Harry se réveilla tôt. Quand il ouvrit les yeux, il vit que Malfoy était déjà debout, et fixait le contenu d'un livre ouvert posé sur le sol, près de là où il avait dormi. Le jeune Griffondor grogna de fatigue et s'étira dans le lit, chose qu'il n'avait pas fait depuis longtemps. Le son des articulations craquant sous la pression sembla attirer l'attention du blond, qui redressa la tête pour observer son ennemi. Harry s'assit lentement, et passa une main sur son visage avant de tendre le bras pour attraper ses lunettes.
-Merlin soit loué, tu es réveillé. Je serais devenu fou si j'avais eu à lire ces deux pages une trentième fois, commenta Malfoy d'une voix ennuyée.
-Tu aurais pu tourner la page, répondit mollement Harry sans bouger du lit.
-Je n'arrive pas à le toucher. Même la couverture a fini par me traverser.
Le brun se concentra sur le visage de son interlocuteur, qui montrait une inquiétude évidente. Bien que la peau de l'héritier Malfoy ait toujours été très blanche, il était désormais d'une pâleur extrême, bien pire que la veille. Harry se souvint que le fait qu'il ne puisse rien toucher n'était pas récent, ce qui signifiait qu'il n'avait pas dû manger depuis quelques temps.
-Est-ce que tu as faim ? demanda-t-il en appuyant son regard sur le corps maigre du jeune devant lui.
-Je meurs de faim, avoua-t-il sans honte.
-Suis-moi.
Harry se leva du lit, et s'étira une dernière fois, surprenant au passage le coup d'œil discret que Malfoy porta au bas de son ventre, là où son tee-shirt remontait légèrement. Il arqua un sourcil en le voyant tourner brusquement la tête, mais ne fit aucune remarque. Le Serpentard ne se leva qu'une fois qu'Harry eut atteint la porte de la chambre, et se colla presque à lui quand il l'ouvrit.
Le jour se levait à peine sur le Terrier, et personne n'était encore debout à cette heure. La famille se levait habituellement aux coups de neuf heures du matin, prenant leur petit-déjeuner ensemble, et discutant vivement, leurs voix portant dans toute la maison. Harry n'avait pas l'habitude de se lever si tôt, et trouva le silence suffoquant. La porte de la chambre menait droit sur les escaliers en colimaçon qui reliaient toutes les chambres entre elles, et ce sur trois étages. Il s'avança et commença à descendre les marches silencieusement, suivi par Malfoy, qui regardait tout autour de lui avec affolement. Apparemment, il pouvait désormais quitter la chambre, du moins quand il était accompagné d'Harry.
-On est chez les Weasley ?! chuchota Malfoy avec dédain.
-Si tu dis quoi que ce soit, tu peux dire adieu à la nourriture.
Les lèvres de Malfoy formèrent une grimace de dégout, mais il ne répondit rien, et se contenta de suivre son guide. Ils arrivèrent au rez-de-chaussée, où ils durent éviter quelques meubles pour se rendre à la cuisine.
-Agencement est horrible. Je n'arrive pas à croire qu'ils arrivent à vivre si nombreux dans une si petite bicoque.
-Tout le monde n'a pas le luxe de vivre dans un manoir servant de maison d'hôte à Voldemort.
Une nouvelle grimace sur le visage pointu de Malfoy, cette fois accompagnée d'un regard colérique. Harry haussa les épaules, se savant prêt à mordre à nouveau si le Serpentard osait s'en prendre à sa famille de substitution.
Il trouva du pain ainsi que du jambon posés sur la table, protégés par un sort de conservation. Utilisant ce qu'il put trouver, il prépara un sandwich simple qu'il posa dans une assiette avant de tendre le tout au blond, qui jaugea le maigre repas avec un air supérieur.
-C'est tout ce que j'ai pu trouver pour le moment. Si tu as encore faim après, je te ferai autre chose. De plus, ce serait bête de gâcher s'il s'avérait que tu ne pouvais pas manger.
-Oh non, et si je n'arrivais pas à manger ? chevrota la voix de Malfoy en regardant Harry avec effroi.
-Essaye avant de penser.
Le blond hésita quelques temps, mais finit par hocher la tête. Harry posa l'assiette sur le comptoir, juste en face de Malfoy. Aussitôt, le jeune tendit la main, mais cette dernière traversa l'assiette, comme ils ne l'avaient craint. Déçu, Malfoy soupira et mit ses poings sur ses hanches dans une attitude boudeuse. Harry réfléchit longuement, se demandant pourquoi l'autre garçon avait pu tenir la couverture la nuit dernière, mais n'avait pu saisir le sandwich. Quelle était la condition pour que quelque chose puisse l'atteindre, si rien ne pouvait le toucher ? Rien, sauf…
-Je vais tenter quelque chose, déclara Harry en rejoignant le côté du comptoir de Malfoy, qui le regarda faire avec intérêt.
