Chapitre 3 : Le sabbat


Maria, Louise et le Paladin marchent pour se rendre à l'église à l'extérieur du village. Elle est sur un chemin légèrement rocailleux et en hauteur. Surplombant l'ensemble des villages et non loin d'une forêt gigantesque. Cela permet à tous les villageois de la région de se réunir dans un seul lieu de culte.

Personne d'autre ne vient prier les cieux pour les remercier, pour leurs récoltes. Le Paladin est ravi d'accompagner ces deux demoiselles qui maintiennent cette ancienne tradition.

Il leur faut environ une heure pour arriver jusqu'à l'église. Le paladin ouvre la porte afin de s'assurer que personne n'a saccagé le lieu de culte. Et quelle est sa surprise en voyant des symboles sataniques à l'intérieur de cet espace consacré aux cieux, des traces de cercles magiques ainsi que des crânes possédants des bougies noires.

"Qu'est-ce c'est que..." commence le paladin avant d'entendre un léger sifflement et de recevoir sur une partie non protégée de son armure, à savoir un espace très fin au niveau du cou, une aiguille se plante au creux de son cou.

Elle a l'effet de rendre somnolent le guerrier de foi qui sent ses jambes faiblir. Sa vue baisse. Son corps tremble avant de s'effondrer sur le sol, complètement inconscient.

Maria pose ses deux mains devant la bouche, afin de taire un petit gémissement de surprise. Elle voit alors une dizaine de femmes venant pratiquement dévêtues pour effectuer un bien étrange rituel.

Maria veut s'enfuir, mais Louise l'en empêche en lui expliquant se qu'il va se passer.

"Ma chère sœur. Tu m'as promis de m'aider. Mon bien aimé va bientôt arrivé. Il va apparaître dans cet espace dans peu de temps. Il va choisir sa promise et essayer d'avoir des enfants avec nous."

"Je ne veux pas. Je veux partir, laisse moi." se débat Maria, en essayant de sortir.

Néanmoins, l'ensemble des femmes présentes, que Maria ne connait pas l'empêche de partir, en lui attachant les mains et les pieds. Elle est mise dans le cercle avec le groupe.

Elles murmurent quelques implorations d'une langue que la jeune Maria ne comprend pas. Des larmes perlent le long de ses joues, en regardant sa sœur et les autres femmes qui se mettent à nues pour continuer leurs sollicitations envers non pas un dieu, mais un démon.

Maria tremble de peur. Pour se rassurer, elle imagine que son boulanger Léonard viendra la sauver. Elle s'imagine le visage de son bien aimé pour ne pas sombrer dans la folie. Elle repense au moment magique qu'elle a vécu dans la journée afin de ne pas être obscurcie par les ténèbres.

Elle se rappelle de ce gâteau de Lune et de cette anecdote que Léonard a raconté. Elle espère secrètement qu'une aide va venir. Mais son regard plein d'espoir ne voit que des ténèbres, quand du cercle magique, sort un être dont elle n'arrive pas décrire la forme.

Elle s'imagine immédiatement un grand démon rouge, à la langue fourchue, les cornes poussant sur sa tête. Des crocs à la place des dents, une longue barbe noire et des yeux jaunes. Cruel, voulant manger des êtres humains. Et voulant anéantir toute vie sur terre.

Alors qu'elle ferme les yeux, elle sent une légère odeur de souffre. Toutes les femmes appellent ce démon, avec une voix mielleuse :

"Monseigneur, Enoch. Nous sommes prêtes à devenir les mères de vos enfants. Donnez nous la beauté, la longévité et surtout votre amour. Nous sommes vos adoratrices."

Maria reste en position fœtale, tandis que des pas se dirigent vers elle, qu'ils s'arrêtent juste à son niveau et qu'une voix douce et délicate d'homme se fait entendre.

"Je vois que vous avez invité une nouvelle venue dans notre cercle."

Maria lève les yeux pour observer l'origine de la voix. Elle voit au lieu du démon qu'elle a imaginé, un homme, aux vêtements style dandy, au sourire un peu narquois et d'un grand charisme. Mais une puissante aura se fait ressentir, faisant comprendre qu'il n'est pas de ce monde.

La pluie à l'extérieur tombe en rafale. Les éclairs zèbrent le ciel, tandis que le regard doré, seul trait identique à l'imagination de la femme, se plonge dans ses pupilles.

"Mais que vois-je, elle est ravissante." souffle-t-il en prenant dans sa main, le visage terrifiée de la couturière.

Il s'accroupit pour se mettre à la taille de la demoiselle et met son nez au plus près de son cou.

"Quelle odeur délicieuse. Pure et naïve. Innocente. Même si je sens en toi une once d'espoir. Serais-ce à cause d'un amour porté envers un autre homme ?"

Maria n'ose pas répondre, par peur de provoquer la colère du démon. Louise et les autres femmes ricanent de la crainte de la nouvelle venue. Aucune semble craindre le démon. Comme si pour elles, il est tout à fait naturel de le voir, de lui offrir leurs attentions et leurs corps pour devenir mères de sa progéniture. Comme si, la sœur innocente, la Louise terrifiée par l'obscurité, qu'a connue l'aînée, a été manipulée par le charme de cet être.

"Détends toi, je ne vais te manger. Je vais même te donner mon nom : Enoch." ricane le démon en délivrant de ses attaches la demoiselle.

