux concernant le passé de Draco il ne voyait vraiment pas ce qui pourrait attendrir Dray concernant son ennemi de toujours. Il se sentait fatigué de toujours devoir justifier, expliquer convaincre, si ces deux là devaient se réconcilier un jour il laissait le soin à Potter de faire le lien, après tout c'était ses meilleurs amis et ennemis qui se détestaient, il devrait se sentir concerné.
« Évidement je la veux, je dois lui rendre sa… »
« Ouais tu as raison c'est primordial que tu lui rendes ce bout de chiffon miteux ! » le coupa le black en rigolant « je suis extrêmement fier d'être ami avec un type aussi honnête. Dray tu es un exemple pour moi ! » déclama-t-il solennel en portant la main sur son cœur.
« Tu fais vraiment chier quand tu t'y mets ! » grogna l'autre excédé en pressant le pas pour rejoindre leur petit groupe… Blaise lui attrapa brutalement le bras pour le stopper et qu'il daigne le regarder.
« Relax je plaisante, tiens prends-là au moins. » dit-il en lui tendant une feuille soigneusement pliée en quatre.
Le blond fixa le bout de papier quelques secondes avant de tendre la main et de le saisir avec précaution comme s'il allait se brûler. Il hocha la tête en un remerciement muet. Blaise voyait bien qu'il ne se sentait pas à l'aise et qu'accepter ledit renseignement lui ferait franchir une barrière qu'il s'était toujours refusé à traverser.
Il le laissa prendre la mesure de son geste puis il ajouta doucement :
« J'ai un dernier truc à te dire à son sujet, un truc important, enfin si tu décidais de lui rendre visite, il vaut mieux que tu saches cela…»
Les iris métalliques le fixaient avec inquiétude et Blaise lucide se dit que l'autre ne savait pas encore qu'il engageait sans doute plus qu'une simple réconciliation en choisissant d'aller voir le brun.
Pourtant devant le regard anxieux, il ne put se résoudre à dévoiler toute la vérité à Draco…
OoOoOoOoO
Ne sachant trop comment rencontrer Potter, le serpentard décida qu'il allait dire deux mots à Crivey qui s'était par ailleurs bien foutu de lui lors de leur dernière entrevue. Malheureusement lorsqu'il se rendit à la gazette on lui apprit que le photographe ne devait rentrer de reportage que deux semaines plus tard, il savait qu'il aurait du mal à réprimer son impatience grandissante et il pensa alors que le moyen le plus simple était encore d'envoyer un hibou à Potter en lui expliquant qu'il voulait lui rendre un objet lui appartenant. Il avait conscience que le prétexte était peu crédible et que Potty n'étant pas complètement idiot comprendrait qu'il ne venait pas juste pour ça.
Depuis que Blaise lui avait parlé de l'accident il était inquiet, il ne savait pas pourquoi c'était juste une impression désagréable qui persistait, pourtant l'autre lui avait donné peu de détails. Lorsqu'il avait aperçu le brun au café il ne lui avait pas paru si différent à part peut être son air de profonde tristesse et son teint trop pâle. Il pensa qu'il devait avoir un problème aux jambes puisque la première fois qu'il l'avait croisé il s'était rendu compte qu'il boitait.
Ses pensées l'énervèrent et la migraine pointait encore le bout de son nez. Il ne faisait que retourner des questions sans suite et sans réponse dans sa tête depuis des jours et des jours, de toute façon qu'est-ce que ça pouvait faire ? Il ne voulait pas nouer de liens amicaux avec le Griffondor, juste le voir une fois, lui parler un peu c'est tout, sans s'épancher sur son malheur ni pleurer sur des événements qui ne le concernaient pas.
Le plus vite serait le mieux, il griffonna deux lignes sur un parchemin qu'il déchira, recommença par trois fois puis finit par un mot laconique priant Potter de le recevoir sans autre intention que celle de lui rendre son écharpe.
A aucun moment il n'essaya de s'interroger sur le véritable motif de sa visite.
OoOoOoOoO
Lorsque l'animal avait frappé du bec à sa fenêtre il avait été surpris, plus personne ne le joignait de cette façon, de tout manière il ne répondait jamais à aucune missive à part celles de son rédacteur à Magic Hebdo. Il avait saisi le parchemin et avait compris au simple DM apposé sur le sceau de qui il provenait. Il s'étonna de la simplicité du courrier, rien à voir avec les prétentieux parchemins filigranés frappés des chiffres de la famille Malfoy dont Draco se servait à Poudlard. Le dragon aurait-il rabattu son caquet ? Il espérait malgré tout qu'il crachait encore le feu sinon ce ne serait plus vraiment lui.