En arrivant, il prit le sandwich entre ses mains, et le tendit en direction de la bouche du blond, qui recula de surprise. Il regarda Harry comme s'il avait deux têtes, mais cessa de reculer quand il vit que le brun tentait de l'aider. Prudemment, Malfoy tendit le coup en direction du sandwich, et ouvrit la bouche juste avant de l'atteindre. Ce fut avec un soupir de soulagement qu'il croqua dans le pain, arrachant une grosse bouchée qu'il prit temps de mâcher tout en fermant les yeux. L'expression de béatitude sur le visage de Malfoy fut satisfaisante pour Harry, qui afficha un sourire triomphant.
-Hier, je t'ai tendu la couverture, et tu as pu la garder pendant un petit moment. Si je te tends la nourriture, tu pourras la manger ! Expliqua-t-il doucement alors que l'autre jeune mordit une nouvelle fois dans le sandwich.
-Mais pourquoi est-ce que je ne peux rien toucher sans ton aide ?
-Est-ce que tu as perdu cette capacité progressivement, ou est-ce que c'est venu d'un coup quand tu étais encore chez toi ? demanda Harry en fronçant les sourcils.
-Je me suis réveillé comme ça. Personne ne me voyait, et rien ne m'atteignait.
-Harry ?
Le Griffondor sursauta en entendant son nom dans le salon. Quelques secondes plus tard, Hermione entra dans la cuisine en se frottant les yeux. Elle portait le peignoir de Ron, ce qu'Harry ne manqua pas de remarquer. Il se rendit compte de la position dans laquelle il était, sandwich tendu vers quelque chose que son amie ne voyait pas, et parlant tout seul.
-Salut, 'Mione. Tu es debout tôt, constata-t-il en mordant dans le sandwich l'air de rien.
-Hey ! Je mangeais ça ! protesta Malfoy en écartant les bras.
-Toi aussi. Tout va bien ?
-Oui. J'avais faim, et j'étais réveillé de toute façon…
-Est-ce que tu as réglé ton… Problème ?
L'inquiétude était évidente dans la voix de sa meilleure amie, qui le regardait avec anxiété tandis qu'il faisait semblant de se délecter du sandwich. Il était infect, Malfoy devait vraiment avoir faim pour accepter de manger quelque chose de pareil, se dit Harry.
-Dis, tu connais des choses sur les mondes parallèles, ou des sorts qui pourraient, je ne sais pas… Envoyer quelqu'un dans une autre dimension ? Questionna le garçon, ne manquant pas d'éluder la question d'Hermione au passage.
-Eh bien, aucune recherche magique ou moldue n'a réussi à trouver l'existence de mondes parallèles, mais le simple fait que l'on puisse lancer Evanesco montre qu'il est possible d'envoyer des choses ailleurs. Des gens, par contre ? Je ne pense pas que ce soit possible. Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?
Harry se mordit la langue en regardant Malfoy, qui semblait ruminer les dernières paroles de la jeune fille.
-Est-ce qu'il y a un sort ou un maléfice pour rendre quelqu'un transparent ?
-Harry, qu'est-ce qu'il se passe, exactement ?
Harry jeta un autre regard à son ennemi, qui hausa les épaules, puis croisa les bras, un air de défi au regard.
-C'est encore à propos de cette histoire de Malfoy ? Harry, je t'ai dit que ce n'était qu'une illusion ! Il n'y a rien de plus à chercher là-dedans. Tu passes tes nuits à faire des cauchemars, et il était là le soir où… Tu sais. C'est normal de le voir partout, expliqua Hermione avec douceur.
-En fait, il est toujours ici. Juste à côté de moi.
Hermione parut troublé, et regarda un point invisible du côté gauche d'Harry.
-De l'autre côté, rectifia-t-il avec une pointe d'amusement.
-Je ne le vois pas.
-J'aimerais ne pas la voir, marmonna Malfoy en roulant des yeux.
-La ferme, grogna Harry.
-Pardon ?! S'offusqua Hermione en faisant les gros yeux.
-Pas toi, Malfoy.
La jeune brune plissa les yeux, légèrement agacée de ne pas comprendre ce qui était en train de se passer. Elle tapota son menton quelques fois avant de recommencer à parler.
-S'il est là, alors je veux une preuve. Dis-lui de faire bouger quelque chose !
-On y travaille, mais il n'arrive pas à toucher quoi que ce soit. Tout le traverse, même les sorts, expliqua Harry nonchalamment.
-Les sorts ? S'étonna Hermione.
-Oui, j'ai essayé un Stupéfix sur lui cette nuit.
-Compréhensible.
Harry tenta de cacher son sourire derrière le pain en voyant le visage outré de Malfoy.
-Donc, il ne peut rien toucher… réfléchit Hermione.
-En fait, il peut. Mais on ne sait pas comment ça marche. Genre, si je tiens ce sandwich, il peut manger.
-Montre ?