La couturière ne se défend pas, n'essaye nullement à s'enfuir, appréhendant les pouvoirs du tentateur. Elle jette un bref coup d'œil vers le paladin afin savoir si un secours va lui être donner. Mais le génie du mal est trop proche. Le paladin dans les pommes et les autres fidèles à la merci du pouvoir de cet être.

"Tu as une magnifique chevelure, des atouts admirables. Tes efforts, tes fragrances, ta tenue rougeoyante. Tu es parfaite. Je ne peux pas espérer mieux. Dis-moi ton nom, jeune libellule."

Maria reste muette comme une carpe, refusant de parlementer avec une créature des ombres, ne le connaissant nullement, ne sachant pas les pouvoirs qu'il possède et se qu'il peut faire avec son prénom. Louise, sa sœur, s'approche du démon, s'agenouillant et préparant à répondre à la place de sa sœur. Cependant Enoch, lui fait signe de se taire.

"Elle va me répondre, d'une manière ou une autre. J'aime les femmes fortes, rebelles et déjà prises. Mais sache qu'aucun secret ne restera caché longtemps avec moi." ironise le démon.

Pendant quelques secondes, tout en respirant le parfum de la peau de la mademoiselle, il se concentre avant de parler d'une voix douce et complaisante :

"Tu te nommes Maria. Tu es fille d'un artisan et d'une couturière. Tu es l'aînée des filles dans ta famille. Oh oui, tu es éperdument amoureuse depuis bien longtemps d'un homme. Un boulanger du nom de Léonard. Un brave gars. Mais lui ne va pas te rendre heureuse. Il ne va pas t'offrir se que tu désire le plus au monde."

Devant tant de révélation, la fille tente de se débattre en abandonnant toutes les larmes de son corps. Elle ne veut plus entendre la voix de cet être, ni qu'il s'infiltre d'avantage dans son esprit. Elle veut repartir vers la lumière.

"Tu désires fonder une famille. Tu souhaites vivre un amour incroyable. Ma très chère mie, je vais être cet amour véritable. Je vais te donner se que tu souhaites par-dessus tout. Je vais faire de toi la mère de mon enfant." finit-il par avouer en lui arrachant un baiser sur les lèvres que le boulanger n'a osées pas toucher.

La demoiselle finit par avoir les yeux secs alors que Enoch use de ses pouvoirs, pour faire oublier l'amour envers cet homme. Il les remplace par des images de lui, afin de lui voler tout son amour et qu'elle se focalise sur sa personne. Le démon finit de détruire les dernières barrières de son esprit pour lui offrir sa semence.

La nuit commence à s'effacer, le temps a passé et le paladin sent que les effets de la piqure s'effacent. Le chevalier ouvre les yeux pour apercevoir dans cette église, le démon portant dans ses bras la jeune Maria enveloppée du manteau de Dandy. Le brave tente de s'interposer, mais les effets ne sont pas complètement estompés, il assiste impuissant à l'enlèvement de la demoiselle.

"Je ne m'occuperai pas de vous aujourd'hui, messire paladin. Je suis juste venu apposer ma semence. Annoncez bien à l'amoureux de cette demoiselle. Ce boulanger Léonard, qu'il ne l'attende pas."

Et sur ces belles paroles, Enoch s'échappe de la vigilance du paladin.

Quelques heures plus tard, le guerrier de foi peut reprendre complètement possession de son corps et entend les pas de personne venant vers l'église. Il voit les portes s'ouvrir. Léonard, le boulanger a eu envie de raccompagner la belle le lendemain. Seulement, en voyant l'état de l'intérieur de l'église, le visage blanc du paladin, il sent une grosse boule se former dans le fond de la gorge.

"Que s'est-il passé ? Où est Maria ?" s'écrit ce dernier.

Le paladin pose une main vers l'épaule du boulanger en fermant les yeux. Puis, le héros part sans dire un mot. Léonard sent toute la tristesse l'envahir. Comme si le monde vient de s'effondrer alors que la veille a été un moment de pur bonheur.

Les perles de souffrances roulent sur sa peau pour finir leur course sur le sol de l'église profanée par des satanistes. Croyant à la mort de cette dernière. Léonard se sent incapable de pouvoir annoncer la nouvelle et espère que le paladin va assumé son rôle et son échec concernant sa mission de protection.

Au petit matin, Maria se réveille dans une étrange maison, avec de nombreuses femmes. Elle voit non loin d'elle le fameux démon qui la dévore du regard.

"Tu es si sublime. Si magnifique. Je suis sure que tu feras une merveilleuse mère de famille, ainsi qu'une compagne fabuleuse. Je suis heureux de te rencontrer. Ta peau est si douce, comme les pêches, ces fruits juteux et merveilleux. Tu as l'odeur de la jeunesse et les cheveux aussi fin que des fils de soie. Tes lèvres semblent être des pétales de roses dans laquelle, je viens chercher la rosée du matin."

Il l'embrasse à nouveau, cette fois sans aucune véhémence de la part de la demoiselle. Comme si ce dernier a réussi, avec l'aide de ses pouvoirs, à la séduire pour lui capturer le cœur et l'âme. Il sent qu'il a fait le bon choix et demande aux jeunes concubines de s'occuper d'elle comme d'une princesse. En échange, il promet de réaliser le souhait de chacune d'entre elle.

Maria sort de la maison pour voir qu'elle est dans loin de son village, de sa région, de la ville, isolée de toute civilisation dans une clairière au abords de la forêt.

A suivre.