Il lui fallut une bonne minute pour faire sauter le sceau, le dérouler et lire la missive, bien courte, qu'il contenait, il sourit malgré lui, le blond ne lui demandait pas s'il pouvait venir, il lui imposait un jour et une date sous le prétexte fallacieux de lui rendre son écharpe. Ainsi c'était Malfoy qui l'avait récupérée ce jour-là. Il avait pensé que la jeune femme tenant le coffee shop l'aurait gardée, de toute façon il n'avait jamais osé retourner là-bas, l'avoir vu l'avait mis dans un état de stress bien trop grand pour qu'il prenne le risque d'une autre rencontre, et voilà que c'était le blond qui venait à lui sans qu'il ait rien demandé.
Son cœur battait la chamade et il se sentait douloureusement oppressé par ce que contenait le petit bout de papier qu'il serrait dans son poing crispé. Ils allaient se revoir, il n'avait jamais pensé la chose possible, le destin était parfois surprenant. Pourquoi lui ? Le tourmenteur de ses nuits agitées, le briseur de ménage invisible, l'amant terrible qui prenait vie sous ses doigts, qui lui inspirait un désir fou lorsque le corps de Ginny n'y arrivait plus, celui qui le faisait se maudire des jours entiers avant de replonger dans l'enfer d'une nuit de délices et d'illusions.
Malfoy était la cause de tout, depuis toujours, son ange exterminateur, son tourment douloureux… il s'aperçut que son corps était en nage et qu'il tremblait comme une feuille à sa seule évocation, il prit une poignée de comprimés et quinze minutes plus tard s'écroula au milieu de son salon.
OoOoOoOoO
L'immeuble cossu formait le coin de la petite rue, une façade élégante et discrète, un quartier calme, il pensa tout de suite que Potter n'y était pas à sa place, il était le sorcier le plus connu de leur génération, il aurait du vivre de l'autre coté du miroir pas chez les moldus, il n'avait tout de même pas à se cacher. Il secoua sa tête nerveusement, ses pensées ne lui plaisaient pas, cette envie de le mettre sur un piédestal ça n'était pas lui, il avait toujours abhorré ce type, qu'est-ce qui lui arrivait ?
Il leva la tête et regarda le deuxième étage en se demandant s'il allait sauter le pas. Il décida que oui et s'engouffra résolument dans l'immeuble alors qu'un autre locataire en sortait, il fallait que ces pensées obsédantes le quittent et le rencontrer était un moyen efficace de solder cette étrange attirance.
Il monta par l'escalier le temps de retrouver son calme, fit une pause devant la porte déjà entrouverte, Potter l'avait-il vu arriver ?
« Entre… »
Il hésita une fraction de seconde, la voix douce résonnait à ses oreilles, un peu rauque, différente peut-être.
Il saisit la poignée de la porte et poussa doucement sur le battant, il n'était pas certain à cet instant de vouloir connaître toute la vérité.
« Potter ? »
« Je suis dans le salon. »
Il se dirigea résolument vers le timbre voilé. Devant lui, une double porte vitrée s'ouvrait sur un petit salon entièrement blanc et lumineux, il y pénétra. Harry était assis dans un fauteuil et le regardait. Comme la première fois, il vit son profil sans noter la moindre anomalie, son corps était juste un peu trop mince pour un garçon de sa carrure mais rien n'eut pu le distinguer du Harry d'avant si ce n'était la cane posée à côté du fauteuil.
« Je ne m'en sers pas souvent, juste quand je suis fatigué, où lorsque je dois faire un long trajet à pied. » expliqua le jeune homme en suivant son regard. Le serpentard était figé, il pressentait que le plus douloureux restait à venir.
« Avance Draco. » murmura le brun employant son prénom pour la première fois de leurs vies.
Il fit quelques pas réduisant l'espace les séparant. Harry tourna lentement son visage vers lui pour qu'il puisse le voir de face. Le blond ne bougea pas, n'eut aucune réaction, Serpentard et maître de lui en toutes circonstances.
Il eut même la force de sourire légèrement.