Le Griffondor tendit à nouveau le sandwich à Malfoy, qui le regarda avec un air hautain. Il tenta de mordre à nouveau dans le pain, mais rien ne se produisit, à la grande surprise des deux garçons.
-Mais merde à la fin ! vociféra le blond, son visage rougissant de rage.
-Pourtant ça marchait… dit Harry avec dépit.
-Et bizarrement quand je suis là, il n'y arrive plus ?
Harry n'arrivait pas à croire que sa meilleure amie puisse douter de lui. Malfoy tapait du pied de plus en plus fort à côté de lui, ce qui ne manqua pas de l'agacer encore plus.
-Tu peux cesser ton numéro de claquettes, Malfoy ? Trouve un moyen de lui prouver que tu es bien là, au lieu de faire l'enfant, sermonna Harry, conscient du regard interloqué d'Hermione.
-J'ai faim, j'ai froid, et c'est ta réputation qui est en jeu, pas la mienne, alors je ferai l'enfant autant que ça me chante, Potter.
-Quelle maturité, ironisa Harry en tapant du pied à son tour. Hermione est intelligente, alors si tu veux tant te goinfrer, il serait peut-être temps qu'on cherche une solution avec elle.
-... Il est vrai que ton petit cerveau sera moins utile que ses… connaissances. Mais je ne peux rien toucher, donc il m'est impossible de jouer au fantôme farceur et taper des casseroles ensemble.
-Pourquoi ne pas simplement dire quelque chose qu'il m'est impossible de savoir ? proposa Harry en regardant Malfoy et Hermione tour à tour.
-Je ne connais rien de ton amie, rappela le Serpentard avec désinvolture.
-Je ne crois pas que Malfoy connaisse quoi que ce soit sur moi, Harry.
Harry aurait pu rire de la situation si elle n'était pas si ennuyante. Malfoy se déplaça dans la pièce, prenant son temps pour regarder ce qui l'entourait. Ce fut une fois qu'il fut posté derrière Hermione qu'une idée sembla le percuter.
-Dis-lui de tendre des doigts derrière son dos, ordonna Malfoy en faisant de grands gestes.
-Il te dit de tendre des doigts dans ton dos pour qu'il les devine, répéta Harry en fixant la fille aux cheveux frisés.
Elle le fixa quelques instants avec incertitude, mais finit par acquiescer, et faire ce qui lui avait été dit. Malfoy regarda le bas de son dos, et dit presque immédiatement :
-Deux.
-Deux, affirma Harry.
Hermione écarquilla les yeux, mais se reprit vite.
-Quatre, cria Malfoy.
-Quatre.
-Elle ferme juste le poing.
-Tu as juste le poing fermé.
-Et là ? Demanda-t-elle avec un sourcil arqué.
-J'espère que ce doigt d'honneur ne m'est pas destiné, commenta le blond avec un air pédant.
-J'espère vraiment que ce doigt d'honneur lui est destiné, rit Harry.
Hermione se contenta de sourire, et remit ses bras le long de son corps. Une fois l'amusement évanoui, elle reprit son air grave, prenant en compte ce qui venait de lui être prouvé.
-Il est donc bien ici. Mais pourquoi ? questionna-t-elle.
Harry lui expliqua tout ce qu'il savait, tentant d'ignorer les interruptions de Malfoy, qui tenait à dire à quel point il souffrait de la situation, et à quel point il était innocent. La jeune fille écouta silencieusement, hochant la tête de temps à autres. Quand Harry eut finit, elle sembla tout aussi perdue que les deux garçons.
-On a donc un Malfoy coincé avec nous, qui a probablement été maudit par quelqu'un, et qui ne peut ni être vu, ni entendu, ni touché, sauf par toi, Harry. Je trouve le timing très étrange.
-Moi aussi, c'est pour ça que je croyais qu'il avait été envoyé comme espion. Mais vu son état, j'ai l'impression que c'est autre chose.
-Quelqu'un aurait tenté de me protéger en m'envoyant ici ? proposa Malfoy en faisant les cent pas dans la cuisine.
-Qui voudrait te protéger, exactement ? railla Harry en le regardant avec intérêt.
-Plein de monde, bouda-t-il simplement.
Hermione, cependant, sembla réfléchir à ce qu'elle avait compris de leur conversation, et trouva une hypothèse.
-C'est probablement un maléfice ancien de famille sang pur, ce qui pourrait expliquer que je ne le connaisse pas. Soit quelqu'un voulait en effet le protéger, soit quelqu'un voulait se débarrasser de lui pour un temps.
-Donc la seule manière de trouver un contre maléfice serait de trouver des livres de sang purs ? demanda Harry.
-Il faut réveiller Ron. C'est un sang pur, il saura peut-être quelque chose.
-Depuis quand les Weasley sont capables de stocker des informations dans leurs cerveaux ? se moqua Malfoy.
Harry lui jeta une serviette à la figure. Elle le traversa, bien évidemment.