« Alors Potter encore plus balafré qu'avant ? »
Il y eut un léger flottement, de ces moments hors du temps dont on ne sait s'ils vont basculer dans le drame ou la légèreté. Les yeux verts le fixèrent avec stupeur puis les lèvres tremblèrent un peu et brusquement il éclata de rire, sa tête se renversa en arrière, un son cristallin que Draco n'avait plus entendu depuis de trop nombreuses années se répercuta sur les murs trop blancs. Le cœur de Draco loupa un battement.
« Malfoy…Tu m'as manqué ! » souffla-t-il.
« Evidement je suis irremplaçable, regarde je te perds de vue quelques malheureuses années et tu me reviens complètement amoché ! »
L'homme prenait sur lui pour tenter de rester serein et ne pas se laisser submerger par des émotions trop fortes et inadéquates à cet instant.
« Tu veux boire quelques chose ? »
« Je suis venu pour parler un peu avec toi, je me demandais ce que tu devenais… Et puis je voulais te rendre ça, c'était l'occasion … » ajouta-t-il maladroitement en déposant sur la table basse l'écharpe de laine soigneusement enveloppée d'un papier de soie. Il se tut ne sachant trop sur quel terrain engager la conversation.
Si son visage ne laissait rien transparaître de son trouble, intérieurement il se sentait brisé, il se disait de façon totalement irrationnelle qu'il aurait dû être là, qu'il aurait dû le protéger, qu'Harry avait toujours eu besoin d'être surveillé et cette pensée absurde détruisit définitivement toutes les bases sur lesquelles était fondée sa relation avec Potter.
La voix grave de l'autre garçon le tira de ses pensées. Il pensait que le blond était tétanisé par son apparence et il voulait le mettre à l'aise même s'il était un peu déçu par cette constatation.
« Ne sois pas gêné, peu de gens arrivent à me regarder en face, j'ai pris la mauvaise habitude d'éviter de fréquenter mes contemporains… je sais que ce n'est pas très agréable à voir. »
Mue par un réflexe archaïque, sa main gauche vint recouvrir la partie la plus abimée de son visage. Se retrouver devant le serpentard se révélait bien plus difficile qu'il ne l'avait cru.
Draco serra ses mâchoires en le voyant se cacher de cette façon, une sourde douleur naquit dans sa poitrine, il y avait tant de non-dit dans ce petit geste insignifiant, tant de douleurs passées et présentes.
Spontanément, il s'approcha et s'accroupit sur le tapis juste devant lui. Son bras se leva lentement et ses doigts se refermèrent sur le poignet trop maigre. Il tira à lui la main protectrice et la tint serrée dans la sienne. Harry eut un léger sursaut, peu de gens osaient le toucher, en réalité à part le corps médical personne ne s'y risquait. Il n'en avait plus l'habitude.
« Ne te cache pas ok ? Je te croyais plus courageux que ça. »
Il lui parlait à voix basse comme à un enfant qu'il n'aurait pas voulu effrayer. Son index tendu effleura doucement la peau abimée, les cicatrices disgracieuses, il caressa les lèvres, redessina la mâchoire déformée, enregistra chaque détail du visage dévasté. Harry avait fermé les yeux, incapable de soutenir ce regard pâle qui le scrutait avec tant d'acuité. Une boule s'était formée dans sa gorge alors qu'il sentait la pulpe chaude du doigt de Draco courir sur son visage. Tant d'émotions l'envahissaient qu'il se sentait au bord des larmes.
« Qui t'a soigné Potter ? »
Il ouvrit les yeux surpris par la question.
« Une équipe de chirurgiens Moldus à Auckland puis les médicomages de Sainte Mangouste. »
« Et ils n'ont pas pu reconstruire ton visage mieux que ça ? »
Harry sourit, il n'y avait que Malfoy pour lui poser ce genre de question sans la moindre gêne.
« Mon cas était désespéré et ils ont fait ce qu'ils ont pu, leur but premier étant surtout de me sauver la vie. Même eux ne croyaient pas que je survivrais alors mon apparence ils s'en fichaient je crois. »
Il pensa à l'ironie de la situation, personne ne lui avait demandé à lui quel aurait été son choix, la mort ou cette demi-vie ? Il savait bien ce qu'il aurait choisi… s'il avait pu.
« Pourquoi souris-tu ? »
« Parce que je pense qu'ils m'ont fait un cadeau empoisonné… » ironisa-t-il la voix cassée. L'autre fronça les sourcils.
« Tu as consulté depuis que tu es revenu d'entre les morts ? Un médicomage qui aurait peut-être pu trouver une solution… une aide pour atténuer tes cicatrices, remodeler ta mâchoire... »
« À quoi bon ? » répondit le garçon avec lassitude.
« Retrouver ton visage ça n'est pas négligeable non ? » insista le blond avec une franchise désarmante.
« Je ne sais pas. Je ne serai pas différent de celui que je suis en ce moment, et je veux rester celui-là. »
« Certes, mais tu retrouverais une vie normale et ça ce serait différent… » insista Draco. Une pensée lui traversa brusquement l'esprit en découvrant l'angoisse profonde se reflétant dans les prunelles céladons.
« Tu as la trouille c'est ça? »
Les traits du brun se durcirent, il serrait ses mâchoires à s'en faire mal. Ça finissait toujours de cette façon, les gens plein d'une hypocrite sollicitude lui suggéraient d'aller faire retaper sa gueule de monstre en pensant lui apporter leur soutien, ils ne faisaient que l'enfoncer un peu plus dans sa condition de paria.
Il était douloureusement déçu, Malfoy était comme les autres, malgré son attitude bravache en fait, il avait peur.
« Qu'est-ce que ça peut te faire ? Moi je me supporte bien comme ça et si tu n'apprécies pas le spectacle tu peux partir Malfoy, je suis repoussant c'est vrai mais ça m'évite peut-être des fréquentions douteuses ! Tu vois avec l'apparence que j'ai, je sais que les gens qui me fréquentent le font par choix, sinon il y a longtemps que je ne les verrais plus, ma tête de phénomène de foire à l'avantage d'avoir introduit dans ma vie des rapports vrais et sincères même s'ils sont rares. Et c'est parfait pour moi ! »
Le blond n'en croyait pas ses oreilles, une saine colère l'envahit. C'était son Potter, il n'allait lui laisser gâcher sa vie de cette manière fière et stupide.
« Ok continue à t'auto-apitoyer ! Si tu te sens bien dans ce petit rôle de victime grand bien t'en fasse, détruis-toi mon vieux, je voulais juste te filer un coup de main et mes motivations étaient sincères mais… »
« Sincères ? Laisse-moi rire, je te dégoûte, tu es comme les autres même si tu fanfaronnes, tu n'as qu'une envie c'est de sortir de cet appart pour respirer normalement ou vomir un bon coup, je vous connais tous sur le bout des doigts, votre fausse commisération, vos regards de pitié, je sais tout de vous, TOUT ! Va-t-en ! »
Le jeune homme bouleversé ne s'était pas rendu compte qu'il avait élevé la voix, ni que des larmes coulaient sur ses joues. Le blond déglutit, le désespoir de Potter était si palpable qu'il lui vrillait l'estomac. Il voulait endiguer le flot des paroles acerbes et l'étrange douleur qui sourdait de celles qui n'étaient pas encore prononcées. Mu par un réflexe spontané, il le prit dans ses bras et écrasa doucement ses lèvres contre celles mutilées du Griffondor. Il força sa bouche, chercha la langue humide, pressa son visage contre celui trempé du garçon qui s'était enfin tu.
Quand le corps contre lui cessa de trembler, il se recula lentement tout en laissant ses mains sur les joues humides du jeune homme. Ses pouces caressaient doucement la chair, si douce d'un côté, si abîmée de l'autre.
« Tu vois… Harry, tu ne me dégoûtes pas, je n'ai pas envie de vomir à ton contact. Je te laisse méditer sur ce qui vient de se passer et je reviendrai que tu le veuilles ou non. »
Sur ces paroles, il effleura encore une fois les lèvres pâles, se leva et quitta le petit appartement sans un mot, abandonnant derrière lui un homme ne sachant plus du tout où il en était.
OoOoOoOoO
Le baiser avait flotté sur ses lèvres bien longtemps après qu'il fut sorti du petit appartement. Pourquoi avait-il fait cela ? Il était déstabilisé par cette attirance irrationnelle qu'il avait brusquement ressentie, ce besoin de se rapprocher du corps trop connu et pourtant étranger. Il avait juste eu envie de le faire taire, de calmer son irrépressible douleur, comme s'il n'y avait pas eu d'autres moyens… Et l'autre pourquoi ne lui avait-il pas flanqué son poing dans la figure ? Autant de questions qui resteraient encore sans réponse. Tout ce qu'il savait c'est que ça n'avait pas été par pitié, ni par compassion qu'il avait agi. Lorsqu'il l'avait saisi dans ses bras c'est la seule chose qui lui avait paru juste à ce moment précis, il s'était senti fasciné par le jeune homme, jamais il n'avait ressenti cela pour Potter avant, il aurait pu le caresser et l'embrasser pendant un long moment s'il ne s'était forcé à le repousser.
Il en était resté perplexe, avait nié tous les sentiments qui l'agitaient et avait clos le sujet pendant plusieurs semaines. Mais son esprit indépendant se trouvait prisonnier d'images et de sensations ne lui laissant aucune minute de répit. Dans son sommeil Potter s'invitait et prenait bien trop de place, ses cicatrices lui imposaient des images de souffrances et de peur, et pour finir il se réveillait en sueur s'imaginant le serrer dans ses bras pour le calmer…
Il devait se faire violence pour chasser l'intrus dès son réveil, le refouler, l'oublier pour quelques heures, c'était pourtant difficile, ses envies grignotaient ses bonnes résolutions chaque jour un peu plus, il allait devenir dingue s'il n'agissait pas.
Potter le hantait comme un vieux remord dont on ne peut se défaire. Il fallait qu'il s'en débarrasse au plus vite.
Lorsqu'il était revenu de chez lui, il était anéanti par l'état dans lequel les médecins l'avaient laissé. Il décida qu'il devait trouver une solution, redonner à Potty son intégrité qui lui rendrait à lui sa liberté.
Il avait depuis occupé tout son temps libre à étudier les possibilités de le faire soigner. Rien ni personne ne semblait posséder le pouvoir de venir en aide à l'homme défiguré. Il se sentait dépassé par la situation et passablement déprimé, il désirait trouver une solution. C'était un nouveau challenge, il y avait longtemps qu'un projet ne lui avait pas tenu autant à cœur.
Pour comprendre ce que le brun avait vécu, il avait voulu voir des images de l'accident. En tapant sur son ordinateur, une des rares inventions moldues à trouver grâce à ses yeux, il avait trouvé des photos du drame et des articles de journaux moldus. Ces derniers insistaient sur le fait que le jeune homme devait être mort à l'heure où ils imprimaient leurs reportages.
Il fut dévasté par la première photo qu'il découvrit, Potter gisant sur le sol, un jeune homme à la peau sombre à ses côtés tenant une couverture de survie pour protéger son corps des rayons brutaux d'un soleil d'été aux antipodes de celui de leur Angleterre natale. La photo était en noir et blanc et il ne distinguait pas bien les détails mais il savait qu'il aurait eu du mal à regarder si le cliché avait été en couleur, le jeune homme sur l'écran n'avait plus de visage, juste une bouillie de chair et un liquide noir et abondant coulant le long de son cou, probablement du sang, c'était terrible, une image d'horreur.
Bouleversé, il se précipita pour aller vomir dans les toilettes.
Ce fut là que Blaise qui passait le chercher pour aller déjeuner le trouva.
« Dray ? Qu'est-ce que tu fous ? Tu es malade ? » interrogea-t-il en tambourinant sur la porte.
Des bruits sans équivoque lui répondirent. Il sortit sa baguette, déverrouilla le loquet et entra dans l'espace confiné. Son ami assis par terre essayait de reprendre son souffle.
« Qu'est-ce qui se passe ? Tu as mangé un truc douteux ? » ironisa-t-il alors que paradoxalement le ton de sa voix trahissait son inquiétude.
« Viens sors de là… » Il empoigna le garçon par le bras pour l'aider à se relever et le conduisit jusque dans le salon où l'autre s'affala lourdement sur le canapé. Il repartit dans la salle de bain humidifier une serviette qu'il lui tendit sans un mot. Le blond s'allongea et ferma les yeux douloureusement, il entendit à peine le sifflement d'une bouilloire puis le bruit de tasses s'entrechoquant alors qu'il sombrait dans un sommeil lourd.
Une heure plus tard, il émergea difficilement, le teint pâle et les yeux cernés.
« Qu'est-ce qui t'arrive Dray ? » demanda le métis qui attendait son réveil. Le blond se servit une tasse du breuvage fumant qui se trouvait sur la table basse devant lui, il en but une gorgée pour s'éclaircir la gorge.
« Je ne sais pas, un léger malaise je suppose… » éluda-t-il.
«Je n'ai rien mangé depuis ce matin ça doit être ça. »
« Ce n'est pas plutôt l'affaire Potter qui te rend malade ? » interrogea le brun avec sérieux. Devant l'air interdit de son ami, il expliqua :
« Tu as laissé ton ordi ouvert sur la table, j'ai vu la page que tu consultais avant de t'enfermer dans les toilettes. Qu'est-ce qui se passe Dray, tu sembles obsédé par lui depuis que tu l'as revu ? »
Un long silence répondit à sa question, puis la voix sourde du jeune homme s'éleva dans la pièce.
« J'ai été… surpris par son état… Tu ne m'avais pas tout dit Blaise… » ajouta-t-il un léger reproche pointant dans sa voix.
Le métis le fixa avec attention pas le moins du monde gêné par la remarque.
« Je ne l'avais pas vu moi-même mais d'après ce que m'avait expliqué Ginny je pensais qu'il était préférable que tu le découvres de visu, sans à priori. Tu as été choqué Dray ?»
« Oui si tu veux… choqué. J'ai eu l'impression qu'on m'avait spolié de… d'un… enfin de quelque chose qui m'appartenait d'une certaine façon et pendant tout ce temps où j'étais là-bas à essayer de me construire une autre vie, lui il… enfin cet accident, sa vie bousillée et moi j'étais si loin… » la fin de la phrase fut prononcée dans un souffle.
Blaise l'observait interdit.
« Attend un peu Dray, arrête-moi si je me trompe, tu te culpabilises à propos d'un événement qui ne te concerne même pas? Pour un garçon que tu n'as fait que détester jusque là ? Faut que tu m'expliques, on nage en pleine contradiction non ? »
Le blond frottait ses mains l'une contre l'autre en proie à un profond désarroi.
« Depuis que je l'ai revu, j'y pense sans cesse, je voudrais qu'il redevienne comme avant… pour ne plus avoir à y penser justement. »
« Et comment vas-tu accomplir ce miracle ? »
« J'en sais rien, j'essaie de trouver s'il existe des sorciers capables de le remettre en état de marche. » il fit un pauvre sourire à Blaise comme pour s'excuser de cette folie.
« Mais pour l'instant j'ai fait chou blanc. Je suis certain pourtant qu'une solution doit exister ! »
« Peut-être faut-il prendre le problème dans l'autre sens, je veux dire, chercher des cas similaires au sien et savoir s'ils ont pu être soigné avec succès, commence par les journaux, va voir les archives de la gazette, Potter ne doit pas être le seul homme qui ait vécu ce genre de tragédie…Tu… »
« Je l'ai embrassé…ce jour-là… » avoua l'autre sans lien aucun avec ce que venait de lui dire le métis.
Blaise déglutit devant l'aveu, il n'ajouta rien comprenant que son ami se débarrassait d'un fardeau pesant. Il pensa juste qu'il avait deviné bien avant que Draco ne le lui dise.
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Pourquoi Malfoy avait-il fait cela ? Ce baiser ravivait les pensées impures qu'il avait nourries en d'autres temps pour le blond. Des sensations lui revenaient, un souffle irréel parcourant son cou lui donnant la chair de poule, un doigt léger explorant son visage, l'odeur d'un parfum de grande marque qui l'enveloppait. Il sentit des larmes de colère l'envahirent. Tout se mélangeait, le vrai baiser, les fausses étreintes, il se sentait perdu, submergé par des émotions trop fortes, de nouveau sa maîtrise de lui si chèrement gagnée lui échappait.
Depuis son accident, il n'avait plus de vie sexuelle, au propre comme au figuré. C'était comme si tout désir l'avait quitté, dans l'absolu son corps n'avait pas été touché à ce niveau-là mais il ne réagissait à aucun stimuli, la vue d'une jolie fille dans la rue ne l'émouvait pas, il ne se réveillait jamais en érection. C'était comme s'il s'était mis en standby, sachant que de toute façon il n'aurait plus jamais de relation charnelle avec qui que ce soit. Ça ne l'affectait pas, il pensait que ce n'était que justice, il avait conscience d'être repoussant et n'imposerait jamais son image à quelqu'un.
Lorsqu'il se réveilla le matin qui suivit la visite de Malfoy son corps hypocrite lui prouva qu'il avait tort…
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Merci d'avoir lu jusque là et n'hésitez pas à poser vos questions je répondrai...
